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Jeronimo

Zinzin

Écrit par

Doux dingue épris de liberté, Jérôme Mardaga est présent dans notre paysage sonore depuis pas mal d’années.

Auréolé d’une réputation sympathique, encensé pour ses prestations électriques, adoré par une certaine frange indé de la crème shoegaze, l’éternel jeune homme au crâne luisant rêve pourtant de mûrir dans des fûts faits d’un autre bois.

Léguant ce constat comme un aveu de semi échec : « Zinzin » n’est qu’un album de musique Pop (cf. son interview dans nos colonnes).

Certes un bon album Pop dont il peut tirer un peu de fierté, mais juste un album Pop.

Faut il lui donner raison ?

Sans doute, au vu de ses aspirations.

Néanmoins, il est important de relativiser le propos avant d’aborder l’écoute de cet album.

D’un point de vue clinique, celui-ci regorge d’excellentes idées et avant toute chose de très bonnes chansons.

Composé au bord du lac de Garde et enregistré dans une église dont le clocher fait de l’œil à un Ikea tout proche, « Zinzin » s’ouvre sur un pamphlet à l’adresse de la communication de masse (« John Lennon s’est suicidé ») et se poursuit « Le Vendredi Aux Ecuries » avant d’enfourcher un pur sang vers un lointain far West local (« Princesse Au Regard Couleurs Ciel De Belgique » et « Paris Petite Conne » aux consonances Country)

La triste valse musette de « La Mort De Franck Vandenbroucke », pleine d’ironie, comme la vie de ce clown triste du cyclisme entame la mélancolie à venir sur « Pieds Nus Dans L’Aube ».

Un petit coup de fouet plus tard (« Ta Nuit Dans Les Bras De Berlin » qui swingue jovialement de biais) et que reprenne valse triste et mandoline (« Elle s’en va tuer un homme») qui nous mènent au sommet de cet opus.

Soit les douze minutes d’« Irons nous voir Ostende ? », une chanson tout simplement poignante. Tissée dans la simplicité d’un arpège mélancolique elle s’étend paresseusement, bercée par des paroles touchantes qui titillent nos sens en alerte.

C’est donc l’alarme à l’œil qu’on plonge entièrement nu dans « Lac De Garde », dernier titre instrumental aux scintillements dorés qui miroitent à la surface de cet elpee.

Voilà, le virage est amorcé, à défaut d’être franchi.

Un pied dans la Pop conventionnelle mais la tête déjà ailleurs, Jeronimo nous offre aujourd’hui un disque subtil, plein de grâce qui nous appelle déjà vers les sphères plus éloignées où cet artiste tentera de nous emmener demain.

En attendant, « Zinzin » est à ce jour son meilleur album, assurément.

En concert :

24/10/2013 :   Brasserie Sauvenière - Liège    

20/12/2013 :   Botanique - Bruxelles          

Jeronimo

Sortir du cadre…

Écrit par

Jeronimo, c'est une histoire Belge.
Tendre et drôle à la fois.
Plus Toto le héros que Tintin, mais aussi aventurier...
Un petit garçon dont la route prend des chemins de traverse, juste pour voir où ils mènent.
Qui s'abîme les genoux sur des chardons ardents et hume l'embrun du Nord soufflé par le vent.
Un petit garçon qui sait que ses bras sont trop courts pour toucher la lune. Mais refuse d'abandonner son dessein, et finit quand même par en caresser l'image à la surface d'un lac.
Ce lac est celui de Garde. Un endroit essentiel dans la genèse de « Zinzin », le quatrième et dernier album en date de Jérôme Mardaga.
Un lieu de ressourcement propice au plongeon, un grand plongeon, plus loin, encore plus loin, là où tout est possible.
Après avoir décidé de mettre un terme à son aventure, Jeronimo a ressuscité Jeronimo.
Mais avant de pousser plus avant ses recherches qui le mèneront sans doute en marge du cadre au sein duquel il se sent de plus en plus à l'étroit, le Liégeois sait qu'il doit encore apprendre, tel un peintre qui tend à l'abstrait ou recherche l'épure.
Petit bout de chemin en compagnie de cet attachant zozo…

« L'album est venu de lui même » confie d'emblée l'artisan liégeois en sirotant sa bière dans un des confortables fauteuils du hall du Radisson Hôtel, en marge des Francofolies, où il s'est produit plus tôt en journée. « Il est né ainsi, sans doute parce que pendant deux ou trois ans, j'avais mis de côté tout le mécanisme où on est toujours à l'affût d'une phrase, d'un texte, d'une suite d'accords, d'un groove, d'un arrangement. J’avais pris du recul en jouant pour d'autres, ne retenant que le côté fun, et puis c'est revenu en un instant. C'est comme un travail journalier accumulé dans le subconscient et puis subitement, il prend forme, puis éclot, en un rien de temps, spontanément. »

On revient alors sur ce havre de paix qui a influencé la créativité.

« Oui, je passais en effet des vacances chez mon frère, là bas, au lac de Garde. J'avais emporté quelques albums de Bob Dylan que j'écoute souvent, mais particulièrement là-bas. Il y avait une vielle guitare, et un jour je me suis dit, avec un truc de Dylan en tête, juste pour le fun, que ce serait sympa d’interpréter une chanson pendant l'apéro ; une chanson que je puisse faire écouter à mon frère. J'ai alors écrit ‘Princesse au regard couleur ciel de Belgique’ ; et on en a conclu que c'était pas mal. De fil en aiguille, en un peu moins d'un mois, je me suis retrouvé à la tête de treize, quatorze ébauches de compos. »

Je lui fais alors remarquer que malgré la patte imprimée et estampillée Jeronimo, la sensibilité semble accrue sur ce disque par rapport à ses trois premiers opus. Remarque sur laquelle il peine à statuer.

« Oui ? Vraisemblablement ? Je ne sais pas. Peut être est-ce la pause qui fortuitement a induit cette perception ? Personnellement, à la fin de l'enregistrement de « Zinzin », en réécoutant le résultat, j'ai ressenti de la déception. J’en ai déduit que rien n’avait vraiment changé. Que je ne m’étais pas réellement renouvelé. »

J'en conclus donc que c'est la raison pour laquelle il n'a pas modifié de nom, ne s’abrite pas derrière une nouvelle identité.

« Il m'a semblé évident, quand les chansons sont revenues, la voix et le reste aussi d’ailleurs, que je ne pouvais pas baptiser le projet autrement. A l’issue des sessions d’enregistrement, il y a eu ce moment, où je me suis dit, mince, c'est pas vraiment différent de ce que j'ai fait avant. On se refait pas, quoi. Maintenant, je suis relativement content du travail, hein ! C'est de bon augure pour la suite. Mais on voudrait toujours tout changer drastiquement ; or, c’est un challenge difficile à accomplir. Faudra renouveler catégoriquement la méthode de travail pour le cinquième. »

On envisage alors ce virage et la façon de l'aborder.

« C'est juste que j'ai réalisé quatre albums de chansons sensiblement Pop. Couplet-refrain-couplet-refrain, quatre minutes. Point. Je me suis demandé s'il n'était pas temps de décadrer. J'ai souvent ce mot en tête. Sortir du cadre, tout en continuant à chanter en français. »

Le rapport à d'autres types de production, comme des musiques de films me vient forcément à l'esprit, ce que Jérôme confirme expérimenter dans le futur.

« Et j’assure également un job de production pour d'autres artistes, mais par rapport à mon propre boulot, le maître mot sera sortir du cadre dans lequel je me suis enfermé. Pop/chanson française. J'y ai consacré une quarantaine de chansons. Voilà, j'ai fait le tour. C'est déjà ce que j'avais affirmé auparavant. Mais là, j'aimerais bien m'y tenir, me faire violence. »

J'insiste alors sur ma perception de ‘Zinzin’, lui faisant remarquer le cheminement perçu depuis ‘Mélodies démolies’.

« C'est vrai qu'il est venu plus facilement. Mais ce n'est pas encore ce à quoi je tends. J'ai pas mal écouté Léo Ferré dernièrement. Il ne fait pas de couplets, pas de refrains. C'est ce que j'ambitionne : sortir du carcan Pop. On verra si j'y arrive. »

Toute cette réserve semble être de la modestie, mais en fait, Jérôme est quelqu'un d’extrêmement lucide.

« Je connais mes limites. Le truc important quand tu sors un disque, c'est de bien les cerner. Et je les cerne bien. En ce qui me concerne, voir celles qui sont à l'intérieur de mon travail. Elles sont très nettes. Je suis réaliste. Mes disques ont les leurs. Et j'ai eu de la chance. Mes deux premiers albums, ‘Un Monde Sans Moi’ et ‘12h33’, ont été au delà, par rapport à l’accueil du public, à la chance de pouvoir partir en tournée, etc. C'était inattendu. Mais c'est ce que je garde toujours à l'esprit : les limites de mon travail. On ne travaille bien qu'à l'intérieur de limites. Si tu imagines qu’elles n’existent pas, il y a danger… »

Il aborde ici un album qu'il réécoute depuis trois jours et qui semble le hanter, comme un exemple parfait de réussite, et sur lequel il reviendra souvent, notamment lors de la conférence de presse accordée juste après notre entretien.

« J'écoute ‘Spirit Of Eden’ de Talk Talk. Et après on est calmé. Pour moi, c'est la seule façon de travailler. Je parle de musique seulement. Pas de business ou je sais pas quoi. C'est un disque que je considère majeur. Un idéal que j'aimerais atteindre. Mais je n'y suis pas encore parvenu. Loin de là. A chaque album, je progresse, mais c'est lent et compliqué. Parfois, on se plante. Mais c'est le chemin obligé. En fait, il est très difficile d’aligner dix bonnes chansons sur un album. Perso, je n'y suis pas encore arrivé, non plus. Il y en a dont je suis extrêmement fier. Mais voilà. Faudrait peut-être que je sorte des disques de cinq ou six titres ? »

Manifestement les chansons de Jeronimo ne sont pas nécessairement destinées à plaire à un public.

« Tout à fait. C'est un point de vue très égoïste. L'avis des autres, tu y penses, c'est certain, mais ce n'est pas mon leitmotiv. J'ai travaillé en studio en compagnie d’artistes dont l'ambition était de plaire. Des gens qui te disent pendant l'enregistrement ‘Ouais, mais les gens, les gens, les gens...’ C'est insupportable d’entendre la même rengaine, quand tu es en plein processus de création ; car lorsqu’on bosse, il n'y a pas les gens, le manager, la maison de disque... Quand j’entreprends l’enregistrement d’un disque, il y a un facteur clé, c'est le timing. Il faut qu'il soit bon. C'est con, mais j'aime bien avoir mon matos, mes guitares. C'est un peu enfantin, mais je fonctionne ainsi. C'est une partie vitale du truc. Pour moi, un album, c'est un prétexte pour en faire un autre. Peut-être aussi pour se faire applaudir l'espace de quelques concerts. Mais perso, je suis vite saoulé par ce bazar là. C'est comme un examen de conscience. Ça c'est bien, ça c'est moins bien. Après ‘Mélodies Démolies’ je me suis remis en question. Puis j'étais blasé aussi. C'est pas un très beau mot, mais j'étais entraîné dans cette spirale album-concerts-promo ; et un jour, justement au lac de Garde, une idée m’est passée par la tête : ‘Et si je me débarrassais de l’identité de Jeronimo, ne serait-ce pas plus facile, le matin ?’ Passer à autre chose. En fait, j'aimais bien l'idée du triptyque. Trois albums et puis basta. Ben, voilà, c'est raté... Et comme je suis pas content du quatrième, il y aura un cinquième panneau. Mais d'abord finir le travail sur celui ci. »

Se pose alors la question d’évaluer l'impact que la critique de ‘Zinzin’ pourrait avoir sur la suite.

« On est de toute façon influencé par la critique. On est influencé par tout. J'ai lu ce matin le papier de Luc Lorfèvre dans le Moustique. Il a raison. Il dit, album Pop et tout ça. Et j'ai vraiment envie de sortir de ce cadre. L'écho que te renvoie la presse, les gens, est très constructif. C'est comme un miroir. Mais il peut aussi devenir destructif. Il l'a été par le passé. Maintenant je m'en sers pour avancer »

Notre entrevue prend fin précipitamment, car Jérôme est appelé en salle de conférence… De celle-ci, on en retiendra son plaisir renouvelé de jouer aux Francofolies, où il fait presque figure d'abonné, et il reviendra sur ce lieu majeur qu'est le lac de Garde ainsi que sur  l'influence que pourrait avoir ‘Spirit Of Eden’ sur sa conception d'une musique appelée à être moins formatée Pop. En attendant, ‘Zinzin’ est un voyage poétique qui, s'il regorge encore trop de clichés pour son interprète, découvre néanmoins une nouvelle facette d'un auteur qu'on est heureux de retrouver et ne veut plus lâcher cette fois.

 

Jeronimo

‘Tuer l’Apache pour tourner la page’ !!!

Écrit par

Pas de quatrième album pour Jeronimo. Le talentueux et créatif clown-triste de la scène pop-rock belge a résolument décidé d’inhumer son ‘éternel petit groupe’. C’est après 10 ans de sueurs électriques et de voyages cathartiques que le projet ‘Jeronimo’ prend tristement fin sur une très unique trilogie : « Un Monde sans Moi » (2002), « 12h33 » (2005) et « Mélodies Démolies » (2008). Trilogie qui aura marqué les esprits et fait couler beaucoup d’encre tant par son audace que par son ingénue ingéniosité. Qui mieux que Jérôme Mardaga, leader de la formation liégeoise, peut vous conter ce merveilleux récit de vie ? Ce dernier nous offre cet ultime cadeau avec beaucoup de sincérité empreinte de nostalgie sur son blog personnel : http://roma-caput-mundi.blogspot.com

Dans ce journal intime, l’artisan artiste nous dévoile humblement que ‘Jeronimo s'arrête ici au bon endroit, au bon moment, soucieux de laisser la voie libre à un autre projet.’

Quelques soupirs encore avant de retrouver Jérôme Mardaga, Thomas Jungblut et Calogero Marotta dans de nouvelles épopées musicales.

Tous à vos agendas : Jeronimo livrera ses derniers souffles à La Chapelle de Mons ce 16/01/2010.

 

Jeronimo

Little Big Man

Écrit par

L'heure du nouvel album de Jeronimo a sonné. Il y a quelque temps déjà que notre ami Jérôme Mardaga s'y préparait. Comme sur une image en noir et blanc, le garçon était assis sur le vieux banc d'un parc de la Cité Ardente. Pensif et soucieux de son avenir, il restait là, seul sur ces vieilles planches en bois. Obnubilé par ses songes, il s'obstinait à regarder droit devant, cherchant les hypothétiques réponses des mystères de la vie. Et puis, soudainement, à "12h33 ", heure précise, les évènements se sont emballés : Jérôme s'est levé, bien décidé à défendre ses belles histoires tragi-comiques aux doux relents de belgitude.

Que s'est-il passé dans la vie de Jeronimo entre la sortie de son premier album et celle de son nouveau disque ?

Sur le premier album, j'avais encore un job sur le côté… Aujourd'hui, ma vie a changé. Dans une certaine mesure, elle se construit autour de la musique. Je ne vis pas pour autant à 100 % de mon art mais j'y consacre désormais tout mon temps…

Qui était Jeronimo avant de devenir chanteur ?

Jeronimo ? Il était prof de guitare (rires…) Mais entre le prof et le chanteur, il existe une véritable frontière : ce n'est pas du tout la même approche de la musique ! Parfois, c'est étrange : mes élèves me manquent ! J'en recroise certains à des concerts. Mais heureusement aucun d'entre eux ne me balance un reproche du genre : " Tiens, tu nous as salement lâché… " D'ailleurs, lorsque l'histoire Jeronimo touchera à sa fin, je les retrouverai bien assez vite !

Quand Jeronimo part en tournée, loin de sa famille, de ses amis et de son entourage, éprouve-t-il de la tristesse ?

Etonnement, je vais répondre non. La vie est tellement excitante en tournée que je ne ressens pas ce manque, cette sensation de vide. En réalité, il s'agit d'une existence très particulière : un peu concentrée, très exigeante et surtout, très fatigante. En tournée, nous vivons dans une sorte de bulle, hors de toute réalité commune. Bien sûr, certains moments sont plus difficiles, les journées n'en finissent plus et le soir, parfois, la solitude te menace... Mais dans l'ensemble, je ne me plains pas de la vie en tournée…

Sur « 12h33 », la chanson intitulée " La fille que j'aime " évoque un être parfait. T'arrive-t-il de rêver de l'être romantique idéal ?

C'est quelque chose qui m'est complètement inconnu… Cette chanson reste une histoire d'amour très naïve. Le thème de " La fille que j'aime " réside dans un sentiment ambigu, quelque chose d'abstrait et d'inaccessible. Que ce soit clair : la fille dont je parle dans cette chanson n'existe pas !

Pourtant, la thématique de cette chanson risque de toucher bon nombre d'auditeurs. Tout le monde s'interroge, se demande si l'être parfaitement complémentaire existe…

Pour moi, cette hypothèse n'existe pas. Je ne me suis d'ailleurs jamais posé cette question en écrivant la chanson. Personnellement, je considère que les rêves ne sont que mensonges. Et comme le souligne le refrain : " Je rêve de la fille que j'aime ", il ne s'agit que d'un songe, rien de plus…

Quand ton premier disque est sorti, la presse t'a vite collé une étiquette de " joyeux surréaliste " de la chanson française. Aujourd'hui, l'univers de Jeronimo est beaucoup plus terre à terre. Etais-tu conscient de cette évolution quand tu as composé 12h33 ?

Mon état d'esprit a changé : c'est indéniable. A la relecture des paroles du premier album, je me situais en retrait par rapport à mes propres textes et aux différents personnages que je décrivais. Et puis, il y a eu une tournée, des concerts, des rencontres, de nouveaux liens. Tous ces éléments ont engendré un ton nouveau. Au final, j'avais vraiment envie d'écrire un disque plus introspectif. Pour moi, ce nouvel album est plus romantique et désabusé que surréaliste ou cynique, c'est une certitude…

Tu voudrais paraître moins cynique… Pourtant, de nombreux titres prennent un joli bain de cynisme. Tes chansons s'inspirent-elles d'expériences personnelles ?

Oui, c'est une grande différence par rapport au premier album qui n'était nullement autobiographique. Cette fois, la majeure partie de mon travail raconte des circonstances, des humeurs, des sensations, des impressions éprouvées dans différents contextes.

Drôle de réaction : tu connais un chouette petit succès et, paradoxalement, nous retrouvons un Jeronimo plus mélancolique, chantant des textes plus sombres. Nous étions pourtant en droit de nous attendre à des chansons euphoriques après ce premier essai, non ?

A chaque médaille son revers. Le premier album fut très passionnant et enrichissant mais la tournée qui s'en suivi fut très fatigante et dévastatrice à des niveaux plus personnels. J'ai énormément appris grâce au premier album : à répondre aux journalistes (sourires), à monter sur scène, à répondre à l'attente du public, à résister à de fortes pressions, etc. Mais à partir d'un moment, cette vie artistique a pris le pas sur tout le reste. Malheureusement, à l'époque, je ne suis pas parvenu à réprimer ce sentiment de lassitude. Quelque part, j'ai tenu à être honnête sur ce nouvel album et l'affirmer haut et fort au public : " Ecoutez les choses ne marchent pas comme elles le devraient: je préférerai en parler pour qu'elles s'améliorent ! "

Ressens-tu une sorte de pulsion thérapeutique lorsque tu interprètes les chansons de ton nouvel album ?

Cet album demeure une sorte de catharsis. J'ai essayé de coucher sur papier tout ce qui m'avais atteint pendant les deux dernières années de mon existence. Inconsciemment, j'ai certainement déclenché une sorte d'auto thérapie. Aujourd'hui, je me sens mieux. C'est donc que ça fonctionne! Pourtant, c'était réellement difficile. Des gars me croisaient dans la rue: 'Ouah, c'est génial ce qu'il t'arrive !' et inlassablement, je répondais : 'C'est chouette : j'ai perdu ma baraque, je suis complètement déboussolé mais c'est super…' En réalité, la première année d'" Une Vie Sans Toi " fut complètement euphorique et la deuxième restera à jamais gravée dans mon esprit comme une lente descente aux enfers… Sérieusement : la vie d'un artiste n'est pas rose ! La presse a tendance à nous représenter comme des stars logées dans de grands hôtels de luxe. Mais en réalité, il t'arrive de dormir dans une camionnette ou à la belle étoile parce qu'un distrait a oublié de te réserver une chambre. La vie d'artiste, ce n'est pas que des paillettes…

Sur la pochette de " 12h33 ", tu sembles même un peu triste…

Je suis tout seul dans une ville que je ne connais pas. Cette illustration résume assez bien mon état d'esprit de l'époque…

Ce disque marque-t-il un tournant dans la carrière de Jeronimo ?

Je l'espère de tout cœur ! Pour moi, " 12h33 " est un disque de transition. Et ce, pour plusieurs raisons : il n'a pas du tout été réalisé de la même façon que le premier, les paroles sont plus sombres et surtout, pour la circonstance fois, l'éternel petit groupe a eu son mot à dire sur toutes les chansons. Nous voulions éviter de retomber dans le même son et le même ton. Seul, j'aurais refait la même chose… Cette fois, on retrouve du folk, du jazz et du blues : c'est différent !

" Ce que nous ont laissé les vieux " est le titre d'une de tes nouvelles chansons. Ce n'est pas très gentil pour les vieux…

Je le sais… Mais il ne faut certainement pas interpréter ce titre au sens propre du terme ! Il s'agit d'une chanson réactionnaire. Soyons clairs : aujourd'hui, il convient de se couler dans le moule, de porter certains vêtements, de faire des activités de jeunes pour paraître jeune. Bref, nous vivons une sorte de chirurgie esthétique appliquée à la vie. Or, Jacques Brel, par exemple, soutenait que l'accomplissement d'une vie, c'est de vieillir. Il avait entièrement raison : la vie s'écoule et notre existence va dans ce sens là… Cette chanson s'assimile à une réflexion relativement vaste : c'est une interprétation socio-économique mais aussi musicale. Je pense notamment à tous ces vieux cons qui soutiennent ardemment que personne ne fera jamais mieux que les Beatles, que Pink Floyd ou que Bob Dylan. Je déteste cette attitude… Pourtant, je ne remets pas en doute l'immense talent de nos prédécesseurs mais je pense sincèrement que les artistes contemporains sont particulièrement doués…

Certaines de tes chansons respirent la " Belgitude ". " Moi je voudrais ", par exemple, nous procure cette légère sensation patriotique. Est-ce un sentiment voulu et recherché ?

En réalité, j'ai composé cette chanson à Montréal. En somme, on peut soutenir que lorsqu'on s'éloigne de la montagne, on aperçoit mieux son sommet. En écrivant cette chanson loin de chez moi, je me suis laissé davantage de liberté. Cette chanson n'est pas médisante : elle ne fustige aucunement notre pays. Actuellement, sur le plan international, la Belgique est meilleure en musique qu'en football. Alors, pourquoi s'en cacher ? Et puis, au regard de sa taille et de sa géographie, la Belgique rayonne énormément sur le reste du monde. En ce qui me concerne, je me suis vraiment rendu compte de cette situation à l'étranger. Dans le reste du monde, le Belge véhicule une image sympathique : celle d'un individu qui ne se prend pas trop au sérieux, une personnalité emplie d'autodérision et d'un certain sens de l'humour.

Le titre de ce disque suscite une dernière curiosité : Pourquoi avoir opté pour " 12h33 "?

J'ai retrouvé ce chiffre dans mes notes de travail. Je le trouvais beau… il était intriguant et sans signification profonde. Mais faut-il vraiment y apporter une explication ? Bon… (réflexion…) Alors, disons que c'est un simple équilibre entre le jour et la nuit !

 

Jeronimo

12h33

Écrit par
Franchement, j'avoue ne pas avoir aimé le premier elpee de Jéronimo. Son écriture me paraissait trop automatique à mon goût. Et puis il déclamait plus qu’il ne chantait, donnant à l’ensemble du premier essai un ton trop uniforme qui finissait par lasser. J’ai donc été agréablement surpris en écoutant ce « 12h33 ». La plupart des médias ont décrété que cet opus est plus mélancolique, introverti, cynique, désabusé. Personnellement, j’estime qu’il est surtout beaucoup plus profond et contient en outre, quelques chansons à la fois belles et bouleversantes. Jérôme a vécu des moments difficiles (NDR : une séparation douloureuse, le suicide d’un ami et le décès de son grand-père). Ses chansons lui ont donc servi de thérapie. Enfin, ses compères Thomas Jungblut (drums) et Sacha Symon (basse) ont davantage participé à l’écriture. Des compos qui ont été concoctées lors des deux années qu’il a passé à tourner au Canada, en Suisse, en Espagne et en France. Un opus sur lequel figure l’adaptation d’une complainte negro-spiritual immortalisée par Bob Dylan sur « The freewheelin », « Corrina, Corrina ». Un final post-rock de près de 9 minutes (« Pour partir »). Et puis surtout deux titres puissants et douloureux : « Tous les gens que tu aimes vont mourir un jour » et « Comme par miracle ». Des messages qu’il adresse - peut-être involontairement - à celles et ceux qui ont perdu un être cher… L’album est assorti d’un livret contenant photos, textes, notes et commentaires de ses chansons. Et si vous voulez en savoir davantage, je vous invite à prendre connaissance de l’interview consacrée à l’artiste…

Jeronimo

Un monde sans moi

Écrit par

Voilà un talent belge à découvrir d'urgence. Le Liégeois Jérôme Mardaga, alias Jeronimo, nous raconte de petites histoires douces-amères qui évitent subtilement tous les clichés du genre. Ce sera par exemple " Je crois que ma femme me trompe, mais je tiens bon ", " J'ai rencontré Sarah le jour de mon mariage " ou, dans un autre registre, " A Monaco, quand il y a de l'orage, je sors la BM du garage pour négocier tous les virages de la corniche supérieure ". Tout en utilisant un vocabulaire simple, il a l'art de trouver le mot juste et d'ajouter la petite phrase à laquelle on ne s'attendait pas. Jeronimo évoque tout cela avec un parlé-chanté faussement timide, qui pourrait lasser sur la longueur. Il a heureusement l'intelligence de varier les climats musicaux en les adaptant aux textes (ou l'inverse, je ne sais pas comment il travaille). Il peut se lancer seul à la guitare sèche ou, au contraire, partir dans des envolées très électriques qui ne déplairaient pas aux fans de House of Love, par exemple. Enfin, pour compléter la panoplie du talent, Jeronimo sait aussi ciseler des mélodies qui trottent rapidement en tête. Pour preuve " Ton éternel petit groupe " et " Ma femme me trompe " qui tournent beaucoup sur les radios belges. Signalons encore que ce premier album, dont on attend déjà les successeurs avec impatience, comprend une reprise-traduction très musclée de David Bowie, intitulée " J'ai peur des Américains ".