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Some day baby

Billy Hector
Blues/Roots
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Arabic Underground Flamenco Music

crit par Didier Deroissart - jeudi, 22 mars 2018
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Karim Baggili
Le Salon
Silly
22-03-2018

Jacques Stotzem est à la guitare, ce que Karim Baggili est à l’oud (NDR : un luth à manche court d’origine syrienne, répandu en Arménie, Turquie et Azerbaïdjan, dont les cordes sont pincées). Ce qui ne l’empêche pas de se consacrer également à la gratte. Il est d’ailleurs autodidacte. Belge d’origine jordano/yougoslave, il se produit aussi bien au sein du Royaume qu’à l’étranger. Et régulièrement. Il bosse sur de multiples projets, notamment comme compositeur ou arrangeur, pour d’autres artistes, mais réalise également des B.O. pour documentaires et courts métrages. Votre serviteur avait découvert cet artiste lors d’un ‘live’, accordé à la radio, dans le cadre de l’émission ‘Le Monde Est Un Village’, présentée par Didier Melon, une prestation au cours de laquelle ce virtuose des cordes avait fait grosse impression.

Programmé dans le cadre des ‘Jeudis Jazz et Printemps Musical’, le spectacle proposé ce soir est étiqueté ‘jazz’ ; et pourtant, la prestation va plutôt baigner dans une forme de rock aux accents orientaux. En fait, Karim est un des rares musiciens capables de rendre l’‘Arabic Underground Flamenco Music’ » classieuse et singulière. Il a d’ailleurs décroché de nombreux prix, dans ce domaine. Le concert est soldout. Un show qui va proposer de larges extraits de ses deux derniers elpees, baptisés « Apollo You Sixteen ». « I » et « II », pour les différencier. En deux parties.

Avant que le set ne s’ouvre, on remarque la présence de nombreux instruments sur les planches. Karim Baggili vient s’installer sur un siège haut, au centre, auprès de ses grattes (électrique et semi-acoustique) et de son oud. Il est épaulé par un quintet. En l’occurrence Karoline De La Sema (chant, glockenspiel, tambour africain), Vivian Ladrière, vissé sur son cajon et entouré de ses cymbales, drums électroniques et tutti quanti, Youri Nanaï (basse), Mohamed Al Mokhlis (violon, tambourin arabe) et Silvano Macalusa (claviers). Mais en début de parcours, le backing group se limite à trois collaborateurs. Baggili empoigne d’abord sa gratte flamenco. De Séville à Malaga, on parcourt alors l’Andalousie. Place ensuite au titre maître de son (ses) dernier(s) elpee(s). Plus prog, il met en exergue cordes et percus (cajon et tambourin, surtout). Karoline et Silvano débarquent alors sur la pointe des pieds et participent à l’interprétation de « Dulcinéa ». La voix de Karoline est envoûtante et vous transperce l’âme. Une compo qui baigne au sein d’un climat oriental, indien même, réminiscent d’une époque au cours de laquelle George Harrison était passionné par tout ce qui touchait cette région du globe.  

Lorsque l’oud, le violon, la section rythmique (fondamentalement rock), la batterie électronique, la basse, les percus, le piano et la guitare flamenco entrent en fusion, on ne peut s’empêcher de penser aux expérimentations de Robert Plant, que ce soit en compagnie de The Band Of Joy ou The Sensational Space Shifters. Tout au long d’« Ari On The Moon », l’oud devient la pièce centrale. Le périple se poursuit, à travers le Sahara, à dos de dromadaire, en quête d’une oasis salvatrice. Le soleil est brûlant. Il fait de plus en plus soif. Qu’on pourra étancher pendant « Exitumuse », un moment de repos vécu au pied de cette palmeraie. A cet instant, vaporeuse, la voix de Karim touche au sublime. La troupe est également capable de s’enfoncer plus profondément dans le prog /rock, exhumant alors les spectres de King Crimson, Van Der Graaf Generator voire du Genesis de Peter Gabriel. Caractérisée par ses cordes épurées de type flamenco, « Kiss From The Lion » opère un retour au calme. La voix de Karoline devient troublante, mystérieuse, même. Hanté par Sigur Ros, cette composition nous entraîne au cœur des fjords sauvages islandais. La première partie s’achève par « Apollo Recall », une nouvelle opportunité pour permettre au virtuose d’étaler toute sa dextérité sur les cordes…

Et c’est par une autre version de ce titre que le deuxième acte s’ouvre. Plus rock, il concerne l’ensemble de la formation et pourrait aisément servir de B.O. pour le cinéma. Plus interactif, Karim semble détendu et plaisante avec le public. Il nous inviterait bien à Tourinnes-la-Grosse pour interpréter des morceaux de Dire Straits, en compagnie de son cover band, dont le line up implique les musicos qui l’entourent aujourd’hui, Calling Mark. Rendez-vous est pris. Lorsque la basse devient prolixe, on ne peut s’empêcher de penser à Roger Glover (Deep Purple). « Balka Bike » achève un voyage opéré depuis les montagnes de l’ex-Yougoslavie jusqu’au désert du Moyen-Orient, sur les traces de Laurence d’Arabie.

Après une telle expédition aussi jouissive que torturée, avec pour guide Maître Baggili, on comprend enfin ce que signifie l’‘Arabic Underground Flamenco Music’, un projet avant-gardiste qui agrège des gammes de musiques traditionnelles à l'esprit du rock des dernières décennies.

(Organisation : Printemps Musical + Centre Culturel de Silly + Silly Concerts ASBL)

 



 
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