Vendredi Minuit l’heure de Sofia Bolt…

Sofia Bolt est le projet de la musicienne, compositrice et productrice d'origine française Amélie Rousseaux. C'est à Los Angeles, où elle vit depuis son départ de Paris en 2017, qu'elle a enregistré son second elpee, « Vendredi Minuit », ce 10 mai 2024. Entre…

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Les synthés analogiques de Franck Marchal…

Une belle échappée pour Franck Marchal du groupe Batz ! Il publie le 24 juin 2024 un Ep 6 titres, « Maeltrom Metronomy » qui témoigne de son amour pour les synthés vintage et les ambiances électro cinématographiques. Le maxi « Maelstrom Metronomy » est une…

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Chroniques

Wire

Red Barked Tree

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Douzième album studio en 34 années d’existence, pour Wire, toujours orphelin de Bruce Gilbert, mais qui bénéficie, lors de ses tournées, de la participation d’un(e) guitariste complémentaire. Mais venons-en à cet opus. Il s’ouvre par « Please take », une compo plus pop, plus cool, très mélodieuse (NDR : le sens mélodique est constant tout au long du disque, y compris sur les morceaux les plus percutants) dans l’esprit des premières œuvres solo de Colin Newman, même si le tempo épouse une forme new wave. Un rythme que l’on retrouve partiellement sur « Clay », une plage davantage shoegazing. Un style noisy que rencontré tout au long de l’elpee, mais chargé de multiples nuances. Dès le deuxième titre, « Now was », le post punk revient en force, malgré les accords de gratte bringuebalants, consentis en toile de fond. Et il est confirmé sur « Two minutes », une composition pilonnée par des drums propulsifs et parcourue de vocaux déclamatoires. Plus carré, « Bad worn thing » est issu de la plume de Graham Lewis. On y recèle quelques traces puisées dans le Roxy Music du début des seventies (NDR : un clin d’œil ?), mais ce sont les inflexions vocales de Lewis, calquées sur celles de Peter Fox qui frappent. Etonnant et savoureux ! Mécanique, « Moreover » lorgne davantage vers l’indus. Deux titres enlevés encore dans le genre, mais plus classiques pour Wire : « A flat tent » et « Smash ». L’œuvre nous plonge encore dans le psyché folk sur « Adapt ». A cause de ce recours à la sèche électrifiée. Un grattage acoustique qui trame le morceau final, en l’occurrence le titre maître. Une superbe plage épique de plus de 5 minutes, légèrement prog, subtilement psyché, qui ouvre peut-être une future perspective pour l’univers sonore de la formation insulaire. Reste « Down to this », une piste plus acoustique également, mais rampante, morbide presque sinistre. A vous faire froid dans le dos. Un superbe album, rien d’autre à ajouter…

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Alex Winston

Sister Wife

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Certains albums sont destinés au succès de masse, c’est une certitude ; mais, si toute la variété était de la trempe de ce « Sister wife », on écouterait peut-être NRJ… tout en admettant que tôt ou tard la diffusion rotative de ces futurs tubes finirait par nous dégoûter ; à l’instar de ceux de Yael Naïm, Mika, La Roux ou même Florence and the Machine, programmés au cours de ces dernières années…

Et après avoir écouté cet Ep, on peut allègrement déduire que ses compos s’inscrivent parfaitement dans ce contexte. Ce disque fait suit à un autre Ep intitulé « The Basement Covers ». Consacré à des reprises (Mumford & Sons, Rolling Stones, Jack Peñate, …), il nous avait permis de découvrir cette jeune chanteuse américaine (NDR : à peine âgée de 19 ans, elle est originaire du Michigan).

Bénéficiant d’un travail de mise en forme impeccable accompli par le duo de producteurs new-yorkais The Knocks (notoires pour leurs remixes de Passion Pit et de Kate Perry) ainsi que du Londonien Charlie Hugall (Florence and the Machine, Rihanna), les 6 plages sont des hits en puissance. Et en particulier le titre maître. Sans oublier « Choice Notes », morceau choisi pour servir de bande sonore à la dernière pub de Hyundai. Deux pistes irrésistibles, il faut le souligner. Les refrains sont fédérateurs et la voix à la fois craquante et un peu bizarre (NDR : une Joanna Newsom en plus pop). Enfin, sa bonne humeur franchement communicative est épicée par un zeste d’excentricité. Un ensemble d’atouts qui devraient permettre à Alex de se faire une place au soleil, d’ici quelques semaines. En 2011, vous pouvez parier sur Alex Winston, ce sera certainement son année. Dépêchez-vous, car en 2012, on l’aura peut-être oubliée…

 

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Pushking

The World As We Love It

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Avez-vous déjà entendu parler de Pushking ? Je vous rassure, moi non plus ! Ce combo hard rock mélodique basé à Saint-Pétersbourg semble pourtant jouir du statut de groupe culte au Pays des Soviets. De tournées intensives en albums à succès (NDR : une quinzaine environ), le quintet règne en maître sur le rock russe, depuis 1994. Bien que les territoires de Fédération de Russie soient plutôt vastes, Pushking semble s’y sentir un peu à l’étroit et projette de se faire un nom sur la scène internationale.

Pour arriver à ses fins, le groupe s’est attaqué à la réalisation d’un rêve qui le turlupine depuis quelques années : réenregistrer quelques uns de ses plus gros succès en compagnie des plus grandes stars du hard rock occidental. Si l’idée peut paraît excellente au premier abord, elle est surtout risquée…  

Inviter sur ses titres, des chanteurs à la voix aussi unique et reconnaissable qu’Alice Cooper, Billy Gibbons (ZZ Top), Glen Hughes (ex-Deep Puple, Trapeze), Joe Lynn Turner (ex-Rainbow, Deep Purple, Yngwie Malmsteen), Graham Bonnet (ex-Rainbow, MSG), Udo Dirkschneider (UDO, ex-Accept), Paul Stanley (Kiss) ou Dan McCafferty (Nazareth) est une arme à double tranchant. Si lire de tels noms imprimés sur la pochette de son album constitue un atout commercial évident, Pushking semble ne pas avoir compris que ses compositions étaient noyées par la très forte personnalité de ses invités. Prenons pour exemple le superbe « Troubled Love » qui, interprété par Alice Cooper, ressemble à un titre… d’Alice Cooper. Idem pour « Tonight », une jolie ballade qui aurait pu figurer sur n’importe quel album solo de Glen Hughes ou encore pour « Nature’s Child », un titre musclé qui mériterait probablement sa place sur l’une des tueries d’UDO.

« The World As We Love It » est partagé en dix-neuf plages : hard rock mélodique, heavy rock ou ballades, tous les titres sont de très grande qualité. Le problème, c’est qu’on a l’impression de faire face, non pas à un groupe unique, mais plutôt à une suite de tubes rock’n’roll compilés pour servir de bande originale à un blockbuster américain. Difficile, dans ces conditions, de se forger une idée sur le style ou la personnalité de Pushking. Il aurait probablement été plus judicieux que le combo russe se présente chez nous sous son vrai visage, plutôt que comme un groupe de musiciens accompagnant une brochette de superstars.

Un coup dans l’eau donc pour Pushking, mais l’occasion pour nous de profiter une nouvelle fois des superbes voix de quelques uns de nos héros favoris.

A toutes fins utiles, je vous livre la liste des chanteurs et guitaristes invités sur « The World As We Love It » :

Paul Stanley - Chant
Billy F. Gibbons - Chant, Guitare
Alice Cooper - Chant
Steve Vai - Guitare
Glenn Hughes - Chant
Jorn Lande - Chant
Joe Bonamassa - Guitare
Steve Stevens - Guitare
Nuno Bettencourt - Guitare
John Lawton - Chant
Keri Kelli - Guitare
Jeff Scott Soto - Chant
Eric Martin - Chant
Steve Lukather - Guitare
Matt Filippini - Guitare
Dan McCafferty - Chant
Graham Bonnet - Chant
Joe Lynn Turner - Chant
Udo Dirkschneider - Chant
Stevie Salas - Guitare

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The Dø

Dust It Off (Ep)

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« Dust It Off » : le couple franco-finlandais nous surprend d’un somptueux trois titres !

Souvenez-vous ! 2008, « The dø » (d = Dan Levy et ø = Olivia Merilahti) met la France pop-rock à genoux et impose rapidement son premier album dans les charts. Dès la première semaine de sortie, « A mouthful » se classe en tête des ventes dans l’Hexagone (premier groupe français à atteindre cette position). Un buzz médiatique porté par le single « On My Shoulders » qui rencontre la gloire grâce à sa participation sonore lors de la campagne  publicitaire d’une marque de papeterie (les cahiers Oxford, pour ne pas les citer). 

150 000 albums plus tard, les ex-n°1 du top album devaient confirmer le succès public et critique de leur premier opus.

Un an de vie d’ermite, cloisonnés dans leur studio de la banlieue parisienne, a suffi pour nous surprendre. Seul mot d’ordre avant la conception de cette délicieuse galette ‘on fait ce qu’on veut… un saut dans l’inconnu’, explique ø.

Un tandem inventif qui joue sans entraves, invente, surprend, se trouve et s’égare. Lui, compositeur de film, dessine la structure et pose le cadre de chaque chanson. Esquisse qu’il dore de son talent de multi-instrumentiste et d’arrangeur. Elle, plume bilingue, écrit et chante, d’une voix féérique et cristalline, en anglais ou en finnois. Pluriels, multiples et en quête perpétuelle, le duo franco-finlandais propose un Ep riche en sons. Tout en contrastes, en nuances, mais sans paradoxe.

Dès la première piste, le temps se fige. Statique, lunaire, « Dust It Off » se grise d’un hypnotique Wurtlitzer et d’une voix méthodiquement maladroite. Il nous plonge dans un univers onirique limpide. Yeux fermés, l’imagerie sonique évoque les non lieux de l’enfance ; ceux qui seraient habités de l’envol sombre de papillons noirs. Un break et quelques secousses électro plus tard, le ciel se dégage. Les mélodies, jusqu’alors éclairées à la bougie, s’éclaboussent soudain de lumières et subliment les forêts noires du Nord de l’Europe. Une rêverie de 3’36. Majestueuse !

Transition brutale en compagnie des tambours tribaux et des séquences électroniques du single « Slippery Dope ». Une pop sous influence groove et musique folklorique scandinave qui, tendez l’oreille, regorge d’arrangements fins et subtils. Un bric-à-brac sonore mêlant claviers, vibraphone et percussions d’ustensiles de cuisine (…) à la voix déstructurée d’Olivia Merilahti.

« Too Insistent » soigne le répertoire et clôture les débats d’une fine galette attractive. Une pop triste, discrète et légère aux timbres oscillant entre Björk (influence omniprésente sur l’album) et Suzanne Vega. Morceau restant sous la haute surveillance des arrangements de Dan Levy, nerf central de la formation.

La scie mélodique du mois nous offre un album accessible et pointu qui devrait toucher un large public. Quoi qu’il en soit, « Dust It Off » demeure une excellente entrée en matière avant d’attaquer le très attendu deuxième long-playing (« Both Ways Open Jaws ») dont la date de sortie est prévue pour le 7 mars prochain.   

Le premier single issu du projet « Dust It Off » est d’ailleurs disponible sur le site du label du groupe : http://www.cinq7.com/fr/

« The dø », sous la forme d’un sextet (multi-instrumentistes aux cordes, aux cuivres et aux claviers), se produira à Bruxelles le 7 avril sur les planches de l’Orangerie (Botanique). Concert complet !

 

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The Chapman Family

Burn your town

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The Chapman Family. Teinté d'humour, le nom du groupe évoque autant l'appartenance à un clan portant fièrement l'étendard juvénile de la rébellion, que la légèreté d'une série TV façon old school. Peut-être plus assez candides pour crier leur dégoût en arborant une frange rebelle au milieu du front sans frôler le ridicule, mais néanmoins foncièrement décidés à exprimer leur scepticisme face à une société gangrenée par le néo-libéralisme, ces Anglais du centre du trou de balle du monde (Stockton-on-Tees, obscur bled perdu dans le Nord) ont choisi de dépeindre leur misère avec fougue et romantisme, se servant du bruit comme d'un tremplin vers des cieux plus cléments.

Viscéralement embrumée par l'atmosphère grisâtre des paysages qui l'ont vu naître, leur musique est une coulée de plomb dans la cervelle prête à se laisser envahir par ces hymnes de révolte plus post-adolescente que post quoi que ce soit d'autre. Noires comme la terre de là-bas et sombres comme l'avenir, leurs influences manifestes imprègnent cet elpee d'un bout à l'autre de ses dix plages de sables mouvants. D'essences gothico-industrielles aux résonances pop, ces chansons dressent une cartographie infernale d'une jeunesse en perpétuelle recherche de pères et repères.

Le tout commence dans un souffle embué. Un froid sinistre qui s'évapore lentement dans une atmosphère de naphtaline (« A certain degree »). Avant qu'un tourbillon crépusculaire n'emporte le tout dès le deuxième morceau. « All fall », sorti préalablement en single, ouvre la brèche, qui par la suite finira de fissurer l'édifice. « Anxiety » est le reflet parfait des éternels questionnements de l'adolescence et de la perte de confiance face aux aïeuls. Imparable chanson aux accents défaitistes, et probable hit en puissance, cette carte de visite a fière allure.

Tout le potentiel Pop du groupe se retrouve ensuite sur « Sound of the radio ». Guitares plaintives et rageuses qui éructent tandis que la voix charismatique de Kingsley Chapman enrobe l'ensemble dans un linceul de gravité. De la tribale rythmique de « 1000 lies » à la course frénétique vers le néant de « Million dollars », en passant par le déluge sonore de « Kids », diatribe Punk boutonneux, tout concorde ensuite à enfoncer le clou dans le cercueil d'ébène des illusions perdues d'avance.

Ne craignant pas d’incommoder l'auditeur, les membres du groupe délivrent au final un travail cohérent et d'excellente f(r)acture. Inscrit dans la mouvance Editors et consorts, mais avec une propension au bruit marquée par des basses fréquences sismiques (accentuées par le travail de Richard Jackson, producteur de Sound of the Left et de Young Legionnaire, groupes ne faisant pas dans la dentelle), le premier album de The Chapman Family est sans conteste une excellente première balise dans le ciel de 2011. Leurs performances scéniques sont du reste, parait-il, incroyablement intenses. On ne demande qu'à voir!

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Sean Rowe

Magical

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Lorsqu’on écoute, au fil des années, des tas et des tas d’albums, avant de les chroniquer, la lassitude guette toujours. Aussi, il est réconfortant, de constater, qu’en 2011, on peut encore être agréablement surpris et puis même succomber à un son particulier (Forest Swords), une attitude (The Radio Dept.), une énergie (The Go! Team)… ou une voix simple et envoûtante. Et Sean Rowe appartient assurément à la dernière catégorie. Relativement inconnu chez nous, ce bûcheron possède en effet un baryton puissant, ébréché, profond, comme on en entend rarement.

Très peu d’infos circulent sur le parcours de ce compagnon de label de Nick Cave et Tom Waits. Une chose est sûre, « Magic » ne constitue pas le premier elpee de ce songwriter américain. Son attitude théâtrale, son sens mélodique très développé et sa plume d’une grande richesse confèrent à ses compos une intensité et une vulnérabilité désarmantes. Tout au long de cet elpee, il nous parle de l’enfance (« Night »), la famille (« Wet »), l’histoire des Etats-Unis ou la musique. Les morceaux sont dépouillés mais ne nécessitent pas d’habits flamboyants, tant leur force est évidente. Dès les premières notes de « Surprise », on comprend que cet album deviendra un compagnon de route pendant de nombreuses années. Et même lorsqu’il empoigne une gratte électrique pour attaquer des titres plus rock comme « Jonathan » ou « Wrong Side of the Bed », Sean tire parfaitement son épingle du jeu. Véritable cerise sur le gâteau, « American » mérite à lui seul une mention particulière. A cause de cette nuée de cordes et de ces accords délicats au piano. Irrésistible ! Ou « Magic », si vous préférez ! Souvent comparé à Van Morrison, Bruce Springsteen (époque « Nebraska ») voire Leonard Cohen, Sean Rowe constitue, pour votre serviteur, une véritable découverte. Et son talent risque d’exploser aux yeux et aux oreilles du monde entier, d’ici peu.

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Pirato Ketchup

Speed Surfer

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Liège, capitale mondiale du Surf, abrite en ses murs un combo militant pour l'érection d'une statue de Quentin Tarantino, place Saint Lambert. Ses membres, loin d'être manchots, s'astiquent le manche le soir dans le garage d'un quartier malfamé proche du carré et à l'occasion, ils sortent volontiers leur Bat-mobile pour secourir la veuve et l'orphelin.

Sacrément compulsive, foutrement jouissive, excessivement contagieuse, leur musique essentiellement instrumentale s’étale comme le sirop local.

Des thèmes comme « Escape from Trinidon » ou « Kryptonic » donnent le (bon) t(h)on, et l'ambiance est aux réjouissances, bien avant le 15 août.

Slide guitare en ouverture de « Black Ocean », mais point de Chris Isaak à l'horizon. Celui-ci a troqué sa bouteille de Tequila contre un Pêcket du terroir, et pieds nus, il s'en est allé se perdre dans les méandres de l'amer.

Enfin, le « Dr Krokov » final, offre une folle sarabande qui ferait tourner Cosaque le dernier des Tsars.

C'est une évidence, avec Pirato Ketchup, la mayonnaise prend à tous les coups.

 

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Dez Mona

Pursued Sinners - Brigittines Recordings

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Dez Mona est encore trop méconnu en Belgique francophone. Le groupe, sombre et charismatique duo de voix et de contrebasse, est pourtant passé par la scène bruxelloise, notamment aux Brigittines et au Recyclart, ainsi qu'à l'AB, il y a quelques années, avant de s'étoffer au quintet actuel.

« Pursued Sinners -  Brigittines Recordings » est le réenregistrement (à cinq) de l'album des débuts ("Pursued Sinners", pièce rare voire introuvable aujourd'hui), arrangé autrement, enrichi de la maturité acquise entre-temps.

Mis en boîte aux Brigittines, l'album commence par son morceau le plus calme, « This lonely morning ». C'est le duo d'origine, composé de Nicolas Rombouts à la contrebasse et de Gregory Frateur à la voix, qui ouvre donc le disque avec cette délicate mise en bouche. La voix prend une autre tonalité, bien plus aiguisée, acérée, presque criarde, dès le deuxième morceau, auxquels s'ajoutent aussi l'accordéon déjanté de Roel Van Camp, la batterie de Steven Cassiers et le piano de Bram Weijters. Une texture qui peut rappeler un Bowie des premiers albums ou une Catherine Ringer des sommets, une voix androgyne d'une amplitude assez remarquable. Torturées et tortueuses, les compositions jaillissent, telle une lave furieuse. Ça sort en flux continu, ça déborde et ça vient de l'intérieur, du milieu, de l'intime, du fond des entrailles, ça se déroule comme des boyaux interminables. Aussi cru que ce soit, c'est pourtant magnifique.

L'interprétation, théâtrale, laisse s'échapper une grande sensibilité, celle d'un corps écorché, qui ne tarit pas de sons et de mots.

On se croirait dans un cabaret, notamment lors de la superbe « Danse macabre », provocante, festive et morbide à la fois. Cette dualité éthylique, aromatisée de quelques trompettes, évoque la fête mexicaine de la Santa Muerte et ses squelettes joyeux. D'ailleurs, Dez Mona évolue également dans un univers sacré, ses textes s'adressant bien souvent à un dieu incertain, en forme de litanies désespérées, implorantes et presque menaçantes. « Loordy ! Loordy ! Loordy ! » déchire le morceau du même nom en lambeaux de chair de poule.

Et puis, sur « Who knows where the time goes », arrive l'heure de la confidence, et la voix chuchote presque, plus apaisée, comme épuisée d'avoir tant crié.

Cette musique jazz hybride, inclassable, évoque à la fois des litanies orientales, les cycles du contrebassiste Joris Vanvinckenroye, le rock des Israéliens Asaf Avidan & the Mojos, la samba punk de la formation italienne Squarcicatrici, les gospels entendus dans le film O'Brother, l'accordéon de Richard Galliano... en tout cas, que des très grands.

Ce groupe fantastique, malgré sa trop petite notoriété, peut être sûr du bel avenir qui l'attend. Et on aurait tort de ne pas aller les applaudir en ‘live’...

 

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I’m Kingfisher

Arctic

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Thomas Denver Jonsson a peut-être estimé qu’il avait fait le tour de la question sous son véritable nom, puisqu’il a décidé de baptiser curieusement son nouveau projet solo I’m Kingfisher. Pourquoi pas ? Après avoir publié trois albums en solitaire, l’artiste s’est donc inventé une nouvelle identité comme s’il voulait repartir de zéro. Pourtant, après voir écouté cet elpee, il faut reconnaître que son style n’a guère changé. Mais de mer et de poissons, il en est tout de même question, car le Scandinave –doté d’une certaine ambition– décline, sous le concept brumeux des expéditions polaires, les pérégrinations du docteur et explorateur norvégien Fridtjof Nansen, accomplies au XIXème siècle. « Arctic » représenterait même la première partie d’une improbable trilogie consacrée à la solitude et l’amour à travers la vie de celui qui a découvert le Pôle Nord !

Pop, blues classique et surtout folk alimentent les compos d’I’m Kingfisher, des compos qui bénéficient cependant d’arrangements modernes et autorise un zeste d’électronique. Le timbre vocal de Thomas me fait penser à Ozark Henry. Sa musique aussi. Et tout particulièrement sur « Nansen ». Mais d’autres références hantent ses compos : Neil Young, Damian Jurado voire même Sting. Les points culminants d’« Arctic » ? « Expedition », fruit d’un mélange subtil entre cordes et accords énervés. Et enfin « Twin Sorrow », un mini tube enivrant. Finalement l’expédition pop-folk du marin nordique est donc couronnée de succès.

L’explorateur suédois se produira en concert le 5 mai à Louvain, et plus précisément au Stuk.

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Rachel Harrington

Celilo Falls

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Le vivier d’artistes féminines, issu du sérail ‘Americana et roots’ semble inépuisable. Si Gillian Welch et Emmylou Harris ont tracé la voie, aujourd’hui on parle surtout d’Alela Diane et de Marie Siouxx. Et pourtant, chaque mois une nouvelle figure débarque de son Ouest rural.

Rachel Harrington est originaire de l’Oregon (NDR : le plus profond ?) « Celilo Falls » constitue son troisième opus. Ses compos sont sculptées dans un style, ma foi, fort traditionnel. Et poétique. Mais elle les interprète à la perfection. Fragile, son timbre vocal est légèrement teinté de gospel et de bluegrass. Elle conte des histoires de liaisons romantiques turbulentes (NDR : « Here in my Bed » aurait-il inspiré l’illustration de la pochette ?), de conversations familiales (NDR : sur « He Started Building My Mension In Heaven Today », elle rapporte les propos de son grand-père que l’âge commence à inquiéter), puise dans le répertoire traditionnel pour chanter a cappella la ballade « Pretty Saro » ou encore décrit sa propre version du paradis, sur « The Last Jubilee ». Des histoires qu’elle nous livre en s’accompagnant d’un banjo, d’une guitare acoustique (« You Don’t Know »), d’un harmonica ou d’une pedal steel. Des histoires que l’on écoute, conquis par ce voyage opéré dans l’Amérique profonde, comme si elles étaient racontées au coin du feu…

Si « Celilo Falls » trempe dans l’Americana pur et dur, il faut reconnaître que lors des sessions d’enregistrement, Rachel a reçu le concours de quelques grosses pointures ; entre autres Ronnie McCoury (Del McCoury Band), Rod Clements (Lindisfarne) Dan Salini (Atomic Deluxe, Doug Wintch), Colby Sander et Jon Hamar. Une richesse de collaborateurs étonnante, pour un opus aussi dépouillé…  

 

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