Jasper Steverlinck inspiré par Roy Orbison ?

Jasper Steverlinck vient de sortir un nouveau single. Il en parle : ‘« Nashville Tears » est l'une de ces chansons qui m'est venue à moi, instinctivement. Elle a coulé d'un seul jet, comme si la chanson s'était écrite toute seule. Elle évoque un moment très…

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Black Mirrors

Demain, ce sera sans Black Mirrors…

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Black Mirrors sortira son nouvel elpee, "Tomorrow will be without us", ce 4 novmebre. En attendant, il nous propose un premier titre, "Hateful Hate, I'll Kill You", sous forme de clip vidéo. 

Le release-concert est prévu (et déjà annoncé) le 18 novembre au Botanique à Bruxelles. Signé chez Napalm Records, le groupe est responsable d’une musique qui puise son inspiration chez Idles, Queens Of The Stone Age, Rival Sons, Nirvana et The Distillers.

Black Mirrors présente un disque substantiel et musicalement varié sur lequel la chanteuse Marcella Di Troia nous confronte avec un message écologique.

L'album a été enregistré sous la houlette du célèbre producteur Alain Johannes (QOTSA, Arctic Monkeys, Mark Lanegan).

L’énergie qui libérée par le clip de « Hateful Hate I’ll Kill You » (à voir et écouter ici ) est très proche de ce à quoi on peut s’attendre en assistant à un concert de Black Mirrors…

Black Mirrors

Le vampire ne se reflète pas dans un miroir…

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C’est dans le cadre des Coca-Cola Sessions, qui se déroulent à l’Ancienne Belgique, une initiative destinée aux découvertes, tant belges qu’internationales, que Black Mirrors se produisait ce jeudi 27 septembre. Issu du Brabant wallon, il est venu défendre son nouvel opus, « Look into the Black Mirrors », paru fin août dernier. Un disque qui fait suite à deux Eps, un éponyme paru en 2014 et « Funky Queen », en 2017.

Le supporting act est assuré par Bulldozer & The Machine Guns. Des potes aux musicos de la tête d’affiche ! Le line up implique le guitariste/chanteur John No Way, le bassiste Thomas Maisin et le drummer Grégory Bourguignon (NDR : il milite également chez Solkins). Ce dernier, pieds nus, semble particulièrement cool. Essentiellement instrumentale, l’expression sonore du trio baigne dans un psyché/stoner qui écrase tout sur son passage…

Quant à la musique de Black Mirrors, elle est le fruit d’un cocktail entre stoner, punk, rock, et métal. Ce quatuor réunit le guitariste Pierre Lateur, le bassiste Loïc Videtta (Mango Moon), le drummer Paul Moreau ainsi que la chanteuse Marcella Di Troia.

Vers 21 heures, Pierre grimpe sur l’estrade et entame un solo de guitare, une intervention immédiatement suivie par des sonorités de cymbales. Cape noire sur le dos, et la rituelle ligne noire sous les yeux, comme maquillage, Marcella me fait penser à une chauve-souris, prête à dévorer ses proies, avant de les vider de leur sang… et pourtant le vampire ne se reflète pas dans les miroirs, aussi nombreux soient-ils, et de couleur noire…

Dans un halo de couleur bleue, le set s’ouvre par « Shoes for booze », morceau d’entrée du nouvel opus. Les riffs hendrixiens de Lateur font mouche et bénéficient du soutien de la solide section rythmique, basse/batterie. 

Véritable show woman, Marcella arpente les planches de long en large en trimballant son pied de micro, bien attaché sur son support. Elle se déhanche sauvagement, harangue les spectateurs des premiers rangs et déploie ses ailes pour mieux les vampiriser… Un projecteur la suit à la trace. Tout au long du concert on sent une grande complicité entre le gratteur et la chanteuse. Des aficionados déploient des affichettes sur laquelle on peut lire ‘We Love Black Mirrors’. Davantage introspectif, « Inner Reality » s’achève dans un climat psyché/atmosphérique. Petit problème de balance entre l’instrumentation et la voix de Marcella, qui pourtant imposante, ne parvient plus à émerger de l’expression sonore, lors des titres les plus nerveux. Souci réglé à partir de « Moonstone », un morceau plus paisible, presque dispensé en format acoustique. Ancienne compo, « Canard Vengeur masqué » met en exergue les percus.

Lors du premier rappel, « Whispering Ghost » est proposé quasi-unplugged. Le spectre de Robert Plant plane… Après une excellente cover du « Kick Out The Jam » du MC5, le band nous réserve une nouvelle version, plus bluesy, de « Lay My Burden Down », un titre au cours duquel la voix grave, rocailleuse, de Marcella, monte dans les tours en concédant des inflexions à Beth Hart voire à Janis Joplin. Un chouette concert qui confirme le potentiel de Black Mirrors, une formation dont la reconnaissance à l’étranger ne devrait tarder…  

Setlist : « Intro », « Shoes For Booze », « Funky Queen », « The Mess », « Inner Reality », « Cold Midnight Drum », « Mind Shape », « Moonstone », « Canard Vengeur Masqué », « Lay My Burden Down », « Till The Land Wind Blows », « Burning Warriors »

Rappel : « Whispering Ghost », « Kick Out The Jam », « Lay My Burden Down »

(Organisation : Ancienne Belgique / Coca-cola sessions)

Photo : Mehdy Nasser

Black Mirrors

Le miroir aux seventies…

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Le Brabant Wallon manque singulièrement de salles de concerts. Il y a bien le Moulin Fantôme à Tubize, mais pour le reste, c’est un peu le désert. Aussi, votre serviteur ne pouvait manquer l’inauguration d’un nouveau site destiné à accueillir ce type d’événement. Le Zik Zak a donc élu domicile à Tubize. Bien vu, car la région regorge de talents nouveaux. Surtout dans l’univers du pop/rock. Et puis d’une capacité de 300 personnes, l’endroit est suffisamment isolé pour éviter les problèmes de voisinage. Enfin, il bénéficie du concours d’un ingé-son pro, Olivier Delescaille (NDR : c’est le guitariste chez Beautiful Badness). Bref après le vernissage –au cours duquel on a croisé pas mal de connaissances issues du milieu– place à la musique…

Z ouvre les hostilités. A son actif, un Ep six titres. Mister Woody (alias Matthieu Van Dyck), content d'être présent, va prendre plusieurs bains de fosse pour mieux imprégner le public de son énergie toute communicative. Un petit hic, le son, un rien trop fort, empêche votre serviteur de comprendre les paroles des chansons. Heureusement, derrière les manettes, Oli veille au grain et règle très vite ce léger problème. Le drumming de Jay (Jerry Delmote) est tribal, instinctif, mais distinct, la ligne de basse tracée par Mich’ (Michel Vrydag) est fluide. Une section rythmique qui se révèle, en outre, implacable et parfaitement en phase. Et les riffs de gratte dispensés par Dweez (Morgan Tuiziz) sont saignants. Du rock pur et dur, chargé de testostérone, mis au service de mélodies entêtantes, obsédantes ; des mélodies pilotées par la voix de Woody. De son répertoire, Z va puiser 4 plages de son Ep et proposer quelques nouvelles compos. A suivre de très près…

Setlist : « Got A Mission », « Diamonds », « YYY », « Into The Wilde », « Sweet Fruit », « El Fush »,  « Right There » ,« War Machine », « No Loose Behavior », « Voice / Fist », « Mozarella ».

The Banging Souls, c’est le nouveau side project de Gaëlle Mievis (BJ Scoot, Sirius Plan). Un trio namurois au sein duquel Gaëlle se consacre au chant et à la gratte semi-acoustique, Ludwig Pinchart à l’électrique et Pitt Abras aux drums. Ils se connaissent depuis plus de 15 ans et ont accompli leur propre parcours musical avant de lancer ce nouveau challenge. A leur actif un Ep 4 titres disponible sur les plateformes de téléchargement légaux. Il y a de la technique, du métier et de la sueur, bref un fameux bagage, chez ces 3 artistes.

Le rock délivré par la bande à Gaëlle est musclé, décape et décoiffe en même temps. Bref, il est brut de décoffrage. Et tout particulièrement en ‘live’. Pourtant, il semble que le combo cherche encore son créneau, hésitant entre un stoner burné et un métal dévastateur. Quoiqu’il en soit, la voix de Gaëlle est hargneuse, vindicative, même si les racines de cette artiste sont surtout blues. En fait, elle utilise sa voix comme un instrument. Certaines compos nous replongent carrément dans les 70’s. Les solos de gratte dispensés par Ludwig sont limpides et caustiques. Le drumming est métronomique.

« A Change » ouvre le set. Féline, Gaëlle vous incite à vous bouger le popotin. Trois brûlots vont nous entraîner dans le Sud profond, quelque part entre le delta du Bayou et le Texas. Ce southern rock est même réminiscent de ZZ Top. Si les nouvelles compos sont particulièrement jouissives, on épinglera la cover imparable du « Black Betty » de Lead Belly, un titre popularisé par Ram Jam, en 1977, et le blues solide, huileux, graisseux même, « Race », morceau qui a achevé la prestation…

Setlist : « A Change », « Back To Roots », « Whisper », « The Call », « Seeds », « I Love RNR », « Queen », « Be », « Black Betty », « I Got A Woman », « Race ».

Le Zik Zak ressemble maintenant à une véritable fournaise. A point pour entamer le concert de Black Mirrors. Telle une squaw –mais sans les plumes– dont le visage a revêtu ses peintures de guerre, Marcella Di Troia grimpe sur les planches. Elle est constamment prête à déterrer la hache de guerre. Et vous fusille du regard. Puissante, sa voix peut rappeler celle de  Janis Joplin. Sur le podium, elle occupe tout l'espace. Et ose même affronter l’auditoire, dans la fosse.

Elle est bien entourée par son fidèle guitariste Pierre Lateur, le bassiste Ludwig Pinchart (un polyvalent du manche) et un nouveau drummer, Nicolas Scalliet, que Marcella décrit comme un solide bûcheron, capable de dévaster ses fûts, sans tronçonneuse, ni merlin. Mais en se servant de ses baguettes. Pierre semble hanté par Jimi Hendrix. Ses solos sortent des sentiers battus. Et le nouveau single, « Funky Queen », un morceau qui ne manque ni de peps, ni de musicalité, confirme la recherche d’originalité de la formation. Bref, si le stoner très seventies de The Black Mirrors est toujours aussi susceptible de déraper dans le blues, le rock, le garage ou le métal, il est aussi capable de s’ouvrir de nouveaux horizons. Une belle preuve de maturité nouvellement acquise. On attend d’ailleurs impatiemment la sortie du premier album…

Setlist : « Shoes For Booze », « Funky Queen », « The Mess », « Control », « Mind Shape », « Drop D », « Canard », « Make The Same », « Till The Land », « Burning Warriors», « Things Go Up ».

(Organisation : Zik Zak)

Black Mirrors

Le jazz est une excellente école…

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Issu du Brabant Wallon, Black Mirrors est un quatuor dont on dit le plus grand bien. A son actif, un Ep éponyme. Et en préparation, un premier album, dont la sortie est prévue pour 2016. La formation se produisait, le 4 juin dernier, au ‘Ciné le Parc’ de Charleroi, à l’issue d’un documentaire inédit consacré à Nico, figure emblématique du Velvet Underground. Un concert qui s’inscrivait parfaitement dans ce contexte, surtout quand on sait que le band est particulièrement branché sur les sixties. Marcelle Di Troia et Pierre Lateur, respectivement chanteuse et guitariste se sont fort sympathiquement et ouvertement prêtés au jeu des questions et réponses.

Marcella, au départ tu souhaitais créer une formation de nanas. On en est loin du compte aujourd’hui !

Marcella : Ouais, on en est loin du compte ! Ce sont des hommes, des vrais (rires). A l’origine, il n’y avait que des filles. A cette époque, on se tapait des jams. Puis, Pierre est arrivé pour se consacrer à la gratte. Alors on a décidé de continuer l’aventure ensemble. Et les mecs ont progressivement remplacé les filles. C’est ainsi que le line up actuel a finalement pris forme.

Cette volonté première ne cachait-elle pas les prémices d’une démarche féministe ?

M : Non, pas du tout ! Je suis loin d’être une féministe accomplie. Au contraire, je trouve intéressant la complémentarité entre les deux sexes, dans la vie quotidienne. Je n’imagine pas revendiquer un jour des droits égalitaires. Il y a des tâches que les femmes font très bien, et vice-versa.

Comment définir le style de Black Mirrors ? Est-il garage, stoner, blues, rock ou psychédélique ?

Pierre : Un mix de tous ces genres. Nos influences individuelles sont assez variées et notre musique s’en ressent, sans qu’il y ait vraiment une volonté excessive de notre part de l’orienter vers tel ou tel créneau musical. On aime beaucoup le ‘stoner’ des Queens Of The Stone Age ainsi que le garage/blues/rock ‘old school’ pratiqué par Led Zeppelin ou Jimi Hendrix. Perso, je n’ai jamais trop exploré l’histoire de la musique psychédélique, mais chaque fois que j’en écoute, elle me parle. D’ailleurs, j’apprécie les sonorités éthérées, planantes…
M. : Perso, le rock psychédélique des années 60 m’a toujours beaucoup plu. Souvent à coloration pop, comme celui de Jefferson Airplane. Il y a quelques années, j’étais également fort branchée sur Janis Joplin et Led Zeppelin. Et puis, à une certaine époque, je me suis intéressée à Anouk, une chanteuse et compositrice néerlandaise.
P. : Ma première influence majeure, c’est Pink Floyd ! Ce qui m’a toujours épaté chez Gilmour, c’est sa capacité à te foutre par terre en deux notes. Il possède une assise rythmique et un toucher qui forgent son identité sonore. Il parvient à conter une histoire tout en dispensant des accords minimalistes. Il est clair que les deux Jimi (Hendrix et Page) constituent deux références incontournables et classiques ! C’est un truc que j’ai bouffé pendant longtemps. Parmi les contemporains, Radiohead et Queens Of The Stone Age m’ont également marqués. De manière plus large, j’aime aussi m’inspirer de la mouvance stoner/psyché qui a repris du poil de la bête et retrouvé une certaine vitalité depuis les années 90. Colour Hase, en est une belle illustration. Un groupe allemand que j’adore. Les guitares sont mélodieuses et puisent autant dans le jazz que chez Hendrix…

Marcella, ce goût pour le psychédélisme, tu le reflètes par ton attitude en ‘live’. Exact ?

M. : Oui, c’est possible ! Elle émane certainement de mon for intérieur ! (rires)

Quel est votre processus de création musicale ?

P. : Je compose une trame très simple à la guitare. Ce sont des riffs parfois basiques. Je les soumets à Marcella qui pose sa voix dessus. Ce mécanisme constitue le premier jet de notre travail. Ensuite, les lignes de basse et de rythmique viennent compléter ce squelette. Mais, je n’impose rien. Chacun apporte sa propre touche. Lorsque le tout est au point, il nous arrive parfois, après réflexion, de compléter le morceau ou à contrario, de retirer des parties qui nous déplaisent et nuisent à la compo. Mais, au final, il existe un vrai effort collectif. Chacun des membres a son rôle…

Vous paraissez bien jeunes et pourtant vous faites preuve d’une grande maturité. Quel est votre âge ?

P. : Nous avons entre 27 et 30 ans…

Pierre, on ressent parfois un feeling blues dans ton jeu …

P. : C’est exact ! Il vient naturellement ! En réalité, je n’ai jamais vraiment bossé le blues comme tel. Souvent, quand tu commences à gratter de la guitare, on te le conseille parce qu’il permet d’improviser. Je pense que cette technique jeu vient surtout de ce que j’écoute ! Je parviens à recréer ces effets par le biais d’une pédale. Marcella aimerait que j’en ajoute un peu plus ; ce qui constitue parfois une pierre d’achoppement entre nous (rire).

On sent une réelle complicité entre vous. Est-ce indispensable pour créer de la bonne musique ?

M. : Je pense, effectivement ! On se connaît depuis un certain temps et par conséquent, elle est devenue naturelle.
P. : La formule actuelle est assez récente. Je joue avec le bassiste depuis environ la fin de mes secondaires, soit une décennie. Notre batteur a rejoint le groupe, il y a sept ans maintenant. Nous avons tous milité au sein de projets parallèles. Par la force des choses, notre amitié s’est ainsi renforcée. Nous avons rencontré Marcella, il y a trois ou quatre ans. J’estime que l’entente au sein d’un collectif est primordiale. A un moment ou à un autre, tu devras passer du temps en compagnie des autres musiciens. Nous revenons d’une tournée en Allemagne où nous avons cohabité deux jours durant. Si elle dure plusieurs mois, une mésentente pourrait vite devenir problématique. Je reste convaincu que les interconnections permettent de connaître les qualités et les défauts de chacun ; et de composer avec ces spécificités. Et ce qui me permet, d’un point de vue musical, de prendre du recul pour encaisser les critiques de mes camarades. Nous pouvons aussi prendre davantage de risques sur les planches, comme oser l’impro ; ce qui est difficile à concevoir aujourd’hui auprès d’autres musiciens !

Marcella, quel est ton cursus musical ?

M. : J’ai commencé la musique assez tardivement. J’ai suivi des cours de ‘voice coaching’ vers l’âge de 17-18 ans. Après avoir terminé l’école secondaire, je me suis inscrite au ‘Jazzstudio’ d’Anvers afin d’y étudier la musique. J’y suis restée quatre années. Je suis ensuite partie très loin durant quelques mois, avant de revenir apprendre la musique classique indienne au Conservatoire de Rotterdam.

Le premier Ep est sorti très rapidement (6 ou 7 mois après les premières sessions rythmiques) alors que chez la plupart des groupes émergents, le temps de gestation est plutôt long…

P. : Nous nous étions fixés cet objectif dès les prémices du groupe. Nous sommes conscients qu’il s’agissait d’une prise de risque énorme. Mais, nous devions démarcher rapidement ! Tu sais, nous sommes tous des professionnels de la musique. Nous militons dans plusieurs groupes et enseignons comme prof de musique. On sait très bien comment le milieu fonctionne ! Nous avons opéré le choix de sortir des sentiers battus ! La plupart des formations attendent un an et demi, voire deux ans, avant de voir apparaître les premières dates. Nous, nous voulions ressentir immédiatement l’énergie du live, quitte à prendre le risque d’écarter certaines chansons valables. Mais ce disque reste très représentatif de l’esprit de Black Mirrors quoiqu’il advienne.

Marcella, ton visage arbore une peinture tribale, un peu comme chez les Recorders. Une raison ?

M. : Ces signes ne reflètent aucune signification particulière ! Il s’agit simplement d’un personnage que j’incarne sur les planches. Ce maquillage permet de m’y libérer et de lâcher prise. Si je n’y avais pas recours, je serais sans doute plus introvertie.

Tu sembles complètement invertébrée sur scène… Ce comportement est très important chez toi ?

M. : C’est quasi viscéral ! La musique de Black Mirrors m’incite à remuer dans tous les sens ! L’échange avec le public me transporte en quelque sorte. La scène a toujours été un exutoire pour moi.

Adoptes-tu le même conduite lors des répètes ?

M. : Non, pas du tout ! Pas de grimage et je bouge beaucoup moins (rires). Les répétitions sont destinées à travailler, moins pour s’amuser.

A propos des Recorders justement, Pierrick Destrebecq s’est chargé des fûts tout un temps au sein de ta formation. Tu confirmes ?

P. : Effectivement ! Il remplace Edouard lorsqu’il n’est pas disponible, soit parce qu’il se produit en concert dans un autre groupe, soit parce qu’il est contraint à des engagements professionnels. L’emploi du temps de Pierrick est de plus en plus chargé et il se fait un peu plus rare maintenant.

Le patronyme du band est tiré de la série anglaise ‘Black Mirror’, dont la trame dénonce les dérives du superflu actuel. Est-ce la raison pour laquelle les textes baignent dans le monde du fantastique ?

M. : Les thématiques développées dans la série ne se retrouvent pas forcément dans les textes de Black Mirrors. Mais, j’aime m’engager parfois à travers ceux-ci.

Tu chantes toujours en anglais ?

M. : Oui. J’ai toujours des difficultés à écrire des textes en français. A l’oreille, j’estime qu’ils sont moins jolis qu’en anglais.
P. : Nous avons essentiellement baigné dans la culture musicale anglophone. J’écoute peu de chanson française, hormis M et Noir Désir. En outre, la langue française est beaucoup plus intellectuelle. Les mots y ont une importance considérable. Très peu d’artistes peuvent se targuer de posséder une écriture qui tienne la route.

Est-ce que l’écriture est d’abord réalisée dans la langue de Molière, avant d’être traduite ou est-elle directement torchée dans la langue de Shakespeare ?

M : J’écris les textes directement en anglais. J’ai un bon niveau ! Je suis partie en Inde quelques mois et l’anglais me permettait de communiquer auprès de la population locale. J’ai étudié à Rotterdam aussi. Les cours y étaient donnés dans cette langue.

Marcella, tu viens de le signaler, tu es partie en Inde durant 6 mois. Pendant ce séjour, tu as flashé sur la musique classique indienne, suite à quoi, tu es rentrée au Conservatoire pour l’étudier. Qu’a-t-elle de particulier ?

M : Je vivais une période que je qualifierai de transition. J’y recherchais une quête de spiritualité. A mon grand désarroi, je ne l’ai pas trouvée ! J’ai vécu une très belle expérience. Mais au final, les réponses aux questions que je me posais étaient en moi ! Aussi, j’étais influencée par ces groupes psychédéliques qui eux-mêmes s’y étaient rendus. J’en avais conclu qu’un jour, j’irais là-bas.

Ton parcours musical est plutôt étrange. Jeune, tu explorais plutôt une veine rock, avant de te tourner vers une étude académique. Aujourd’hui, tu reviens dans un genre assez différent. Tu parlerais d’évolution ou de révolution ?

M : C’est une évolution (rires) ! Je suis allée chercher tout ce dont j’avais besoin pour me construire ! J’avais par exemple des lacunes dans le domaine de la composition et le jazz m’a beaucoup aidée dans l’apprentissage de l’improvisation. La musique indienne, quant à elle, m’a plutôt enrichie de par sa palette de gammes.

Certains d’entre-vous ont étudié dans une école de jazz. Cette démarche était quand même particulièrement professionnelle ?

P. : Nous sommes tous issus d’une école de jazz. Marcella est passée par le ‘Jazzstudio’ ; et les autres, ont fréquenté une école équivalente, sise à Laeken. Elle a fermé ses portes depuis. J’ai entamé des études universitaires, mais l’appel de la musique a été plus fort ! Je passais plus de temps sur ma gratte qu’à étudier mes cours ! Les deux autres garçons du groupe ont suivi à peu près le même parcours. On s’est orienté vers le jazz pour une raison simple. En Belgique, les seules écoles musicales supérieures se consacrent soit au classique, soit au jazz. En ce qui me concerne, je n’ai pas de culture classique, même si j’en écoute un peu. Je n’avais ni le niveau, ni l’envie de travailler ce type de répertoire. Le jazz reste intéressant parce qu’il analyse plus globalement la musique. J’aime faire le corollaire avec ce langage. Faire du jazz, c’est comme lire une encyclopédie en long et en large. Tu y apprends plein de choses ! Je reste conscient qu’on ne ressent pas nécessairement ces influences dans notre musique. Je dirais qu’aujourd’hui, il s’agit davantage d’un état d’esprit.
M. : Pour ma part, j’ai toujours eu envie d’exercer ce métier. Je ne rêvais que d’une chose, terminer mes humanités et me lancer dans la musique !

La ‘jam’ appartient-elle au processus de création chez Black Mirrors ?

P. : Absolument ! Les raisons sont plurielles. On vient d’en parler, mais le jazz est une excellente école. On se connaît depuis pas mal de temps aussi, ça aide ! Il m’arrive parfois de développer des idées de chansons. J’anticipe la structure du morceau et je propose même des idées pour la batterie. Mais, je me suis rendu compte que presque systématiquement, cette manière de travailler ne fonctionne pas ! On doit essayer de garder cette liberté, cette spontanéité tant dans les répétitions qu’en concert.

En live aussi, on a aussi l’impression que l’improvisation de la fin des morceaux relève du concept de Black Mirrors. Est-ce une envie consciente de vous mettre en danger ou plutôt une sorte de lâcher prise ?

P. : Sur le troisième et le dernier titre que nous avons joués ce soir, nous nous sommes effectivement lâchés ! Il y a bien quatre ou cinq minutes d’improvisation. Par contre, souvent, nous respectons une ligne directrice. Il y a un instrument ou deux qui servent de base et les autres vont graviter autour. Ce n’est pas vraiment de l’impro pure et dure, mais plutôt un réarrangement ! La grille d’accords reste intacte ! Les chutes de compos se prêtent plus volontiers à ce genre d’exercice. C’est davantage une question de pratique ; on sait qu’on ne devra pas retomber sur ses pattes à un moment précis dans la structure musicale. J’aime cette prise de risques, même si elle est quand même limitée. C’est ce qui rend cette méthode excitante ! Par exemple, j’estime dommage que chez certains nouveaux groupes, la set list soit souvent tellement rigoureuse. Le spectacle en devient sclérosé. Le public ressent très vite ce type de climat ! Je ne critique pas cette manière de travailler, loin de là, mais l’improvisation apporte du piment. On parlait de jazz tantôt, mais encore une fois, dans ce contexte, cette école est extraordinaire !

Marcella, j’ai l’impression que ta voix sert de charpente aux compos !

M. : J’ai la chance de pouvoir être à l’aise sur différentes tonalités, en effet.
P. : La voix de Marcella sert de pilier central. C’est elle qui va capter l’attention du public, bien plus que l’instrumentation. On peut la considérer comme une accroche. Le travail de mélodie vocale s’avère donc fort important dans notre musique.

Un scoop ?

P. : Peut-être un album en 2016 ! Cependant, pour y parvenir, il faudra énormément de travail, mais aussi voir à partir de quel moment on se sentira prêt à concrétiser ce projet !

Black Mirrors

Black Mirrors (Ep)

Écrit par

Marcella Di Troia a une fameuse voix. Probablement hantée par Janis Joplin. Elle affiche un look improbable. De Sioux, pour être plus précis. Ses plumes, ses grelots et la fine bande noire sur les yeux et le nez accentuent le côté sauvage et mystérieux de la chamane. C’est aussi la chanteuse de Black Mirrors, un groupe issu du Brabant wallon, au sein duquel militent également le gratteur Pierre Lateur, le bassiste Gino Caponi et le drummer Edouard Cabuy.

Le quatuor pratique un stoner boosté à la testostérone. Mais un stoner susceptible de déraper dans le blues, le rock, le garage ou le métal. L’influence de Queens of The Stone Age est palpable. Mais aussi de Jimi Hendrix. A cause de ces riffs de guitare incandescents, incendiaires, volcaniques même, et puis de cette frénésie électrique. 

Des accords de guitare qui donnent le ton dès « The Mess ». Derrière son micro, Marcella vous remue les tripes.

La section rythmique balise un train d’enfer à « Make The Same Old Day ». Les années Woodstock refont surface…

Plus classique, « Something », permet au chant de Marcella d’adopter des intonations plus douces et rocailleuses.

Une voix qui exprime tout son potentiel sur « Mind Shape ». Les riffs de guitare son précis. Les drums métronomiques.

Et « Drop D » de clore ce superbe Ep dans un climat bien stoner.

Black Mirrors

Simple is beautiful

Écrit par

C'est par hasard, qu'un jour, ma vie a changé pour le meilleur. C'était le premier jeudi de l'an 2000. Depuis, tous les jeudis placés sous le signe de hasard se sont transformés en ‘aubaine’.
Ce 4 juin 2015, c'est fortuitement que je votre serviteur est embarqué pour aller assister à un concert qui se déroule au Ciné Le Parc, 6000 Pays Noir.
Au programme : Black Mirrors
Un quatuor réunissant une nana et trois mecs. Moyenne d'âge : 27 ans.

22 heures précises, les premières notes résonnent et l’impression de se farcir du ‘déjà entendu’ ne tarde pas.

Quelques mesures plus tard me forcent à changer d'avis. La voix de Marcella, son divin anglais et le jeu de guitare de Pierre en sont les principaux arguments.

Le bassiste et le batteur excellent dans leur rôle et surtout au service de la musicalité du projet.

Les jeunes affichent une maturité exemplaire et laissent poindre un professionnalisme naissant.

‘Simple is beautiful’ semble constituer leur ligne directrice.

Sur les planches, Marcella assure !

La maîtrise vocale est au rendez-vous. Elle franchit les octaves comme un F16 franchit(rait) le mur du son. Et quand elle ne chante pas, Marcella, elle danse. Je dirais même plus : elle danse ‘psychédéliquement’ bien !

Une ligne noire tracée sous les yeux lui coupe horizontalement le visage.

Simple mais efficace au propre comme au figuré.

C’est ainsi qu’un brin de maquillage est susceptible de faire tomber le masque et libérer le profond de l'être. Astuce qui évite à l'artiste de tomber dans le piège du ‘surjeu’, sans doute…

Les garçons, quant à eux, sont plus sur la réserve.

Devenue solitaire, Marcella se répète dans sa gestuelle.

A moyen terme, le risque de devenir la caricature d'elle-même, n'est dès lors pas impossible.

Fraîchement formé, Black Mirrors rectifiera naturellement le tir. Un peu de bouteille l'y aidera.

Un Ep éponyme de cinq titres, en écoute sur Bandcamp, est disponible depuis le 27 février 2014 (voir ici)

On devine qu'un album suivra…