Changement de décor pour ce samedi 20 février. Il y a déjà bien 150 personnes pour accueillir la première formation. Et on en dénombrera 950 en début de soirée. Un beau succès, par rapport à la veille et même l’an dernier, lorsqu’on comptabilise l’ensemble des spectateurs sur les deux jours. Faut dire aussi que l’affiche était bien plus alléchante. Compte-rendu.
Un groupe mouscronnois est invité à donner le coup d’envoi de la seconde journée du festival : Markünkl. Sur scène : 3 guitaristes, un bassiste et un batteur. Il n’y a pas de chanteur. Seule la musique fait vibrer les amplis. Quoiqu’influencé par Isis et surtout Explosions In The Sky, le band essaie de se forger son propre style. Exercice de style plutôt difficile, quand on pratique du post rock…
Particulièrement populaire dans les régions de Mouscron et de Tournai, Black Sheep est une formation qui en jette sur scène ! Son style ? Punk, mais dans l’esprit des débuts d’Offspring, même si on y décèle quelques traces de ska. Le line up réunit un bassiste, deux guitaristes (dont Peanuts qui double au chant) et un drummer. Enervé, le chanteur déborde d’une énergie surprenante. Il bondit d’un côté à l’autre de l’estrade abandonne même sa gratte, un moment, au milieu du show. Punk is not dead !
Franck Shinobi est un quatuor liégeois composé d’un drummer, de deux sixcordistes, et d’un bassiste. Ce dernier et l’un des deux gratteurs (NDR : un sosie de Gérard Deprez, mais en plus jeune) se partagent le chant. Leur musique est étiquetée mathrock. S’ils reconnaissent pour influences majeures At The Drive-in, Foals, 31 Knots (NDR: c’est d’ailleurs Jay Pellicci de 31 Knots qui s’est chargé de produire leur premier album, « A Little Less More ») et The Redneck Manifesto, on y décèle des références à The Fall, Girls Against Boys, mais aussi à la prog (NDR : pensez aux débuts de Genesis et au King Crimson circa « Larks’ tongues in aspic »). Pas étonnant que ce soit des excellents instrumentistes et que paradoxalement, le préposé aux quatre cordes possède des inflexions vocales rappelant John Wetton, alors que celles de son condisciple me font plutôt penser à Mark E. Smith. Bref, si leur expression sonore n’est pas très facile à assimiler, elle est fort bien torchée. En fin de parcours, ils rejouent pour le D’Hiver Rock leur titre « Chanson reggae »… qui, en fait, n’a rien de reggae !
Random Hand serait une formation de post punk comme les autres (NDR : les références au ska sont classiques dans le genre), s’il n’y avait la présence de Robin Leitch. Il se réserve le lead vocal et le trombone. Et sur son cuivre, il se révèle vraiment brillant. Le quatuor londonien implique également un drummer, un bassiste et un guitariste. Une prestation solide pour un groupe qui a manifestement des planches…
Deux guitaristes, dont le chanteur, un bassiste et un batteur, Willis Drummond est un quatuor qui nous vient du Pays Basque. Ecorchés vifs, les vocaux sont exprimés dans la langue de Cervantès, ce qui confère à leur expression sonore, fruit d’un mélange de punk, de funkcore, de metal et d’alt rock (NDR : pensez à Incubus) une identité très spécifique. En fin de parcours, le combo se lance dans un morceau plus déstructuré ou psychédélique, si vous préférez. Pas mal du tout !
C’était le premier concert de Château Bourneville, et il faut l’avouer, il nous a réservé une bonne surprise. Le quatuor avait décidé de soigner son look. Et question look, on peut dire que le quatuor avait mis la gomme : pompes cirées et peau de mouton par-dessus les épaules pour l’un, lunettes de soleil, gants squelettiques, veste de smoking et caleçon kitsch pour le chanteur. Bref, on en avait plein la vue. Mais Château Bourneville nous en a mis aussi plein les oreilles. Et dès son arrivée sur l’estrade, le combo a montré de quel bois il se chauffait. ‘C’est le premier groupe de rock où tous les membres descendent de la ligne royale… sauf Thomas Rasneur, l’aventurier !’ confie le chanteur. Leur post punk expérimental ne manque pas d’humour, et leur set a vraiment marqué les esprits. Bien plus que de la musique, c’était une représentation théâtrale…
Ils sont quatre en nous viennent d’Anvers. DAAU (NDR : acronyme de Die Anarchistische Abendunterhaltung!) était donc venu présenter son 10ème album lors de cette nouvelle édition du d’Hiver Rock. Pour apporter un peu de calme et d’harmonie dans un contexte essentiellement rock ! Un clarinettiste, un accordéoniste, un violoncelliste et un contrebassiste constituent le line up. Le public semblait attentif et ému tout au long de ce rendez-vous musical. Leur reprise de la célèbre musique du film « Requiem for a dream » a flanqué la chair de poule à plus d’un mélomane ! Une belle découverte pour les amateurs de jazz et de musique classique. Par contre, pour celles et ceux qui ont déjà assisté à un de leurs concerts, le constat est identique : ce type de spectacle serait bien mieux mis en valeur, s’il était soutenu par des projections ; car leur solution sonore est filmique et finit par devenir lassante, si vous ne parvenez pas à entrer dans leur univers cérébral…
Showstar est un groupe qui a des planches. Et dont la musique n’a jamais déçu, même si elle a toujours été considérée comme ‘underdog’ au sein d’un soi-disant rock wallon. La formation a publié un troisième elpee, « Think Ringo », l’an dernier, un disque qui n’a peut-être pas bénéficié du soutien nécessaire et indispensable pour pouvoir faire la différence (NDR : Musiczine ne l’avait d’ailleurs pas reçu). Depuis ses débuts, il a connu quelques changements de line up, mais il pratique toujours ce type de pop/rock mélodique et contagieux, alimenté par des guitares ‘ligne claire’. Le chanteur, Christophe Danthinne, et un vrai personnage. A la fois charismatique et discret, il possède une très bonne voix. Plutôt statique sur scène, habillé d’une veste gris/bleu, il joue surtout sur l’attitude derrière ses lunettes de prof, qu’il ôte puis rechausse tout au long du spectacle. Un titre issu de leur dernier album pourrait franchement faire un tube : « We are the Residents ». Mais le reste du traklisting ne manquait pas d’allure. Un coup de chapeau à Showstar quand même, pour avoir livré un set d’une telle qualité, quand on sait que 15 jours plus tôt, des malfrats avaient volé leurs guitares, mésaventure (dixit Christophe) qui leur était d’ailleurs déjà arrivée il y a 7 ou 8 ans.
Un duo étonnant : Chevreuil. Un batteur et un guitariste qui se réserve également le synthé. Ce tandem français a décidé d’installer son matos au beau milieu du hall d’entrée de la maison de la culture. Une manière de happer le public à l’entrée du festival. Ils pratiquent une musique à la fois instrumentale et expérimentale, parfois à la limite du métal. L’auditoire semblait conquis cette nouvelle formule de scène ; car outre le fait de se produire en un endroit inédit de cette institution tournaisienne, ils utilisent 4 amplis différents, simultanément ou séparément. Original !
Des rockeurs habillés classe, ça existe ?! Et bien oui : Inspector Cluzo en est la preuve humaine ! Seul petit hic, le chanteur porte des Adidas blanche en dessous de son costard noir! Et le drummer (NDR : un support en arc de cercle passe au-dessus de sa tête pour qu’il puisse donner de la voix ; dans le micro, bien sûr, comme chez les Ting Tings) ressemble plutôt à un caissier de banque, comme on le voit dans les films. Ce duo français (Issu de Mont-de-Marsan, dans les Landes) a de la gouaille. Le chanteur/guitariste tout particulièrement. Physiquement, il me fait penser à un Rubeus Hagrid endimanché. Et possède un timbre vocal susceptible de passer du grave à un falsetto digne de Prince. Il aime la provoc’ et n’hésite pas à haranguer le public (NDR : verbalement, et pas seulement en affichant ses doigts en cornes de diable) ou à pourfendre les institutions, dénigrer les hommes politiques et autres personnages illustres (Sarkozy en tête) ainsi que les bassistes (NDR : une des chansons s’intitule d’ailleurs « Fuck the bass player »). Il affirme qu’en Australie, on les a surnommés ‘The French bastards’, fait monter une fille des premiers rangs à se trémousser sur les planches, mais surtout le cameraman de la télé locale auquel il subtilise quelques instants la caméra pour le filmer en action (NDR : doit avoir eu des sueurs froides le garçon !) Dommage que le public ne participe pas davantage au spectacle. Manque de réplique ! C’est d’ailleurs ce que Laurent Lacrouts cherche et espère. Maintenant faut aussi comprendre et apprécier son humour au quatrième degré. Certains diront, un peu lourd. Néanmoins, le duo va enflammer l’audience à l’aide de son funk/blues/rock qui doit autant à Fishbone, Rage Against The Machine, Incubus et Primus qu’à AC/DC et aux White Stripes. Et malgré l’absence de basse, ça groove du tonnerre. Faut dire que le batteur utilise beaucoup la grosse caisse et que le gratteur se sert aussi de ses grosses cordes. Un excellent moment du festival !
La cerise sur le gâteau du d’Hiver Rock nous est venue de Hurra Torpedo. Un trio norvégien qui n’a pas peur de faire du bruit et de la casse ! On ne les connaissait pas et pourtant, ils sont spectaculaires. Leur style oscille du bon vieux rock à l’indus, et n’hésite pas à exécuter des reprises dans un style très personnel (NDR : Bonnie Tyler, Britney Spears et les Pixies, par exemple). Ils sont vêtus de trainings bleus (NDR : des schtroumpfs ?) Le public est intrigué et fasciné par ces étranges bêtes de cirques ! A chaque extrémité de la scène, se plante un guitariste percussionniste. Derrière, au beau milieu, un colosse. Au rythme de leurs riffs, il massacre des fours à coups de pièces métalliques (les deux autres aussi, mais quand ils ne se concentrent pas sur leurs six cordes), tout en donnant le tempo, à l’aide d’un congelo. De quoi en prendre plein les mirettes et les feuilles de chou ! En fin de parcours, l’un des deux gratteurs enfile sur sa tête, un tambour de machine à laver, et commence à taper dessus, à l’aide d’un ustensile, alors que le mec balèze monte sur son congélateur, après avoir empoigné une des cuisinières, et la fracasse sur l’estrade (NDR : le public au premier rang ne devait pas être rassuré). Et de quitter l’audience en lâchant (NDR : l’humour scandinave ?) un ‘Norway 2 points’…
Après un tel spectacle, on peut affirmer que la barre était placée bien haut, pour le groupe suivant. En l’occurrence, Tagada Jones, quatuor breton qui pratique un mélange de métal, d'électro et de punk rock tout en véhiculant des textes engagés, traitant aussi bien de la mondialisation, du capitalisme, du fanatisme que de la justice sociale. Des lyrics interprétés d’un timbre éraillé par Niko, dans la langue de Voltaire. La musique est nerveuse, énergique et déboule à cent à l’heure. Le son est brut et énorme. Mais on ne parvient pas à se concentrer sur le sujet. Dans ce cas, il est préférable de prendre une pause…
‘Personne ne m’arrêtera puisque je ne vais nulle part’, telle était la phrase inscrite sur le t-shirt de Louis Warynski. Un slogan très significatif pour Chapelier Fou. Pas besoin d’être fan d’Alice au Pays des Merveilles pour tout de suite basculer dans le monde de ce mélomane. Il est seul sur scène mais en impose beaucoup en se servant d’un ordinateur et de machines pour réaliser des boucles à l’aide de son violon, sa guitare et sa mandoline. Il jongle avec ses instruments au fil des mélodies, les pose en couches successives afin d’en créer une symphonie électronique et finit par parfumer l’atmosphère d’une ambiance tamisée et mystérieuse. Nous sommes alors à mi-chemin entre le rêve et la réalité…
Pas eu le temps de voir le set d’Alek et les Japonaises ni des Irradiates, mais on a entrevu celui de Thee Vicars, trio garage particulièrement imprégné par la culture des sixties (NDR : le look, la musique, les voix). Par contre, nous avons capitulé avant la prestation de Périls of Penelope. L’heure avancée et la fatigue aidant, nous avons préféré quitter le festival sur ce moment d’évasion, les images plein la tête. D’ailleurs, nous vous invitons à découvrir les clichés en rubrique ‘photos’.