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L’ostréiculture de Quivers…

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Swans

Leaving meaning

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« Leaving meaning » constitue déjà le quinzième album de Swans, et suivant son habitude, Michael Gira et sa troupe se sont montrés généreux. Très généreux, même, puisque cet elpee est double et propose une heure trente de musique en 12 morceaux. A propos de troupe, le New-yorkais, outre son backing group et plusieurs membres d’Angels of Light, a reçu le concours de toute une volée de collaborateurs. Dont son épouse Jennifer et les sœurs Anna et Maria von Hausswolff, aux chœurs, ainsi que Jeremy Barnes et Ben Frost, ce dernier assurant également la mise en forme. Soit 18 musicos, en tout !

A l’instar de l’œuvre de Michael Gira, et tout particulièrement chez Swans, les compos sont ténébreuses, angoissantes, hypnotiques, reptiliennes, parfois propices à la transe. Un sentiment de fausse quiétude envahit cependant le plus folk « Annaline », une plage trempée dans le minimalisme atmosphérique. Mais également « Amnesia », un morceau au cours duquel les voix féminines semblent pousser des cris de chauves-souris. Incantatoire, « The hanging man » réveille le souvenir du « Whatevershebringswesing » de Kevin Ayers, mais parcouru de volutes bouddhistes psalmodiées, alors que des sonneries de passages à niveau accentuent la perception d’angoisse. Des voix (les sœurs von Hausswolff, bien sûr et celle shamanique de Gira) qui entretiennent un climat gothique, tout au long de « Sunfucker », malgré la présence discrète de cuivres jazzyfiants, assurés par le trio de jazz noir The Necks, une section de cuivres australienne notoire pour ses impros. Elle est bien plus présente tout au long de « The Nub », une compo à la progression sinueuse, latente et lugubre. Valse mid tempo, « It's Coming It's Rea » est littéralement porté par les chœurs chatoyants et lumineux des frangines von Ausswolf. Paru en single, ce titre est également le plus accessible. Ritournelle quasi-liturgique (NDR : cet orgue !), « Cathedrals of heaven » s’enfonce progressivement dans le psychédélisme éthéré du « More » de Pink Floyd. Un rayon de soleil éclaire quand même « What is this ? », une composition atmosphérique qui nous entraîne au cœur d’un Mercury Rev. L’album s’achève par « My phantom limb ». Cette finale réverbère des échos spectraux et des harmonies vocales désynchronisées qui finissent par se démultiplier jusqu’à l’infini.

Fallait quand même en parler, mais existentialistes, les lyrics traitent du chaos et de l’effondrement du monde contemporain. Pas une surprise, puisque Gira revient régulièrement sur le sujet. Bref, les aficionados d’Angels of Light et de Swans devraient être aux anges (?!?!). Pour le mélomane lambda, l’écoute de cet album risque d’être épuisante et déprimante, à moins que vous ne l’abordiez avec un sens du 2ème voire 3ème degré. Une chose est sûre, on ne peut pas dire qu’au cours de sa carrière, Michael Gira (NDR : il est aujourd’hui âgé de 65 balais) ait accepté le moindre compromis. C’est tout à son honneur, même si le personnage est plutôt hermétique, quand on s’intéresse à son discours…

Swans

Mi-dieu, mi-bête…

Écrit par

Côté pile ou côté face, un concert des Swans recèle toujours une part de mystère...
Selon l’humeur de son mentor ou du mélomane, mais également les circonstances qui entourent le déroulement de la soirée, le résultat peut s’avérer une expérience transcendante ou une épreuve physique et douloureuse (surtout pour les tympans délicats).
Mais ce qui est certain, c'est qu'il se passe toujours quelque chose.
Au moment où la pièce de monnaie voltige dans les airs, incertaine de la face qui échouera sur le sol, les premières grappes de spectateurs s'avancent solennellement vers l'autel où Michael Gira et les siens transformeront l'atmosphère en une matière palpable et l'air en un incandescent magma en fusion.

Mais avant le déluge, place à la montée des eaux...

Okkyung Lee, est seule sur l’estrade.

En vérité, non. La jeune artiste est accompagnée de son violoncelle.

Elle et son instrument font totalement corps pour livrer une prestation déconcertante.

Qui en aucun cas ne peut laisser indifférent.

Ses soli dressent une cartographie imaginaire de l'émotion à fleur de peau.

Grinçants pour certains, électriques pour d'autres, ses incessants va-et-vient le long de son manche sont vertigineux et libèrent une intensité indescriptible.

Si une totale immersion en solitaire est nécessaire pour pénétrer l'univers de cette artiste, c’est après avoir atteint le cœur de sa musique organique, que la magie peut exercer ses charmes. Mais pour parvenir à atteindre cet état de conscience, il faut également être hermétique à toute distraction extérieure (ce qui dans le cas de votre serviteur s'avère délicat, ce soir).

Expérimentale, marginale et abstraite, son expression sonore a le pouvoir de convertir celles et ceux disposés à oser une telle plongée en apnée.

Son archet ciselant l'épine dorsale jusqu'à en tirer l'essence du frisson.

À contrario, pour celles et ceux restés au pas de la porte, cette musique évoque tour à tour le chant du bourdon dans une bouteille de verre ou encore la lente agonie d'un brame engoncé dans une gorge rocailleuse.

Elle n’est guère accessible et exige un minimum d'abandon.

Perso, distrait par de nombreux éléments extérieurs, je n'ai pas autorisé la demoiselle à pénétrer mon esprit, déjà tourné vers le noir ramage des oiseaux nocturnes.

Au vingt et unième coup d'horloge, le gong retentit.

Par vagues successives, la vague sonore ondule et envahit l’espace.

Telle la marée montante, qui bientôt nous submergera.

Lentement, mais sûrement.

Après plus de vingt minutes essentielles au conditionnement, le set commence à s'articuler autour de Michael Gira, plus shaman que jamais (et diva me souffleront certains).

"Frankie M" suit donc ce déluge en s’infiltrant lentement, insidieusement, dans nos ouïes, nos esprits et nos âmes.

Une rythmique hypnotique, lourde et puissante assiège sournoisement nos remparts, rejetant toute forme de complicité maligne…

Physique, âpre et rugueuse, la bête envahit tout l’espace.

Haletante, elle nous pousse dans nos derniers retranchements.

Sa puissance est monstrueuse, mais sa sensibilité est à fleur de peau...

Orchestrant tel un rituel, le chaos organisé autour de lui, Gira exige autant du public que de son groupe ou de toute personne impliquée dans le processus.

Son attitude despotique a depuis longtemps forgé son image, voire son mythe, et il semble prendre un certain plaisir à en jouer.

Impassibles et rôdés aux desseins de leur maître, les autres membres s’exécutent autour de cette ossature et dirigent le son exactement où le dieu Gira l'exige, soit vers des cimes ténébreuses et tourmentées où la pleine conscience se brise sur des versants saillants.

Exigeant, voir intransigeant, seul maître à bord d'une embarcation frayant au travers du tumulte, Michael Gira est LA figure de proue de Swans, quitte à laisser les autres comme de simples faire-valoir.

Pourtant, inutile d'êtres devin pour constater que Swans ne serait pas ce qu'il est actuellement, sous une autre configuration.

Derrière cet effacement, qui semble parfois confiner à l'ennui –suffit d’observer Kristof Hahn, délégué au pedal steel, qui mastique un chewing-gum– se cache en fait le secret de Swans ; soit une harmonie parfaite au sein d'une hégémonie indiscutable.

Cinglant l'air de ses bras, exhortant sa troupe, l'homme au stetson (absent de son chef, ce soir) dirige donc l'auditoire vers le gouffre tendu comme une gueule affamée.

L'écume aux lèvres, la créature nous happe.

Rares sont celles et ceux qui s'échappent ou font mine de vouloir y échapper.

Après plus de deux heures de célébration, la messe est dite.

En communion avec leur public, les cygnes tirent leur révérence.

Majestueux.

Les tympans déchirés mais l'esprit libéré, la foule peut alors se retirer.

Dehors, la nuit est douce.

Les premiers avis s'échangent sur le parvis.

Au bout de l'expérience, résonne pour un long moment encore l'écho de Swans.

(Organisation Reflektor)

 

 

Swans

The seer

Impliqué malgré lui dans le mouvement no wave, bruitiste avant l’heure, ce groupe avant-gardiste new-yorkais vient de concocter son deuxième essai, depuis leur reformation en 2009. Et quel album ! Toujours sous la houlette de leur gourou Michael Gira, « The seer » fait suite à « My father will guide me up a rope to the sky ». Une œuvre qui s’étale sur 2 bonnes heures, proposant des morceaux de 10 à 30 minutes. Fatale, extrême, languissante, hypnotique, viscérale, incantatoire, tantôt sauvage, tantôt paisible, la musique baigne au sein d’un univers apocalyptique à la beauté intense. D’ailleurs on ne sort pas indemne après avoir écouté « The seer ». « Mother of the world », « Avatar » mais surtout le titre maître, « A piece of the sky » et « The apostate » en sont les plus beaux exemples. Ecrasants, les rythmes s’élèvent en crescendo. Ils menacent, frappent et virent, in fine, à la folie sinistre. Un dénominateur commun aux compos de cet elpee, le baryton aigre-doux, fatigué, gémissant, profond, de Gira.

Celui-ci a déclaré que ce double elpee œuvre constituait le point culminant de 30 années de carrière. J’ajouterai, plus que probablement sa synthèse. Dans la discographie de Swans, « Filth », « Greed », « Children of God », « The burning world », « White light from the mouth of infinity » et « Love of live » constituent des oeuvres incontournables. Pourtant, en 1997, le band se sépare et Gira se concentre sur différents projets, dont Angels of Light, davantage orienté vers le concept du ‘drone’. Il faudra attendre 2010, pour que Gira remonte ses Cygnes. Il cherchait son second souffle. Et le trouve immédiatement sur le vaporeux « My Father Will Guide Me up a Rope to the Sky ». « The seer » en est donc la suite. Et première constatation, il épingle quelques collaborations. La plus surprenante ? Celle de Jarboe, son ex-compagne, sur « A piece of a sky ». Encore que celles du couple Sparhawk/Parker (Low) pour « Lunacy » ou de Karen O des Yeah Yeah Yeahs a également de quoi déconcerter. Ils sont d’ailleurs une trentaine à avoir participé aux sessions de ce qui risque plus que probablement de devenir le chef d’œuvre de Swans…

 

Swans

My father Will Guide Me Up A Rope To The Sky

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Avant la sortie de « My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky », j’avoue n’avoir jamais écouté un album de Swans. Bien sûr, j’avais déjà entendu parler de cette formation avant-gardiste américaine fondée en 1982 ; et d’après mes lectures, j’avais compris qu’il s’agissait d’un des piliers de la scène no wave, à l’instar de Sonic Youth. Faut dire aussi, qu’à l’époque de leur séparation, en 1997, je n’étais pas encore mûr pour assimiler ce type de musique. Est-ce une bonne excuse ? Aucune idée. Soit !

Swans vient donc d’opérer son retour, après treize années de séparation, en publiant ce douzième opus, intitulé « My father Will Guide Me Up A Rope To The Sky ». Entretemps, le leader avait quand même entrepris une carrière solo et remonté un autre combo, Angels of Light. Et puis, il ne faut pas oublier qu’il a fondé le label Young God Records, au sein duquel militent ou ont milité, notamment, Akron/Family, Devendra Banhart, Ulan Bator, Lisa Germano et Wovenhand. Le Californien avait déclaré que cette reformation n’était pas destinée à ressasser le passé, mais simplement à reprendre le processus dans l’évolution de la musique du groupe. Il a donc rappelé Norman Westberg, autre membre originel du combo, ainsi que quelques musicos qui avaient déjà bossé en compagnie de Swans.

L’album s’ouvre par « No Words/ No Thoughts ». Un tintement de cloches prélude le développement d’un climat ténébreux et malsain, réalisé par couches sonores successives. Progressivement, le tempo s’accélère. Les drums entrent en lice puis le timbre grave et sombre de Michael Gira. A vous flanquer des frissons partout. Après neuf minutes, le morceau a atteint sa puissance ultime et s’achève dans le drone. L’elpee recèle plusieurs morceaux sculptés dans un dark folk sous tension électrique. Une intensité électricité qui peut même prendre le dessus, à l’instar de « My Birth » ou « Eden Prison ». Des chœurs envahissent « Jim » et « You Fucking People Make ». Devendra Banhart sur l’un et la fille de Gira sur l’autre collaborent aux vocaux.

Manifestement, Swans a eu une influence majeure sur le mouvement dark folk. Et notamment sur un groupe comme 16 Horsepower et surtout Wovenhand. Silver Mount Zion également. Chez qui les similitudes sont flagrantes, lorsqu’ils accompagnaient Vic Chesnutt. Et même sur un groupe belge comme Kiss The Anus of the Black Cat.

Perso, je viens de faire une découverte. Ce qui va m’inciter à me pencher sur l’œuvre de Gira. Qu’elle soit en solitaire, au sein d’Angels of Light ou à travers Swans.

The Swans

Photographs and Letters

Pas de méprise! Cet album n'est pas une œuvre posthume de la bande à Michael Gira et de Jarboe, mais le disque d'un obscur duo, apparemment néerlandais, qui ne semble pas avoir beaucoup de scrupules pour usurper le nom d'un mythe de la no wave new-yorkaise. D'autant plus que leur musique est mièvre, insipide, sophistiquée à l'excès, voire eurovisionulle. Excellents instrumentistes, les deux comparses auraient même intérêt à postuler pour un emploi auprès d'Obispo ou Dion...

Swans

Kill the child - Real love

Écrit par

Evidemment, si vous ne connaissez Swans que depuis le début des eighties, vous risquez fort de tomber du haut de votre chaise. En fait, sur ces deux albums ‘live’, enregistrés quelque part en Europe entre 85 et 87, le groupe new-yorkais use et abuse de sonorités post industrielles monolithiques, répétitives, pour communiquer la douleur et le dégoût ressentis par Michaël Gira, face aux aspects les plus inhumains et destructeurs de la société contemporaine. Mais on a beau être de grands admirateurs de Swans, il faut reconnaître que cette période n'était certainement pas la plus passionnante du groupe. Pour inconditionnels uniquement!

 

Swans

Die Tür ist zu

Tout comme Nick Cave, Michaël Gira est un romantique manqué, un voyeur poursuivi par l'autodérision. Un romancier dont l'œuvre conceptuelle dénonce chez son auteur une double personnalité. Faut-il le croire, lorsqu'il proclame la fin prochaine de Swans, alors que l'ossature du groupe se limite à sa compagne Jarboe et à lui-même? Faut-il le croire, lorsqu'il nous annonce la sortie d'un double album, déjà intitulé "Soundtrack for the blind"? Faut-il le croire lorsqu'il lie cet épilogue à une ultime tournée mondiale? En attendant, il nous propose un EP qui comptabilise un peu moins d'une heure. Rien que le premier titre dépasse les 21 minutes. Un morceau qui aborde l'ambient psychédélique, avant de revenir à une incontournable progression de cordes, hantée par la voix morne, creuse de Gira. Jarboe apporte également son concours aux claviers et puis surtout ses arabesques vocales mélancoliques sur l'une ou l'autre composition de ce "Die Tür ist zu" (NDR: traduction: les portes sont ouvertes). Notamment pour l'adaptation acoustique de "Mother father", rebaptisée "M/F" pour la circonstance, et puis sur "4RP". Un album qui implique également une version écourtée de "The sound", enregistré live au Schach Hof de Brême.

 

Swans

Soundtrack for the blind

Swans a donc décidé de mettre la clef sous le paillasson. Enfin, plus exactement, Michaël Gira et Jarboe ont décrété qu'ils n'enregistreraient plus sous le patronyme Swans. Et ce " Soundtracks for the blind " constitue l'épilogue de l'histoire de ce groupe, dont la naissance remonte déjà au tout début des eighties. Un testament, présenté sous la forme d'un double CD, dont le deuxième disque est essentiellement partagé entre bruitages expérimentaux, prises " live ", remixes et versions retravaillées, parmi lesquelles figure un véritable morceau d'anthologie de près de 16 minutes, " Helpless child ". Plus conventionnel, l'autre disque privilégie les compositions hypnotiques, spectrales, majestueuses, pathétiques dans leur tragédie humaine... Une œuvre pour laquelle, le drummer d'Iggy Pop, Larry Mullins, et celui de Ministry, Bill Rieflin, ont participé...

 

Swans

Comment devenir voyeur, si on ne parvient pas à s observer soi-même?

Écrit par
Les interviews accordées par Michaël Gira sont plutôt rares. D'abord, il n'aime pas trop les journalistes, et puis essayer de lui tirer les vers du nez ressemble à un véritable parcours du combattant. Pas qu'il soit antipathique. Disons simplement que ses chansons constituent un patrimoine très personnel, plutôt secret, qu'il répugne à débattre. A charge de l'auditeur d'y trouver ses propres explications. Et lorsqu'il se sent quelque peu piégé, il manie alors l'humour comme Lagardère son fleuret. Mais avant de passer à cet entretien, plantons le décor: Gira, chapeau vissé sur la tête, lunettes solaires et boulon qu'il mâchonne machinalement ou rallume dès qu'il estime avoir marqué des points...

Pourquoi ce silence de trois longues années, et puis deux albums dans la foulée?

Nous avons pris tout notre temps. Nous avons quitté New York pour la Géorgie. Pour Atlanta très exactement. Onze albums en onze ans sans compter les tournées et les projets parallèles. J'en avais marre de ce rythme. Nous étions devenus incapables d'évaluer notre travail. Nous avions besoin de faire un break. Cependant, nous ne sommes pas restés totalement inactifs pendant trois ans, puisque nous nous sommes investis dans des projets alternatifs.

Que devient Skin?

Je recommencerai un jour cette expérience. Pas dans l'immédiat, puisque Skin est aujourd'hui sans maison de disques!

C'est la raison pour laquelle le projet n'a plus rien accouché de concret depuis si longtemps?

Plus rien depuis 1987. Non pardon, il a sorti un album en 1990. Et il en enregistrera un bientôt.

Que représente pour toi la "No wave" (NDR: mouvement musical, et même artistique, qui a secoué l'underground new-yorkais au début des eighties, et au sein duquel ont trempé, entre autres, Live Skull, UT, Sonic Youth et Swans) ?

Qu'est ce que c'est que ça? Du gel pour les cheveux? Je n'ai jamais entendu parler de ce mouvement!

Ni de Live Skull, je suppose?

On dirait le titre d'un film d'horreur!

Ou encore de Sonic Youth?

Qu'est ce que c'est que cette marque? Un test de grossesse? Non, je ne connais pas tous ces gens (NDR: Pouh, la mauvaise foi!)

Quelle différence y a-t-il entre Skin et Swans?

C'est juste un prétexte pour travailler. Je ne parviendrai jamais à comprendre tous ces groupes qui se contentent d'un album par an. Il y a tellement de créneaux à explorer! Que font-ils le reste du temps? Se droguer? Personnellement, je suis incapable de me croiser les bras. Je trouve toujours un prétexte pour ne pas rester inactif. C'est pourquoi j'ai gravé un album solo, entrepris le projet Skin, écrit un livre,... c'est ma manière de vivre. J'estime qu'il est essentiel de se remettre constamment en question...

A propos de ton livre, il est sorti en même temps que ton album solo? Est-ce une œuvre autobiographique?

"Drainland" est probablement l'album le plus personnel que j'ai commis à ce jour. J'ai repiqué des enregistrements de conversations établies entre Jarboe et moi-même. Je trouvais l'idée intéressante. Un peu dans l'esprit de "Qui a peur de Virgina Wolf ?". Il met en scène le portrait spontané et naturel de deux personnages qui vivent ensemble et surtout de la manière dont ils dialoguent... lorsqu'ils ont bu!

Pourquoi avoir choisi Rollins pour éditer ton livre?

Il ne l'a pas édité. Il l'a simplement publié. Je ne laisserai jamais quiconque éditer mon livre. Même pas le président Clinton! Mais le livre n'est pas encore sorti!

Que représentent Camus et Sartre dans l'écriture de Michaël Gira? Quels sont les auteurs qui t'inspirent?

Je n'ai pas lu ces auteurs depuis mon adolescence. Ils ne représentent pas grand-chose à mes yeux, à vrai dire. Je suis davantage influencé par la télévision et la publicité que par la littérature. Principalement la télévision...

On pourrait alors te considérer comme un chroniqueur cynique de la société contemporaine?

Un voyeur est quelqu'un qui s'installe à l'extérieur pour observer ce qui se passe à l'intérieur des gens. C'est ce que je suis, je suppose. Mais comment devenir voyeur, si on ne parvient pas à s'observer soi-même?

N'est-il pas dangereux de trouver la sérénité dans la tristesse? Ou est-ce simplement un moyen d'exorciser tes propres angoisses?

Tu me trouves triste?

Tes chansons le sont ?

Triste n'est pas l'adjectif adéquat. Je pense simplement que mes chansons reposent sur l'émotion. Quant à la sérénité, je doute la rencontrer un jour...

Dans "Mind/ Bloody/ Light/ Sound", tu dis: "l'éternité ne dure pas longtemps" As-tu peur de la mort? Crains-tu l'apocalypse?

Je suis incapable de répondre à une question pareille. Pose là plutôt au pape Jean-Paul II! (rires)... Salman Rushdie a peur de la mort. Pas moi! Je n'ai rien à ajouter sur un tel sujet. Chacun doit admettre son propre destin.

Pourquoi affirmer alors, dans "Telepathy", que "mon corps commence là où ma mémoire s'arrête..."?

Ce n'est pas moi qui affirme cela, c'est la chanson (NDR: ?!?!...). Je n'utilise pas la musique pour me confesser au monde! Crois-tu que Kurt Weill ou Braque parlent d'eux-mêmes dans leurs œuvres?

The Great Annihilator aurait tout aussi bien pu servir au titre d'un film qui met en scène Schwarzenegger. Est-ce une bonne métaphore?

Non, pas du tout! C'est un terme de physique. De cosmologie. Une théorie de Stephen Hawking selon laquelle l'univers s'est créé à partir de l'explosion d'un grand trou noir. Avec le temps, les molécules retournent dans l'espace; et lorsqu'elles atteignent l'état d'inertie, elles sont aspirées par ce vide, avec pour conséquence, une réversibilité du temps. Ce trou noir est appelé "The great annihilator". Je ne m'intéresse pas outre mesure à la science, mais je trouvais que l'image était belle (NDR: ?!?!)

Penses-tu que le temps soit liquide? Que tout est unité et vice-versa?

Tout est liquide. Le corps est liquide... Non honnêtement, je n'en sais rien. Je ne suis pas philosophe. Demande plutôt au Dalaï-Lama. Je ne suis qu'un solitaire qui tente de s'exprimer à travers des mots. Je chante un peu aussi. Est-il possible pour moi, comme pour toi de répondre à une question pareille sans risquer de pondre des âneries? Si j'y répondais, cela voudrait signifier que je sais tout. Or, je ne sais rien et c'est mieux ainsi. C'est pourquoi, je n'y répondrai pas. (NDR: n'était-ce pas une réponse de philosophe?)

Merci à Christophe Godfroid

(Version originale de l'interview parue dans le n° 39 - décembre 1995/janvier 1996 - de Mofo)

 

 

 

 

Swans

The Great Annihilator

Il a donc fallu trois ans à Swans pour se décider à sortir un album studio. Et, il faut reconnaître que l'attente n'aura pas était vaine. On y retrouve la même intensité que dans "The Burning World" (1989) ou "Love of life" (1992). Mais surtout un esthétisme doré qui approche la forme classique. Une œuvre aux textures variées, aux mélodies à la fois belles et sinistres, qui oscillent de la violence pure à la mélancolie cadencée, en passant par la puissance circulaire et les abstractions atmosphériques. Les incantations désespérées de Gira chargées de force, de peur et de désir dénotent une pureté et une profondeur extrême dans le feeling, alors que les lamentations célestes, sensuelles de Jarboe envoûtent par désenchantement. Gardien de son propre monde putréfié, instinctif, spirituel, Swans fait ici honneur à sa réputation de mythe new-yorkais. Et dans ce contexte, il ne fait aucun doute que les fans de feu God Machine, de Coil et de Killing Joke apprécieront. Un must!

 

Swans

Drainland

Michaël Gira ne s'était plus montré aussi prolifique depuis bien longtemps. Pensez donc, alors que le dernier album studio de Swans remonte à 1992, il vient de graver successivement "The Great Amnihilator" et "Drainland". Ce dernier est cependant un projet plus personnel, même si on y retrouve la présence de sa compagne Jaboe, de l'ex-drummer de Ministry, Bill Rieflin, ainsi que d'Anton Fier. Parce que ce disque sort en même temps que son premier bouquin ("Empathy & other short stories") publié par Henry Rollins. Au fil des années, la musique de Michaël s'est métamorphosée, est devenue plus intense, moins touffue, plus complexe et surtout mélodieuse. Mais elle a conservé cette forme viscérale si caractéristique qui sied si bien à son baryton profond, tantôt murmuré, tantôt irascible. Chroniqueur cynique, Gira explore sur "Drainland" le monde des égouts. Un disque austère, hypnotique tirant toute sa saveur de la force de la répétition. Post industrielle dans les moments les plus obsessionnels, elle atteint cependant toute la pureté de son feeling, cette forme de sauvagerie mélancolique et sensuelle lorsque Michaël empoigne sa guitare acoustique puissamment électrifiée; et notamment sur le remarquable final, "Blind", dont la subtilité évoque instantanément Joy Division...