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Tout de suite : plus qu’un mantra ou une profession de foi, trois mots qui résonnent comme l’affirmation d’un désir pur. Un appétit qui guide la vie d'Emma Peters chaque jour. Surtout depuis deux ans et la sortie de son premier album, « Dimanche », clin d’œil…

Yes SIHR !

Après quelques concerts / projections improvisés en duo, au Caire et à Beyrouth, pour les…

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The Names à plein volume…

Issus de l'emblématique label Factory, aux côtés de Joy Division, New Order, A Certain Ratio, Durutti Column et Happy Mondays, The Names a consolidé sa place dans l'histoire de la musique. « Volume », c’est le titre du nouvel Ep de The Names. Il réunit quatre…

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lundi, 20 août 2007 23:09

Blues in my room

Alias Billy Blue, William Strauss est originaire de Long Island, non loin de New York. Il y a plus de trente années qu’il trempe dans le blues. En 1980, il fréquentait les Sunday Blues Jams du regretté souffleur Bill Dicey. A cette époque, il vivait à New-York. Il rencontre Jerry Portnoy en 86. Ce dernier le convainc de s'établir à Boston, où la scène blues est alors particulièrement florissante. Des groupes ou des artistes comme Roomful of Blues, Sugar Ray and the Bluetones, Ronnie Earl et Duke Robillard y sévissent alors avec bonheur. Il fonde son Billy Blue Band en 88, mais cesse de jouer en 1990. Au cours des années suivantes, on  ne le voit plus guère ; et pour cause, il passe son temps à étudier le style de Little Walter. Chez lui. En détail. Mais en 2000, il émigre à Worcester, dans le Massachussetts. Il y retrouve les musiciens de son Billy Blue Band avec lesquels il avait gardé le contact. En l’occurrence Pete Henderson à la guitare, Brian Rost à la basse et Justin Berthiaume aux drums. « Blues in my room » marque ses débuts discographiques. Il a été enregistré au Club 39 à Sudbury.

L’opus s’ouvre par "Hard hearted woman", une plage signée Big Walter Horton. L’interprétation est assez classique. La formation est renforcée par une section de cuivres réunissant des instrumentistes notoires : Sax Gordon Beadle au sax ténor, Doug James au sax baryton et Scott Aruda (musicien de Toni Lynn Washington) à la trompette. L'harmonica est bien mis en évidence sur le devant de la scène. Billy souffle puissamment mais respectueusement. Sax Beadle en profite pour mettre également le nez à la fenêtre. David Maxwell s'assied derrière le piano et attaque le "Sugar sweet" de Mel London. La version proposée, qui figure également au répertoire de Muddy Waters, est excellente. Le turbo est dans l'harmo. Le style adopté est proche de Little Walter. Du très bon travail ! L'esprit du blues de Chicago pratiqué dans les années 50 est parfaitement respecté ; et Blue s’y attarde en l’adaptant à sa sensibilité personnelle sur des œuvres signées Little Walter. Des instrumentaux : "Big Leg Mama" et "Don't need no horse". Il partage également un duo passionné et talentueux en compagnie de David Maxwell pour interpréter le superbe "I got to find my baby". Une compo issue de la plume de Willie Dixon, mais figurant au répertoire de Walter. Billy passe le relais à son guitariste, Pete. Il tire son épingle du jeu tout au long de la cover d’"I get evil (Don't you lie to me)" d'Albert King. Il y dispense de belles et courtes phrases empruntées au Roi Albert. Billy a également signé six compositions personnelles. Elles se démarquent du blues de Chicago. Notamment "I'll come running back". Nous atterrissons ensuite à Memphis. Le son Stax est largement cuivré. Le piano de Bruce Bears (du Duke Robillard Band) virevolte. Soutenu par le sax baryton de Doug James, la trompette d'Aruda et dynamisé par les riffs rythmiques d’Henderson, "Let me know" s’autorise une aventure dans le funk. "So afraid of losing you" lorgne vers la soul de New Orleans. Mêlant blues paresseux et ballade swamp pop façon Earl King, "Baby come back home" s’attarde en Louisiane. "I'm falling in love with you" évolue dans un style très proche du Roomful of Blues : le big band sound. Et pour que cette chronique soit complète, sachez que cet elpee d’excellente facture inclut une reprise tonique du "Everybody's in the mood" d'Howlin' Wolf. Pete Henderson se déhanche à la manière des célèbres gratteurs de la West Coast, tout au long de cette plage qui adopte un style jump...

mardi, 14 août 2007 18:01

Torch

Lorsqu’on évoque la famille Allman, on pense immédiatement au célèbre groupe des frères Allman, une formation issue de Macon en Georgie, et dont le malheureux Duane, génie de la slide, est trop tôt disparu suite à un accident de moto. Depuis, son frère Gregg est devenu le leader incontesté de l’ABB. Devon est le fils aîné de Gregg. Il a vécu auprès de sa mère à St Louis, dans Missouri ; mais il a hérité des gènes musicaux de son célèbre paternel. Devon est devenu guitariste, comme son oncle, et il possède une voix rappelant manifestement celle de Gregg. En 1999, il fonde Honeytribe, mais abandonne le dessein dès 2001. Cependant, en 2005, il décide de réactiver le projet. Pour la circonstance, Devon est épaulé par Mark Oyarzabal aux drums, George Potsos à la basse et Jack Kirkner à l'orgue. La formation est sur la route depuis et a notamment ouvert les concerts de Gov't Mule, Little Feat, Cheap Trick et, bien entendu, de l’Allman Brothers Band. "Torch" constitue le premier album de Honeytribe. Il a été enregistré aux studios Ardent de Memphis pour le label LiveWire. Provogue se charge de la distribution européenne.

La plage éponyme ouvre l’opus. Une plage qui boute instantanément le feu aux poudres. Faut dire qu’une chanson qui s’intitule "Torch" est lourde de significations. Ce brûlot met en exergue le talent des différents acteurs ; mais surtout la guitare et l'orgue, comme chez l’ABB. Instrumental, "Mahalo" flirte avec les origines sudistes. Une plage que j’apprécie tout particulièrement. A cause de cette coloration sonore proche de Santana, et puis des accords bien en avant concédées par la Gibson Les Paul de Devon. Sans oublier l'orgue Hammond très lyrique soulignant chaleureusement la ligne mélodique. Cette remarque procède sans doute de la rencontre entre le fils Allman et du redoutable guitariste espagnol qui drive le Vargas Blues Band, en compagnie duquel il a tourné et enregistré. La voix de Devon n’est pas ravagée et rauque comme celle de son père, mais elle en a le timbre et la puissance. Ce chant est ainsi bien mis en valeur tout au long de la reprise impeccable de l'une des plus célèbres chansons de Bob Marley, "No woman no cry", un fragment au cours duquel la guitare bénéficie du concours de Pedro Arevalo, invité à la slide. Le jeune Allman signe "When I call home", une bien jolie ballade blues. Il la chante passionnément tout en se réservant une envolée très remarquée sur les cordes. "Perfect world" est un blues puissant aux accents volontairement dramatiques. Les riffs sont très appuyés. La section rythmique passe en force. Une situation idéale pour permettre enfin à la guitare de tenter l’aventure. A cet instant la voix de Gregg n’a jamais été aussi proche de l'organe paternel. Proche de l’ABB mais en plus coriace, "Mercy mercy" trempe dans le blues rock sudiste. Devon n'assure que la guitare rythmique, cédant le rôle de soliste à un invité prestigieux : le jeune Joe Bonamassa. Dans son style désormais bien connu, ce dernier en profite pour déverser une orgie de notes. Toujours aussi rugueux, "Something I know" pêche un peu par son excès de densité ; un titre cependant bien imprégné des claviers de Kirkner. Southern blues savoureux, "Heaven has no mercy" autorise la cohabitation entre le quatuor largement amplifié et la National steel slide d'Arevalo. Le spectre de l’Allman Brothers Band réapparait chaque fois que la Gibson de Devon est rejointe par la slide de Pedro Arevalo. "Why you wanna bring me down?" en est probablement la plus belle illustration. Mais le chemin est encore long avant de rivaliser avec le plus célèbre des jam bands sudistes. Bref intermède instrumental, "511 Texas Avenue" est uniquement interprété par Devon à la guitare acoustique. Cet album de bonne facture, mais trop court, s’achève par le vigoureux "Nothing to be sad about". 

mardi, 14 août 2007 17:58

Blue Velocity

Originaire de San Antonio, Chris s'est révélé dans les années 90 sur la scène d'Austin, alors orpheline de Stevie Ray Vaughan. Tous les espoirs étaient permis. Certains ont évoqué la réincarnation d’un nouveau Dieu de la six cordes. D’autres tout simplement la naissance d’une nouvelle révélation. Une chose est sûre, Duarte est un fameux musicien. Un soliste talentueux, mais certainement pas un ersatz de l'ange disparu d'Austin. Ce chanteur/guitariste a été largement inspiré par Albert King. Puis par BB King, Buddy Guy, Albert Collins et, tout comme SRV, Jimi Hendrix. Il confesse aussi avoir été fortement marqué par l’approche intimiste et la profondeur musicale de John Coltrane. Si Chris aime bien entendu le blues, il est aussi très marqué par la musique rock et cette empreinte se ressent tout au long de ce nouvel opus. Chris nous avait déjà gratifié d'excellents elpees : "Texas sugar/Strat Magick" en 1995, "Tailspin Headwhack" en 1997, "Love is greater than me" en 2000 et "Romp" en 2003. Quatre œuvres qui ne peuvent laisser indifférent vu le talent de ce musicien.

L'embarquement est opéré par "Amy Lee". L'inspiration est largement blues. La voix de Chris est naturellement puissante et colle parfaitement à son répertoire. La guitare est déjà impatiente de se libérer. Et lorsqu’elle rugit enfin, c’est dans l’esprit du grand Albert King. Bien enlevé, "Do it again" consomme du rock'n'roll à la Duarte. Les cordes occupent tout l'espace! Superbe blues, "Hard mind" est imprimé sur un tempo élevé. Notre Texan a rage au ventre et laisse éclater toute son énergie. Il ne se fixe jamais de limites et déverse des torrents de notes bien senties. Ses interventions ne suscitent jamais l’ennui ; et pour cause, elles sont constamment remises en question par sa créativité débordante. Manifestement, Stevie Ray n'est pas loin ; mais nous ne sommes jamais en présence d’une copie carbone, tant l'artiste affiche une maîtrise déconcertante. Et l’écoute de cette plage procure un immense plaisir. "Something wicked" nous prend aux tripes. Un slow blues torride au cours duquel Duarte nous prend aux tripes et ne nous lâche plus pendant un bon quart d'heure ; en fait, le temps que dure cette plage. Qui peut, bien sûr, évoquer "Texas Flood" ou "Tin Pan Alley" ; mais c'est tellement bon! Rocker, Chris Duarte se révèle tout aussi brillant. A l’instar d’"I’ll never know", dont les accents semblent empruntés aux Beatles voire même à Hendrix. Un Jimi Hendrix qui hante à nouveau "Sun Prairie blues", un nouveau long blues. A cause des courtes phrases des cordes qui répondent au chant. Et puis "R U 4 Real", dont l'ambiance aérienne, atmosphérique, constitue une invitation au voyage psychédélique. Cependant, il transparaît constamment une recherche personnelle dans les compos ; et le très souvent aux moments les plus inattendus. A contrario, sculpté dans le hard pur et dur, "Never gonna change" n’est pas d’un grand intérêt. Lorgner du côté de Detroit, la Motor City, est louable ; mais prendre pour modèle le vieux Ted Nugent n’était pas nécessairement un bon choix.

lundi, 06 août 2007 22:15

Still making history

En fondant son label blues, Randy Chortkoff a manifestement eu le nez creux. Au cours des dernières années, il a ainsi signé les Mannish Boys, Hollywood Blue Flames, Philip Walker, Mitch Kashmar, sans oublier les Mighty Flyers de Rod Piazza. Il a cependant décidé de lancer une nouvelle écurie : ElectroGroove / Delta Groove. Une initiative destinée à servir de rampe de lancement à Ana Popovic. A-t-il succombé au magnétisme (NDLR : ou aux charmes) de la belle et charmante Ana ? Une chose est sûre, tout semble aujourd’hui sourire à cette jeune fille blonde âgée de 31 ans à peine ; en outre, les Etats-Unis découvrent enfin le talent de cette guitariste slave. Elle avait déjà enregistré deux albums aux States. Tout d’abord "Hush". En 2001. Chez Ruf records. Un opus produit par Jim Gaines en personne. Puis "Comfort to the soul". En 2003. Gaines ayant ici reçu le soutien de David Z. « Still making history » a été concocté sous la houlette de John Porter, dont la carte de visite mentionne des collaborations auprès de Buddy Guy, Bonnie Raitt et Keb Mo.

La plaque ne s’ouvre pas sur des accents très blues, mais par une compo particulièrement hard : "U complete me". Dans un style qu’Ana irradie de sa guitare. Une plage très dense, largement funky et très électrique. Les musiciens sont irréprochables. Et pour cause, il s’agit des partenaires habituels du Phantom Blues Band de Taj Mahal : Mike Finnigan à l’orgue Hammond, Terry Wilson à la basse, Tony Braunagel aux drums, sans oublier le talentueux claviériste, John Cleary. La seconde plage "Hold on" est bien plus percutante. Elle s’attarde cependant dans le registre funk. L’attaque est vive et captivante. Ana est soutenue par de multiples voix ainsi que la trompette de Scott Thompson et le saxophone de Jim Spake. Un concours qui confère de l’épaisseur à la solution sonore. Miss Popovic confirme son ouverture musicale en abordant le reggae et ses rythmes exotiques sur "Between our worlds". Un titre enrichi par les cuivres de Joe Sublet et Darrell Leonard des Texicali Horns et dynamisé par les percussions de Lenny Castro. Tout en puissance, "Is this eveything there is ?" est taillé dans le rock pur et dur. L’instrumentation est bien en place. La guitare n’attend guère pour se libérer face à la section rythmique. Opulente et solide, elle réunit Dave Smith à la basse et Steve Potts à la batterie. "Hungry" constitue le premier véritable sommet de l’œuvre. Toujours aussi puissant, ce morceau invite à la danse. Un fragment nourri de chœurs luxuriants. Bien en rythme et très mélodique l’intervention d’Ana à la slide s’y révèle très poignante. "Doubt evryone but me" baigne au sein d’un climat cabaret. L’approche jazzyfiante est délicatement entretenue par le piano de John Cleary. La maîtresse de cérémonie y révèle beaucoup de clarté dans son jeu. Et le blues tant attendu fait enfin son apparition. Une cover saignante et excellente du "You don’t move me" de Big Mama Thornton. Traitée à la BB King, cette reprise met en exergue le doigté et le feeling de Popovic. Elégants et atmosphériques, "Still making history" et "Calendars" sont bercés par une jolie mélodie. Et même si le blues ne coule pas en abondance, il opère son retour en rythme sur le « How'd You Learn to Shake It Like That ? » de Snooky Pryor, un titre entretenu par le piano et la slide. L’elpee recèle un bonus track : une version blues, ralentie au maximum de "U complete me", compo qui ouvrait le disque. Et franchement, cette adaptation est bien meilleure… 

lundi, 06 août 2007 22:09

Revue 18

Chanteur/compositeur/harmoniciste, Paul Reddick est originaire du Canada. De l’Ontario très exactement. Flanqué de ses Sidemen, ce bluesman compte quatre albums à son actif, dont le notoire "Rattlebag", paru chez Northern Blues Music. Acoustique, son dernier opus avait été enregistré en compagnie de Colin Linden : "Villanelle". Paul aime le blues, celui du Mississippi. Et tout particulièrement issu des années 20 et 30. En outre, il affectionne le teinter de folk et de country. Blind Lemon Jefferson, Sleepy John Estes et Blind Blake figurent parmi ses artistes préférés. Sous-titré  "The best of Paul Reddick", ce nouvel opus retrace ses vingt années de carrière. Passées en compagnie des Sidemen bien entendu, mais aussi de Colin Linden et du Rhythm & Truth Brass Band.

En ouverture, "I’m a criminal" est un condensé parfait du savoir-faire de cet artiste. La voix est bouleversante. Balisé par la section rythmique constituée de Greg Marshak à la basse et de Vince Maccarone aux percus, le tempo est hypnotique. Et les deux solistes en profitent pour se libérer : Paul à l’harmonica et Kyle Ferguson à la guitare. "2nd street" opère un changement radical de style. Un country blues acoustique issu de l’album "When the sun goes down" (Joe Louis Walker en avait alors assuré la production). L’exercice au bottleneck est excellent et l’harmonica vivace et inventif. Plage étonnante, "Template blues" trempe dans le country blues. Imprégné de cet harmo insatiable, il est envahi par l’accompagnement atypique du Rhythm & Truth Brass Band, impliquant trompettes, trombone, saxophones, sousaphone pour les lignes de basse, et percussions. Un Brass Band toujours bien présent pour "Queens hotel" et "Rosemary". Cinq plages sont extraites de son dernier album acoustique "Villanelle", un disque dont il partage, je le rappelle, la paternité avec son compatriote Colin Linden. Dont "Big not small ". Paul chante d’une voix distante et énigmatique ce blues qui baigne au sein d’un climat mystérieux. "Round this time of the year", ensuite. Une magnifique ballade aux accents country. La pedal steel y libère des flots de mélancolie. Et également "Hook's in the water". Une plage caractérisée par sa richesse mélodique, malgré les sonorités écorchées des cordes. Country blues, "Smokehouse" est imprimé sur le rythme du chemin de fer. Radicalement ragtime, "Am I right or wrong?" réunit Linden, Stephen Hodges et Larry Taylor. Le titre maître est un solide shuffle mené à la texane. Signé Johnny Cash, "Train of love" est un excellent country blues caractérisé par une remarquable envolée de Colin Liden au dobro. Datant de 1991, "Waitin" figurait sur le tout premier album des Sidemen. L’approche est plus directe et rugueuse. Mais moins travaillée, la voix possède un impact indéniable! L’elpee bénéficie encore de la présence de deux bonus tracks : deux inédits qui remontent aux tous débuts des Sidemen. Si les musiciens ne sont pas encore tout à fait aguerris, ces compos dégagent une énergie considérable et surtout rafraîchissante. Le "It ain't right" de Little Walter se distingue ainsi par l’envol de l’harmonica débridé ; et en final leur "Sidemen boogie" pose manifestement les jalons d’un talent en devenir… Excellent!

mardi, 24 juillet 2007 03:00

Reggaeblue

Bien que réputé pour son style jump blues, Rusty est un guitariste talentueux issu de la West Coast. Etabli à Oakland, il est remarqué dès son plus jeune âge et accompagne des gloires du blues comme Snooky Pryor ou Jimmy Rogers. En 1990, il bosse pour Mark Hummel et ses Blues Survivors. Plus tard on le retrouve dans le backing band de Kim Wilson ou encore en tournée avec Little Charlie and the Nightcats. Rusty enregistre deux albums personnels sur le label Black Top : "Sittin' & waitin'" en 1996 et "Confessin'" en 1999. Et un pour Alligator en 2000 : "The chill". Il signe enfin "Zinfideily Vol 1" pour le label indépendant Bad Daddy, en 2005, un elpee qui s'éloigne déjà du blues. L'homme compte en effet plus d'une corde à son arc. Il est également chanteur, compositeur, producteur et parvient encore à nous surprendre. Mais il est vrai qu'il n'a encore que 37 ans. Ce nouvel opus propose un cocktail de reggae et de soul, un cocktail auquel il apporte une touche blues. Le reggae est une musique faite pour danser et vibrer. Elle ne laisse pas souvent d'espace à la liberté et à l'improvisation instrumentale ; et c’est justement ce qu’apporte Mr Zinn. Une passion qu'il partage, paraît-il, avec Marc ‘Tee’ Thijs.

Dès "She comes from nothing", nous pénétrons dans le monde du reggae. Toute la sensibilité de cet artiste transpire de cette compo. Sa guitare se libère en toute simplicité ; mais le résultat est impressionnant tellement il demeure dépouillé. "The world is in rewind" s'enfonce encore davantage dans la pureté du reggae. La section rythmique s’y révèle remarquable. En l’occurrence Randy Bermudes à la basse et surtout Adam Goodhue et Santa Davis aux percussions. Une condition indispensable lors de l'exécution de cette musique exotique. Pour chanter, Rusty bénéficie du concours des chœurs féminins d'Angila Witherspoon et Jessica Burnor. Imprimée sur un tempo très lent, "Just take your time" est une superbe ballade soul. Rusty ne jouit pas d’une voix puissante mais il chante très juste et l'exercice est ici irrésistible tant il vit cette chanson. Il y injecte toute sa sensibilité. Ce cocktail de reggae et de soul est remarquable. Une musique qui s'écoute au cœur d’une atmosphère très relaxante, une atmosphère propice aux messages d’espoir, d'amour et de paix. "Everytime I see a rainbow" en est une belle illustration. Une chanson folk envoûtante! La guitare très inventive mais également incisive s’affiche face à la basse de Fully Fullwood et la guitare rythmique de Tony Chin, deux anciens membres de la formation de reggae Soul Syndicate, sur le très significatif "Reggae my blues away". Une seule reprise, mais c’est une surprise : "Can't take my eyes off of you", un classique de la musique disco. Signé Frankie Vally, il est ici revisité à la sauce reggae, et rehaussé par la présence de Bob Welsh aux claviers. Etrange et bien ficelé! « Reggaeblue » n’est pas un disque de blues ; néanmoins il est intéressant de bout en bout. Aussi bien pour "My God", caractérisé par le mariage entre guitares électrique (Rusty) et acoustique (Tony Chin) que "The day after", au cours duquel il échange ses vocaux avec sa copine Angila.

mardi, 24 juillet 2007 03:00

Late in the night

Rick est considéré comme un des guitaristes blues les plus réputés en Californie. Il compte déjà plus de vingt ans de scène. Ecumés aussi bien dans son pays qu’à travers le monde. Et pourtant, ce jeune musicien originaire de Fairbanks, en Alaska, n’est âgé que de 42 balais. Sa famille se fixe à Los Angeles en 1985, et la même année, il est enrôlé par l’extraordinaire harmoniciste William Clarke. Depuis, il joue le blues. Aussi bien en compagnie d’artistes noirs comme Smokey Wilson ou Johnny Dyer (de 1989 à 95) que blancs ; et en particulier le célèbre harmoniciste issu de la West Coast, Rod Piazza (Mighty Flyers). En 96, il commet un album instrumental en compagnie de Johnny Dyer. Paru chez Black out, ce disque de jump blues s’intitule "Look out !". En 2000, il concocte "Gonna get wild", un elpee paru sur Tone Cool. Depuis, vivement séduit par les bricolages technologiques de RL Burnside, il a collaboré aux projets entrepris par le vieux bluesman du Mississippi. En 2002, Rick forme son Holmstrom Band et enregistre son premier elpee solo la même année : "Hydraulic groove". Il parvient à y faire flirter le blues avec le hip hop et l’électronique. En fait, il exploite les vertus de l’informatique pour produire beats et samples, en s’inspirant d’artistes comme Beck ou Moby ! Pour enregistrer ce nouvel opus, il a choisi la formule trio et s’est entouré de Stephen Hodges aux percussions ainsi que de Jeff Turmes à la basse, aux saxophones, guitares et claviers. Une œuvre réservée, pour une bonne moitié, aux plages instrumentales.

Et la première est déjà instrumentale, "Peculiar hop", un morceau libérant beaucoup de groove. Versatile, la guitare jump bénéficie de l'accompagnement sobre et très jazz des maîtres du rythme. Un formule impressionnante lorsqu’elle se termine par la surf pure et puissante de Link Wray! Elle opère son retour sur "Wham-O". Blues rock offensif, "I'm leaving" réverbère des sonorités de cordes très primaires. Une technique parfaitement rendue. Et tant pis si Rick n'est pas un grand chanteur, ce titre est très accrocheur. Impossible de ressembler à la majorité des autres sections rythmiques quand on peut disposer de Stephen et Jeff. Il se crée entre eux une alchimie unique en son genre. Ainsi, ce "One last chance" pourrait faire l’objet d’une reprise par un pop band ; mais ce n’est pas le cas, car les sonorités de la guitare sont découpées au rasoir. Ces cordes acérées alimentent un climat empli d'effroi et de terreur sur le slow blues "77 Red V8". Tout au long de cette compo dépouillée à l'extrême, la guitare se dédouble et crée des instantanés semblables à des prises de film pas encore monté. Il n'est pas difficile d’imaginer que les exercices instrumentaux sont d'excellente facture "Tutwiler" entretient différents climats mais reste proche de la surf music en diffusant des sons très réverbérés et métalliques. Turmes sort son saxophone pour animer "Descanso", une bande filmée pour un hypothétique thriller à sensations. Parmi les titres chantés, "Better way" adopte un profil presque classique. Un Chicago shuffle au cours duquel, Rick, jamais pressé, ne distille que les notes nécessaires face à la section rythmique d'une cohésion irréprochable. West coast jump irrésistible, "On the vine" plonge les trois musiciens dans leur bain. "Dig myself a hole" relève davantage du Delta blues. Rick construit son solo très intelligemment. Une seule reprise : le "Rainy day women #12 & 35" de Bob Dylan. Un traitement instrumental implacable de ce classique. Le vieux Zim ne doit pas en croire ses oreilles ; et en particulier lorsque ce génial Turmes se met à ‘honker’ dans son sax, face à des cordes désormais sans limites. Excellent !

mardi, 24 juillet 2007 03:00

Back to the shack

Ce quartet nous vient du Canada. De Vancouver, très exactement. Il est drivé par le chanteur/guitariste Ted Tosoff. Un line up complété par Rick Dalgarno, également chanteur/guitariste, Kelly Stodola aux percussions et Gerry Berg à la basse. Bryon Tosoff, le frangin de Ted, assure les parties de claviers. C’est également le manager du groupe. Les deux chanteurs se partagent l'écriture de toutes les plages de cet album. Le troisième de Blue Voodoo. Il fait suite à "Sparkle and shine" paru en 2004 et "Ride", en 2003. L’illustration de la pochette est sans équivoque sur la marchandise : un homme se tient sur le porche de sa maison, un gîte rudimentaire en bois. Il tient entre ses bras un vieil accordéon. Blue Voodoo puise essentiellement son inspiration dans le Sud des Etats-Unis, en liant le blues du Delta au Southern Rock et en épiçant le tout d’un soupçon de folk roots ‘dylanesque’.

C'est d'ailleurs sous cette dernière étiquette que l'album s'ouvre. Et en particulier par "Somewhere else instead". La voix de Ted Tosoff s’y révèle râpeuse et fatiguée, proche de l'oncle Bob. Elle est soutenue par les claviers et des cuivres de Paul Wainwright. "Uncle Tom's Cabin" adopte un même profil cuivré. La voix en devient même hypnotique! "Watcha think about that" prend la direction du Delta… dans la bonne humeur. Ted chante, épaulé par les backing vocaux de ses partenaires. La slide paresseuse trahit ses accents du Sud. "Shoeshine shuffle" poursuit dans le style, mais bénéficie du concours de l'harmoniciste Dave Hoerl des Twisters. Plage séduisante, "Black moon" nous plonge dans le southern rock. La voix nonchalante rappelle, au passage, celle de Billy Gibbons du ZZ Top. La guitare de Rick Dalgarno se libère. La cohésion de l'ensemble est parfaite. Et le couvert est remis sur "World is burnin', se soldant par un résultat encore plus probant. La rencontre entre la voix quelque peu ravagée et les cordes est très réussi. La simplicité et l'efficacité caractérisent "Monday morning blues". La voix de Tosoff colle idéalement à son répertoire. Les cuivres et le piano du frère Bryon donnent la réplique pendant que l’ombre du ZZ top de naguère se met à planer sur l’ensemble. Bien jolie ballade toute en mélodie, "Reason why" baigne au sein d’une ambiance très roots. Un climat reproduit tout au long de "Sunny days". L’harmonica apporte les accents country. Le jeu de cordes est savamment dosé. "Simple" constitue un autre grand moment. Il porte très bien son titre. Ce rock direct va droit au but. Tous les musiciens chantent et les deux gratteurs opèrent une sortie très rock'n'roll! La suite demeure de haute facture. Ted chante d’un timbre assuré et convainquant un blues imprimé sur un tempo très modéré : "Suitcase blues". Rick intervient sur son dobro au son si métallique et Dave à l'harmonica. Autre ballade, "Gone" adopte une construction plus audacieuse pendant que la guitare de Rick se révèle bien plus aventureuse. "Mojo lovin' man" baigne dans les eaux du sud profond. Cette plage adopte les accents du Delta et adresse de larges clins d'œil au "Got my mojo workin" d'un certain Muddy Waters. Cet excellent opus se termine de manière surprenante par un funk éclatant intitulé "Texas speed trap". Rick se libère totalement en faisant vibrer ses cordes jusqu'à saturation.

mardi, 24 juillet 2007 03:00

Mississippi Soul

Daniel ‘Slick’ Ballinger est un très jeune bluesman. Originaire de la Caroline du Nord, il est à peine âgé de 23 ans. Il a déjà  côtoyé les plus grands noms du blues, et en particulier les légendaires Pinetop Perkins, Hubert Sumlin, Big Bill Morganfield, Bob Margolin et même un vétéran de 94 ans qui répond au nom d’Othar Turner ; un personnage qu'il rejoint dès qu'il en a l’opportunité dans les collines du Mississippi. C'est ainsi qu'il a appris à jouer le blues authentique et primaire, sur le tas. Que ce soit lors de barbecues, de piqueniques, dans la nature, à l'église, dans les juke joints, il resitue les empreintes laissées par les légendaires bluesmen d'avant-guerre. En l’occurrence Robert, Johnson, Mississippi Fred McDowell, puis Muddy Waters ainsi que Ligthnin" Hopkins et plus près de nous, RL Burnside ou Junior Kimbrough. Slick est aussi devenu un spécialiste de la technique du picking pour la guitare, le célèbre Piedmont style. Progressivement Daniel se fait un nom. Il vient d'être signé par le label Oh Boy pour lequel il signe ce premier opus. Il est soutenu par Blind Mississippi Morris à l’harmonica et Leon Baker aux drums. La production est assurée par le célèbre Jim Gaines, assisté du claviériste anglais Tim Hinkley ; une belle preuve que notre jeune garçon représente un solide espoir. Les sessions d’enregistrement se sont déroulées à Stantonville, dans le Tennessee. Au cours des dernières années, il a appris le blues, le vrai, l'authentique, en vivant durant plusieurs mois auprès du vieux Othar Turner. Slick possède une voix particulière, jamais grave, un tantinet chevrotante. Il a tendance à crier son répertoire, un peu comme le faisait Johnny Winter. Ce qui rend sa musique très vivante…

Il aborde autoritairement le "Sugar Mama Blues" de John Lee Sonny Boy Williamson I. Il est superbement épaulé par l'harmonica de Blind Mississippi Morris. Originaire de Clarksdale, mais vivant à Memphis, ce dernier est un authentique bluesman noir. C’est également le cousin de Willie Dixon et de deux membres des légendaires Mississippi Sheiks. Imprimé sur un tempo soutenu, "You don't love me" poursuit avec beaucoup de conviction. Un autre canon du blues écrit par Willie Cobbs. Slick n'est pas un virtuose des cordes mais son efficacité est irréfragable. La quintessence de l’opus est atteinte par "Brotherhood blues". Du downhome blues à ras de terre, primaire, tellement naturel. Une plage qui sent bon les eaux boueuses du grand fleuve voisin. Morris est époustouflant lorsqu'il fait vivre sa musique à bouche. Excellent ! Si la voix n'est guère puissante, elle reste en permanence expressive. Le titre maître nous invite à participer à la fête du rythme. Ballinger nous emmène dans son juke joint boogie et embraie par "Let's get down". Morris n'y voit guère mais trouve toujours son chemin pour brûler les planches. Mais qu'est-ce qu'il vit son art le Slick ! Lorsqu'il est pénétré par son blues, on ne peut qu'être pris dans une tourmente interne. A l’instar de "Rosalie", abordé un peu à la manière de Lousiana Red. Un excellent blues basique. Un frisson parcourt votre échine lorsqu’il chante le "Bull Cow blues" de James ‘Son’ Thomas. Il se révèle aussi bouleversant sur son "Slow down" lorsqu'il fait vibrer ses cordes vocales. L'émotion est au rendez-vous! L’album s’achève par "Sleeping dogs lie", un country blues très rural. Et puis, surprise, Slick revient flanqué de ses musiciens pour nous accorder un bonus : "Talkin' bout Jesus". Une fois encore un boogie blues échevelé, chanté furieusement jusqu’à l'infini… De l'excellent juke joint blues!

lundi, 09 juillet 2007 23:46

Live at Bay-Car Blues Festival

Sharrie Williams est probablement la chanteuse qui a le plus marqué le public blues d'Europe au cours de ces dernières années. De couleur noire, cette jeune femme est originaire de Saginaw, dans le Michigan. Elle est née dans une famille contaminée par le virus de la musique, et en particulier le jazz, le blues et le gospel. En 1997, elle fonde les Wise Guys et part en tournée. Inspirée par les plus grandes chanteuses comme Etta James, Koko Taylor, Aretha Franklin et Pattie Labelle, elle débarque en Europe dès l'année suivante et enflamme toutes celles et tout ceux qui assistent à ces récitals. Elle grave son premier album en 2004 : "Hard drivin' woman", sur le label allemand Crosscut. Mais manifestement, c'est sur les planches que cette nouvelle diva prend toute sa dimension tant elle vit et respire sa musique, une musique qualifiée de ‘Rockin' gospel blues’. Et c'est exactement le terme adéquat pour qualifier son style qu'elle nous dispense avec toute son énergie et son talent, mais aussi une fameuse dose de sensibilité, un style qu’on pourrait situer à la croisée des chemins du rock, du gospel et du blues. Elle a immortalisé un de ses sets sur nos terres, lors du Bay Car Blues Festival, à deux pas de Dunkerque (à Grande-Synthe, très exactement), en avril 2006. Elle est bien sûr entourée de ses Wise Guys. James Owens, son guitariste aux riffs flamboyant a été remplacé par Lars Kutschke, un gratteur qui avait fait une apparition sur le premier album, « Sterling Brooks ». Le batteur d’origine s’est également effacé. Il a laissé la place à Larrice Byrd. Par contre les deux derniers membres du line up sont toujours présents. C'est-à-dire le bassiste Marco Franco (le musico latino !) et le claviériste Pietro Taucher. Ce ‘live’ réunit neuf plages, dont six figuraient déjà sur l'album studio.

Le concert démarre sur les chapeaux de roues par le "Tell Mama" de Clarence Carter. Déjà un hommage rendu à Aretha Franklin. Une compo vivifiante, peuplées de rythmes et de vibrations. Une invitation à la participation collective. Sharrie prend son public à la gorge et ne desserre plus l'étreinte. ‘Move your body!’ leur lance-t-elle! Elle dialogue sans cesse avec les premiers rangs du public ! Pietro participe activement à la trame sonore. Très souvent, ses claviers mènent la danse. A l’instar de "Big fall", un pur R&B. Elle chante aussi remarquablement le blues. A l’instar de "How much can a woman take", un superbe morceau qu'elle dédicace aux ladies de l'assistance. Elle peut ici libérer toute sa puissance vocale tout en communiquant une fameuse dose d’émotion. Kutschke signe une brillante intervention à la guitare. Moins extroverti que son prédécesseur, il y injecte tout son feeling et le courant passe. Nouvelle compo, "Power" est manifestement un titre de concert. Introduit par les cordes saturées de Lars et soutenu par l'orgue Hammond, il macère dans du pur funk. Ballade douce, "I'll take you there" trahit un soupçon de colère dans la voix. Elle invite une fois de plus son public à la suivre, face à une superbe partie de Marco sur les quatre cordes de sa basse. La fin du concert est réservée à la quintessence de son album studio. Tout d’abord le boogie incandescent "Hard drivin' woman". Ensuite "I'll give you me", une chanson caractérisée par sa douceur et sa beauté teintée de désespoir. Plus de dix minutes empreintes d'intensité poignante. Miss Williams a fait appel à son amie Robin Rogers pour souffler dans un harmonica sur le boogie blues radical "Just you and me" ; et lorsque Robin donne la réplique vocale, on s'aperçoit que ce n'est pas un homme mais bien une frêle blonde, blanche de peau. Et enfin le titre final. Miss Rogers est toujours présente lors de ce "Travellin" endiablé, imprimé sur le Bo Diddley beat. Le public n'a guère le temps de se reposer ni de s'ennuyer. Une grande dame !