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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 
L'année passée, les Nuits Sonores, un festival créé à Lyon il y a 15 ans, s'était exportées à Bruxelles, à l'initiative de la Ville et en coopération avec les organisateurs français (arty-farty). L'idée originale du festival est de faire s'entremêler musique électronique, arts visuels et performances dans des lieux de préférence insolites, le tout, en créant un débat d'idées et en prônant l'interaction urbaine et la revitalisation des quartiers. La première édition bruxelloise avait accueilli deux nuits de concerts dans le Palais 10 du Heysel, un circuit d'activités organisé en collaboration avec plus de 20 collectifs et salles de la capitale et diverses conférences-débats. Le festival avait collaboré avec Bozar et son festival des arts électroniques.
 
Cette année, les Nuits Sonores fusionnent complètement avec le festival des arts électroniques de Bozar et les deux partenaires proposeront, ensemble, un festival unique du 27 au 30 septembre. Il sera jumelé à l'European Lab, un forum de conférences-débats soutenu par l'Union Européenne.
 
Le lieu principal du festival sera le Bozar. Une « Bozar Takeover night » y sera organisée. La programmation mêlera les cultures électroniques au jazz, aux musiques du monde et contemporaines. Une vingtaine d’artistes se produiront dans 6 espaces du Palais des Beaux-Arts et inscrira le public dans une scénographie visuelle, interactive et innovante. Au programme : Alfa Mist, Aroh, Brzzvll, Céline Gillain, Cleveland, Dj Kampire, Dj Nigga Fox, Dj Tennis, Glass Museum, Possessed Factory et la grande Jennifer Cardini. La nuit se prolongera par une Afterparty, organisée en collaboration avec C12.
 
La nuit intitulée "The Loop" offrira, quant à elle, un circuit dans les clubs et salles de concert de la ville et ce, en neuf étapes. Les partenaires déjà connus sont : Walter, Les Ateliers Claus, Hall Horta, C12, le Beursschouwburg, Bonnefooi, l'Ancienne Belgique et le Brass. Premiers artistes confirmés : Anthony Naples, Ay Red Moon, Chaos of Haunted Spire, DJ Sotofett, Dj Taye, DTM Funk, Ellen Ripley, Hans Beckers, Huerco S, Jozef Dumoulin, Le Motel, Overmono, Plein Soleil, Rebel Up ! et Renaat.
 
« Extra! », le programme collaboratif du festival, réunira les acteurs et activistes culturels et artistiques locaux et les invitera à investir des spots insolites et à réinventer les lieux de la ville. C'est ce volet qui est le plus en phase avec l'esprit des Nuits Sonores lyonnaises et on est impatients de découvrir les détails du programme.
 
La soirée de clôture, mise en place avec l'excellent collectif Les Actionnaires, aura lieu à LaVallée et proposera Kasparov Not Kasparov, Nixie et, pour finir en beauté, Die Wilde Jagd.
 
Pour plus d'infos : https://nuits-sonores.be

Le drone, ce n'est pas que l'engin volant bien connu. C'est aussi un genre musical minimaliste faisant essentiellement usage de bourdons ('drones' en anglais), afin de produire des sons, notes et clusters maintenus ou répétés. Utilisé depuis toujours dans les musiques traditionnelles, que ce soit, par exemple, via le tambura en Inde, le didgeridoo en Australie ou encore le jeu de cornemuse du Pilbroch en Ecosse, le drone est aujourd'hui présent dans la musique électronique, particulièrement, autour des styles 'ambient', 'industrial', 'post-metal', etc.

Le 26 mai, c'est le Drone Day aux quatre coins du monde et Bruxelles participe à l'événement. Six artistes atypiques entreront en dialogue à travers le drone, qu’ils explorent, chacun à leur manière, en solo, en duo, en trio et en symbiose finale, lors d’une après-midi conviviale au Studio Thor, à Saint-Josse-Ten Node.

Dans un objectif de découverte et d’ouverture, les spectateurs sont invités à plonger dans une écoute du drone, dans sa pratique élargie, aux rythmes des appropriations et explorations des musiciens :

  • Unda/Isa Belle & Ariane Chesaux arianechesaux.com (bols chantants, gongs, violoncelle et drone acoustique),

  • Paradise Now (le projet sonore solo de Philippe Franck alliant guitare et voix aux matières électroniques),

  • Frédéric Becker (entre instruments à vent et électro), avec son nouveau projet Bimiyoji,

  • Louis Favre (de Gratitude trio, ici en solo aux claviers, voix et percussions acoustiques),

  • Giovanni Fortenio (céramiques productrices de résonances).

L'événement d'immersion sonore ('immerson') est organisé par Voyage Sonore, Transcultures - Media Arts Center et le label Transonic.be.

Informations
26.05.2018 | 16:00 > 18.00
Studio Thor, Rue Saint-Josse 49, 1210 Saint-Josse-ten-Noode

Facebook event : ici .

Transcultures: http://transcultures.be/2018/05/23/brussels-drone-day-une-journee-sous-le-signe-du-drone/

vendredi, 11 mai 2018 03:00

Wish you were there...

Oh oui : ceux qui n'étaient pas présents vont le regretter en lisant ce compte-rendu. Affichant déjà 74 printemps, ce brave Roger reste un des artistes les plus impressionnants à voir en 'live'. Est-il nécessaire de rappeler qu'il est un des fondateurs et le chanteur/bassiste/compositeur de Pink Floyd, un des groupes majeurs de l'histoire du rock, qui a vendu plus de 250 millions d'albums ? Ce soir, au sein d’un Sportpaleis archi-comble, le Britannique accorde le premier des deux concerts programmés à Anvers, dans le cadre de sa tournée mondiale baptisée ‘Us+Them’...

La période d'attente est rythmée par une musique ambient et, sur l'écran géant disposé en fond de scène, par une vidéo, très relaxante d'une femme assise sur une dune, devant la mer. Vers 20h20, le ciel dans cette projection commence à rougeoyer et le décor idyllique se transforme en cauchemar alors que des sons effrayants retentissent... Les musiciens sont à peine montés sur le podium qu’une explosion assourdissante et en quadriphonie éclate, avant de déboucher –et c’est un contraste absolu– sur les deux accords harmonieux et célestes de « Breathe », le classique de Pink Floyd. Une entrée en matière époustouflante, qui laisse présager un show spectaculaire...

Sur les planches, on reconnaît, bien entendu Roger Waters, traditionnellement vêtu d'un jean et d'un t-shirt noirs. A droite de l’estrade, Jonathan Wilson a la lourde tâche de prendre en charge les parties vocales de David Gilmour, mission dont il s'acquittera avec maestria tout au long du set. Au passage, signalons que le musicien californien mène une carrière solo très intéressante, dans un style proche du Floyd mais également de The War On Drugs.

La première partie de la setlist fait tout naturellement la part belle aux chefs d'oeuvre du Floyd, enfilant « Time », « One of These Days », « Welcome To The Machine » et un superbe « A Great Gig in The Sky » interprété en duo par les deux chanteuses, Jess Wolfe et Holly Laessig (également dans Lucius). Les nouvelles compositions de Waters, parues l'année dernière sur l'excellent opus, « Is This What We Really Want », tiennent parfaitement la route pendant le show. « Dejà Vu » et « The Last Refugee » font mouche et « Picture That » surprend par sa puissance et son côté engagé. Ici, comme à de nombreuses reprises, Donald Trump en prend pour son grade et ses photos sont copieusement conspuées par la foule.

La première partie du set se clôture par un grand moment : « Wish You Were Here » enchaîné à « The Happiest Days of Our Lives » et enfin « Another Brick in The Wall part 2 & 3 ». Suivant une tradition désormais bien établie, Waters a invité des enfants à rejoindre la formation pour un premier final endiablé. ‘Merci, les enfants ! Magnifique’, ajoute-t-il, en français, avant de se retirer…

Au cours de la pause, des inscriptions et des slogans tels que ‘Resist’ sont projetés sur l'écran géant. Dès le début du second acte, on comprend l’affectation de l'énorme rail disposé à l'avant du podium, au-dessus du parterre. Durant les premières notes de « Dogs », une structure semble sortir du rail pour s'élever jusqu’au plafond : c'est un gigantesque écran en huit parties qui s'installe ainsi perpendiculairement à la scène et projette l'image de l'usine iconique de l'album « Animals ». A la fin du track, les musiciens enfilent un masque de cochon et organisent un petit intermède ‘champagne’ sur les planches : très fun ! Waters saisit ensuite une pancarte sur laquelle est mentionné ‘Pigs Rule The World’, un geste qui introduit la version complète (plus de 11 minutes quand même !) de « Pigs (Three Different Ones) », une compo qui lui permet de fustiger tous les dictateurs et les puissants de ce monde. A l’avant du podium, il adopte une posture quasi-christique, les deux bras tendus devant lui, comme pour exhorter le public à prendre conscience de la situation et à agir ! Les images récentes projetées sur les écrans confirment que le morceau (NDR : il remonte à 1977 !) n'a pas pris une ride et son propos est, plus que jamais, d'actualité. Jolie surprise en fin de parcours, lorsque s’affiche sur l’écran l’inscription, en néerlandais, ‘Trump is een idioot’ (Trad : Trump est un idiot) !

En toute logique, Waters poursuit dans la même veine par « Money », une autre pure merveille de Pink Floyd, au cours de laquelle Dave Kiliminster et Jonathan Wilson exécutent à l'unisson le solo de David Gilmour et ce, avec une précision chirurgicale. Coup de chapeau au passage à Kiliminster, qui, d'une façon générale, reproduit à la perfection les parties de Gilmour, même si, dans le legato et certains sons, le génie de Gilmour reste inimitable. Pendant « Us and Them », les images sélectionnées par Waters font clairement allusion au conflit syrien et aux réfugiés. On a la gorge serrée, bouleversés par la beauté de la musique et la tristesse véhiculée par les images.

Mais ce diable de Waters nous réserve encore de belles surprises ! Après avoir goûté au sublime « Brain Damage », place au titre de clôture, « Eclipse ». Soudain, des lasers blancs installés devant l’estrade s’élèvent, dessinant une monumentale pyramide. L’auditoire clame son émerveillement ; et lors de la partie finale de la composition, hypnotique et solennelle, d'autres lasers, colorés ceux-là, descendent pour épouser la forme du dessin de la célèbre pochette de « The Dark Side of The Moon ». L'effet est tel qu'au moment de la dernière note, le public, assez calme jusqu’alors, se lève comme un seul homme et laisse échapper une clameur inouïe…

Au bout de quelques minutes, le groupe revient sur les planches et Roger Waters reste de longues minutes debout dans la lumière, baignant dans les applaudissements, les deux poings serrés en croix sur le coeur. ‘Merci...’, murmure-t-il, visiblement ému. ‘Cet amour que nous ressentons ici ce soir est palpable. Lui seul peut nous aider à changer le monde...’ Il se saisit ensuite de sa guitare acoustique et entame seul le très beau « Mother », un autre grand moment avant l'orgasme final, qui est, comme prévu, procuré par un « Comfortably Numb » d'anthologie.

Au moment de quitter la salle, on a l’impression d’avoir assisté à un concert d'exception, magistral à tous points de vue. Musicalement, bien sûr, même si l'on connaît la difficulté de produire un bon son dans le Sportpaleis, mais surtout visuellement grâce à un show multimédia et multimodal particulièrement innovant. Enfin, il y a le contenu, car ce que Waters nous a apporté ce soir, c'est une vision acerbe, sans concession de notre société et un regard profondément humain sur notre condition...

Pour les photos, c'est ici

Setlist:

Set 1:

Speak to Me
Breathe
One of These Days
Time
Breathe (Reprise)
The Great Gig in the Sky
Welcome to the Machine
Déjà Vu*
The Last Refugee*
Picture That*
Wish You Were Here
The Happiest Days of Our Lives
Another Brick in the Wall Part 2
Another Brick in the Wall Part 3

Set 2:

Dogs
Pigs (Three Different Ones)
Money
Us and Them
Smell the Roses*
Brain Damage
Eclipse

Encore:

Mother
Comfortably Numb

* From Roger Waters' latest album (all the other songs are from Pink Floyd)

Organisation : Live Nation

vendredi, 11 mai 2018 12:20

Nico Dovan annonce son premier album

Nico Dovan est un jeune musicien bruxellois actif dans le domaine pop-rock. Son projet solo (dans un style Pop-New Wave) a vu le jour en Mai 2017. On oscille entre l'élégance de Lescop et la sensibilité d'Etienne Daho. L'univers musical est en noir et blanc, tantôt puissant, tantôt plus apaisant, sur des paroles évoquant des sujets graves ou lumineux, à travers le prisme d’une jeunesse révoltée.

Après les premiers concerts et deux clips vidéo, il a entamé l'enregistrement d'un premier album, qu'il entend réaliser avec l'aide du site de financement participatif crowdin.

Pour contribuer au projet, c'est ici.

Nico Dovan :

  • Facebook : https://www.facebook.com/nicodovan/

  • Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Alors que les Nuits entrent dans la dernière ligne droite, on peut d'ores et déjà dresser un bilan positif de cette 25ème édition. Quelques chiffres :

- 52 concerts dont la moitié ont affiché complet ;

- 124 formations artistiques, dont 51 formations belges (environ 40% de la programmation) ;

- plus de 30.000 festivaliers porteurs d’un sésame.

Parmi les moments forts du festival, on épinglera surtout les prestations de Charlotte Gainsbourg, Angèle, Juliette Armanet, Fakear, Insecure Men, Blanche, Feu ! Chatterton, Lucy Dacus, Amen Dunes, Juicy, Idles, Veence Hanao x Le Motel et Trixie Whitley. On retiendra également la percée marquante du hip-hop et des musiques urbaines en général, au détriment de certains courants un peu délaissés, comme l'électro et la ‘wave’. On regrettera également l'abandon du concert ‘Musiques Nouvelles’ dans la Cathédrale des Saints Michel et Gudule, qui était devenu une bien belle tradition les années précédentes.

Mais ce qui fait la spécificité des Nuits, c'est bien entendu le volet ‘créations’. Et cette année, on a été gâtés grâce à rien moins que 8 soirées exclusives, dont les créations de BRNS & Ropoporose, Haring Live, ‘L’expérience Pi’ de Pitcho & Musiques Nouvelles ou encore Cocaine Piss et Mette Rasmussen.

C'est précisément une de ces créations que nous sommes invités à découvrir ce dimanche soir en l'écrin de la Rotonde. Rodolphe Coster, électro(n) libre bien connu de la scène indie bruxelloise, membre de plusieurs groupes (Flexa Lyndo, Baum, Poni, Cafeneon), y propose un spectacle unique articulé autour de son nouvel EP « Plantes », publié par Le Pacifique Records.

Quand il prend possession de la scène, à 21h30, il est accompagné d'une sorte de 'supergroupe'. Le line up implique l'excellente Maya Postepski alias Princess Century (TR/ST, ex-Austra), à la batterie, la Japonaise Atsuko Hatano (qui a assuré la première partie en solo), au violon, Jean-Paul Dessy (Musiques Nouvelles) et une de ses collègues, aux violoncelles et, enfin, un bassiste. Pour certains morceaux, le spectacle est rehaussé par la présence de deux danseurs (les Mybalés), dans un style croisant figures classiques et hip-hop/break.

La musique de R. Coster & Band oscille entre un rock sombre et une musique mutante (electronica, punk, techno, indus, shoegaze). Une forme de no wave moderniste, frisant la dissonance et flirtant avec le noise, mais bien décidée à déstructurer les modèles, à faire éclater les genres. Au fil des compos, l’expression sonore oscille entre Fever Ray, Spacemen 3, My Bloody Valentine, NIN et Suicide. A tout moment, on imagine que R. Coster, hurlant au micro ou triturant sa guitare et ses pédales d'effets, va carrément péter un câble, mais il est systématiquement remis sur les rails par la batterie, puissante et précise, de Maya Postepski.

En fin de set, le musicien bruxellois descend de la scène pour rejoindre la fosse et offrir un final tout en riffs stridents empreints d'une incandescente énergie.

On est impatient de découvrir les nouvelles productions de ce diable de Rodolphe, surtout l'album produit par Matt Jones au Studio G., à New York, dont la sortie est prévue en septembre 2018.

Setlist: DOGSTROKE - DOLLS THEIR MAPS - SEAGULLS FLY ON HIGHWAYS - DERLISH - GILLES MEMORY - PLANTE - BURGLAR BLAMES SHADOWS - MY DEAR HIDDEN KRAUTY - HOUSY PUNK

(Organisation : Botanique)

Fidèle à sa vocation de festival éclectique, les organisateurs des Nuits Botanique se devaient de programmer une soirée dédiée au punk/postpunk et aux musiques plus 'noisy'. Le line up prévu ce soir est, à cet égard, des plus alléchants, puisqu’il propose Fontaines D.C., Idles et Metz. Trois formations invitées à secouer nos pavillons acoustiques et à faire trembler les murs de l'Orangerie.

En lever de rideau, Fontaines D.C. constitue d'emblée une excellente surprise. Les jeunes Irlandais pratiquent un post punk qui ranime le souvenir de Joy Division, Undertones, Buzzcocks et Echo and the Bunnymen, pour notre plus grand plaisir. La référence à la 'Division de la Joie' est d'autant plus opportune que le chanteur arbore un look et une attitude qui évoquent irrémédiablement Ian Curtis. Pantalon trop court, chemise en toile, regard embué, perçant et habité, il adopte un style nerveux, légèrement épileptique et tout au long de la (trop courte) prestation du band, on reste sous le charme. Mention spéciale pour les compos « Boys in the Better Land » et « Chequeless Reckless ». Belle découverte !(Pour les photos, c'est ici)

Après l'apéritif, place au plat de résistance : Idles. Un combo britannique issu de Bristol. En 'live', c'est une véritable bombe. Le quintet agrège fureur du punk, énergie débordante et paroles musclées. Sans oublier d’y ajouter un grain de folie. Après une multitude de singles et d’Eps, il a gravé son premier opus, « Brutalism », l’an dernier, chez Balley Records. Un album judicieusement intitulé, car Idles déchire tout sur son passage. Et ce soir, dès l'entame du set, on en a la confirmation, car le spectacle est total.

Le point focal du combo est sans nul doute son charismatique chanteur, Joe Talbot. Croisement improbable entre Ian Dury et Liam Ghallagher, il communique une énergie parfois violente mais sans agressivité, et toujours en la teintant d’une pointe d'humour. Sa voix graveleuse éructe des paroles percutantes et engagées, qu’il dispense d’un accent dialectal qui fait toute la saveur des formations insulaires. Les deux guitaristes sont déchaînés : ils sautent en l'air, font mouliner leur instrument et ne se privent pas de descendre dans la fosse pour faire monter la pression. La musique lorgne du côté de The Fall, Ian Dury et Protomartyr ; un peu comme si les gars de Sleaford Mods étaient tombés dans une marmite punk.

Mention spéciale pour leur nouveau titre « Mother », qui est une tuerie absolue, provoquant un pogo, voire une émeute au sein des premiers rangs. « I Am Scum » prolonge l’agitation, comme d'habitude, par un chant de Noël (« All I Want For Christmas is You ») interprété a capella : fun ! Mais c'est vers la fin du concert que se produit le moment phare grâce à « Well Done », repris à tue-tête par les fans et, enfin, « Rottweiler ». Un concert impressionnant, en forme de coup de poing...(Pour les photos c'est )

A notre avis, Idles a volé la vedette à la tête d’affiche, car, quelque minutes plus tard, quand Metz (pour les photos c'est ici), vient dérouler son noisy-punk-grunge-metal, on a l’impression que l'enthousiasme est un peu retombé. C'est la troisième fois que le trio canadien brûle les planches du Bota ; mais, après la claque que l'on vient de recevoir, la prestation fait un peu pâle figure, par manque cruel de subtilité. On est en permanence dans l'overdose sonore et les hurlements du chanteur sont, au final... lassants. Que ce soit tout au long de « The Swimmer » ou lors du brûlot « Mr Plague », on pense à une version hardcore de Nirvana (ils ont le label Sub Pop en commun) et, par moments, aussi à A Place to Bury Strangers, The Melvins ou Sonic Youth.

Alex Edkins, Hayden Menzies et Chris Slorach sont de véritables furies et soumettent le public, consentant, à un déluge de décibels, surtout pendant « Eraser ». Ici, les protections auditives sont hautement recommandées ! Mais pour nous, la « Metz » est dite. Ce qui ne va pas nous empêcher de quitter le Botanique satisfaits, le coeur réchauffé par une soirée de rock incandescent que l'on n'est pas prêts d'oublier!

(Organisation : Botanique)

Cela fait 14 ans déjà que l'asbl Les Octaves de la Musique décerne des prix aux musiciens de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui se sont illustrés par leur créativité. C'est un jury d'un millier de professionnels qui effectue la sélection.

La spécificité des Octaves, c'est clairement la diversité, le mélange des genres : pop/rock, classique, musiques urbaines et chanson française. La liste des lauréats 2018 a été dévoilée lors d'une conférence de presse tenue au sein de l'hôtel de ville de Bruxelles en présence de Jean-Jacques Deleeuw, Président des Octaves, Tony de Vuyst, Directeur général de PointCulture et l'Octave d'honneur, la soprano Anne-Catherine Gillet.

 
Les lauréats sont :

- Chanson française : CLAUDE SEMAL -“LES MARCHEURS/SEMAL LA TOTALE”

- Pop/Rock : BRNS - “SUGAR HIGH”

- Musique du Monde : B. SISSOKO, M. SYLLA & W. VANDENABEELE - “TAMALA”

- Musiques électroniques : GLÜ - “#3”

- Jazz : IGOR GEHENOT - “DELTA”

- Musiques urbaines - DAMSO - “IPSÉITÉ”

- Musique classique : L’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE ROYAL DE LIÈGE

DANS DES OEUVRES SYMPHONIQUES DE RESPIGHI.

- Musique contemporaine : PIERRE BARTHOLOMÉE - « RHIZOMES »

- Octave Zinneke (bx1) : KRISY

- Octave Pointculture : GIUSEPPE MILLACI & VOGUE TRIO (LABEL PARTICIPATIF HYPNOTE)

- Octave de la Fédération des Jeunesses Musicales Wallonie-Bruxelles : LA CIE LA BÊTE À PLUMES - LE SPECTACLE CIRCO : YTHM’OH !

- Octave de la ministre de la culture : MNM TRIO

- Octave Fun radio : MILO SAVIC

- Octave d’honneur : ANNE-CATHERINE GILLET

- Album de l’année : LOÏC NOTTET - “SELFOCRACY”

- Artistes de l’année : ANGÈLE & BLANCHE

- Concert /Spectacle de l’année : HENRI PFR.

Pour ce qui concerne la soirée des Octaves, le défi artistique lancé l’an dernier est confirmé pour l'édition 2018: les lauréats associés deux à deux offriront un spectacle musical inédit qui mêlera les styles avec élégance. L’Octave d’honneur, Anne-Catherine Gillet, sera le fil rouge de cette soirée inédite.

« Toutes les musiques me passionnent », a déclaré Anne-Catherine Gillet lors de la conférence de presse. « A la maison, je n'écoute pas beaucoup de classique, c'est très éclectique. J'ai déjà participé à divers projets dans d'autres domaines que le classique, comme par exemple, ma collaboration avec Salvatore Adamo pour la chanson « Pourquoi Tu Chantes ». Et dans ma douche, j'adore chanter du Céline Dion ! Je suis donc très heureuse de participer à la soirée des Octaves. On y concoctera des duos imprévus dans un mode 'crossover'. On jettera des ponts entre le classique, la variété, le jazz et les musiques du monde... »

Pour avoir assisté à l'édition 2017, un franc succès, nous ne pouvons que recommander cette soirée d'exception, qui se tiendra à La Madeleine le lundi 28 mai à 20h. L'accès est gratuit mais il faut réserver en envoyant un email à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Petit détail intéressant: Damso s'est vu attribuer un Octave mais d'après nos informations, ce choix a suscité de vives discussions lors de la réunion du jury. Au final, une des institutions fondatrice des Octaves a tenu à publier un démenti dans le dossier de presse: "La Fédération des Jeunesses Musicales Wallonie-Bruxelles, en sa qualité d’administrateur des Octaves de la Musique respecte le choix du jury des professionnels du secteur de remettre l’Octave des Musiques urbaines 2018 à Damso. Toutefois, fidèle à ses valeurs, elle ne cautionne pas ce choix pour autant." Dont acte...

 

Pionnier de la new-wave/synthpop, qui a sévi à la fin des années 70, Gary Numan a rencontré un succès phénoménal jusqu'au milieu des années '80. Après une traversée du désert, le Londonien est revenu dans le parcours, début du nouveau millénaire, en proposant une musique plus punchy, proche de Nine Inch Nails. En marge de son concert, il nous a accordé une interview, dans les locaux du Trix, à Anvers. L’occasion d’évoquer son nouvel album, ses influences, Trent Reznor, John Foxx et le riff principal d’« Are Friends Electric ? »...

Ton nouvel album, « Savage (Songs from a Broken World) », cartonne il me semble ?

Oui ! Quand il est sorti, il a atteint la seconde place dans les charts britanniques ; ce qui, pour moi, a été une énorme surprise. C'était la première fois que j'étais aussi haut sur les charts depuis... longtemps (rires). En fait depuis 1980.

Pourquoi n'a-t-il pas atteint la première place?

A cause des Foo Fighters...

Ça aurait pu être pire (rires)

Mais il restera un grand moment, un jalon très important dans ma carrière.

« Splinter », ton précédent long format, parlait d'un ‘esprit brisé’ et « Savage » d'un ‘monde brisé’. Existe-t-il un lien entre les deux thèmes ?

Pas vraiment. Quand j'ai réalisé « Splinter », je venais d’émerger d'une profonde dépression qui a duré trois ans. Je disposais donc de beaucoup de matière, suite à ce que je venais de vivre. C'était agréable d'être de retour et d'avoir quelque chose d'important à écrire. Pour « Savage », c'était différent. Pas de problème, tout allait bien, ma famille était heureuse, « Splinter » avait eu pas mal de succès, je venais de déménager en Amérique...

Dans un château... (rires)

Oui, un petit château. Donc, au début, j'ai eu du mal à exprimer une émotion forte. Donc, j'ai emprunté quelques idées à un livre que je rédige depuis longtemps. Il parle d'un monde futur dévasté par le réchauffement climatique. Et au moment où je commençais à me concentrer sur ce sujet, Donald Trump est arrivé au pouvoir et a commencé à propager toutes ces déclarations débiles. C'était comme si tout ce qui avait été fait de bien pendant un certain temps en termes de conscience allait être mis à mal à cause de cet homme puissant mais carrément stupide. Ce qui m'a donné envie d'en parler dans mes chansons. Quant au titre, « Savage (Songs from a Broken World) », il m'a été soufflé par une de mes filles, Persia...

Persia, c'est elle qui chante sur ton album?

Oui. Quand je lui ai raconté que « Savage » traitait d'un monde futur dévasté, elle a suggéré le titre « Songs from a Broken World » pour opérer le lien avec « Splinter ». Mais il n'y en a aucun entre le contenu et les paroles des deux disques... (rires)

Lors de différentes interviews, tu as avoué que musicalement, tes dernières productions étaient influencées par Nine Inch Nails. Y compris le dernier LP?

Cette fois-ci, pas tellement. Je pense que je me suis un peu lassé du style 'power electronic'.  Pour « Savage », j’ai emprunté un autre chemin.

Quelle est ta chanson préférée de Nine Inch Nails ?

Difficile de se prononcer, mais c’est probablement « Closer ». La liste est longue. « The Wretched » est aussi une de mes chansons favorites. « Head Like A Hole » a le meilleur refrain qui ait jamais été écrit.

Et ne penses-tu pas qu'il existe une chaîne d'inspiration entre toi et Trent Reznor ? Il a avoué avoir été influencé par toi et, plus tard, c’est l’inverse qui s’est produit.

J'aime beaucoup Trent. Surtout que nous sommes devenus voisins à L.A. Nous étions amis auparavant mais aujourd’hui, c'est encore plus facile, vu cette proximité. C'est principalement grâce aux enfants. Quand un de leurs enfants fête son anniversaire, Mariqueen et Trent organisent toujours une fête et nous invitent...

Ne penses-tu pas qu'il existe aussi une autre chaîne d'inspiration entre John Foxx et toi? Tu as déclaré à plusieurs reprises que John Foxx et Ultravox t'avaient influencé au début et tu as probablement influé à ton tour sur la musique de John Foxx, quand il a enregistré « Underpass », en solo.

Les influences vont bien au-delà de la musique. Les éléments musicaux que tu entends et qui t’imprègnent ne sont qu'une infime partie de tout ce qui t’influence comme artiste. Ca peut être un livre, une émission de télévision, une photo, une conversation. Ce sont des étincelles et elles enflamment ta propre imagination. Parfois, il est difficile de dire d'où l'inspiration vient. Dans ce milieu, tout le monde connaît ce phénomène. Trent également, et je suis sûr que John Foxx aussi. Nous sommes comme des éponges. Nous absorbons tout ce qui nous entoure en permanence.

C'est comme si tu digérais des informations afin de produire quelque chose de nouveau?

Oui. Trent, j'en suis sûr, est toujours attentif à ce qu'il entend ou plus généralement, à ce qu'il perçoit du monde extérieur. Il emmagasine une énorme quantité d'informations créatives et il les traite pour en restituer quelque chose de personnel. Parfois, tu entends un air que tu apprécies, puis tu l'oublies et un an plus tard, il réapparaît dans ton travail et tu imagines que c'est ta propre idée. C'est effrayant. Il y a longtemps, j’avais composé une chanson que j’aimais beaucoup. Puis ma femme est entrée dans le studio et s’est exclamée : 'C'est Siouxsie et les Banshees! ' Sans le savoir, j'étais occupé de réécrire une composition de Siouxsie! (rires)

C'est ce qui rend les cas de plagiat si compliqués.

J'ai eu un cas de plagiat très tôt dans ma carrière, en 1978 ou 1979. Ma maison d'édition a remarqué qu'un artiste m'avait copié. Mais l'autre partie a fait des recherches. Des experts ont retracé le parcours de la musique, ma musique, jusqu'au 14ème siècle, pour remonter jusqu’à celle que les moines avaient l'habitude de chanter (rires) ! Donc, on pense être l’auteur de compos originales, mais en fait ce n'est pas le cas.

Sans oublier que toutes les idées flottent au-dessus de nos têtes...

Ma théorie est que quand on est enfant, on apprend la musique, les accords, les mélodies, etc. en les écoutant, donc quand, plus tard, on commence à écrire ses propres chansons, on ne peut honnêtement affirmer qu’elles soient originales. On a été influencé depuis sa naissance. L'originalité est un mensonge, vraiment. C'est toujours une variation de ce qu’on a déjà entendu, à laquelle on a ajouté sa touche personnelle.

Si on prend comme exemple « Are Friends Electric ? », te souviens-tu du moment où tu l'as composée et comment l'étincelle s’est produite ?

Je me rappelle que je bossais sur deux morceaux en même temps. Mais je ne parvenais pas à les finaliser. Un jour, après avoir attaqué cla première, je me suis senti frustré de ne pas pouvoir la parachever et je suis passé directement à la scocnde  et je me suis rendu compte qu’elles pouvaient être complémentaires, moyennant quelques adaptations. Plus tard, alors que j’exécutais la partie instrumentale, je me suis trompé. Deux notes de la mélodie sonnaient plus fort que le reste. J'ai trouvé que le résultat est bien meilleur comme ça. Donc, en fait, ce riff a été élaboré par accident, parce que je joue très mal... (rires)

Et tu as puisé une inspiration pour les paroles dans le roman de Philip K. Dick, « Do Androids Dream of Electric Sheep ? » de Philip K. Dick…

Partiellement dans le livre de Philip K. Dick et en partie dans une série d'histoires de science-fiction que j'étais en train d'écrire. Et le nom de mon groupe, Tubeway Army, a été choisi en référence à un gang de Londres, qui agressait les usagers dans le métro. Mon livre parle du futur de notre civilisation. Le gouvernement a donné le pouvoir à un énorme ordinateur pour tout gérer. La machine se rend compte que ce qui rend la civilisation ‘non civilisée’, c'est l'espèce humaine. Alors, l'ordinateur commence à se débarrasser des individus, de manière sournoise, subrepticement. Des tests sont organisés pour évaluer leur intelligence et ceux qui échouent sont prétendument envoyés dans un centre de formation, mais ne reviennent jamais. Ensuite, certaines personnes réalisent ce qui se passe et vont se cacher dans un 'underground'. C'est une belle histoire mais je ne l'ai jamais achevée. Aussi, je l'ai transformée en album et je suis devenu célèbre... (rires).

Quand on regarde les expériences en cours opérées dans le domaine de l'intelligence artificielle, ça se passe parfois comme dans ton histoire : les I.A. annoncent vouloir se débarrasser de l'humanité...

Oui ... Nous sommes le problème, nous sommes le virus... (rires)

J'ai toujours pensé que si l'humanité était à 100% originaire de la terre, elle ne détruirait pas sa propre planète...

Oui, nous sommes comme des organismes étrangers, extra-terrestres...

Si tu devais choisir ta chanson préférée dans ta discographie des années 1979-1985, que choisirais-tu?

A l’exception des hits, les deux morceaux que je joue encore aujourd'hui, « Down In The Park » et « Metal ».

« Down in The Park » a souvent été repris.

Oui, entre autres, par Marilyn Manson. Les Foo Fighters aussi. Ils sont partout! (rires)

Et ta chanson préférée la plus récente ?

« Prayer for the Unborn », une plage de l’album « Pure ». Notre couple a perdu un bébé ; cette chanson a donc une signification particulière... Et sur « Savage », je choisirais « Ghost Nation »...

Pour commander « Savage (Songs from a Broken World) », c’est ici.

Photo par Phil Blackmarquis

dimanche, 15 avril 2018 13:20

L’art de mélanger les genres…

Ils vivent tous trois à Paris mais sont issus d'horizons différents. Leo Hellden (déjà aperçu chez Aswefall) est suédois d'origine, Narumi vient du Pays du Soleil Levant et Maik (ex-Earthling), de Jamaïque, après un crochet par Londres. Leur rencontre a accouché d’un trio unique de musiciens éclectiques, qui font éclater les limites fictives entre les genres musicaux. Ils mélangent ainsi post-punk, minimal synth, kraut, house et même rap au sein d’un cocktail véritablement singulier. Remarqué en 2012 par Karl Lagerfeld, qui les avait programmés lors du défilé ‘Chanel Printemps/Eté’, le groupe a depuis tracé un profond sillon dans le paysage de la musique alternative, signant trois albums et trois Eps remarquables. Musiczine les a rencontrés en marge du concert accordé à l'Atelier 210, à Bruxelles, aux côtés de Vox Low et Radar Men From The Moon, une soirée mise en place par Goûte mes Disques et Les Actionnaires.

Parlons tout d'abord de ce patronyme : Tristesse Contemporaine. Il s’inspire d'un bouquin, si je ne m'abuse ?

Leo : Oui, écrit par un historien de l'art, un Belge, justement, Hippolyte Fierens-Gevaert, un livre publié en 1899. Il s'intitule ‘Tristesse Contemporaine, un essai consacré aux grands courants moraux et intellectuels du XIXe siècle'. Je travaillais dans les ouvrages anciens et l'expression 'tristesse contemporaine' m'a plu.

Votre style musical est unique en son genre. On y décèle, entre autres, une inspiration très orientée 'wave', voire même ‘post punk'. Exact ?

Leo : Beaucoup de gens pensent que nous nous sommes inspirés des noms en langue française des groupes des années '70-'80, comme Cabaret Voltaire ou Trisomie 21...
Narumi : Liaisons Dangereuses...
Maik : Depeche Mode... Tiens, ils ne sont pas de nationalité belge, Depeche Mode ? (rires)
Leo : D'une certaine façon, on avait envie de revivre cette époque des eighties, un âge d'or dans beaucoup de domaines artistiques. Mais l'objectif n'était pas de créer nécessairement de la musique orientée 'wave'.
Narumi : On souhaitait juste opter pour un nom de groupe en français, vu qu'on était tous les trois des expatriés vivant en France.
Leo : Au début, on avait écrit une chanson très 'wave', intitulée « In The Wake », en forme de clin d'oeil à The Wake, une formation de post-punk issue des années quatre-vingt.

Mais le titre de TC le plus emblématique, le plus connu, c'est quand même « I Didn't Know » (en écoute ici) ?

Leo : Oui, c'est celui qui a rencontré le plus de succès.

Où puisiez-vous votre inspiration, à l’origine ?

Narumi : L'album qui nous relie tous les trois, c'est « Seventeen Seconds », de Cure.
Leo : J'ai aussi flashé sur Cocteau Twins, suite à une rencontre avec son guitariste, Robin Guthrie. C'est un peu plus soft, onirique, mais ça me plaît beaucoup.
Narumi : Oui, Cocteau Twins, c'est énorme.
Leo : J'aime surtout les sonorités de guitare. Par exemple, sur notre premier titre, « 51 Ways to Leave Your Lover », en fin de parcours, elles sont très inspirées de Robin Guthrie. A l'époque, j’avais même acheté le même matériel que lui.
Narumi : On est aussi marqués par Can et le krautrock en général. A cause de cet aspect répétitif...
Leo : Hypnotique…
Narumi : On aime aussi le krautrock électronique, comme, par exemple, celui de Cluster.

En outre, dans votre musique, il existe un élément 'dance', 'groovy', un côté syncopé qui rend les chansons irrésistiblement dansantes...

Maik : Oui, on a un 'shuffle' très post punk, inspiré par Martin Hannet. Et on est très créatifs en matière de sons. On utilise des canettes de bière, même des paquets de chips ! (rires)

C'est une démarche très 'industrial', très berlinoise, abordée un peu dans l’esprit de Einstürzende Neubauten !

Leo : Oui, c'est très 'industriel'. On aime mélanger les genres.

Abordons vos productions récentes. L'année passée, vous avez publié l'album « Stop and Start » et il y a quelques jours, un single « Out of my Dreams » (en écoute ) qui, à mon sens, présage une nouvelle direction ?

Maik : Pour ce morceau, oui mais pour la suite, on ne sait pas. On l'a enregistré assez rapidement, sans réfléchir. Il est plus rap.

Oui, en tout cas dans la partie vocale.

Maik : Toutes nos nouvelles compos convergent vers le rap. Mais c'est un rap anglais, très trash, très punk, pas du tout comme le rap américain. On est plus proche de celui pratiqué par Sleaford Mods.

Au niveau de la musique, j'ai décelé dans le ‘track’ un côté années '90, un peu 'acid'...

Leo : Ce titre était un peu une expérimentation. C'est pourquoi on ne peut pas dire que ce soit vraiment une nouvelle orientation pour notre projet. Une de nos influences actuelles est Rage Against The Machine. Je rêve depuis longtemps de réaliser un morceau aussi puissant que « Killing In The Name of ». L'autre option, c'est d'aller vers quelque chose de plus 'freaks', un peu comme Marilyn Manson. L'envie de choquer un peu.

De sortir de sa zone de confort ?

Leo : Oui. De réaliser quelque chose qui dérange un peu.
Maik : Il existe aussi le côté 'emo-rap'. On aime bien flirter un peu avec cette vague qui marche très fort pour l'instant. Le trash et même le mauvais goût...
Narumi : C'est un peu comme dans la mode. Elle peut être 'shocking' et en même temps, très 'classe'.

En conclusion, que recommanderiez-vous comme titres intéressants à (re)découvrir ?

Maik : J'ai récemment entendu un morceau de MorMor intitulé « Heaven's only wishful ». C'est davantage de la pop que de la wave mais j'aime bien ce mélange de genres.
Narumi : Perso, il s’agit d’un titre de Not Waving, avec le featuring de...

... de Marie Davidson ?

Narumi : Oui, c'est ça : « Where are we ».
Leo : De mon côté, je choisis le remix que nous avons réalisé du titre « Piscine Palace » de LuLúxpo. C'est un couple franco-argentin qui vivait en Suisse et s’est aujourd’hui établi en Espagne.

Merci à Tristesse Contemporaine, Atelier 210, Goûte Mes Disques, Les Actionnaires, Corida, WAVES et Radio Vibration.

‘J'habitais à Londres dans la plus stricte pauvreté, sans aucune perspective sur ce que je voulais faire dans la vie, excepté mon amour pour le chant. J'ai été voir le Mystère des Voix Bulgares et j'ai pensé : c'est ça, c'est le sommet. On ne peut pas aller plus loin que ça'...*’ C’est ce que Lisa Gerrard avait alors déclaré, il y a 35 ans. Aujourd’hui, la chanteuse iconique de Dead Can Dance et ses idoles de jeunesse sont réunies pour enregistrer un album et accorder quelques concerts exceptionnels. Ce soir, l'AB et le festival BRDCST nous proposent une très belle première européenne et la foule est impatiente de vivre ce spectacle unique, concentré sur ces 'splendeurs vocales’...

Au moment où les chanteuses du Mystère des Voix Bulgares débarquent, on se souvient que ce projet, fondé en 1952, avait été détecté en 1975 par feu Marcel Cellier, un ethnomusicologue de nationalité suisse. Il était tombé sous le charme des chants bulgares et avait décidé de les restituer sur un disque, en se servant d’arrangements plus contemporains. Mais le résultat escompté est plus que mitigé. Cependant, la légende raconte que Peter Murphy, le chanteur de Bauhaus, révèle alors cette découverte à Ivo Watts-Russel, le patron de 4AD. Ce dernier a le coup de foudre pour le collectif. Aussi, en 1986, la réédition de l'elpee par le label anglais, récolte un immense succès et lance la légende des Voix Bulgares dans le monde entier. Préfigurant l'émergence de la 'world music', elles inspireront non seulement Dead Can Dance, mais aussi Cocteau Twins, Kate Bush, Björk et plus récemment, Grimes, Drake et Gorillaz.

Mais revenons au spectacle proposé ce soir. Il est scindé en deux partie : la première est consacrée aux Voix Bulgares, sans Lisa Gerrard. Vêtues de costumes traditionnels, les vingt chanteuses sont disposées en arc de cercle et dès le début, la puissance de leurs voix frappe les esprits ; ce qui contraste avec le naturel, très souriant, voire espiègle de leur attitude. Les chants traditionnels sont ponctués de cris ou de gloussements, qui amusent l’auditoire. Six musiciens accompagnent les Voix : un guitariste, un contrebassiste, un flûtiste, une violoniste, un percussionniste et un 'human beatbox'. Ce dernier se taillera d'ailleurs un joli succès en solo lors d'un intermède étonnant. Mais ce qui frappe également, c'est le lien, évident, entre les mélodies et les techniques de chant des Voix Bulgares et celles appliquées par Lisa Gerrard chez Dead Can Dance, comme par exemple, dans « Cantara » ou « Tristan ». Bien entendu, le duo Gerrard-Perry a intégré cette influence dans un ensemble bien plus étendu, impliquant également des éléments orientaux, africains et médiévaux.

Après la pause, la violoniste et le percussionniste nous réservent un intermède musical basé sur les sons d'une viole et d'un 'hangdrum', une sorte de 'steeldrum' dont la forme est proche d’une soucoupe volante. Moment tant attendu : Lisa Gerrard pénètre sur la scène sous un tonnerre d'applaudissements. Drapée dans une robe ample aux reflets bleutés, elle est, comme d’habitude, majestueuse. Souriante, elle rayonne une infinie bonté. Par rapport au dernier concert, accordé par Dead Can Dance, au Cirque Royal, en 2012, elle paraît cependant marquée par le temps qui passe. Sa voix sublime de contre alto, par contre, n'a que peu changée. Enchanteresse, vibrante, ample et sombre, sa tessiture est toujours chaude et ronde. Très vite, l'ensemble interprète le single « Pora Sotunda », sorti fin 2017, qui annonce un opus fort attendu. Une atmosphère envoûtante baigne alors la salle ; touché, le public frissonne de bonheur.

Loin d'accaparer toute la lumière, c'est à de nombreuses reprises que Lisa Gerrard laisse la place aux solistes des Voix Bulgares, qui viennent chacune à leur tour à l'avant du podium. Et quand la voix hypnotique de Gerrard s'associe aux lignes répétitives du hangdrum, on a l’impression d’assister à une marche ténébreuse d'une immense profondeur.

Au moment de quitter l'Ancienne Belgique, on a la gorge serrée tant l'émotion a été intense. Force est de constater que l'association entre les Voix Bulgares et Lisa Gerrard fonctionne à la perfection. On aura vécu un moment unique, poignant et d'une sublime beauté. Bien vite l'album !

* Interview de Lisa Gerrard: sur youtube.com, à découvrir ici

Organisation : AB + BRDCST

Photo : Phil Blackmarquis

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