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Doom Wood 2017 : samedi 25 novembre

crit par Pierre Vangilbergen - samedi, 25 novembre 2017
Image
Doom Wood
Maison des Jeunes
Sambreville
25-11-2017

En cette froide soirée de novembre, cinq formations ont décidé de convertir cette seconde édition du Doom Wood Festival en manifestation toute aussi lourde en riffs qu’en décibels. Sur l’autel : du Drone, du Doom et du Sludge. Selon leurs vices respectifs, les groupes vont proposer des sets courts mais d’une incroyable intensité, au cours desquels chaque band aura le loisir de déverser sur la fosse, la noirceur de son âme. Un chapelet de bulles opaques et crades juste comme on les aime, et que tout amateur du genre ne devait pas louper pour la circonstance. Un peu moins de cent personnes s’étaient déplacées pour cet événement. Immersion.

Tamines, petit village de Sambreville. Les rues sont plutôt calmes voire même désertiques en cette fin de journée d’automne. Un certain contraste par rapport au déferlement de décibels qui s’annonce à 300 mètres du lieu où une place de parking est disponible pour votre serviteur. En pénétrant dans la rue de la Maison des Jeunes de Tamines, théâtre des opérations du jour, impossible de ne pas tomber sur un food-truck au menu plutôt varié et alléchant. Le bougre fera son beurre ce soir, ne manquant pas d’assouvir la faim des badaud·e·s avides de musique épaisse. Quelques personnes grillent une cigarette ou s’enfilent à leur aise une bouteille de vin face au modeste bâtiment dont l’écriteau, au graphisme digne d’un des meilleurs vendeurs de kebab, ne permet pas de se tromper sur l’emplacement. Le mur de droite de la petite salle sert de présentoir aux t-shirts, cd, vinyles et autres patches et stickers des combos qui se produisent ce soir. Au fond, l’arène.

Le Passeur entame cette soirée. Costumes noirs de rigueur, les deux musiciens se font face sur le podium, assis sur une chaise. Sur la gauche, de longues notes graves sont tirées d’une guitare, torturées par les multiples pédales de distorsion. A droite, posés une petite table, une boite à effets et un bol tibétain. Le vocaliste de la formation interrompt à intervalles réguliers le bourdonnement de la gratte, tel un parolier lançant des appels à l’aide, d’avance perdus dans l’océan. On pourrait croire à une discussion schizophrénique. Bien que certains éléments perturbateurs parasitent le set, les deux musiciens parviennent à rester dans leur bulle surréaliste. Devant eux et dos au public, une artiste laisse courir un fusain (ou du moins, ça y ressemble) sur le papier d’un flipchart. La noirceur des sons traduite en traits, formant des illustrations abstraites. Après une vingtaine de minutes, la prestation atteint son point d’orgue. Les cris s’étranglent en une envolée dépressive, la guitare n’émet plus qu’un chaos sonore et tout finit par retomber. Les musiciens quittent l’estrade aussi abruptement qu’ils y sont arrivés. Les vannes sont ouvertes. Il y plane désormais une ambiance lourde et froide qui collera au mur jusqu’en fin de parcours…

Le temps de s’offrir une bière et de s’autoriser une brève prise d’air à l’extérieur, Lethvm est déjà prêt à démarrer les hostilités. Une prestation quelque peu symbolique puisqu’elle célèbre la sortie, la veille, de son premier album « This Fall Shall Cease ». L’apocalyptique et dépressif « Wandering at Dawn » entame le concert. Les rangs se sont resserrés. Beaucoup de métalleux semblent avoir fait le déplacement pour l’occasion. Les musicos prennent pleinement possession de la scène. Pendant que Ben semble hanté par la noirceur des morceaux, ne faisant plus qu’un avec sa basse, Mathieu, le guitariste, planté à l’autre extrémité du podium, conserve un visage impassible comme s’il était enfermé au sein d’une bulle musicale hermétique. En chef d’orchestre bienveillant, Tony, quand il ne martèle pas ses fûts, veille à insuffler par sa frappe ce tempo lent et hypnotique. Face à lui, Vincent se démène comme un beau diable, tout en barbe et cheveux blonds. Ses hurlements écorchés et plaintifs –très susceptibles d’évoquer ceux du chanteur de Burzum, Varg Vikerness– le traversent de part en part. Son registre vocal est incroyable ; ce qui lui permet d’ailleurs ensuite de s’autoriser des envolées plus graves et solennelles, bras tendu vers un infini, par définition inaccessible. Ou encore cet autre instant où il préfère abandonner son micro derrière lui, s’époumonant à blanc face à l’audience. Du meilleur effet ! Peine perdue de vouloir poser le pied pour reprendre un quelconque équilibre, Lethvm vous rattrape de suite par la gorge. Alors que l’ambiance s’enfonçait dans une atmosphère sombre et dépressive, « Winter’s Journey » réveille les âmes et leur colle un coup de pied bien placé, direction le purgatoire. Quelques bras se lèvent, des applaudissements émergent mais la majorité des spectatrices et spectateurs semblent être, à juste titre, happés par les morceaux. Vincent finit par sauter dans la fosse, s’empare d’une grosse caisse déposée à côté, rue dans le public et finit par se poser face à la scène, formant à présent un duo en compagnie du batteur pour clore ce set. Tous les ingrédients sont réunis pour que Lethvm monte en puissance dans les mois et années à venir. Et surtout, qu’il ne laisse plus au fond de la gorge ce goût amer de trop peu. 

Attention, ça colle aux poumons ! Atomic Trip débarque pour la première fois, en Belgique. Il a emmené dans ses bagages un OVNI instrumental, entremêlé de Sludge et de Doom. Impliquant un batteur et deux guitaristes (dont l’un des deux n’est autre que le vocaliste de Cult of Occult, programmé en tête d’affiche), le trio va dispenser, pendant une bonne demi-heure, une musique extrêmement grasse, lente, parfois minimaliste et surtout crasseuse à souhait. Les mots sont parfois difficiles et vains à placer pour décrire une ambiance. C’est le cas ici. Le plus efficace serait peut-être de vous imaginer confiné·e dans un espace clos et que les murs se rapprochent petit à petit, à vitesse égale, finissant par froidement vous broyer, sans aucun état d’âme. Une stérilité qui se traduit également sur les planches, où les musiciens ne sont pas venus pour taper dans les mains et divertir la plèbe. C’est à prendre ou à laisser. Une hallucination acide, éveillée et partagée par celles et ceux qui se montrent ouvert·e·s et fait appel à ce qui se situe au-delà des mots. Atomic Trip a proposé ce soir un voyage, toutes fenêtres ouvertes et à contresens. Seul·e·s les mordu·e·s ont continué le périple jusqu’au bout.

C’est encore sous l’épais brouillard sonore laissé par leurs prédécesseurs que débarquent les Allemands de Phantom Winter. Deux pieds de micro sont disposés en vis-à-vis, plaçant les deux vocalistes parallèlement à la scène. Vous pouvez définitivement laisser de côté les ballons multicolores, la soirée se poursuit dans la suie. Les niveaux sonores sont pour le coup montés d’un cran, conférant aux lentes et chaotiques compositions une impressionnante couche anxiogène. Face au public, les growls impassibles et martiaux répondent aux vociférations aigues et possédées, le tout noyé dans une soupe de riffs glacés et démoniaques. Il règne une tension particulière, un confluent où l’aura nihiliste du punk finit par rencontrer l’appel funéraire propre au Doom. Seule une lumière bleue foncée, posée au sol, illumine l’ensemble de la scène, conférant aux visages des musiciens des traits aussi tirés que ravagés. Une haine froide et contenue face à un déchirement sans filtre, fréquemment entrecoupée de samples déclamatoires, qu’on pourrait croire sortis d’une chaîne de news allemande. Un peu comme si la musique de Phantom Winter reflétait un négatif inversé de la réalité, ce qui se passe de l’autre côté du miroir, ce no man’s land d’où on ne peut revenir une fois la ligne franchie. Alors que le quintet arrive petit à petit à instaurer cette ambiance atypique, les rangs se déforcent graduellement, préférant aller tailler le bout de gras à l’extérieur. Dommage !

Quelque peu éméchés, certains s’amusent à faire cracher les baffles de leur voiture parquée en face de la Maison des Jeunes. D’autres vident joyeusement leur bouteille de vin ou s’enfilent un dernier hamburger avant de se prendre la tête d’affiche dans l’estomac. Ces derniers effectuent les derniers réglages. Les vibrations parviennent jusque dans la rue. Les bouchons d’oreille sont vivement conseillés, car les Lyonnais de Cult of Occult ont plutôt la main lourde sur les niveaux sonores. Quelques spots à l’arrière inondent à présent la scène d’un rouge sang. Tous encapuchonnés, les artistes s’emparent de l’espace. Alors qu’il était plutôt discret lors de sa prestation chez Atomic Trip, caché derrière un ampli, le vocaliste a désormais laissé tomber la guitare pour s’emparer du micro et venir se planter à proximité de l’audience, pied sur l’ampli, dominant d’un regard froid et déshumanisé. La machine démarre. C’est lent, très lent. Le son emplit toute l’atmosphère, pousse les murs. Un long cri guttural sature les lieux. La décadence s’est désormais invitée aux festivités macabres. Ne cachant pas son attrait pour la boisson, le vocaliste s’abreuve d’une Rochefort en deux ou trois gorgées, nourrissant sa barbe par la même occasion, avant d’attraper et de vider, quelques instants plus tard, un gobelet rempli de houblon. La trentaine de personnes encore présente dans la fosse balance lentement la tête au rythme du claquement des cymbales. Les vibrations s’infiltrent insidieusement dans le corps, tel un venin qui grappille et infecte sans interruption les cellules saines. Une petite quarantaine de minutes, hors du temps, véritable expérience misanthropique et malsaine qui ne peut que souiller l’âme et y laisser des traces indélébiles. Seule stigmate physique de ce passage infesté : les oreilles bourdonnent dangereusement. Après avoir vomi toute leur haine, les artistes dégagent un à un de la scène, laissant les baffles hurler un larsen sillant littéralement les tympans. Le chanteur finit par remonter sur l’estrade et coupe d’un geste sec les amplis. Soulagement. La tempête est passée, il ne reste plus qu’à s’en remettre.

A l’heure où la tendance se porte plus que jamais sur la musique lisse et exempte de remous, le Doom Wood Festival prend le risque de mettre sous les projecteurs des formations atypiques et parfois loin de susciter l’intérêt général. Une organisation qui a le cran d’aller à rebrousse poils et d’offrir à son public des expériences sensorielles, davantage que des classiques prestations. Un saut à pieds joints dans la flaque d’eau, et peu importe si on en ressort les pieds mouillés. Il est donc plus que jamais nécessaire de soutenir ce type de manifestation, du moins si on veut que le Metal puisse rester cet antre d’expressions multiples, certes parfois dérangeant, mais ô combien salutaire...

(Organisation M.J. Tamines)

 

 



 
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