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Pukkelpop 2006 : Jeudi 17 août

Écrit par Redouane Sbaï & Bernard Dagnies

‘Des perturbations sont à prévoir sur l'ensemble du pays’... Et mon cul, c'est du poulet ? Craignant la drache nationale, les festivaliers sont arrivés encombrés de vestes d'hiver, de parkas et autres parapluies, sur la plaine de Kiewit. Personne n'avait prévu que les dieux aussi étaient des festivaliers mélomanes. C'est donc sous un ciel très rarement capricieux, voire exceptionnellement clément, que les milliers de 'Pukkelpoppeurs' (qui a dit poppers ?) ont pu profiter de trois journées tout aussi exceptionnelles. (R.S.)

Les seules véritables perturbations sont arrivées là où on les attendait. En effet, après avoir chamboulé la programmation et l'ordre de passage sur la Main Stage, la prestation des Babyshambles a d'abord été reportée à 00h30 au Marquee pour être, sans surprise, annulée quelques heures plus tard. Ce sacré Pete aurait eu des problèmes de passeport. ‘Et mon cul, c'est du poulet ?’, redit-il d'un air incrédule.

Les affreux Animal Alpha ayant été déplacés sur la Main Stage, c'est My Latest Novel qui ouvre les festivités de ce paradis indie. A peine sommes-nous arrivés sous le chapiteau que « Sister Sneaker Sister Soul » nous enveloppe dans un voile de bien-être. Déjà, on pressent que cette édition s'annonce hors normes. Les membres de My Latest Novel prouvent sur scène que leur formation ne constitue pas qu'une vulgaire et énième copie de The Arcade Fire. Par ailleurs, les organisateurs ont eu l'excellente idée de faire suivre My Latest Novel par les Guillemots. Combinaison parfaite. Ces derniers ont su imposer leur pop indie à un public très nombreux, étonnement motivé, reprenant même en chœur les singles « Train To Brazil », « We're Here » ou « Made Up Love Song #43 ». Un set tout aussi bon que celui livré, en mars dernier, à l'ABClub, en première partie de We Are Scientists. Par contre, ceux-ci, qui jouaient également sous la Marquee quelques heures plus tard, n'ont pas été aussi convaincants... La faute à notre ami moustachu (c'est vachement hype la moustache), Chris Cain, qui n'a pas été aussi loquace et drôle que la dernière fois. Alors quoi ? Pas assez de bière en backstage ? « You Say Party ! » dit-elle. Ce à quoi on rétorque « We Say Die, Bitch ! », un large sourire moqueur aux lèvres. You Say party ! We Say Die ! fait partie de ces formations indispensables lors de manifestations comme le Pukkelpop, permettant au public de vaquer tranquillement à d'autres occupations plus intéressantes : se nourrir, dormir, faire un tour aux chiottes ou, encore, préparer son stock de cigarettes améliorées. Ils permettent également, sans devoir opérer de choix douloureux, d'aller observer ce qui se passe sur d'autres scènes. Celle de la Dance Hall, par exemple, où le belge Jerboa fait danser la foule sur ses beats calibrés, entre hip-hop et trip-hop. On ne peut donc que remercier You Say Party ! We Say Die ! d'être aussi inconsistant.

Les Anglais de Gomez ont ouvert leur set par un « Get Miles » des plus psychédéliques. Pourtant, ils ne laisseront pas un souvenir impérissable à leur auditoire. Partagé entre les morceaux de « How We Operate » et du futur « Best Of », le concert souffre de quelques moments de flottement, conférant à l'ensemble une dimension plutôt soporifique. Pareil du côté du Club, où The Dead 60s enchaînait statiquement les titres de son album éponyme. On saluera néanmoins la conviction et les tentatives de Matt McManamon, chanteur et guitariste de la formation, pour faire bouger un public tout aussi statique. But atteint par la grâce du single « Riot Radio ». Ici, l'assistance se permettra quelques (re)bondissements.

Par contre, pas de chance pour les Infadels. Malgré sa motivation évidente et une set list à peu de choses près similaire à celle de Dour, la formation n'est pas arrivée à reproduire les mêmes vibrations festives que lors de ce dernier concert. Dommage. Ensuite, sous la Marquee Orson nous refait le coup de You Say Party ! We say Die ! Ça tombe bien, on avait faim.

Premier choix cornélien à opérer. The Magic Numbers ou The Knife ? Le duo familial étant déjà venu plusieurs fois en Belgique (et sera certainement de retour durant la saison prochaine), on opte pour les Suédois dont les apparitions live restent beaucoup plus rares. Un choix bien judicieux !

The Knife, c'est la fin de l'innocence. Entre la sortie de « Deep Cuts » et celle de « Silent Shout », Mickey n'est plus qu'un vulgaire rat d'égout, Cendrillon s'est rebellée avant de s'ouvrir les veines, Blanche-Neige est morte d'une MST et la petite sirène, junkie finie, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Les coeurs ont cessé de battre. Derrière un voile aussi sombre que le set qu'ils entament, les deux silhouettes masquées envoûtent la foule en enchaînant les perturbants « The Captain » et « We Share Our Mother's Health », précédés par un « Pass This On » quasi-méconnaissable, si ce n'était pour son gimmick. Un jeu de lumières et un visuel ahurissants sont déployés sur scène. On retiendra plus particulièrement le bouleversant « Marble House » et l'apparition de l'énorme visage en 3D d'un Jay Jay Johansson interprétant mélancoliquement le titre en compagnie de Karen Dreijer Andersson. The Knife a probablement offert au public, venu les applaudir, l'un des sets les plus authentiques et troublants du festival.

Evidemment, avec une mise en scène pareille, on ne s'attendait pas à voir débarquer José Gonzàles pour pousser la chansonnette sur « Heart Beats ». Par contre, le jeune homme ayant joué plus tôt dans l'après-midi, il aurait été inconcevable qu'il n'apparaisse pas aux côtés de Zero 7 puisqu'il prête sa voix à quelques titres de « The Garden ». Bon, évidemment, le mot 'inconcevable' est un peu fort. Après tout, les Deftones ont bien joué deux fois avant Tool à Werchter, sans que Maynard James Keenan ne se joigne à eux… Les cons. Au moins, Zero 7 sait ce qui plaît à son public et ne joue pas les avares. C'est donc en compagnie de José Gonzàles mais également de l'indispensable Sia Furler, réincarnation scénique de Roisin Murphy, que le duo balance un set reposant à souhait. C'est d'ailleurs les paupières lourdes qu'on se dirige ensuite vers la Marquee.

Cheminement mental d'un festivalier peu convaincu par My Morning Jacket mais qui décide d'aller les voir étant donné l'annulation du concert de Regina Spektor :

1/ Il regarde de travers les fans du groupe en se posant des questions sur leurs goûts musicaux.

2/ Il se dit 'j'irais bien voir Dr. Lektroluv' mais tombe sur une connaissance et n'a pas le temps de s'échapper avant que le concert démarre.

3/ Il observe le début du concert, toujours peu convaincu.

4/ Il se dit ensuite que c'est musicalement bien foutu, si on passe outre la voix de Jim James.

5/ Avant qu'il ne s'en rende compte, il applaudit le second morceau.

6/ Il commence à regretter d'avoir fixé un rendez-vous pendant le concert.

7/ Il reçoit l'appel en absence fatidique qui lui ordonne de se rendre au lieu de rendez-vous.

8/ Il regarde en arrière, triste de ne pouvoir en profiter jusqu'au bout.

9/ Il commence à se poser des questions sur ses propres goûts musicaux.

10/ Il pense ne plus jamais faire d'erreurs de ce genre mais remettra le couvert dès le lendemain avec TV On The Radio. Le con.

Beck, a.k.a. Master Of Puppets ou Puppetmasta pour les intimes, commence fort en balançant d'entrée de jeu ses gros tubes, « Loser » et « Devil's Haircut ». Accompagné de marionnettes à l'effigie de chaque membre de son groupe, Beck a l'air un peu fatigué. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui aura rendu le show intéressant. Le concert sera donc porté à bout de bras par les musiciens et, à bout de ficelles, par les marionnettes ! Se sont enchaînés « Black Tambourine », « Clap Hands », « E-Pro » ou encore de nouveaux morceaux comme « Cell Phone's Dead », extrait de « The Information », nouvel album, à paraître le 3 octobre. Au terme de la performance, une impression se dégage : si Beck avait été seul sur scène, on se serait fait chier grave...

Cette première journée s'est ensuite clôturée par l'un des deux gros dossiers de cette édition. Avant même que le groupe n'entre sur scène, tout le monde sait que le set de Radiohead sera parfait. C'est bien ça le problème de la bande à Thom Yorke. Ils pourraient faire de la merde qu'on serait persuadé que c'est de l'or en barre. Aucun défaut, aucune faille. « Everything In Its Right Place », comme ils disent. De plus, ils contentent tout le monde (sauf les fans de « Pablo Honey », mais on s'en fout) en offrant une playlist tirée à quatre épingles. « Paranoïd Android », « Idiotheque », « The National Anthem », « Fake Plastic Trees », « There There », « No Suprises », « Lucky », un « Karma Police » repris par l'ensemble du public, « Exit Music (For A Film) »… En 1h50, les légendes ont enchaîné les morceaux, dont 3 nouveaux, tout en sobriété, sans le moindre effort. On en ressort satisfait, tout en espérant que, lors de leur prochaine visite, un bon petit problème technique les oblige à improviser. Encore que, même là, ils parviendront à ne pas se planter !

R.S.

 

Lors d'un festival, il faut opérer des choix. Surtout lorsque des groupes ou des artistes se produisent au même moment sur des scènes différentes. Bien évidemment, cette remarque s'applique à cette nouvelle édition du Pukkelpop. Par esprit de contradiction ou pour une question de goût, des choix alternatifs ont dû être opérés. Il semblait donc utile de consacrer quelques lignes à ces prestations fort intéressantes... (B.D.)

Dont trois ont été accordées au club. Tout d'abord, celle des Veils. Une formation menée par Finn Andrew, le fils de Barry Andrews, ex-claviériste des mythiques XTC. Depuis son passage aux Nuits du Botanique, en septembre 2004, Finn a viré tous les musiciens de son groupe. Et a engagé une très très jolie bassiste, Sophia Burn (NDR : d'après notre collègue Jean-Claude Mondo, les filles optent davantage pour cet instrument, parce que son manche est plus long...) ainsi qu'un claviériste, Liam Gerrard. Pour partir en tournée, il s'est également adjoint les services d'un batteur et d'un guitariste. Finn se réservant également une six cordes ainsi que le chant. Et quelle voix ! Une voix dont le timbre évoque tour à tour feus David McComb ou Jeff Buckey. Lors de ses morceaux les plus bluesy, on ne peut s'empêcher de penser aux Triffids, au regretté Californien, voire à Tom Waits. En particulier sur des titres comme « Jesus for the jugular », « Pan » ou encore « Nux vomica », titre maître d'un deuxième opus, dont la sortie est prévue pour mi-septembre. Des morceaux empreints d'une telle intensité, que certaines admiratrices, postées au premier rang, en avaient les larmes aux yeux. Afin de détendre l'atmosphère, les Veils interprètent également des ballades plus pop. Comme le single « Advice for young mother to be » dont vous avez sans doute déjà pu voir le clip ou encore « One night on earth ». Bref, le set aurait pu être marqué du sceau d'une pierre blanche si le second guitariste avait donné davantage de variation dans son jeu. Mais pas la peine de bouder notre plaisir, puisque ce concert s'est quand même avéré de bonne facture. Une chose est sûre, les Veils sont à revoir. Mais en salle. Au Botanique, où leur concert est annoncé pour le 9 octobre prochain.

Sur disque, les Delays font un peu pâle figure. Pas que leur musique soit médiocre ; mais elle manque singulièrement de punch, s'adressant principalement aux jeunes adolescentes branchées (?) sur les hit-parades. Pas pour rien que leur single « Valentine » soit passé sur le défunt « Top of the Pops ». Nous avons donc été agréablement surpris par la prestation du quatuor de Southampton. Leurs mélodies soyeuses, contagieuses, hymniques, sont découpées par une électricité aussi croustillante que chez les Posies. La basse est hypnotique. Le jeu de batterie souple. Et Aaron Gilbert, le claviériste, met l'ambiance (NDR : on lui reprochera, peut-être, son look 'Boys Band'). Son frère, Greg, se démène à la guitare tout en chantant d'un timbre susceptible de rugir un instant et d'emprunter un falsetto 'cocteautwinesque' le suivant. Etonnant ! Dommage que le combo ne parvienne pas à reproduire la même solution sonore sur support. On lui consacrerait davantage d'intérêt...

Mew est un quintet danois jouissant d'une excellente réputation dans son pays. En 2003, le Danish Music Critics Award Show lui a d'ailleurs décerné les titres d'album et de groupe de l'année. Il compte aujourd'hui quatre elpees à son actif. Sur le podium, la disposition de la formation est plutôt étonnante, puisque le drummer joue en front de scène, sur la gauche et de profil. Tout au long du set, des vidéos sont projetées sur un écran placé derrière la formation. Des images mystérieuses, parfois sordides, au cours desquelles on peut voir des personnages mi-humains, mi-animaux, jouant du violon, des créatures fœtales flottantes ou encore des poupées pleurant des larmes ensanglantées. On se croirait presque dans un conte de Grimm. Toute cette ambiance sied parfaitement à cette musique atmosphérique, majestueuse, complexe, parfois spectrale, presque prog qu'on pourrait situer à la croisée des chemins de Yes, Sigur Ros et Mercury Rev. Mais en préservant un sens mélodique pop contagieux. Avec pour fil conducteur la voix fragile, éthérée, angélique de Jonas Bjerre, à laquelle répondent de superbe contre-voix. Le lendemain du concert, des compos comme « Chinaberry tree », « Why are you looking grave ? » ou encore « The Zookeeper's boy » trottaient encore dans nos têtes. Qui a dit baba cool ?

Enfin, il serait injuste de ne pas féliciter les musiciens de Snow Patrol, dont le matériel était bloqué à l'aéroport d'Heathrow et qui ont décidé d'accorder un set acoustique d'une demi-heure à l'aide d'instruments empruntés. Démontrant ainsi qu'ils n'étaient pas seulement un autre groupe de britpop ou une machine à tubes. Il faut avouer que lors de cet exercice, ils se sont montrés très convaincants...

B.D.

Informations supplémentaires

  • Date: 17-08-2006
  • Festival Name: Pukkelpop
  • Festival Place: Kiewit
  • Festival City: Hasselt
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