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Guitariste-chanteur dans l’univers du psyché/folk, Dorian Sorriaux a sévi comme guitariste au sein du groupe suédois Blues Pills. Il s’émancipe en explorant de nouveaux univers musicaux, et notamment à travers un folk plus acoustique et des textes plus…

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Nada Surf

L'effet de proximité...

La réputation qui colle à la peau de Nada Surf (« Pfff, un groupe de djeûnes ») repose sur un immense malentendu : « Popular », ce hit planétaire d'il y a dix-sept ans qui a presque entériné la fin du groupe. Encore aujourd'hui, on prend ces trois Américains à l'oreille fine pour des gamins débiles, qui chante des trucs de filles pour épater la galerie. Un trio de têtes de nœuds qui nagent dans leurs baskets, à vouloir faire les grands avec leurs mélodies pour cour de récré. Nada Surf, pourtant, ne s'est jamais rendu coupable de quoi que ce soit : juste un gros tube un peu neuneu, pris au premier degré par des midinettes en rut. Parce qu'en fin de compte, « Popular » n'est pas une si bête chanson. La radio, aujourd'hui, nous assomme avec bien pire. Tant qu'à faire, pourquoi même ne pas y voir un manifeste post-situ préfigurant la télé-réalité ? Ces gars-là seraient donc moins cons qu'ils n'en ont l'air ?…

Leur dernier album, « Let Go », est d'ailleurs un petit chef d'œuvre. Comme le précédent « The Proximity Effect »). Même le premier, en fait, sonnait bien. Un grand malentendu, qu'on vous dit. Que ce concert aura presque fini par effacer, à grands renforts de refrains accrocheurs et de mélodies parfaites (« Blonde On Blonde », « Blizzard of '77 », « Inside of Love », « Hi-Speed Soul », « Hyperspace », « Robot », « 80 Windows », etc.). Presque. Parce qu'il y aura toujours des jeunes délurées pour venir perturber le concert, attendant patiemment leur « Popular » : a-t-on déjà vu, de courte mémoire, des gamines monter sur scène pour embrasser le chanteur, à part dans les concerts de la Star Ac' ? Et puis d'où sortent-ils, tous ces écoliers ? Ils devaient encore salir leurs couches quand « Popular » faisait un carton sur toutes les ondes de la planète… Justement, dès les premiers accords de la dite chanson, ce fut le délire : une centaine de personnes sur scène, à gueuler en chœur ce refrain tant attendu. Impressionnant et forcément… bon enfant. Ajoutez à cela une diction parfaite en français de la part du chanteur et du bassiste, quelques remarques sympathiques (la guerre, bla bla bla) et une set-list formidable, ponctuée même d'une reprise haletante de « Love Will Tear Us Apart » (que tous ces bambins se devraient de connaître, au lieu d'écouter Avril Lavigne), et le tour était presque joué. Presque. Parce que malgré un nouvel album d'une douceur rassurante (adulte ?), malgré des chansons finement ciselées, Nada Surf continue à être pris pour un groupe d'ados. Peut-être devraient-ils porter de grosses barbes et se mettre à la country en buvant de la Budweiser, ça ferait fuir les fifilles.

Nada Surf

Peaceful Ghosts

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D’une précision de métronome, ces orfèvres ès power rock nous proposent une nouvelle livraison de toute bonne facture, qui vient gonfler –et pas artificiellement !– une discographie quasi-exempte de faute de goût… Enregistré en 2016, « Peaceful Ghosts » constitue le  9ème elpee du band new-yorkais qui revisite ici habilement une partie de son répertoire, flanqué de l’‘ORF Radio Orchestra’ viennois ainsi que du ‘Babelsberg Film Orchestra’ berlinois.

Propulsé en 92 par son tube, devenu planétaire, « Popular », Nada Surf a progressivement étoffé sa discographie et de manière… remarquable. Les versions proposées sur « Peaceful Ghosts » sont inévitablement plus ‘soft’ et paisibles. Soigneusement réarrangés, aussi. Et enrichies de cuivres et de cordes, des plages comme le très classieux « Blizzard of 77 », « Blonde on Blonde » ou « Inside of Love » tissent une remarquable texture autour de la voix claire de Matthew Caws, tout en proposant des mélodies discrètes, mais tellement chargées de feeling (NDR : arrache cœurs ?) Après avoir initialement commis un hold-up, dans les charts, début des nineties, la formation a décidé qu’elle ne Nada Surf(erait) plus sur la vague commerciale. Depuis, elle a privilégié une carrière à l’œuvre sincère et véritable, en la jalonnant de compos irréprochables. Ce petit détour orchestré lui offre, néanmoins, une belle cure de jouvence…

 

Nada Surf

The stars are indifferent to Astronomy

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Sixième album en quinze ans de carrière pour le trio new-yorkais. Et pas de souci, la voix de Matthew Caws est toujours aussi envoûtante…

Et oui, quinze ans déjà que Nada surfe (mmh… facile !) sur la vague rock alternative américaine. On leur doit par ailleurs quelques ‘classiques’ incontournables comme « Always Love », « Whose Authority » ou encore l’hyper médiatisé « Popular ». Succès entièrement mérité pour ce band bien accepté de ce côté-ci de l’Atlantique, principalement en France car Mattew, à la guitare et au chant ainsi que Daniel Lorca, préposé à la basse, se sont rencontrés au lycée français de New York ; donc se débrouillent plutôt bien pour parler la langue ‘hexagonale’. Ne baser son succès que sur ce détail serait vraiment une injustice flagrante. En effet, en plus d’être capable d’échanger (et ils le font en toute simplicité) avec son public anglophile ou francophile, Nada Surf est responsable d’une musique pop hyper dynamique, bien léchée et entraînante à souhait. La section rythmique endiablée, d’une efficacité redoutable, n’y est sans doute pas étrangère. Les 10 morceaux (seulement) insufflent une grosse énergie à celui qui tend l’oreille vers cette plaque de grande qualité où spontanéité et naïveté font bon ménage.

Ce nouvel elpee fait suite à un léger creux qui a quand-même duré quatre longues années. Hormis, « If I had a Hi-Fi », un opus composé exclusivement de reprises et publié en 2010, il fallait remonter à 2008, pour retrouver la trace d’un elpee studio. « Lucky » paru en 2008. Il suivait « The Weight is a gift » en 2007 et « Let go », en 2002. Nada Surf renoue ici avec une bonne vieille habitude : proposer une musique immédiate qui vous charme instinctivement. Les New-yorkais sont de retour et très heureux de nous le faire savoir. En dix plages, dix chansons pop échevelées et harmonieuses Mattew, Daniel et Ira Elliot sonnent le rappel des troupes.

Grâce à une production impeccable due à Ric Ocasek (NDR : Cars) et une instrumentation à la hauteur, c’est une nouvelle fois un album frais et inventif que nous livre le combo américain. C’est ce côté festif d’une musique hyper accessible et pas compliquée qui garantit une pérennité à ce groupe où le talent est inversement proportionnel au nombre de ses musiciens…

Tendez donc un peu l’oreille à « Jules and Jim », hommage à Truffaut, ou encore « The Moon is calling » (et la liste n’est pas exhaustive), splendide ballade pop/rock imparable ; en un mot, laissez-vous tenter et en y mettant le petit doigt, c’est le bras entier qui sera dévoré par ce trio diabolique. Excellent ! Un album de grande facture ! Un des meilleurs de la discographie du groupe. Un concentré de bonheur !

 

Nada Surf

If I had a hi-fi

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Le sixième album de Nada Surf est exclusivement constitué de reprises. Un projet qui n’est cependant pas destiné à mettre en exergue de leurs références. En fait, les musicos ont tout simplement décidé de mettre à leur sauce, des chansons qu’ils avaient appréciées, au cours des derniers mois. Des sessions qui n’ont duré que 3 semaines. Elles se sont déroulées en septembre 2009, aux studios texans ‘Resonate’ d’Austin (Texas) ; des sessions au cours desquelles, le trio a notamment reçu le concours du pianiste Louie Lino. Douze covers parfois méconnaissables (et en particulier le « Love and anger » de Kate Bush) mais souvent remarquablement réappropriées (le décalé « Enjoy the Silence » de Depeche Mode, le pétillant « You were so warm » de Dwight Twilley, le ‘byrdsien’ –ces superbes harmonies vocales et cette électricité crépitante !– « Electrocution » de Bill Fox et « Bye Bye Beauté » de Coralie Clément ; chanté dans la langue de Molière par Caws, il est bercé par de subtiles cordes de guitare bringuebalantes). Plus fidèle à l’original, le « Love goes on » des Go-Betweens communique parfaitement son feeling mélodique. Tout comme le vivifiant « The agony of Laffitte » de Spoon. Ballade mid tempo, « Evolution » est signée par un obscur combo espagnol répondant au patronyme de Mercromina. Imprimée sur un mid tempo, elle est enrichie d’orchestrations de cordes. Des orchestrations que l’on retrouve sur la version du « Question » des Moody Blues. Etoffée de cuivres, pour la circonstance. Superbe, elle est presque parfaite. Presque, à cause de la voix de Matthew qui ne parvient pas à moduler son timbre, comme David Justin Hayward, lors du couplet central. Reste le trop bref et intimiste « Janine » d’Arthur Russell, et puis le pêchu et nerveux « Bright side » de The Soft Pack. Une adaptation qui baigne dans la power pop réminiscente des Buzzcocks. Pas l’album de l’année, mais un opus aussi agréable que rafraîchissant…

Nada Surf

Un groupe toujours aussi ‘popular’...

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Responsable d’un tout nouvel opus (“Lucky”), Nada Surf est donc reparti en tournée. Et pour la circonstance, le trio a choisi d’emporter dans ses bagages la formation californienne, Rogue Wave, dont le dernier album paru l’an dernier (« Asleep at heaven’s gate ») est enfin distribué chez nous depuis le 22 février. Bref, une soirée qui s’annonçait sous les meilleurs auspices, lorsqu’on connaît la générosité du band new-yorkais.

Les trente minutes dévolues à Rogue Wave ont constitué, il faut le reconnaître, une excellente mise en bouche. Zach est un excellent chanteur, dont le timbre peut rappeler Robert Pollard (Guided By Voices) et tous les musiciens (surtout le claviériste de tournée et le drummer) sont susceptibles de soutenir de superbes backing vocaux. Le quintet semble heureux de se produire en ‘live’ (tout sourire, Gram, le guitariste soliste, en est la plus belle illustration !) et privilégie les compos du dernier elpee : « Fantasies », « Like I needed », une version tribale de « Lake Michigan » qui se mue progressivement en pseudo valse, un morceau au cours duquel Ira Elliot, le drummer de Nada Surf, vient donner quelques coups de cymbales ; et puis surtout un superbe « Chicago X12 », renforcé par les vocaux de Matthew Caws (NDR : il a également collaboré à l’enregistrement le l’album). Un seul titre issu de « Out the shadow » : “Kicking The Heart Out” ; et en finale, la cover du “Birds” de Neil Young, version originale qui figure sur l’elpee “After the goldrush ». Les mélodies sont contagieuses et le son plus incisif que sur disque. Une très bonne surprise ! Le groupe devrait revenir chez nous, fin du printemps prochain.   

Cinq miroirs ronds et convexes sur pied sont placés au fond de la scène et reflètent les images déformées des musiciens vus de dos ; mais inévitablement de différentes portions du public. Original ! Le trio est soutenu par le claviériste Louie Linno, un collaborateur de longue date. Mais c’est le seul qui ne chante pas. La coiffure en dreadlocks de Daniel Lorca, le bassiste, est toujours aussi impressionnante. A partir du milieu du concert, son addiciton à la clope va le pousser à griller cigarette sur cigarette ; à un tel point qu’il parvient même à chanter en la tenant du bout des lèvres (NDR : et après on s’étonnera qu’il est parfois difficile d’interdire de fumer dans les salles…) Le début du set manque cependant singulièrement de pèche. Le fiston de Daniel vient poser sa voix sur « Happy kid ». Charmant ! Le groupe est pourtant bien en place et les harmonies vocales sont impeccables, mais les chansons ne décollent pas. Matthew avoue avoir la fièvre. Mais il faudra attendre le septième titre « Kilian’s red » pour qu’enfin il nous la communique. A partir de cet instant, le concert va monter en puissance. Notamment grâce à « Paper boats », « 80 windows », « Do it again » et « See the bones », qui achève le corps du show. Sans oublier « Inside of love », au cours duquel le public se balance de gauche à droite (NDR : à moins que ce ne soit de droite à gauche), à l’invitation de Caws.

Lors du premier rappel, Matthew revient d’abord seul, flanqué de sa six cordes. Le groupe le rejoint pour « Blizzard of 77 » et embraie par la berceuse « Blonde on blonde », puis le contagieux « Always love » ainsi qu’un « Blankest year » propice au défoulement. Et pour cause, Matthew y incite la foule à reprendre en chœur, un ‘fuck you’ vindicatif. Même le claviériste préposé à la tournée de Rogue Wave est venu se joindre aux quelques spectateurs, conviés à monter sur le podium, pour danser.

Vu l’ambiance, un deuxième rappel est inévitable. Et Nada Surf de se lancer dans un morceau digne de Hüsker Dü avant de concéder un « Popular », qu’il ne joue plus que très rarement. Parce qu’il le traîne comme un boulet depuis ses débuts. Mais qu’y faire lorsqu’on est devenu aussi populaire. Et que pour partager le bonheur de son public, on n’hésite pas à se produire en concert, près de deux heures…

 
Organisation : Botanique.

 

Nada Surf

Lucky

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Il est loin le temps de « High/Low » et de son méga tube « Popular » ! Un temps où le trio était injustement perçu, au mieux, comme un ‘one hit wonder’, au pire, comme un vulgaire ersatz de Weezer. Douze années, trois essais et quelques changements de labels plus tard, la bande à Matthew Caws s’installe chez City Slang et dévoile un cinquième ouvrage agréablement séduisant.

Introduit par « See These Bones », potentiel carton radiophonique, « Lucky » marque une nouvelle étape dans la maturation de Nada Surf, entamée sur « Let Go » en 2002. Les onze pépites pop de cette plaque lorgnent résolument du côté de Fountains Of Wayne (« From Now On » ou l’entêtant « Beautiful Beat » ou Death Cab For Cutie (« Weightless », « I Like What You Say »). Ben Gibbard, leader de ces derniers, joue par ailleurs aux special guests sur le morceau « See These Bones », au même titre que Sean Nelson chef de file d’un exemple parfait de one hit wonder, Harvey Danger (souvenez-vous, l’obsédant « Flagpole Sitta »). Au niveau des collaborations, le trio ne s’est rien privé, faisant appel, outre les deux artistes précités, à Ed Harcourt, Martin Wenk (Calexico) ou encore John Roderick (The Long Winters).

Loin d’être impressionnant, « Lucky » n’en est pas moins une succession solide et marquante de compositions pop rock joliment écrites et interprétées avec une passion apparente. Une chose est sûre : Nada Surf a vaillamment survécu à l’épreuve du temps. Une chance !

Nada Surf

The Weight is a Gift

C’est bien que Matthew Caws ait pu arrêter son boulot de disquaire, grâce au succès de « Let Go », l’excellent troisième album de Nada Surf. En même temps, un boulot de disquaire, c’est formidable : être plongé dans ce qu’on aime le plus (NDR : la musique) toute la journée, moyennant dividendes, forcément on aurait tort de se priver. En même temps, se coltiner le fan de Véronique Sanson ou l’aïeul sourd et malpropre qui coche dans sa vieille liste pourrie le 189e disque de Bach qu’il vient d’acheter, les yeux fébriles, la langue pendante, le crâne qui pellicule… Ca le fait déjà moins. D’où l’intermède musical, le groupe de potes qui ‘boeufent’, voire mieux : qui connaît la gloire, puis le succès critique. Nada Surf, donc ? Le malentendu « Popular », la retraite commerciale, le deuxième album perdu dans les limbes de la distribution, le retour inattendu, puis cet album, « The Weight is a Gift »… Un cadeau de poids. Une écriture limpide, pop au sens noble du terme. De la mélancolie, parfois même énergique. Le truc « High Fidelity », en somme… Pas étonnant que Matthew Caws était jadis disquaire ! Alors, quoi ?!?, faut-il être terriblement heureux pour écouter de la musique pop, ou profondément désespéré ? Le mieux est de rester gentil, surtout avec les ‘bons clients’.

Nada Surf

Un très long mais beau voyage...

Nada Surf vient de sortir un live, enregistré à l'AB le 31 mars 2003. Nous y étions (voir notre rubrique " reviews "), et nous avions même interviewé Matthew Caws (chanteur/guitariste) lors de leur passage à Dour, en été dernier. L'occasion de revenir sur la genèse de " Let Go ", un des albums pop rock de 2002, et sur la carrière de Nada Surf, un des groupes les plus mésestimés de sa génération.

Votre album est sorti maintenant il y a quelques mois… Il marche plutôt bien, non ?

Matthew Caws : On est très content et très surpris ! Et très occupé aussi : on n'a pas arrêté de tourner depuis le 1er septembre (2002)… Ca n'arrête pas ! En tout ça fera 15 mois. C'est l'année la plus chargée de notre carrière. Ce qui est bizarre parce que les gens nous voient comme le groupe d'un seul tube… Mais en ce moment tout marche très bien : le public vient nous voir en masse. Nous sommes enfin acceptés pour ce que nous sommes vraiment : un groupe de plusieurs chansons, pas d'une seule.

Vous êtes donc en train de vivre votre période la plus active… Mais que s'est-il exactement passé avec " The Proximity Effect " ?

C'est une histoire très classique, à savoir que cet album est sorti au moment où c'était la fin d'un genre. " Popular " était tombé au bon endroit au bon moment, et notre maison de disque - une major - voulait un deuxième " Popular "… Il faut savoir qu'en 1998, toute cette ère de richesse alternative prenait fin. D'où la panique de notre maison de disque. 'Il nous faut un tube énorme', et bla bla bla : tu vois le genre… Quand on leur a fait écouter " The Proximity Effect " - un disque dont on était très fier et qui aurait bien marché, je crois -, ils l'ont mis au placard. On aurait pu faire semblant de rien et continuer notre chemin… Mais on voulait que ce disque sorte ! Donc on a attendu pour le sortir nous-mêmes. Et il nous a fallu un an et demi pour racheter les droits…

Ce fut une période d'intense frustration, je suppose ?

Absolument. Mais cet épisode nous a rendus aussi plus forts. Il nous a même permis reprendre une vie normale. Pendant deux ans, j'ai travaillé chez le disquaire du coin, tout en sortant tous les soirs avec des amis. Une période de ma vie assez relax et sans ambition, que je n'aurais jamais pu avoir avant. Parce que si je n'avais pas joué dans un groupe, il m'aurait fallu choisir une carrière et la suivre… Or, comme il y avait Nada Surf, je préférais ne pas être trop occupé au cas où… Il me fallait juste tuer le temps ! Et même si d'un côté cette transition peut être rapidement déprimante, elle était aussi une manière d'un peu ralentir les choses. Ce qui explique pourquoi " Let Go " est écrit du point de vue du type qui a une vie normale. Mais maintenant nous sommes repartis pour la vie surréaliste ! Nous habitons dans des autobus et des hôtels… Mon appartement et mon job de disquaire me manquent un peu !

Est-ce que cette période de ta vie a eu une incidence sur la manière de composer " Let Go " ? On vous sent plus unis que jamais…

C'est exact ! Tu connais l'expression : " Ce qui ne te tue pas te rend plus fort ". On prend un plus grand plaisir à jouer. Et puis c'était mieux que personne n'attende ce disque. Tu sais, moi, le matin, j'avais l'habitude de consulter mes mails pendant cinq minutes, pour me rappeler que j'avais un groupe : " Ah oui ! Il y a des gens qui nous adorent et attendent qu'on fasse un disque ! ". Puis je devais aller boulotter… Mais à part ça, il n'y avait pas grand monde qui se souciait encore de nous… Et c'est la raison pour laquelle on a pu faire ce disque si naturellement. Pour " The Proximity Effect " il y avait pas mal de pression, mais pas pour celui-ci. Maintenant par contre…

Pourquoi avez-vous choisi d'ouvrir l'album par une ballade toute simple, sans batterie ni basse (" Blizzard of 77 ") ? Pour marquer le coup, comme un nouveau départ ?

Tout à fait. Et aussi parce ce qu'elle ne dure seulement que deux minutes, et qu'on ne savait pas comment débuter l'album ! Et puis j'aime bien le fait que ce soit juste une guitare, parce que dès le deuxième morceau la basse et la batterie arrivent … C'est comme une ascension.

Et la chanson " Là pour ça " ? C'est la première de Nada Surf en français.

C'est Daniel (Lorca, le bassiste) qui l'a écrite. On avait accompli une très longue tournée en France, en compagnie de deux membres d'AS Dragon, et comme Daniel est plus francophone que moi, il a écrit cette chanson d'une traite, de manière très naturelle… On l'a repris sur le disque parce qu'on aime bien une certaine variété. Elle figure même sur les versions US et anglaise.

Ce qui surprend à l'écoute de ce titre, c'est qu'il semble couler de source : comme si le fait de ne pas être des francophones d'origine vous sauvait des tics du langage. D'où cette spontanéité qui fait plaisir à entendre… Et qu'on ne retrouve plus forcément dans la chanson ou le rock français d'aujourd'hui.

Ah ben c'est cool ça, je suis content ! Personnellement, je suis intimidé par la langue française. J'aime bien Gainsbourg, mais il est bien trop fort pour qu'on tente de s'y mesurer ! Comment veux-tu écrire en français après ce qu'il a fait ? Mais merci pour le compliment !

Quand Daniel chante " Vive la marée haute et vive la marée basse mais surtout vive la différence ", qu'est-ce qu'il veut dire exactement ?

Ben c'est la vie, quoi. Et le voyage entre les deux, c'est ce qu'on fait tous les jours.

C'est vrai que du premier album à celui-ci, ce fût un long voyage…

Un très long voyage, mais un beau voyage. Je crois en fait qu'on collectionne les clichés à la Spinal Tap : les camions qui tombent en panne, les managers de gros bizness, le tube, la chute, le come-back,… Ira (Elliot, batteur) et moi on a même fait de la taule au Texas pour détention de drogues ! Portant des uniformes à lignes noires et blanches, comme dans " O Brother Where Are Thou ? " (rires)

Comment t'es venue l'idée de la chanson " Blonde On Blonde " ? Comme tu le chantes : t'étais dans la rue, t'écoutais Dylan… et voilà ?

Oui, exactement : c'est une chanson très simple. Il pleuvait, je marchais, les autres gens marchaient plus vite… Mais ce que je ne dis pas dans la chanson, c'est que je traversais une période difficile dans ma vie. Mais j'avais un bon imperméable, et un de mes disques favoris dans mon discman, et tout à coup j'étais heureux. Ce n'est même pas un hommage à Dylan. C'est juste une berceuse. Même si j'adore " Blonde On Blonde " de Dylan, et que je l'adorerai toujours. Et chaque fois que je l'écoute, je ressens quelque chose de nouveau.

Lors de votre dernier concert à l'AB (dont est tiré le disque live qui vient de sortir), il était difficile de ne pas ressentir un certain décalage entre vos fans et votre musique (cfr review du concert). On dirait que vos fans ne grandissent pas en même temps que vous, comme si Nada Surf souffrait encore du malentendu " Popular ". D'autant que cette chanson est très ironique ! Il s'agit d'un double malentendu, en fait ?

Mouais, c'est vrai… Mais ça ne nous gêne pas. Le malentendu avec " Popular " au départ, c'était que les gens critiqués dans la chanson l'adoraient ! Les footballeurs, les cheerleaders, tous ces gens étaient présents dans le public lors de notre première tournée ! C'était marrant, mais en même temps assez flippant. Mais heureusement ils ne sont jamais revenus après ça ! Quant au fait que notre public soit jeune, c'est un fait… Mais il vient pour entendre les chansons de " The Proximity Effect " et de " Let Go ".

Vous pourriez pourtant aisément toucher un public plus mature ?

J'admets, mais ça vient. Lentement mais sûrement. Tu sais, notre nom sonne un peu californien, jeune. Même si sa signification est toute autre : " Nada ", c'est le rien. " Surfer sur le rien ". Sur le vide. Cela dire… (un temps) qu'on est des rêveurs. Comme si on n'était pas là, parfois. Au pire. Nous sommes plutôt déconnectés. Surtout quand on est en studio et qu'on écoute de la musique. L'explication est un peu embarrassante, mais en même temps elle nous fait passer pour des gens qui restent secrets, et j'aime ça. Tu peux continuer à découvrir des trucs en écoutant Nada Surf. C'est un peu le côté " culte " des choses. Mais le public plus âgé commence à venir, et c'est tant mieux.

Nada Surf

Let go

Écrit par

En 1996, ce trio yankee commettait un superbe premier elpee. Produit par Ric Ocasek, " Hig/Low " recelait le hit " Popular ", une chanson qui allait faire un tabac au sein des charts internationaux. Deux ans plus tard, leur deuxième opus, " The proximity effect ", essuyait les frais d'une production trop lissée. Avec pour conséquence un flop magistral, ponctué d'un conflit avec son label major (NDR : Warner Bros, pour ne pas le citer !). Faut dire que la maison de disques avait aussi attendu plus d'un an et demi avant de sortir le disque aux States. Une situation qui va pousser les deux parties à se séparer. Et c'est sous les couleurs de 'Labels' que Nada Surf nous revient avec " Let go ". Un disque qui recèle un tube en puissance : " Hi-speed soul ". Une compo que n'aurait pas renié New Order. Et puis le très beau" Killian's red ". Une chanson remarquable, contagieuse, parfois même menaçante, dont le sens mélodique rappelle Travis. Même le timbre vocal de Matthew Caws est aussi fragile que celui de Fran Healey. Un sens mélodique que l'on retrouve tout au long de l'opus (NDR : il ne faut pas oublier que le premier elpee de Travis était très électrique !) ; et en particulier sur le mélancolique " Inside of love ", la berceuse " Blonde on blonde ", et puis encore chez le poignant " Paper boats ", parcouru par un filet de mellotron. Tout au long des douze fragments de cet opus, Nada Surf a cependant le bon goût d'alterner chansons romantiques, troublantes et titres power pop plus allègres, contagieux. Et puis d'apporter un soin tout particulier aux harmonies vocales, parfois réminiscentes d'ELO. " Blizzard of 77 " lorgne même vers la période acoustique des Beatles (NDR: pensez au double blanc!). Mais ce qui fait la force de cet elpee, c'est la charge émotionnelle qui hante chacune des compositions. Un must !

 

Nada Surf

Militants pour la défense des droits de la femme...

Écrit par

Daniel Lorca est né à Madrid, mais a vécu presque toute son enfance à New York, où il est allé à l'école française, en compagnie de son ami de toujours, Matthew Caws. Vous ne serez donc pas étonnés d'apprendre qu'ils manient très bien la langue de Molière. Ce qui est assez exceptionnel pour des Américains. Ira Elliot, le troisième larron, est un New-yorkais de pure souche. Plus âgé que ses deux autres compères, il s'est forgé une solide réputation de drummer au cours des eighties. En jouant au sein de tas de formations de garage rock. Et notamment des légendaires Fuzztones. Le groupe vient d'enregistrer son deuxième album, " The proximity efect ". Mais, rien à faire, lorsqu'on évoque Nada Surf, on ne peut s'empêcher de penser à leur formidable hit, décroché en 1996, " Popular ". Et pourtant, cette popularité ne leur est pas monté à la tête, car Ira, Matthew et Daniel sont demeurés très simples, disponibles, tout en acceptant d'aborder des sujets parfois difficiles. Des types vraiment sympas !

Pourquoi avoir confié la production de votre deuxième album à Fred Maher ? N'étiez-vous pas satisfait des services de Ric Ocasek ?

D. : Il n'existe pas de raison bien particulière. Nous souhaitions tenter notre chance avec quelqu'un d'autre. Nous avions établi une liste de producteurs, auxquels nous aurions pu faire appel. Mais nous avons d'abord rencontré Fred. Il a écouté notre cassette et s'est montré très intéressé. Mais nous avons surtout opté pour lui, parce que le courant était bien passé entre nous, lors de notre première rencontre. En fait, nous voulions collaborer avec quelqu'un qui soit très proche de nous, quelqu'un avec lequel on puisse être capable de cohabiter en studio, pendant trois mois, sans se rentrer dedans. Et je crois que nous avons fait le bon choix. Parce qu'il est ouvert à toutes les alternatives. Que ce soit les loops, l'électronique, l'informatique ou le traitement des sonorités acoustiques.

M. : (en terminant son plat de pâtes). Il est très cool dans tous les styles, et il est même parvenu à nous faire admettre des trucs qu'on croyait ne pas être notre tasse de thé. Il ne faut pas oublier qu'il était membre de Scritti Politti, qu'il a produit l'album parfait de Matthew Sweet, et surtout de Lou Reed, avec lequel il a d'ailleurs joué. Et tout ce qu'il fait, il le fait à fond. Aussi, nous avons beaucoup de respect pour lui...

Y a-t-il une manière fondamentale de travailler entre Ric et Fred ?

M. : Oui, Ric est beaucoup plus rapide, tandis que Fred est plus soigné.

Donc Maher vous a coûté plus cher !

M. : (rires) Absolument ! Normal, puisque nous avons passé beaucoup plus de temps en studio pour mettre en forme " The proximity effect ". L'enregistrement de " High/low ", n'a pas été trop onéreux. Parce que Ric n'est pas obnubilé par le fric. Lorsqu'il nous a demandé de produire notre premier album, il nous a simplement dit de ne pas trop nous tracasser pour la facture. L'argent n'est pas au centre de ses préoccupations, pourvu qu'il en ait assez pour vivre. Produire est vraiment sa passion…

D. : On a ainsi compris, au fil des interviews, pourquoi Ric était souvent sollicité pour produire le premier album des nouveaux groupes…

Il paraît que le job d'ingénieur du son, n'est pas vraiment le truc de Matthew ?

M. : Tout a fait ! Parce que je suis loin d'être doué dans ce domaine. A vrai dire, après avoir végété au sein de plusieurs groupes sans récolter le moindre succès, j'ai commencé à me poser des questions. Qu'est ce que j'allais devenir dans cette putain d'existence. J'étais alors âgé de 25-26 ans, et j'étais pourtant bien contaminé par le virus de la musique. Alors, j'ai pensé devenir ingénieur du son, producteur. Un beau métier qui allait enfin m'ouvrir de nouvelles perspectives. J'ai donc suivi des cours, au sein d'une école spécialisée. Qui était, je m'en rends compte aujourd'hui, complètement nulle. Je suis alors entré comme stagiaire au sein d'un studio d'enregistrement. Et je me suis royalement planté. Parce que je n'avais pas les compétences techniques. Lorsqu'un appareil ne fonctionnait plus, j'en réclamais un autre. J'étais incapable de réparer la moindre panne, aussi bénigne fut elle. Déjà que je n'étais pas doué en maths et en physique à l'école, mais là, alors, je me suis senti nul, nul, nul. Pour quelqu'un qui aime écouter des disques, j'ai vraiment manqué ma cible. Ingénieur du son, c'était vraiment trop fort pour moi…

En signant chez Warner, étiez-vous conscients que, quelque part, vous devriez accepter des compromis ?

M. : Nous en sommes conscients. D'ailleurs, nous avons réfléchi longuement avant de prendre cette décision. Parce que cette situation n'était pas prévue. C'est à dire que depuis que nous jouons ensemble, nous en sommes à notre troisième groupe. En outre, celui-ci est celui pour lequel nous avions le moins d'ambitions. On espérait, quand même, finir par décrocher un contrat. Au sein d'un petit label indépendant, par exemple. Mais lorsque nous avons reçu une proposition d'un major, on s'est demandé ce qui nous arrivait. On ne s'y attendait vraiment pas !…

D. : On n'y pensait même pas ! On s'est cassé la tête pensant plusieurs mois avant de prendre une décision. Nous n'en dormions plus. Nous voulions protéger la formation, car nous savions qu'en acceptant cette proposition, nous prenions des risques. En fait, sur dix groupes signés par un major, je crois qu'au moins six d'entre eux sont obligés de splitter. A cause du contrat. Parce que lorsqu'on ne vend pas assez de disques, la seule raison de survivre, c'est de casser le groupe. C'est l'unique solution pour gommer la dette que te lie à ce type de label…

M. : Une telle aventure est toujours périlleuse. D'abord, parce nous aimons ce que nous faisons ; ensuite, parce que nous sommes très soucieux de préserver le capital confiance qui s'est instauré entre le public et nous-mêmes. C'était sans doute la seule raison de ne pas signer. Au bout du compte, on s'est dit que nos disques pouvaient se retrouver dans tous les bacs des disquaires. Que ce serait bien, car c'est une raison pour laquelle on se produit en concert. Evidemment, signer pour une grande firme, ce n'est pas très cool. Mais prendre des décisions à cause de quelque chose qui est cool ou pas cool, ce n'est pas très cool… (rires). Dans ces conditions, nous n'avions pas de raison de refuser cette offre.

Léonard Cohen, est-ce un symbole pour Nada Surf ?

M. : Si on veut. Nous apprécions beaucoup ses textes, sa voix, sa manière de jouer de la guitare. Mais surtout ses textes, souvent pervers et un peu sadiques. Et les mélodies également. Des mélodies folk méditerranéennes (NDR : difficile à prononcer pour un anglophone !)

D. : Ses lyrics sont tellement beaux et soignés. Il raconte des histoires personnelles ou des choses embarrassantes avec une facilité inouïe. Nous, lorsque nous écrivons une chanson, il nous arrive de rencontrer d'énormes difficultés pour la terminer. Parce que si je ressens au fond de moi-même ce que je souhaite exprimer, traduire cette sensation, sans trop relater des sentiments personnels ou trop embarrassants, m'est assez difficile. Je n'ai terminé ma chanson que lorsque je suis parvenu à cracher ce que j'ai vraiment à dire. Chez lui, il le fait si naturellement. Il est vraiment fantastique...

M. : J'ai récemment lu " Beautiful loser ", son roman. Il est très beau. Il explore, de la même manière que dans ses chansons, les coins les plus cachés des relations intimes, des relations charnelles. Il pousse très loin l'idée du désir, de la jalousie. Du désir amoureux, et du désir le plus intense. Et c'est très bien écrit…

L'autorité parentale, c'est une idée de l'éducation que vous contestez. Pourquoi ? Défendez-vous votre propre concept de l'éducation des enfants ou est-ce simplement le résultat de conflits rencontrés au cours de votre enfance ?

D. : Ma propre expérience vécue au cours de mon enfance se traduit aujourd'hui par un certain ressentiment à l'égard du monde adulte, en général. Entre 14 et 17 ans, j'ai passé des moments pénibles. Tout ceux qui m'entouraient, profs, parents, adultes, me tenaient le même discours. M'imposant une ligne de conduite pour devenir heureux dans la vie. Un mode de vie complètement absurde que j'ai dû chasser de mon esprit pour retrouver mon équilibre. Ma crise d'adolescence, je l'ai vécue à 16 ans. Pendant deux ans, j'ai souffert d'une grosse déprime. J'étais même complètement flippé. A cause de ces valeurs qu'on avait inculqué et que je ne parvenais pas à éliminer. Je ne voulais pas croire que le bonheur se résumait à trouver du boulot, gagner du fric, avoir une belle bagnole, se marier, avoir des enfants et un chien, divorcer, et bla bla bla… J'imaginais la vie autrement. Et pour corser le tout, je suis né catholique. Tu peux donc imaginer que ma conscience était moulée dans ce dogme religieux, avec toute cette merde qu'il charrie. Dieu est mort pour moi, le jour de ma confirmation. Lorsque je me suis confessé au prêtre, j'ai été incapable de lui cacher la vérité. Je lui ai donc avoué avoir menti à mes parents, me masturber… des actes tout à fait normaux, lorsqu'on est âgé de 14 ans. Alors, il m'a infligé 40 'notre père' et 60 'ave Maria'. Et pendant que je récitais toutes ces prières, dans l'église, à une vitesse supersonique, j'entendais mes copains qui jouaient dehors. Et je voulais les rejoindre. Eux, n'avaient pas dit toute la vérité, et quelque part, ils avaient été récompensés… Puis j'ai commencé à me poser des questions. Ce n'était pas possible que Dieu écoute des prières débitées à une telle cadence. C'était vraiment n'importe quoi. Quelle connerie ! J'en ai donc conclu que si je pouvais encore croire en Dieu, il me serait impossible d'encore faire confiance à l'Eglise. La religion travestit la vérité. Plus tard, je suis passé par le même type de crise, mais avec mes parents… là, j'ai vraiment trop parlé...

Non, non, c'est vraiment très intéressant…

I. : Pourtant, c'est déjà une vieille histoire (rires) !

Qu'est ce qui va si mal au sein de l'école supérieure américaine, pour la critiquer à ce point sur votre hit, " Popular " ?

I. : Je n'ai pas fréquenté les cours de l'école supérieure américaine. Mais j'aurais voulu y aller. Malheureusement, ma famille n'était pas dans une situation sociale favorable pour que je puisse y accéder. Aux States, des tas de gosses rencontrent ce type de frustration. En ce qui concerne " Popular ", nous ne visions pas tout particulièrement l'école supérieure, mais les gens en général. Leur comportement, leur conduite, les règles qu'ils ont édictées en matière d'éducation…

Pourtant, lorsque vous avez décroché un hit avec cette chanson, ne pensez-vous pas être passés à côté de votre objectif ? Lorsque le public chante des slogans engagés, sans se rendre compte de ce qu'il dit, n'est-ce pas manquer son but ?

M. : Je comprends ce que tu veux dire. Lorsqu'on écrit une chanson conceptuelle, on se dit que dans un monde parfait, elle deviendrait un tube énorme. Or le monde est loin d'être parfait. Ce qui explique pourquoi, on ne s'attendait pas que cette chanson devienne un hit. Mais je ne crois pas que nous ayons manqué notre cible. Parce que cette satire, en devenant un hit, a été portée à son degré le plus élevé.

D. : Et elle est devenue double. C'est très intéressant. Parce que ceux qui se sont rendu compte qu'il s'agissait d'une satire en ont fait leur hymne. Et un sujet de réflexion. Par contre les autres, qui ne sont attirés que par le confort, la banalité et le superficiel, en ont également fait leur hymne. Un peu comme cette pom pom girl de mon ancien lycée, qui imagine, chaque fois qu'elle entend la chanson, que c'est sa chanson. Et en tombe presque en pâmoison. Et là, on se marre tous. Et on a du mal à croire comment elle peut se laisser piéger ainsi. Tu comprends ainsi pourquoi je parle de double ironie…

Sur votre dernier album, deux de vos chansons " Mothers' day " et " Robert ", s'intéressent aux droits de la femme. Avez-vous quelques explications à fournir, au sujet de ce que je considère comme un message ?

M. : Il n'y a pas grand-chose de nouveau à ce niveau. Rien de révolutionnaire non plus. Mais on ne raconte pas n'importe quoi. Nous pensions qu'il était important de le dire, en tant que mecs, de groupe masculin. Parce que je pense que dans le monde, il y a encore des types qui sont aveuglés par leurs principes. Inutile de leur parler d'une manifestation réunissant des femmes, ils ne la voient pas, ils ne l'écoutent pas, ils ne l'entendent même pas. Pire, ils l'ignorent. Ils sont à côté de la plaque. Ils peuvent aimer leur mère, leur sœur, ou à la rigueur leur épouse, mais traitent la femme comme un objet quelconque. Nous sommes très sensibles à cette situation. Parce que je connais des femmes qui se sont fait violer. Et en particulier l'histoire d'une amie, qui m'a beaucoup marqué. Alors, tu comprends, pourquoi on s'est engagé personnellement dans cette lutte…

Ira, tu as joué au sein de plusieurs groupes avant de rejoindre Nada Surf. Notamment les Fuzztones. Une belle aventure ?

I. : Avec le recul, je reconnais que mon séjour chez les Fuzztones fut une belle aventure. Mais je dois avouer qu'au moment même, ce n'était pas toujours la joie. Il y avait une tension permanente entre les membres du groupe. M'enfin, c'est vrai que nous dégagions, surtout sur scène, énormément de fun. Cependant, le groupe au sein duquel j'ai connu les meilleurs moments demeure Dear of Discipline. Un petit combo new-yorkais, qui pratiquait un style à mi chemin entre les Cramps et ACDC, dont tu n'as sans doute jamais entendu parler…

Vous ne semblez pas très chauds de voir votre public s'adonner au stage-diving. Une raison ?

D. : Parce qu'on ne souhaite pas que nos concerts se soldent par des blessés. Nous nous soucions de l'intégrité physique de notre public. Nous avons ainsi un jour failli arrêter un concert, parce que de très jeunes ados se faisaient écraser contre les barrières de sécurité. Lorsque je vois quelqu'un qui se tord de douleur, je me sens responsable. Et je ne parviens plus à me concentrer, et encore moins à prendre mon pied. Maintenant, lorsque l'ambiance est positive, et que le public est capable d'autogestion, je ne suis pas opposé au stage-diving. J'en ai même fait à une certaine époque….

Version originale de l'interview parue dans le n° 69 (décembre 1998) du magazine MOFO

 

Nada Surf

The proximity effect

Vous vous souvenez certainement encore de leur single, " Popular ", commis voici déjà deux ans. Une chanson qui allait faire un véritable tabac dans les charts internationaux. Dans la foulée, le trio enregistrait un premier album, " High/low ". Produit par Ric Ocasek, il libérait un pop punk bien incisif, hymnique, mais savoureusement léché. Nonobstant ces qualités, cet opus ne rencontra pas le succès mérité. Aujourd’hui, la formation nous revient avec un deuxième elpee, intitulé " The proximity effect ". Derrière les manettes, on ne retrouve cependant plus l’ex Cars, mais Fred Maher, dont la carte de visite épingle la mise en forme d’oeuvres de Material, Scritti Politti, Luna, Matthew Sweet et surtout Lou Reed. Ce qui a probablement été une erreur. Car si les mélodies sont toujours aussi contagieuses, l’instrumentation manque singulièrement de relief, de cinglant. Et de superbes chansons comme " Hyperspace ", " Mothers’s day " ou " Dispossession ", parviennent trop difficilement à faire la différence. Dommage ! Surtout pour un groupe qui est parvenu à conserver, sur les planches, cette réputation de groupe électrique dans le sens le plus sauvage du terme…

 

Nada Surf

High/Low

Qui n'a pas encore entendu "Popular " à la télévision, à la radio ou chez un copain? Un tube devenu en l'espace de quelques semaines un titre maître pour tous les ados. Et ce, grâce à la promo de sa firme de disques, bien sûr, mais aussi et surtout à F** Radio qui a choisi cette chanson pour assurer la bande sonore de sa nouvelle publicité télévisée. Et lorsqu'on connaît l'influence de cette fréquence sur les jeunes français et belges... Pourtant, il aura fallu près de cinq ans au groupe avant qu'il ne parvienne à s'extraire de l'incognito. Précisément lorsque Ric Ocasek (leader du défunt Cars et producteur de Weezer) a mis à leur service ses dons de producteur. Une opportunité qui les placera sur orbite. "High/Low " se situe au croisement de la musique pratiquée par Offspring, dans sa période la plus mélodique, Weezer (bien sûr!), Sonic Youth, et Whipping Boy (surtout quand Matthews Caws se met à déclamer ses textes). Bref, un album à l'image du single...