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Une attitude rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante…

Écrit par Pierre Vangilbergen - lundi, 30 avril 2018
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EyeHateGod
Het Bos
Anvers
30-04-2018

Avril 2016. Alors qu’EyeHateGod s’apprête à partir en tournée, le vocaliste Mike IX Williams est retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel. Le verdict tombe : après des années d’excès d’alcool et de drogues, le foie de l’artiste est en piteux état. Six mois plus tard, il est à nouveau admis aux urgences. Il vomit du sang, son foie et ses reins ne fonctionnent quasi-plus. Il ne peut dès lors plus quitter l’hôpital, au risque d’y laisser la vie. Pris à la gorge face aux coûts faramineux en soins de santé, sa femme et lui lancent un appel au crowdfunding afin de les aider pour faire face à la cirrhose qui le ronge. Contre toute attente, la mobilisation est massive : plus de 70 000 dollars sont récoltés et permettent au chanteur de recevoir un nouveau foie. Deux ans plus tard, EyeHateGod est de retour en terres belges et a choisi Anvers pour fêter ses trente ans d’existence.

Non loin du port anversois, face à un chancre de plusieurs dizaines de mètres de long –tout en boue, béton et autres tranchées– quelques personnes sombrement vêtues sirotent une pression et bravent la pluie. En pénétrant dans la pénombre du ‘Het Bos’, dont les murs sont recouverts de posters, collages et graffitis, on est plongé dans une ambiance underground similaire à celle du Magasin 4, à Bruxelles. Petit passage par l’étal marchandising de la tête d’affiche du jour. À côté des t-shirts frappés de l’imagerie du groupe, un papier scotché au mur attire l’attention : ‘Weed donations, also adderall or opiates’ (Trad : dons d’herbe, adderall [une forme d’amphétamines]ou opium). Le cadre est planté.

D’une capacité de deux cents personnes, la salle commence peu à peu à se remplir. En guise d’éclairage, seuls deux petits néons portables sont posés sur des amplis, de chaque côté du podium, conférant au lieu une lumière blanchâtre, stérile et froide.

Alkerdeel grimpe sur les planches et donne directement le ton : du primitif aux sonorités old-school, de la colère glacée et de la puissance grinçante. Originaire de Zomelgem, le band milite dans un registre difficile à cerner : alors que le début du set déploie les étendards d’un raw Black Metal darkthronien teinté d’accents punks, les morceaux évoluent ensuite vers un sludge hypnotique, alors que la rythmique hardcore se révèle totalement déconcertante. Lorsqu’il ne psalmodie pas, Pede est traversé par un chant rageur et étouffé, agrippé à son pied de micro. Du moins lorsqu’il est branché… un spectateur proche de la scène n’hésite en effet pas à lui tendre une fiche déconnectée par inadvertance quelques secondes plus tôt. La fosse accompagne la formation de la tête, si pas du corps, dans des mouvements quasi-convulsés. Celles et ceux qui n’attendaient pas le combo semblent pour le moins convaincus par cette généreuse prestation de cinquante minutes, délicieusement poisseuse et ‘crissante’, telle une poignée de sable mise en bouche de force. Une fois de plus, il semble que le label belge Consouling Sounds ait eu du flair en signant ce groupe aux sonorités riches et décloisonnées. Plus qu’un opening act, une véritable découverte…

En toute simplicité, Aaron Hill, batteur d’EyeHateGod, est le premier à fouler l’estrade. Il se place derrière son kit de batterie, ajustant au poil ses différents composants. Bonnet noir vissé sur la tête et t-shirt vert à l’effigie de la ville d’Hambourg, Jimmy Bower installe nonchalamment ses deux pédales d’effets et opère ses derniers réglages de guitare. Le bassiste, Gary Mader, en profite pour griller une clope sur le côté droit de la stage, l’air à moitié encore endormi derrière son épaisse chevelure bouclée lui cachant partiellement le visage. Le rescapé Mike Williams finit par débarquer sur scène, la tignasse en bataille et un gobelet en plastique à la main contenant, au premier abord, de l’eau. Il est 21 h 45, soit un quart d’heure avant le timing prévu, et le vocaliste empoigne le pied de micro avant de le faire voltiger dans les airs. ‘We are EyeHateGod’ clame-t-il, pour donner son habituel coup de départ des hostilités. Peu importe si on commence plus tôt, lorsque tout le monde est prêt, la machine peut démarrer. EyeHateGod célèbre ses trois décennies de carrière et ne change pour autant pas son attitude : rock’n’roll, anticonformiste et résolument grinçante. L’extrême n’est pas que musical, mais incarne un style de vie à part entière, sous toutes ses coutures.

Une fois sur les planches, Mike Williams se met à nu et dévoile une âme torturée. Comme l’affirmait Phil Anselmo (Down, Superjoint, Scour, Phil Anselmo & The Illegals et ex-vocaliste de Pantera), ‘Quand il chante, Mike a du fil barbelé en bouche’. Chaque mot est extirpé de son corps frêle, lancé violemment en pâture à la fosse tel un jet de vitriol. Auteur des paroles, il est parfois le seul à les comprendre tant elles lui sont propres et lui collent à la peau. Elles ne sont pas uniquement interprétées en ‘live’… elles sont vécues. Une haine et un dégoût cathartiques, qu’il expulse en balançant son pied de micro et en se martelant le visage. Au grand dam d’un des spectateurs qui en réclamait une à la fin du show, EyeHateGod s'exécute sans setlist. Chaque représentation est différente, que ce soit la liste des titres choisis ou l’ordre dans lequel ils sont interprétés. Bon, il y a évidemment des incontournables tels que « White Nigger », « Sister Fucker Pt.1 », « New Orleans is the New Vietnam » ou encore « Medicine Noose », issu du dernier elpee. Un éponyme. Mais le freestyle connaît aussi ses limites. Preuve en est lorsque Mike Williams s’adresse aux premiers rangs pour savoir ce qu’ils souhaiteraient entendre. Et quand un spectateur lui lâche « Take As Needed for Pain », le chanteur hoche la tête pour lui signifier son refus, en esquissant un sourire dissimulé et plutôt embarrassé. Faut pas déconner, non plus !

Bien que le show soit soldout, l’air ambiant reste tout à fait vivable, comparé à celui respiré lors son dernier concert belge où le Magasin 4 bruxellois s’était rapidement transformé en une fournaise tropicale. Quelques esprits s’échauffent de temps à autre (particulièrement sur le très énervé « Métamphétamine »), jouant des coudes et pratiquant la bousculade amicale. L’un ou l’autre gobelet de bière s’envole, baptisant des chevelures au passage avant de venir s’écraser au sol. Jimmy Bower, clope au bec, se plante à l’avant du podium, à quelques centimètres des premiers rangs. Entre la salle et la fosse, il n’y a aucun garde-fou. Non satisfait du volume sonore ambiant, le musicien se retourne, après quelques morceaux, pour pousser les décibels au maximum. Et d’un coup sec, adressant un clin d’œil amusé à son bassiste. Extrême, quand tu nous tiens. Profitant d’un break entre deux compos, Mike Williams se dirige vers les backstages et chuchote quelques mots à l’un des roadies, qui revient quelques minutes plus tard, avec une bouteille de vin blanc vide aux trois-quarts. Certains démons ont la dent dure et survivent aux expériences passées, quel qu’en soit le degré de gravité. Le chanteur pose la bouteille derrière lui, face à la batterie, et s’en remplit un généreux gobelet en saluant la fosse. Quelques morceaux plus tard, il empoigne son pied de micro et l’abat brutalement. Désormais vide, elle laisse un cadavre de tessons gisant sur les planches. Chacun y lira la métaphore qu’il souhaite.

C’est par une jam improvisée que les Néo-orléanais signent leur prestation. EyeHateGod est typiquement le genre de formations, pas spécialement connue par le ‘grand public’, mais reconnue par le milieu, qui a laissé son ADN chez une multitude de groupes. Trente années passées à écumer les bars, les espaces underground, les petites scènes sans pour autant se hisser sous les feux des projecteurs. Un statut qui ne les a jamais intéressés et qu’ils semblent même fuir. Et vu la prestation de ce soir, roots et résolument brute de décoffrage, on peut se dire que c’est tant mieux.

(Organisation : Ondergronds + Het Bos)





 
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