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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 
vendredi, 22 février 2013 17:15

Déséquilibre orthographique…

Scorpion Violente, c'est un groupe issu de Metz, qui pratique une musique trance-disco-psyché-indus complètement hypnotique et hallucinante. La formation a littéralement explosé le Café Central à Bruxelles lors de la release party de son dernier Ep, ‘The Rapist’, le 15 février dernier. Nous avons profité de l'occasion pour discuter avec la bête à deux têtes....

Il y a d'abord ce nom, 'Scorpion Violente', très intriguant: "Il s’inspire des films policiers de série B italiens", raconte Thomas Violente. "Particulièrement d'un long métrage qui s'intitule 'Rome Violente'. On a donc pensé à 'Scorpion Violent', mais c'était plus marrant en y commettant une faute d'orthographe. Elle crée une tension, un déséquilibre." Et cette tension et ce déséquilibre, on les retrouve dans le son, à cause du clash permanent entre une rythmique minimale obsédante, des synthés indus lancinants et des rares voix délayées dans des réverbs et delays ; le tout baignant dans une atmosphère glauque, crade, très sexuelle. Les références mises en avant sont bien sûr Suicide, D.A.F. mais aussi Throbbing Gristle. "Oui, Throbbing Gristle, je suis tombé dedans à pieds joints", précise Thomas. "Je n'ai écouté qu’eux pendant deux ou trois ans. Dans l'ensemble, on aime surtout les musiques des années 60, 70, jusque 80. Après, on ne connaît pas trop. On ne s’intéresse pas aux productions actuelles." Pour Scott Scorpion, "c'est surtout Suicide : je suis un grand fan. Et puis les groupes krautrock comme Can ou Neu!"

Sur scène, le projet est minimal sous tous ses aspects. Il y a très peu de matériel. Juste un vieux Korg Poly61 pour les basses, un Caravan R6, un vieil orgue italien des années 70, pour les nappes et les lignes mélodiques façon scie sauteuse ; et, enfin, une boîte à rythmes Yamaha RX11. Sans oublier les effets vintage comme les réverbs à ressorts ou les sound stretchers paramétriques. "Au niveau du jeu, l'idée était de n'utiliser que 4 doigts au total (2 x 2) pour jouer. Et le côté minimal, on l'applique aussi aux moyens : pas de voiture, les déplacements sont effectués en train, on aime le côté 'à l'arrache' de ce genre d'organisations", rappelle Scott, en affichant un sourire carnassier.

Mais si les moyens sont 'minimaux', le résultat est, lui, sans limite. Ces sonorités obsédantes s'insinuent de façon très insidieuse dans votre esprit et provoquent une sorte de transe. "On aime bien le côté psyché, voire psychobilly. On reprend d'ailleurs ‘Strychnine’ des Sonics. Tout est mélangé à une musique plus froide. Principalement instrumentale... sur des morceaux de 5 à 6 minutes..." Leur tout dernier titre-phare, ‘The Rapist’, s'étale, lui, sur plus de 10 minutes, et son adaptation ‘live’ a clairement été un des tout grands moments du concert, au Café Central.

Au niveau des ambiances, vu la région d'origine du duo, on identifie bien sûr un côté postindustriel. Mais aussi une dimension sensuelle très marquée. On se croirait dans une boîte SM... "C'est vrai, il y a un côté sexe dans notre musique, mais c'est plus du désir que du sexe consommé", corrige Scott. "Comme si tu avais quelqu'un qui transpire un peu, son odeur t'attire mais il n’est pas sûr que tu rentres avec elle (ou lui) le soir. Et en plus, on vient de Metz, une ancienne région minière. C'est un peu comme à Bruxelles : le temps est gris 200 jours par an ; donc l’ambiance est particulière".

Leur musique affiche une forme très trance, très dansante. Au concert, nous avons été très étonnés par la moyenne d'âge des fans, qui oscille autour des 20 ans. Ce sont des jeunes qui viennent d'un univers techno, electro, absolument pas goth ni dark. "En fait, on est vraiment le cul entre plusieurs chaises, placé entre différents styles musicaux... Au début, c'était en effet orienté 'dark', mais maintenant on a un pied dans plusieurs zones. Pour moi, en montant Sorpion Violente, je voulais couper avec une scène expérimentale où je commençais vraiment à m'emmerder. Je voulais créer une musique que j'ai envie d'écouter, qui m'éclate la gueule... Donc forcément, il y a cet aspect dansant, viscéral, body : c'est délibéré. C'est pour se faire plaisir. C'est la musique que je souhaitais entendre dans un club."

Les albums de la formation sont publiés exclusivement en format vinyle: "On aime les vinyles pour le son, mais surtout pour l'esthétique des pochettes, qui claquent quand même beaucoup plus en format 33 tours qu'en Cd." Comme le nom du groupe, les graphismes se réfèrent également aux films vintage de série B. "Sur le premier maxi, la photo est de Maurizio Merli, le comédien qui joue dans 'Rome Violente'...", précise Thomas. "C'est un flic à la Dirty Harry, un 'Justicier Dans La Ville', mais sans le côté moralisateur... On a trippé grave sur ce film et on a déniché cette image, où Merli a un putain de look... Pour ‘The Rapist’, on a repéré le cliché par hasard. On cherchait des illustrations sur internet en utilisant des mots-clés comme viol, etc. et je suis tombé sur un film japonais très sérieux et cette photo d'un japonais très malsain et ses fleurs… On en a conclu qu’elle collait bien avec le titre."

Le dernier Ep est d'ailleurs déjà complètement épuisé, quelques semaines à peine après son lancement. Le label, Teenage Menopause, se démène pour faire connaître la formation en Europe et même sur les autres continents. Jusqu’à présent, leurs tournées ont couvert la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne et bien sûr l'Italie... 'Rome Violente', joué en Italie, c'était en somme logique! Au chapitre des projets, Scorpion Violente participe à l'album d'hommage à Snowy Red que prépare le nouveau label Weyrd Son. Une compilation où une quinzaine de formations alternatives européennes et américaines reprennent des titres de ce génie belge de la new-wave et de la new beat, malheureusement disparu trop tôt, en 2009. "On reprend ‘Euroshima (War Dance)’, se réjouit Scott. "C’est une copine qui m’a permis de découvrir ce titre, il y a deux ou trois ans. Il est excellent. Puis j'ai approfondi le reste. Quand on nous a proposé de réaliser une reprise pour le 'Tribute', on a tout de suite accepté et on a vite imaginé une manière d'adapter le morceau à notre son, sans le dénaturer… Il y a des points communs clairs entre Snowy Red et nous, notamment ce côté répétitif et hypnotique. On est resté assez fidèle à l'original. Le son est un peu crade. On a utilisé un 4 pistes pour obtenir ce résultat... Ca va le faire, je pense..."

Ensuite, Scorpion Violente a l'intention de graver des nouveaux titres sur un maxi via le label Bruit Direct et dans un avenir proche, d'enregistrer de nouveaux morceaux plus ambient en studio, à l’aide d’un matériel plus important. "Jusqu'à présent, on a toujours accompli nos projets de façon brute, dans l'urgence. Là, on va prendre le temps. Ce sera une musique pour voyager, pour faire des trips... On va se servir d’un matos qu'on ne pourra pas emmener en tournée, etc..  On va tenter ce challenge, mais ça donnera peut-être de la merde..." (rires)

Page de Scorpion Violente sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Scorpion-Violente/203358213043181?ref=ts&fref=ts

 

lundi, 04 février 2013 02:00

Aux deux-tiers satisfait…

Double affiche ce soir à l'AB-Club en compagnie de Trust et Darkstar. L'an dernier, les Canadiens de Trust devaient se produire en première partie de Yesayer ; mais quand ces derniers ont annulé, nombreux sont ceux qui ont regretté de ne pouvoir assister au set de la formation. Ce qui explique cette invitation à venir partager l'affiche de Darkstar.

Trust (NDR : ne pas confondre avec le groupe de hard rock français né en 1977) est originaire de Toronto et a été formé en 2010 par Robert Alfons aux synthétiseurs et au chant et Maya Postepski (également membre du groupe Austra) à la batterie. Le duo pratique une musique synth-pop très orientée électro et dance (ce n'est pas du tout de la witch-house contrairement à ce que racontent certains pseudo-journalistes musicaux). Marqué par la voix nasillarde très originale de Robert Alfons et le 'groove' exceptionnel de la percussionniste, leur son est assez unique. Leur premier album a tout simplement été un des meilleurs de l’année 2012. Malheureusement, Maya Postepski a dû quitter le projet dans le courant de 2012, en raison du succès croissant d'Austra.

L'AB-Club est bien rempli et l'on reconnaît dans le public de nombreuses 'look-alikes' de Maya, chaussées de lunettes à bord noir et dont la dégaine est résolument saphiste. Les lumières s'éteignent et c'est sur l'excellent "Shoom" que le concert débute. Alfons est accompagné d'une drummeuse et d'une claviériste ; et d'emblée, on remarque la gestuelle très étrange du chanteur canadien. Entre ses interventions au micro, il multiplie les sautillements et les mouvements saccadés, un peu comme un animal surexcité. Etrange mais néanmoins attachant. La dernière partie de "Shoom", très planante et très belle, évoque irrémédiablement Austra, même si le groupe se défend d'être 'juste' un side-project de ces derniers.

Dans l'ensemble, Trust nous réserve une majorité de titres de son album, ainsi qu'un nouveau morceau. Après un "Chrissy E" aux accents EBM, place au superbe "Dressed For Space", suivi de mon titre préféré : "Bulbform". Une véritable bombe caractérisée par sa rythmique tout simplement irrésistible. Les premiers rangs du public dansent sans se faire prier et c'est le meilleur moment du concert. Regardez la vidéo ici.

Trust poursuit par un morceau plus lent : "F.T.F", suivi par le dernier single "Heaven". Dès "Sulk", dont le beat est particulièrement entraînant, l'énergie pure revient. A la fin du morceau, surprise : les trois musiciens vident les lieux pour ne plus y revenir. Un set beaucoup trop court (40 minutes au lieu des 60 minutes promises), qui nous laisse sur notre faim. Pas de "Gloryhole" et encore moins de "Candy Walls". Dommage ! Un goût de trop peu accentué par le manque de présence sur scène et un light show plus que minimaliste. Enfin, le plus important reste cette musique, unique et envoûtante, qui nous aura quand même transportés l'espace d'un concert trop court...

Je ne connaissais pas du tout Darkstar. Le film de John Carpenter, bien sûr, mais pas le groupe qui s'est inspiré du film pour choisir son patronyme. Pourtant, ces Anglais peuvent se targuer d'avoir débuté chez Hyperdub, considéré comme le Graal du dubstep et d'être récemment passé chez le légendaire label électronica Warp. “North”, leur premier album paru en 2010, recelait le hit “Aidy's Girl Is a Computer”. Son successeur, “News From Nowhere’”, produit par Richard Formby (Sonic Boom, Wild Beasts, ...), flirte à nouveau agréablement avec la pop et l'électronica.

Sur les planches, James Buttery se plante au centre. Il porte de longs cheveux et est vêtu d’un parka ; il chante et utilise un Akaï controller, surtout pour les basses et les effets vocaux. De part et d'autre du vocaliste, James Young et Aiden Whalley, les fondateurs du combo, s’installent aux synthés. Je dois avouer qu'après un moment d'hésitation, je me suis laissé séduire par cette eletronica-pop aux tempos assez lents, même si après un certain temps, une certaine lassitude a commencé à m’envahir. Parmi les meilleurs moments, j'épinglerai "Timeaway", extrait de "News From Nowhere" et surtout "Gold", issu de "North", dont l'enregistrement vidéo est ici. Dans l'ensemble, leur expression sonore fait penser à Radiohead, bien sûr, mais aussi M83, Archive, Animal Collective et Mackintosh Braun. Un concert intéressant, qui donne envie d'écouter les albums!

(Organisation: Ancienne Belgique)

 

Double affiche ce soir à l'AB-Club en compagnie de Trust et Darkstar. L'an dernier, les Canadiens de Trust devaient se produire en première partie de Yesayer ; mais quand ces derniers ont annulé, nombreux sont ceux qui ont regretté de ne pouvoir assister au set de la formation. Ce qui explique cette invitation à venir partager l'affiche de Darkstar.

Trust (NDR : ne pas confondre avec le groupe de hard rock français né en 1977) est originaire de Toronto et a été formé en 2010 par Robert Alfons aux synthétiseurs et au chant et Maya Postepski (également membre du groupe Austra) à la batterie. Le duo pratique une musique synth-pop très orientée électro et dance (ce n'est pas du tout de la witch-house contrairement à ce que racontent certains pseudo-journalistes musicaux). Marqué par la voix nasillarde très originale de Robert Alfons et le 'groove' exceptionnel de la percussionniste, leur son est assez unique. Leur premier album a tout simplement été un des meilleurs de l’année 2012. Malheureusement, Maya Postepski a dû quitter le projet dans le courant de 2012, en raison du succès croissant d'Austra.

L'AB-Club est bien rempli et l'on reconnaît dans le public de nombreuses 'look-alikes' de Maya, chaussées de lunettes à bord noir et dont la dégaine est résolument saphiste. Les lumières s'éteignent et c'est sur l'excellent "Shoom" que le concert débute. Alfons est accompagné d'une drummeuse et d'une claviériste ; et d'emblée, on remarque la gestuelle très étrange du chanteur canadien. Entre ses interventions au micro, il multiplie les sautillements et les mouvements saccadés, un peu comme un animal surexcité. Etrange mais néanmoins attachant. La dernière partie de "Shoom", très planante et très belle, évoque irrémédiablement Austra, même si le groupe se défend d'être 'juste' un side-project de ces derniers.

Dans l'ensemble, Trust nous réserve une majorité de titres de son album, ainsi qu'un nouveau morceau. Après un "Chrissy E" aux accents EBM, place au superbe "Dressed For Space", suivi de mon titre préféré : "Bulbform". Une véritable bombe caractérisée par sa rythmique tout simplement irrésistible. Les premiers rangs du public dansent sans se faire prier et c'est le meilleur moment du concert. Regardez la vidéo ici.

Trust poursuit par un morceau plus lent : "F.T.F", suivi par le dernier single "Heaven". Dès "Sulk", dont le beat est particulièrement entraînant, l'énergie pure revient. A la fin du morceau, surprise : les trois musiciens vident les lieux pour ne plus y revenir. Un set beaucoup trop court (40 minutes au lieu des 60 minutes promises), qui nous laisse sur notre faim. Pas de "Gloryhole" et encore moins de "Candy Walls". Dommage ! Un goût de trop peu accentué par le manque de présence sur scène et un light show plus que minimaliste. Enfin, le plus important reste cette musique, unique et envoûtante, qui nous aura quand même transportés l'espace d'un concert trop court...

Je ne connaissais pas du tout Darkstar. Le film de John Carpenter, bien sûr, mais pas le groupe qui s'est inspiré du film pour choisir son patronyme. Pourtant, ces Anglais peuvent se targuer d'avoir débuté chez Hyperdub, considéré comme le Graal du dubstep et d'être récemment passé chez le légendaire label électronica Warp. “North”, leur premier album paru en 2010, recelait le hit “Aidy's Girl Is a Computer”. Son successeur, “News From Nowhere’”, produit par Richard Formby (Sonic Boom, Wild Beasts, ...), flirte à nouveau agréablement avec la pop et l'électronica.

Sur les planches, James Buttery se plante au centre. Il porte de longs cheveux et est vêtu d’un parka ; il chante et utilise un Akaï controller, surtout pour les basses et les effets vocaux. De part et d'autre du vocaliste, James Young et Aiden Whalley, les fondateurs du combo, s’installent aux synthés. Je dois avouer qu'après un moment d'hésitation, je me suis laissé séduire par cette eletronica-pop aux tempos assez lents, même si après un certain temps, une certaine lassitude a commencé à m’envahir. Parmi les meilleurs moments, j'épinglerai "Timeaway", extrait de "News From Nowhere" et surtout "Gold", issu de "North", dont l'enregistrement vidéo est ici. Dans l'ensemble, leur expression sonore fait penser à Radiohead, bien sûr, mais aussi M83, Archive, Animal Collective et Mackintosh Braun. Un concert intéressant, qui donne envie d'écouter les albums!

(Organisation: Ancienne Belgique)

 

Peu de groupes peuvent se targuer d'offrir un spectacle complet à leurs fans, en conjuguant son, vidéo, lumières et surtout performances. ROSA†CRVX appartient à cette catégorie. Une légende du XIIIème siècle raconte qu’un ermite s’est affublé du pseudonyme de Rosenkreicht et a consacré sa vie à la recherche du corps et de ses limites… C'est en s’inspirant de cette légende qu'Olivier Tarabo, alors élève à l'école des beaux-arts de Rouen, en 1984, a choisi le patronyme de son nouveau projet : ROSA†CRVX. La rose représente la beauté, la vie, l’éphémère, symbole d’amour et de pureté ; la croix, le sacrifice, la mort exposée (en spectacle), la cruauté et l’intolérance...

Nous avons pu rencontrer Olivier à l’issue de l'impressionnant concert, accordé par sa formation, dans le cadre du Methuselah's Ball au sein du Théâtre des Deux Gares, à Bruxelles. Il nous raconte la genèse de son projet. "L'école des beaux-arts à Rouen est un ancien ossuaire", raconte-t-il. "Un des derniers de France, voire d'Europe. C'est une cour carrée remplie de sculptures qui représentent la peste et la mort. Comme c'était une fosse commune, on racontait qu'en fouillant dans le sol, on pouvait y ramasser des dents. Un lieu qui marque quand on y passe 5 ans. Donc, j'ai eu envie de créer un concept de groupe tout à fait nouveau, très sombre. L'idée n’était plus d’écrire de textes mais d'aller fouiner dans les bibliothèques ; et je me suis mis à chanter en latin. J'ai effectué un an de recherches pour fabriquer des faux parchemins et aujourd'hui, ce sont des copies exactes de ces manuscrits que nous vendons dans la Box de ROSA†CRVX."

On le comprend : c'est en véritables artisans que ces musiciens conçoivent leur art. C’est ainsi qu’ils façonnent les instruments et machineries utilisés sur scène : carillons d'église, batterie de tambours automate et autres machines qui semblent venir tout droit de l'atelier de Léonard de Vinci. "J'ai suivi une formation de beaux-arts, surtout dans le domaine de la construction, la sculpture et le modelage. Donc, j'ai le réflexe naturel, quand je pense à quelque chose, de me demander comment je vais le fabriquer. Avec l'expérience, on parvient à créer un peu ce qu'on veut. Comme nous formons une équipe, on est assez nombreux et j'ai tendance à tenter des projets impossibles à réaliser seul. C'est un vrai petit corps d'armée. Une vraie petite escouade."

Cette petite troupe milite eu sein d'une coopérative d'artistes installée dans un ancien grand moulin, à Rouen. "On a créé cette structure pour disposer d’ateliers en commun. L'idée vient des Quais de la Gare à Paris et de l'Usine, à Genève. Ce sont de grands bâtiments squattés, organisés, où les artistes restent longtemps. Il y a un disquaire, des salles de concert et de théâtre, des boites de nuit..."

En compagnie de Claude Fenny, son fidèle acolyte, Olivier Tarabo a mis en place un style musical unique pour habiller les textes anciens, un croisement entre la musique médiévale, le rock gothique et les chants tribaux. A côté des instruments traditionnels, la troupe exploite les possibilités des technologies modernes. Un côté 'rétro-futuriste'... "Oui, on fouille dans l'ancien alors que, côté technique, c'est très hi-tech… J'ai une grande passion pour la technologie. Evidemment, il ne faut pas qu’elle nous mange. On a, par exemple, créé une BAM (Batterie Automate Midi), qui a demandé 4 ans d'élaboration."

S'inspirant des écrits d'Antonin Artaud, les concerts de ROSA†CRVX sont enrichis de performances exécutées sur scène ou au milieu du public sur le thème du corps en souffrance (Dance de la Terre, Homme dans la Cage) créant dans la salle des situations proches de celles d'un rituel sacré. La première performance a été réalisée sous les voûtes de l'abbatiale de St-Ouen en 1986. Tarabo avait obtenu un double des clés et est entré dans la nuit accompagné d'une équipe de tournage. Un homme a été enfermé dans une cage de fer suspendue au plafond. Elle a été précipitée 22 fois contre la plaque d'acier qui faisait office de gong. Un rituel que le public a pu revivre à Rouen en 2011 lors du festival Dark Ritual. "Tout ce qui est installations et performances a été un boulot énorme", raconte Olivier. "J'ai passé 15 ans de ma vie pour réaliser cet objectif, complètement isolé." Il y a aussi le carillon, dont la confrérie a fabriqué elle-même les huit cloches, la batterie BAM, mais aussi l'octabasse, une contrebasse géante en fer dont on joue grâce à un énorme système de pédales. "J'ai 12 ou 15 machines semblables à Rouen. Il y a aussi un rail de 18 m avec 2 personnes qui se poussent dans un ciseau géant qui se replie et se déplie à 3 m de hauteur."

Et Tarabo de fustiger les pouvoirs publics, qui pratiquent un ostracisme systématique envers les spectacles comme le sien qui ont un côté sulfureux, dérangeant. "Ils ont peur de nous", ironise-t-il. "Ils ont même mené une enquête pour vérifier si on n'était pas des néo-nazis ou des gens d'extrême-droite. Il existe des a priori très lourds. Mais quelque part, ça me plaît. C'est génial qu'après 30 ans, ce mouvement continue encore à faire chier autant les autres ; c'est très bien (rires)..."

Aujourd'hui, ROSA†CRVX prépare un nouvel album. Il sera produit par le groupe et diffusé par le label allemand Trisol. La croisade sacrée de la confrérie continue, contre vents et marées, avec une authenticité et une sympathie qui forcent l'admiration.

Pour écouter l'interview dans son intégralité: http://www.youtube.com/watch?v=Ex-CVkFpY5o

Lisez la chronique complète du concert ici

(Photo : Xavier Marquis)

 

samedi, 19 janvier 2013 02:00

Un rituel mystique époustouflant

Créé dans les années 80 à Rouen par Olivier Tarabo et son acolyte de toujours, Claude Fenny, ROSA†CRVX est devenu au fil du temps un groupe 'culte', responsable d’une musique unique en son genre, médiévale et tribale, mystérieuse et hermétique. Le 19 janvier dernier, la formation a accordé un concert exceptionnel dans le cadre du Methuselah's Ball au sein du Théâtre des Deux Gares, à Bruxelles.

Après avoir vu ROSA†CRVX à plusieurs reprises, et notamment lors d’un concert mémorable accordé au cœur de l'Eglise Sainte Croix des Pelletiers à Rouen, il était intéressant de découvrir la formation dans un cadre plus intimiste. Malgré la relative exiguïté de la scène, tout l'imposant équipement est bel et bien présent : le carillon de huit cloches, l'orgue et la batterie automate MIDI (BAM). Mieux encore : on découvre des éléments du décor de la crypte où le groupe organise ses soirées à Rouen.

Dès les premières notes de "Vielles", l'instrumental qui ouvre le concert, une atmosphère unique, comme seul ROSA†CRVX peut en créer, envahit le théâtre. Les roulements de tambour répondent aux interventions incisives de la guitare, qui sonne comme une cornemuse. On est plongé dans un cérémonial obscur, mené à la lueur de dizaines de bougies. Dès "Invocation", les voix, l'orgue de Claude Fenny et la contrebasse électrique à 5 cordes d'Antoine Boyer entrent dans la danse, tandis que Vincent Kreyder soutient la rythmique de la BAM par des percussions retentissantes. Suivant le même rite, c'est pendant ce titre que les deux choristes principales, Marianne Wood et Juliette Bates (la troisième, Caroline Delavault, ne participant pas cette chorégraphie) viennent au devant du podium pour dessiner des arabesques à l’aide de leurs grands drapeaux, gestuelle qui force d'ailleurs les spectateurs du premier rang à reculer.

L'intensité reste palpable pendant "Adorasti", une composition qui met particulièrement en valeur l'exceptionnelle voix d'Olivier Tarabo. Toujours puissante, à la limite du déchirement, elle évoque Gavin Friday (Virgin Prunes), mais en empruntant une tonalité diabolique bien spécifique. Parfois, on croirait entendre des incantations formulées par des Indiens d'Amérique. Place ensuite à "In Tenebris", caractérisé par son très beau riff au piano et surtout "Terribilis", qui réverbère au son des cloches du magnifique carillon. Rappelons que c'est le groupe lui-même qui a fondu ces cloches et construit le carillon, dans une démarche artisanale fondée sur l'authenticité.

Le spectacle est total. Très sombres, les vidéos montrent des catacombes, des croix, des démons ou des parchemins. En grand inquisiteur, Olivier Tarabo règle minutieusement tous les détails du spectacle, déambulant entre le micro et l'installation à l'arrière de la scène. Après le menaçant "Hel-Hel", ROSA†CRVX nous propose trois nouveaux titres, "Tonitrvi", "Venite" et "Ante-A". Ils sont très impressionnants! Les anciennes compos, comme "Aglon", "Moritvri" et "Svrsvm Corda", bénéficient des recherches continuelles que mène la formation pour améliorer les sons de leurs instruments et de la production en général.

Après "Miséricorde", "Noctes Insomnes" et "Proficere", vient le moment tant attendu par les fans : La Danse de la Terre, la performance la plus impressionnante de ROSA†CRVX. Accompagnées de rythmes lourds et des sonorités tribales d'"Eli-Elo", les deux danseuses, Marianne Wood et Juliette Bates, dénudées et enduites de boue, entament leur mystérieuse chorégraphie. Agenouillées sur un petit podium au milieu du public, elles saisissent la poussière contenue dans un bac devant elles et la projettent sur leurs corps en adoptant des mouvements coordonnés et répétitifs. L'argile et la terre virevoltent. Elle se répand tout autour dans un nuage opaque. Ce rituel sacrificiel représente la souffrance humaine du corps qui se bat en vain contre la poussière et la cendre, qu'il ne tardera pas à rejoindre tôt ou tard. Une performance d'une rare intensité, qui laisse les spectateurs pétrifiés et admiratifs. Regardez ce moment unique dans la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=xzZllm_OgGY

Après avoir vécu un tel spectacle paroxystique, nous regardons, fascinés, la dernière partie du concert. Il se clôture par le majestueux "Omnes Qvi Descendvnt" et l'étrange "Vil". En rappel, ROSA†CRVX nous réserve "Ab Irato", "Incendere" et un quatrième nouveau titre: "Nescit Nox".

On l'a compris : on ne sort pas indemne d'un concert de ROSA†CRVX. La puissance évocatrice de la musique et du spectacle est telle que le public semble hypnotisé, crucifié sur place par la profondeur mystique du set. On croit assister à une messe diabolique, célébrée aux heures sombres du Moyen-âge. Un rituel liturgique époustouflant !

Après le concert, Olivier Tarabo nous a accordé une interview. Voir ici

Bravo à Alter Onyros (http://www.alteronyros.eu) pour l'organisation!

(Photo Xavier Marquis)

 

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