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Grand Corps Malade, Ben Mazué et Gaël Faye décident de miser sur l’éphémère afin de produire un objet musical né du désir de croiser leurs rimes et leurs émois. Chacun des trois frères de cœur a eu la superbe intuition de prendre le temps, pour mieux le…

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Chroniques

Coheed and Cambria

World for Tomorrow

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Le quatrième opus du combo new-yorkais s’affiche d’ores et déjà comme une des toutes grandes surprises de l’année ! Ce « World for Tomorrow » est jubilatoire. Coheed and Cambria y dépoussière le monde du progressif, ouvre de nouvelles portes au métal, et infiltre habilement la génération ‘punk fashion’. Imaginez un subtil alliage entre Rush et les Foo Fighters, un chanteur à la fois proche de Geddy Lee et de Dave Grohl, tout au long d’une musique imaginative, agressive et mélodiquement imparable. La comparaison est aisée, quand on sait que l’album a été enregistré sous la houlette de la figure montante Nick Raskulinecz, coupable, comme de juste, du son des derniers Rush et Foo Fighters, sous les conseils judicieux de l’empereur des studios, Rick Rubin.

Des titres aux rythmiques flamboyantes, truffés de refrains particulièrement accrocheurs, le tout émaillé de nombreuses références aux grands classiques du hard rock et de soli contrebalancés par des sonorités punkysantes, parfaitement maîtrisées par un groupe dont les musicos sont sans nul doute aussi solidaires que les cinq doigts de la main droite de Ritchie Blackmore.

Des orgues, des violons, et la frappe impitoyable d’un invité de luxe : Taylor Hawkins (Foo Fighters). Il sera cependant remplacé sur les routes par le non moins talentueux Chris Pennies (Dillinger Escape Plan). Tout cet arsenal instrumental vient enrichir cette palette sonore de compositions à tiroirs. Coheed and Cambria est probablement le seul combo actuel capable de rassembler lors de ses concerts, des fans de Linkin Park, Dream Theater, Rush ou des White Stripes ! Le single « The Running Free », titre le plus accessible de l’œuvre, confirme le talent de compositions de ces jeunes gens pour des fragments explosifs dont l’effet est immédiat. Mais Coheed and Cambria n’est pas un groupe à singles ou une machine à hit. Il est bien davantage. Il est une valeur sûre pour le Metal avec un grand M. Il figure parmi ceux qui parviennent à faire évoluer la musique lourde et garantit sa pérennité. « World of Tomorow » constitue un chef d’œuvre incontournable, au même titre qu’un « Images and Words » ou un « Keeper of the Seven Keys ». Je le répète : incontournable ! En concert le 20 janvier 2008 au VK de Bruxelles.

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Calc

Dance of the nerve

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Ah, le bordelais nouveau est arrivé ! Sous le millésime « Dance of the nerve ». Sans faire beaucoup de bruit, il y a 10 ans que le groupe français enregistre des albums avec une régularité de métronome. Leur dernier opus constitue le sixième. Le quatuor n'en est donc pas à son coup essai et dès les premières minutes d'écoute, on s'en rend bien compte. Si vous ne connaissez pas cette formation bordelaise, on pourrait définir sa musique comme tantôt pop, tantôt rock mais, surtout, toujours finement ciselée.

« Dance of the nerve » n'est pas un elpee de mauvaise facture. La guitare sèche s'insinue parfois ou s'impose carrément. Elle confère à certains morceaux des accents folks sympathiques. D’autres –et de manière flagrante dans des chansons plus nerveuses comme ‘Old enemies’– embrassent des accents rétro qui nous replongent dans les sixties. La solution sonore est très travaillée (marque de fabrique du groupe !) et sur la plupart des dix plages, on retrouve cette petite mélodie chantante qui squatte agréablement l'oreille. Néanmoins, ce n'est pas toujours suffisant pour rendre la ligne mélodique intéressante et de temps à autre, la musique manque de relief. L’intégralité des plages de l’album privilégie la douceur. Et si vous y joignez la voix un peu lascive de Julien Pras, vous comprendrez pourquoi une certaine indolence vous envahit parfois. Et c'est tout le paradoxe de cet opus d'une écriture musicale riche mais calme, variée mais aux tonalités répétitives...

Bien sûr, certains morceaux me bottent mieux que d’autres. La musique de Calc est fleurie, teintée d'une mélancolie qui réchauffe et réconforte. Et pour la réalisation de cet elpee, le groupe français a sorti la grosse artillerie. Chaque plage met en scène des instruments particuliers. On trouve en vrac du mellotron, de la flûte, du piano, de l'orgue et j'en passe. Cependant, cet arsenal passe quelquefois inaperçu. J'ai parfois l'impression que tout se ressemble, et me demande si Julien et sa bande n'ont pas recherché le raffinement à outrance. Il n'en reste pas moins vrai que pour les profanes, ce « Dance of the nerve » est une sympathique découverte.

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Victoria Abril

Olala !

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Olala ! Victoria Abril ! La fraîcheur latine ! Celle-là même qui a fait vibrer nos écrans et nos nerfs dans de beaux longs métrages tels que « Atame! », « Sin Noticias De Dios », « Gazon Maudit » et autres « Kika ». Deux ans après « Putcheros Do Brasil », Abril troque une nouvelle fois ses costumes pour le micro et s’essaie à la réinterprétation de grands classiques de la chanson française. Elle s’attaque ici à Léo Férré (« Elsa », « Jolie môme »), Edith Piaf (« La vie en rose »), Serge Gainsbourg (« La Javanaise ») ou encore Claude Nougaro (« Le jazz et la java »). A priori, cette série de reprises peut paraître kitsch mais, à condition d’accrocher au style et à l’accent mimi de la petite dame, « Olala ! » peut rapidement se révéler addictif. Oscillant entre jazz et flamenco, ce nouvel essai peut parfois même effleurer quelque corde sensible (« Le p’tit bal perdu », le très érotique « Les nuits d’une demoiselle »). Victoria nous gratifie également d’une jolie plage inédite, « Necesito Amor », seul titre interprété en espagnol. Une charmante petite effronterie sans prétention.

MSN:

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I-tunes:

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Eddie Vedder

Into The Wild (OST)

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Eddie Vedder n’a pas réfléchi deux fois lorsque son grand pote Sean Penn l’a contacté pour  illustrer musicalement son nouveau long métrage, « Into The Wild » (« En pleine nature » pour la VF). Prévu sur les écrans belges dès janvier, ce film au casting des plus respectables (Vince Vaughn, Catherine Keener, Marcia Gay Harden, William Hurt…) s’inspire de la véritable histoire d’un jeune diplômé qui, fatigué par la tournure prévisible que prend sa vie, décide de tout laisser tomber et de partir à l’aventure sur les routes indomptées du sud-ouest des States jusqu’aux splendides plaines enneigées de l’Alaska...

Si nos mirettes risquent d’en prendre pour leur grade devant le grand écran, comme le laisse présager la bande annonce, nos tympans ne seront pas en reste. Pour « Into the Wild », Vedder a composé onze morceaux contemplatifs et accrocheurs, que l’on imagine illustrer à merveille le tableau des paysages indomptés d’Alaska, mis en boîte par Sean Penn. Bien qu’il risque essentiellement de rassembler les fans de sa formation originelle, le compositeur s’autorise quelques introspections. Elles devraient envoûter l’ensemble des spectateurs qui seront charmés par l’œuvre cinématographique. Autant sur grand écran que sur disque, « Into the Wild » est un appel à la liberté qui ne laissera personne de marbre.

Msn:

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Nick Moss

Play it til' tomorrow

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Le premier album de Nick, "First offense", date de 1999. Depuis il a commis cinq autres opus. Moss a même fait fort ; puisqu’il est parvenu à sortir, le même jour, quatre elpees pour son label Blue Bella. Quatre disques pour lesquels il a participé. Aussi bien comme musicien que comme producteur. Flanqué des Flip Tops, formation qu'il dirige depuis quelques années, il a concocté un double cd. Un ensemble qu’il dirige depuis avec beaucoup de cœur, de compétence et de réussite. Pour la circonstance, il est donc soutenu par le pianiste Willie Oshawny, le batteur Bob "Cartello" Carter et son homme à tout faire, Gerry ‘The utility man’ Hundt. Sans oublier sa douce compagne Kate. Elle se réserve sporadiquement la basse ; mais a quand même réalisé la luxueuse pochette qui habille la double plaque.

A l’âge de 20 ans, le prometteur Nick sévissait comme bassiste au sein du Jimmy Dawkins Band. Un an plus tard, il remplaçait Calvin ‘Fuzz’ Jones (un ancien partenaire de Muddy Waters) chez le Legendary Blues Band. Il tournera 3 ans en compagnie du Jimmy Rogers Band, avant de fonder ses Flip Tops. Ce nouveau projet est aussi le plus ambitieux. Le ‘Program one’ se consacre au blues électrique. Le ‘Program Two’ réunit des plages essentiellement acoustiques.

Le premier volume s’ouvre par "Late night saint". La guitare rythmique balise parfaitement cette compo. Elle est dévolue à l'invité d'honneur, Eddie Taylor Jr. Oui, oui, le fils du ‘bad boy’, gratteur officiel de Jimmy Reed. Ce riff récurrent devient même hypnotique. Le refrain est repris en chœur par l'ensemble des musiciens. Le son semble avoir été pris ‘live’ en studio. Le tempo est rapide. Nick chante d’un timbre rugueux son "You make me so angry". Eddie Jr est le premier à se libérer sur les cordes ; il est bientôt talonné suivi par Nick qui lâche tout ce qu'il a dans les tripes ; et lorsque le père Moss est lancé, il est difficile de l’arrêter. Le "Woman don't lie" de Luther ‘Snakeboy’ Johnson trempe bien dans le funk. La voix de Nick est convaincante, pendant que sa douce Kate se réserve les cordes rythmiques. Moss nous rappelle qu'il a régulièrement secondé le grand Jimmy Dawkins, dans le passé. Il se révèle ici aussi éclatant qu’excellent! Nick est très inspiré par le divin Dawkins. Faut dire qu’au sommet de son art, le natif de Tchula, dans le Mississippi, était sans aucun doute un des plus brillants guitaristes. Et il nous le démontre à nouveau tout au long du remarquable "Mistakes from the past". Saturées, ses cordes répondent au chant par des courtes phrases bien acérées. L’orgue de Willie nappe le tout lors de ce Chicago westside blues époustouflant. A couper le souffle ! "Bad avenue" est issu de la plume d’un autre habitué du quartier Ouest : Lefty Dizz. La version des Flip Tops est échevelée. Nick plaque sèchement les accords rythmiques. Il manifeste une agressivité inhabituelle. Sa voix est plus ténébreuse que jamais. C’est bien un blues du début de ce XXIème siècle. Moss libère ses cordes avec une violence inouïe, mais il parvient néanmoins à maîtriser son sujet. Son assurance mérite le respect. Il réussit même, au détour, à lancer un clin d'œil complice à Magic Sam Maghett. Du blues 5 étoiles ! "Lyin' for profit" est un shuffle puissant. Nick shoute ses vocaux. Implacable, la rythmique évolue dans un registre proche des Teardorps de Magic Slim. De ses cordes il nous retrace le who's who des gratteurs noirs issus des seventies. Nick Moss a manifestement tout misé sur ce « Program One ». "Woman's holler" est un Chicago blues inventif et respectueux. Piano Willie prend un billet de sortie, tandis que la section rythmique scelle en puissance les fondements de ce blues sans concession. Le "Rising wind" de Floyd Jones est un blues lent empreint d’une grande sensibilité. Nick manifeste toute sa versatilité à l'harmonica tandis que Taylor Jr assure les cordes. Blues décontracté, "My love is like a fire" est imprimé sur un mid tempo, proche de Jimmy Reed. Complice inspiré, le piano entretient une intimité déconcertante. Moss empoigne une dernière fois l'harmonica et souffle comme Big Walter sur "Peculiar feeling". Les musiciens nous donnent le tournis. Oshwny passe à la guitare et Hundt l'harmonica pour "Too many miles", une plage abordée dans l'esprit de Muddy Waters. Et enfin, Gerry se réserve les cordes et Willie glisse à la basse lors de l’instrumental "The rump bump", la finale secouée de ‘Program One’. Brillant!

Je ne m’épancherai pas trop sur ‘Programm two’, dont les compos sont quasi unplugged ; cependant, toutes ces plages évoluent à un excellent niveau. Depuis un "You've got the devil inside" à l'énergie débridée, au bien rythmé "I'll be straight on you", au cours duquel piano et harmo sont à la fête. Moss amplifie sa slide pour aborder "Another life is gone" et "Married woman blues", de vibrants hommages à Muddy Waters. Et "It's written in the bible" est de la même trempe. Dernière plage amplifiée, "Wild imagination" surprend par son jump bien frais. Le piano semble servir de ligne de conduite. Willie O'Shawny est le responsable de ces interventions empreintes d’émotion. Plusieurs plages sont consacrées à des duos intimistes. Tout d’abord l’instrumental "Fille r up". Moss à la sèche et Hundt à l’harmo s’y partagent l’espace sonore. Tout comme pour "Crazy mixed up baby '07". Mais respectivement à la guitare et à la mandoline. En outre, le tandem conjugue ses vocaux lors du gospel traditionnel "I shall not be moved". Enfin, Nick est soutenu par les ivoires de Barrelhouse Chuck pour "Got my mail today". Vu l’imagination de leurs créateurs, cette fresque de blues contemporain constitue un exercice de style passionnant. Un projet dédié à Muddy Doggers, le chien de la famille Moss qui a égayé leur vie durant ces huit dernières années.  

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Bill Lupkin

Hard pill to swallow

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Originaire de Fort Wayne, dans l'Indiana, Bill réside depuis une quarantaine d'années à Chicago. En y débarquant, il fréquente les clubs de blues implantés dans les ghettos des quartiers ‘Southside’ et ‘Westside’. Il sympathise avec les Aces, le groupe qui avait accompagné Little Walter et Junior Wells. On le retrouve donc dans une aventure impliquant les frères Dave et Louis Myers, Fred Below, le mandoliniste Johnny Young et le pianiste blanc Bob Riedy. Il rencontre ensuite le légendaire Jimmy Rogers et participe aux sessions de son elpee "Gold tailed bird". Un disque paru en 1972. Son premier véritable opus ne date que de 1999. Un live immortalisé dans sa ville natale de l'Indiana : "Live at the Hot Spot". Une œuvre pour laquelle il reçoit le concours du Chicago Blues Coalition. Ainsi que de Barrelhouse Chuck au piano et Billy Flynn aux cordes. Au cours des dernières années, il s’est lié d’amitié à Nick Moss ; ce qui lui a permis d'enregistrer pour Blue Bella. Dont un "Where I come from", paru en 2006.

« Hard pill to swallow » succède donc à ‘D’où je viens’, une ‘Pilule difficile à avaler’ habillée par une très jolie pochette créée par Kate Moss. Elle illustre un flacon contenant un harmonica. Pour enregistrer cet opus, Bill s'est enfermé dans les studios ‘Rancho de Rhythm’ à Elgin, chez Nick Moss. Il est épaulé par son frère Steve à la basse, Mark Fornek aux drums et Tim Wire aux claviers. Moss se réserve la guitare, le mixage et la production. Les 14 plages ont été composées par Lupkin.

Dès les premières secondes de "Think it over baby", ça déménage. Tous les doigts de pieds frétillent à l'écoute de ce morceau particulièrement remuant. Les musiciens manifestent une cohésion remarquable. Le talentueux Gerry Hundt a emporté sa mandoline électrique. Elle confère à l’expression sonore une belle touche d’originalité. Lupkin affiche une forme étincelante. Il se montre très agressif dans l’attaque de son harmonica. La lecture de son instrument est très claire. Il jouit également d’une bonne voix ; dans un style assez laidback. C'est-à-dire indolent, mais stimulant. Une excitation ouatée qu’il réitère sur "Funny way to show you love me". Sa palette de tonalités lui a permis de côtoyer des grands maîtres, comme Little Walter et Big Walter Horton. Nick Moss en profite pour dispenser un solo parcimonieux, comme il affectionne. "Bad luck" opère un changement de rythme et de style. La douceur est passée à l’aigre. Bill a glissé vers l’instrument chromatique. Il chante d'une voix saturée d'amertume. Il me rappelle ici manifestement le grand Rod Piazza. Cette excellente compo constitue un très grand moment de blues! Mais ce que j’apprécie tout particulièrement sur cet elpee, c’est la sonorité d'ensemble. Tout fonctionne à merveille dans ce petit studio d'Elgin. Sur "Fine little thing", Lupkin parvient à recréer le son de ce Chicago blues qui nous a toujours fait rêver. Les esprits de Jimmy Rogers et de Little Walter y sont tellement présents ; mais sous une forme tellement naturelle, qu’on en est complètement bouleversés. "I'll be over you someday" en revient au tempo lent. La mélodie emprunte probablement à "It hurts me too". Moss joue comme un dieu. Le spectre du géant Freddie King nous traverse l’esprit. La complicité entre les intervenants est traduite par une communion de leurs sensibilités. Et que c'est beau à écouter. "Elgin bounce" est un instrumental qui remet au goût du jour le son des Aces. Le soupçon de swing et de groove permet de restituer le génie de l'harmoniciste leader, alors poussé dans ses derniers retranchements par le piano de Wire et l'intarissable Nick aux cordes. La classe! L'esprit de Johnny Young refait surface lorsque Hundt reprend sa mandoline. En l’occurrence sur "See that little girl", un morceau que Lupkin chante avec beaucoup de conviction. Sculpté dans le funk, "Blues again today" nous invite à danser. Un peu comme autrefois, au cœur des petits clubs enfumés de la cité des vents. "You're gonna be sorry" évolue sur un tempo digne de Jimmy Reed. La paresse des swamps louisianais nous envoûte. "Hook, line and sinker" adopte les rythmes chers à Howlin' Wolf. Bill se consacre à l'harmo chromatique et un impressionnant Moss parvient à recréer les climats chers à Henry Vestine. "Where you goin'" est le long blues lent que l'on espérait. Bill souffle rageusement comme un Walter Horton soutenu par Sunnyland Slim (NDR : pour la circonstance, Tim Wire s’y subsitue). Musicien versatile, Gerry Hundt accorde une remarquable intervention aux cordes. Ce superbe album s’achève comme il a commencé ; c'est-à-dire par le titre maître, dans une version de Chicago blues rythmé, mais dans un style très Rogers.

 

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Jens Lekman

Night Falls Over Kortedala

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Oh, You’re not so silent anymore, Jens ! Après les inoubliables « When I Said I Wanted To Be Your Dog » et « Oh You’re So Silent Jens », le Suédois nous revient, une nouvelle merveille sous les bras. La délicate touche de poésie qui caractérise les compositions de Jens Lekman prend encore plus d’ampleur sur ce nouvel essai. Il conte ses péripéties amoureuses avec une telle désinvolture qu’on se laisse inévitablement charmer par ce magicien de la pop. Une pop fascinante et rafraîchissante, d’autant plus appréciable qu’elle se marie à la perfection au disco (l’obsédant « Sipping On The Sweet Nectar »), à l’indie (« The Opposite Of Hallelujah », « It Was A Strange Time In My Life ») et à une ribambelle de samples. De plus, Jens Lekman ne se gêne pas pour repousser les frontières de son propre univers, se permettant également une petite incursion insolite dans l’univers R’n’B (« Kanske Är Jag Kär i Dig »). Encore plus culotté qu’auparavant, le jeune homme n’a pas peur de laisser le kitch atteindre des sommets (les très 60’s « Friday Night At The Drive-In Bingo » et « If I Could Cry (It Would Feels Like This) ») et l’assume à merveille. « Night Falls Over Kortedala » démontre indubitablement en douze magnifiques ritournelles que Jens Lekman est un artiste des plus exemplaires.

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Led Zeppelin

The soundtrack from the film The Song Remains the Same

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A la veille d’une hypothétique tournée européenne, qui semble toutefois se confirmer, revêtant des allures du plus grand évènement rock n’roll de tous les temps, deux produits estampillés Led Zep viennent enrichir les bacs des disquaires, à une période de l’année où le consommateur potentiel est à la merci des tentations les plus folles !

Nous n’évoquerons qu’en trois lignes la sortie d’un énième best of du dirigeable, « Mothership » double galette destinée aux extraterrestres qui ne possèderaient pas encore les versions studios de « Stairway to Heaven », « Rock n’Roll » ou « Whole Lotta Love ».

Nettement plus attrayante pour les aficionados des géniteurs du hard rock, la B.O. du film « The Song Remains the Same », qui donne son nom à l’album live officiel du zep, nous revient remasterisée et agrémentée de six titres ; six plages ne figurant pas sur la version originale d’une plaque plutôt mal accueillie pas les critiques en 1976, l’année de sa sortie. Enregistrée les 27, 28 et 29 juillet 1973 au légendaire Madison Square Garden de la Grosse Pomme, la performance souffrait à l’époque d’un son assez approximatif. Le travail de Kevin Shirley n’aura pas été vain, et on se délecte de ses premières versions live officielles des six bonus capturés au cours de cette trilogie mythique dans l’histoire de Led Zep. « Black Dog », « Over the Hills and Far Away », « Misty Mountain Hop, « Since I’ve been Loving you », « The Ocean » et le fabuleux « Heartbreaker » prennent une toute autre dimension, foncièrement plus sauvage. Même si l’organe de Plant n’est pas toujours à la hauteur, la musique charme, enchante ou se fait tellurique, lorsque Bonham se lâche sur des versions frôlant les 20 minutes, comme lors de l’halluciné « Dazed and Confused » ou le rouleau compresseur « Moby  Dick ».

L’objet a été particulièrement soigné et est présenté sous la forme d’un magnifique double digipack. Il contient, outre les deux rondelles, un booklet signé Cameron Crowe truffé d’anecdotes sur la vie tourmentée d’un combo dont les albums s’écoulent aujourd’hui dix fois plus qu’à l’époque de leur sortie. Une réédition qui a du sens ! Cela mérite bien quelques lignes dans Musiczine, non ?

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Holy Fuck

LP

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Diantre ! En français ça le fait tout de suite moins bien. Si on retranscrit la même expression dans un anglais des rues, on obtient Holy Fuck ! Fichtre, misère et ventre saint-gris n’ont qu’à aller se faire voir. Ici ça cause entres hommes, les pincettes sont rangées au placard. « LP » débarque l’arme entre les dents, prêt à tout massacrer sur son passage, aidé dans la bagarre par un certain !!! (pour ne citer qu’eux). L’écoute de l’album est déconseillée à toute âme sensible, aux personnes fragiles à la dépendance, aux cardiaques et femmes enceintes. Ici c’est du sérieux, du gros calibre que l’on n’affronte pas la tête légère et l’esprit vagabond. Pas de chichis. Les Canadiens d’Holy Fuck » n’ont jamais si bien porté leur nom. Pfff quel massacre !

« LP » met le plus naturellement possible, tout le monde KO en neuf rounds. Neuf plages seulement et c’est la domination absolue du beat sur nos frêles individus. Il ne faut pas attendre longtemps pour comprendre la puissance développée par la plaque, et le mal que nous aurons à lui résister. Dix-huit secondes pour être précis. Dix-huit secondes seulement et c’est l’escalade, la montée incessante. Electronisée à l’extrême. Et c’est par un truchement de claviers et de beats déments que s’opère la manœuvre. Le combat se déroule comme suit : « Super Inuit » et c’est d’abord un genou à terre où l’on pense pouvoir encore se relever. « Milkshake» sous ses airs d’Herbie Hancock, et le deuxième genou cède et plie. « Frenchy’s » et le dos est courbé, le buste s’affaisse. Plus loin « Royal Gregory » et c’est la gifle, la claque, qui ponctue ; celle qui pique une heure après encore après infliction. Démantibulé et mal en point, on termine l’album en se prenant encore quelques coups dans les côtes au passage.

Quand on prend conscience du côté bricoleur de l’album, qui ne transpire absolument pas le long des 9 plages, à l’affront du KO doit s’ajouter la gêne d’avoir plié si vite. Enregistré ça et là en live et à l’arrache, on n’ose imaginer la correction inoubliable que l’on se serait pris si les malades mentaux de Holy Fuck avaient peaufiné leurs coups. A frémir d’avance. Arrivé sur le tard dans l’année, « LP » est mon album 2007, c’est ma ‘cherry on the cake’ des douze dernier mois écoulés. Je vais finir par croire que je suis maso. Fais moi mal Holy, oh oui fais moi mal !!

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Gerry Hundt

Since way back

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Gerry relève de l’équipe des Flip Tops de Nick Moss. Ce jeune musicien possède de nombreuses cordes à son arc. Il ne se contente pas des rôles de chanteur, compositeur, guitariste, mandoliniste, harmoniciste, bassiste et claviériste ; mais il se réserve les commandes du studio, enregistre, mixe et produit. Excusez du peu! Gerry est originaire du Wisconsin. Il compte à peine 30 ans. Il a vécu à Denver, dans le Colorado. A cette époque, il avait participé à l’aventure des Clamdaddys et apporté sa collaboration au chanteur/guitariste John Alex Mason, en compagnie duquel il a enregistré un elpee en 2002, "Mason & Hundt". Il a aussi assuré les parties d'harmonica sur les deux albums du prometteur guitariste Easy Bill Towber et son Big Beat. Depuis, il s'est fixé à Chicago et milite au sein des Flip Tops, où il a remplacé à la basse, Miss Kate Moss, qui a décidé de se consacrer à l'éducation de sa fille, Sadie Mae. Dès qu'il en a l’opportunité, Gerry se consacre à la mandoline qu’il met au service du blues. Pas de doute, il a bien écouté Johnny Young et Yank Rachell. Tout au long de son premier opus solo, il s’abandonne à ce seul instrument qui s'inscrit dans le renouveau de la mandoline blues, une vocation que partagent Billy Flynn et Richie Del Grosso. Les Flip Tops l’ont cependant rejoint lors des sessions d’enregistrement : Moss est à la basse, Willie Oshawny au piano, Bob Carter aux percussions, l'ami Bill Lupkin à l'harmonica et Josh Stimmel du Kilborn Alley Blues Band aux cordes.

"Since way back" démarre à plein régime. La mandoline est talonnée par la guitare de Josh Stimmel. Le son est dense, cru, primaire. La section rythmique soutient les cordes de la mandoline. "Ready to go" emprunte le même rythme. Du pur Chicago blues. Tout est bien à sa place. Le piano d'Oshawny meuble tous les espaces. Stimmel est très inspiré et Gerry chante d'une voix très mâle. Les huit cordes de la mandoline s'épanouissent au cœur d’une tonalité assez métallique tout en subissant une attaque très abrupte. "Bad water" est un blues lent très dépouillé. Le chanteur y narre la tragédie de membres de la famille du batteur, empoisonnés par l'eau toxique de leur source! L’esprit de Muddy Waters est ici bien présent. Lupkin s’y révèle assez bouleversant. Instrumental, "The Union meetin'" swingue par ses échanges opérés entre la mandoline et le piano. "Hard road" est un shuffle royal. Très Chicago. Le grand Jimmy Rogers n’est pas loin. Les musiciens évoluent à un très haut niveau. Bill suit la voix de Gerry à la trace, de son harmo, pendant que Piano Willie attaque ses touches d'ivoire, à la manière du légendaire Otis Spann! Hundt avale une solide lampée de spirit pour défier son "Whiskey makes me mean". Son énergie est décuplée. Moss abat un énorme boulot sur sa basse. Les deux seules reprises n'ont rien de surprenant. Tout d’abord le "Burning fire" d'Otis Spann. Une plage saturée d’émotion, au cours de laquelle piano et mandoline sont à l'unisson. Le remuant "You're the one" de Jimmy Rogers, ensuite. Lupkin s’y révèle insatiable. La formation reste très ancrée dans le Chicago southside des années 50. Proche du son immortalisé par les frères Chess. A l’instar de "Trying hard", un des sommets de l'album. Bill prépare la sortie de la mandoline. D'abord agonisante, elle reprend vie puis vigueur et sa ténacité est redoutable."The Lakewood bump" est un instrumental allègre qui permet aux acteurs de se libérer en toute décontraction. Caractérisé par ses échanges et joutes entre tous les solistes "Here in Chicago" porte bien son titre. L’elpee s’achève par un bonus track : "End of the day blues". Cette compo consacre un duo à fleur de peau entre les doubles cordes de la mandoline de Hundt et le piano de l'ami Barrelhouse Chuck, un musicien talentueux ; et pour cause, c’est un élève de Sunnyland Slim, Lafayette Leake et Little Brother Montgomery. Je vous recommande vivement cet album !

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