La substitution d’Edouard van Praet

Edouard van Praet a publié son nouveau single, « Remplaçable », ce 2 mai 2024, une chanson délicate et rêveuse à la basse hypnotique, aux synthés mignons et aux guitares discrètes. Entre pop et punk doux, les paroles en français à la reverb’ profonde évoquent…

logo_musiczine

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Search results (10 Items)

Hot Garbage

Le rêve précieux de Hot Garbage

Écrit par

Le groupe torontois Hot Garbage publiera son nouvel opus, "Precious Dream", le 19 janvier 2024. En attendant, il nous propose, sous forme de clip, "Mystery", un deuxième extrait de cet elpee. Et il est disponible ici

"Mystery" livre la curieuse histoire de Judy et Billy au milieu d'un riff surf fuzzé et tordu. Après avoir réussi à convoquer la Mosrite de Davie Allan, perdue depuis longtemps, les psych rockers canadiens choisissent de plonger dans la chromesthésie (NDR : La chromesthésie est une des formes de la synesthésie -il en existe une centaine de différentes- qui fait apparaître des sensations colorées lors de la stimulation par des sons et des notes musicales ; et la synesthésie est un phénomène neurologique, non pathologique, par lequel deux ou plusieurs sens sont associés) peignant une fresque musicale stylée sur l'amnésie volontaire et la confusion béate. Le morceau se construit avant d’atteindre un point culminant intense et tourbillonnant -un sentiment familier pour ceux qui connaissent les travaux précédents du groupe- avant de laisser l'auditeur retomber dans le crochet de guitare hypnotique du morceau, le laissant effectivement se demander : ‘What was this all about ?’

"Mystery" devrait plaire aux fans de A Place to Bury Strangers, The Jesus and Mary Chain ou The Cramps…

The Garbage & The Flowers

Cinnamon Sea

Écrit par

The Garbage & the Flowers est une phrase extraite de la célèbre chanson « Suzanne », signée par feu Leonard Cohen. C’est également le patronyme choisi par cette formation originaire de Nouvelle-Zélande, mais aujourd’hui établie en Australie. La toile ne fournit pas beaucoup d’infos au sujet de cette formation fondée en 1991 par Yuri Frusin et Helen Johnstone, rejoints d’abord par le batteur Torben Tilly. Au fil du temps, le groupe a connu des phases d'interruption et de résurgence, travaillant avec des musiciens tels que Paul Yates, Heath Cozens, Rachel Davies, Kristen Wineera et Stuart Porter. Il a même sorti des albums et des K7 devenus aujourd’hui quasi-introuvables.

A vue d’œil, les musicos doivent avoir dépasser les cinquante balais. Et il nous propose donc un mini elpee réunissant cinq morceaux dont la production DIY saute aux oreilles. Un court instant, on a l’impression d’être replongés au cœur des 60’s.

Entraînée par les voix de Frusi et Johnstone qui alternent derrière le micro, sa musique se fait tantôt psyché/rock, tantôt psyché folk ou carrément ‘unplugged’. Le spectre du Velvet Underground plane régulièrement tout au long de ce mini elpee. Quand ce n’est pas celui de Syd Barrett ou encore de Nick Drake.

Si l’écoute de « Cinnamon Sea » devrait ravir les mélomanes nostalgiques, on imagine mal The Garbage & The Flowers traverser les océans et conquérir un nouveau public. De toutes manières, ce n’est clairement pas son objectif… il serait plutôt enclin à accorder des prestations champêtres aux milieu des quatre vents…

Garbage

Strange little birds

Écrit par

En 2001, Garbage commet un album indigne des sa réputation. « BeautyfulGarbage » prélude une longue traversée du désert, émaillée de dissensions, de séparations et de reformations. Le band grave quand même « Bleed like me », en 2005, et « Not Your Kind of People », en 2012, deux long playings d’honnête facture, sans plus. Mais le charme semble rompu. Et puis plus grand monde ne croit encore à la résurrection du band de Madison. Surprise, en juin dernier, la formation publie un sixième LP studio, « Strange little birds ». Et la surprise est d’autant plus frappante, que le disque tient la route. On y retrouve ce climat si spécifique aux deux premiers essais (« Garbage », « Version 2.0 »). Et puis ce parfait équilibre entre instrumentation organique et électronique. Oh bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y a bien l’une ou l’autre compo trempée dans le trip hop énigmatique, parfois quand même mélodramatique ; mais sans que les chansons ne dérapent dans la mièvrerie. Les aficionados diront sans doute que c’est le terrain idéal pour que la voix sensuelle, sinueuse et ébréchée de Shirley puisse épancher toute sa charge émotionnelle. Et puis surtout l’album recèle quelques excellentes pistes. A l’instar d’« Empty », caractérisé par ses accès noisy ‘mybloodyvalentinesques’, de « Blackout », aux accents cold wave (Cure ?), des épiques « Magnetized » et « Amends » ainsi que du fulgurant « So we can stay alive ». Shirley Manson, Steve Marker, Duke Erikson et Butch Vig sont peut-être revenus à temps pour rappeler qu’il est préférable de mettre l’électro au service du rock, plutôt que l’inverse…

 

Garbage

Not Your Kind of People

Écrit par

En août 2005, Garbage annule les dernières dates de la tournée « Bleed Like Me » et annonce un hiatus à durée indéterminée. Repos provisoire, split ou envie de passer à autre chose ? Personne ne le sait alors. Shirley Manson tente le difficile exercice de l’album solo (qui ne verra jamais le jour) et apparait dans une vingtaine d’épisodes de ‘Terminator : The Sarah Connor Chronicle’s. Butch Vig, lui, reste très actif et continue à produire de nombreux artistes (Subways, Green Day, Foo Fighters, Muse…) Le seul sursaut estampillé Garbage viendra d’un ‘best of’ intitulé « Absolute Garbage ». Paru en 2007, il recèle néanmoins un inédit, « Tell me Where it Hurts ».

C’est en février 2010 que Shirley Manson annonce via son compte Facebook qu’elle vient de passer une semaine en studio en compagnie de ses vieux amis. L’enregistrement d’un cinquième opus studio sera officiellement confirmé, quelques mois plus tard.

Qu’était-on en droit d’attendre de ce nouvel essai de Garbage ? Les deux premiers elpees studio étaient novateurs et particulièrement réussis, des disques sur lesquels figurent des pépites comme « Only Happy When it Rains », « Queer », « Stupid Girl », « Push It » ou encore « I Think I’m Paranoid ». Les deux suivants, par contre, avaient été quelque peu décevants, Garbage glissant dangereusement sur la pente savonneuse d’une pop inoffensive et mièvre, sacrifiant alors son identité propre pour rentrer dans le rang. Ce cinquième elpee s’apparente donc à un examen de passage.

D’entrée, on peut rassurer l’auditoire sur deux points : Butch Vig n’a pas perdu la main, le son de Garbage reste reconnaissable dès les premières notes et la voix de Shirley Manson est toujours aussi percutante. Pour le reste, on navigue entre deux eaux, le très bon côtoie le très moyen, un peu comme si « Not Your Kind of People » était la transition entre les deux premiers LPs (« Garbage » en 1995, « Version 2.0 » en 1998) et les deux suivants (« Beautiful Garbage » en 2001 et « Bleed Like Me » en 2005).

« Blood For Poppies » était sans doute le single idéal pour lancer ce nouvel opus. Efficace, entêtant, sans fioritures, ce titre rappelle directement le son du Garbage de la fin des années 90. « Control », « Battle in Me » et « Man on a Wire » sont de la même trempe : la bande à Butch Vig ne se pose pas de questions et y concentre toute son énergie. Sur « Sugar », on a tout le loisir d’écouter la douce voix de Shirley Manson, à la manière de « You Look so Fine », qui clôturait divinement « Version 2.0 » en 1995.

Aux côtés de ces quelques vraies réussites, on trouve des titres plus moyens (« Not Your Kind of People », « Beloved Freak ») et quelques morceaux où le groupe retombe dans ses travers de pop facile (« Big Bright World », « I Hate Love »).

« Not Your Kind of People » ne sera donc pas un album inoubliable, mais il a le mérite de faire revenir Garbage sur le devant de la scène et, ne fut-ce que pour cette raison et pour les quelques très bons morceaux qu’il recèle, il mérite une chance d’atterrir dans votre lecteur CD.

Garbage se produira à l’AB le 25 novembre 2012, premier concert bruxellois depuis leur concert éclair accordé aux Halles de Schaerbeek, c’était déjà en 2001.

 

Garbage

Bleed like me

Écrit par
En 2001, Garbage commettait “Beautifulgarbage”, un opus indigne de la réputation du groupe. Et surtout un disque qui a fait des dégâts au sein du line up. Pensez donc, la promo avait été tellement bien faite que le groupe a fini par croire que cet album était de bonne facture. Comme quoi, lorsqu’on encense un artiste ou un groupe par complaisance, on lui cause un grave préjudice. La vérité n’est pas toujours bonne à dire, mais au moins elle peut susciter une remise en question. La chute aura été d’autant plus douloureuse. Maladies, crises internes, absence d’inspiration : le quatuor allait droit dans le mur. Et puis Butch Vig a quitté le navire. Avant de le réintégrer quatre mois plus tard. C’est alors que Garbage s’est remis à travailler. Pour cette nouvelle plaque, il a décidé de privilégier les guitares sur la technologie. Elle n’est pas absente, à l’instar de « Boys wanna fight », réminiscent du premier elpee ou encore du post industriel « Metal heart », hanté par l’esprit de Trent Reznor. Mais l’électricité est prépondérante et surtout vivifiante sur la première moitié de l’opus. Dave Grohl, invité pour la circonstance, a même apporté son concours à la plage d’ouverture, « Bad boyriend ». Et des titres comme le rugissant et ténébreux (New Order ?) « Run baby run », le distordu et menaçant « Right between the eyes » et le groovy « Why do you love me » ne peuvent que réconcilier les fans avec le combo. Curieusement, ce sont les plages au cours desquelles le timbre vocal de Shirley n’a jamais été aussi proche de Deborah Harry (Blondie). « Bleed like me » évolue dans un tout autre registre. Une ballade bouleversante, glacée, presque sinistre, qui traite de thèmes aussi difficiles que la maladie, la dépendance et le suicide. Le deuxième volet de l’œuvre s’éteint au fil des morceaux, suscitant même une certaine indifférence en fin de parcours. Dommage, car la première partie crache véritablement le feu !

Garbage

Beautiful Garbage

Écrit par

On a beau avoir beaucoup de sympathie pour un groupe, avoir été un des premiers à chroniquer leur opus éponyme (25.08.95) et louer les vertus rafraîchissantes de leur mélange de noisy de pop et de hip hop ; il faut se rendre à l'évidence, leur nouvel opus est décevant. Première raison : la voix de Shirley. Son timbre autrefois gouailleur, chargé de nuances et de feeling, est devenu terne, comme aseptisé. Et si le disque avait été uniquement constitué de chansons comme le single (" Androginy "), l'inconsistant " Cherry lips (Go baby go !) " ou encore l'insipide " Untouchable ", nous aurions pu le ranger dans le bac des Destiny's Child, Aqua, All Saints et pourquoi pas Madonna. Seuls, cinq fragments tentent de sauver les meubles. En l'occurrence " " Til the day I die " et " Silence is golden ", tramés sur un schéma proche de Boss Hog, le noisy, réminiscent de Curve, " Parade ", l'indolent, hanté par Mazzy Star, " So like a rose " et le fragment pop, presque prog, mais abordé dans l'esprit de Propaganda (NDR : Hooverphonic me rétorqueront ceux qui pratiquent un langage plus contemporain), " Nobody loves you ", que je considère comme le meilleur titre de l'elpee. Pour le reste, rideau. Un an pour pondre un tel album me paraît quelque peu indécent. Ce qui n'empêchera pas ce disque de bien se vendre. La machine promotionnelle est en route. Bien huilée, elle a déjà réussi à soudoyer une bonne partie de la presse non spécialisée. Et si vous êtes tombé dans le panneau avant de prendre la peine de lire ces lignes, tant pis pour vous…

 

Garbage

Etat des lieux

Remplir Forest National après avoir seulement sorti deux albums, n’est pas à la portée de tout le monde. C’est pourtant la performance que vient de réussir Garbage. Faut dire que depuis quatre ans, le quatuor a beaucoup tourné, sans jamais oublier la Belgique. Et que malgré son succès, il n’a pas attrapé la grosse tête. Ce qui explique, sans doute pourquoi, il attire la sympathie, aussi bien du public que des médias. Leur simplicité et leur gentillesse sont plus que légendaires. Il serait d’ailleurs malheureux de ne pouvoir se forger une opinion, lorsqu’on a la chance de les rencontrer pour la quatrième fois. Pas le temps, cette fois, de parler de la pluie et du beau temps. Quinze minutes nous étaient imparties. Butch Vig et Steve Marker ont donc fait le maximum pour nous dispenser une interview à la fois riche et intense…

Dans quel état d’esprit êtes-vous quelques heures avant d’accorder un concert dans une des plus grandes salles de Belgique?

S.M. : C'est incroyable. Lorsque nous avons commencé à booker la tournée, c’est un des premiers endroits à avoir été sold out! Nous devons compter une foule de fans, ici, en Belgique.

N'avez-vous pas parfois peur d'être dépassé par la situation? Comment faites-vous pour garder la tête froide?

B.V. : Ce n'est pas facile du tout (rires). Heureusement, nous avons de la bouteille. Nous ne sommes pas forcément plus malins, mais nous avons en tout cas cette faculté de pouvoir garder les pieds sur terre, quand les événements se précipitent autour de nous. Et nous l’avons démontré tout au long des nombreux concerts que nous avons accordés, ainsi que lors de la sortie de notre premier album qui a cartonné un peu partout dans le monde... Des expériences auxquelles nous avons pris beaucoup de plaisir. Le groupe a ainsi pu rester très soudé, et je crois que cette ‘union sacrée’ explique notre calme au sein de la tourmente…

Vous avez beaucoup eu recours à la technologie sur votre dernier album. N'avez-vous pas peur de perdre l'élément humain dans vos chansons? Et qu'à brève échéance, les hommes cèdent leur place à des machines?

S.M. : Ce serait cool que nous puissions nous asseoir en attendant que les machines fassent tout le boulot, non? Imagine un peu que lors de l’enregistrement de notre prochain album, toute la programmation soit mémorisée sur ordinateur ; mais que lors du bug de l'an 2000, au réveillon de 99, nous perdions toutes les données, parce que toutes les machines se seraient crashées. Nous serions alors obligés de sortir un album folk, avec des guitares acoustiques (rires). Du bluegrass... de la country, parce que nous n'aurions plus accès à nos synthés...

Vous n'avez jamais joué ‘unplugged’ pour MTV?

B.V. : Ils ne nous l'ont jamais demandé. Mais nous en serions capables. Nous avons donné quelques concerts acoustiques. Avec des guitares sèches, une batterie jazz et ce genre de matériel. A Portland dans l'Oregon, notamment, devant près de 10 000 personnes. Bien sûr, nous étions plus nerveux sur scène, mais nos chansons n'ont cependant rien perdu de ce traitement.

Parfois, ça fait du bien, de jouer en acoustique?

B.V. : Oui, c'est agréable. Et puis, l'essence même de la chanson est toujours présente. Juste les guitares et la voix de Shirley.

Il y a une cover de Big Star sur le single, vous en êtes de grands fans?

S.M. : Oui, mais « Thirteen » est la seule chanson que nous n’ayons jamais jouée d'eux. C’est un grand groupe. Alex Chilton s’est toujours montré à la hauteur, aussi bien au sein des Box Tops, de Big Star qu’en solo. C'est une chanson que Shirley a toujours voulu interpréter, parce qu'elle trouvait que le texte pouvait prendre une signification différente, s'il était chanté par une femme. Peut-être que nous la chanterons ce soir, je ne sais pas encore. (NDR : ils l’ont interprétée !)

Si vous aimez Big Star, vous devez alors également apprécier Teenage Fan Club et les Posies?

S.M. : Oui, surtout les chansons des Posies.

Sur votre nouvel album, Shirley a écrit l’essentiel des textes, mais ils semblent faire référence à la vie de Butch. C'est vrai? Si oui, pourquoi?

S.M. : Tu penses vraiment que les textes ont un rapport avec la vie de Butch, alors qu'ils ont été écrits par Shirley, c'est ça? Qu'est-ce que tu en dis, Butch?
B.V. :
(Apparemment ennuyé) Lorsque Shirley nous a rejoints, les lyrics se rapportaient à des épisodes qui nous concernaient. « Version 2.0 » inaugure ses premiers textes pour Garbage. Elle en est d’ailleurs responsable à 95%. Je crois qu’aujourd’hui, Shirley se sent mieux quand elle écrit. Ils peuvent être interprétés de différentes manières selon les auditeurs. C'est vrai que certains donnent l’impression d’avoir l'air d'être écrits par un voyeur, quelqu'un qui porte un regard sur des événements qui lui sont extérieurs ; mais cette façon d'écrire relève de son interprétation personnelle. A part ça, je ne peux pas t'en dire plus (rires).

Dans la chanson « Temptation waits », Shirley clame : ‘Je suis un vampire qui attend son heure…’ Partagez-vous une même perspective gothique que celle des Cramps?

S.M. : Les Cramps? Haaaa... Nous aimons les Cramps! Mais personne ne nous a jamais posé cette question. C'est peut-être de là que nous tirons notre nom. Va savoir!
B.V. :
Ils ont toujours véhiculé cette espèce de vibration psychobilly, ce truc un peu fou. Nous possédons un de leurs clips : ils jouent dans une espèce d'asile d’aliénés, en Californie, et au bout d'un certain temps, tu ne peux plus faire la différence entre le groupe et les patients. C'est assez surréaliste. Là où je discerne un parallèle entre eux et nous c'est que Shirley a cette faculté de pouvoir se glisser dans la peau d'un personnage ; ce que ce groupe new-yorkais faisait très bien. Surtout Lux Interior.

Et ce côté gothique, alors?

S.M. : Disons que c'est un peu plus ‘tongue in cheek’, un peu ironique. Certains journalistes nous accusent parfois d'être gothiques. On a un peu de mal à les comprendre. On ne se déguise pas en croque-morts, on ne reprend pas de vielles chansons de Cure, de Siouxsie & The Banshees ou de Bauhaus. Peut-être que cette image vient de la manière dont Shirley interprète un personnage gothique. Enfin  intrinsèquement, nous sommes peut-être un peu gothiques. Mais alors un peu.

« Special » est un hommage à Chrissie Hynde des Pretenders. Que représentent les Pretenders pour vous?

B.V. : Leur premier album est absolument génial. Grand groupe, grandes chansons, Honeyman-Scott était un tout bon guitariste. La semaine dernière, nous avons joué à Wembley, c'était sold out. Chrissie Hynde nous a rejoints sur scène pour chanter « Only Happy When It Rains ». Pour nous tous, cette rencontre restera inoubliable. C’était incroyable ! Le simple fait d'entendre sa voix, et de voir comment elle a pu soulever l’enthousiasme de milliers de gens, m’a donné la chair de poule... Coup de bol, on avait mis le son bien clair, et quand on l’a réécoutée, après dans le bus, tout le monde était sur le cul. A ce jour, c’est déjà un des grands moments de notre tournée. Elle est une de nos idoles. Shirley adore sa façon de chanter, et quand elle joue de la guitare, elle a un de ces looks. Elle a toujours été un ‘role-model’ pour nous. En plus, nous avons pu discuter avec elle après le concert. Elle est vraiment gentille, très marrante et intelligente.

C'est vrai que vous avez dû payer votre place quand vous avez joué chez vous, à Madison, parce que tout le monde avait demandé une exonération?

S.M. : Nous avons dû payer notre place?
B.V. :
Non, nous avons reçu des tickets gratuits. En fait, c’était la première fois que nous jouions au Dane County Coliseum, qui est une des plus grandes salles de concert du coin. Je crois que sur la guest-list, il y avait à peu près 500 personnes. Tout le monde voulait obtenir un backstage. Cette situation a failli tourner à l'émeute. Comme le public était chaud, nous en avons profité pour tourner quelques plans de foule. C’était vraiment très intense. Après le concert, nous sommes allés dans un bar qui est un peu notre QG officieux, et là aussi c'était la folie. C'est amusant de jouer chez soi, en sachant que tous tes fans de la première heure seront présents pour t'encourager...

Garbage figurait sur une compile intitulée « Women of the 90's ». Imagine qu’il y en ait une autre qui sorte sous titre « Boys of the 90's », vous y figurerez aussi?

S.M. : J'espère! Nous ne sommes ni vraiment un boy band, ni vraiment un girl band. Nous sommes un peu des deux. Les deux perspectives sont présentes au sein de Garbage. J'espère effectivement que nous figurerons sur ces deux compilations.

Jérémy & Bernard Dagnies.

(Merci à Didier Stiers)

Version originale de l’article paru dans le n°70 du Magazine Mofo de février 99

 

Garbage

Version 2.0

Depuis 1993, année de la naissance du groupe, la popularité de Garbage n'a jamais cessé de grimper. Une notoriété que le quatuor n'a pourtant acquise, qu'au prix de quelques singles et d'un elpee. Faut dire que le combo a beaucoup tourné ; et puis, cet opus éponyme, qui remonte déjà à 1995, était tout bonnement remarquable. Le deuxième album se devait donc de confirmer. Pas de panique, s'il n'est pas aussi exceptionnel, l'effet de surprise ne jouant plus, il est de la même veine. Le sens mélodique des chansons est intact, toujours aussi contagieux. Les arrangements aussi soignés, impeccables. La technologie propice aux effets spéciaux et aux boucles, plus présente ; mais sans pour autant dénaturer l'intensité de la texture sonore. Shirley Manson a composé la plupart des textes. Des contes visionnaires de perversion, de folie et de voyeurisme, qu'elle chante avec une fameuse dose d'émotion et de sensualité.

" Version 2.0 " est découpé en douze fragments. Depuis l'extatique " Temptation waits " au profond, poignant, mélancolique " You look so fine ", en passant par " I think I'm paranoid ", témoignage de l'admiration de Shirley pour Patti Smith, le bubblepop post Bangles de " When I grow up ", le troublant et majestueux (Depeche Mode ?) " Medication ", l'hommage aux Pretenders " Special ", même que Shirley semble ici possédée par l'âme de Chrissie Hynde, le post industriel, menaçant, digne de Nine Inch Nails, " The trick is to keep breathing ", le viscéral, énigmatique, techno dans l'esprit d'un Prodigy voire de Chemical Brothers, " Dumb ", le léger, hymnique, " Wicked ways " (Kim Wilde ?), et enfin les plus Garbage que nature " Push it " et " Sleep togegether " ; le premier caractérisé par un sampling de " Don't worry baby " des Beach Boys ", le deuxième alternant périodes d'intimisme spectral et jaillissements d'électricité. Deux titres qui nous rappellent, décidément encore et toujours, ce défunt et mésestimé Propaganda. Enfin ceux qui ont connu savent de quoi nous parlons.

 

Garbage

La voix de Garbage

Pas de tournée européenne pour Garbage. Il a préféré assurer la première partie de la tournée américaine de Smashing Pumpkins. Dommage, car la formation est occupée de devenir énorme. Et le mot est faible! Les musiciens n'ont pas pour autant attrapé la grosse tête. Evidemment, on les sent un peu dépassé par les événements. Ce qui explique sans doute pourquoi la réalisation de cette interview s'est assimilée à un véritable parcours du combattant. C'est Duke Erikson, le guitariste qui s'est pourtant prêté de bonne grâce au feu de nos questions...

Une histoire comme celle que vous êtes occupés de vivre au sein de Garbage est manifestement excitante, mais n'est-elle pas également quelque part angoissante?

Non. Nous ne sommes pas angoissés par le succès. Nous avons appris à relativiser les choses. Si nous avions peur du succès, nous n'accomplirions pas de tournées. Nous n'enregistrerions pas de disques. Nous serions, en outre, hantés par le spectre de l'échec. Ce qui, à ma connaissance, n'est pas encore à l'ordre du jour. En fait, notre expérience dans le domaine du business nous permet d'éviter ou de contourner les obstacles. Nous adaptons notre comportement aux circonstances. Nous nous comportons, en quelque sorte, comme le lézard. L'inquiétude est un phénomène qui touche surtout les jeunes groupes. Et elle est compréhensible... Actuellement, nous recueillons le fruit de notre travail. Je trouve très gratifiant d'être entouré de fans, d'être apprécié pour nos concerts et nos disques. Et j'avoue en ressentir une certaine fierté...

Ce qui peut sembler normal au vu de la dépense d'énergie exigée par l'aventure?

Oui, mais notre tâche n'est pas aussi épuisante que ce que l'on peut imaginer. Elle est exigeante, c'est vrai. Mais comparativement à celle de certains travailleurs, je ne dois pas me plaindre. Je suis pleinement satisfait de vivre cette existence. Partir en tournée, accorder des interviews toute la journée, ne me dérange pas. Il est enrichissant d'échanger des idées avec des gens qui pensent différemment. De s'extraire de son univers quotidien. De voyager. De rencontrer des gens comme vous... (NDR : merci !)

Si vous deviez recommencer votre premier album, qu'y changeriez-vous?

A l'issue des sessions d'enregistrement, nous avions décidé d'attendre trois ou quatre mois avant de le réécouter. Nous avons ainsi pu faire largement le tour du sujet. Prendre un certain recul par rapport au produit fini. Mais si nous devions à nouveau l'enregistrer, j'ignore totalement à quoi il ressemblerait. Par souci de la perfection, Steve, Butch et moi-même y apporterions des modifications sensibles. Que Shirley refuserait peut-être d'admettre. Notre vision des choses a subi une évolution naturelle...

Es-tu agacé lorsque les médias annoncent que Garbage s'inspire de Curve, Jesus & Mary Chain et de Psychedelic Furs?

Agacé? Pas réellement. Parfois très surpris. Par les comparaisons; surtout lorsqu'elles deviennent contradictoires. Certains disent blanc. D'autres noir. Curve, Psychedelic Furs et Jesus & Mary Chain s'ajoutent à une liste déjà bien fournie. J'ai même lu quelque part que nous avions certaines affinités avec des groupes nés il y a plus de vingt ans ainsi que des compositeurs classiques. En fait, tant d'influences sont cumulées chez Garbage, que nous sommes incapables de discerner quelles sont les plus importantes. Difficile de se prononcer. Même si parfois à tel ou tel moment de la chanson, on y retrouve fugitivement tout ce que tu as pu lire à notre sujet. Parfois, une idée me traverse l'esprit et si nous la trouvons bonne, je la replace instantanément dans le contexte de Garbage. C'est un peu comme en peinture. Cézanne et Picasso étaient illuminés par dix, cent, mille visions des choses. Pas toujours nécessairement personnelles. C'est une manière de voir et de penser qui caractérise la musique pop contemporaine...

Franchement, Garbage, ce n'est pas un caprice de stars ?

Steve, Butch et moi parlions de faire ce genre de truc depuis quelque temps. Ce qui nous a décidé ? Le travail de remixage que nous avions effectué pour des groupes comme U2, Nine Inch Nails et Depeche Mode. A chaque fois, nous effacions pratiquement tout. A part les textes, bien sûr. Pour reconstruire un nouveau morceau. Garbage est né de ce travail en commun.

Et puis est arrivée Shirley. Lorsque vous avez vu pour la première fois Shirley, qu'est-ce qui vous a poussé à l'engager? Sa beauté? Son attitude? Sa voix? Son sex-appeal?

(rires) (silence)... Et bien... Je pense que c'était un peu tout à la fois. Mais tout d'abord sa voix. Sa voix correspondait à ce que nous cherchions. Elle a une force de pénétration, une intensité, tout en demeurant douce, comme celle d'une petite fille. En plus, son registre est susceptible de communiquer un feeling différent à chaque chanson. C'est MTV qui nous a permis de la découvrir. Lorsqu'elle sévissait encore chez Angel Fish.

Pas chez Goodbye Mr Mc Kenzie?

Non, Angel Fish! Goodbye Mr Mc Kenzie, à ma connaissance, n'a jamais tourné de clip. En tout cas n'a jamais eu de clip diffusé sur MTV. Ils ont juste récolté un peu de succès en Europe, en Ecosse et en Grande Bretagne. C'est en regardant cette chaîne de TV que Steve l'a découverte. Il était deux heures du matin et il a enregistré le clip sur sa vidéo. Lorsqu'il l'a repassée nous avons craqué. Nous n'avons pas eu besoin de remettre la cassette. Un seul passage a suffi. Le hasard fait parfois bien les choses...

Une fille et trois mecs, c'est cool ?

Le seul inconvénient avec Shirley, c'est qu'elle est végétarienne et pas nous ; et qu'on a donc parfois du mal à trouver un resto qui convienne à tous.

Elle vit toujours en Ecosse?

Elle a gardé sa maison là-bas, mais doit aussi passer pas mal de temps à Madison où nous sommes basés. C'est devenu en quelque sorte, sa seconde résidence.

Qu'est-ce qui vous a poussés à vous enterrer dans le Wisconsin ?

Notre studio y est. C'est également ici que nos familles vivent. Madison est une belle ville. Il y a quelques groupes et un certain nombre de clubs. Le plus chouette d'entre eux vient malheureusement d'être détruit par un incendie. Mais je pense que ce genre d'isolement est positif. Nous ne sommes pas affectés par le bizness musical qui règne sur des 'Mecque' comme Los Angeles ou New York. Ce n'est pas que nous ne voulons rien savoir de ce qui se passe ; mais c'est le moyen de préserver notre autonomie.

Pourquoi avoir choisi un nom punk pas très bien connoté pour un groupe qui fait de la bonne musique ?

J'ai toujours pensé qu'il était plus fun de se tourner en dérision. Ce nom a diverses significations. Il n'a aucun rapport avec notre musique, même si certains risquent de l'utiliser pour la décrire. En fait on voulait un nom qui ait une consonance ménagère.

Le plus de votre musique, c'est son côté étrange, ses bizarreries ?

En apparence du moins. Nous ne sommes pas des gens bizarres. Mais comme tout être humain, nous avons des côtés différents qui s'expriment dans les textes ou dans la musique. De là à dire que notre album est étrange, il y a une marge. Mais nous aimons le fait qu'on puisse l'écouter à plusieurs reprises et chaque fois découvrir de nouvelles choses. C'est une partie de notre style. Notre musique est en quelque sorte faite de plusieurs couches. Et en découvrant chacune de ces couches ou de nouveaux détails, les titres peuvent prendre des significations différentes.

Est-ce que la musique de Garbage doit beaucoup aux machines ?

Tout le monde le fait. En ce qui nous concerne, le but n'est pas de faire pondre des morceaux à un ordinateur. Nous sommes plutôt du genre à récupérer les vieux instruments qui traînent à la cave et à les brancher pour voir le bruit qu'on peut en tirer.

Pourquoi cette multiplication de remixes consacrée à "Queer"? Est-ce une nouvelle mode?

Une mode? (rires). Non, je ne crois pas. Nous sommes de plus en plus intéressés par les remixes. Avant de nous lancer dans l'aventure Garbage, nous avions déjà traité les compositions de plusieurs artistes dans cet esprit. Mais aujourd'hui, nous avons inversé la situation. Nous refilons une bande son à quelqu'un de l'extérieur, en lui demandant simplement qu'il fasse preuve d'originalité. Pour le reste, qu'il se démerde. Et, c'est souvent ainsi que nous avons de bonnes surprises. A son stade ultime, le processus de déconstruction permet de créer une nouvelle chanson. C'est vraiment très intéressant...

La vidéo du nouveau single "Stupid girl" a déclenché chez la presse insulaire une effusion de qualificatifs multicolores. Une explication?

La vidéo a été confiée à Sam Bayer. Il avait déjà tourné notre premier clip. Mais pour celui-ci, il s'est vraiment creusé les méninges. Ajoutant des couleurs riches, très riches même. Il a 'scratché' le tout, manipulé le produit fini à la manière d'un photographe cubiste. Une performance, lorsqu'on sait que notre prestation n'a duré, pour ce film, qu'une seule journée.

Vous avez annoncé que le prochain album de Garbage serait constitué d'une collection de chansons obscènement heureuses. Une plaisanterie?

Effectivement! C'est une boutade que nous avons lancée à un journaliste britannique. A vrai dire, nous ignorons ce quoi sera fait notre prochain album. Nous avons bien quelques idées sur l'une ou l'autre chanson, mais certainement pas sur le traitement que nous lui réserverons. En fait ce type de déclaration nous permet de conserver une marge de manoeuvre beaucoup plus large. Parce que nos chansons sont en général assez sombres et tourmentées. Je ne parviens d'ailleurs toujours pas à écrire lorsque je suis heureux. Lorsqu'on est vraiment heureux de vivre, on n’écrit pas, on préfère simplement profiter du temps présent.

Les musiciens de Garbage sont de grands admirateurs de Roxy Music, et en particulier de Brian Eno. Et si Brian Eno venait proposer ses services?

Butch était le président du Madison Roxy Music Society. J'en étais membre également dans le Wisconsin. Nous n'avons jamais pensé à cette alternative. Mais nous savons que Brian est un fan de Garbage et qu'il aime notre album. Pour nous, il demeure toujours une idole. Et, si un jour il proposait sa collaboration, ce serait un compliment, un honneur pour nous...

Si tu devais choisir l'album de la décade, tu opterais pour l'album éponyme de Garbage, ou pour "Nevermind de Nirvana? Et pourquoi?

Je choisirai "Nevermind" de Nirvana. Parce qu'il a changé la face du rock'n roll. Parce que son impact sur la musique a été immense. Quant à savoir si c'est l'album que je préfère, c'est une autre histoire...

Intrigants les textes de Garbage ? Assurément ! Une opportunité pour en passer quelques uns en revue en compagnie de leurs auteurs :

*Supervixen : Je suis celle que tu as toujours rêvé d'avoir ou dont tu as toujours eu besoin. Alors apprends à mieux me connaître. (Shirley)
*Queer : Nous y parlons de tolérance, de la façon dont il faut laisser le gens être et ce qu'ils ont envie d'être. (Shirley)
*Only happy when it rains : Ce morceau traite de cet étrange besoin qu'on les gens de passer au travers de tragédies avant de se sentir bien dans leur peau (Duke)
*Only happy when it rains : Ce morceau traite de cet étrange besoin qu'on les gens de passer au travers de tragédies avant de se sentir bien dans leur peau (Duke)
*As heaven is wide : C'est notre chanson religieuse. Elle traite de la confiance aveugle qui mène dans un cul-de-sac (Butch)
*Stupid girl : On aurait également pu l'intituler Stupid boy. Il y est question d'une fille qui s'accommode de moins que ce qu'elle veut. (Shirley)

Version originale de l'interview parue dans le n° 43 (mai 96) du magazine MOFO

Garbage

Garbage

Butch Vig à la production, il fallait évidemment s'attendre à une bonne surprise. Si vous l'ignorez encore, Butch est le docteur ès studio qui a mis en forme "Siamese Dream" de Smashing Pumpkins, "Dirty" et "Experimental Jet Set" de Sonic Youth, ainsi que l'indispensable "Nevermind" de Nirvana. Evidemment, si on ne parle que des grands crus. Auprès desquels cette œuvre pourrait bien prendre place, d'ici quelque temps... Pourtant, sur cet elpee éponyme, pas question de grunge, post grunge, hardcore ou trash metal. De l'électricité, bien sûr. Incisive, crépitante consommée par les cordes de guitares. Mais sans jamais submerger la ligne mélodique. Il règne ainsi un climat mystérieux, sinistre, spectral tout au long de cet elpee qui inconsciemment nous rappelle Propaganda. Et la voix de Shirley Manson, Claudia Brücker. Pensez à "Secret Wish", et tout particulièrement à "Dr Mabuse"... Une chanteuse qui aurait pu facilement devenir top model. Et habiller (!), aussi bien que Jerry Hall et Amanda Lear, les pochettes des premiers vinyles de Roxy Music. Un atout qui serait cependant bien léger (!) sans le concours des autres musiciens, en compagnie desquels elle partage la composition ; mais qui surtout sont capables de passer d'un instrument à l'autre avec une facilité déconcertante... Propaganda donc, mais aussi la new wave de la new wave de Sleeper ou d'Elastica, ainsi que le psychédélisme technologique de Curve. Avec un sens mélodique particulièrement envoûtant, comme sur le final languissant "Milk". Superbe!