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Au bord du prcipice

crit par Pierre Vangilbergen - samedi, 02 dcembre 2017
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Marilyn Manson
Forest National
Bruxelles
02-12-2017

Le moins qu’on puisse dire, c’est que 2017 a été une année rock’n’roll pour Marilyn Manson. Quelques mois après avoir perdu son père, l’homme qui terrorise toujours les Etats-Unis sort son dixième opus studio, « Heaven Upside Down ». Ce dernier a été reçu tièdement par les critiques et surtout va largement en deçà des espoirs de renaissance formulés par un « The Pale Emperor » prometteur, publié en 2015. Mais c’est un Manson amoché qui a assisté à la sortie de son nouvel elpee. Son décor de scène s’est en effet effondré sur lui, quelques jours plus tôt. Une jambe doublement cassée a entraîné un gros retard dans la tournée. Ainsi, neuf dates ont été postposées. Le 20 octobre, Twiggy Ramirez, son ami et bassiste, est accusé de viol par une ancienne petite amie. Manson prend de suite la décision de l’exclure du band et de le remplacer par Juan Alderte, qui milite alors chez The Mars Volta. Bref, en cette soirée de décembre, Forest National accueille un Marilyn Manson affaibli.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Maître de la provocation attire aujourd’hui toutes tranches d’âges et tous styles confondus. Les éternel·le·s gothiques en cuir et latex croisent des quadras et quinquas en tenues civiles. Quelques motards sirotent une bière, à deux pas d’un père et sa fille qui ont l’air d’assister à un concert pour leur première fois. Manson n’incarne plus uniquement l’icône d’une jeunesse révoltée mais a visiblement engendré, en plus de deux décennies, quelques générations d’anticonformistes. Mais… pas autant que nécessaire afin de remplir totalement la salle bruxelloise. Certains gradins sont bâchés, les rangées de sièges les plus hautes resteront inoccupées. Idem pour la fosse, où le peuple se concentre véritablement aux abords de la scène, laissant l’arrière pour le moins aérée. La salle baigne dans l’obscurité, seules les lumières de GSM éclairent des visages d’une lueur blafarde. Sur les planches, six faisceaux bleus illuminent une table.

Marilyn Manson a toujours cultivé l’art de surprendre là où on ne l’attendait pas. Cette soirée ne figurera pas parmi les exceptions. Alors qu’une myriade de groupes rêveraient d’arracher quelques headbangings en jouant les ‘opening acts’, le trublion grandiloquent a préféré faire appel à un DJ, en l’occurrence Dinos Chapman, afin d’ouvrir son show. On pourrait dès lors espérer un mix nourri de Rock, de Metal ou autres styles proches. Que nenni ! Une demi-heure d’électro ambiant. Tomorrowland parachuté au pays des clous et des riffs. Un étonnement qui se muera très rapidement en lassitude. La linéarité du set finit par avoir raison de ma bonne conscience, qui m’avait alors poussé jusque là à rester sur place, intimement convaincu que l’atmosphère allait s’enflammer d’un moment à l’autre. Niet popov. Une décision s’impose donc : direction le bar.

La salle est à présent voilée et laisse apparaître sur les côtés ce qui pourrait s’apparenter à des croix orthodoxes renversées. L’hémicycle est plongé dans le noir. Les baffles crachent du Cure, puis les Doors avant de s’envoler sur du Mozart. Le rideau finit par tomber, deux énormes pistolets croisés et posés sur leur crosse envahissent l’arrière du podium. Un véritable stéréotype de Rap US (et ces mêmes pistolets qui avaient eu raison de la gambette de Manson, deux mois plus tôt !) Originalité : au lieu d’être rejetée en fond de scène, la batterie du groupe est disposée à l’extrême droite, perpendiculairement à la stage. Tyler Bates et Paul Wiley, grimés, sont accrochés à leur guitare. Il en va de même pour la toute nouvelle recrue, Juan Alderte, de plus petite carrure et dont la basse paraît donc exagérément grande pour lui. Derrière, on remarque la présence d’un siège hybride ; il est effilé au-dessus, à mi-chemin entre la chaise roulante et électrique. Tel un empereur, Marilyn Manson y repose et entame « Revelation #12 », titre d’ouverture du dernier LP, « Heaven Upside Down ». Alors qu’on pourrait croire à un effet de scène, fréquemment usité par le Révérend, ce dernier demeure immobile dans son fauteuil, se contentant de le faire rouler sur l’estrade de quelques mètres ou de tourner sur lui-même. Le constat est implacable : Manson souffre encore bel et bien de sa jambe. Une suspicion qui se transforme en certitude lorsque le vocaliste balance un ‘This is the New Shit’, toujours bien ankylosé sur sa Manson-Mobile tunée. Les bras se lèvent, certains crient, le morceau commence à sortir timidement la fosse de sa léthargie. Ce n’est plus un secret : on est aujourd’hui loin des déchaînements de foule de la période « Antichrist Superstar ». Fin du morceau, l’obscurité retombe et deux faire-valoir du musicien, habillés pour l’occasion en médecins, viennent l’aider à se placer à l’avant du podium. Tel un Ozzy Osbourne dernière mouture, Manson ne lâchera plus son pied de micro, cloué au sol par une jambe encaquée dans une grosse botte médicale.

 Il va de soi que cette immobilité du chanteur, d’ordinaire beaucoup plus amène à arpenter les planches de long en large, ne manquant jamais l’une ou l’autre pose suggestive avant de ramper par terre, finira par rapidement infecter la foule. C’est mou, très mou, trop mou ! Quelques jeunes éméché·e·s sautent quand même en l’air sur « Disposable Teens », mais sont bien esseulé·e·s. L’arrière-plan arbore à présent le faciès du chanteur, mais de profil. Il ne faut pas attendre le quatrième morceau pour qu’un moment de gêne, plutôt embarrassant, engourdisse la salle : « Mobscene » est complètement massacré. Conscient que l’interprétation part en eau de boudin, Manson stoppe la machine au beau milieu du parcours et convoque Tyler Bates à ses côtés, qui se prend pour l’occasion une remontrance publique. Tant bien que mal, Manson et son gratteur le clôtureront à deux. Alors qu’une majorité de formations auraient tout simplement repris le morceau –tout le monde peut se planter– Manson préfère embrayer sur la suite. Je-m’en-foutisme, quand tu nous tiens…

Il en remettra d’ailleurs une couche quelques minutes plus tard, en interrompant « The Dope Show », sous prétexte que des personnes dans le public le filment. ‘A chaque fois que je vois une lumière rouge’, prévient-il les premiers rangs, ‘je stoppe et chante le refrain de « I don’t like the drugs but the drugs like me »…’ Une mise en garde qu’il met évidemment en application, menaçant même de vider les lieux si les spectatrices et spectateurs ne mettent pas leur poing dans la figure –mais de manière douce, précise-t-il quand même– à celles et ceux qui s’amuseraient à l’enregistrer. De longues minutes d’attente avant que la Diva Manson ne daigne quand même poursuivre. Dur d’accepter de se faire filmer quand on est plus que l’ombre de soi-même…

Même si la soirée peut être globalement créditée d’un flop, il faut néanmoins reconnaître que Manson maîtrise aujourd’hui davantage ses nouvelles compositions. « Third Day of a Seven Day Binge » et « Deep Six » permettent au chanteur d’exploiter une énième facette de sa palette vocale, chargée en émotions et qui ne manquera pas d’électriser la foule. Il en va de même pour « Say 10 », qui envoûte graduellement l’audience jusqu’à l’inciter à crier, comme un seul homme : ‘You say God and I say Say 10’. Un lointain arrière goût de ce qu’ont pu incarner ses anciennes messes révolutionnaires de la fin des années 90…

C’est finalement par le très émouvant « Coma White » que l’Antéchrist prend congé. Une fois de plus, typiquement du Manson : après avoir énervé, déçu ou lassé son public, l’artiste finit par une très belle interprétation de ce langoureux morceau. Un dernier ‘fuck’ adressé à l’auditoire, qui adoucit néanmoins ce goût amer, devenu de plus en plus prononcé au fur et à mesure que le show s’est déroulé. Il n’empêche que de ce concert émanait le dérangeant fumet d’une prestation bâclée. Pourquoi persister à poursuivre son périple alors qu’il n’est pour le moment pas capable d’offrir un show digne de sa réputation ? Il s’agit certes d’un détail, mais en jetant un bref coup d’œil au merchandising on se rend compte que des t-shirts sont vendus à des prix exorbitants, alors qu’on aurait presque pu dire qu’il s’agissait de transferts faits maisons (Manson ?). Un détail, évidemment, mais qui dénote du peu de respect que l’artiste réserve à ses fans. Il se permet de vivre de son aura, et devrait certainement en profiter pendant encore de nombreuses années ; cependant, son public finira bien par s’éroder s’il poursuit dans la même voie. De cette soirée en ressort en tout cas un triste constat : le Révérend glisse dangereusement vers le précipice… déjà qu’il s’est brisé la jambe…

(Voir aussi notre section photos ici)

Organisation : Live Nation Belgium



 
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