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Sebastien Leclercq

Sebastien Leclercq

mardi, 17 avril 2007 04:00

Big City

Après nous avoir délivré un opus convaincant (« A song about a girls »), Zita Swoon nous propose un album tout à fait captivant. Pourtant, à l’issue de l’écoute des trois premières plages de « Big city », dont le single « I feel alive in the city », on se dit qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil. Caressé par les chœurs des charmantes métisses, le ton reste résolument jazzyfiant. Les thèmes abordés par les lyrics sont constants : les amours (heureux et malheureux), la famille, les femmes, les rêves ou les illusions. Mais Zita Swoon ne tombe jamais dans la facilité. Il ose même une reprise du « Series of Dreams » de Bob Dylan. Opération délicate, mais parfaitement réussie. La voix de Stef Kamil Carlens passe toujours aussi bien la rampe. Que ce soit dans la langue de Shakespeare que celle de Molière. Lorsqu’il chante en français, ses origines néerlandophones transparaissent inévitablement ; mais son accent flandrien apportent ce petit plus à son timbre légèrement cassé. Pour concocter ce disque, Zita Swoon a reçu le concours de Miossec. Il ne s’est pas contenté d’être fan ou spectateur, mais a participé activement aux sessions d’enregistrement. C’est manifeste pour « Humble », compo sur laquelle on ressent la griffe du Breton. Ou encore tout au long de « Ose aimer ». On a même parfois l’impression que Stef mime le chant de Miossec. Cette œuvre aborde le thème des grandes villes. Et on ne peut s’empêcher de penser à « Paris » de Daniel Darc, à l’écoute de « L’opaque paradis ». Il y brosse d’une manière semblable façon un portrait guère reluisant de la ville lumière (‘Paris…mais qu’est-ce que je fais ci ?...tu m’appelles et puis tu m’oublies’).

Bref, à aucun moment on ne se lasse d’écouter ce digne successeur de « A song about a girl » et « A band in a box », ses précédents elpees. Sorti ce 30 mars, « Big city » ne devrait pas passer inaperçu, et pourrait même devenir l’album de la consécration pour Zita Swoon…

 

 

 

 

mardi, 17 avril 2007 04:00

Living with the living

Autant l’écrire tout de suite, cet album ne convainc pas d’entrée de jeu et l’inspiration manque quelque peu pour en réaliser une chronique. Le ton est en effet bien loin des mélodies ‘pop’ de 3 minutes qui accrochent instantanément par leur petit refrain. Heureusement, après trois titres, la patience et la curiosité sont rapidement récompensées. « Why do you love ? » nous plonge (enfin) au sein d’un univers passionnant. Celui de Ted Léo. Au guidon d’une Harley le long de la route 66. Dans ce contexte typiquement ricain, on se sent alors pousser des ailes. Et nous permet d’aborder la suite au cœur d’un périple qui oscille entre rock US bien trempé, bon vieux rock 70’s, rythm’n’blues, de folk irlandais -comme sur « A bottle of buckie », balayé par un whistle ou encore reggae (« The unwanted things »). Mais toujours en balisant le tout sur un tempo punk/rock engagé. Sans oublier d’y inclure l’un ou l’autre riff de guitare étincelant. Parfois on pense à Kings of Leon voire à Paul Weller (les ballades !). Les lyrics sont inévitablement engagés. Politiquement. A gauche, mais surtout anti-Bush. Sans l’indiquer explicitement. A l’instar de « The world stops turning ».

Bref, Ted Leo est demeuré fidèle à sa ligne de conduite. Mais sa philosophie s’adresse essentiellement à ses aficionados. En particulier ceux qui vivent sur la côte Est des USA. Vingt ans qu’il milite pour les mêmes idées. Même quand il sévissait chez les groupes de hardcore Animal Crakers, et Citizen's Arrest. Et apparemment, il n’a toujours pas envie de s’extraire de cette zone crépusculaire de l’underground. Ce qui n’empêche pas cette œuvre de s’avérer plutôt agréable à écouter… 

 

 

samedi, 16 juillet 2005 03:00

Dour Festival 2005 : samedi 16 juillet

La foule est moins dense que la veille. Le public semble encore plus dispersé et éclectique que les jours précédents... Parfois, lorsqu'on s'écarte des scènes, on se demande si on participe encore à un festival rock ou si on traverse les allées d'une grande foire. Mais Dour, c'est ça aussi ! Celles et ceux qui n'ont plus participé à ce type de manifestation depuis des lustres seraient sans doute très surpris de son évolution… Bref, en se faufilant entre stands de sponsors, échoppes de magasins et en évitant les corps étendus de jeunes 'cuves psycho-narcotiques', on atteint finalement le but ultime: The Last Arena.

Là-bas, les Anglais de Help She Can't Swim pulvérisent la plaine à grands coups de riffs et de cris stridents. Coïncidence qui ne trompe pas: la plaine de la Machine à Feu n'a jamais aussi bien porté son nom. Les guitares virevoltent et la voix de Leesey Francis, la chanteuse, extermine les moindres temps morts du concert. Les hits s'enchaînent et se déchaînent: "Fermez La Bouche" (ce titre !), "My Own Private Disco" ou "What Would Morrisey Say ?" alimentent la tension vitale de cette décharge en règle. Un set puissant pour un quintet à tenir à l'œil.

Quelques mètres plus loin, c'est l'effervescence. En compagnie de son fidèle batteur, l'étrange Scout Niblett rabote la Petite Maison dans la Prairie. Le couple est une version renversée du duo rouge et blanc de Detroit. C'est un style particulier: Scout Niblett est fringuée comme une caissière Carrefour signalant la route à des chauffards paumés en plein Alabama. On sent la fougue Albini traverser les titres surpuissants de ces White Stripes du pauvre. Pourtant, le compte en banque du mélomane s'enrichit: "Fuck Treasure Island", "Valvoline" et "Good To Me", tombent dans son escarcelle pour ne plus jamais en ressortir. Un pur moment de découverte!

Sous la Club Circuit Marquee, Modey Lemon se chauffe à l'ancienne. Derrière son micro, Phil Boyd éructe la panade rock'n'roll favorite de son trio. Venus défendre "The Curious City", leur dernier opus, les Américains dévoilent une rage sirupeuse qu'on ne leur connaissait pas. Les gaillards sortent leur rock du garage et l'envoient promener sur les chantiers du grunge et du punk. A ce titre, "In the cemetery" et "Trapped rabbits" résonnent encore comme d'indéniables réussites.

Sur le coup de 16h50, Daniel Darc débarque sur la Red Frequency Stage. L'ancien leader des Taxi Girl reste une curiosité à lui seul. Il se déhanche continuellement. Son chant est aussi saccadé que celui de Miossec, lorsqu'il n'est pas très proche d'un Gainsbourg des mauvais jours. Cet homme est un écorché. D'ailleurs, il ne faut pas longtemps pour s'apercevoir que la vie de Darc a cramé par les deux bouts. Sa gueule de névrosé tatoué est à peine masquée par des lunettes noires. Dans la rue, on le prendrait facilement pour un chanteur SDF qui fait la manche. En découvrant son show, on a la conviction qu'il vit dans son propre monde. Il nous raconte - entre autres - ses mésaventures avec la police belge (sa détention pour consommation (abusive?) de cocaïne) à une certaine époque de sa vie. L'impression globale est pitoyable voire pathétique… Et pourtant, la magie opère. Soutenu par d'excellents musiciens, Daniel Darc déballe une sensibilité rare dès les premiers titres de son set. Ressassant souvent les mêmes thèmes : le suicide ou la perte de (ses ?) repères. Toujours sur le fil du rasoir, Darc dégage un 'je ne sais quoi' qui ne laisse pas indifférent. S'il était un peu plus respectueux de son entourage (il s'énerve un peu trop souvent sur son pied de micro, allant jusqu'à le briser), il pourrait rejoindre, bien malgré lui, la vague des artistes étiquetés 'nouvelle chanson française'. On aimerait le revoir en meilleure forme…

Sur la scène principale, une accalmie (toute relative) règne par rapport à la journée du vendredi : le métal lourd de la veille cédait le relais à du hardcore… On regrettera néanmoins que des groupes du même style se produisent au cours d'une tranche horaire identique. Dilemme donc pour choisir entre l'école française (ETHS et Watcha) et la new-yorkaise (25 Ta Life et Murphys' Law). Si ce sont principalement les ados qui se déchaînent sur les sets vitaminés mais sans surprise d'ETHS et Watcha, c'est finalement sous la chaleur étouffante de la Popbitch Tent que les vrais amateurs de hardcore se sont donné rendez-vous. Après une époque de gloire vécue au début des 90's, le hardcore new-yorkais semble être un peu passé de mode. Mais bon, le public de Dour n'est pas aussi pointu que celui du Graspop. Ainsi, sous le chapiteau, on ne dénombre qu'une centaine de personnes. Mais l'ambiance est bonne et l'esprit vraiment underground. Malgré l'accumulation des concerts (ne se contentant pas des grands festivals, ces formations jouent un peu partout lors de leurs tournées européennes: même dans des salles plus étriquées), les artistes américains sont loin de se la jouer "grandes stars" et ne se prennent pas la tête. Aussi les New-yorkais ne font-ils pas la fête en backstage, se mêlant généreusement à la foule ou dressant carrément un stand improvisé d'autoproduction sous le chapiteau.

Il est malheureusement un peu trop tard pour admirer les irréprochables 25 Ta Life. Autour du charismatique Rick Healey (encore un tatoué de partout), un gros turn-over s'est opéré dans le line-up (NDR : Oups… A force de côtoyer des Américains, on finit pas y perdre son langage) du collectif. Sur scène, tout porte à croire que c'est encore ce bon vieux Rick qui tire son groupe vers le haut.

Pour le retour de Murphy's Law, quelques fans s'étaient donnés rendez-vous. Mais au début du concert, on a l'impression qu'il y a autant de monde devant le podium qu'en backstage. Tant leurs copains de 25 Ta Life que d'autres musiciens aficionados du genre se regroupent sur les côtés de la scène pour participer à la grande fête. Car si vous ne les connaissez pas, ne vous fiez pas à leur nom (la célèbre loi du capitaine Murphy envisage toujours une issue pessimiste), ni à celui de leur dernier opus (« The party's over »). La fête n'est, en effet, jamais finie chez eux. Nos quatre gais lurons gagnent donc la scène. Le line-up des Murphy's a également changé au fil des décennies, mais le frontman original Jimmy 'G' Gestapo répond toujours présent. Il est même bien entouré. Et en particulier par l'ex- Demonspeed Sal Villaneuva. Look de catcheur, il aurait pu incarner le vengeur masqué. Il ne faut pas plus de deux titres pour que Jimmy fasse monter l'ambiance. Face à une telle animation, des tas de curieux viennent se mêler aux fans. Le public s'embrase au simple contact de l'énergie communicative des sympathiques New-Yorkais. Une spirale délirante fait rapidement de ce concert un grand moment festif et convivial. La scène est sans doute trop petite pour le chanteur déjanté qui bondit dans le public dès le troisième morceau, électrisant davantage la foule. Le groupe invite alors le public à créer le traditionnel 'circle'. (NDR : pour les non-initiés, cette invitation consiste à former un cercle au sein duquel les spectateurs courent et pogotent de plus en plus vite, sur un rythme tribal, cadencé par la musique). Et quand on vous dit que ces Américains savent faire la fête: ils ne sont pas avares de libations et ne tarissent pas d'éloges à propos de notre bière belge ('You have the best beer in the world'). Le groupe se montre généreux, distribuant ses canettes dans le public. Jimmy G s'amuse à les ouvrir de côté avec les dents (quelle mâchoire !) et asperge le public du breuvage. Musicalement, l'éclectisme est de rigueur : on passe du punk US made in NOFX au bon vieux hardcore à la Sick of it All, le tout épicé d'une pointe de ska et de reggae (de ce côté, le bassiste s'en donne d'ailleurs à cœur joie). C'est sûr Murphy's Law n'usurpe pas sa renommée légendaire de groupe de scène. La formation prend clairement du plaisir à jouer. Leur joie est communicative et entre littéralement en communion avec le public. Espérons qu'on puisse les revoir bientôt chez nous, dans un cadre plus adéquat.

Napalm Death leur succédait sous la Popbitch Tent. Les fans gardent certainement le mauvais souvenir de leur annulation 1998. Le dimanche 12 juillet très exactement, moment de gloire pour la France qui remportait la coupe du monde de football. Ce même jour, Immortal et Louise Attaque (dans un autre genre mais aussi en dernière minute) déclaraient forfait. La pluie et l'absence (prévue celle-là) de Rammstein avaient rendu la soirée vide et maussade. Cette année, Napalm Death n'a pas fait faux bond et était plus décidé que jamais à nous balancer sa purée sonore à la figure. A l'instar d'Anthrax, Napalm Death n'a guère de lien avec l'univers terroriste et demeure un des noms incontournables en matière de trash. Le groupe n'a pas non plus échappé à la loi des changements de line-up. Mais sur scène, son authenticité reste intacte.

Comme nombre de nos compatriotes à l'affiche, Jeronimo a recueilli un énorme succès. Aussi bien avant qu'après son show; et en particulier pour la séance de dédicaces (NDR : ce stand Humo est encore une nouveauté à Dour, une initiative que l'on retrouve depuis longtemps dans les festivals flandriens) au cours de laquelle les fans faisaient la file. Des compositions très personnelles, de belles chansons à texte et de longues balades bien agréables que l'on préfèrera revoir et écouter dans une ambiance plus nocturne (NDR : il n'est que 18h30). De plus, cette grande Red Frequency paraît tellement démesurée lorsque l'artiste chante en solo.

Et ce n'est pas en solo, ni en version DJ, mais bien entouré d'un authentique groupe rock qu'Alec Empire prend le relais sur la Last Arena. Ses allures et attitudes ne sont pas sans rappeler Iggy Pop. Plus jeune et torse nu, tel l'iguane du rock, Alec Empire s'exhibe véritablement, se dépense sans compter, avant de se lancer dans un slam et de prendre un petit bain de foule. Entouré d'une jolie claviériste (NDR : Cette dernière avait probablement oublié ses sous-vêtements au vestiaire. Un spectacle d'autant plus apprécié du côté de l'écran géant, sur le côté de la scène), il nous livrera un set solide ; nous remémorant parfois d'inoubliables instants passés en compagnie d'Atari Teenage Riot, son ancien groupe. On se rappelle d'ailleurs du gracieux concert offert par le bonhomme quelques années auparavant, sous une chaleur tout aussi étouffante.

Malheureusement, il a fallu se résoudre à quitter les lieux après un bon quart d'heure. Non que le style soit peu accessible mais parce qu'un zapping s'imposait. Le rendez-vous avec Mickey 3D est fixé. En fait, les préjugés ont la vie dure. C'est ainsi sans grande conviction et plutôt par curiosité que l'option se porte sur les Français. D'autant plus que les occasions seront rares d'aller les applaudir cette année. Pour preuve: Dour est la seule date belge prévue à ce jour par le trio. Les tubes simplets comme « Respire » ou « Yalil » trottent inévitablement dans toutes les têtes. Mais sur scène, le groupe semble vouloir casser cette image à tout prix. Résolument rock, dans l'attitude et dans le rythme, Mickey 3D surprend et impressionne. Finalement plus proche de Noir Désir que d'un piètre groupe de variété française. A l'instar du dernier album, « Matador », le collectif hexagonal ne prend pas une mauvaise direction. Même le mégatube « Respire » est joué de façon très rock, presque speedé. Et si « J'ai demandé à la lune » est repris dans une version toute aussi révoltée en rappel, c'est sans doute une façon pour Mickey de montrer qu'il est également un artiste à part entière (NDR : Un excellent parolier du moins. C'est lui qui a écrit les lyrics de cette chanson, popularisée par Indochine).

Dans la même lignée, Saian Supa Crew (NDR : après un premier passage annulé à Dour) manifeste également un certain talent (dans un registre rap/hip hop cette fois). Ici également, le tube « Angela » et son clip vidéo sont très présents dans les esprits. Mais sur scène c'est une autre histoire : accompagnés d'un DJ, les cinq rappeurs attirent la grande foule. Il manquait même de place sous le Dance Hall. Celui-ci débordait de monde jusqu'à plusieurs dizaines de mètres à l'extérieur du chapiteau… on n'avait plus vu un tel enthousiasme depuis le passage de…Kyo ! Bref, un peu comme pour Vive la Fête la veille, Mickey 3D et Saïan Supa Crew ont mérité un statut de 'têtes d'affiche' dans un festival qui n'en propose plus vraiment. La place est laissée aux surprises et aux découvertes et c'est tant mieux!

A Dour, une part belle est faite aux revenants! Le reste de la soirée en atteste : Television, Young Gods et Front 242. Rien que ça ! Et décidément, un problème persiste cette année : la répartition des artistes sur les scènes en fonction du public ciblé.

Pendant que Saian Supa Crew faisait le plein au Dance Hall, Television n'attirait que quelques centaines (à peine) de spectateurs devant la scène principale. Installés au premier rang, les vrais fans pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Peu de jeunes: logique, ce groupe mythique est né en 1975. A l'époque, de nombreux festivaliers n'étaient pas nés. Peu importe, Tom Verlaine et ses acolytes ont un classique à défendre: "Marquee Moon". Alors, jouera, ne jouera pas ? Dans la fosse, le respect a remplacé l'hystérie et le recueillement s'impose. Dans une ambiance clinique et rétrograde, les New-yorkais retracent l'histoire du rock. Si Television a réellement participé à l'épopée du punk, Tom Verlaine demeure sans aucun doute le moins bon guitariste de cette idéologie révolue. Ce mec est une véritable bête, un animal 'pince-sans-rire' et 'sans voix' mais un admirable guitariste quand même. Moins d'une heure après l'entame du concert, les premiers échos de "Marquee Moon" retentissent enfin. L'instant est fort, vibrant. On se rend à l'évidence: ce groupe a influencé ses pairs à jamais. Et soudain, c'est la fin. L'illusion perdue se retire en coulisses. Un dernier regard en direction de la maigre assistance en guise de remerciement, Tom Verlaine s'évapore dans l'obscurité. S'agissait-il d'un adieu à la Belgique ?

Pour leur part, les Young Gods avaient choisi Dour pour fêter leur 20ème anniversaire. En 1992, ils nous avaient accordé un concert époustouflant. A l'époque, la formation suisse partageait la tête d'affiche en compagnie des Négresses Vertes (NDR : depuis le décès d'Helno, le groupe n'est jamais parvenu à remonter la pente). L'excellent album "TV Sky" succédait alors à un autre chef d'œuvre "L'Eau rouge". Treize ans plus tard, la potion magique des jeunes dieux a toujours le même goût. Mais cette fois, elle est concoctée par un trio chant/batterie/synthé. En effet, les Young Gods sont surtout des divins du sampling. Il est toujours aussi troublant d'entendre ces riffs de guitare détonants (particulièrement sur le tube "Skinflower"), sans voir le moindre guitariste en action. Originaire de Genève, la formation parvient toujours à agrémenter son subtil mélange d'electro-noisy d'une touche industrielle ou de post-punk. Les Young Gods sont capables de se muer en ensemble philharmonique (on se souvient aussi de leur album hommage à Kurt Weill). Franz Treichler se démène toujours autant. Bénéficiant d'un joli 'light show', la prestation est unanimement appréciée. Aussi bien chez les connaisseurs postés aux premières loges que chez les curieux reculés. Comme le bon vin, les Young Gods ont bien vieilli. Reste à voir et surtout à écouter ce qu'ils nous proposeront à l'avenir. La sortie d'une compilation est annoncée. Mais elle ne présentera qu'un seul nouveau titre.

Un petit vent de douceur et de jeunesse n'est jamais désagréable à rencontrer. Dans la Petite maison dans la Prairie, le duo de charme Electrocute peut nous offrir ce rafraîchissement. Kitsch au premier coup d'œil, les deux chanteuses - vêtues de minishorts hyper racoleurs –relancent les deux choristes d'Abba (en plus sexy !) sur le dancing. A priori, les mélodies génèrent une 'nouvelle sensation' d'électro-clash réchauffé et superficiel. Mais force est de constater qu'Electrocute passe au-delà des clichés et nous séduit au fil de son répertoire. Les deux 'front-women' jouissent d'un physique identique et leur voix se complètent à merveille. Les divers instruments balancés ci et là forment une bonne alchimie. Au final elles nous livrent un mélange hybride, bien travaillé et pour le moins atypique. Les 70's dominent le set. Mais les deux beautés nous invitent à traverser un succédané d'époques alambiquées.

Dans un autre style, Front 242 nous propose de revisiter les 80's, une période plus actuelle que jamais. Une époque dans laquelle nous replongent d'ailleurs des groupes en vogue comme Interpol ou The Editors. Vers 1h30 du mat' (NDR: on s'habitue vite à ne plus avoir de retard dans les festivals. Toutefois, les Young Gods ont un peu débordé sur l'horaire), le groupe belge prend possession de la grande scène. Alors que l'écran vidéo, situé en arrière plan, nous plonge dans un kaléidoscope d'images électroniques, les deux premiers membres du groupe s'acharnent sur leurs boîtes à rythmes. Et puis, Jean-Luc déboule pour attaquer un "Body to body" entraînant. En fait, les Bruxellois ont opté pour la bonne recette: mener de front (NDR : elle était facile celle-là) l'alignement de leurs tubes légendaires, tout en conservant l'intensité de leur set. On a l'impression que les morceaux new-wave sont actualisés par une techno profondément ancrée dans le nouveau millénaire. Front 242 évite la facilité et l'impression de déjà-vu. Malgré la bonne ambiance et un show mené tambour battant par Jean-Luc et Richard, la fatigue commence à se faire sentir. 'On n'a plus 20 ans', ironise d'ailleurs un fan de la première heure. Ainsi, sur le coup de 2h30, l'heure de rentrer chez soi et de se reposer les tympans a sonné…

(Merci à Nicolas Alsteen)

 

dimanche, 11 novembre 2018 17:21

Olivia Ruiz, l'idole des (très) jeunes ?

Ah ce public lillois, toujours chaleureux, éclectique et enthousiaste. Le concert d’Olivia Ruiz, programmé au Zénith en ce milieu de semaine, ne le décourage même pas après un long week-end. Pour preuve, l’accueil réservé à la première partie : Bertrand Louis, un artiste plutôt inconnu malgré la confection de trois albums dont le dernier signé chez Universal. L’artiste n’est d’ailleurs plus tout jeune. Il semble d’ailleurs à l’aise, seul avec sa guitare, et nous propose ses ballades et chansons à texte, abordant notamment les thèmes de l’amour, de la paresse ou même du renoncement au tabagisme…

Malgré un accueil cordial, une partie du public commence à s’impatienter. Et de nombreux enfants présents dans la salle manifestent cette impatience en scandant ‘Oliviiiaaa’. Elle devrait d’ailleurs penser à entamer ses concerts un peu plus tôt, afin qu’ils n’aillent pas se coucher trop tard… Enfin (pour eux surtout), les lumières finissent par s’éteindre, et les musiciens montent sur les planches. Le concert démarre en force, mais on ne distingue pas immédiatement Olivia Ruiz, car elle reste au fond du podium, sur une sorte de mini piste de danse, où elle retournera régulièrement au cours du show. Plutôt sexy dans sa (courte) robe noire à pois rouges, elle est plutôt en forme et secoue sa longue chevelure. Ses deux albums « J’aime pas l’amour » et « La femme chocolat » seront parcourus tout au long d’un set intense, entrecoupés par quelques impros. Et elle est plutôt bavarde la Ruiz ! Les titres sont retravaillés à la sauce rock/folk, teintés parfois de jazz/twist, au cours duquel la chanteuse (et ses musiciens) s’autorisent divers pas de danse. Le track list implique également quelques reprises, dont une de Los Carayos (pour rappeler son côté rock alternatif ou ‘nouvelle chanson française’ comme on le taxe aujourd’hui) et même du « Requiem pour un con » de Gainsbourg.

Le spectre de Mathias Malzieu hante son dernier opus, mais également la scène. On en oublierait presque ses débuts opérés lors d’une émission de téléréalité dont on tira le nom ; car elle mérite bien mieux… Reste toutefois une partie de ce public composé d’enfants et de jeunes parents accompagnant leur progéniture ; mais bon, cette situation change des auditoires traditionnels !

 

 

mardi, 06 novembre 2018 17:44

Tout feu tout flamme...

Pour celles et ceux (NDR : comme moi) qui avaient manqué la prestation de Rammstein au Sportpaleis d'Anvers, l'occasion était belle d'aller les applaudir outre-Quiévrain. Au Zénith de Lille, très exactement. Un endroit qui a tout pour plaire : accès facile depuis l'autoroute, parking et sortie aisée, organisation irréprochable, configuration de la salle adaptée et son plus que correct pour une salle de grande capacité … Bon, il est vrai que la chope à 3€ minimum refroidit quelque peu les portefeuilles. Ce qui explique pourquoi il ne se forme pas de file aux bars ; mais le reste a largement de quoi faire concurrence à nos salles belges de grande capacité. D'ailleurs, en pénétrant sur le parking, on dénombrait autant (NDR : si pas plus) de plaques belges que françaises.

A 20h pile, Apocalyptica monte sur scène. Une formation finlandaise (NDR : d'Helsinki, très exactement) qu'on pourrait comparer à Bond. A cause de leur enthousiasme et de leur vitalité débordante. Mais la comparaison s'arrête ici. D'abord, pas de trace de jolies pin-up qui triturent leurs violoncelles chez Apocalyptica, mais bien quatre authentiques hardeux qui secouent leurs crinières blondes ou brunes ; et dont le drummer déchaîné donne constamment le tempo. Evoluant au sein d'un décor sobre mais insolite (NDR : placés sur le devant de la scène – infrastructure Rammstein oblige ! - 4 cercueils leur servent de sièges) le groupe scandinave ne fait pas que de la figuration. Il ne lui suffira d'ailleurs que de 2 ou 3 titres pour recueillir les acclamations du public. Aucune parole, mais quelques mots de présentation entre les morceaux. Tant leurs propres compos (« Sad but true ») que les reprises sont magistrales. Et en particulier celles de classiques signés Metallica (NDR : il m'a semblé reconnaître des covers de Slayer et de Sepultura également). Des versions très personnelles et originales qui vont d'abord surprendre l'assistance avant de le convaincre à entrer dans leur univers sonore. Et la qualité de leur prestation n'y est pas pour rien.

Après une bonne demi-heure d'attente, les lumières s'éteignent. Vêtus d'une tenue de bureaucrate 5 ou 6 personnes du crew éclairent le public de leurs torches électriques pour chauffer la salle, sur fond de bande sonore qui aurait pu sortir tout droit d'un vieux film de science-fiction. Après quelques minutes, le public est chauffé à blanc. Et le rideau tombe : voici Rammstein. On reconnaît les notes de « Reise reise ». Les musiciens sont juchés sur des bidons métalliques de 3 mètres de hauteur (NDR : pour l'instant les spectateurs du balcon sont les mieux placés !). Le décor est planté : semi industriel, semi caverneux. Un décor qui est peut-être également conçu pour rappeler les origines prolétaires est-allemandes de la plupart des membres du groupe. Mais on s'en doute, le show ne sera pas statique. Et c'est d'ailleurs par un sas central sis au rez-de-chaussée que Till Lindemann fait son entrée. Si on sent le groupe bien rodé, le chant est bien meilleur que lors de leur passage à Werchter. Par contre, l'entrée en matière n'abuse pas des effets techniques. Pas pour bien longtemps, car dès le second titre (« Links 2,3,4 ») la scène (et le public) s'embrasent. Le feu d'artifice peut commencer ! Si certains larrons disparaissent de la scène pour « Feuer Frei », leur absence n'est que de courte durée, car ils reviennent munis de masques à gaz. Ils continuent pourtant à  chanter et à jouer. Puis commencent à pencher la tête. A trois. Répartis sur la scène. Et on se doute bien de la suite des événements : la mise en marche des traditionnels lance-flammes ! Toujours aussi impressionnant ! De leurs masques à gaz s'échappent 3 flammes géantes qui se rejoignent. Et vous pouvez me croire : à une vingtaine de mètres de la scène on ressentait très fort la chaleur qui se dégageait. Alors imaginez sur les planches ! Ces six gaillards allemands on vraiment du cran pour résister à ce type de pyrotechnie… Le groupe enchaîne ensuite par quelques morceaux issus de son dernier opus : « Morgenstern », « Stein um stein », « Los » ou encore « Moskau ». Pas de trace cependant d'un titre plus ancien comme « Tier » (NDR : dommage car il passe vraiment bien en 'live' !). Histoire de démontrer que le groupe est composé de véritables musiciens, il nous réserve l'une ou l'autre chanson semi acoustique. Et puis pour mettre un peu de piment dans le set, le claviériste effectue quelques pas de danse très personnels avant de réduire son clavier en pièces. Un Christian 'Flake' qui est un peu l'habituelle tête de Turc. Habillé en garçon boucher et armé d'un long couteau (NDR : dont il se sert également comme micro) Till le poursuit, pour le faire rôtir dans une grande marmite sur le titre « Mein teil » ! Et l'ambiance monte encore d'un cran, surtout chez les fans de la première heure, lorsque le groupe attaque « Du Riecht so Gut ». Till se sert alors de son arc rituel pour décocher des fusées qui sifflent au rythme de la compo, pendant que les guitaristes ajoutent leurs effets visuels à l'aide d'un lance-projectile fixé à leur bras droit. A peine remis de nos émotions, Rammstein enchaîne par un autre classique : « Du Hast ». « Du… du hast…du hast mich» scande le public en chœur. Et Till a plus d'une corde à son arc pour allumer un nouveau feu d'artifice qui traverse toute la salle. Impressionnant ! Et on n'est pas au bout de nos surprises. Toute une série de flammes embrase le devant de la scène pour accompagner le refrain « Nein ». Qu'embraie une seconde salve, à l'arrière, sur le second « Nein ». Nos yeux et nos oreilles n'ont pas le temps de se reposer que « Sehnsucht » nous est balancé à la figure ! Dès les premiers accords, on reconnaît « We're living in Amerika ». Le summum du spectacle ! Et les mots me manquent pour décrire la frénésie au sein de laquelle le public est plongé, lorsque Rammstein le rejoint. Le public chante en cœur. Les effets pyrotechniques se succèdent à une cadence infernale jusqu'au bouquet final digne des plus grands shows organisés lors des élections US. D'immenses projecteurs reproduisent de mini banderoles aux couleurs bleu/blanc/rouge au sein de l'arène : un vrai délire ! Tout au long du show des spectateurs et surtout des spectatrices perdent connaissance. Et le service d'ordre n'a d'autre solution que de les évacuer. Passée la tempête, le premier rappel a permis d'en revenir à un certain calme. Encore que « Rammmm-Steinnn » est encore parvenu à nous inciter à chanter en chœur, pendant que nous pratiquions le 'head-banging'. Mais lors du second, les applaudissements se sont mêlés à quelques sifflets. En cause ? Le retour d'Apocalyptica, sur scène. Pas de quoi fouetter un chat cependant, puisque le groupe est encore parvenu à nous balancer des versions peu banales de « Ich will » ou de « Stripped ». Si vous découvrez Rammstein à travers cet article ; et surtout si vous n'avez jamais pu assister à un de leurs sets live, je vous invite à ne plus passer à côté de ce spectacle hors du commun. Il vaut largement son pesant d'or. Ou plus exactement sa trentaine d'euros. David Copperfield ou d'autres productions attachées au concept 'son et lumière' pourraient même être relégués au stade de la série B.

 

mardi, 06 novembre 2018 17:05

Un festival à lui tout seul...

Après les passages remarqués de Vincent Delerm et de Bénabar dans la même salle tournaisienne, c'est une autre star montante étiquetée de 'nouvelle chanson française' qui était au rendez-vous : Sanseverino. On se souvient ainsi des 'Victoires de la musique 2003', cérémonie au cours de laquelle ces 3 personnages étaient en lice pour décrocher les lauriers de la 'révélation scène' ; et c'est notre hôte qui l'avait emporté, avant de chuter face à M en 2005, pour le prix du concert de l'année. L'occasion est donc belle de voir si la renommée de notre artiste allait être confirmée ce soir.

Avant même que le spectacle ne commence, une chose frappe d'emblée : l'éclectisme du public, de tout âge et de tout style. Un éclectisme que reflète l'artiste. Faut dire qu'à plus de 40 ans, il a bien roulé sa bosse avant de connaître la gloire (NDR : il a débuté comme batteur de Jeanne Mas !). Le début du show est également à l'image de Stéphane Sanseverino : intimiste, proche des gens et assez théâtral (il ne faut pas non plus oublier son long passé d'acteur). Débordant d'énergie, Sanseverino enchaîne les titres de ses deux albums, « Le tango de gens » et « Sénégalaises », ainsi que l'une ou l'autre reprise surprenante. De Serge Reggiani, par exemple. Mais surtout le « We will rock you » de Queen. A l'instar de toute étiquette collée sur le dos des artistes pour mieux les situer sur la scène musicale, celle de 'nouvelle chanson française' est bien trop réductrice : les compositions passent du jazz au swing, en laissant une large place à la musique tzigane, au rock ou au scat. Sanseverino est finalement un festival à lui seul, comme si Michel Jonasz, Miossec (pour quelques titres sombres comme « Le dormeur du val vivant »), les Gispy Kings (surtout pour « L'étrangère ») ou encore les Négresses vertes se relayaient sur scène ! Il faut dire que les musiciens qui l'entourent, et qui prennent visiblement autant de plaisir que lui à se produire sur le planches, y vont de leur lot d'improvisations. La guitare sèche omniprésente s'accorde harmonieusement avec la contrebasse qui confère une note jazzy et décalée à la solution sonore, tout au long du spectacle. Les paroles sont tantôt simplistes ('Arrêtez de faire des manteaux avec la peau des animaux, pas besoin d'être cruelle pour être belle' sur « André II »), tantôt plus recherchées ; mais de nombreux textes véhiculent clairement des messages pour la lutte anti-tabac et anti-fourrure, la défense des minorités et les artistes de rue. On lui pardonnera son côté 'grande gueule' ou son humour parfois lourdingue. La comparaison entre le nouveau pape et Hitler a de quoi choquer ; mais c'est sans doute là son côté provocateur… qu'accentue très régulièrement des réflexions salaces (NDR : ou en dessous de la ceinture, si vous préférez). Il finira d'ailleurs par s'en excuser pour auprès des enfants (NDR : et des parents) présents dans la salle ! D'un autre côté, son expérience de la scène et sa grande chaleur humaine viennent contrebalancer le tout ; et il parvient à communiquer sa bonne humeur au public ; un public au sein duquel il n'hésite pas à faire irruption, lorsque ce n'est pas pour carrément pour le rejoindre au cours de l'une ou l'autre chanson…

 

mardi, 06 novembre 2018 17:02

Un adepte du second degré...

Outre son traditionnel 'Burg'n'rock festival', le foyer socioculturel d'Antoing propose régulièrement des concerts fort intéressants. Ce vendredi 23 décembre, la chanson française 'fanfaronne' de Didier Super était à l'affiche. Elle a fait recette et salle comble. Une première fois sold out, ce spectacle avait dû être reporté. Motif invoqué : une blessure de la vedette imprévisible (NDLR : ou une blessure imprévisible de la vedette ?)

En première partie, les régionaux de Momo LaMana se sont montrés à la hauteur de leur réputation. Tantôt proches de Cramps, tantôt de Vive la Fête, ils ont revisité les années 80 à leur manière.

Didier Super est un artiste inclassable. Provocateur, adepte du second degré (et ce sont des euphémismes), il s'autoproclame chanteur engagé. Didier Super aime l'impro. La dérision aussi. A travers des textes qui abordent des thèmes dérangeants. Le tout en s'accompagnant d'une instrumentalisation minimaliste. Malgré ce côté dépouillé, Didier (Olivier de son véritable prénom) est parvenu à séduire le public et surtout à le faire rire. Sa présence sur scène n'est d'ailleurs pas sans rappeler Gustave Parking et autre Momo. Et si je devais malgré tout m'aventurer sur le terrain des références, je pourrais citer en vrac et sans trop risquer de me tromper : Léo Ferré, Pierre Desproges ou encore Rémy Bricka. Encore que parfois, il va un peu trop loin dans ses propos acerbes ; surtout lorsqu'il évoque les enfants maltraités ou les handicapés. A un tel point que s'ils ne parvenaient pas à prendre les choses au deuxième degré, les spectateurs dégoûtés pourraient quitter la salle ou lui coller une main sur la figure. Reste que, sans aucune apparition télé ni médiatisation, cette artiste originaire de Douai a réussi à se forger une solide réputation sur les planches. Entrecoupée de quelques escapades remarquées (NDR : comme celle accordée cette année à Dour), sa tournée française s'achevait donc … à Antoing ( ?!?!?). Généreux dans l'effort, Didier revenait même une première fois sur scène en compagnie des Twins Towers, avant de remonter une seconde fois sur l'estrade flanqué de son groupe 'mobile'. Les rockeurs ont ainsi pu apprécier ses reprises trash plutôt téméraires, fruit d'un mélange incongru entre classiques punk et variétoche (NDR : Joe Dassin, pour ne pas le citer). Une recette dont seul Didier Super possède le secret et qui a fait le bonheur des 300 spectateurs du pays blanc.

 

mardi, 06 novembre 2018 16:55

Ne pas faire que de la figuration...

Pour celles et ceux (NDR : comme moi) qui avaient manqué la prestation de Rammstein au Sportpaleis d'Anvers, l'occasion était belle d'aller les applaudir outre-Quiévrain. Au Zénith de Lille, très exactement. Un endroit qui a tout pour plaire : accès facile depuis l'autoroute, parking et sortie aisée, organisation irréprochable, configuration de la salle adaptée et son plus que correct pour une salle de grande capacité … Bon, il est vrai que la chope à 3€ minimum refroidit quelque peu les portefeuilles. Ce qui explique pourquoi il ne se forme pas de file aux bars ; mais le reste a largement de quoi faire concurrence à nos salles belges de grande capacité. D'ailleurs, en pénétrant sur le parking, on dénombrait autant (NDR : si pas plus) de plaques belges que françaises.

A 20h pile, Apocalyptica monte sur scène. Une formation finlandaise (NDR : d'Helsinki, très exactement) qu'on pourrait comparer à Bond. A cause de leur enthousiasme et de leur vitalité débordante. Mais la comparaison s'arrête ici. D'abord, pas de trace de jolies pin-up qui triturent leurs violoncelles chez Apocalyptica, mais bien quatre authentiques hardeux qui secouent leurs crinières blondes ou brunes ; et dont le drummer déchaîné donne constamment le tempo. Evoluant au sein d'un décor sobre mais insolite (NDR : placés sur le devant de la scène – infrastructure Rammstein oblige ! - 4 cercueils leur servent de sièges) le groupe scandinave ne fait pas que de la figuration. Il ne lui suffira d'ailleurs que de 2 ou 3 titres pour recueillir les acclamations du public. Aucune parole, mais quelques mots de présentation entre les morceaux. Tant leurs propres compos (« Sad but true ») que les reprises sont magistrales. Et en particulier celles de classiques signés Metallica (NDR : il m'a semblé reconnaître des covers de Slayer et de Sepultura également). Des versions très personnelles et originales qui vont d'abord surprendre l'assistance avant de le convaincre à entrer dans leur univers sonore. Et la qualité de leur prestation n'y est pas pour rien.

Après une bonne demi-heure d'attente, les lumières s'éteignent. Vêtus d'une tenue de bureaucrate 5 ou 6 personnes du crew éclairent le public de leurs torches électriques pour chauffer la salle, sur fond de bande sonore qui aurait pu sortir tout droit d'un vieux film de science-fiction. Après quelques minutes, le public est chauffé à blanc. Et le rideau tombe : voici Rammstein. On reconnaît les notes de « Reise reise ». Les musiciens sont juchés sur des bidons métalliques de 3 mètres de hauteur (NDR : pour l'instant les spectateurs du balcon sont les mieux placés !). Le décor est planté : semi industriel, semi caverneux. Un décor qui est peut-être également conçu pour rappeler les origines prolétaires est-allemandes de la plupart des membres du groupe. Mais on s'en doute, le show ne sera pas statique. Et c'est d'ailleurs par un sas central sis au rez-de-chaussée que Till Lindemann fait son entrée. Si on sent le groupe bien rodé, le chant est bien meilleur que lors de leur passage à Werchter. Par contre, l'entrée en matière n'abuse pas des effets techniques. Pas pour bien longtemps, car dès le second titre (« Links 2,3,4 ») la scène (et le public) s'embrasent. Le feu d'artifice peut commencer ! Si certains larrons disparaissent de la scène pour « Feuer Frei », leur absence n'est que de courte durée, car ils reviennent munis de masques à gaz. Ils continuent pourtant à  chanter et à jouer. Puis commencent à pencher la tête. A trois. Répartis sur la scène. Et on se doute bien de la suite des événements : la mise en marche des traditionnels lance-flammes ! Toujours aussi impressionnant ! De leurs masques à gaz s'échappent 3 flammes géantes qui se rejoignent. Et vous pouvez me croire : à une vingtaine de mètres de la scène on ressentait très fort la chaleur qui se dégageait. Alors imaginez sur les planches ! Ces six gaillards allemands on vraiment du cran pour résister à ce type de pyrotechnie… Le groupe enchaîne ensuite par quelques morceaux issus de son dernier opus : « Morgenstern », « Stein um stein », « Los » ou encore « Moskau ». Pas de trace cependant d'un titre plus ancien comme « Tier » (NDR : dommage car il passe vraiment bien en 'live' !). Histoire de démontrer que le groupe est composé de véritables musiciens, il nous réserve l'une ou l'autre chanson semi acoustique. Et puis pour mettre un peu de piment dans le set, le claviériste effectue quelques pas de danse très personnels avant de réduire son clavier en pièces. Un Christian 'Flake' qui est un peu l'habituelle tête de Turc. Habillé en garçon boucher et armé d'un long couteau (NDR : dont il se sert également comme micro) Till le poursuit, pour le faire rôtir dans une grande marmite sur le titre « Mein teil » ! Et l'ambiance monte encore d'un cran, surtout chez les fans de la première heure, lorsque le groupe attaque « Du Riecht so Gut ». Till se sert alors de son arc rituel pour décocher des fusées qui sifflent au rythme de la compo, pendant que les guitaristes ajoutent leurs effets visuels à l'aide d'un lance-projectile fixé à leur bras droit. A peine remis de nos émotions, Rammstein enchaîne par un autre classique : « Du Hast ». « Du… du hast…du hast mich» scande le public en chœur. Et Till a plus d'une corde à son arc pour allumer un nouveau feu d'artifice qui traverse toute la salle. Impressionnant ! Et on n'est pas au bout de nos surprises. Toute une série de flammes embrase le devant de la scène pour accompagner le refrain « Nein ». Qu'embraie une seconde salve, à l'arrière, sur le second « Nein ». Nos yeux et nos oreilles n'ont pas le temps de se reposer que « Sehnsucht » nous est balancé à la figure ! Dès les premiers accords, on reconnaît « We're living in Amerika ». Le summum du spectacle ! Et les mots me manquent pour décrire la frénésie au sein de laquelle le public est plongé, lorsque Rammstein le rejoint. Le public chante en cœur. Les effets pyrotechniques se succèdent à une cadence infernale jusqu'au bouquet final digne des plus grands shows organisés lors des élections US. D'immenses projecteurs reproduisent de mini banderoles au couleurs bleu/blanc/rouge au sein de l'arène : un vrai délire ! Tout au long du show des spectateurs et surtout des spectatrices perdent connaissance. Et le service d'ordre n'a d'autre solution que de les évacuer. Passée la tempête, le premier rappel a permis d'en revenir à un certain calme. Encore que « Rammmm-Steinnn » est encore parvenu à nous inciter à chanter en chœur, pendant que nous pratiquions le 'head-banging'. Mais lors du second, les applaudissements se sont mêlés à quelques sifflets. En cause ? Le retour d'Apocalyptica, sur scène. Pas de quoi fouetter un chat cependant, puisque le groupe est encore parvenu à nous balancer des versions peu banales de « Ich will » ou de « Stripped ». Si vous découvrez Rammstein à travers cet article ; et surtout si vous n'avez jamais pu assister à un de leurs sets live, je vous invite à ne plus passer à côté de ce spectacle hors du commun. Il vaut largement son pesant d'or. Ou plus exactement sa trentaine d'euros. David Copperfield ou d'autres productions attachées au concept 'son et lumière' pourraient même être relégués au stade de la série B.

 

mardi, 06 novembre 2018 16:11

Etre bien habillé et écouter Delerm...

Le temps est plutôt désagréable en ce mois d’octobre. Enrhumé, j’ai néanmoins dû me motiver pour aller voir et écouter Vincent Delerm. Si ses disques – et en particulier son dernier album « Kensington Square » - me laissent mi-figue mi raisin, j’étais très curieux d’assister à son spectacle. D’autant que ses dernières prestations ‘live’ avaient reçu d’excellents échos. Une critique unanimement positive. Première surprise, en arrivant vers 20h15, le concert est déjà commencé. Or, les affiches programmées au Cirque Royal sont réputées pour leur ponctualité. Mais comme les deux premières parties ont été annulées, l’horaire a été chamboulé. Difficile, dans ces conditions, de se plonger dans l’ambiance d’un spectacle ; d’autant plus que sur scène, l’artiste est seul derrière son piano. Pour briser la monotonie, Delerm se double cependant en interlude d’une bande son humoristique (NDR : dont une interview accordée par Agassi à Roland-Garros). Il se lève (enfin) de sa chaise pour prendre la température du public, pendant que la bande son défile. Après avoir formulé un sobre « Bonsoir », il attaque « Deauville sans Trintignant », puis embraie par « La vipère du Gabon ». Au cours de ce dernier titre, le public commence à s’enflammer ; puis conquis, reprend en chœur le refrain « Ah bon ! » pendant que Vincent improvise ou l’adapte. Et Delerm grimace et s’amuse (NDR : et nous aussi, par la même occasion). L’humour est d’ailleurs souvent au rendez-vous. Il modifie les paroles, du style « faire des concessions, comme aller voir le dernier Besson » ou du dilemme pour enregistrer des émissions télé, sur le morceau « Tes parents ». Finalement, malgré la formule minimaliste (NDR : je rappelle qu’il est seul derrière son piano), son set n’est jamais monotone. Et l’excellent éclairage dont il dispose n’y est pas étranger. Il se lance dans un medley de Mylène Farmer (le « Sans contrefaçon ») aux ivoires, au beau milieu d’«Anita Pettersen». Et en finale, son public chauffé à blanc reprend en chœur « Les filles de 1973 ont 30 ans ». Une osmose s’est alors créée entre notre chanteur et son public. Il joue littéralement avec lui. Se moque ou soupire lorsque le chœur est un peu défaillant. Arrive alors le moment des rappels ; et là aussi Delerm n’est pas chiche. Lors du premier, il revient rapidement interpréter « Fanny Ardant et moi »,  « Le monologue shakespearien » et « Natation synchronisée ». Plus ringard, le second épingle une reprise dérisoire mais tout aussi ridicule du « Lundi au soleil » de Claude François. Jamais 2 sans 3 espère alors l’assistance qui doit cependant attendre un peu plus longtemps, avant de voir l’artiste remonter sur les planches pour accorder un tout dernier morceau. Visiblement exténué - et on le comprend après plus de 2 heures d’une telle performance -, Delerm salue alors courtoisement l’assistance qui le remercie par une standing-ovation. En général, Vincent Delerm on aime ou on n’aime pas. Il est même adulé par les uns et détesté par les autres (NDR : le chroniqueur caustique Stéphane Guillon a avoué sur Canal + s’endormir à chacun de ses concerts). Pourtant, ce soir Vincent m’a convaincu. Certes ses textes abusent de noms propres et de clichés parisiens ; mais à l’instar d’un Thomas Fersen (qui l’a lancé sur scène) ou d’un Benjamin Biolay, Delerm insuffle un vent nouveau à la chanson française. A l’issue du concert, je me suis quand même posé quelques questions. Tout d’abord, en découvrant  le « public type » de Delerm : dans un style plutôt ‘bourgeois’ et ‘parisien’ la plupart de ses fans s’échangent leurs impressions sous des airs de vrais faux intellos. Merde alors, c’est vrai je suis aussi né en 1973. Je suis âgé de plus de 30 ans, maintenant. Je suis devenu cadre. Ce soir je suis bien habillé et… j’écoute Delerm !

mardi, 06 novembre 2018 15:33

L'atmosphère des pubs irlandais...

Pour nos lecteurs qui ne connaissent pas encore les plus dignes représentants de la musique folk celtique, une brève présentation s’impose. Prenez 5 Irlandais pure souche, mettez leurs des instruments traditionnels entre les mains comme la mandoline, le banjo ou encore la célèbre flûte « tin whistle » ; ajoutez-y un chant rocailleux usé par la Guinness ou le bourbon, et vous obtiendrez l’un des meilleurs ambassadeurs d’une musique celtique un peu matraquée par la mode ces dernières années. Pourtant, les changements de line-up se sont multipliés au sein du groupe, dont certains dus au décès d’une partie des membres (n’oublions pas qu’ils sont nés dans les années 30 !). En outre, Ronny Drew a quitté la formation en 1995. Chanteur et guitariste, célèbre pour sa barbe légendaire, il était sans doute lassé d’interpréter les mêmes morceaux folkloriques. Cependant, le retrait du fer de lance du combo n’a guère laissé de traces. Car son remplaçant, Paddy Reilly, traîne plus de 30 années de carrière solo derrière lui, et reste un des « balladsinger » les plus réputé d’Irlande. Dans le domaine du folk, bien entendu. Qu’importe donc ces changements de personnel, puisque deux des membres fondateurs - en l’occurrence le violoniste John Sheahan et Barney McKenna – (NDR : la création du groupe remonte à 1962 !) sont toujours présents pour perpétuer le rite. Ce jeudi 7 octobre, la salle du Cirque Royal avait été transformée en pub géant. Dommage que la célèbre bière sombre, dont on vous parle un peu plus haut, n’était pas disponible au bar. Dès que nos 5 Paddies montent sur scène (NDR : sobrement et avec distinction !), le public se montre enthousiaste. Il faut dire qu’on les attendait depuis longtemps et que leurs visites en Belgique sont plutôt rares. Outre McKenna qui semble avoir du mal à marcher (la goutte ?) et restera la plupart du tant assis pour jouer du banjo, les seniors ont l’air en forme. Rapidement, on en oublie le prix des places (jusque 48€ le sésame !), et on se laisse bercer par cette douce musique traditionnelle, et les agréables ballades dont l’une d’entre-elles est chantée en gaélique. « Rose » et « Black Velvet Band » s’enchaînent avant qu’une partie du groupe ne se lance dans un morceau instrumental, qui y va crescendo. Ca y est, la salle s’enflamme, certains sifflent ou poussent des cris (yiiiihiiiip !), pendant que les autres spectateurs frappent des mains tout en rythme. On la tient l’ambiance de fiesta irlandaise ! Tour à tour Reilly, Campbell et même McKenna, avec son rire contagieux, se relayeront au chant, faisant chacun preuve d’un humour très british (euh…quelle insulte…je voulais écrire Irish, of course). Leur (long) set se terminera par de grands classiques comme «Rocky road to Dublin », « Dirty old town », « Whiskey in the jar », et dans un final où tout le public participe au refrain, « Wild rover », avant une standing-ovation de circonstance. Pendant près de 2 heures (NDR : heureusement pour eux et pour nous qu’une pause bibitive avait été prévue), les Dubliners nous ont distillé un sacré élixir de folk traditionnel et de refrains accrocheurs qui nous on fait taper du pied ou frapper dans les mains ; une recette dont eux seul on le secret depuis plus de 40 ans. Et ils comptent sans doute bien le conserver, pour notre plus grand bonheur, et, pour à chaque écoute, nous replonger dans l’atmosphère des pubs animés. C’est sûr, rien que pour leur longévité, les Dubliners mériteraient d’entrer dans le…Guinness book !

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