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Stéphane Reignier

Stéphane Reignier

samedi, 27 août 2022 08:55

Les Solidarités 2022 : samedi 27 août

Seconde journée à la Citadelle de Namur. La circulation dense de la veille a fait place à plus de fluidité. Votre serviteur a de nouveau choisi le même point de ralliement, Namur Expo. Cet espace dispose d’un grand parking (gratuit). L'arrêt des bus TEC se situe à proximité. Pas besoin de marcher durant de longues minutes.

La météo est relativement clémente ce samedi. De nombreux nuages envahissent le ciel, mais les températures sont idéales. Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid.

Pari tenu, le bus mettra exactement 7 petites minutes pour atteindre le terminus. Sur place, il n'y a pas grand-monde. Mais, il est à peine 15 heures et les artistes plus connus se produisent plus tard, en soirée.

Pourtant, c'est une erreur monumentale. Car en ce début d'après-midi, de belles pépites sont à découvrir. Ne dit-on pas que les absents ont toujours tort ?

RORI est prête à en découdre. Le Théâtre de Verdure est quasi-bondé. Camille Gemoets est soutenue par deux musiciens. L’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, à la guitare et Pierrick Destrebecq, à la batterie. Ce dernier n'est pas, non plus, un inconnu ; et pour cause, il a milité chez Recorders, Abel Caine en compagnie des frères Chanis ou encore Mat Bastard (Skip The Use).

La Liégeoise a connu son heure de gloire au sein de Beffroi, l'un des groupes les plus prometteurs de Belgique, notamment lors de la sortie de « Swim », un titre largement diffusé sur les ondes radiophoniques, en 2015, Elle n'a alors que 16 printemps. Malheureusement, sa moitié sur scène (Valentin Vincent) est emporté par la maladie à l'âge de 20 ans. L'aventure qui n'a plus de sens, prend fin. C'était en 2018.

Une période de reconstruction s'ensuit. Parmi les options plausibles : l'arrêt de sa carrière. Mais elle s'accroche. Sa rencontre avec Hadrien donnera naissance au petit RORI.

Elle entame son set par « Gonna Get Mine », son premier single paru en 2020, un morceau brut de décoffrage ; sans la moindre fioriture, si vous préférez.

Alors qu'elle a toujours chanté dans la langue de Shakespeare, la brunette a depuis choisi celle de Voltaire. Ce qui lui permet de se raconter dans le rétroviseur de sa vie. C'est d'ailleurs en français qu'elle embraie en abordant un « C'est la vie » salvateur ». Une compo spasmodique aux relents nostalgiques.

Caractérisé par son phrasé haché, ses sonorités pop et ses appuis rythmiques, la musique de RORI rallie rapidement le public à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Charismatique et communicative, elle annonce la sortie d’un premier Ep tout en invitant le public à se le procurer, qu'il aime ou pas son univers.

Elle termine son show percutant et convaincant par « Docteur », une chanson dont la foule semble connaître le refrain.

Première grosse claque de la journée !

L'or Du Commun grimpe sur la main stage. Mais le public ne semble guère réceptif à l'appel des Bruxellois.

Ils sont venus présenter leur dernier petit, « Avant la Nuit ».

Célébrant ses dix années d’existence, le trio implique Swing, Primero et Loxley. Une carrière d'artiste est aussi constituée de moments difficiles, notamment en matière de logistique des concerts. Pour immortaliser ce volet un peu plus négatif, quoi de plus normal d’interpréter « Cassé ».

Proposant des thématiques intéressantes, le crew, pourtant friand d'un flow fluide, mais incisif, bute malheureusement et rapidement devant des écueils bien trop consistants que pour accorder un concert aux desseins parfaits. Rap poétique, conscient ou égo trip ? Quoiqu'il en soit, le côté surjoué l'emporte sur l’aspect naturel de l’interprétation. Pourtant musicalement, le combo s'en sort plutôt pas mal, en nous réservant des compos intéressantes comme « Inertie », qui mérite vraiment d’y prêter une oreille attentive.

Énergiques, ceux qui représentent la jeunesse incarnée 2.0, tentent, tant bien que mal de rallier le peuple à leur cause. Ils y avec parviendront cependant, mais non sans mal, lors de l'iconoclaste « Pansement », où les quelques centaines de personnes alors présentes se plaisent à reprendre en chœur le refrain 'Tant que le suis par terre, je peux le faire' ou encore « Homosapiens » et « Faucon Millenium », ces deux derniers titres provoquant des mouvements de foule mesurés rappelant une fois encore que les Solidarités est avant tout un festival familier et bon enfant. On n'est pas là pour se taper sur la gueule !

Porte-parole du hip-hop belge, L'Or du Commun ne s'en tire finalement pas trop mal et recueille les applaudissement d'un public de fidèles. Quant au spectateur lambda, il est sans doute allé voir ailleurs...

Retour au Théâtre de Verdure, un endroit érigé par l’architecte Georges Hobé en 1908 qui accueillait des opéras, des concerts de la danse et des spectacles de variétés. Un endroit qui a vu naître aussi le ‘Verdur Rock’, un des rares festivals gratuits encore existants qui tente, vaille que vaille, de résister au triomphe du monde marchand en proposant un programme culturel ambitieux et accessible à toutes et tous. Et oui, forcément, tout le monde ne peut pas se payer le prix d'un ticket parfois exorbitant. Malheureusement, cette année, les organisateurs ont dû jeter l'éponge...

Poupie y est programmée. Autrice-compositrice-interprète, elle nous vient de Tours.

Après avoir publié un Ep de 6 chansons, en novembre 2019, ainsi qu’un autre baptisé « Feu », du même nombre de titres, en octobre 2020, elle grave son premier elpee en 2021, « Enfant Roi », qu’elle est venue défendre.

Large pantalon de couleur noire, grosses lunettes blanches et veste de cuir (malgré la douceur printanière qui règne), c'est d'un pas décidé qu'elle grimpe sur le podium décoré de drôles de nappes aux reflets métalliques. On dirait du papier aluminium.

Les gradins sont combles, démontrant que la demoiselle jouit d’une popularité certaine depuis son passage à The Voice.

Elle s'est construite un univers musical qui lui est propre, entre pop, reggae et influences urbaines. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas par hasard si « Comme les autres » ouvre le bal (‘Ah, j'suis pas comme les autres/Pas vraiment/J'aurais voulu l'comprendre avant/J'suis pas comme les autres/Tranquillement/J'fais mon chemin, j'veux pas d'ton temps’). Le ton est donné !

Comparaison n'est pas raison, mais son style, son show et sa gestuelle rappellent ceux d'une personnalité bien connue en Belgique, Angèle, dont elle pourrait être une franche rivale dans quelque temps.

Les paroles sont parfois peu perceptibles, l'ingé son éprouvant des difficultés à trouver un bon équilibre entre la voix et les instruments. C'est vraiment dommage car cette situation dévalorise la prestation de cette chanteuse d'un nouveau genre.

Dynamique et excentrique, la musique constituant finalement le meilleur moyen de s'exprimer, elle entame alors le sublime « Vue sur la mer », un message touchant sur la résilience.

Si Poupie réalise un set empreint de sensibilité, elle sait également se montrer convaincante lors de reprises très réussies de Manu Chao (« Bongo Bongo ») ou Dolly Parton (« Jolene »). Cependant, pas question de banales covers, mais plutôt des standards qu’elle se réapproprie…

De sa voix rauque, presque bancale, elle s'est donnée pour mission de communiquer la folie de sa musique au public et de le toucher en plein cœur. C'est donc tout naturellement qu'elle poursuit son set par « Bed Time Story », une compo qui aurait pu tout aussi bien être signée par le couple Gainsbourg/Birkin. Pensez au tube censuré « Je t'aime moi non plus » …

Une artiste complète, convaincue et convaincante responsable de chansons accrocheuses et dont le style est unique en son genre…

Elle est à suivre de très près, c’est une certitude.

La seconde belle surprise de la journée.

Eddy débarque sur la main stage. Pas Eddy Mitchell, mais de Pretto. Son set est parfaitement identique à celui qui a été proposé quelques semaines plus tôt à Ronquières. Bis repetita donc !

Passionné par Brel, Brassens ou encore Barbara, Eddy a, depuis ses débuts, ce pouvoir extraordinaire d’utiliser les mots pour fédérer et inviter l’auditeur à s’interroger sur le monde et autres vicissitudes de l’existence.

Habillé d'un haut et d'un short blanc, on dirait un écolier. Il ne lui manque plus que le cartable sur le dos...

Sa setlist puise au sein de ses deux elpees, « Cure », paru en 2018 (sans doute le plus abouti) et « A Tous les Bâtards », trois ans plus tard. Un second opus parsemé d’obstacle dans sa réalisation. Si l’écriture avait commencé en septembre 2019, la tournée qui va suivre va se solder par de nombreux reports et annulations, suite à la pandémie.

Il n’y a pas à dire, Eddy De Pretto choisit judicieusement ses mots pour torcher des textes poignants sur fond de mélodies accrocheuses. Dont cette « Fête de Trop », évoquant muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés. Des morceaux douloureux que le public reprend pourtant en chœur entraînant ainsi l’artiste vers un monde meilleur.

Bien souvent, ses chansons s’imprègnent de son vécu tout en dénonçant, sans aucune prétention, les injustices de (sa) la vie comme ce « Freaks » qui s’adresse principalement aux exclus. « Tout vivre » se révèle aussi saignant que cinglant. Une compo autobiographique qui jette un œil dans le rétroviseur pour relater certains grands moments de son existence, traversée d’épisodes ténébreux. Ou encore ce « Kid », titre qui fustige la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par le conservatisme sociétal. Le public connaît par cœur ce titre multi radiodiffusé dont certains spectateurs se reconnaissent en lui.

Bien que déjà vue et entendue, la prestation tient parfaitement la route ; et elle s’avère d'autant plus touchante que c'est la dernière d'une saison qui s'achève, l'artiste s'apprêtant à prendre un virage pour la suite de sa carrière... Lequel ? Mystère...

Autre artiste qui s'est produite au Ronquières Festival, c'est Doria D. Elle s'est fait connaître auprès du grand public grâce au titre « Dépendance », issu d'un premier album éponyme, sorti en 2021.

Doria Dupont, à l'état-civil, est une femme frêle d'à peine 22 piges. Son jeune âge contraste mal avec la popularité grandissante dont elle bénéficie aujourd'hui. Les gradins sont en effet bondés (NDR : comme lors du show des Rolling Stones au Stade Roi Baudouin ?). Peut-être que la gent masculine est venue admirer le joli ventre de la demoiselle, découvert par un top trop court.

Son concert sera traduit en langage des signes, une pratique de plus en plus fréquente lors des festivals.

Alors que durant le RF, sa prestation avait été mollassonne, elle semble avoir appris de ses erreurs et va se livrer généreusement.

Un batteur et une belle brune plantureuse l'accompagnent dans cette nouvelle aventure festive et musicale.

Sa voix rauque et envoûtante, parfois plus fluette, son sens mélodique et la puissance de ses textes ne peuvent laisser indifférents à l’instar de cette « Âme dans le néant », d'une sincère incroyable.

Si elle aborde des thématiques universelles, elle y apporte un regard neuf tout en ne négligeant pas l’aspect mélodique des compos. A l’instar de « Hors tempo », au cours de laquelle elle traite du concept contemporain de l'hypersensibilité. Au final, mettre des mots sur les maux reste encore le meilleur moyen de les exorciser.

Dommage que son petit ami n'ait pas pu assister à cette prestation. Il aurait trop fait la fête la veille selon les dires de la donzelle.

Avec un univers directement inspiré par Billie Eilish et Lana Del Rey mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal. Bref, Miss D (pas en référence à son tour de poitrine) est une artiste qui ne laisse pas indifférent.

Sur fond de sonorités french pop modernes, elle s'inscrit dans son époque en proposant des textes autocentrés qui permettent à la jeunesse de s'y retrouver (« Dépendance » y aborde les relations toxiques).

C'est encore à travers l'emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle s'expose le mieux. Débutant en mode acoustique, elle s'exécute ensuite en version électronique, ses musiciens se laissant totalement emporter par le vent de folie qui souffle alors sur la Citadelle.

Si elle a également souffert de quelques problèmes de réglages sonores, comme Poupie, son show est une réussite et constitue l'un des moments forts, dont on se souviendra.

A la fin du set, il reste quelques minutes. Pourquoi les perdre ? Ni une ni deux, elle s'enflamme, attrape sa gratte et revisite un « Hors tempo », qui prend ici un sens tout particulier.

Enfin, le dernier concert auquel votre serviteur assistera, c'est celui de Benjamin Biolay. Il s'agit de sa seule date estivale belge. Autant dire que le peuple s'est pressé en masse pour (re)découvrir cet artiste unique.

Si sa carrière est parcourue de jolis exercices de style, sa popularité a souvent été battue en brèche par ses frasques et sa grande gueule. Ce qui lui a valu d’être surnommé le mauvais garçon de la chanson française.

Celui qui est régulièrement comparé à Serge Gainsbourg est accompagné, ce soir, d'un bassiste, un batteur, un claviériste et de deux guitaristes. Il a endossé un maillot de basketteur américain.

C'est par le magnifique « La Superbe », titre issu du cinquième opus (NDR : un éponyme), que Biolay entame un tour de chant qui restera dans les annales.

Enchaînant alors une salve de titres plus rentre-dedans, comme « Comme une voiture volée » ou « Parc fermé » (NDR : Adé est en en ‘featuring’ sur le disque), des compos issues de son dernier elpee, « Grand-Prix », le gaillard, quoique ténébreux semble réservé. Une timidité étonnante quand on sait qu’il s’agit d’un artiste complet. Il avait d’ailleurs été sacré artiste masculin et décroché le prix du meilleur album lors des Victoires de la musique, en 2021.

Tantôt dramaturge, tantôt militant, BB épanche sa mélancolie aux accords lyriques à travers laquelle ses thèmes de prédilections (déceptions amoureuses et vicissitudes de la vie) s’expriment à merveille.

Lors de son concert, il (s')offre un catalogue musical impressionnant sous forme de ‘best of’. Subtiles, ses compos sont bien mises en évidence par des riffs tonitruants et une voix d'une profondeur abyssale.

Celui qui reste marginal dans le milieu, car à l'antipode des formats radios actuels, s’appuie sur une musique brute et sulfureuse.

Parcourant les épisodes de sa carrière, l'artiste revisite également des chansons puissantes telles que « Palerme Hollywood » ou « Qu'est-ce que ça peut faire », en y apportant tour à tour un soupçon vaporeux de nostalgie, une forme dansante ou encore pétillante.

D’une nonchalance déconcertante, il semble, ce soir, prendre du plaisir sur les planches et paraît enfin soulagé d'être loin de toutes ces conditions sanitaires qui ont frappé la carrière de tous ceux qui ont œuvré dans le milieu culturel.

Alors que le light show s'était jusqu’alors montré discret, « Comment est ta peine » vient mettre un terme à un rêve éveillé.

Un périple teinté d’exotisme, une ode à l’évasion qui reflète, en quelque sorte, la bande originale de sa vie.

Il est un peu plus de 22 heures. Les concerts ne sont pas terminés, mais la raison l'emporte sur la passion. Direction Namur Expo pour reprendre la route.

Une édition qui aura marqué bien des esprits.

RORI + L'or Du Commun + Poupie + Eddy De Pretto + Doria D + Benjamin Biolay

(Organisation : Les Solidarités)  

vendredi, 26 août 2022 17:17

Les Solidarités 2022 : vendredi 26 août

Les Solidarités sont devenues, au fil du temps, un événement majeur dans le paysage musical belge, dont l’initiative et le succès croissant est à attribuer à la mutualité Solidaris.

Si l'année 2020 avait été marquée par une enfilade d'annulations dues à la Covid, les organisateurs avaient pris le contre-pied l’année suivante en proposant une version intimiste rebaptisée pour l'occasion Nuits Solidaires. Mais last, but not least…

Si, depuis huit ans, les festivités se déroulaient sur le site de la Citadelle, une colline au confluent de la Sambre et de la Meuse, il faudra attendre 2023 pour de nouveau se rendre sur le zoning Ecolys à Suarlée, des travaux rendant inaccessible ce lieu séculaire. Pour une durée de trois ans paraît-il …

Comme de coutume, des navettes TEC, disséminées à travers toute la ville, sont spécialement planifiées pour permettre aux festivaliers d’accéder au site. Les plus courageux (ils sont rares) peuvent cependant s’y rendre à pied ; de quoi rendre leurs fessiers un peu plus fermes après une période estivale arrosée (de rosé) pour certains.

Ce vendredi, la circulation est assez dense. Si d’ordinaire, le trajet est estimé à 7 minutes depuis Namur Expo, votre serviteur atteindra sa destination environ trente minutes plus tard.

Ce festival est très particulier. Si la musique est bien évidemment au rendez-vous, des espaces sont également prévus pour d’autres activités, dont des débats sur les enjeux de notre société, des expositions, un village associatif et une kyrielle d'animations. Sans oublier la terrasse estivale installée sur une pelouse, sa grande roue et le tourniquet qui fait le bonheur des petits… et des grands.

L'offre culinaire est aussi impressionnante, de nombreux stands placés aux endroits stratégiques permettent de se ravitailler sans devoir pratiquement faire la file.

Etrangement, aucun ‘cashless’ (terme qui désigne de manière générique l’ensemble des moyens techniques de paiement qui permettent d’utiliser un support comme porte-monnaie) n'est adopté. Il faut donc aller chercher des tickets, comme au bar d'une kermesse de village, ce qui est un peu dommage au vu de l’évolution technologique.

Grâce à une programmation au spectre fin, familial et populaire à la fois, les aficionados auront à cœur de s’enivrer de l’univers sulfureux d’artistes à la renommée internationale. Qu'ils en profitent, parce que les Solidarités sonnent aussi le glas d’une fin de saison, rappelant doucement la rentrée des classes...

Direction, l'Esplanade. La grande scène accueille Hoshi (étoile en japonais), une femme/artiste dont le physique a essuyé de vives critiques de la part du journaliste-chroniqueur Fabien Lecoeuvre. Détail cocasse, Grand Corps Malade qui partage l'affiche du jour, a réalisé le morceau « Des Gens Beaux » afin de lui porter secours et lui montrer tout son soutien face à ce déversement de haine issu d'une autre époque.

La demoiselle a offert une prestation de la même veine qu'à Ronquières, quelques semaines auparavant ; un concert d'une intensité rare avec ce brin de folie qui la caractérise. Sans oublier, cet amour pour son public et cette générosité communicative.

Arborant fièrement un t-shirt à l’effigie de Nirvana, Hoshi impose un style musical bien à elle. Des textes simples, mais touchants, une musique entraînante et une aura exceptionnelle. Sans oublier cette voix haut-perchée qui peut perturber les non-initiés. Pas étonnant donc que ce soit devenue l’une des révélations de la chanson française de ces dernières années.

Femme blessée au plus profond d'elle-même, sa prestation de « J'te pardonne » en piano-voix vous flanque des frissons partout. Titre rempli d'émotion au sujet du pardon face aux infidélités de la personne qu'elle aime.

Souffrant de la maladie de Ménière (un mal qui la poursuit depuis toute petite et provoquant des acouphènes et des pertes d'audition), elle s'avoue à demi-mot vaincue par cette affection sur l’époustouflant « Fais-moi signe », véritable appel de détresse auprès d’un public qui ne peut que l’encourager en applaudissant par le langage des signes. Il n’en faudra pas plus pour que les larmes ruissellent sur les joues de la jeune femme. Sans doute, est-elle convaincue qu’elle ne parviendra pas à éteindre ce fléau qui la brûle lentement.

« Amour censure » hymne à la tolérance, adopte des allures de manifeste lorsque la jeune chanteuse s'empare d’un drapeau arc-en-ciel dans le public. Une chanson qui prend un sens tout particulier puisqu’elle-même a été victime d'agression homophobe, devenant ainsi au fil du temps, la porte-parole de la cause homosexuelle. Sans doute, malgré elle.

Si « Ta marinière » est repris en chœur par un public particulièrement enchanté par cette extraterrestre, « Etoile Flippante », version électro, mettra un terme à une prestation sublimement marquante pour une première journée de festival.

Fabien Marsaud est fin prêt pour une consultation ! A la suite d'un accident de plongée l'obligeant à renoncer à une carrière sportive prometteuse, il découvre le slam en octobre 2003, lors d'une scène ouverte dans un bar de la place de Clichy, à Paris, où il déclamera ‘Cassiopée’, son premier texte ‘de scène’. C'est à cette époque qu'il choisit comme patronyme, Grand Corps Malade (GCM), en référence à son handicap et à sa grande taille.

Il est presque 23 heures, lorsque ce détraqué textuel déambule sur la main stage. Après la diffusion d'un clip léché explorant étrangement le cerveau (si, si !), le set peut débuter. Surprise, parmi les musiciens figure Quentin Mosimann, tour à tour DJ's, présentateur télé, chanteur et un multi-instrumentiste. Pas étonnant lorsqu'on sait que « Mesdames », album de duos, est issu de la rencontre entre le DJ et le slameur.

Alors que le soir est tombé, GCM interprète paradoxalement « Le jour se lève », un morceau aux penchants électriques pour ensuite s’épancher sur les femmes. Pas seulement pour en parler, mais aussi les entendre puisque de très jolis duos virtuels seront proposé, dont « 24 heures », en compagnie de Suzanne, « Derrière le brouillard », de Louane, et « Nos plus belles années », de Kimberose. Sans oublier, le touchant « Mais Je T’aime » avec une Camille Lelouche très convaincante. Une manière efficace de dénoncer harcèlement sexuel et inégalités. 

Soutenu par un light show percutant, Marsaud, tantôt pourfendeur, tantôt militant effréné, manie sa verve avec une précision et une flexibilité étonnante. Il dépeint les paraboles de l'existence sans jamais tomber dans les poncifs du genre, mais en les abordant à travers un second degré bien à lui.

D’une voix rauque, l'homme aux yeux d'un bleu profond mais au regard empreint de compassion, s'est livré avec une grande générosité dans une joute musicale d'une richesse et intensité rares.

Véritable showman, Mosimann livre encore un hommage vibrant au regretté Grand JoJo, tout en sollicitant le public à reprendre en cœur le célèbre ‘Chef Un P’tit Verre…’

Alors que « Pas Essentiel » sonne la fin de la récréation, le site est plongé dans le noir, invitant les chauves-souris qui se mettent alors à tournoyer afin de chasser leurs proies…

Peut-être que sur la route du retour, votre serviteur rencontrera Nyx, la déesse de la nuit... Qui sait ?

Hoshi + Grand Corps Malade

(Organisation : les Solidarités)

 

vendredi, 26 août 2022 18:22

Rêvalité

« Rêvalité », le septième opus de Matthieu Chedid, constitue, en quelque sorte, le lien entre le personnage -M-, créé il y a tout juste vingt-cinq ans, et l'homme d'aujourd'hui, un artiste qui se cherche entre réalité et imaginaire.

Fixant comme point de convergence un triptyque qui fait une fois encore la part belle au choix des mots et des mélodies, il leur communique une nouvelle saveur, et notamment à travers la profondeur de la ligne de basse tracée par Gail Ann Dorsey (NDR : elle a notamment milité au sein des backing groups de David Bowie et Tears for Fears).

Il ne s’agit d’ailleurs pas de la seule collaboration, puisque Fatoumata Diawara (chanteuse, comédienne et autrice-compositrice-interprète malienne) s'invite sur « Mais tu sais ».

Assez coloré et nuancé dans son ensemble, l’elpee permet au chanteur de prolonger ses rêves d’enfance tout en se réinventant le temps d'une histoire.

Si le titre phare apporte essentiellement des lignes funky, « Mégalo » est davantage groovy, alors que l’émotion libérée par « Mogodo » (une berceuse chantée par le paternel en 1974) est accentuée par les interventions de percus et de cuivres. Le néo-quinquagénaire se frotte même au psychédélisme sur « Dans le living » ou, à contrario, concède une chanson populaire aux accents radiophonique, sur un morceau simplement baptisé « Dans ta radio » …

Ce doux rêveur succombe à la nostalgie en plongeant dans son passé (« Petit Homme »), mais également rend un vibrant hommage au cinéaste italien « Fellini », tout en construisant la mélodie sur la symphonie n°40 de Mozart.

Plutôt iconoclaste, cette œuvre est partagée en deux parties. La première nous réserve des plages dynamiques alors que la seconde est davantage tendre, introspective et poétique. Enigmatique aussi. A l’instar de l'excellentissime « Ce Jour-Là », compo qui adresse un clin d’œil à sa grand-mère, la poétesse Andrée Chedid. Une piste enrichie de cordes et de chœurs qui se perdent à l'infini…

Des arpèges de grattes prennent leur envol sur « Home », une composition caractérisée par son refrain entêtant, alors que « Le langage des Oiseaux » clôt un des albums les plus réussis de -M-.

Si vous aimez la musique de -M-, vous l’apprécierez tantôt sur le dancefloor ou tranquillement au coin d’un feu de bois. Mais c’est surtout en ‘live’ que ces chansons risquent de prendre toute leur dimension, là où l’artiste s’exprime sans doute le mieux.

Bref, un chef-d’œuvre en treize chapitres, qui inscrit parfaitement Matthieu dans son époque tout en lui permettant de s'y évader…

Et si nous suivions ses traces ?

Clap de fin pour cette dixième édition qui a tenu toute ses promesses et attiré la grande foule. Et pour cause, depuis plusieurs jours déjà, le sold out avait été décrété.

Il fait très étouffant ce dimanche. Les températures deviennent insupportables. Heureusement, une brise légère vient apporter un brin de fraîcheur.

Retenu par des obligations familiales, votre serviteur n'arrive qu'en fin d'après-midi. Juste à temps pour le concert de Snow Patrol.

La foule s'est pressée devant la mainstage. Les festivaliers y sont serrés comme des sardines, et l’expression est loin d’être abusive…

Si l'actualité musicale de Snow Patrol est au point mort depuis 2018, le groupe britannique continue néanmoins d'assurer des tournées un peu partout en Europe. 

Sa popularité va prendre son envol à partir de 2003, soit à l’issue de la sortie de son troisième elpee, « Final Straw ». Depuis, le combo est considéré comme un des groupes majeurs de la scène britannique des années 2000. Il a ainsi écoulé plus de 12 millions d’albums depuis sa formation.

Drivé par Gary Lightbody, le combo va livrer un set de toute bonne facture et bien maîtrisé. Cependant, sans fioriture ni éclats. Une prestation qui va permettre à la foule de faire redescendre une pression accumulée depuis 48 heures.

« Chocolate » ouvre les hostilités. Une compo rugueuse, pleine d'énergie, au cours de laquelle les guitares s'en donnent à cœur joie.

Manifestement les Britanniques ont conservé leur savoir-faire légendaire. Caractérisé par ses ‘whoh oh oh oh’ et ses riffs de grattes déchiquetés, « Take Back The City » constitue le point d’orgue du set.

Pas de temps mort, SP enchaîne les morceaux, entrecoupés par les interventions baragouinées de Lightbody.

Le band embraie par « Run », une plage extraite de l’opus Final Straw (2003) qui lui a permis de se faire connaître du grand public, et notamment aux États-Unis. Un titre qui a aussi été diffusé sur les radios françaises, au cours de l'été 2004.

Des lignes mélodiques, des refrains qui restent ancrés dans la tête, un chanteur au charisme fou : ce sont les recettes de ces patrouilleurs des neiges aux regards langoureux.

Le band parvient à fédérer à travers des morceaux comme « Empress », « Set the Fire » ou encore « Open your eyes ». Des titres familiers, truffés de sonorités de grattes, à la rythmique imparable dont l’atmosphère est très susceptible de devenir éthérée…

On reprochera sans doute le manque d'audace du show. Il est trop calibré, trop prévisible. Mais il tient parfaitement la route.

Imprimées le plus souvent sur un rythme soutenu, les compos s'enchaînent et font mouche.

Pop song, « You could be happy » met bien en exergue la voix veloutée de Gary Lightbody. Plus fragile, « Make this go on forever » bénéficie d’un refrain soutenu.

Le set tire à sa fin. L’enivrant « Chasing car », tube radiophonique, incite les festivaliers à se déhancher et à frapper dans les mains, encouragés par le drummer aux gestes d'une amplitude impressionnante.

Snow Patrol entame son rappel par « What If This Is All The Love You Ever Get ? », un morceau curieusement down tempo qui brise la belle dynamique qui s'était alors installée.

Mais le glorieux « Just Say Yes » remet les pendules à l’heure, plongeant la fosse dans l’effervescence et permettant au groupe de quitter dignement le sol belge. Espérons qu'il ne s'agisse que d'un au revoir…

Il est minuit. Les spectateurs regagnent progressivement leurs véhicules, tandis que les stands ferment leur porte. Il est déjà quasi impossible de consommer un dernier verre. Dommage... mais laissons toutes celles et tous ceux qui œuvrent dans l'ombre de ce festival reprendre le cheminement de leur vie...

Vivement l'année prochaine !

(Organisation : Ronquières festival)

Snow Patrol

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Seconde journée pour le Ronquières festival. Les stigmates de la veille sont à peine perceptibles. Le site a retrouvé sa belle couleur verte (plutôt grise au vu de la sécheresse).

Les bénévoles ont œuvré sans ménagement pour nettoyer la plaine. Les festivaliers sont pour la plupart des gens responsables : des couples, des amis venus se détendre après une semaine de travail ou encore des parents avec les bambins. Quoiqu'il en soit, la très grande majorité est attentif à son environnement. Et hormis, l'un ou l'autre déchet, presque rien ne traîne au sol.

Le soleil s'est invité sur cette bourgade de la ville de Roeulx. Après tout, lui aussi a le droit de s'en mettre plein les portugaises. Mais pour lui, ce sera gratuit !

Il fait relativement chaud ce samedi du mois d'août. Dire que certaines années, fallait prendre son K-Way.

Les aficionados se sont pressés en masse. Normal, le line-up est davantage éclectique et risque de plaire au plus grand nombre.

Il est un peu plus de 14 heures, lorsque votre serviteur passe les portillons de sécurité. Une petite fille aux cheveux de couleur bleue se pointe. Il s'agit de Doria-D. Elle doit avoir à peine 22 berges.

En arborant une coiffure pareille, on dirait la schtroumpfette. La gonzesse s'est fait connaître auprès du grand public grâce au titre « Dépendance », issu d'un premier album éponyme, sorti en 2021.

Elle est accompagnée d'un drummer et d'une jolie dame au clavier, une brunette au rouge à lèvres éclatant. C'est son Birthday. Elle doit avoir un peu plus de quarante ans !

Grâce à sa voix rauque et envoûtante, son sens mélodique et la puissance de ses textes, Miss Dupont ne laisse pas indifférent. Son univers est directement inspiré par Billie Eilish et Lana Del Rey mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal.

Sur fond de sonorités french pop modernes, la demoiselle s'inscrit dans l'air du temps en proposant des textes autocentrés, mais qui permettent à la jeunesse de s'y retrouver (« Dépendance » y aborde le thème d’une relation toxique).

Fière de sa sensibilité, elle exhorte le public à en explorer tous les sens. C'est alors qu'elle se livre à un « Hors tempo » endiablé.

Mais c'est à travers sa reprise du titre emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle se hisse comme véritable porte-drapeau de toute une génération.

Bandit Bandit et sa chanteuse sexy se produisent à Bâbord. La fille est fringuée comme vieille pute bon marché. Bas résilles, tenue transparente et culotte montrant un galbe du tonnerre (le trou dans son collant au niveau des fesses ne passe pas inaperçu). Sacré nom de Dieu, il n'aura fallu que quelques petites minutes de ce spectacle pour que Bandit... banda !

Maeva aime jouer ce rôle trouble et diabolique. Elle s'amuse à caresser son corps de bas en haut, insistant sur ses parties intimes. De quoi faire frissonner votre serviteur qui ne tient plus en place.

La chanteuse est accompagnée de Hugo aux guitares ainsi que d’une section rythmique réunissant le drummer Anthony Avril et le bassiste Ari Moitier, qui se charge également parfois de la six cordes. Anthony joue torse nu et montre un corps taillé comme un Apollon. Ce n'est pas les filles debout au premier rang qui s'en plaindront !

D'emblée, ces bandits de grand chemin multiplient les riffs ténébreux et les rythmiques plombantes. Maëva utilise le micro comme un défouloir, à l’instar de « Désorganisée », un morceau puissant qui permet à la donzelle de délivrer un message (NDR : un massage ?) sincère ; ses expériences multiples l'ayant inspiré profondément.

La musique du combo est acide. Elle stimule la voûte plantaire. Elle creuse vos veines et se retire en les marquant au fer rouge. Ça pue la rage et ça transpire la fumette. C'est du rock'n’roll actuel, teinté de psyché ou du stoner lourd et sensuel, selon.

Il y a ce petit côté Dolly (groupe de rock français actif de 1995 à 2005 et dissout à la mort de son cofondateur et bassiste Michaël Chamberlin), non seulement dans l'intention, mais aussi dans les sonorités de guitares poisseuses. 

La musique de Bandit Bandit ne s'écoute pas, elle se vit. En live, c’est une expérience intense, puissante, un pur moment de bonheur.

Assumant pleinement la langue de Voltaire, la bande à Baader s'exécute avec rage et excentricité. Les musicos en maîtrisent parfaitement les codes. Il y a une complicité folle entre la leader et son guitariste. A cause de leurs échanges de regards lancinants et des frôlement de lèvres à la limite du flirt. Pourtant, les deux tourtereaux (?!?) évacuent leurs frustrations et leur colère à travers la musique de BB.

Avant de vider les lieux, le combo entame les propos d'une chanson qui colle parfaitement à l’esprit de la formation ; un « Bonnie and Clyde » profond, d'une sincérité pure. Gainsbourg aurait été fier de cette reprise interprétée en guise d'hommage.

Delta prend le relais. Votre serviteur avait assisté au son set, la semaine dernière, dans le cadre du festival Les Gens d'Ere. Il profite donc de cette petite parenthèse pour s’octroyer une pause bibitive.

Noé Preszow (NDR : prononcez ‘Prèchof’ comme le chanteur aime à le rappeler) vire à Bâbord. Petit et trapu, il arbore une veste en velours de couleur bleu foncé, trop grande pour lui. A s'y méprendre, on dirait l'arrière-petit-fils de Demis Roussos (sans la barbe).

Après une intro plutôt vaporeuse, le Bruxellois décide de prendre la direction des opérations. A même pas trente balais, ses écrits littéraires et poétiques ont déjà conquis pas mal de monde.

Parfaitement ciselées, ses chansons sont d'une fluidité extrême. Elles sont le fruit d'une conjugaison entre pop immédiate et poésie à fleur de peau. Les mélodies sont accessibles, le phrasé est parfait et le sens du rythme, précis.

Le gaillard a un don pour torcher une chanson, à l'instar du tubuesque « A Nous ». Une compo qui lui a permis d'acquérir ses lettres de noblesse auprès des critiques et du public. Les médias la considèrent comme ‘prémonitoire’, car elle a été écrite bien avant la vague de la pandémie de la Covid-19…

L’inspiration de Preszow semble héritée des plus grands songwriters français et américains. Ses textes ont la profondeur de ceux signés Dominique A. En outre, sa voix emprunte des inflexions à Gaëtan Roussel.

Très en phase avec le présent et ce qui l'entoure, le gaillard entame alors « Un monde à l'envers » aussi impudique que généreux, une compo écrite alors qu'il participait à une manif 'Santé en lutte', le jour de ses 26 ans.

Le plus jeune héritier de la chanson française est un avant-gardiste. Ses thématiques sont humaines et s’adressent au plus grand nombre.

Alors qu'il chante « Faire les choses bien », il rappelle que faire correctement les choses, ça ne veut pas dire grand-chose, mais il encourage l’auditoire à mettre tout en œuvre pour rendre le monde meilleur. Une belle compo qui explore le champ du possible des relations humaines.

Il s'agira de l'avant-dernière date de sa tournée. Mais Ronquières sera sa dernière date belge.

Noé Preszow est un artiste, un vrai. Un de ces gars dont il faut parler. Ses histoires personnelles mériteraient toutefois d'être davantage chuchotées dans un endroit approprié, comme au sein d’une salle culturelle, que criées lors d’un festival où les mots perdent de leur sens.

Charles (référence à son papy dont elle vouait une admiration sans faille) se tient prêt à assurer côté Tribord. La petite a teint ses cheveux en rouge. Malgré de grosses godasses aux semelles compensées, elle paraît toute petite sur cette grande estrade.

Un peu grassouillette, elle semble intimidée devant les centaines de badauds qui se sont pressés pour découvrir cette ancienne candidate de The Voice Belgique.

Elle crèche à Braine-le-Château, un bled à une encablure d'ici. Elle s'exprime artistiquement dans la langue de Shakespeare.

Elle explore un univers qui lui est propre et qui ne ressemble à aucun autre. Des chansons pop, sensuelles, qui observent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

De son grain de voix chaud et éthéré, elle embrasse une pop glamour sur « For gone », une chanson qui parle notamment de violences conjugales dont elle a été victime à seulement 16 ans.

Globalement, même si l'intention y est, elle parvient difficilement à rendre dynamique le set. Et ce n'est pas « Wasted Time », un morceau caractérisé par une ligne de basse lancinante (qui communique un aspect un peu plus mystérieux et dark au titre mélancolique) qui y parviendra.

« Without You » constitue le moment solennel de la soirée, une chanson où elle demande au public de reprendre le refrain. Un exercice facile selon ses déclarations. A ce moment, elle s'exerce en maîtresse de cérémonie qui vient de prendre le pouvoir.

« Until We Meet Again », issu de son dernier opus, semble comme salvateur dans l’esprit de celle qui révèle avoir traversé énormément d’épreuves.

Moment émouvant lorsque Charles interprète « Didn’t Get To Say Goodbye », en hommage à son directeur artistique Gilbert Lederman, tout récemment décédé.

Ambassadrice (comme Doria D) sur Equal, la plateforme mise en place par Spotify pour remédier à la non-représentativité des femmes dans la musique, Charlotte Foret, entre mysticisme et ballades mid-tempo, est parvenue à conquérir un parterre de quelques milliers de personnes…

Louane débarque : soutif rose, veste bleue pailletée et jupette jaune canari. Que de mauvais goût !

La petite a été révélée lors de la seconde saison de The Voice. Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans ‘La famille Bélier’, pour lequel elle a remporté un César, qui lui a permis d'obtenir cette reconnaissance médiatique.

Elle entame son tour de chauffe par « Donne-moi ton cœur », un cri de détresse chargé d'émotion. Le public est majoritairement constitué de petites filles prépubères pour qui la gonzesse reste, semble-t-il, une icône de la chanson française.

Très franchement, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les portugaises de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire.

Mais, pour critiquer objectivement une artiste il faut poursuivre malgré tout l'analyse de son concert. C'est donc avec un entrain à peine dissimulé que se poursuit l'écoute des compos de la belle.

Selon ses dires, le public belge serait le plus chaud d’Europe. Menteuse va !

Elle embraie par le tubuesque « Jour 1 » et son refrain est chanté par une bonne frange de la populace. Une petite fille au premier rang ne peut contenir cette émotion aussi soudaine qu'inattendue. Les larmes chaudes coulent sur ses petites joues roses. Une image qui prend tout son sens aujourd'hui. Ces instants fragiles portés hors du temps, ces petits riens qui rendent les gens heureux.

Manifestement, Louane prend du plaisir et entraîne la foule dans son jeu infantile.

« Thérapie », compo traitant de la santé mentale, lui permet d'entamer une communion (solennelle ?) avec le peuple. Elle demande le silence car elle crée des boucles avec sa voix et s’en sert tout au long du morceau.

Il s'agit de l'une de ses trois dernières dates à Ronquières. Elle quitte la scène des étoiles plein les yeux.

Hoshi restera l'une des prestations les plus intéressantes de ce festival. L'une des plus émouvantes également. Un show rarement égalé. Un brin de folie, beaucoup d'amour et une femme à l’énergie communicative.

L'artiste commence le piano à l'âge de six ans et la guitare à quinze ans. À la même époque, elle écrit ses premières chansons.

Hoshi effectue ses premiers pas dans la musique au sein du groupe amateur TransyStory, formé en septembre 2011. Passionnée par la culture japonaise, elle choisit comme nom de scène Hoshi Hideko, puis simplement Hoshi qui signifie ‘étoile’ en japonais.

C'est l'une des révélations de la chanson française de ces dernières années ; et pour cause, elle est parvenue à imposer son style musical bien à elle. Des textes simples, une musique entraînante et une aura exceptionnelle, des valeurs qui ont rendu cette femme sympathique.

En dévoilant ses préférences sexuelles, elle est devenue, au fil du temps, la porte-parole de la cause homosexuelle. Bien malgré elle d'ailleurs.

« Enfants du danger » donne le ton ce qui restera un concert marqué au fer rouge de cette dixième édition. Une compo rythmée par la recherche du sens de la vie.

Elle avoue être heureuse de pouvoir revenir en Belgique pour la troisième fois. Elle prévient immédiatement l’auditoire qu’elle souffre d'un tic de langage en ponctuant chacune de ses phrases par un ‘Allez hein !’ Elle s'amuse en ajoutant qu'elle le convertira en future chanson.

C'est alors qu'elle attaque « J'te pardonne » en mode piano-voix. Une chanson particulièrement émouvante, sur fond de rupture amoureuse, au cours de laquelle elle se met à nu.

Elle achève doucement une tournée de plus de 150 dates, ce qui est loin d'être évident pour celle qui souffre de la maladie de Ménière. Un mal qui la poursuit depuis toute petite, provoque des acouphènes et entraîne des pertes d'audition. Vous vous doutez évidemment la difficulté de concilier ce genre de maux lorsque l'on preste un métier comme celui-ci...

Ce qui ne l’a pas pas empêché, à 25 ans, de réaliser son rêve et de devenir chanteuse. Mais à certaines conditions : pas plus de deux concerts par semaine, car des vertiges peuvent apparaître rendant alors impossible ses prestations.

Et comme aucun traitement n'existe, elle ne peut que compter sur le soutien du public. Et c'est un peuple très enjoué qui l'encourage via des applaudissements en langage de sourd. Les yeux embués, Hoshi n'a pu retenir ses larmes lors de son « Fais-moi signe ». Un moment exceptionnel et d'une intensité rare, la jeune artiste ayant perdu la moitié de sa capacité auditive à cause de cette affection, justement.

Sachant que plus elle accorde de concerts, plus elle jouera avec le feu, elle sait qu'un jour, elle n'entendra plus suffisamment pour faire de la musique, son métier.

« Et même après je t'aimerai », texte poignant sur l'après-rupture, rend à la chanson française ses heures de gloire. Un titre qui ne peut laisser indifférent. Bref, des thématiques qui parlent au plus grand nombre. Et cette musique qui donne envie de danser, de se lâcher.

Appel au manifeste, « Amour censure » constitue un véritable hymne à la tolérance et à la sincérité des sentiments amoureux. Hoshi, elle-même victime d'agression homophobe, a écrit cette chanson en réaction à une certaine libération de la parole discriminatoire, notamment après la ‘manif pour tous’. Une compo qui malheureusement a encore des raisons d'exister auprès des biens pensants...

La chaleur est de plus en plus accablante. Hoshi invite à s'hydrater. Mais à la seule condition de boire de l'eau. C'est alors qu'elle fredonne 'plus je bois, plus je bois, plus je bois, plus je bois' sous le couvert d’une « Femme à la mer » … de bon aloi.

Douée pour les métaphores et autres figures de style, elle achève son jeu par « Ta marinière ».

Hoshi reste bel et bien l'étoile montante d'une fine fleur de la chanson française. A cause de cette recherche constante d'accroche, de dynamique et de refrains entêtants. Gageons que son étoile continue de briller afin qu’elle puisse dispenser des messages qui nous touchent en plein cœur.

S'il est un autre chanteur qui n'a pas hésité à faire son coming out, c'est Eddy De Pretto.

Biberonné par Brel, Brassens ou encore Barbara, Eddy a, depuis ses débuts, ce pouvoir extraordinaire d’utiliser les mots pour fédérer et inviter l’auditeur à s’interroger sur le monde et autres vicissitudes de l’existence.

Il s'était déjà produit en 2019. Il était juste accompagné d'un drummer. C'est en compagnie d’un groupe qu'il se présente aujourd'hui. Une formule qui lui permet de remplir et se s'approprier l'espace scénique.

Vêtu d’un Marcel et d’un short/training, il fait vraiment vieille France. Manque plus que la baguette sous le bras et le béret (ici remplacé par la casquette).

Il puise ses chansons au sein de ses deux albums. Dont cette « Fête de Trop », évoquant muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés. Un titre qui lui avait d’ailleurs permis de décrocher une nomination largement méritée aux Victoires de la musique, en 2018. Si cette recette n’est pas à mettre entre les mains de n’importe qui, elle reste néanmoins taillée pour le live ! Et « A quoi bon » traite également de l’addiction.

De Pretto choisit judicieusement ses mots pour torcher des textes poignants sur fond de mélodies accrocheuses.

Une belle prestation, mais Eddy (re)fait du De Pretto. Et c'est dommage ! Pas vraiment de surprises donc ! L'artiste s’adresse de nouveau à une frange de la population aussi large que possible. A cette seule différence près, c’est qu’ici, il parle surtout de lui-même de manière grave et primaire. C'est une prestation très autocentrée.

Fidèle à lui-même, ce jeune écorché vif offre là encore une belle palette de ses capacités lyriques et musicales. Trempée dans le vitriol, sa plume demeure encore sa plus belle arme…

Il encourage le public à suivre sa propre voie, lui qui a toujours écouté davantage son cœur que la raison.

Plutôt bien ficelées dans l’ensemble, les chansons s’imprègnent de son vécu tout en dénonçant, sans aucune prétention, les injustices de (sa) la vie comme ce « Freaks » qui s’adresse principalement aux exclus. « Tout vivre » se révèle aussi saignant que cinglant. Une compo autobiographique qui jette un œil dans le rétroviseur pour relater certains grands moments de son existence, traversée d’épisode ténébreux.

L’expression sonore est maîtrisée et le flow est bien canalisé. On passe aisément de la pop au rap, tout en s’autorisant un petit détour via l’électro.

Eddy n'oublie pas ce « Kid », titre qui fustige la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par le conservatisme sociétal. Le public connaît par cœur ce titre multi radiodiffusé dont certains spectateurs se reconnaissent en lui.

Entre sujets crus et autodérision, son set ressemble à un livre ouvert sur sa vie. A l'instar de ce « Bateaux-Mouches » où il se remémore ses débuts d’apprenti chanteur.

On aurait aimé un peu plus de liberté dans le champ d'action artistique. Un peu de lâcher-prise et une communion avec le public. Il n'en a rien été. Il est resté froid et austère.

Si cette bande-son ressemble davantage à un ‘best of’ et ravit le plus grand nombre, elle frustre les plus exigeants qui regrettent la trop grande prévisibilité du show.

La prestation de Julien Doré constitue sans doute l’apothéose de cette dixième édition du Ronquières Festival. Faut dire que le gaillard à la chevelure… dorée, s’est révélé en se présentant au casting de l'émission ‘Nouvelle Star’, en France, il y a quinze ans déjà, pour y interpréter « Excellent », une compo signée Sharko...

Cette reprise a ainsi permis à David Bartholomé et ses acolytes de rencontrer un nouveau public ; et à ce titre, de récolter un succès ‘culte’ propagé par de nombreux joueurs de ukulélé, sur internet. « I Need Someone » subira le même sort.

Et depuis, il n'a cessé de surprendre en publiant des disques iconoclastes, des clips bestiaires et des messages percutants sur les réseaux sociaux.

Marquant son quatrième passage au pied du Plan Incliné de Ronquières, Doré opère une entrée fracassante depuis les bachotages. Et c'est en costume rose qu'il se présente devant une foule fidèle et dévouée, venue fredonner les nouvelles chansons d'un dernier album intitulé « Aimée », paru il y a deux ans déjà.

‘Il sera notre Bruno Vandelli ce soir’ (le chorégraphe de l’émission ‘Popstars’), lance-t-il devant le peuple hilare, laissant supposer que l’on va assister à des chorégraphies des plus surprenantes…

« Le lac » ouvre le bal. Ce morceau sonne comme un retour aux sources, suscite la réflexion et glorifie l'amour, le féminin et la nature. Réaliser un travail d’écriture introspectif, en solitaire, et dévoiler ses pensées intimes à un max de personnes, constitue une démarche ambivalente… A chacun ses choix après tout !

Très professionnel, le show est parfaitement maîtrisé. Tous les codes y sont. Des images sont projetées sur un écran posé au milieu du podium.

Le light show est particulièrement judicieux lui aussi. Les techniciens accomplissent un travail remarquable. A la moitié du ‘live’, des canons sis à proximité de la ‘stage’ tirent une tempête de serpentins géants. De quoi galvaniser l’ambiance un peu plus...

Bref, c'est véritablement un show à l'américaine auquel l’artiste se livre aujourd'hui pour le plus grand bonheur de ceux qui sont parvenus à se procurer le précieux sésame.

La suite du set va aligner une déferlante de tubes : « Kiss Me Forever », « Coco Câline », « Chou Wasabi », sans oublier les moments plus tendres, dispensés sous un format piano/voix, comme ce « Moi Lolita » ou encore cette reprise succulente de Montagné, « Sous le sunlight des tropiques ». Un titre qui prend tout son sens suite aux chaleurs tropicales de ce mois d'août.

La mer était également au rendez-vous, les décors de plage apparaissant régulièrement derrière l'artiste, histoire de coller un peu plus encore à ses thèmes de prédilection.

Que ce soit sur ses titres les plus stimulants ou les plus calmes, Julien y met la même dose de générosité. Le contraste entre la douceur des vocalises et le caractère dansant des chansons est assez frappant. L’alchimie fonctionne pourtant à merveille.

Responsable d’un ‘live’ puissant, énergique et sincère, même s’il y ajoute une pointe d’introspection, Juju ne cherche pas à jouer un rôle.

Lorsqu’on force le déroulement des événements, on les abîme… Il est égal à lui-même, très second degré et proche d'un public qui l’adore depuis les premiers jours. L’artiste serait davantage dans un abandon et une incarnation, mais pas dans un jeu…

Le graal du spectacle sera atteint lorsque son complice de toujours, Eddy de Pretto, viendra le rejoindre sur les planches pour interpréter un truculent « Larme fatale », en mode piano-voix.

Même si l'ami Doré nous avait habitués à ses turpitudes visuelles en introduisant des animaux dans ses clips, il s'offre ici le luxe d'invités de marques très spéciaux, sous la forme d'affectueux diplodocus. Sans oublier le panda ou encore de ses deux chiens Jean-Marc et Simone. Mais virtuellement celle fois ! Et oui, Ronquières est un festival et non une bétaillère !

Même si le Sieur Doré est tombé dans le piège du spectacle surdimensionné, il a offert ce soir, un spectacle surprenant, généreux, loufoque, mémorable et complémentent surréaliste. 

Bref, un concert qui colle parfaitement à l'esprit du pays dans lequel il s'inscrit.

(Organisation Ronquières festival)

Voir aussi notre section photos ici

Doria-D + Bandit Bandit + Delta + Noé Preszow + Charles + Louane + Hoshi + Eddy De Pretto + Julien Doré

 

 

Depuis ses débuts, le Ronquières festival propose une multitude d'artistes en devenir, mais aussi confirmés. Il s'est d'ailleurs rapidement hissé comme une référence en la matière.

Ce week-end, ce jeune garçon fête ses 10 ans. Un âge entre enfance et adolescence. Et pour fêter dignement cet anniversaire, les organisateurs ont concocté une affiche étonnante. Cerise sur le gâteau, les festivités se déroulent sur trois jours pour en profiter davantage.

Comme toujours, la tour du Plan incliné surplombe les scènes Bâbord et Tribord. Les prestations scéniques sont rythmées par le ballet incessant des péniches. Mais pas que, puisqu'un nouvel espace ‘Bâbord club’ a vu le jour permettant à ceux qui le désirent de faire le plein de musique électronique, histoire de satisfaire les plus branchés.

L'affiche de ce vendredi est une mise en bouche, juste le temps de prendre ses repères et se laisser flâner, le vague à l'âme.

Lorsque votre serviteur arrive, Emma Peters termine son set par une cover assez timide de « Femme Like U », une compo de K-Maro.

L'auteure-compositrice-interprète-musicienne française s'est justement fait connaître en postant des reprises sur Youtube, depuis sa chambre ; essentiellement des titres hip-hop qu’elle revisite en guitare-voix (Lomepal, Luidji, …). Elle cumule des millions de streams. Parmi ses plus gros succès, « Gisèle », « Clandestina », « Magnolias for Ever » …

La donzelle, ersatz d'Angèle à deux balles, ne semble pas très à même d'assurer un show comme elle le devrait. Elle fait parfois un peu pitié en tentant de se frayer un chemin dans cette brousse qu'est le monde de la musique.

Bref, une prestation très loin d'être convaincante. Peut-être aussi que la critique n’est pas objective, vu que sa prestation n’a pas été suivie dans son intégralité...

Bâbord toute pour assister au concert de Rerywam. Le band réunit quatre beatboxers qui ont chacun leurs spécialités : Beatness (Fabien Di Napoli), Rythmind (Loïc Barcourt), Wawad (Walid Baali) et Beasty (Loïc Palmiste).

Aucun instrument sur le podium. Les lascars se contentent d'imiter et de reproduire des bruits, des sons et des musiques à l’aide de leur seule bouche. Un genre qui est apparu quelques années après la naissance du hip-hop, à la fin des seventies.

Ils sont originaires de Toulouse et disposent d'un background bien corsé puisqu’outre leur participation à la tournée de Big Flo et Oli, en première partie, ils ont été sacrés champions de France de human beatbox, en 2016, à Paris, et champions du monde à Berlin, en 2018.

Voguant entre hip hop, reggae, musique classique et électro, ils s'attaquent à tous les styles musicaux avec une facilité métissée qui surprend.

C'est un style qui interroge dans un festival comme celui-ci. Une musique qui insiste sur les poncifs du genre. C'est sympa à regarder et à écouter, mais la curiosité s'étiole assez rapidement. L'effet de surprise se dissipe et laisse place à une atmosphère plutôt casse-bonbons.

Rilès embraie. C'est un autodidacte. Il enregistre, produit et mixe tous ses projets depuis sa chambre rouennaise, accumulant plus de 300 millions de vues et 300 millions du streams sur les plateformes dédiées.

Cheveux hirsutes, le gars se pointe sur l’estrade affublé de bandes réfléchissantes.

Introduit et porté par un chant guerrier, le trublion entame son tour de chant quand, rapidement, dès les premières notes, une horde de danseurs envahissent la scène. Ils sont tous vêtu de blanc et courent, virevoltent, sautillent. Un show qui détonne et contraste au vu des prestations précédentes.

Rappeur, auteur, et interprète, Rilès compose et chante ses titres dans la langue de Shakespeare. Plutôt surprenant pour un français. Son flow est ciselé, poignant et débordant d’énergie.

Véritable oasis de fraîcheur dans cette après-midi d'une moiteur instable, la musicalité de ce jeune chanteur quasi par accident, apparaît entre nappes de synthés volatiles et batterie lancinante.

Derrière, les images défilent au gré des compos, ce qui permet d’apprécier encore davantage le show. L'esthétique est appareillée, inhabituelle et époustouflante. Elle nous plonge au sein d’un univers déjanté et féerique. Un milieu qui colle bien à la personnalité de Rilès.

L'homme est un véritable showman et ne manque pas d’humour. Il déclare que les Belges sont comme les Bretons : ils sont tous cinglés. Hilares, ces derniers prennent la comparaison à la rigolade.

Bénéficiant d’un large fanbase, cet artiste engagé s'est peu à peu tissé une solide toile dans l’univers de la musique. Une prestation intéressante pour un artiste à revoir en salle.

La température est maintenant plus fraîche et le taux d’humidité dans l’air devient de plus en plus pénible à supporter. D’ailleurs, bon nombre de festivaliers ont déjà rejoint leurs pénates. Pourtant, Orelsan et Todiefor, têtes d'affiche de ce soir, doivent encore se produire. Des prestations que votre serviteur aurait aimé assister ; mais d’une part les conditions ne sont pas idéales et d’autre part, il reste encore deux jours de festival. En outre, demain sera la journée la plus intéressante…

(Organisation : Ronquières festival)

Voir aussi notre section photos ici

Emma Peters + Rerywam + Rilès

dimanche, 31 juillet 2022 07:52

Les Gens d'Ere 2022 : dimanche 31 juillet

Troisième volet de la trilogie. Si durant les deux premières journées, la chaleur était supportable, elle est devenue aujourd’hui quasi-caniculaire.

Votre serviteur se rend en backstage pour réaliser une interview de Cali. Motif ? La sortie de son nouvel opus en octobre. Vous retrouverez celle-ci prochainement dans les colonnes de Musiczine.

Le timing est serré. Pas moyen de rencontrer Stéphane, une jeune artiste suisse, découverte, il y a peu. Il est fort à parier que son nom risque de faire la une dans quelque temps. Quoiqu'il en soit, une interview devrait également lui être consacrée prochainement. Affaire à suivre...

Il est environ 17 heures lorsque votre serviteur file vers la scène couverte. Non pas pour s'y mettre à l’abri, mais pour y assister au set de Delta, un duo bruxellois réunissant Benoît Leclercq et Julien Joris. Ils militaient auparavant chez Meridians.

Le tandem a choisi la langue de Voltaire pour les paroles de ses chansons.

« Héréditaire » et « Le verre de trop » les ont propulsés au sommet des charts au point de les révéler. Certains des textes sont d’ailleurs signés par un Jali en forme.

Les compos se distinguent par leur aisance et leur fluidité mélodique, définissant les contours d'une approche radiophonique. Le public s'approprie certains titres, comme ce « Notre ADN » où les voix masculines se conjuguent parfaitement.

Se nourrissant de folk et de pop, Delta ‘plane’ au sein d’un environnement sucré, chaud et limpide, quelque part entre Coldplay, Souchon et Goldman. Soit un produit très populaire.

Les titres son éminemment propulsés par le besoin de conquérir un prisme le plus large possible. Ce qui donne un résultat, parfois un peu mièvre et linéaire, configuré sous la pression des maisons de disque et ce malgré quelques mélodies pop accrocheuses.

Direction la scène ouverte. Votre serviteur se plante au niveau du crash. Il y a plus de confort visuel, d'autant qu'aucune consigne n'est donnée aux photographes qui souvent doivent déguerpir dès la troisième chanson terminée.

Alors qu'il venait juste de finir de pioncer lorsque l'entretien s'est déroulé, l'ami Cali a repris ses esprits. Il est fringant comme un gardon.

C'est une valeur sûre ! Ses concerts sont toujours très animés, le chanteur communiant systématiquement avec ses disciples.

« Elle m'a dit » donne le ton de ce qui sera un entrelacs de fougue et de sincérité. Un titre qu'il dédie à son amie Dani, décédée le 18 juillet 2022.

La chanson à peine achevée, le troubadour de la chanson française commence à manifester une envie irrésistible de jouer avec le public.

Dopé (à une substance psychotrope ??), le chanteur/amuseur ne cesse de faire le pitre durant le live et ce pour le plus grand bonheur des fans ébahis ! Grimaces, gestes amicaux, regards insistants accompagnent le gai luron lors de la seconde compo, tout aussi tonitruante, « Hey les amoureux ».

Ce qui devait arriver, arriva. L'homme taillé comme un gringalet se hisse sur le frontstage, prend un élan, et s’abandonne au crowdsurfing pour entamer une danse du diable perché dans les airs. C'est un passage obligé chez lui et ce soir ne fera pas exception à cette règle, qui semble-t-il, est immuable ! Le tout sans perdre de souffle ! Pas mal pour un gars qui a la cinquantaine passée... Heureusement pour ceux qui l'ont soutenu, le casse-cou doit à peine faire cinquante kilos, tout habillé !

Repoussant ensuite les principes des règles de sécurité, l'artiste dynamise un peu plus le spectacle et invite toute la presse à monter sur le podium devant un parterre de quelques milliers de personnes pour immortaliser le souvenir d’une photo de famille puissance mille.

Sa réputation de personnage complètement déjanté est largement méritée.

« Lâche pas », titre ‘guest’, en attendant l'album "Ces jours qu'on a presque oubliés", figure dans la setlist, histoire de voir comment ce nouveau format est perçu. Un livre ouvert dans des moments forts vécus auprès des êtres chers, des femmes essentiellement, parties, quittées, envolées… Mais chuttt, impossible de dévoiler quoi que ce soit maintenant, les curieux devront attendre la mi-octobre pour se faire une idée du contenu.

Quoiqu'il en soit, examen réussi avec grande distinction ! Dans l'attente, il invite le public à aller voir le clip. Faut bien attiser la curiosité non ?

Histoire de satisfaire les grabataires, il a sorti de ses tiroirs poussiéreux une vieille chanson « C'est quand le bonheur ? », issue de l'album « L'Amour parfait », paru en 2003. Mais au fond Cali, c'est quoi le bonheur ? Une compo qui va fêter ses vingt piges et pourtant elle n’a pas pris une ride !

Enfilant les tubes, le Toulousain, expose et s'expose à travers le prisme de sa vie, ses amours, ses attentes et ses envies.

Livrant tour à tour des musiques simples, mais accrocheuses, il a pris le parti de choisir ses mots avec une grande délicatesse afin de décrire intelligemment et sincèrement les maux de la vie et la difficulté d’aimer aujourd’hui. Au fond, Cali, n’est-il pas préférable de ne pas aimer plutôt que ne plus aimer ? A méditer...

Le champ du possible de ce grand Monsieur est illimité. Véritable touche-à-tout, Cali multiplie ses engagements, tant dans l’univers du théâtre, de la poésie, de la littérature et, bien évidemment, de la musique.

Bruno Caliciuri, à l’état-civil, est un être doué d’un charisme exemplaire et un humaniste engagé ! Sans oublier, un homme d’exception !

Un fan, accroché au premier rang, vêtu d'un training de couleur bleue et coiffé d'une casquette, est invité à monter sur l’estrade. C'est son anniversaire ! Et dans une cohue indescriptible, le peuple est invité à fredonner le rituel ‘Joyeux anniversaire’. L'homme s'en tire bien, timide au début, il finit par s'apprivoiser l'espace. Si bien, que Cali lui permet de rester sur le podium pour l’accompagner dans le refrain de la chanson qui suit.

Le set se termine doucement. « Je dois encore vivre », titre rocailleux, met en exergue des guitares dans un esprit pop anglo-saxonne.

« 1000 cœurs debout » sonne le clap de fin. Un moment qui permet au drummer de se lâcher comme jamais et d'extérioriser toute sa technique de frappe. Une page se tourne, mais des pages entières restent à écrire...

Putain, quel moment de grâce ! Un concert à revivre en replay encore et encore...

Un autre artiste qu’il ne fallait surtout ne pas manquer, c'est Mustii. Avec deux ‘i’ insiste-t-il. La scène est très joliment décorée façon vintage et bariolée d'inscriptions ‘My generation’, ‘Free’, ‘A miracle’, etc. Une grande horloge y est même accrochée. Mais pas d'aiguilles, juste l'inscription ‘MUSTII’. Faudrait pas qu'on l'oublie celui-là...

Homme de scène, c'est vêtu d'un ersatz de peignoir à capuche de style ‘Boxer’ et chaussé de lunettes de soleil, qu'il s'avance. A moins que ce ne soit tout simplement la nuisette de bobonne...

L'intro passée, histoire de faire monter la pression, le jeune homme, entame la chansonnette par « It's Happening Now », titre éponyme d'un second album particulièrement réussi et qui a fait couler beaucoup d'encre sur le site de Musiczine.

Une composition qui prend un sens particulier aussi, puisque le jeune artiste belge y conte l’histoire de son oncle, Michel, atteint de schizophrénie et décédé il y a une dizaine d’années après une longue souffrance psychologique. Dont acte !

Si l’elpee précédant surfait plutôt sur les nappes de synthés, ici ce sont les guitares qui règnent en maître. « Alien », « New Becoming » et « Run For Your Friend », livrés à la queue leu-leu, confirment les contours rugueux du style musical.

Une musique de mec pour les mecs qui en ont dans le falzar !  Des chansons brutes qui signent un retour aux sources et à l’enfance.

Dans un versant plus électro, « 21st Century Boy » contraste avec des relents pop électro enivrants et légers. Une compo qui s’apparente à une caresse apaisante et valorise davantage la puissance vocale du blondinet platine.

Au fil des années, Mustii est parvenu à tirer parti d'une maturité en progression constante. Si l’aspect pop subsiste en filigrane, il semble assumer davantage les références rock, new-wave tout en adoptant un son plus électrique. Ce qui donne un résultat singulièrement riche et vivifiant. Un genre qui lui va comme un gant.

Acteur, auteur, compositeur et interprète, le Belge surprend. Par la musique, la vitalité, la communion, la générosité et l'expression sonore.

Le show est rythmé par son art à maitriser les mouvements ! Dans une forme olympique, le gaillard ne cesse de courir et d’interagir avec les spectateurs, lorsqu'il ne s'improvise tout simplement pas acrobate sur les montants du chapiteau (ou plutôt du ChapitO). De quoi donner des frayeurs aux assureurs...

Grâce à son physique de jeune premier, il semble trouver auprès des gonzesses une certaine empathie.

Thomas Mustin maîtrise parfaitement les codes de la scène, c'est indéniable. Ses prestations sont toujours extrêmement théâtralisées, stylisées et millimétrées. Mais en jouant un personnage à outrance, ne risque-t-il pas de dénaturer l’âme du show ? Même, s'il s'essaie à garder une certaine spontanéité, il s'installe malgré tout dans la chorégraphie, laissant trop peu de place à l'intuition et à la liberté d'action. C'est vraiment dommage !

Soudain, Thomas lance un appel à travers « Give me a hand », un morceau caractérisé par son refrain entêtant. Une chanson fédératrice, imprimée sur un tempo entraînant. Une manière délicate d'entamer cette quête ultime de rédemption en vue d’exorciser ses vieux démons. Puisse-t-il y parvenir enfin !

Responsable de chansons intelligemment réalisées, interprétés et soignées, l’excité de service prend les rênes de cette soirée en s'imposant. Il se dévoile pour la seconde fois aux Gens d'Ere lors d’un concert d'une rare intensité.

En quelques années seulement, le répertoire de Mister Mustin s’est enrichi. Entre rock et clubbing ses compos sentent bon la vie et l'urgence. Ce gars est littéralement taillé pour la scène !

Caractérisé par son tempo frénétique, « Skyline » souligne une quatrième de couverture réussie, signant au gros marqueur noir ce qui a toujours été une évidence : Mustii est un artiste à part entière.

Même s'il se détache difficilement des poncifs du genre, il acquiert ses lettres de noblesses en dispensant une musique qui plaît parce qu'ambassadrice de bonne humeur.

Mustii, caméléon s'adapte et s’enivre de tout ce qui l’entoure. Cheville ouvrière du touche-à-touche, ce soir, il a été parfait.

Le soleil prend doucement la poudre d'escampette. Le vent souffle comme pour effacer tous ces souvenirs. Christophe Maé s'invite.

Icône de la pop et de la chanson française ‘un peu facile’, ses albums revêtent des couleurs assez différentes, oscillant du blues à la soul en passant par le jazz.  

Après quelques minutes d’écoute, sa voix rauque commence à casser les oreilles de votre serviteur. En outre, le show est mielleux et linéaire. La dynamique qui, jusque-là, s’était installée, est rompue.

Maé chantait « Il est où le bonheur ? ». Pour votre serviteur, il n’est certainement pas ici !

Trois jours aux Gens d'Ere et des étoiles pleins les yeux, l'édition 2022 a une fois de plus tenu ses promesses.

A l’année prochaine !

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Delta + Cali + Mustii + Christophe Maé

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samedi, 30 juillet 2022 11:04

Les Gens d'Ere 2022 : samedi 30 juillet

Seconde journée aux Gens d'Ere. Les conditions climatiques tiennent leur promesse. Le ciel est d'un bleu azur. Ce qui semble plaire au public qui préfère la bronzette sur les transats installés partout sur le site. Il y a comme un air de Saint-Trop', le côté prout-prout en moins. Car ici pas question de se prendre au sérieux, la détente est au centre des débats.

Cette seconde journée est essentiellement placée sous le signe des covers. Pour schématiser, c'est le terme employé lorsqu’un groupe réalise une nouvelle version d'un morceau obtenue à partir d'un original.

Ce genre de groupes fleurit. Si certains font preuve d'une technique musicale affutée, d'autres jouent comme des ‘clettes’. Mais, vu la notoriété du festival, les artistes qui se produisent font largement partie de la première catégorie.

Coverqueen s'est désisté la veille au soir pour cause de maladie au grand dam d’une bonne frange qui a fait la file uniquement pour assister à cette prestation. De source sûre, il semblerait que l'origine de cette défection soit plutôt fallacieuse... Mais, on n’est pas ici pour balancer !

Que le peuple se rassure, Achtung Babies prendra le relais. Il s'agit d'un des meilleurs groupes de reprises. Foi de festivaliers, la prestation qu'il va livrer pourrait rendre jaloux Bono himself.

La soirée s'est terminée par le mythique Mister Cover. Un band qui nous bassine les oreilles depuis des années en refourguant les mêmes chansonnettes à deux balles. Bref, même si c'est à vomir, ça attire du monde. Tant mieux pour les organisateurs. Et pour ceux dont la curiosité musicale s’arrêté à NRJ ou Radio Contact. Dont acte !

Aussi, le seul désir de votre serviteur sera la prestation de Lemon Straw, une formation drivée par le charismatique Gianni Sabia.

Le gars, longs cheveux huileux, poils sur la face, est plus en forme que jamais alors qu’il achève une tournée de plusieurs mois.

L'origine du patronyme est relativement iconoclaste. Lemon Straw pourrait se traduire par une paille et un citron. Celle-là même que Gianni servait quand il vivait à New York et travaillait dans un bar pour vivre. C'est aussi là-bas qu'il a vécu ses premières expériences scéniques en chantant des reprises dans le métro ou en rue.

Ce soir, il est accompagné par Grégory Chainis (basse), Boris Lori (Steel) et Martin Moreau (batterie).

Sabia a failli voir ses rêves se briser en 2017, suite au départ du claviériste Xavier Bouillon (qui avait lui-même déjà remplacé Renaud). S'ensuit une période de doutes et de remises en question. L’idée d’un projet solo a même traversé l’esprit du frontman.

L'arrivée de Greg (on a pu le voir au sein de plusieurs groupes qui sévissent dans la région) et de Martin (Minga Wash, Feel) a vraiment permis au combo de prendre un nouvel essor et d'insuffler une nouvelle énergie dans l'orientation musicale.

Boris est coiffé d’un béret à la Bourvil. Il est assis, guitare steel sur les genoux. Parois, il cale un harmo entre les lèvres.

C'est par un « I can't blame you » que les festivités commencent. Un titre issu d'un dernier LP intitulé « Puzzle », paru début mars 2020 ; soit juste avant le premier confinement. Et les confinements successifs ont malheureusement pesé sur la promotion de ce format.

« What's going » prend le relais. Une compo qui permettra au leader, gratte noire en bandoulière, d'explorer toute l'ampleur de ses vocalises chaudes et puissantes. Un instrument qui représente le prolongement de son âme. Une compagne, non pas en chair et en os, mais en bois et en nylon.

Martin est dans une forme resplendissante. Il se murmure qu'il ne va pas tarder à se mettre torse nu. « Out of time » s'immisce alors dans les portugaises des aficionados. Un single imparable issu de « Running Home », un disque constituant un virage important dans le line-up du combo par rapport au premier essai (plutôt réussi) « See You On The Other Side ». En tout cas, une prise de risque qui n'a pas désarçonné les fans de la première heure.

Perlant de sueur, le drummer n'a d'autres choix que de se désaper le haut de son anatomie pour laisser entrevoir un corps sculpté comme un Dieu. Et sous le feu des cris orgasmiques des pucelles présentes en nombre et de quelques mâles déjà bien imbibés (rappelez-vous, il fait chaud).

Hanté par une carrière professionnelle à l'usine dont il se sait à jamais éloigné, l'Italien se déchaîne. Il frappe ses cordes hargneusement et avec une conviction profonde. Entre folk, rock, blues et pop, sa musique reste sans doute le meilleur exutoire pour oublier les affres du passé.

Il s'agit de la dernière date de la tournée. Une parenthèse qui lui permettra de préparer l’enregistrement d’un nouvel elpee. Profitant de ces derniers instants de gloire, la formation donne ce qui lui reste d’énergie et l'offre en guise de cadeau au public fidèle depuis les premières heures.

Un set taillé dans le rock ! « Kick Me Out » permettra à Boris de sortir de sa léthargie. Harmonica en bouche, il livrera une prestation haute en couleurs. Chapeau bas (ou plutôt béret bas) !

Les titres s'enchaînent sans laisser de temps mort. « Which Side Are You » et son versant rock et rageur vient renforcer un peu plus encore cette atmosphère électrique.

Le show tire doucement à sa fin. Malheureusement ....

Le puissant « Run » sera la cerise sur le gâteau lors d’un bridge acoustique avant de reprendre de plus belle en fin de morceau, démontrant une fois encore le côté fédérateur du combo.

Un show du tonnerre.

Dommage que des titres plus gracieux comme la chanson éponyme du premier LP qui raconte une histoire sur l’amitié, n'ait pas été interprétée. Une compo qui figurera aussi sur l’album paru en 2015, mais en bénéficiant d’arrangements plus soyeux. Une ballade douce et amère écrite pour l'arrangeur et musicien multi-intrumentiste bruxellois Renaud Lhoest (Yann Thiersen, Pierre Rapsat, Dominique A), parti trop tôt (en 2014) des suites d'une longue maladie dont il souffrait depuis longtemps.

Son âme planait quand même quelque part aujourd'hui aux Gens d'Ere. De là où il est, il est peut-être fier du chemin parcouru par son ami de longue date.

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Achtung Babies + Mister Cover + Lemon Straw

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vendredi, 29 juillet 2022 11:00

Les Gens d'Ere 2022 : vendredi 29 juillet

Ce qui n'était qu'un prétexte à faire la fête entre quelques amis du village est devenu aujourd'hui un événement qui dépasse les frontières de cette petite bourgade de la région de Tournai.

Aujourd'hui, Les Gens d'Ere sont devenus... légendaires ! Chose peu commune, cette confrérie a su garder cet esprit de simplicité et de camaraderie propres à sa culture. Ici, pas de chichis : un stand VIP réduit à sa plus simple expression, des pintes à seulement deux euros et une équipe de bénévoles passionnés qui œuvrent dans l'ombre depuis plusieurs mois déjà.

Pour cette énième édition, le site est plus aéré. Deux scènes se côtoient, l'une couverte baptisée ‘La ChapitO’ (avec un grand O svp !) et une autre outdoor, ‘Plein Ere’. Elles proposent en alternance un line-up cohérent, laissant aussi quelques minutes à la horde de festivaliers pour se frayer un chemin de l'une à l'autre sans devoir essuyer les coups de coude. Un détail qui peut se révéler réconfortant !

Si le soleil est effectivement au rendez-vous, il a l'intelligence, cette année, de nous épargner de ses rayons. Il fait bon vivre, de quoi se réjouir davantage de ce week-end prolongé.

Gwen Vanzeveren, président des Gens d’Ere et son team ont gardé la formule de trois jours. Pourquoi changer un modèle qui gagne ? La première journée est essentiellement destinée aux (re)découvertes à travers une programmation belge, la seconde est plutôt consacrée aux covers et enfin, celle qui clôt le festival touchera un public plus éclectique. Quoiqu'il en soit chacun y trouvera son compte !

Votre serviteur met le cap, en cette fin d'après-midi, vers le ChapitO. Ykons s'y produit. Déjà l'année dernière, il avait honoré de sa présence ce bien bel endroit champêtre.

Le groupe liégeois réunit Renaud, Yann, Patrick, David et Ben. Il s’est formé il y a pas mal de temps, mais sous un autre patronyme : 'Can D'. Le succès n'étant pas au rendez-vous, il décide de repartir d'une page vierge et choisit un autre signature.

Ce chemin initiatique se produit en 2019. La formation grave un premier elpee la même année, « Reflected ». L’ascension prend forme. Après quelques dates de concerts, accordés ci et là, elle finit enfin par se forger un nom dans le milieu. On connaît la suite : de nombreux festivals, une reconnaissance médiatique et populaire.

C'est « Sequoia Trees » (un message entre l’homme et la responsabilité qu’il a vis-à-vis de tout ce qui l’entoure), publié en 2020, enregistrant 7 000 passages et plus de 400 000 streams, qui lui permet d’acquérir une aura nationale. Les diffusions radios sont de plus en plus nombreuses. Ykons marque alors l'histoire de la musique, de manière indélébile.

Le quintet revient d'une tournée au Japon où les musicos ont ingurgité des tonnes de sushis. Ils sont manifestement heureux de se retrouver en terre sainte. Et si c'était l'occasion de becter des frites mayo ?

Ils sont habillés tout de noir, ressemblant, à s'y méprendre, à des croque-morts.

Debout face aux floortoms posés devant la scène, le frontman et un de ses comparses prennent le pouvoir en martelant avec force et conviction les peaux, pendant que la guitare post-pop aérienne et légère s’envole et que la basse vrombit dans les frontaux en transperçant les corps plantés devant les barrières.

C'est très vif et entraînant. Le public s'emporte et les muscles, jusque-là statiques, sont pris de mouvements saccadés au gré de cette rythmique un brin poussive. Et s’il s’agissait du syndrome Gille de la Tourette ?

Renaud Godart a marqué là au fer rouge une intro pour le moins percutante.

Il y a chez Ykons une filiation qui brosse de Coldplay à Editors en passant par Imagine Dragons. A la fois auteurs, compositeurs, producteurs et directeurs artistiques, les musiciens communiquent leurs influences dans chacune des chansons. Un mélange hybride qui définit bien la ligne artistique du clan.

Avec des fondements de positivisme et d'une expression sans complexe, chacun joue de manière décontractée, presque à l'intuition, la fluidité du set se révélant une de leurs forces.

Les compos ressemblent à un livre ouvert comme sur "Have a Great Crash", retraçant l’accident dont a été victime le bassiste du groupe.

Grâce à une expression sonore bien dans l'air du temps, le groupe s'approprie les racines du genre et en extrait la quintessence pour accorder une prestation étonnante poussant les uns et les autres à vivre dans cette communion solennelle (Darwin).

C'est techniquement époustouflant, humainement enrichissant et musicalement céleste. Un groupe qui signe le retour à de la bonne musique comme sur ce « Red light », nourri à l’indie-pop et coloré de touches électro.

Il y avait bien longtemps que votre serviteur n'avait pas vu et entendu pareille énergie lors d'un concert. Ykons est parvenu à offrir un show diabolique entre sueur, adrénaline et surprises et a montré qu'il possédait toutes les cartes pour emmener avec lui les plus fidèles dans un tourbillon insensé. Sa seule limite étant l'imagination !

Les plus jeunes se ruent maintenant vers la scène ouverte pour y entendre Kendji Girac, un chanteur et guitariste français, surtout connu pour sa participation à la saison 3 de ‘The Voice’ : ‘La Plus Belle Voix’ en 2014.

Le gars connaît le succès dès son premier titre, « Color Gitano ». Il a depuis publié quatre albums, dont un ‘live’.

Mêlant astucieusement pop et flamenco, le gitan se présente chemise blanche ouverte, laissant apparaître un torse qui plaît aux jeunes femmes hystériques. Faut vraiment peu pour faire des heureuses !

Quelques secondes suffisent à votre serviteur pour lui dicter l'envie de rebrousser chemin. C'est sans intérêt, insipide, incolore et inodore, hormis pour la horde de jeunes pucelles qui se sont entassées, frissonnantes, contre les barrières pour se farcir les élucubrations du gugusse.

En attendant, une grande table se dresse sur l'estrade du ChapitO. On y a posé un tas des platines. Normal, puisque va s’y produire Henri PFR. Un jeune gaillard actif dans le milieu de la musique électronique.

Si, dès l’âge de six ans, il poursuit durant neuf longues années une formation classique de piano et étudie le solfège, c'est véritablement vers l’âge de quatorze ans que le jeune Henri commence à s'orienter vers la musique électronique.

Si le genre ne séduit a priori pas votre serviteur, il est important de s'ouvrir à toute forme de culture musicale. C'est donc derrière l'ingé son, au milieu, qu’il se plante. Faut dire que l'abri est plein à craquer, toutes générations confondues d’ailleurs.

Surnommé ‘le petit prince des platines’, il s’est imposé comme la nouvelle sensation de la scène électro made in Belgium.

Mais pas que, puisque ses titres l'ont amené à s'ouvrir vers l'international. Aujourd'hui, il se transporte au gré des festivals ; depuis Tomorrowland, où il revient chaque année, en passant par l'Ultra Music, Lollapalooza et même Electroland, à Disneyland.

Aux Légendes d'Ere, l'artiste tient ses promesses. Un show dynamique et sans concession où la seule constante est la flexibilité de son matériel.

Entre ‘beatmatching’, ‘drop’ ou encore ‘cue’ (des termes propres à ce genre musical), survitaminé, celui qui se produit au-delà de nos frontières, se livre…

Les titres tels que « Flames » ou encore « I love you baby », entre mix et mashup (Abba, Coldplay ou encore les Daft Punk) s'enchaînent à en donner le tournis, au sein d’un décor riche en prouesses pyrotechniques.

Aucun doute, Mister Peiffer était le king ce soir en s'imposant non pas comme nouvelle sensation, mais en talent confirmé.

Une première journée faite de belles découvertes. Que nous réserve la suite ?

(Organisation : Les Gens d’Ere)

Ykons + Kendji Girac + Henry PFR

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Second round. Pour décor, les Nuits Secrètes ont troqué le ciel nuageux de la veille par un soleil de plomb. Si la veille, le public se cherchait un endroit où s'abriter, il en fait de même aujourd'hui, mais pour chercher un paradis ombré.

Votre serviteur a opté pour une casquette ainsi que des baskets, histoire de se fondre dans la masse.

Ce samedi, l'affiche est peut-être un peu plus éclectique. Ce sera forcément l'occasion d'y faire des découvertes.

Commençons donc par KOKOKO ! Qui ? Oui, vous avez bien entendu : KOKOKO ! Derrière, cet idiome, se cache un collectif porté par Xavier Thomas alias Débruit, et le performeur Makara Bianko.

KOKOKO ! est un projet né à la faveur d’un tournage documentant la scène contemporaine du Kinshasa underground, ‘Système K,’ réalisé par Renaud Barret.

Deux hommes noirs sont plantés au milieu de l’estrade ? Leurs vêtements semblent coupés dans une sorte de toile de jute jaune. L'un est préposé aux percus et l'autre au synthé.

Les ambiances sonores polyrythmiques ont rapidement marqué l'identité unique du groupe. Entre world music et afro beat, les codes musicaux sont relativement impropres à la culture occidentale. Eux-mêmes définissent leur genre sous le vocable de ‘tekno kintueni’ ou ‘zagué’ en lingala.

Leur univers est assez brut et loin des configurations habituelles. Les comparses prodiguent une musique d'une modernité brute et bien loin des chants populaires.

L'univers sonore emporte les jeunes demoiselles qui se déhanchent sans vergogne ; ce qui laisse entrevoir par moment un entrecuisse bien dodu. Une musique exotique proche de l'érotisme donc. C'est chaud et endiablé dans une ambiance qui colle parfaitement à la météo. Mais, la curiosité passée et le plaisir charnel satisfait, le côté linéaire du show devient vite ennuyeux.

Le checksound provenant de la « Station secrète » attire la curiosité de votre serviteur. On y entend une batterie, une guitare et une basse. Soit des instruments aussi rares sur la plaine que les cheveux sur le crâne de Kojak.

Satchel Hart s'y produit. Le public s'est couché dans l'herbe. Substance qu'il consomme joyeusement aussi. Pupilles dilatées, fond de l’œil rouge sang et sourire bêta, c'est dans une ambiance Woodstock que le set s’ébroue.

Le leader est un jeune homme multi-instrumentistes. La légende raconte que c'est seul, dans une intrigante cabane au fond de son jardin, que Satchel Hart met au point sa pop cosmico-sexy.

Il est accompagné de quatre comparses en pleine fleur de l'âge. On dirait des ados boutonneux. L'un deux est armé d’une guitare d'un vert douteux et a enfilé une chemise sur laquelle la mappemonde a été imprimée. Une merveilleuse histoire... de goût ?

Bref, le ‘dress code’ est une chose, la musique, une autre ! Dès les premiers riffs, on est plongé au sein d’un univers psyché revivaliste qui flaire les seventies. Un climat qui colle parfaitement à l'odeur de sapin qui enivre l’odorat, 10 mètres à la ronde.

Relativement lo-fi et élégante, la musique de Satchel Hart communique une certaine plénitude. Surtout sous son angle pacifique.

La voix de velours du frontman est hypnotique, et tout particulièrement sur « Liquid Sunshine », un titre dévoilé l'année dernière qui a permis au Belgo-américain de se faire connaître auprès du grand public. Une compo qui sent bon le mojito et la feuille de menthe ! 

Bref, cet artiste parvient à fédérer en remettant en exergue une pop sulfureuse, mais singulièrement source de tendresse et de douceur.

Deux concerts se produisent au même moment. Votre serviteur doit donc se dédoubler. Go vers l'Eden pour faire connaissance avec Ibeyi. Surprise, il s'agit de Requin Chagrin.

Le combo est drivé par une gonzesse bonde platine. Marion Brunetto. C’est elle qui a fondé le combo. En 2015. Et elle a choisi son animal-totem (un petit requin présent en méditerranée à qui elle s'est identifiée) comme patronyme.

Self made woman, la nana écrit et compose pratiquement tout elle-même. Le line up du band implique également Grégoire Cagnat (basse), Yohann Dedy (clavier) et Romain Mercier-Balaz (batterie).

Si l'orientation artistique lorgne parfois vers une dream pop qui agrège rock californien et noisy-pop anglaise, le set est plutôt énergique. Métronomique, le drumming insuffle un élan à la fois synthétique et onirique.

L'exercice de style est proche de celui d'Indochine. Pas étonnant lorsque l'on sait que Marion, plus jeune, était fan de Sirkis and Co. Mais pas seulement, puisqu’on y rencontre également aussi des réminiscences de Cigarettes After Sex voire de Cocteau Twins ; à cause de ces sonorités de grattes, de cette voix troublante et de ces lignes de basse chaudes.

Caractérisé par ses riffs entêtants et profonds, « Sémaphore », hymne issu du second album, permet à la fille de fédérer un public, resté jusque-là quelque peu passif.

Si ce gentil Requin s'aventure dans une eau trouble, entre mélancolie et puissance frondeuse, son champ musical explore des chansons plutôt pop.

Une parenthèse inattendue qui ravit votre serviteur.

Diamétralement opposé, les loustics de Dropkick Murphys sont parés pour livrer leur set déjanté. Ils sont vêtus de noir et portent des lunettes fumées. On dirait de vieux mafiosos !

Originaire de Quincy, ce groupe de punk celtique américain s’est formé en 1996. Et depuis, il explore un même style musical, fruit d’un cocktail de musique irlandaise traditionnelle, punk hardcore et folk rock. Quelque chose d'assez pluriel dans son ensemble qui a connu une certaine popularité grâce à « I’m Shipping Up to Boston », morceau qui fait partie de la B.O. du film de Martin Scorsese, ‘Les Infiltrés’.

C'est à la fois étrange et curieusement intéressant sur le plan musical parce que des instruments qui, a priori, ne sont guère compatibles, créent un univers sonore particulièrement mélodieux. Une alliance sympatrique à découvrir.

N'en déplaise à certains, la musique de Dropkick Murphys reste très virile tout en tombant vite dans les travers du genre. Davantage propice aux fêtes de la Saint-Patrick, elle tisse un lien festif et bon enfant entre les humains et les genres, entre universalité et infini...

La Station Secrète accueille maintenant Social Dance. Si votre serviteur définit parfaitement la sémantique de chacune des particules, il reste fort interrogateur quant à l'association des deux.

Ils sont trois sur les planches. La trentaine à peine. Faustine, Thomas et Ange vivent et composent leur musique ensemble. Marseillais, les trois amis unis par la musique se définissent comme incarnant l'amorce qui conjure le mauvais sort à coups de pop décomplexée, mutante et parfois absurde.

Le trio vient tout juste de sortir son tout premier single « Parler », au mois de juin dernier, et a joué à fond sur la force de la communication pour le partager.

La demoiselle se charge des claviers. Un des gars se réserve la gratte. Le troisième alterne chant et clavier. Avec pour résultat, une formule hybride où chacun explore les infimes possibilités de son instrument comme le prolongement de soi.

La combinaison offre un résultat assez surprenant. Les sonorités ratissent large : de Talking Heads à LCD Soundsystem. Et lorsque l'électronique et les beats se conjuguent, la filiation à Underworld (NDR : une formation qui a marqué une étape majeure dans l’évolution de la musique électronique au cours des 90’s, par un mélange d'ancien et de neuf, et dont le « Born slippy » est devenu légendaire) s’éveille. Mais on y décèle également et étrangement un petit côté léger à la Rita Mitsouko.

Enfin, difficile de rester de glace face à cette rythmique sortie d'outre-tombe et de ces beats qui rendent fous.

Direction l'Eden, et au galop. Un duo mexicain y est programmé : Rodrigo y Gabriela. A voir la configuration de la scène, le minimaliste sera de rigueur. Et c'est un euphémisme ! Elle est lui sont simplement assis, sèche à la main. Avec une dextérité sans nom, ils pincent les cordes ensemble pour enrober les Nuits Secrètes d'une pointe latine qui sent bon la moiteur de l'été.

Leur jeu acoustique est vraiment très impressionnant. Auparavant, ils appartenaient à la scène trash-metal. Étonnant non ?

Au-delà du caractère technique, le show de Rodrigo y Gabriela devient vite gnangnan. Une dizaine de minutes d'écoute suffit amplement pour faire le tour de la question. Désolé, mais c'est casse-bonbons !

PNL sera le tout dernier concert de la journée pour votre serviteur. Cet acronyme est très éloigné de l'ensemble de techniques de communication et de transformation de soi. On parle d'un festival et non du cabinet d'un psy. Et puis, il s'agit d’un crew de rap français !

S'ils évoluent dans un premier temps chacun de leur côté, Ademo et N.O.S, de leurs vrais noms Tarik et Nabil Andrieu, forment aujourd'hui un duo qui a connu le début du succès en 2015, lors de la sortie d'un premier Ep intitulé « Que la famille », suivi d'un premier album studio baptisé « Le Monde Chico ».

Son patronyme est assez connu dans le monde judiciaire. Le père, ancien braqueur et figure importante du banditisme, a purgé huit ans à la maison d'arrêt de Poissy. Le rejeton Tarik, quant à lui, en a déjà écopé d’une à Fleury-Mérogis, pour trafic de stup. Enfin, espérons que les dérapages du passé soient bien loin derrière eux. Mais, quoi qu'il en soit, je préfère garder mon portefeuille en sécurité, on ne sait jamais, des cousins pourraient bien être venus se faire la main.

Le show s’ouvre par « Deux frères », une vision autobiographique issu d'un album éponyme sorti en 2019. Un hymne courageux dans sa sincérité.

Ce qui impressionne, ce sont les projections sur le grand écran posé à l’arrière de l’estrade. Elles sont très cinématographiques.

Le visuel sera d'ailleurs, en quelque sorte, la pièce maîtresse du puzzle. PNL a ainsi remporté le prix de la meilleure création audiovisuelle lors de l'édition 2020 des Victoires de la musique, pour le clip du titre « Au DD », morceau qui figure sur le dernier elpee. C'est dire ...

Les frangins originaires de la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, sont loin d'être des experts en communication. A ce propos, ils ont toujours mis un point d'orgue à refuser l’exposition médiatique et gèrent eux-mêmes leur marketing, en comptant sur le soutien d’une fan base qui s'enrichit au fil des albums.

Leurs compos sont parfois mélodiques, versus MC Solaar, mais plus dark. Ils décrivent généralement le quotidien de la vie des quartiers sous un angle mélancolique, sans pour autant encourager les jeunes à suivre leurs parcours. Ils y parlent d'argent, de trafic de stupéfiants et de la famille.

Si la figure de style divise le milieu, Ademo et N.O.S apprivoisent le public en proposant aussi des chansons plus douces telles que « A l’ammoniaque » où ils cultivent tout de même cette différence qui fait partie de leur ADN (‘Nous, on est tout l’contraire de Piaf’). Un public ravi qui scande des 'Je t'aime' à la lueur de la lune qui s'est invitée en guet star.

Poétiquement discutable « Onizuka », sur un air down tempo, constitue le socle du cendrier qui permet à Ademo et N.O.S de vider leurs âmes, déçus par l’humanité (‘On n'imagine pas cette vie sans remporter la guerre’).

Que l'on soit réceptif ou non face à ce genre musical dans l'air du temps, il faut admettre que le duo s'en tire bien. Des textes châtiés, à fleur de peau, un flow parfaitement maîtrisé, une projection d'images ciselées et un public fidèle qui s'identifie au travers des compos.

Une belle journée s'achève. La nuit plane sur cette bourgade du nord de la France. Le reste de l'affiche est propice au dance floor.

Les articulations de votre serviteur ne lui permettent plus de se déhancher. Une ribambelle de jeunes, boissons énergisante, à la main se préparent maintenant à veiller jusqu'au petit matin.

Il est temps de mettre les voiles et de rejoindre le plat pays. Mais avec des étoiles plein les yeux…

(Organisation : les Nuits Secrètes)

KOKOKO ! + Satchel Hart + Requin Chagrin + Rodrigo y Gabriela + Dropkick Murphys + Social dance + PNL

 

 

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