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samedi, 28 mars 2015 00:00

Le plus philanthrope des misanthropes

Alors que la pluie reprend ses droits, soufflant par bourrasques, Bruxelles s’éteint en se calfeutrant face à ces ennemis climatiques. Et pourtant, l’Orangerie accueille Fuzati, le félon du rap hexagonal. Une bonne occasion pour simplement se réchauffer et même davantage, car le Français va asséner une fameuse gifle à son auditoire, en le plongeant au sein d’un climat digne d’un sauna scandinave… 

Elvis Romeo assure le supporting act. Et il faudra certainement compter sur lui, dans le futur. Il a un fameux charisme. Tout en restant humble. Et nous livre des textes drôles et décapants, avec un accent bien bruxellois.

Quelques semaines plus tôt, il avait été programmé en première partie de Fauve, à l’AB. Et aujourd’hui, il a pour mission de chauffer la salle pour l’une de ses idoles. Même bagout, même esprit, même envie de communiquer sa joie de rapper. Il nous a tellement tapés dans l’œil (et l’oreille) que Musizcine vous proposera son interview, tout prochainement.

Pendant le premier quart d’heure du set, Junior Godfellaz balance une prod tranquille en mixant quelques bons morceaux (« As The World Turns », notamment) afin de faire monter progressivement la température. Faute de balcon, Romeo monte sur l’estrade et s’empare du micro, qu’il ne lâchera plus avant 20 bonnes minutes.

Il enchaîne « Mon Cousin Dégueulasse », « Le Capitaine », « Poignée de Punchlines », « Bruxelles c’est devenu la Jungle », « Nostalgie », et se paye même le luxe d’exécuter « Drôle de Décision », un morceau qui fait justement référence à Fuzati.

Mise en abîme, marque de respect, le show s’achève sur le coup de 20h40 alors qu’une première question me traverse l’esprit : pourquoi ces instruments sur l’estrade ???

25 minutes plus tard, la réponse tombe tel un couperet. Il n’y aura pas de Dj, mais 4 musicos. Ce petit enfoiré de Fuzati s’était bien gardé de nous prévenir de la surprise.

Si le loustic est là, c’est pour fêter le dixième anniversaire de la sortie de son premier elpee, « Vive la Vie ». Une ode frénétique au mépris, à la misogynie, la déprime, la solitude et l’onanisme.

Une décennie plus tard, il affiche toujours cette même désinvolture et manifeste encore cet éternel dégoût de l’être humain. Tant mieux, c’est sous cet aspect qu’il est le meilleur.

Le même masque blanc pour cacher son visage, il va nous proposer un spectacle de plus ou moins une heure, flanqué de son orchestre, nous replongeant dans une relation originelle, qui le liait à son public, en revisitant quelques uns de ses grands classiques (« Dead Hip-Hop », « Toute la Vérité », « Le Manège des Vanités », « Pas Stable », …)

Mais l’artiste ne s’est pas contenté de nous accorder la prod synthétique et basique de sa première galette. Il a voulu que le set prenne une excellente tournure organique. Son backing group se chargeant de l’aider à atteindre cet objectif. Tout en épinglant des plages issues de ses différents projets et long playings. Dont « Fin de L’Espèce», « Grand Siècle », « le Klub des 7 » et « L’Eponge ».

Le flow de Fuzati est impressionnant. Les musiciens s’éclatent, s’autorisent des solos à vous couper le souffle. Celui consacré par le claviériste au funky « Dead Hip Hop » est à tomber sur le cul.

Bouillant, l’auditoire se trémousse et reprend en chœur les abominations de l’artiste. Certains aficionados sont pratiquement en transe. De quoi presque vous foutre la trouille.

Fuzati démontre également qu’il a du talent comme instrumentiste, en nous réservant également son petit solo de clavier, avant d’entamer un freestyle croquignole issu de la track list d’Elvis Romeo qui était restée collée sur le plancher. Genre, rien à foutre, du moment qu’il y a des mots, on envoie le bois. Une autre manière de démontrer qu’il maîtrise ses textes à la perfection. 

Le rappel tombe vers 22h15 ; et 25 minutes plus tard, l’éclairage de la salle se rallume pour de bon.

C’était la première visite de Fuzati à Bruxelles. Il témoignera même de son étonnement de n’y avoir jamais mis les pieds. Et on espère que ce ne sera pas la première et la dernière fois.

Fuzati a autant surpris par ses qualités artistiques qu’humaines. En fait Fuzati est le plus philanthrope des misanthropes…

Set List :

Le Manège des Vanités (« Vive la Vie »)
Pas Stable («  Vive la Vie »)
Depuis que j’Etais Enfant (« Vive la Vie »)
L’Indien (« La Fin de l’Espèce »)
Un Peu Seul (« Vive la Vie »)
Dead Hip Hop (« Vive la Vie »)
Avec Les Larmes (« Vive la Vie »)
Sous le Signe du V (« Vive la Vie »)
Toute la Vérité (« Vive la Vie »)
Sinok (« Grand Siècle »)
Volutes (« La Fin de l’Espèce »)
L’Eponge (« Le Klub des 7 »)
-Freestyle-
Planetarium (« Grand Siècle »)
De l’Amour à la Haine (« Vive la Vie »)
Perspectives (« Vive la Vie »)

Rappel :

La Chute (« La Fin de l’Espèce »)
La Violence (« Grand Siècle »)
La Fin de l’Espèce (« La Fin de l’Espèce »)
Le Parapluie (« Le Klub des 7 »)
Destin d’Hymen (« La Fin de l’Espèce »)
Baise les Gens (« Vive la Vie »)

(Organisation: Botanique + Back In The Dayz)

 

jeudi, 05 mars 2015 00:00

Un oxymore vivant

La soirée est en principe destinée à prendre du plaisir. Et en même temps, à vivre une découverte.
Tout est parti d’une envie qui s’est rapidement transformée en situation troublante.
Et pourtant, sans la moindre brutalité, des hallebardes nous sont tombées sur la cafetière. Elles menaçaient au cœur du ciel d’hiver…
Et il en a fallu de peu, finalement. De quoi douter de la machinerie sournoise, précise orchestrée par Panda Bear. Capable de soudoyer n’importe quel mélomane lambda. Personne n’y croyait, et pourtant tout le monde est tombé dans le panneau. Sans regrets…
Ce n’était pourtant pas gagné d’avance.

20h00

Au sein de l’Orangerie, en attendant l’ours portugais d’adoption expatrié de Baltimore, il revenait à d’autres troublions, issus de la grosse pomme, de montrer ce qu’ils avaient dans le ventre. Jib Kidder et ses mollusques ont un côté nonchalant et peu soigné qui agace. Je n’ai pas dit qui a la grâce. Ce serait une insulte.  

Vu l’exercice périlleux du supporting act, il faut se montrer indulgent. Mais d’indulgence, il n’en sera jamais question. Jib Kidder nous bassine des reverbs atroces. Son phrasé est grailleux. Sa musique est incohérente, approximative, sans ligne de conduire. Le light show est obsolète. Le backing group insipide.

Chaque morceau semble volontairement biaisé. Désaccordé. Mais dispensé avec un esprit snob. De quoi provoquer un malaise, un haut le cœur, à la hauteur de leurs ambitions. Car, le combo ne manque pas de talent. Et il réunit d’excellent musicos. Mais, en s’égarant au cœur d’expérimentations bancales, leur compos se régurgitent plus qu’elles ne se savourent (NDR : qui a dit à vomir ?) Une épreuve dénuée d’émotion. Fin du match, on règlera les comptes. Au vestiaire…

21h00

Noah Lennox aka Panda Bear, montre le bout du nez…

Il est seul et se faufile discrètement sur l’estrade. Une incursion empreinte de délicatesse. Tout aussi furtivement, il déclenche le processus de mise en route de ses machines qui, pendant une heure, vont entretenir un climat intimiste et confortable au sein de la salle. 

Lennox est rompu au ‘live’ ? 15 ans déjà qu’il roule sa bosse sur les planches, en compagnie d’Animal Collective. Quand il ne se produit pas en solitaire. Ce qui explique pourquoi, il est devenu inébranlable.

La bouche ouverte, les mains pendantes, on se laisse piéger par le feeling mélodique qui vous contamine. Naturellement.

Il se moque des conventions. Y va au culot. Et botte en touche. Tout le monde partage ce point de vue, de toute manière.

Oscillant de mélodies synthétiques aux naturelles et instinctives, il réalise leur enchaînement en manifestant une facilité déconcertante. De fil en aiguille, les univers différents se rapprochent, se touchent, se respectent. Alliant l’eau et le feu, Lennox semble maîtriser les éléments. Il semble bien le seul dans cette salle. Si ses caresses réconfortent, ses coups de cravache ont un pouvoir orgasmique. Il est le Maître absolu de l’arrogance et de la simplicité, de la douleur et de la tendresse, de la puissance et de la tranquillité. Ce soir, Panda Bear est tout simplement un oxymore vivant.

En prenant du recul et en observant l’auditoire, on se rend vite compte que si Lennox nous a réuni dans sa bulle, ce n’est pas pour adresser un discours général à ce public, mais bien un message personnel.

Des corps se déhanchent, certains en abusent, d’autres restent figés, sous le choc. La liesse n’est pas collective. Le plaisir est individuel. Et il est intense, même s’il est profondément enfoui au fond de l’âme. 

22h00

De la même manière qu’il est apparu, Panda Bear file à l’anglaise, côté backstage, le public le contraignant à exécuter le rituel éternel du rappel qu’il viendra assurer encore pendant 20 bonnes minutes...

Guère loquace, jamais avare et même plutôt généreux, Panda Bear a démontré ce soir qu’il avait l’humilité et le prestige des plus grands artistes…

En sortant, je jette un coup d’œil à la table merchandising. Les mollusques de Jib Kidder y sont collés. Mieux vaut fuir. Je voudrais pas revivre le premier épisode.

(Organisation Ancienne Belgique)

Tu le sais, tu t’es préparé. Tu as travaillé, essayé de soigner tes blessures. Un travail qui t’a demandé du temps. Mais en 2 notes, Fauve décolle tes pansements.
Il n’est pas sadique. Il ne veut pas te faire mal. Simplement, il possède une telle puissance naturelle, une précision dans le domaine du ciblage des émotions, que tu baisses rapidement les bras. Mais les as-tu seulement levés pour manifester contre eux ? Tu acceptes ce qui va se produire. C’est le prix à payer.
Certains viennent pour danser. D’autres pour la musique. Bref, ce phénomène a quand même son ‘tour bus’ réservé devant la salle, qui affiche sold out.
Tu as une dent contre ce peuple. Il viole en quelque sorte ton intimité. Tu as connu Fauve à ses débuts. D’abord chez toi, via Youtube. Puis à la Rotonde du Bota. Ensuite au sein de son Orangerie. Tu as pu ressentir ces émotions. Les partager avec eux.
Vu l’affluence, tu sais que tu devras encore davantage les partager. Tu devras te contenter de quelques miettes. Mais tu vas quand même les dévorer…
Tu y consens.
Tu assumes.
Et ton rêve peut commencer…
Enfin, pas encore, car tu devras encore patienter un peu…

La casquette vissée sur la tête, Romeo Elvis (aka ‘Kiki van Laeken’) a la lourde tâche d’essayer de s’extirper des griffes de l’animal qui va grimper sur l’estrade, derrière lui. Même pas peur le gamin ! Et c’est d’une voix très pro, grave, dispensant un flow sans accroche, sans faiblesse, qu’il balance son set au public un tantinet distrait mais surtout impatient.

Les morceaux s’enchaînent (« Mon Cousin Dégeulasse », « Bruxelles c’est Devenu la Jungle », etc.) avec une rapidité qui ne trompe pas. On a envie de le revoir ce gars là. Trop court pour ce soir. On va le tenir à l’œil et tendre l’oreille à la suite de son parcours.

20h40

La salle replonge dans l’obscurité. Cris soutenus dans l’AB.

Quentin Postel est vêtu d’un t-shirt à l’effigie de Stupeflip, le bassiste à celle des Black Lips. Grand écart culturel, on affiche ses références. Ce qui ne peut qu’être que bénéfique…

« Paraffine » ouvre les hostilités, explose les bacchanales. « Bermudes » embraie. Premier pincement au cœur, et apparition de cette fameuse boule au ventre. Il n’a pas fallu très longtemps à ces satanés Français pour nous tordre l’intérieur du corps. A peine quelques mots…

Postel parle enfin. Depuis le temps que le public attendait qu’il s’exprime. Il le remercie d’être présent. Il précise que c’est la première date de la tournée du nouvel album. Qu’ils sont contents d’être en Belgique, même si à chaque fois, leur set rencontre des problèmes techniques. Pourtant, ce soir, il sera épargné par cette poisse…

Si « T.R.W. » passe assez difficilement l’exercice du live, il ne fait que précéder celui que tu redoutais, mais que paradoxalement, tu attendais également.

Ce morceau qui rompt tout. Celui qui te fais baisser la tête. Mais ce soir tu as décidé de l’affronter : « Nuits Fauves » sonne…

C’est le frisson ! C’est à ce moment que tout à commencé. Tu ne fléchis pas, mais tu en prends plein la gueule. Ton cœur est transpercé. Car cet instant te tombe dessus sans crier gare… Et merde !

A peine remis de tes émotions, le groupe assène ses coups, trace sa voie, fustige et encore électrise l’auditoire.

Il parvient même à te faire chanter, dans son intégralité, « 4 000 Iles ». Fallait oser ! Fauve ne souffre d’aucun complexe, ne dresse aucune barrière. Balance même une version musicale de « Azulejos », plage qui figure sur « Vieux Frères Partie II », a cappella.

Jusqu’à la fin du show, le public ne cessera de s’élever, toujours plus fort, toujours plus haut.

Et le délire atteint son paroxysme quand « Blizzard » vient donner le coup de grâce.

Il est 22h00. Les masochistes en réclament encore. Et se manifestent à travers les hurlements ou encore en sifflant. Le bonheur est tellement intense et la demande tellement soutenue, que si les musicos ne reviennent pas rapidement sur les lieux de leurs méfaits, on pourrait assister à une mutinerie.

« De Ceux » vient calmer quelque peu les esprits. En ‘live’ ce morceau est excellent. Il faut cependant admettre qu’hormis la présence de titres pas encore suffisamment rôdés sur les planches, et tout particulièrement issus du nouvel opus, la setlist était vraiment parfaite.

22h30

Fauve a vidé les lieux…

Tu remets tes pansements, tu fanfaronnes et tu cries à ceux qui veulent l’entendre ‘même pas mal…Tu sais toi ? Tu mens…

Set List :

1/ « Paraffine »
2/ « Bermudes »
3/ « Infirmiere »
4/ « Saint-Anne »
5/  « T.R.W. »
6/ « Nuits Fauves »
7/ « 4000 iles »
8/ « Zoé »
9/ « vieux freres »
10/ « Talluah »
11/ « Haut les Cœurs
12/ « Azulejos »
13/ « Cock Music Smart Music »
14/ « Voyou »

15/ « Blizzard »

Rappel :

1/ « De Ceux »
2/ « Sous les Arcades »
3/ « Kané »
4/ « Hautes Lumières »

 

(Organisation : Nada Booking)

dimanche, 15 février 2015 18:21

The Ivy Leaf Agreement

Un drôle de sentiment vous envahit en écoutant ce « The Ivy Leaf Agreement ». Déjà rien que le titre…

Entre les cordes cristallines et les accès de basse saturés, à la limite indécents, vient se glisser une pedal steel aux relents prog et une rythmique aux accents post-mat’. De quoi se poser des questions…

Bien sûr, cet étonnement se muerait en approbation, si les pièces du puzzle parvenaient à s’assembler pour mettre en exergue une voix agréable.

Or, les compos de cet elpee n’ont pas vraiment de fil conducteur. Les mélodies sont pop. Sucrées, également. Ou cherchent à épouser un profil post punk. Une valse-hésitation qui me laisse perplexe. D’autant que la durée des titres oscille entre 2’30 et 8’30. Sur les 5 plages,

Russell and the Wolf Choir essaye d’étaler son large spectre musical. Mais en s’éparpillant, il ne parvient ni à nous décevoir, ni à nous enthousiasmer.

Et faute de comprendre la démarche du groupe, on range le disque dans le tiroir de l’oubli…

Suivant…

 

dimanche, 15 février 2015 18:17

It’s Time

Ou lala…

Le job d’un chroniqueur musical n’est pas toujours cousu de fil blanc.

Et si bien souvent on pense être assez calé pour pouvoir rédiger n’importe quelle pige sur n’importe quel style ou artiste, il faut de temps à autre avaler cette boule d’orgueil et se rendre à l’évidence, certaines sont plus ‘sportives’ que d’autres.

Si pour vous, Ibiza est la destination de vacances idéales ; si une soirée réussie correspond à quelques décilitres de sueur qui dégoulinent entre la raie des fesses, avant de se déverser sur le dancefloor ; si vous aimez lever les bras en hurlant ‘wouuuhouuuu’ ; si pour Noël vous avez demandé une dent postiche en or ; si enfin, le tempo d’une boîte à rythmes vous met en transe, alors, « It’s Time » n’attend que vous.

Derrière cette grosse machine à transpirer se cache Sean McCabe, DJ briton, casquette vissée sur la tête et barbe rasée approximativement… 

Ce petit malin de McCabe produit du son qui ne laisse pas indifférent, même si vous n’êtes pas le plus grand noceur du monde.

C’est que le DJ sait s’entourer. Sa disco-house chaloupée bénéficie du concours d’artistes comme Jennifer Wallace, Diane Charlemagne ou Nathan Adams, qui servent de détonateur pour faire exploser les beats concoctés et mixés par l’Anglais.

Grâce à ses accès de basses susceptibles de fendre la pierre et sa consommation outrancière d’effets, « It’s Time » fleure un parfum festif de clubbing exalté.

Difficile cependant de s’enfiler la galette jusqu’au bout sans quelques haut-le-cœur, tant les rythmes et les mixes se traduisent par un matraquage pur et simple.

‘It’s Time’, dès lors, de refourguer la galette à l’un de vos potes.

Vous savez celui qui roule les fenêtres ouvertes, la musique à fond la caisse. Si, si, on en a tous un dans son cercle de connaissances. Lui en tout cas, vous remerciera 1 000 fois. Mais attention, chaque fois qu’il vous véhiculera, il ne pourra s’empêcher de mettre le son plein pot. Ben oui, c’est ça les amis…

dimanche, 15 février 2015 18:15

Paris Tristesse

Ce qu’il peut être parfois agaçant ce Lapointe.

On aimerait quelquefois pouvoir lui formuler un reproche, lui balancer un uppercut ou un swing dans les dents. Une critique virulente qui permettrait de conclure : ‘Ah là, le Québécois s’est viandé’.

Ben non, pas possible. Chaque nouvelle suscite le respect, s’écoute en silence et provoque l’admiration pour ses paroles envoûtantes et d’une infinie beauté.

Il reste donc peu de place à la réprobation, face à cet artiste confirmé, cet auteur/compositeur à la plume hallucinante, ce musicien talentueux...

Et pourtant…

« Paris tristesse » avait de quoi justifier une attaque en règle. Le titre, tout d’abord. Sombre. L’instrumentation. Limitée aux cordes et à un piano. Le climat. Ténébreux, presque arrogant.

Pourtant ce qui s’annonçait compliqué pour l’artiste et à la limite du supportable pour le mélomane, s’est transformé en idée géniale…

Certes, il faut accepter notre partie sombre, ces recoins secrets que nous tentons tant bien que mal à dissimuler. Il faut admettre ces instants où le cœur s’emballe face à la mémoire de moments tendres et perdus. Il faut faire preuve d’introspection et de remise en question. Il y a un travail, « Paris Tristesse » ne se gagne pas tout seul. Mais comme par enchantement, au fil des morceaux, cet univers volé aux dénis apparaît comme sublime.

Oui, on peut être heureux d’être triste. On peut accepter d’être humain, de fondre en larmes.

Car si le bourreau fait son boulot, il l’exécute avec tant d’expérience et de volupté qu’on en vient à trouver son acte superbe.

Il n’y a ni forme de masochisme, ni conspiration affective, mais un ressenti de l’essentiel des émotions et de la réalité des événements, de la situation.

Un sentiment profond teinté d’amertume que l’on gratte, que l’on creuse, et qu’on ressort du fond de soi.

Quoique délicates, les compos de « Paris Tristesse » atteignent leur cible dans leur cœur. Un disque dont on appréhende l’écoute, qu’on finit par s’y résoudre, parce qu’on a simplement envie de communiquer avec le plus profond de ses sentiments.

Il est agaçant ce Lapointe, mais il revient quand il veut.

dimanche, 15 février 2015 18:10

Album

C’est sans doute après avoir écouté en boucle le « Ghosts of the Great Highway » de Sun Kil que ce duo a décidé d’enregistrer cet opus. Faut dire que la paire est particulièrement influencée par le folk et le blues obscur des années 30. 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’inspiration leur a plutôt bien réussie.

Le tandem anglais réunit Alex Carter et Simon Kobayashi. Actionnaire chez Damnabli, ce dernier milite également chez Smallgang. Ensemble, ils ont décidé de nous tricoter une écharpe pour l’hiver, d’une grande douceur, en y tramant leurs plus belles mailles.

Subtil et ronronnant, « Album » se caractérise par sa fluidité et sa constance dans les accords délicats.

Comme pour lier la sauce, le duo devient trio, afin d’enrichir leurs envolées folk tantôt de drums, tantôt d’interventions d’une contrebasse.

Affichant de faux airs de Sam Beam, Lou Barlow voire Elvis Perkins, les Insulaires effacent les lignes de leur Union Jack pour redessiner, et sans le moindre complexe, un Stars and Stripes sans aucun complexe.

Dès que les doigts glissent sur les cordes, laissant transparaître, ce bruit de peau calleuse entre les accords, on voyage du Kansas au Kentucky, en passant par l’Ohio…

Parfois hasardeux (« Patient Song ») ou téméraire (« Home to No Home »), mais le plus souvent simplement excellent (« Stay By My Side », « Dartford Tunnel », « I Think the Shape of Your Head »,…), « Album » est une œuvre qui mérite une attention particulière. Classieuse, visionnaire, belle, tendre, enjouée, envoûtante, elle est de celles qui s’écoutent en faisant le vide autour de soi. Un peu comme lorsque derrière une vitre givrée, on regarde le froid se casser les dents contre votre bonheur, d’être au chaud…

dimanche, 15 février 2015 18:08

Monument to an Elegy

Fondé par Bill Corgan, il y a 28 ans, Smashing Pumpkins est considéré comme un dinosaure.

Et on doit vite se rendre compte que nous sommes les victimes de ce prédateur.

Si le succès n’est réellement apparu qu’au début des années 90, on a vite fait le calcul, ces enfoirés ont grandi avec ma génération ; Corgan était d’ailleurs à peine plus âgé que votre serviteur.

Un dinosaure, certes, mais qui peine à disparaître.

Non pas que nous le souhaitions, mais parfois mourir de sa belle mort, communique au mythe une certaine forme d’élégance.

Dans le chef des Pumpkins, il semble impensable de poser le mediator.

Mais essayons d’être objectif ; en nous demandant ce que « Monument to an Elegy » a vraiment dans le ventre ?

Faisons fi des accords métalliques chers au combo. Oublions leurs martèlements de fûts spécifiquement marécageux. Délaissons ces fiévreuses envolées si caractéristiques. Supprimons la voix nasillarde de Corgan. Que reste-t-il ?

Une innovation ? Une nouvelle approche de la musique ? Une subtilité discrètement camouflée ?

Et bien, si on enlève tous les éléments spécifiques à leur expression sonore, il ne reste rien. Nada !

Il faut pouvoir accepter cette situation. Pourtant, 20 ans plus tôt le combo nous réservait des compos originales, percutantes, élaborées, savoureuses et même bouleversantes. Aujourd’hui, il se mord la queue et n’est plus que l’ombre de lui-même.

Pourtant, « Monument to an Elegy » devrait ravir les irréductibles, nostalgiques des nineties. Ceux dont l’horloge s’est alors arrêtée.

Vu le talent de la bande à Billy, il est incompréhensible de la voir incapable de se remettre en question. De s’ouvrir de nouveaux horizons sonores. Pourtant, elle a suffisamment d’expérience pour y parvenir. Afin de mettre à genoux la nouvelle génération, sur son propre terrain.

Bref, soyez rassurés quand même, tout au long de « Monument to an Elegy » Smashing Pumpkins fait du Smashing Pumpkins. Les aficionados crieront peut-être même au génie mais Dieu reconnaîtra les siens.

 

mercredi, 21 janvier 2015 16:16

What ? ! - William Onyeabor Remixed

Il fallait un sacré culot pour pondre un tel disque ! Et ceux qui ont osé, il faut les remercier vivement.

Qui ? Quoi ? Il serait judicieux de rédiger une telle chronique dans le même esprit que celui qui a eu l’idée première de réaliser ce tribute.

La carrière de William Onyeabor est entourée d’un voile de mystère entretenu par des affirmations fantaisistes, des supputations en tous genres ou des questions laissées sans réponse. De quoi gonfler le mythe. Et cet immense point d’interrogation demeure suspendu au-dessus des beats qu’il a concoctés pendant 8 ans sur 7 albums différents. Pas une de plus, pas un de moins.

Le plus important, c’est la qualité des œuvres de cet oiseau rare… issu du Nigéria. Ainsi que des remixes qui lui sont consacrés, dont ceux qui figurent sur ce « What ! »

L’objectif est de faire danser, tout en conservant une ligne de conduite tracée par notre énigmatique Willie…

Hot Chip ouvre les festivités par un somptueux « Atomic Bomb », au cours duquel les Anglais injectent judicieusement leurs effets dans l’expression sonore chaleureuse du Nigérian.

Parmi les perles, j’épinglerai encore celles de The Vaccines, JD Twitch, Javelin, David Terranova et surtout Daphni, dont le traitement fulgurant de « Ye Ye » se révèle à la fois explosif et hypnotique.

Tout le monde ne parvient pas à magnifier la matière première, mais tous parviennent, quand même à s’en tirer plus qu’honorablement (Justin Strauss & Bryan Mette, Joakim, Policy, Scientist).

Un reproche ? Pourquoi trois remixes d’une même compo (« Body an Soul »), quand on connaît la richesse de l’œuvre de William Onyeabor. Ce qui n’empêche pas l’elpee de se révéler indispensable…

mercredi, 21 janvier 2015 16:09

77

Mon redac’ chef est un malin…

Derrière une phrase discrète, dans un mail sympa, il me glisse ‘… tu devrais écouter le dernier Nude Beach…’

J’ai donc extrait prioritairement la rondelle de mon tas d’albums à chroniquer. Et puis après l’avoir glissée dans le lecteur, mon oreille, terriblement affûtée, s’est tendue vers mes enceintes…

Alors qu’est-ce que ce « 77 » a vraiment dans le ventre.

Chargées de swing, gorgés d’effets de pédales et de distorsions criardes, les compos rock de ce band américain seraient très susceptibles de décoiffer Tom Petty, en personne…

Mais leurs superbes envolées auraient pu sentir la naphtaline, si passé le premier titre, le combo n’avait pas voulu imposer une power pop presque indécente…

On a du mal à croire que ce band yankee est issu de Brooklyn. S’il avait débarqué de Floride ou carrément du Texas, on n’aurait pas crié au scandale, tant leur expression sonore est musclée et propice à la sudation. Un vrai truc de mec. On imagine des gros bras qui frappent les cordes et des bottes qui claquent sur le plancher d’un bar enfumé. Tellement brut de décoffrage, qu’il aurait, de temps à autre, besoin de se dégonfler.

Il y a même un morceau de 10 minutes dont le rythme ne faiblit jamais (« I Found You »). Pas même une seconde de répit. Mais aussi de la sensibilité (« See My Way »). Parce que ‘boys can cry’, à contrario de ce raconte le gros Robert (Smith). D’ailleurs, s’ils le souhaitent, ils peuvent sécher leurs larmes sur le reste de l’album. Tout est prévu.

 

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