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Philippe Belligoi

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Soirée de retrouvailles au Casino de Saint-Nicolas (NDR : St-Niklaas, en néerlandais !) en compagnie de sémillants vétérans de la scène électro européenne qui comme vous allez le constater, ont encore quelques beaux atouts dans leur jeu et de quoi encore bluffer plus d'un mélomane... Onmens et Absolute Body Control assurent le supporting act. La tête d’affiche ? Deutsch-Amerikanische Freundschaft (ou D.A.F.), un duo allemand fondé en 1978, à Düsseldorf, qui a marqué de son empreinte la première moitié des eighties, et dont l’aventure a été depuis, entrecoupée de séparations et de reformations. 

Onmens, un tandem issu de Gand, ouvrait donc la soirée. Mais en débarquant au beau milieu du dernier titre de son set, difficile d’émettre un avis judicieux au sujet de sa prestation... (voir photos ici)

Place alors à Absolute Body Control, le tout premier projet d'un personnage incontournable de la scène électro underground belge : Dirk Ivens.

Formé en 1980 par Dirk et Mark de Jonghe, rapidement remplacé par Eric Vonthergem, la paire sera un des tous premiers du style à se produire ‘live’ et contribuera à plusieurs compiles internationales, les trois années suivantes. Puis Dirk fonde ce qui reste sans doute son concept le plus marquant, Klinik, avant de se lancer dans l'aventure solo, tout en durcissant le ton en compagnie de Dive et plus encore, lors d’un autre duo avec Sonar. Chacune de ses entreprises attire depuis toujours l'attention et suscite le suivi d'un public fidèle, même s’il est disséminé un peu partout en Europe voire même au-delà de ses frontières.

La musique d'ABC est froide mais rythmée et assez mélodique, un mélange d'électronique minimaliste et de cold wave, concédant une pointe d'EBM, un genre qu'on pourrait qualifier de ‘minimal wave’, étiquette fréquemment utilisée aujourd'hui. Sur les planches, la formule fonctionne plutôt bien grâce à l'aisance et l'expérience live d’Ivens. Il assure le chant et son comparse les synthés. Pas d'ordi en vue ; ici on fait dans le ‘old school’ s'il vous plaît! Et même si le début du set un peu ‘gentil’ a de quoi surprendre les moins familiarisé(e)s à cet univers sonore, la sauce monte progressivement et finit par convaincre une majorité de l’auditoire, notamment lors de moments forts, comme le pseudo classique "Is there an exit?" (voir photos )

Quand DAF monte sur l’estrade, la tension est palpable dans le public et un ami me prévient de ne pas traîner trop longtemps à finir mon verre, vu que ‘ça va être sauvage!’, pour reprendre les termes d'un spectateur alors proche de nous, également accoudé au bar. Le chanteur Gabi Delgado salue la foule en affichant un grand sourire (qu'il arborera d'ailleurs entre chaque morceau). Il prononce quelques mots de bienvenue dans la langue de Goethe, avant de s'asperger d'eau. Il entame alors le set, pied au plancher, par "Verschwende deine jugend".

Les premières notes du séquencer ont à peine retenties qu'un pogo éclate instantanément. Nous étions prévenus! En plein cœur de la tourmente on remarque la présence de deux malabars vêtus de t-shirts à l'effigie du groupe. Ils semblent ne pas trop apprécier d'être bousculés ; ce qui dans un premier temps calme un peu le jeu. Ca tombe bien votre serviteur a toujours préféré la danse aux frictions ; mais bon, chacun son truc, la liberté des uns s'arrêtant où commence celle des autres... Bref, le concert se poursuit dans une ambiance chaotique mais on n'est pas non plus pour autant dans la fosse d'un concert hardcore ultra violent où certains énergumènes en profitent pour réviser les derniers mouvements techniques inculqués lors de cours d'arts martiaux.

Le duo fondateur de l'EBM (NDR : aux côtés de Front 242), genre qui s’est imposé à l'aube des 80's, possède bien plus que de beaux restes. Le chanteur tient une forme olympique, ne cesse d'arpenter la scène en véritable performer et n'oublie jamais de remercier le public entre deux morceaux. Le batteur tient la cadence et même s'il peine parfois à respecter les lignes de basses séquencées, ces sorties de route sont relativement discrètes et communiquent un souffle de vie supplémentaire à une performance qui n'en manque déjà pas!

Quand le combo attaque LE classique "Der Mussolini", les pogos redoublent d'intensité et on sent évidemment que c'est toujours un moment très attendu de son répertoire. On n'en dira pas autant de certains choix de la set list un peu incongrus et mous ou gentillets qui, bien que rares, tombent un peu à plat dans une sélection du reste fort efficace dans son ensemble. En effet, on a eu droit à la quasi totalité de l'excellent album "Alles is gut", dont "Ich und die wirklichkeit", une compo au climat froid et brumeux, "Sato sato" tout en moiteur malsaine ou encore "Als wär's das letzte mal", caractérisé par sa fougue romantique.

Les vestiges de la première période du combo n’ont pas pour autant été négligés, période au cours de laquelle l’aspect expérimental et déjanté n'avait pas encore laissé place à une énergie mieux canalisée et hyper efficace. On en épinglera donc "El Basilon", "Osten Wärht am längsten" et le très punk "Nacht Arbeit" (NDR : l'absence de guitare sur ce dernier titre est quand même préjudiciable).  

Et lors des inévitables rappels, DAF va nous réserver la comptine pour enfants pas trop sages (voire carrément pervertis!) "Der Rauber und Der Prinz" que Gabi est venu nous chanter au bord de la scène mais aussi le génial "Kebab Träume", aux paroles délicieusement cyniques. Et c'est sur ces rêves de pita que ce compte-rendu s’achève... (voir photos ici)

(Organisation : Body Beats & Dark Entries)

 

 

 

 

 

 

mardi, 24 novembre 2015 00:00

Pénurie de soleil au cœur de Jerusalem…

C'est dans le cadre d'une coopération exceptionnelle que se déroule une mini tournée associant Suuns et Jerusalem In My Heart. Et elle transitait par Louvain, ce mardi 24 novembre, après avoir fait escale au Sonic City de Courtrai, l'avant-veille. Non seulement l'occasion est belle de pouvoir assister à une collaboration immortalisée sur un album éponyme, mais également à un set solo de JIMH, en ouverture.

Arrivé légèrement après l'heure prévue de début des hostilités, votre serviteur a  pu rapidement se souvenir de la différence qui existe entre l'organisation des concerts en Wallonie et en Flandre. En effet autant ceux accordés au Sud de la Belgique admettent une certaine marge entre le timing annoncé et celui effectif ; autant, lorsqu'on passe la frontière linguistique, l’horaire est bien plus rigoureux. De quoi louper le début du spectacle qui a vraisemblablement démarré pile poil à l'heure prévue !

Après quelques tergiversations d'ordre pratique, il est temps de plonger au sein d’une salle remplie de sièges vides et qui semble délimitée par des tentures... Est-ce bien ici que se déroule le concert de Suuns & Jerusalem In My Heart ? En arrivant à hauteur desdits rideaux, on constate que l’espace a été coupé en deux ; une probable conséquence du peu de tickets vendus. Car en effet, nous sommes très peu nombreux à s’être déplacés pour ce qui semblait pourtant être un événement assez unique, encore que sa singularité ait pu souffrir d'un crochet via le Sonic City, 2 jours auparavant.

Il en résulte une ambiance très froide que tente de réchauffer quelque peu Radwan Moumneh (aka Jerusalem in My Heart), grâce à sa voix et sa gestuelle très expressive, y compris lorsqu'il s'assied pour jouer de son oud. Et non seulement le producteur/chanteur a recours à différents instruments, mais il manipule également les sonorités électroniques et divers effets pendant que défilent des projections sur un grand écran et deux plus petits latéraux. Clairsemé, l’auditoire est attentif mais l'atmosphère est toujours aussi glaciale ; et il devient vraiment difficile de s’immerger au cœur d’un tel univers, dans de telles conditions. On comprend vite qu'un lieu plus intimiste aurait davantage collé à cette prestation ; mais en faisant abstraction du contexte, on finit par tomber sous son charme… jusqu’au moment où elle touche, hélas, déjà à sa fin.

Qu'à cela ne tienne, une brève pause clope plus tard, le plat de résistance attend votre serviteur. A savoir la fusion entre le collectif de Montréal et l'artiste libanais. Ils se produisent ensemble sur scène pour tenter de faire vivre les compos de leur unique opus commun à ce jour. Mais l’atmosphère est toujours aussi froide. En outre, les musiciens semblent un peu coincés sur les planches, à l'exception de Radwan, qui vit le set un peu plus intensément que le reste de la troupe. On a l'impression d'assister à une restitution un peu figée de leurs compositions qui peinent à s'animer ou à se charger d’énergie ; et par là même à faire mouche... Ce n'est pourtant pas faute d'essayer, mais le public reste statique. Bref, il n’y a pas d’échange entre ce dernier et l’artiste. Jusqu'à ce que surgisse alors ce qui est sans doute leur titre fétiche : "3attam Babey". C’est le moment choisi par le band pour enfin se lâcher. Et les spectateurs d’en faire autant sur ces boucles krautrock hypnotiques qui tournent en vrille! A partir de cet instant, ce n'est plus que du bonheur, car le set vient vraiment de démarrer. Le seul souci, c’est qu’il n’y aura plus que 3 ou 4 morceaux à se mettre dans l’oreille, le team ne disposant pas davantage de temps ni probablement de répertoire. C'est donc avec un goût de trop peu que s’achève cette soirée mi-figue mi raisin... A charge de revanche en attendant une prochaine occasion de revoir Jerusalem in My Heart (en configuration plus intimiste de préférence) ainsi que sa collaboration avec Suuns (si l'occasion se représente) au sein d’un climat plus chaleureux...

(Organisation : Het Depot)

 

 

samedi, 24 octobre 2015 01:00

Le VK hausse le ton!

C'est en compagnie de High Tone, groupe de référence dans l’univers de la vague electro-dub française que Bruxelles avait rendez-vous ce samedi. Une vague née au début des années 2000, alors que la scène dub était alors principalement sous hégémonie anglaise ; mais c'était sans compter sur la créativité, l'ouverture et le métissage sonore de formations d'outre-Quiévrain telles que Brain Damage, les excellents Kaly Live Dub et bien évidemment High Tone…

Votre serviteur a débarqué pendant le set de Wonky Clock ; il n’a donc pu assister à celui de  Nö-Mad, qui assurait la toute première partie.

Wonky Clock est un duo qui réunit un ‘machiniste / scratcheur’ (virtuel?) et une charmante flûtiste. Ils ont revêtus leurs habits de soirée (NDR : comprenez robe et smoking). Leur objectif demeure assez simple : coller à des morceaux de musique classique, des arrangements modernes et electro à tendance ‘dubisante’.

Si le principe est assez ludique et inattendu, le résultat n'en est pas pour autant passionnant et laisse un peu dubitatif. En effet l'exercice de style auquel ils se livrent conviendrait probablement à merveille aux animations des Jeunesses Musicales afin de faire découvrir, de manière originale, les oeuvres de Schubert, Tchaïkovski et leurs pairs aux jeunes oreilles. Mais de là à animer le dancefloor de clubs enfumés... Pourtant quelques dizaines de spectateurs semblent apprécier et se lassent moins vite que le reste de l’auditoire. Perso, je ne suis pas mécontent quand la paire annonce son dernier morceau.

Les Lyonnais commencent ensuite à s'installer. On remarque la présence d’une batterie, basse et guitare, mais également de nombreuses machines. Mais pas d'ordi visible pour ce véritable groupe de dub live. Pour ceux qui préfèrent les triturations de boutons propices aux gestes amplement exagérés, les mains en l'air, faudra repasser!

On comprend assez vite qu'ils sont attendus. Et pour cause, certains fans commencent déjà à se positionner dans la salle ; et finalement je décide d'en faire autant, histoire d'en profiter à fond. Mais après 2 ou 3 morceaux cette tactique s'avère assez peu efficace, le gros des troupes rappliquant dare-dare pour se masser dans la chaleur qui commence à monter (aussi bien au sens propre que figuré). Rapidement, l'ambiance devient tropicale et les corps se serrent, je choisis alors de battre en retraite, histoire de bénéficier de davantage de liberté de mouvement et d'un peu d'oxygène.

Le groupe tient son public et ne le lâche plus, revisitant son répertoire à l’aide de vieux classiques tels "The Orientalist" –qui figurait sur "Bass Temperature"– ou encore les imparables "Freakency" et "Driving Fast", issus de ce que je considère comme son meilleur LP, "Underground Wobble". Dire que les basses sont rondes et puissantes serait un euphémisme. Le son est très bon sans être assourdissant (NDR : petit détail amusant pour ceux qui aiment les chiffres, un ordi communiquait le niveau de db à la régie ; et ce soir il s’élevait à 102.9 de moyenne).

Et dans ces conditions tout invite à la transe. L'ambiance monte d'ailleurs encore d'un cran quand High Tone entame l'hymne "Rub A Dub Anthem" reboosté dans une version du plus bel effet! Le "Dirty Urban Beat" fait mouche lui aussi grâce à sa rythmique lourde aux accents post-industriels. Ce qui me dérange un peu, c'est quand cet aspect musical est exagérément mis en avant au détriment de celui envoûtant, que j’apprécie davantage. On a alors l'impression d'être au milieu d'une free party dans un hangar désaffecté plutôt qu'à une soirée electro-dub ; ce qui plaît bien sûr à la frange la plus jeune du public mais laisse les vrais dub addicts un peu perplexes.

Hormis ce détail, ce très bon live s’est conclu par 1 ou 2 morceaux en rappel sous les applaudissements d'une foule ravie, mais qui en aurait souhaité encore un peu plus.

(Organisation : Hold Dub Party & VK concerts)

 

 

 

mercredi, 30 septembre 2015 01:00

Maïteutiste

Enigmatique. Tel pourrait être le maître mot de cet album, à plus d’un titre. Un digipack sobre, noir et argenté, illustré en couverture par un visage cornu, mi-humain, mi-animal, apparaissant comme si on avait placé un morceau de papier au-dessus d’une pièce de monnaie et qu’on avait gratté la surface au crayon (vous avez certainement déjà appliqué cette technique…) Rien de plus : pas un titre, pas un nom de groupe ; seul apparaît indistinctement ce faciès démoniaque, au regard perdu dans le vide. Le contenu de l’opus est découpé en deux volets. Au lieu de lyrics ‘classiques’, on a droit à des chiffres et des lettres combinés, semblables à des localisations, peut-être astronomiques, vu que certaines se réfèrent aux astronomes Hevelius et Ptolemee. Ce n’est qu’en retournant le digipack que, pour la première fois, apparaît le patronyme du band. Il figure sur la gauche du tracklisting de l’elpee. Etonnant !

Maïeutiste est un combo français. Féminin aussi. Et son LP est éponyme (NDR : pour votre info –en résumé, il est vrai–la maïeutique, c’était un discours philosophique prôné par Socrate, destiné à faire prendre conscience à tout humain ce qu’il sait implicitement).

Il s’ouvre par une introduction certes familière au Black Metal : des distros aigues, lentes et froides mais néanmoins enrichies, dès le départ, d’accords de sèche. Une plongée progressive au sein d’un paysage brumeux. Cette intro est subitement stoppée en plein vol par un cri glauque et morbide, qui aurait pu émaner de la voix de Nocturno Culto (Darkthrone). Et le tout est souligné par un martèlement rapide de batterie et parcouru de lignes de guitares à l’arrière-goût épique. Bienvenue dans « Eveil », première partie cet opus. Le rythme se calme, commence même à languir. Des voix en arrière-plan, peut-être divines, envahissent à présent tout l’espace. On croirait presque assister à un retour de Bélénos, lorsque le combo hexagonal a entamé son aventure. Bien qu’indéniablement inscrit dans un registre Black Metal, Maïeutiste prend la liberté de récupérer çà et là des ingrédients d’autres courants du Metal ; comme lorsque des riffs thrashy amorcent « Reflect-Disappear », troisième plage du long playing. « Purgatoire » nous permet de quitter la planète afin de nous emmener au gré de cette piste atmosphérique vers l’inconnu, au rythme des tambours et des vocaux graves (tels des chants sacrés tibétains) avant d’être finalement hypnotisé par une guitare sèche répétitive. Une ballade dans le néant.

Les tambours s’emballent à nouveau. Tous les sons se mêlent, entraînant un rapide retour dans les enfers pour la seconde partie de cet LP, à juste titre baptisée « Chute ». Après avoir touché le divin du bout des doigts, des lignes de chants similaires à ceux d’Attila Csihar, vocaliste de Mayhem, nous ramènent au royaume des bannis, plus bas que terre. On navigue à l’aveugle, entre douces incertitudes et moments d’angoisse précipités. Vient « Absolution », démarrant par des parties de guitares entre jazz et blues, le tout sur un fond de batterie aux cymbales glaçantes, un bref moment de chaleur humaine précédant un retour haineux et déjanté, nourri d’un magma de cris et de distorsions. Une course folle qui poursuivra son rythme jusqu’au troisième volet de cette œuvre.

‘Elevation’, débute par un « Lifeless Visions » lent et mélancolique. Death, la voix semble sortie d’outre-tombe avant de rejoindre progressivement un choeur d’harmonies vocales célestes. L’ascension prend finalement fin et seuls quelques grincements de cordes occupent à présent l’espace, jusqu’à ce que la machine Maïeutiste reprenne finalement le dessus en un flot haineux. La pérégrination se poursuit tout en percussions et grattes acoustiques sur l’épique « Death to Free Thinkers », bénéficiant d’une clôture rock’n’rollesque jouissive.

Le troisième volet de cet LP est beaucoup moins noir que les deux précédents, achevant son envolée sur un tempo coloré de Blues. En guise de conclusion, les Français mettront fin à la vie du philosophe grec par un « Death to Socrates » de plus de dix minutes, évoquant agréablement un Gorgoroth de l’époque « Under the Sign of Hell », en moins raw mais plus recherché.

Cinq années ont été nécessaires à la conception de cet opus. Et ça se sent : chaque piste a été élaborée, malaxée et truffée de subtilités. Jusqu’à peut-être en faire… sa faiblesse. Au dam des uns et au bonheur des autres, ces compositions sont à réserver à un public familier du genre, apte à prendre le temps et la quiétude nécessaires afin de profiter pleinement de cette heure et quart de Black Metal, aux influences multiples et variées. Macérant au sein d’un climat qui oscille entre haine et noirceur terriennes, ce disque tend néanmoins vers une élévation spirituelle et divine, même si à en bout de course, elle s’avère aussi utopique qu’inaccessible. Un ovni pour quiconque écouterait cet album d’une oreille distraite ; mais de la matière à penser et à voyager pour toute autre personne qui pénétrera patiemment au coeur de cet espace construit, pierre par pierre, par Maïeutiste.

samedi, 26 septembre 2015 01:00

Croisière en eaux trop paisibles…

On rencontre peu de comptes-rendus de concerts qui se sont déroulés dans la Zone, sur Musiczine.  Et pourtant, située outre-Meuse, cette salle détient probablement le record de longévité de la région, puisqu'elle affiche bientôt 25 années au compteur sous sa forme globale actuelle. Et peut-être que parmi vous, certain(e)s se souviennent de ses débuts pour y avoir passé des soirées tumultueuses au son de groupes qui s'y produisaient dans un registre alors majoritairement punk/hc/crust ou du style.

Depuis lors, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et la programmation s'y est bien élargie au gré des collectifs extérieurs qui y contribuent. Ainsi peut-on maintenant y voir de temps à autre des formations qu'on aurait plus difficilement imaginé s'y produire à l'époque –encore que si le collectif les Fruits de la Passion vous rappelle quelque chose... – telles que Rome, ce quatuor luxembourgeois apparemment déjà culte bien que découvert tout récemment par votre serviteur.

C'est en effet à la faveur d'un mix déniché sur Youtube que je suis tombé sous le charme de ce projet mené par Jérôme Reuter et dont les influences assez larges embrassent aussi bien le néo folk (cher aux bands tels que Death in June et consorts) qu'une certaine cold wave romantique (NDR : pensez à And Also The Trees) ou encore le spleen que l'on peut retrouver chez des artistes comme Tindersticks. Mais si ces références valent pour les enregistrements studio du groupe qui sont légion –8 albums et une flopée de singles et Ep's en une dizaine d'années– en ce qui concerne le live, la donne est sensiblement différente.

En tout cas j'ai eu du mal à retrouver la richesse de l'univers musical dans lequel m'avait plongé l'écoute de ce mix probablement constitué d'extraits judicieusement sélectionnés de leurs différentes œuvres, le quartet ayant choisi (pour ce set en tout cas) de se concentrer sur des morceaux plutôt pop-rock acoustique à tendance sombre.

Sous un format basse/batterie/clavier/guitare/chant, le combo va donc égrener un répertoire de compositions calmes et léchées qu’on qualifiera de ballades maritimes, à défaut de mieux! Ayant patiemment attendu que le concert décolle un peu, j'ai fini par décrocher et suivre l'action d'un peu plus loin...

Et il m'a bien semblé que les événements suivaient leur cours sans que les vagues ne gagnent en ampleur ni que le tangage s'intensifie ; ces matelots n’ayant probablement pas pris le risque de vous donner le mal de mer et encore moins mettre leur embarcation en péril.

Vous l'avez compris, je n'ai pas ressenti le grand frisson durant cette traversée en eau douce assurée de main de maître par un équipage très pro et rôdé à la tâche, mais manquant tout de même un peu de ressac et de surprises. Le public en revanche –composé de fidèles initiés rassemblés près de la scène– n'a pas davantage boudé son plaisir un instant, applaudissant avec enthousiasme et régularité et demandant moult rappels. Peut-être aurait-il fallu être de ceux-là pour partager la passion qui m'a manqué durant ce spectacle ?

(Organisation: Jungle Booking & Theme La Zone)

dimanche, 03 mai 2015 01:00

The Day of the Megaton

Pour célébrer dignement leurs 8 ans d'existence les organisateurs de Buzz On Your Lips avaient concocté une affiche de premier choix, en y proposant, au cours de la même soirée, du hip- hop, de l'electro, de la noise, de l'indus, de la dubstep et plus si affinités... Passons donc en revue les différentes "réjouissances" annoncées...

Tout d'abord, il faut insister sur la présence des guillemets qui entourent le terme "réjouissances" ; car il est vrai que lorsque Moodie Black monte sur le podium, on comprend vite que l'ambiance n'est pas vraiment à la farandole.

Devant une audience clairsemée, le trio entame un set marqué d'une noirceur extrême et d'une schizophrénie artistique très créative. Les compos sont déchirées entre hip-hop, noise rock, beats electro parfois très énergiques et sons industriels. Le batteur soutient plus qu'il n'enrichit les rythmes programmés. Le guitariste tisse le plus souvent des nappes sonores tremblantes alors que le MC manipule aussi un clavier. A eux trois, ils installent un climat sis à mi-chemin entre asile psychiatrique et maison hantée.

Ils font forte impression sur un auditoire qui ne sait pas forcément grand-chose à leur sujet, et se prend ces électrochocs en pleine tronche. Une très bonne entrée en la matière en tout cas.

Place ensuite à Lorn, que j'avoue ne pas bien connaître non plus, malgré ses albums signés sur BrainFeeder ou Ninja Tune. Il vient restituer une relative sérénité à l’aide de ses sonorités et rythmiques aux confins du hip-hop et de la dubstep. Et bien que je n'en attendais rien de particulier, on ne peut pas en dire autant d'une grosse partie de l'audience à présent massée dans la salle. Celle-ci manifestait sa joie par des petits cris assez amusants pour qui est étranger à la hype entourant l'artiste, et notamment dans les moments pourtant pas les plus extatiques des morceaux mais plutôt lors des breaks plutôt calmes. Mais bien qu'assez ouvert à ce genre de musique, c'est plutôt sa position dans l'affiche qui me pose problème.

En effet regarder Lorn bidouiller seul sur son laptop dans l'obscurité dominante pour nous plonger dans des climats plutôt ‘chill-out’, passe quand même difficilement après les décharges traumatisantes de Moodie Black. Certains répondront que c'est plutôt bienvenu pour les tympans et les neurones. Quoiqu'il en soit, comme me le faisait remarquer un des organisateurs, le programmer en premier, dès 19h45 aurait été un peu dur à  avaler pour les fans ; mais par contre, le placer en finale risquait de provoquer un départ précoce des spectateurs moins concernés.

Place à la tête d'affiche, cerise sur le gâteau, et raison pour laquelle je n'aurais manqué cette date pour rien au monde, j'ai nommé Dälek.

Avant Clipping ou Death Grips, Dälek a sans doute été les premier à donner au hip hop ce visage meurtri et grimaçant, lacéré à coups de noise et reconstitué à l'aide d'ingénierie cybernétique pour le côté indus/electro/ambient. Fondé en 98, il a publié au moins 2 LPs incontournables qui ont secoué bon nombre de mélomanes, y compris parmi les amateurs de rock ‘pur et dur’. Les musiciens ont bossé en compagnie de multiples artistes tels que The Lapse, Faust, Zu, The Young Gods ou encore Techno Animal. Paradoxalement, ils resteront très marginaux aux Etats-Unis, marché gigantesque mais segmenté en une multitude de niches et de fait peu ouvert à la fusion/explosion des genres. C'est en Europe qu'ils vont trouver les oreilles les plus curieuses et avides de ce genre d'expérimentations.

En 2011 toutefois, l'existence du groupe est suspendue suite au départ de Oktopus (en grande partie responsable du son de Dälek). Will Brooks, le rappeur/parolier, lance son projet plus roots/oldschool IconAclass. Mais ‘le bruit me manquait’ déclarait Will dans une interview accordée au webzine Vice en avril dernier qui annonçait le retour de Dälek sur scène et en studio provoquant chez votre serviteur une sorte d'euphorie assez incontrôlable.

L'heure de l'épreuve des planches a enfin sonné! C'est par "Spiritual Healing", l'ouverture de "From the Filthy Tongues of Gods and Griots", que la formation entame son set, après avoir ‘invité’ les spectateurs traînant encore au bar à ramener leur fesses dans le feu de l'action. Le son est assez approximatif et la voix ne se distingue pas bien de l'ensemble ; mais la situation va s'améliorer en cours de route. Quoiqu’il en soit, elle enchaîne par "Asylum (Permanent underclass)". Hormis les soucis techniques, l’entrée en matière est impeccable, car elle revisite les deux albums essentiels dont je vous parlais plus haut, à savoir "From the Filthy Tongues of Gods and Griots" et l'inégalable "Absence". La set list s’égrène : "Culture for Dollars", "Classical Homicide", l'hypnotique "Eyes to form Shadows" et encore "Ever Somber", dont on jurerait les samples tirés d'un morceau de MBV.

Le poignant "Megaton" date du début du millénaire. Il figure sur un maxi paru en l’an 2000. Et son feeling très jazzy mélancolique s'efface pour laisser place à un puissant crescendo de batterie. Les dernières œuvres du groupe ne sont pas oubliées non plus, "Paragraph Relentless" illustrant le plus trip hop "Abandoned Language" ou encore "Street Diction" du dernier opus en date, "Gutter Tactics".

Au finish, un concert sans faute comme l'interprétation qui en a été donnée par un trio reformé en compagnie d’un nouveau line up (Oktopus a cédé sa place à Mike Mare de Destructo Swarmbots aux machines) et au top de sa forme ce soir.

(Org VK concerts + Buzz on Your Lips)

Dans cette chronique vous allez constater que les créatures les plus étranges ne se rencontrent pas qu'au fameux BIFFF mais également à L'Avenue du Port.
Certainement moins démonstratives qu'au Bal des Vampires, elles n'en créent pas moins des univers fascinants et surnaturels laissant loin derrière elles la réalité ou tout au moins la vision que la plupart de nous en ont.

Prenons par exemple FUJAKO, fondé par Niko Esterle (aka Ripit, Solar Skeletons) et Jonathan Uliel Saldanha (HHY & The Macumbas, Soopa), il reste  probablement le secret le mieux gardé de l'underground bruxello-portugais.

En effet ses concerts belges se déroulent le plus souvent dans la capitale, à l'exception de quelques dates dans la partie flamande du pays (organisateurs wallons avisés si vous nous lisez...) Ce qui ne l'empêche toutefois pas de se produire au Berghain (temple des nuits berlinoises branchées) ou de partager l'affiche aux côtés de Moon Duo ou encore Gazelle Twin, lors de ses escapades en terres étrangères.

Et donc késako FUJAKO? Des sorciers de l'onde sonore qui trafiquent les basses fréquences comme les plus hautes sur des beats claudicants dont l'apparente maladresse n'est qu'un subterfuge destiné à embrouiller les pas de danse hésitants d'un public encore un peu clairsemé ce soir. Hip hop ? Dub ? Expérimental ? C'est un peu tout ça à la fois, mais en dépassant les étiquettes toutes faites ; ça joue dans la marge et ça intrigue les oreilles en quête de nouvelles sensations. On regrettera juste l'absence de MC's (dont ils ont l'habitude de s'entourer en studio) pour donner peut-être davantage de présence à leur live ou en tout cas un élément qui permette de ‘lier la sauce’, tant il est vrai que démarrer une soirée à 20 heures par ce genre de performance n'est pas forcément chose aisée. Mais si les fans de Godflesh les moins ouverts se sont peut-être interrogés sur la pertinence de cette première partie, ceux qui connaissent mieux les différentes facettes de leur leader Justin Broadrick –et plus particulièrement Techno Animal– auront peut-être plus aisément établi le lien avec les nappes de sons abstraites, les infrabasses sourdes et les ambiances claustrophobes que l'on retrouve également chez Fujako.

Penchons-nous à présent sur le cas Godflesh, monstre bicéphale dont vous avez peut-être aperçu le nom sur un t-shirt porté par un des membres de Ministry, Fear Factory, Pitch Shifter ou qui sais-je encore? Contrairement à ceux-ci et bien que cité comme influence par des artistes au compte en banque autrement mieux garni, leur musique ne leur a jamais rempli les poches... Pas de justice dans le show-biz me direz-vous? Pas faux... sauf qu'une petite dizaine d'années après la dissolution du groupe, à l'aube d'une tournée américaine, JK Broadrick décide de réactiver sa créature hybride nous laissant espérer le meilleur. Et après un premier crochet par cette salle en 2013 pour rejouer essentiellement l'album "Streetcleaner", devenu culte depuis sa sortie en 1989, ils revenaient cette fois-ci défendre un nouvel opus précédé lui-même d'un Ep des plus prometteurs. Deux oeuvres dans lesquelles ils puiseront abondamment pour établir la set list de ce soir.

Leur live commence par un long drone qui s'étire en attendant qu'apparaissent les projections et que le laptop en bord de scène daigne émettre un son. Si celui-ci finit par obtempérer, l'écran vidéo restera quant à lui désespérément 'blanc'. Qu'à cela ne tienne, le contretemps est oublié quand résonne "New Dark Ages", la plage d'ouverture du dernier opus, "A world lit only by fire". A une époque où l'on semble régresser plus qu'évoluer, où l'obscurantisme fait des ravages dans les esprits gagnés par la peur du lendemain, il fallait au moins un brûlot de cette envergure pour rallumer nos âmes. Extrêmement puissant et suffocant, le son du duo de Birmingham m'électrise d'emblée mais c'est à partir du 3ème morceau que je prends réellement mon pied grâce à "Shut me Down" une sorte de funk metal mutant hyper lourd, menaçant, dont le putain de groove est capable de décoiffer les chauves! Dire que j'avais fait la fine bouche à l'écoute de leurs dernières compos, il fallait les voir prendre vie sur scène pour laisser tout doute de côté. Après avoir égrené nombre de leurs titres les plus récents, ils s'attaquent aux ‘vieux classiques’ pour le plus grand plaisir d'une audience assez réactive. Les imparables "Christbait Rising", "Streetcleaner" ou "Like Rats" mais aussi "Brand new Spite", devenu un involontaire précurseur du néo-métal (sic!) à cause de son mélange de guitares lourdes et de rythmes hip-hop, sans oublier "Crush my Soul", caractérisé par ses pulsations electro-indus. Et puis histoire que la boucle soit parfaite, c'est par un drone que s'achève cette excellente prestation, en tout cas leur meilleure qu’il m'ait été donné d'assister et pas la dernière j'espère!

(Organisation Magasin 4)

samedi, 25 octobre 2014 01:00

Hexagen 2014 : samedi 25 octobre

Cinq ans déjà que le collectif Hexagen organise à travers Bruxelles toute un série de petits concerts indie, principalement à tendance noise ou math-rock ; et pour marquer le coup il avait décidé de nous offrir un festival en 2 temps.

Le vendredi l’affiche proposait Jessica 93 et Headwar au Beurschouwburg et le lendemain pas moins de 7 groupes se produisaient au Magasin 4 ; et c'est cette soirée à laquelle votre serviteur a assisté.

Pas trop fan des festivals et des affiches à rallonge, j'ai zappé John Makay et LTDMS et suis arrivé pour Poutre dont l'écoute du bandcamp m'avait convaincu de ne pas louper le set. Décrit comme héritier d'une tradition bruitiste en France qui oscille de Condense à Heliogabale en passant par Portobello Bones, c'est surtout de ce dernier qu'il semble s’inspirer. Tout en urgence et en riffs tendus, ça cogne sec et quasi sans répit mais toujours en conservant un sens de la mélodie derrière l'apparence chaotique. Il faut dire que le son approximatif de la sono n'est sans doute pas étranger à cette situation ; mais si l’absence de basses sera corrigée par la suite, le son de batterie est un peu pourri et malheureusement le restera. Passé ces imperfections, le combo entame les hostilités en grande pompe et j'ai déjà les pieds et la tête qui ne tiennent plus en place!

Room 204 nous plonge dans un univers plus technique et maîtrisé. Vous avez dit math-rock? Vous n'avez évidemment pas tort! Après la spontanéité débridée de Poutre, la transition n'est pas évidente vu l'interprétation toute en précision et en justesse de leurs successeurs sur scène. Heureusement derrière cette mécanique bien huilée surgissent des ‘accidents’ délicieusement barges et surprenants qui sont plus que les bienvenus dans leur jeu plutôt rigoureux. On imagine que la présence de certains plans métal bien ‘cliché’ joue le même rôle dans leurs compos, je veux parler de ces accords kitsch et victorieux que l'on retrouve aussi chez leurs compatriotes de Marvin (qui d'ailleurs commencent à en abuser un poil) voire chez Trans Am pour rendre à César ce qui lui appartient.

Place ensuite à The Guru Guru qui n'a rien à voir avec Guru Guru, les vétérans du kraut rock teuton toujours en activité. Ici on est dans la folie furieuse qui vous tombe dessus sans crier gare! Une petite ritournelle pop part en vrille en moins d'une minute (en écoutant leur bandcamp j'étais persuadé d'entendre deux morceaux en un) dans un chaos magistral, chaque musico maltraitant son instrument, les vociférations du chanteur se superposant à l’ensemble. Tout le long du concert, on est balancé dans cette schizophrénie créative qui fait la part belle à un jeu assez recherché et surprenant. Pourtant, les musiciens sont doués, mais j’ai du mal à accrocher. D’abord je suis assez réfractaire à ce type de vocaux. Et puis je cherche en vain un fil rouge dans leur répertoire.

Arrive enfin le grand moment de la soirée grâce au trio italien His Electro Blue Voice qui a plus d'un tour dans son sac et dont le cocktail détonnant va me mettre sur les genoux. Les ingrédients de cette mixture décapante? 1/3 de noise aux accents indie ou post hardcore, 1/3 de post punk et 1/3 de psyché kraut pour bien scotcher l'audience. Le résultat est garanti et scotché je l’ai été ! Je serais curieux de jeter un œil dans la collection de disques ou de mp3 des ritals et ne serais pas surpris d'y retrouver aussi bien Sonic Youth, Hüsker Dü, Big Black que Chrome, Wire ou Killing Joke... Mais stop au name dropping, His Electro Blue Voice mérite qu'on s'intéresse avant tout à son propre son. Un déluge supersonique, véritable lame de fond qui passe et repasse, emportant tout sur son passage au gré de sa cadence métronomique. Trop répétitive au goût de certains, elle baigne les autres dans une transe provoquant d'irrépressibles hochements de tête et puis progressivement une ondulation de tout le corps. Mais derrière la débauche sonore et la répétition, se cache souvent une accroche mélodique simple, évidente, pour ne pas dire essentielle, comme sur le tubesque "Eat Sons".

C'est à Electric Electric qu'était confiée la tâche de clôturer cette longue soirée qui à ce stade commençait à être bien éreintante pour les tympans. Qu'à cela ne tienne, on hausse encore le volume sonore rendant le concert limite insupportable à moins de porter des protections adéquates ou de se retrancher dans le fond de la salle. C'est assez dommage d'autant que les 2 fois où j'ai eu l'occasion de les voir, j'ai pris une monstrueuse claque à l'écoute de cette noise trance de haute volée qui tient la comparaison avec des formations comme Battles ou Lightning Bolt. Mais là au bout de 2 ou 3 morceaux plutôt de bonne augure, j'ai battu en retraite, vaincu par l'avalanche de décibels et un état de fatigue avancé. A revoir donc mais si possible pas à 1 heure du mat’ après une volée de groupes tous plus noise les uns que les autres.

Mais bon hormis ce petit bémol, on garde une bonne impression de ce festival dont je retiendrai les prestations de Poutre et des incroyables His Electro Blue Voice que vraiment je vous conseille de ne pas manquer!

(Organisation : Hexagen)

 

dimanche, 21 septembre 2014 01:00

Magie blanche et berceuses angélysergiques…

C’est vers l'Avenue du Port que votre serviteur met une nouvelle fois le cap, pour un énième épisode de ces chroniques consacrées au 20 ans du Mag4. Ce soir, la triple affiche est à haute teneur psychédélique (minimum 66,6 % garanti).

Et pour ouvrir, le duo Baby Fire menée par l'incendiaire Diabolita (aussi active au sein de Keiki). Armée d’une six cordes, elle se réserve les vocaux. Sa flamboyante crinière allume quelques étincelles sans réellement parvenir à embraser la salle. Elle était autrefois accompagnée par sa complice Cha à la batterie. Qui a cédé depuis sa place à un collègue masculin, Alain Lefebvre, dont le parcours l'a déjà amené à côtoyer des musiciens de Minimal Compact, Tuxedomoon ou plus récemment Philippe Petit. Une nouvelle alchimie qui exige sans doute du temps pour se créer ; et malgré une certaine présence de Dominique aka Diabolita, on sent flotter un certain vide... Peut-être la scène du Magasin 4 est-elle un peu spacieuse pour accueillir le son minimaliste et rêche, tendu et plutôt introspectif de Baby Fire. Du coup on apprécie en tapant du pied gentiment mais sans vraiment se laisser entièrement séduire par ces compos qui pourtant sonnent plutôt pas mal en studio. En fin de set, la légendaire poétesse de la mythique formation anarcho-punk Crass, Eve Libertine, vient les rejoindre lors d’une intervention vocale assez intense.

Mais le premier décollage viendra de White Manna. Son psychedelic space rock s'installe tranquillement à l'instar de ce que Wooden Shjips peut également communiquer comme ambiance. Une ambiance qui monte ensuite en puissance et en vitesse, pour adopter un profil plus carré et très efficace, dans l’esprit de White Hills, mais sans aller aussi loin qu'eux. Car là où les New-yorkais explosent régulièrement ce canevas dans des abstractions sonores assez réjouissantes, White Manna s'en tient le plus souvent à une utilisation de riffs assez convenus, se contentant de simplement ‘décorer’ leurs morceaux de sons et effets psychédéliques. Mais si la formation ne réinvente vraiment rien, la sauce prend néanmoins ; et le band se fend même d'un surprenant final quasi punk rock à la Ramones.

Atterrissage et pause clope/pétard/bière (entourez la mention utile) avant le second et grand envol proposé par Bardo Pond, prolifique combo noise/drone/psyché de Philadelphie dont on ne compte plus les sorties discographiques. La dernière en date, le superbe "Peace on Venus", sera d'ailleurs assez largement et logiquement représentée dans la setlist de ce soir. Tête d'affiche, le quintet se produit devant un public majoritairement composé d'aficionados.

Mais pour commencer, retour au plus ancien "Amanita" assez apprécié par les fans et dont est extrait "Limerick", tout en langueur hallucinogène et voix distantes. En effet la chanteuse Isobel pose sa voix de façon complètement décalée, toujours en porte-à-faux par rapport à la musique et c'est ce qui fait son charme. Il n'y a d'ailleurs pas que sa voix qui semble en équilibre instable, à en juger par les traits de son visage qui semble fort marqué par les expériences de substances psychotropes diverses que l'on retrouve d'ailleurs souvent citées dans les titres de leurs albums. La musique est souvent lente, distordue, étirée et présente un contraste intéressant et rare entre lourdeur et légèreté. Les riffs sont souvent épais, massifs mais pas vraiment agressifs et contrebalancés par les notes de flûte et cette voix qui se perd dans l'éther et les feedbacks. Riffs massifs qui pourraient d'ailleurs séduire les amateurs de stoner voir même de doom lors de morceaux comme "Fir" qui propose carrément une version inversée du style qu'on pourrait appeler ‘Doom angélique’ (333 en lieu et place de 666). Ailleurs, et particulièrement sur "Chance", le côté bucolique/rustique amené par la flûte et la guitare folk qui côtoient l'électricité et la saturation bien crade et vintage pourraient évoquer Neil Young en cherchant un peu plus loin que les références habituellement citées à leur sujet. Et alors que le concert touche à sa fin, je discute avec un ami au bar du fameux "Tommy Gun Angel", compo que j'aurais tellement voulu entendre et qui semble le ‘pseudo hit’ du groupe… et comme par magie, Bardo Pond entonne les accords du dit morceau! Retour dans la foule pour en profiter au max malgré une légère déception dans l'interprétation ; il faut dire que la version studio possède un tel grain dans la saturation que le reproduire en live est une véritable gageure malgré l'excellent son proposé tout au long du gig.

Quoiqu'il en soit, encore une belle réussite à rajouter au bilan de ces 20 ans du Mag4 qu'on remercie à nouveau bien fort!

(Organisation Magasin 4)

jeudi, 11 septembre 2014 01:00

Rip it, cut it & dance to this!

On vous le répète sans cesse, le Magasin 4 fête, pour l’instant, ses 20 ans d’existence, en proposant une ‘prog’ aussi variée qu'intéressante. On se plonge cette fois-ci dans une affiche plutôt expérimentale et sans concession. Quand on joue dans ce créneau on ne s'attend naturellement pas à la grande foule ; et effectivement j'ai retrouvé l'intimé propre aux soirées à prises de risques... Bref nous n'étions sans doute guère plus d'une cinquantaine de personnes au temps fort de celle-ci. Mais c'était après le premier live dont je vais vous parler.

Un premier live assuré par Ripit devant quelques rares spectateurs motivés, projet au sein duquel on trouve Niko, infatigable activiste qui a organisé de nombreux concerts et tourné pas mal aussi bien en Europe qu'en Amérique du Nord. Accompagné sur scène par son acolyte Tzii aux visuels (en compagnie duquel il œuvre aussi dans Fujako, fabuleux duo abstract hip hop/indus/dub) il balance une mixture de beats concassés, de boucles volontairement pas trop carrées et de sons assez noise et profonds qui se déploient librement dans l'espace sonore. Pour y parvenir, il a recours à des moyens assez limités comme une boîte à rythmes antique, l'un ou l'autre synthé et une table de mix. Le résultat connaît évidemment des fortunes diverses, parfois boiteuses, parfois faussement dansantes, mais souvent ‘abîmées’ et longeant des chemins de traverse.

Place ensuite à un duo romain baptisé Germanotta Youth, un duo revendiquant l'étiquette cyber-math-grindcore. Solide programme en perspective pour cette paire ultra speedée, qui combine la frénésie et la précision dans un trip de dingo grâce à un batteur hallucinant (à peine âgé de 22 ans) et un claviériste tout aussi assez impressionnant. Toutes les boucles de batterie sont exécutées live et sonnent comme des rafales de beats qu'on imaginent samplées et accélérées. Mais non! Un résultat obtenu grâce à un usage habile mais parfois un peu systématique de la double pédale, auquel répondent les gros sons de synthés basses et autres également joués en direct. On croirait quelquefois entendre un groupe ‘prog’ sous influence et en 78 tours, gardant toujours des mélodies sous le coude, malgré le bruit et la cadence imposée, incroyable mais quasi-permanente. En effet, il faut souligner la maîtrise du groupe qui malgré l’énergie voire la violence inimaginable libérée, parvient à ne pas dépasser un niveau de volume qui ferait passer sa musique de jouissive à douloureuse. Pareil en ce qui concerne l’intensité du set. Quarante-cinq minutes sont bien suffisantes ! Et nous sommes bien chauds pour la suite du programme.

Et quelle excellente surprise d'entendre William Bennet, membre de White House (tiens on parlait de musique douloureuse...), s'adonner à la transe percussive! En effet, si le côté noise propre à la formation culte n'est pas complètement oublié, il est en tout cas bien en retrait par rapport aux sons percussifs qui dominent largement la musique de Cut Hands. On rentre assez directement dans le vif du sujet ; et petit à petit le Magasin 4 se change en dancefloor electro-indus, métamorphose que j'apprécie particulièrement et n'avais pas encore eu l'occasion de vivre là-bas. Pulsations à la fois tribales et mécaniques, rétro et futuristes qui évoquent aussi bien des rituels vaudous fantasmés (?) que l'ambiance froide et industrielle de vastes hangars abritant des free parties. Nous sommes peu nombreux mais enthousiastes et le set se prolonge au delà du couvre-feu habituel alors que le son s'étoffe et devient plus bruitiste. J'ignore jusqu'à quelle heure la fête a continué, car il a bien fallu se résoudre à aller prendre le train du retour pour un voyage aussi mécanique mais nettement moins plaisant tout de même... Mais quel final pour cette soirée qui nous a encore donné une bien belle occasion d'aller souffler les bougies de la salle de l'Avenue du Port!

(Organisation : Magasin 4)

 

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