Un kit de survie pour Bertrand Betsch…

Au crépuscule du grand et joyeux ballet de ses 19 précédents ouvrages, l’exubérant Bertrand Betsch s’inscrit, une nouvelle fois, dans ce qu’il fait de mieux : la belle chanson française en première lecture, l’ironie ensuite, la justesse enfin. Comme toujours,…

logo_musiczine

Le venin de Judith Hill...

Chanteuse, compositrice et multi-instrumentiste, Juidith Hill, sortira son nouvel opus, « Letters From A Black Widow » le 12 avril 2024. Un album taillé en 12 pièces qui présente une histoire fascinante oscillant de la douleur privée à la transcendance…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Search results (9 Items)

The Young Gods

Data Mirage Tangram

Écrit par

Neuf longues années que The Young Gods n’avait plus sorti d’album. Et son comeback coïncide avec le départ d’Al Komet, remplacé par Cesare Pizzi, membre fondateur qui opère ainsi un comeback inattendu. Pour enregistrer « Data mirage tangram », le trio a reçu le concours d’Alan Moulder (Depeche Mode, NIN, etc.) au mixing. Les compos ont été rôdées lors du Cully Jazz Festival, avant d’être retravaillées en studio ; ce qui a permis aux musicos d’expérimenter pleinement face à un public averti, et d’explorer aussi bien le blues, le gospel, le post rock que le post jazz, tout en conservant cette approche particulière de l’électro et de l’ambient…

Première constatation, Franz Treichler y joue de la guitare, parfois en rêvant du Floyd, à l’instar de la berceuse électro-atmosphérique « Entre en matière » et du single au groove sonique, paru en single, « Figure sans nom ». Il souffle dans son harmonica sur « Moon above », y entretenant un climat cinématique, dans l’esprit d’une B.O. de western signée Sergio Leone ou Ennio Morricone. Mais le titre phare de cet opus est incontestablement « All my skin standing », une piste de 11 minutes qui met en exergue la performance de Bernard Trontin aux drums. Un boléro envoûtant dont les disgressions électriques rappellent celles produites par Erik Braunn sur le classique « In-a-gadda-da-vida » d’Iron Butterfly. On en oublierait presque la voix emphatique de Franz responsable de textes à la fois symboliques et poétiques, qui colle si bien à la musique des Young Gods, une expression sonore impeccablement fluidifiée par les interventions de Pizzi. Aux claviers et machines Et si vous souhaitez en savoir davantage sur ce dernier LP, on vous invite à lire ou relire l’interview consacrée au groupe ici ou encore le compte-rendu de son concert accordé au Botanique, le 24 mars dernier,

The Young Gods

La musique n'appartient à personne...

Ne pas connaître les Young Gods constitue une fameuse lacune dans sa culture musicale. Originaire de Fribourg, en Suisse, ce trio a vu le jour en 1985. Seul membre permanent depuis sa naissance, Franz Treichler en est le chanteur, guitariste et compositeur. Fin des années '80, les ‘Gods’ ont élaboré une musique véritablement innovante, fruit d’un cocktail entre indus (pensez à Einstürzende Neubauten), EBM (imaginé par Front 242), krautrock (en l’occurrence celui d’un de ses pionniers, Can), psychédélisme, blues, rock et punk, au travers d’une approche purement postmoderniste. Dès le départ, la formation a choisi de tourner le plus possible hors de ses frontières, et notamment en Angleterre, où elle a rapidement acquis le statut de groupe culte. Mais c’est grâce à son long format « TV-Sky », paru en '92, que son succès a véritablement explosé, et tout particulièrement aux États-Unis. Elle y a partagé les planches avec rien moins que Nine Inch Nails. En passe de devenir des stars planétaires, les musiciens ont préféré adopter une approche plus ‘indie’, en privilégiant les labels alternatifs et en se réservant une totale liberté de création. Après avoir connu quelques changements de line-up, vécu diverses expériences solos et s’être accordé une période de pause, le band est de retour. En février dernier, il a ainsi publié un nouvel elpee, baptisé "Data Mirage Tangram". Une pure merveille !

Si vous n'êtes pas encore convaincus, sachez que de nombreux artistes et groupes célèbres ont admis avoir été influencés par les Gods, comme par exemple Nine Inch Nails, Ministry, The Edge (U2), Mike Patton (Faith no More) et surtout David Bowie. Le White Duke avait confessé que, pour écrire son album « Outside », publié en 1995, il avait beaucoup écouté les Young Gods.

Aujourd'hui, outre Franz Treichler, le line up du combo implique le claviériste Cesare Pizzi (membre fondateur, il avait quitté le navire en 1988, avant d’opérer son retour en 2012) et le drummer Bernard Trontin, présent depuis 1997.

C'est ce trio que Musiczine a rencontré le lendemain de son concert, accordé au Botanique de Bruxelles.

Un peu d’étymologie d’abord. Pourquoi avoir choisi comme patronyme, The Young Gods ?

Franz Treichler : Je travaillais dans un club à Fribourg et les Swans y avaient accordé un concert en '83 ou en '82. Le lendemain du show, j'ai récupéré la setlist sur le podium sur laquelle y était consignée une chanson intitulée « Young God »... Je l’ai conservée, et 3 ans plus tard, quand on a fondé le groupe, j'ai pensé qu’il correspondait parfaitement à ce que nous représentions à l'époque.

Il véhicule également une signification philosophique ?

FT : J'ai choisi le nom pour plusieurs raisons. Tout d'abord, on peut le considérer comme un synonyme à ‘être humain’. Nous sommes tous de jeunes dieux. Nous ne serons jamais des dieux mais nous exprimons ce désir, cette aspiration. On le voit, par exemple, dans la tendance actuelle du ‘transhumanisme’ aux États-Unis, où ses adeptes veulent devenir immortels grâce à la technologie. C'est une aspiration humaine qui existe depuis des milliers d'années.

Les dieux, ce ne sont donc pas les musiciens du groupe...

FT : Non ! (rires) Ce nom ne révèle pas la nature de notre musique. Et puis, c'est cool parce qu’il incite les gens à réagir en fonction de leur personnalité. S'ils ont le sens de l'humour, ils déduiront qu’il est marrant. Tandis que les intellectuels ou snobs s’insurgeront en se demandant pour qui on se prend. Il existe donc comme un effet miroir dans cette appellation...

Quel a été votre premier 'flash' musical, au cours de votre adolescence ?

Cesare Pizzi : Pour moi, c'est Kraftwerk. J'étais déjà musicien quand j'ai découvert cet univers, un son, une spatialisation, un groove déclenché par des machines : ça m'a vraiment frappé ! C'était aussi la première fois que j'entendais un vocodeur. Je ne comprenais pas comment il était possible de manipuler de telles textures sonores. Et ce jour-là, j'ai cessé de jouer de la basse (rires).
Bernard Trontin : Perso, quand j'étais jeune, à Genève, j'avais un ami anglais, dont le frère aîné rapportait des vinyles d'Angleterre, et j'ai eu un flash en entendant les groupes de glam-rock comme Slade, T-Rex, etc. Le premier disque que j'ai acheté était un album de T-Rex. Le son de la guitare était révolutionnaire.

Et Bowie également ?

BT : Bowie aussi bien sûr, mais surtout plus tard lors de sa période allemande. Drummer, j’ai vécu d'autres flashes, plus tard, qui m'ont incité à jouer de la batterie comme aujourd’hui, mais mon premier flash, c'était T-Rex.
FT : Mon frère, de 5 ans mon aîné, m’a initié à la musique, en particulier lorsqu’il a ramené le 33trs « Meddle » de Pink Floyd. Je me souviens qu’un jour, alors que j'étais seul à la maison, j'ai poussé le premier morceau de l'album, « One of These Days » à plein volume. Sur cette compo une voix hurle, à un certain moment, ‘One of these days I will cut you into pieces’. Et ma réaction a été : ‘Wow, c'est quoi ce truc ?’. Ce sera une 'épiphanie', comme disent les Anglais.

Une révélation ?

FT : Oui. Et donc, mon désir de communiquer des sentiments par le biais de la musique se réfère beaucoup aux vieux disques du Floyd. C'est ce genre onirique qui te transporte dans un autre monde.

Vos références constituaient une très bonne base pour commencer la musique : l'électronique, le glam et le prog/psyché !

FT : Oui, pour passer ensuite du psyché-glam-rock-électronique ! (rires)

En tout cas, toutes elles alimentent d'une certaine manière la musique des Young Gods. En ajoutant, évidemment, le côté ‘industrial’. Elle est le résultat d’un 'crossover' entre différents styles, abordé à la manière de Nine Inch Nails ou Radiohead. Un kaléidoscope d'influences intégrées et restituées par une signature unique.

FT : Merci !

Parlons du nouvel opus. Il est parfaitement en phase avec les anciennes productions, mais, en même temps, il ouvre la porte à quelque chose de nouveau...

FT : Je suis d'accord. Jusqu'à présent, depuis le retour de Cesare, on se focalisait surtout un répertoire soit, composé à l'origine par nous deux, soit, plus tard au gré des différents line up et en compagnie de Bernard, depuis 1997. Ici, par contre, il a été écrit à 100% par nous trois. Nous nous connaissons depuis les années '80 mais on n'avait jamais coopéré sous cette forme auparavant.

C'est aussi unique parce que vous avez réalisé l'album en improvisant...

BT : Tout a été composé au festival de jazz de Cully, en Suisse, où on nous a proposé une résidence permettant d'improviser en public dans un club. C'était un vrai défi pour nous car on n’avait aucune idée de ce qu'on allait faire et si le résultat serait publiable. C'était aussi une occasion de rebattre les cartes et de se lancer dans de nouvelles expérimentations. Et ça a fonctionné.

C'est sans doute pourquoi le disque est si cohérent. Comme dans les années ‘70, c'est une série homogène de chansons qui tracent un parcours à travers différents univers.

BT : Oui, c'est cohérent parce que tout a été composé par les mêmes personnes, au même moment et au même endroit.

La résidence 'jazz' s'entend aussi un peu dans la chanson « Moon Above », qui affiche un côté jazzy...

BT : Oui, c'est carrément du free jazz.
FT : Quand on enregistrait le morceau, on a perdu le métronome, ce qui nous a permis d'improviser une rythmique 'free'. (rires)
BT : C'était en quelque sorte un accident. Il y a souvent des accidents qui sont exploités dans l'art.

Parfois, le son devient plus 'ambient', un peu dans l’esprit d’ECM, le label de jazz expérimental...

BT : Oui, absolument !

Et je pense tout particulièrement à Terje Rypdal...

BT : Oh mon Dieu : tu connais Terje Rypdal ?

Oui ! Il existe un élément commun, un côté aérien, voire cosmique. Comme dans une de ses compositions, « Den Forste Sne »…

BT : Oui, je connais ce morceau.
FT : Cette comparaison est très juste...

Parlons maintenant de l'impact des Young Gods. De nombreux artistes ou groupes très célèbres ont confié qu’ils avaient été influencés par vous, dont David Bowie...

FT : C'est drôle parce que le premier single que j'ai payé de ma poche, c'était « Jean Genie » de Bowie.

A propos, sais-tu d'où vient ce titre ?

FT : Non.

C'est un jeu de mot sur le nom de Jean Genet.

FT : Et bien, tu m'apprends quelque chose...

En restant dans le thème de l'influence, Picasso avait prononcé cette célèbre phrase : ‘Les mauvais artistes copient, les vrais artistes, eux, volent’.

FT : C'est tellement vrai ! Pourquoi voudriez-vous copier quand vous pouvez voler.

La différence étant...

FT : ...que lorsque vous copiez, les gens se rendent comptent que vous copiez, alors que lorsque vous volez, l'objet est entre vos mains, il a changé, vous vous l'êtes approprié. De toute façon, la musique n'appartient à personne. Tout le monde est influencé par tout le monde. Les musiciens qui nous ont cités comme influence étaient précisément ceux qui nous ont influencés au début. Bowie était un personnage très curieux qui cherchait toujours de nouveaux débouchés et nous, on a toujours fait pareil. Depuis qu’on est ados, on achète des disques… qui finissent par nous influencer. Après tout, rien n'est jamais original à 100%. L'originalité se manifeste lorsque vous allez au-delà de vos influences. Donc, la phrase de Picasso est un peu ironique mais elle est vraie. C'est pourquoi les artistes, à mes yeux, ont trop souvent tendance à exagérer quand ils parlent de leurs 'créations'. C'est un bien grand mot. Personne ne sait exactement ce qui se trame pendant le processus de création. Et il est impossible de reproduire ou de dupliquer le processus par la suite. Vous devez à chaque fois repartir à zéro. C'est précisément ce qui rend l'art si précieux.

Vous avez toujours adopté une démarche très artistique...

FT : Oui et une approche carrément anarchiste. Pour nous, la propriété est un vol. Au début, on utilisait beaucoup les samples et les échantillonnages, qui, pour une grande part, provenaient de vinyles d'autres artistes. En créant de cette manière, on voulait montrer que l'on pouvait produire du neuf avec du vieux. Un historien de l'art dirait que c'était du post-modernisme, car nous nous sommes appropriés des éléments de différentes périodes pour bâtir quelque chose de nouveau. Dans un sens, c'était aussi du 'readymade' à la Duchamp, vu qu'on prélevait quelque chose pour le replacer dans un autre contexte. Comme, par exemple, combiner du Mozart et du heavy metal. Ce qui paraissait surréaliste ; mais finalement, notre approche était 100% instinctive. On voulait démontrer qu'il n’existe qu'une seule musique. Le rock, quand il devient trop conservateur, perd de sa valeur. On voulait prouver que jouer du rock sans guitare était réalisable, mais en produisant ces sonorités à l’aide d'un clavier. Montrer qu'il est possible d'introduire de la musique classique ou de la musique concrète dans le rock. Ce sera une surprise totale à l'époque. Le public a vraiment été secoué par nos 3 premiers albums. C'était imprévisible. Il ignorait ce qui allait arriver ensuite. Sur disque, parce que la dynamique pouvait changer radicalement en une seconde, mais aussi sur scène, parce que, par exemple, en ‘live’, il n’y avait pas de guitariste qui exécutait un mouvement pour dispenser un son très puissant. Un tel son pouvait surgir à tout moment sans avertissement, complètement brut. L’état de réceptivité du spectateur devait être différent. Ses oreilles et ses sens, plus ouverts. Au cours des nineties, on a essayé de surprendre à nouveau en modifiant la formule et en explorant d'autres horizons musicaux...

Vous avez un lien particulier avec la Belgique, je crois ? Ne fût-ce que par celui qui est votre booker depuis les débuts, Peter Verstraelen ?

FT : Oui ! En plus, notre deuxième album, « L'Eau Rouge » a été publié par PiaS et on a sorti plusieurs albums sur ce label. On a également enregistré « TV-Sky » au studio ICP, à Bruxelles.

Et vous entretenez des liens étroits, je crois, avec pas mal d'artistes belges, et notamment avec ceux de TC-Matic et Front 242…

FT : TC-Matic, c’était un modèle à nos débuts. Sur leur premier album, Arno chantait en français de façon naturelle, en vidant ses tripes ; et pour la première fois, sans que cette formule ne sonne 'chanson française'. Et avec une attitude punk. Grâce à lui, j'ai compris qu'il ne fallait pas avoir peur de chanter en français. Les 2 premiers albums des Young Gods sont exclusivement interprétés dans cette langue et, paradoxalement, ils ont eu plus de succès en Angleterre qu'en France. Ainsi, on se détachait à nouveau du 'dogme' rock et on adressait un pied-de-nez à la ‘police du rock’….

Et Front 242 ?

FT : On a assuré de nombreuses premières parties pour eux, au début. La formation était beaucoup plus connue que la nôtre. Elle avait déjà gravé « Headhunter ». On partageait le même label. Et on est toujours restés en contact.
CP : Le groupe a ressorti un de ses premiers elpees, je crois ?

Tu parles sans doute d'UnderViewer, le projet de deux d'entre eux, Jean-Luc De Meyer et Patrick Codenys, qui date d'avant Front. Il y a deux ans, ils ont réédité leurs titres originaux dans des versions modernisées et remasterisées : un album fantastique !

BT : A l'époque, j'écoutais aussi un groupe belge, Univers Zéro.

Ah oui, je connais.

BT : C'était un groupe expérimental prog, très sombre.

Il était un peu dans la mouvance de Magma, je crois.

BT : Oui. Les musiciens se servaient d’instruments électriques mais aussi d’un basson, d’une vielle et d’un harmonium : un mix intéressant ! J'étais très impressionné par leur batteur, Daniel Denis.
CP : Il y a aussi Sttellla ! (rires)
FT : On est très proches de La Muerte également. On rencontre aussi régulièrement dEUS. Et récemment, on a été invités par Triggerfinger pour un concert spécial à Louvain. On a beaucoup d'amis en Belgique...

Pour écouter l'interview complète en audio, c'est ici

Pour lire la chronique du concert des Young Gods au Botanique : en français, c'est et en néerlandais, ici.

Merci aux Young Gods, au Botanique et à David Salomonowicz

 

 

 

The Young Gods

La voie de la sagesse passe aussi par l’expérimentation…

Écrit par

Après 8 longues années d’absence, les Young Gods viennent de publier leur 12ème elpee, un disque qui signe le retour du préposé aux samplers et aux machines, Cesare Pizzi, membre fondateur du trio. Mis en forme par Alan Moulder (Depeche Mode, Nine Inch Nails, Foals, Arctic Monkeys, Placebo, U2, …), il replonge dans l’expérimentation, mais une expérimentation tour à tour sonique, ambient ou psychédélique. La salle est comble (NDR : elle recense une majorité de quinquas) lorsque le trio helvète grimpe sur les planches. Compte-rendu.

La première partie du show va se focaliser sur « Data Mirage Tangram », le dernier opus du band. Et il s’ouvre par « Entre en matière » (NDR : titre judicieux…), une compo atmosphérique, truffée de bruitages qui va monter en crescendo. Et bonne nouvelle Franz Treichler se consacre à la guitare. Qui libère des sonorités floydiennes tout au long du plus enlevé « Figure sans nom ». Pendant le plus techno, « Tear up the red sky », les lumières rouges envahissent la scène, lorsque Franz prononce ces mots. Et puis, « All my skin standing » va nous asséner la première claque de la soirée. Un morceau envoûtant, hypnotique, tribal, déchiré par les interventions de Franz à la six cordes, des interventions réminiscentes de celles dispensées par Erik Brann sur le fameux « In-A-Gadda-Da-Vida » d’Iron Butterfly. Mais c’est la densité du drumming de Bernard Trontin qui impressionne le plus. Et pourtant, il frappe ses fûts avec une facilité déconcertante. Il rappelle même un certain Christian Vander (Magma) lorsqu’il doit déstructurer ses mouvements. A l’instar du blues « Moon above ». Et lorsque Treichler souffle dans son harmonica, on ne peut s’empêcher de penser à une BO de western spaghetti (Ennio Morricone ou Sergio Leone, au choix !) C’est aussi le moment choisi par le leader, pour quitter sa gratte. Cesare entretient des infrabasses tout au long du tribal « About time », dans un registre particulièrement techno, au cours duquel Franz se met à danser. Place ensuite aux titres les plus notoires du répertoire…

Mais avant tout, Treichler remercie ses fidèles aficionados qui le suivent depuis si longtemps. « Envoyé » adopte le rythme du chemin de fer (NDR : Bernard y est une nouvelle fois étincelant), alors que Franz dirige son pied de micro, au bas duquel est accroché un projecteur, vers la foule en clamant ‘Et le gagnant est’ ou alors en anglais, ‘And the winner is’, un titre émaillé de nombreuses explosions électriques. Treichler reprend sa gratte pour « You gave me a name », un morceau psychédélique, atmosphérique, aux percus plus africaines, qu’entretient Pizzi, Bernard achevant le morceau debout, en se concentrant sur ses cymbales à l’aide de mailloches. C’est aussi le dernier morceau du set. Bras dessous, bras-dessus, le trio salue longuement la foule en la remerciant.

Mais il revient pour un premier rappel, au cours duquel « Kissing the sun » va déclencher un beau petit pogo, puis le blues « Gasoline man » et enfin l’inévitable « Skinflowers », dynamisé par ses jaillissements électriques produits par les samples, alors que Franz a de nouveau empoigné son pied de micro pour haranguer l’auditoire, en l’aveuglant du faisceau de lumière…

On aura même droit à un second rappel, mais d’un seul titre. En l’occurrence « Everythem », extrait du dernier elpee. Un morceau mid tempo, atmosphérique, subrepticement dub, au cours duquel les sonorités vaporeuses et frémissantes de la guitare, évoquent le toucher de cordes d’un certain Connan Mockasin.

Ovation dans la foule, vraiment heureuse d’avoir retrouvé les Young Gods en aussi bonne forme, assagis, sans doute, mais toujours aussi branchés sur l’expérimentation. Et le trio de resaluer longuement la foule, la main sur le cœur, avant de tirer sa révérence… (pour les photos, c’est ici)

C’est aMute, aka Jérôme Deuson, qui assurait la première partie. Habile touche-à-tout, il jongle constamment entre les différents instruments, multipliant les boucles, organiques (guitare, percussions, etc.) ou électroniques (pupitre, loops, etc.) Mais si sa musique est particulièrement expérimentale, elle souffre d’une carence en mélodie. Même sa voix se limite à des chuchotements. Dommage… (pour les photos, c’est )

Setlist The Young Gods

Entre En Matière, Figure Sans Nom, Tear Up the Red Sky, All My Skin Standing, Moon Above, About Time, Envoyé, You Gave Me a Name

Encore 1:

Kissing the Sun, Gasoline Man, Skinflowers

Encore 2:

Everythem

(Organisation : Botanique) 

 

The Young Gods

Le meilleur pour la fin...

Écrit par

Difficile de comprendre qu'une formation dont le style musical repose essentiellement sur le hip hop puisse ouvrir un concert des Young Gods. Chroniqué dans ce magazine, le dernier album des Toulousains de Nonstop (« Road Movie en Béquilles »), mettait en exergue le talent de poète du vocaliste, Fredo Roman, chroniqueur social du monde contemporain. En outre, pour la tournée, le line up a décidé d'inclure le propre frère de Fredo et des ex-membres de Diabologum. Tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes, si le concert avait été à la hauteur. Ce qui fut loin d'être le cas. La voix monocorde de Fredo y est sans doute pour quelque chose. Et puis la musique manque cruellement de relief. Heureusement qu'elle n'a pas été diffusée Nonstop. Sans quoi, nous aurions chopé une crise d'apoplexie. Le mot de la fin viendra de Stéphane, dont la métaphore mérite réflexion : « Médecin sans frontières cherche infirmière sans culotte… »

Responsable d'une compilation l'an dernier (« XX Years 1985 – 2005 »), les Young Gods n'ont plus sorti grand-chose depuis l'an 2000 (« Second nature »). Il y a bien eu un live en 2001 (« Live at Noumatrouff »), un maxi vinyl en 2002 (« Denature 1 »), et un projet consacré à l'ambient en 2004 (« Music for artificial clouds »). Pour le reste, on est vraiment resté sur sa faim. Ce qui ne les a pas empêchés de tourner inlassablement. Bonne nouvelle, le trio a composé de nouvelles chansons et en a interprétée une demi-douzaine au cours de son set à l'Aéronef de Lille. Une grosse surprise : alors que le trio helvète a toujours manifesté une certaine hostilité pour la guitare, Franz y a recours à deux ou trois reprises… Mais venons en à leur prestation. Adossé à un light show en forme de points d'exclamation et de traits d'union, qui changent de couleur selon les compos, le trio campe toujours d'une manière assez insolite sur les planches. Pas le vocaliste, Treichler, qui occupe bien le centre de la scène, ni le claviériste et maître es samples, Al Comet, à sa gauche (NDR : et notre droite); mais le drummer, Bernard Trontin, à sa droite (NDR : et notre gauche) en retrait par rapport à ses deux comparses. Le début du concert ne fait guère réagir le public. Il y a bien « Lucidogen », le post blues « El magnifico », « Super Ready » et « Supersonic », entrecoupés des nouvelles chansons ; mais l'audience applaudit poliment, sans plus. Petite montée d'adrénaline pour « Skinflowers », « Kissing the sun » et puis le démoniaque et très groovy « Envoyé ». Mais le set est déjà terminé. Et on se demande si leur musique, fruit d'un mélange d'electro indus, de metal et de symphonie classique, n'est pas occupée de prendre un coup de vieux. A contrario, c'est à partir de cet instant que paradoxalement le meilleur va arriver. Un peu comme si les Young Gods voulaient en garder sous la pédale. « L'eau rouge » commence à couler. Hanté par les samples de guitare à la ZZ Top « Gasoline man » s'enflamme. Et le public chavire. Imprimé sur son tempo new wave, « L'Amourir » insuffle un souffle de vie. La voix de Franz s'y révèle caverneuse. Parfois il dessine une sorte de chorégraphie dont il a sans doute seul le secret. Ou empoigne son pied de micro, à la racine duquel a été fixé un spot qu'il oriente tantôt sur son faciès, tantôt vers le public, comme un projecteur. Et c'est déjà le deuxième rappel. Il nous concède un « Charlotte », dans le style cabaret d'Arno. Et puis clôt le spectacle par un « Speed of night » à l'intensité insoutenable, dans un dernier sursaut d'énergie dévastatrice. C'est à cet instant qu'on s'est rendu compte de la puissance du son que le groupe avait développée au cours de son show. Deux jours plus tard, les oreilles en sifflaient encore…

 

The Young Gods

Everybody Knows

Écrit par

Il ya bien 20 ans que j’ai perdu le fil conducteur de la carrière des Young Gods. Et plus exactement, depuis la sortie de deux albums incontournables, le superbe « L’Eau rouge » et le plus accessible « TV Sky ». Oui, tout le monde le sait, maintenant, j’ai raté quelques épisodes. D’ailleurs, cet « Everybody knows » constitue déjà le dixième album studio du groupe.

« Blooming » ouvre l’elpee. Un titre plutôt intriguant dynamisé par des beats indus qui auraient pu sortir de la boîte à rythmes de NIN voire de Nitzer Ebb. Franz Treichler y pose sa voix bouleversante, un peu comme s’il nous contait une histoire, au coin du feu. Caractérisé par des accords de gratte davantage bluesy, « No man’s land » rentre carrément dedans. Idéal pour taper dans les murs ou lancer un petit pogo. C’est d’ailleurs l’un des rares morceaux où l’énergie n’est pas contenue. Sur le reste de cet opus, le mélomane a l’impression d’être forcé de se calfeutrer dans un chalet isolé, en pleine campagne, les volets bien fermés, afin d’affronter une succession de tempêtes dévastatrices. Et on a parfois un peu les jetons, comme si on était plongé dans un film d’épouvante, signé Saw. Passé la tourmente, les fenêtres s’entrouvrent et invitent à la découverte.

Il est toujours aussi difficile de coller une étiquette sur la musique des Young Gods. Ambient, indus, electro ou rock ? Le combo s’y est déjà frotté et s’y frotte encore. Les guitares samplées sont toujours bien présentes. Mais le disque recèle des titres novateurs, dans le chef des Helvètes. World ethnique sur « Mr. Sunshine », psychédélisme tout au long de « Once Wgain », une plage de plus de 8’ qui clôt le long playing. On a même droit à quelques touches de lounge sur « Miles away », un morceau qui atteint presque les 10’ !

Manifestement, Franz, le leader charismatique des Young Gods a toujours des idées plein la tête. Et cet « Everybody knows » en est la plus belle illustration…

En concert le 13 avril au Botanique.

 

The Young Gods

Second nature

Écrit par

Même si l'année 2000 n'a pas vraiment été un cru à la hauteur de nos (énormes) espérances, elle fut pourtant une date charnière chez certains. Pour les Young Gods, notamment. Etaient-ils un peu las après bientôt deux décennies d'activité ou agacés par leur propre formule rock ? Une chose est sûre, ils ne pouvaient raisonnablement repartir de plus belle sans se régénérer ailleurs. Et puis, il leur fallait se repositionner face à l'armada de nouveaux petits prodiges de l'electro. En l'occurrence, ceux qui sont en possession du manuel de savoir faire, écrit par ces mêmes nouveaux dieux. De prime abord, une bonne partie de l'album contient une majorité de morceaux obliques qui manifestent de surprenantes références prouvant, s'il le fallait encore, l'éternelle jeunesse du trio encore au fait de l'actualité pointue. Jugez plutôt. Les nappes minimales et déconstruites d'obédiences ovaliennes procurent une saveur particulière au répétitif " Attends ". " Stick around " malmène nos oreilles avec ses rythmes martiaux empruntés chez Funkstorung. " Toi du monde " convoque Pan Sonic pour une subliminale traversée de paradis séchés. Quant à " Love 2.7 ", il clôture l'album par un subtil gimmick mélancolique pioché chez Future Sound of London. Quoique déstabilisants, ces clins d'œil fournissent à la poésie liquide, teintée d'écologie, de Franz Treichler, un éclairage suffisamment personnel pour qu'on ne l'accuse pas de plagiat éhonté. Pour preuve, leurs guitares abrasives peuplent encore pas mal de morceaux qui, paraissent du coup moins innovants, voire incongrus. Etourdissant morceau d'ouverture, " Lucidogen " garde une superbe ancestrale mais sonne un peu indus vieillot, alors que " Supersonic " évoque vaguement un Prodigy vieillard. La honte ! A cause de ces errements, ma sympathie pour le groupe ne parvient pas à pleinement racheter ces fautes de goût qui, pour la peine, feraient par instant passer nos Young Gods pour des icônes en cours de fossilisation. Dommage, dommage ! Un mini elpee aurait sans doute suffit.

 

The Young Gods

Only heaven

Il a donc fallu attendre trois bonnes années pour voir naître le nouvel opus studio de ce trio helvétique. Et l'attente n'aura pas été vaine, car le résultat va au-delà de nos espérances. Seulement, il se révèle beaucoup plus atmosphérique, éthéré, fiévreux, ne laissant exploser son intensité qu'en de plus rares occasions. Pas sur le remarquable single "Kissing the sun", qui semble avoir accumulé la somme des spécificités du tempétueux "TV Sky". Envolées d'orchestrations wagnériennes, tempo implacable, tribal, samplers organiques et puissants parviennent ainsi à remuer les entrailles du rock. Eléments que l'on retrouve dispensés plus parcimonieusement sur "Only heaven", laissant une plus grande place aux climats menaçants, étranges, pathétiques qu'irradie le vocal grandiose, opératique, passionnel de Franz Treichler. Et si "The Dreamhouse" peut se faire dangereusement convulsif, les seize minutes trente-quatre de "Moon revolutions" nous entraînent dans un univers cosmique, vertigineux, floydien circa "Meddle". Enregistré, comme par le passé, sous la houlette de Roli Mosiman, cet elpee constitue un nouveau pas en avant pour la musique hybride des Young Gods. Mais est-ce vraiment "Only Heaven"?

 

The Young Gods

Live Sky Tour

Si les Young Gods disposent d'un énorme potentiel énergétique et émotionnel sur les planches, aucun témoignage en public n'avait encore été, à ce jour, immortalisé sur vinyle ou compact. C'est chose faite avec "Live Sky Tour". Une œuvre qui démontre que le trio suisse est bien capable d'y dispenser un rush d'adrénaline impressionnant. Notamment par le biais de la technologie. Et du sampling en particulier. Car pour les Young Gods, le sampling n'est pas un accessoire, mais l'instrument capable d'atteindre l'intensité ultime, celle qui à la fois redéfinit le heavy metal et la musique symphonique. Samplings sauvages, brûlants, torturés, rappelant que le trio a accompli pour la cybernétique ce que Jimi Hendrix avait réalisé pour la guitare électrique. Samplings vertigineux, somptueux, dramatiques dont les envolées ravagent des siècles d'histoire musicale. Il ne faut pas oublier que les Young Gods ont leurs racines profondément enfouies dans la tradition germanique (Weill, Nietsche, Wagner, Stockhausen). Ils nous entraînent ainsi, dans un paysage sonore ample, sauvage, au sein duquel les drums vindicatifs, redoutables réveillent vos pulsions les plus tribales, alors que la voix tantôt rageuse, purulente, tantôt profonde, gutturale de Franz Treichler essaime son lyrisme symbolique. Du grand art pour ces Helvètes qui constituent avec Front 242 un des derniers bastions de la musique électro-rock d'avant-garde!

 

The Young Gods

Notre musique s’adresse plutôt à l’arrière du cerveau

Écrit par

Futur du rock façon métal ou empereurs d'un concept mélodico-visuel minimaliste ? L'avenir nous dira ce qu'il faut voir en ces Young Gods aujourd'hui. Quelle est la vraie substance de ce trio d'Helvètes esthètes? Leur rock impulsif et scientifique est coincé entre le barbare (agressivité brute) et le progressif (recherche incessante de la confrontation avec des éléments intérieurs ou extérieurs). Une chose est sûre : les Young Gods sont un des groupes les plus passionnants du moment, qu'ils provoquent l'extase ou la déception. Néanmoins, ils se moquent un peu de leur statut actuel, pourtant enviable, de groupe à qui on accorde un crédit certain. Franz Treichler, le leader/chanteur s’explique…

L'important n'est pas vraiment dans le jugement des uns et des autres. La façon dont nous sommes perçus par ceux qui nous abordent relève, à chaque fois, d'un processus individuel établi à partir d'éléments différents comme les goûts, la culture, la sensibilité. Chacun se fait donc sa propre opinion et tout le monde peut avoir raison. Nous nous basons, pour estimer notre musique, sur nos propres sentiments par rapport à nos ambitions, que nous sommes bien sûr les seuls à pouvoir fixer et évaluer. Je ne pense pas que nous soyons le meilleur groupe du monde, ni le pire. Notre but est d'être le plus conséquent possible par rapport à nos idées, le plus proche de notre projet. Je ne vois, de toute façon, pas quel besoin il pourrait y avoir d'instaurer une sorte de compétition à notre niveau, par rapport à qui ou à quoi que ce soit.

Vous avez le sentiment de progresser ?

Oui.

De quelle manière ? Vous améliorez-vous sur le plan technique, matérialisez-vous mieux vos idées ou en avez-vous de meilleures ?

Je crois qu'on matérialise mieux, c'est vrai. Au départ, c'était le contraire en ce sens que les possibilités intrinsèques des outils dont nous nous servions nous donnaient des idées. On a inversé ce schéma aujourd'hui et c'est sans doute un bien, même s'il est évident qu'une partie de la spontanéité, de la naïveté de notre travail des débuts a été progressivement gommée par l'apport conscient ou inconscient de l'expérience, de la maturité. A titre d'exemple, je ne pourrais plus jamais refaire « Comme si c'était la dernière fois », de la même façon que nous l'avons réalisé, même si je pense que cette chanson reste l'une de nos meilleures. Notre tactique est d'avoir une vision des choses la plus globale possible, avec tout ce que cela peut comporter comme remises en cause inévitables.

« TV Sky » est votre quatrième album. Quel est sa place dans votre discographie ?

Je pense que c'est notre album qui met le mieux en évidence la puissance du côté atmosphérique de notre musique. Mais c'est normal. C'est normal parce que nous sommes plus forts et que nous gérons de mieux en mieux notre souhait d'arriver à dépasser le stade de la communication classique, d'utiliser un langage qui dépasse celui qui mène au constat logique de la compréhension. Notre musique s'adresse plutôt à l'arrière du cerveau. C'est la raison pour laquelle nous devons aller plus loin.

Vos trois premiers albums vous ont donc servi à apprendre à parler votre propre langage ?

En quelque sorte... Mais bon, on n’est pas partis de rien. Tu peux d'ailleurs constater que chacun de nos albums possédait en même temps que des qualités et des défauts, une identité propre. Notre premier album (« Young Gods ») est très spontané, très avant-gardiste ; notre second (« L'eau rouge/Red Water ») est, par contre, bien plus clinique et le « Kurt Weill » (« The Young Gods Play Kurt Weill ») est comme une sorte de ‘best of’ des Young Gods, mais réunit des chansons écrites par quelqu'un d'autre. On y détecte cependant, sans peine, notre son, notre démarche.

Quelle est votre marge de progression ?

Je ne la connais pas. Je ne pense jamais à cela.

Bien, quelles sont vos limites alors ?

Je crois que tout est un problème de créativité. Notre musique ne naît pas d'un travail mécanique. Or, ta créativité, tu ne la contrôles pas. Tu peux, au mieux, la canaliser, l'apprivoiser, la provoquer mais pas la déclencher.

Sampler des sons de guitare, c'est une attitude créative ?

Pas plus qu'une foule d'autres choses. Sampler une guitare et la rejouer, c'est un peu comme inventer une nouvelle pédale de ‘disto’. Nous considérons que nous donnons un autre niveau à notre son, un autre impact, en utilisant cette technique. Nous nous attribuons d'autres alternatives sonores mais elles ne sont pas sans limites.

Les Young Gods, c'est avant tout un groupe qui produit de l’énergie ?

L'énergie est, c'est sûr, l'aspect primordial de notre travail. Cette énergie n'est, finalement, rien d'autre qu'une réaction chimique par rapport au courant et à l'esprit du moment. Mon discours est peut-être un peu minimaliste, mais il est sincère. En fait, nous adorons surfer sur la tempête (NDR : Franz doit adorer cette formule, il l’utilise constamment), être secoués sans arrêt, tout en gardant le contrôle.

Si tu devais pousser quelqu'un à découvrir les Young Gods, de quelle façon lui conseillerais-tu de s'y prendre ?

De venir à un concert en premier lieu et puis d'écouter un disque ensuite. Un concert, c'est une expérience à première vue éphémère mais qui peut te filer la ‘banane’ (NDR : image utilisée par Treichler pour exprimer la bonne humeur qui entraîne l'énergie positive) et aussi la pêche. C'est un cocktail de fruits, en somme ! Ecouter un disque est une action plus intimiste que tu gères et conduis toi-même puisque tu as les rênes.

« TV Sky » est un album dont les textes sont en anglais. Tu en as marre de t'exprimer en français ?

Pas du tout, il se fait juste que j'ai passé trois mois aux States récemment et que machinalement je me suis mis à penser en anglais puisque je communiquais dans cette langue à ce moment-là. C'est ma perméabilité qui a provoqué ce choix...

A propos de perméabilité, par quel type de musique t'es-tu laissé imprégner avant d'engendrer la tienne ?

Bof, je suis passé par des tas de choses. A 15 ans, j'étais fan de Pink Floyd, des Doors. A 16/17 ans, j’avalais du punk à longueur de journée. Je n'écoutais que les Pistols, les Stranglers… Ensuite, je suis passé à la vague avant-gardiste allemande. Des groupes comme D.A.F. ou Neubauten. J'écoutais tout. Je passais des heures chez les disquaires à écouter des tas de trucs sans rien acheter. Comme un vrai emmerdeur. J'ai aussi beaucoup écouté Hendrix, tout comme Alain, notre guitariste, Lui, il a même fait partie d'un groupe qui ne jouait que du Hendrix et s'appelait Experience. En fait, aujourd'hui, on rend un peu hommage à tout ça. Je ne crois pas qu’en samplant des sons de guitare, on trahisse quoi que ce soit. Sûrement pas!

Article paru dans le n°3 du magazine Mofo de mai 92.