OK Panda s’intéresse à la psychiatrie…

Après avoir publié un premier Ep intitulé "Perspectives", fin 2022, qui lui avait permis de fouler des salles comme le Cirque Royal, le Bota ou encore le Belvédère, le quintet bruxellois Ok Panda a sorti son second, "Chasing home", ce 20 février 2024. Dès la…

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DIRK.

Prêt à s’exporter…

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Si Bruges est souvent considérée comme la Venise du Nord, ce n’est pas pour autant cette caractéristique qui a attisé la curiosité de votre serviteur ce soir, mais plutôt le lieu emblématique de la jeunesse flandrienne dans lequel va se dérouler une joute… musicale, puisqu’elle met en scène Wallons sous la bannière d’Eosine et Flamands sous celle de DIRK.. Si la musique adoucit les mœurs, elle semble aussi rapprocher les communautés, car si les premiers sont issus de Liège, les seconds sont originaires de Gand.

Quasi-main dans la main, les deux formations se sont donné rendez-vous au sud de la ville, au Cactus Muziekcentrum, un endroit iconoclaste à deux pas de la gare. D’une capacité de 700 places, cette salle de concert est idéale pour y faire de belles découvertes. Et ce sera le cas lors de cette soirée.

Eosine a la lourde tâche d’assurer le supporting act. Ce qui, autant le dire, ne sera pas facile, car venu en masse, le public aborde t-shirts et calicots à l’effigie de DIRK., dont l’univers sonore est différent. Doux euphémisme… Il va donc falloir la jouer fine et convaincre... (lire le compte-rednu )

Le temps aux uns de débarrasser le plancher et aux autres d’installer le matos (sans oublier le public de se rincer le gosier), place à DIRK., un groupe de garage/rock alternatif dirigé par Jelle Denturck…

Quatre garçons de grande taille ! Denturck, chaussé de lunettes dont les verres sont aussi gros que des culs de bouteille, se charge de la basse et du chant. Deux guitaristes le soutiennent ainsi qu’un batteur.

Si au sud de la Belgique, le quartet est considéré comme un OVNI, de l’autre côté de la frontière linguistique, il fait l’unanimité. DIRK. est même l’un des groupes indie les plus programmés dans cette région.

En 2018, la formation avait gravé un premier elpee, déjà prometteur, intitulé « album ». Paru en 2020, le deuxième, « Cracks in Common Sense », est particulièrement bien accueilli par la critique et le public, en Flandre. Quelques compos (« Artline », « Hit ») s’y transforment en véritables hymnes. Et sorti l’an dernier, « Idiot Paradize » recèle aussi quelques sublimes pépites dont on devrait entendre parler, y compris de ce côté de la frontière linguistique.

Le set débute par « Waste » un morceau (d)étonnant issu du premier opus. Complètement déjanté, Jelle frappe les cordes de sa basse avec véhémence, soutenu par les guitaristes solistes et rythmiques. Le quatrième larron, camouflé derrière les fûts, ne tarde pas à venir en aide aux potos. Une compo qui n’est pas avare en énergie. Elle est suivie par l’excellent « Sick ‘n tired », qui évolue dans une veine similaire.

 « Are you awake » prend le relais, une (bonne) chanson qui figure sur le troisième support. Elle permet d’évaluer le processus d’évolution du combo. Le son rugueux et dirty des débuts a laissé place à une expression sonore davantage chirurgicale, sans toutefois renier les fondamentaux du band.

Libérant une belle dose d’intensité, « Idiot Paradise » campe dans les portugaises et excelle par sa fausse simplicité. Une chanson explosive, riche en riffs de guitare, tandis que la session rythmique martèle les tympans et laisse des traces indélébiles dans le ciboulot.

Si l’agressivité des guitares relie DIRK. à Fugazi, son ingéniosité transversale évoque Pavement voire les Pixies, une pointe de Weezer s’invitant de temps à autre dans l’ensemble. Des sonorités robustes et saturées giclent des grattes, tout au long d’un « Hide », qui ne cache rien…

Ce band est lui aussi taillé pour la scène. Très à l’aise, les membres affichent une technique impeccable et maîtrisent parfaitement leur sujet. On se rend compte qu’ils ont déjà bien bourlingué et écumé les quatre coins de la Belgique flandrienne.

La complicité qui les lie au public est sincère et chaleureuse, à l’instar de cette gonzesse qui interrompt le set pour abreuver le chanteur d’une bonne pinte, sous les cris hilares d’un public… chaud boulette.

Mélodiquement planant et s’autorisant des envolées lyriques, « Alarms » confirme tout le potentiel d’une formation qui mériterait de trouver écho sur la scène internationale.

Avec ses riffs abrasifs, son côté percutant, son énergie et sa volonté de bien faire les choses tout en apportant du bonheur au public, DIRK. affiche une personnalité bien singulière marquant les esprits… y compris ceux des plus sceptiques...

Encore une fierté noir-jaune-rouge.

(Organisation : Cactus Club)

 

 

Eosine

Une musique à la prose poétique et à l’esthétique raffinée…

Écrit par

Si Bruges est souvent considérée comme la Venise du Nord, ce n’est pas pour autant cette caractéristique qui a attisé la curiosité de votre serviteur ce soir, mais plutôt le lieu emblématique de la jeunesse flandrienne dans lequel va se dérouler une joute… musicale, puisqu’elle met en scène Wallons sous la bannière d’Eosine et Flamands sous celle de DIRK.. Si la musique adoucit les mœurs, elle semble aussi rapprocher les communautés, car si les premiers sont issus de Liège, les seconds sont originaires de Gand.

Quasi-main dans la main, les deux formations se sont donné rendez-vous au sud de la ville, au Cactus Muziekcentrum, un endroit iconoclaste à deux pas de la gare. D’une capacité de 700 places, cette salle de concert est idéale pour y faire de belles découvertes. Et ce sera le cas lors de cette soirée.

Eosine a la lourde tâche d’assurer le supporting act. Ce qui, autant le dire, ne sera pas facile, car venu en masse, le public aborde t-shirts et calicots à l’effigie de DIRK., dont l’univers sonore est différent. Doux euphémisme… Il va donc falloir la jouer fine et convaincre.

Lorsque les musiciens d’Eosine grimpent sur l’estrade, on imagine à peine que des aussi jeunes musicos puissent bénéficier d’une couverture scénique de grande envergure. Une impression à prendre avec des pincettes puisqu’ils sont habitués à se produire sur scène.

Et puis, le combo a décroché la victoire au Concours Circuit, en décembre 2022, devant un parterre de 120 professionnels, ce qui n’est pas rien dans le plat pays.

Il est drivé par la frêle Elena Lacroix. La jeune femme, toute vêtue de blanc à l’image d’une immaculée, avance d’un pas timide, mais d’un pas décidé tout de même. Elle se consacre à la gratte électrique et au chant.

Les pointes de ses cheveux sont étrangement colorées en vert. Elle est accompagnée d’un batteur et d’un second guitariste. Guillaume, un pote, se charge de la basse, car le préposé attitré s’est barré une quinzaine de jours avant le concert. Fallait donc prêter main forte au team, le temps de quelques dates.

Comptant deux Eps à son actif. "Obsidian" (2021) et Carolline (2023), mixé et masterisé par Mark Gardener –un des deux chanteurs/guitaristes du légendaire de shoegaze, Ride– le quatuor devrait en sortir un troisième en septembre ; mais pour l’instant aucun détail n’a filtré quant au contenu, si ce n’est qu’il a été enregistré dans les conditions du live. Wait and see donc…

Alors qu’Elena s’amusait, il y a quelques années encore, à composer seule de la musique dans sa chambre, elle se retrouve aujourd’hui sous les feux des projecteurs. Si le succès est soudain, est-il inattendu pour autant ?

Naviguant entre dreampop et shoegaze, des genres que les moins de 20 ans disent ne pas connaître, le groupe propose un univers qui lorgne du côté de Slowdive ou encore de Cocteau Twins. A la différence qu’il subsiste une volonté très marquée aujourd’hui de s’en détacher afin de produire un son bien personnel.

Les ‘post-adolescents’ prennent un plaisir immense à se produire sur les planches, les compositions flirtant avec l’abstrait sidéral. Il y a quelque chose de liturgique même, transportant l’auditoire vers une jouissance cosmique. La manière dont Elena manipule son instrument est d’une sensualité éblouissante. Elle est juste magnifique à contempler, chaque accord dispensé reflétant une maîtrise d’orfèvre.

Elle élève ses compositions avec une précision chirurgicale, s’enfonçant ci et là dans une pop cotonneuse, n’évitant malheureusement pas les écueils du genre, tandis que la basse vient appuyer ses lyrics puissants et subtils à la fois. La frappe du drummer est marquée, alternant souplesse et précision. Les guitares chantonnent tour à tour entre reverb, chorus et delay, tandis que la voix lead éthérée est soutenue par une ligne de basse cold wave qui tranche avec l’atmosphère vaporeuse des compos. Et si le temps s’était arrêté tout simplement ?

Le verdict est sans appel ! Si Eosine est avant tout une musique, voire une prose poétique, elle véhicule aussi une esthétique raffinée…

Eosine (s’)offre un show parfaitement carré et cadré. Absolument rien n’est laissé au hasard. Et certainement pas cette culture à l’image très imprégnée, à l’instar du colorant histologique éponyme (NDR : une substance qui permet de colorer des cellules dans le but de les observer plus facilement au microscope), car il crée de jolis motifs, un peu comme des peintures abstraites, comme un pont entre la science et la musique ou l’art en général.

Eosine s’exerce pleinement sur les planches. C’est un groupe forcément taillé pour le live, les stéréotypes radiophoniques limités aux trois minutes trente reflétant peu son champ d’action et l’univers féérique dans lequel il baigne.

Alors qu’il avait la lourde responsabilité d’intéresser le public, d’apprivoiser la culture flamingante et imposer son style, le band a su marquer au fer rouge le cœur du public. Pari gagné !

Le temps aux uns de débarrasser le plancher et aux autres d’installer le matos (sans oublier le public de se rincer le gosier), place à DIRK., un groupe de garage/rock alternatif dirigé par Jelle Denturck… (lire la suite, ici)

(Organisation : Cactus Club)

Akua Naru

Un flow captivant, à la limite du mysticisme…

Écrit par

Le 5ème elpee d’Akua Naru, « All About Love : New Visions », est paru ce 5 avril 2024. Particulièrement inspirée par l'icône afroféministe Bell Hooks, elle y propose une nouvelle vision des chansons d'amour, le long d'un spectre sonore oscillant du jazz avant-gardiste à la soul en passant par la trap et le hip-hop, tout en libérant un lyrisme poétique, puissant et politique. Un long playing qui a bénéficié du concours de l’ensemble de cordes Resonanz, mais également de featurings, et notamment de Tony Allen, Eric Benêt, Questlove, Christian Scott et Mulatu Astatke.

Parfois décrite comme une artiste hip-hop qui a le flow et la technique de Rakim, l’éclat poétique de Lauryn Hill et la capacité d’invoquer, à travers son art, elle porte tout le poids de l’histoire des femmes noires, à la manière de Nina Simone…

Le concert est complet.

Le supporting act est assuré par un des finalistes du Concours Circuit 2023, FOKOP.EЯA, un crew issu de Bruxelles, qui selon sa définition, pratiquerait un hip hop expérimental. Plus précisément du rap west coast.

FOKKOP.ERA (comprenez ‘Fucked up era’) réunit Herb Cells, aka Johnny LievelingsDeere (WILD BOAR & BULL bb, Frown-I-Brown, ...), Martin Daniel au synthé et Fabio Zamagni, alias Fabio Z, aux drums.

Dès le début du show, les vibes sont bonnes. Herb possède une fameuse voix. Soutenu et rapide, son flow est impressionnant. Et il ne déparerait pas sur la scène américaine. Il bouge constamment sur les planches. La performance allie maîtrise, maturité et technique. Les accélérations de la batterie et l’utilisation intense des cymbales font merveille.

Les trois premiers morceaux du set sont issus de l’Ep « Spitcoins », paru en 2023. Le synthé supplée la basse tout au long de l’indolent « Moby Dick.tator ». Parfois, le band me fait penser à Puppetmastaz, mais sans les marionnettes. Un excellent entertainer !

Setlist : « Moby Dick.tator », « God Auction », « Straight Outta Swampton », « Tinder Struck », « Title Trap »

En intro, l’instrumental jazzy/lounge « Urgency » permet aux musicos d’afficher l’éventail coloré de leurs palettes musicales respectives. Sur disque, cette plage bénéficie du concours d’un quatuor à cordes et de cuivres. En ‘live’, ces sonorités sont remplacées par des synthés.

Akua Naru débarque. Toute vêtue de cuir noir, ses cheveux coiffés en dreads sont remontés en chignon tombant au-dessus de la tête.

Elle est donc épaulée par un drummer, un bassiste dont la technique est irréprochable et qui pratique généreusement du slap/tap ainsi que d’un préposé aux ivoires. Non seulement il est brillant derrière son instrument, mais il possède une voix très susceptible de rappeler Marvin Gaye voire Stevie Wonder

Sablée, grave et rocailleuse, mais soul d’Akua est finalement très proche de Selah Sue. Mais quand elle la conjugue avec celle, haut perchée et claire du pianiste, le résultat est magique. A l’instar de « (Love) Right Now ».

Elle présente chaque morceau et bavarde beaucoup entre les chansons. Hormis quelques emballements circonstanciels, son flow est très lent. Elle possède un sens aigu de la rime. D’ailleurs, le single « Somebody Mama » et « Mr Brownskin » émargent davantage au slam.

Dans ses lyrics, elle met en exergue différentes formes d'amour comme l'amour physique et romantique, mais également l'amitié et la maternité. Pendant « Poetry : How Does It Feel ??? », elle se lâche, descend au milieu de la fosse et y reste pendant 10 bonnes minutes. Bouleversant !

Chaque musicien se réserve un solo plus ou moins conséquent. Talentueux, ils relient parfaitement l'histoire de la musique noire, de l'afrobeat au R&B, en passant par le blues et le jazz.

Une prestation scénique unique où le flow captivant, limite mystique de cette rappeuse manifestement douée, prend toute sa dimension.

Pour les photos, c’est ici

Setlist : « Urgency », « (Love) Right Now - All About Love Version », « Joy - All About Love Version », « Sugar (Honeyicetea) - All About Love Version », « Run Away - All About Love Version », « Serena », « Somebody Mama », « Mr Brownskin - All About Love Version » (Instrumental), « Surrender (Masi's Joint) », « The Question », « Falling - All About Love Version », « Seraphim - All About Love Version », « Poetry : How Does It Feel ??? - All About Love Version », « Made It ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

Gabriel Rios

Latino !

Écrit par

Gabriel Rios a annoncé la sortie d’un sixième album, « Playa Negra ». En attendant, il se produisait ce vendredi 19 avril à l’Ancienne Belgique de Bruxelles. Sur cet elpee, le plus Belge des Portoricains y chante exclusivement en espagnol. Et rien que des chansons originales. Il remet ainsi ses racines au centre de ses thématiques en plongeant dans ses influences artistiques de base tout en se renouvelant et en affichant une nouvelle facette de sa personnalité à la fois attachante et généreuse. Dans la suite de « Flore », cet opus recèle de véritables hymnes à la musique d’Amérique latine et des Caraïbes. Des morceaux qui remontent à l’enfance de son père et de son grand-père et que ces derniers auraient adoré l’entendre chanter. Une concoction enivrante à la fois nostalgique et iconoclaste qui redécouvre une culture musicale qu’il a laissé derrière lui depuis plus de vingt ans.

Le concert est sold out.

Le supporting act est assuré par une autre Gantoise, Eistear, une jeune auteur/compositrice/interprète… de grande taille. Elle joue de la guitare électrique ou semi-acoustique, en fingerpicking. Elle a entamé son parcours musical au Conservatoire de Gand où elle a appris le chant classique et la guitare. En 2021, elle décide de se lancer en solo et écrit ses propres compos. Ce qui caractérise cette artiste, c’est son approche franche de l’écriture de ses compos. A travers ses paroles sincères, elle déverse le spleen de son âme, en toute humilité.

Sur les planches, elle pratique un folk délicat, légèrement teinté d’americana et de country… probablement inspiré de Joni Mitchell, First Aid Kit et Alela Diane.

Dans sa setlist figure de nouveaux morceaux extraits d’un futur Ep, deux de ses singles, « All This Beauty » et « Little Thing », mais pas de trace de son nouveau, « Pedacito De Papel », qui lui, devrait figurer sur un album en préparation.

Elle achève enfin sa prestation par « Alfonsina Y El Mar », une composition interprétée intégralement dans la langue de Cervantès…

Setlist : « Empty Town », « All This Beauty », « Fall », « Little Thing », « F. Wattz », « The World Keeps Turning », « Alfonsina Y El Mar ».

Gabriel Rios grimpe sur l’estrade, armé de sa gratte semi-acoustique. Au bas de sn pied de micro, on remarque la présence d’un instrument à percussion électronique.

Il est soutenu par son fidèle multi-instrumentiste Ruben Samama (guitare flamenco semi-acoustique, piano, contrebasse).

La setlist est principalement constituée de morceaux issu du futur opus, qui ne possèdent pas encore de titres définitifs. Pour l’instant, ils sont encore à l’état de démo (dixit Ruben) et le choix final sera posé à l’issue des sessions d’enregistrement.

Après le morceau d’ouverture indéterminé, le duo embraie par « Flore », titre maître du dernier elpee, sorti en 2021. L’auditoire connaît les paroles et les reprend en chœur. Place ensuite au single « Pedacito De Papel », paru ce 4 avril, qui figurera, bien sûr, sur « Playa Negra ».

De temps à autre, Ruben pousse un cri ; et notamment lorsqu’il siège derrière les ivoires. Rios en profite pour frapper sur le corps de sa gratte en guise de percussions. Mélange détonant de swing, de rock et de funk et parfois de jazz, la musique ne manque pas de charme, mais aujourd’hui elle baigne inévitablement au sein d’un climat latino, dans la parfaite continuité de l’album « Flore ».

Au cours de son show cosy et intimiste, Rios et son compère dispensent encore des titres comme « La Torre », « El Diablo », « Vagabundo » et « Panteón De Amor ».

Alliant tendresse, technique, qualité et simplicité, Gabriel Rios, musicien talentueux, chic, sexy et à la bonne humeur légendaire, séduit toujours autant sur disque que sur scène ; et ce soir il a permis à notre esprit de voyager du côté des Caraïbes et de l’Amérique latine…

Enfin, en rappel, on aura encore droit à « Broad Daylight », « Mujer Divina » et « Gold » …

Gabriel Rios - Pedacito de papel (acoustic session backstage at AB, Brussel) (youtube.com)

(Organisation : Ancienne Belgique et Live Nation)

Hollow Coves

Convainquant !

Écrit par

Ce dimanche 14 avril, l’Ancienne Belgique est en configuration ‘Ballroom’ pour accueillir Hollow Coves, un groupe australien, issu de Brisbane, très exactement.

Fondée en 2013 par les auteurs, compositeurs et chanteurs, Ryan Henderson et Matt Carins, cette formation pratique un indie folk, caractérisé par de superbes harmonies vocales à deux voix.

A son actif, quatre Eps et deux elpees, dont le dernier, « Nothing To Lose », est paru en mars dernier. Le band avait fait salle comble à l’AB Box, il y a 2 ans.

Le supporting act est assuré par Garrett Kato, un Canadien émigré en Australie.

A ce jour, il a gravé trois long playings : « Small Town Ritual « (2022), « Hémisphères » (2020) et « That Lown Lomesone Sound (2018).

Il débarque sur les planches, coiffé d’une casquette de basketteur et armé d’une gratte semi-acoustique. En 35 minutes, il va nous réserver 6 morceaux et notamment une compo écrite en l’honneur de son chien. L’artiste raconte que son canidé aime les belles femmes, tout comme son propriétaire. Ce qui déclenche l’hilarité dans l’auditoire. Il empoigne ensuite un harmonica qu’il présente comme son collaborateur sur scène.

Il bavarde beaucoup entre ses chansons ; mais quoique agréable, son set s’avère monotone…

Place ensuite à Hollow Coves.

Le décor est simple : une tenture est tendue en arrière-plan. Elle changera de couleur en fonction des morceaux. Installé au plafond, le light show émane d’une armée de spots.

Deux estrades, l’une à gauche, l’autre à droite, légèrement de biais, sont destinées à accueillir, respectivement, le bassiste et le drummer.  

Ryan Henderson s’installe derrière son clavier, mais au cours du set, il va surtout se servir d’une guitare semi-acoustique. Armé de sa sixcordes électrique, Matt Carins se plante au centre de la scène.

Le bassiste ne tient pas en place. Il déménage et pas seulement littéralement. Pendant « The Woods », il s’installe aux avant-postes et vole carrément la vedette aux deux leaders. Mais, la plupart du temps, il s’établit une véritable communion entre les artistes et les premiers rangs.

Avant « Evermore » les comparses divisent la salle en deux. La partie de gauche est invitée à reprendre le refrain en compagnie de Ryan, alors que Matt entraîne celle de droite. Et le résultat, guidé par les deux superbes voix du duo, est remarquable. Le hit « Photographs » est de la même trempe. A l’invitation des deux compères, les smartphones s’allument dans la salle pour créer un univers parsemé d’étoiles.

Pendant « Anew », Matt incite la foule à s’accroupir et puis à jumper. Toute la fosse obtempère. Tout au long de « The Open Road », Matt souffle dans son harmonica et l’auditoire est tellement enflammé par cette intervention, qu’il n’arrête pas d’applaudir. Cocasse, la formation embraie brièvement par « Les 4 saisons » de Vivaldi.

En rappel, le band nous réserve « Costaline », la compo qui lui a permis de se faire connaître à travers le monde. Et le show de s’achever par le magnifique « Milk & Honey ».

Une prestation convaincante aux morceaux bien construits et raffinés par des harmonies vocales surprenantes qui prennent aux tripes…

Lors des deux concerts, le son était clair, presque cristallin. Installé devant la table de mixage, votre serviteur a pu constater que le volume oscillait entre 85 et 92 db. Merci pour avoir pris soin de nos portugaises !

Setlist : « Nothing To Lose », « The Woods », « Letting Go », « Purple », « Moments », « Harder To Fake It », « Let’s Go », « Evermore », « See You Soon », « Photographs », « The Open Road », « Blessings », « Anew », « On The Way ».

Rappel : « Coastline », « Milk & Honey ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Mr. Big

Tout y était : la puissance, l’intensité, l’attitude, l’énergie et la virtuosité…

Écrit par

L’Ancienne Belgique est configurée en mode Ballroom pour accueillir le supergroupe californien de hard rock, Mr. Big. Sous cette configuration, les places assises et les balcons sont condamnés par une tenture (NDR : de couleur rouge), et la capacité de la salle est réduite à1350 personnes. La formation américaine opère sa tournée d’adieu baptisée ‘Big Finish Tour’.

Il y a plus de trente ans, le band livrait son album emblématique, « Lean Into It », un œuvre qui recelait son méga-hit atypique, « To Be With You », au milieu d'une collection de classiques du hard rock qui constituent la base de son excellente réputation en concert.

Le décès du drummer Pat Torpey, en février 2018, a plongé le groupe dans une période de deuil, une sorte de léthargie hivernale, dont ils se sont réveillés pour accorder un dernier périple. Remplacer Torpey s'est avéré être un défi, car il jouait non seulement de la batterie, mais se chargeait aussi des chœurs. Le band a déniché un replaçant ; en l’occurrence Nick D'Virgilio, ancien batteur de Big Big Train, Tears for Fears et Spock's Beard.

Outre le nouveau préposé aux fûts, le line up implique le guitariste Paul Gilbert (ex-Racer X), le bassiste Billy Sheehan (ex-David Lee Roth, ex-Tony McAlpine) et le chanteur Eric Martin (ex-Eric Martin Band).

Le supporting act est assuré par le guitar hero, Jared James Nichols. Originaire du Wisconsin, ce maestro du blues/rock à la voix très soul est un virtuose de la 6 cordes électrique. Ce géant (NDR : il doit, au moins, mesurer 2 mètres) est soutenu par un bassiste et un batteur qui se sert du kit de la tête d’affiche.

Dès qu’il grimpe sur les planches, Nichols salue le public, puis entame « Easy Come, Easy Go », un morceau particulièrement entraînant qui fait hurler la foule.

Il embraie par, « Down the Drain », une compo plus mélodique, rappelant Soundgarden, mais en plus bluesy. « Hard Wired » s’enfonce dans le grunge, se réservant, cependant, des parties davantage harmonieuses. Non seulement Jared est époustouflant sur sa gratte, mais il se montre très interactif auprès du public. Et il achève sa prestation par « Mississippi Queen », une cover de Mountain… (photos Romain Ballez ici)

Setlist : « Easy Come, Easy Go », « Down the Drain », « Hard Wired », « Threw Me to the Wolves », « Skin 'n Bone », « Good Time Girl », « Mississippi Queen » (Mountain cover)

Pendant que la reprise du « Blitzkrieg Bop » des Ramones s’échappe des haut-parleurs, les membres du quatuor s’installent. Le drummer, Nick D'Virgilio, prend place en retrait, sur une haute estrade. Au-dessus de lui un énorme écran a été accroché, sur lequel le patronyme du groupe est frappé en lettres jaunes et rouges.

« Addicted To That Rush » ouvre les hostilités. C’est un extrait de l’elpee éponyme, paru en 1989. Dur, impitoyablement groovy et serré comme la courroie d'entraînement d'une toute nouvelle moto japonaise, il libère une énergie rock pure. « Take Cover » (« Hey Man » - 1996) semble retrouver une seconde jeunesse. Eric Martin évoque le regretté Pat Torpey et demande à Nick D'Virgilio de jouer à la manière du regretté Pat. Message reçu 5 sur 5 ! D'Virgilio s'avère être un digne remplaçant tant dans la puissance que la sauvagerie de sa frappe des fûts.

Après « Price You Gotta Pay » (« Bump Ahead » - 1993), la formation s’attaque au long playing « Lean Into It », qu’il va dispenser dans son intégralité. Tout au long de « Daddy, Brother, Lover, Little Boy (The Electric Drill Song), » Sheehan passe une perceuse sur ses cordes pour les faire vibrer. Ce qui explique d’ailleurs le sous-titre, entre parenthèses, ajouté dans le libellé du morceau. Outre le super riff et une rythmique solide posée sur un tempo enlevé, le duo guitare/basse est impressionnant. Et techniquement les musiciens sont irréprochables. Leurs solos relèvent de la virtuosité. Pendant « Alive And Kickin' » (NDR : non, ce n’est pas une reprise de Simple Minds ; celle du groupe écossais s’intitule « Alive and kicking »), ça rocke, ça swingue et ça groove. Sans oublier les mélodies envoûtantes et les chœurs raffinés.

Sheehan empoigne ensuite une double- basse qu’il ne quittera plus. Au sein de la setlist, la formation intercale quelques reprises intéressantes. Dont le tendre « Wild World » de Cat Stevens, au cours duquel Eric se sert d’une semi-acoustique. Ce sera la seule fois de la soirée.

L’adrénaline remonte ensuite et Paul Gilbert (NDR : très élégant en costume/cravate, on avait parfois l’impression qu’il allait prêcher au coin de la rue) s’autorise un solo plein de références astucieuses, dont une au thème principal du film ‘Rocky’, « Gonna Fly Now », exécute un solo magique avant que Billy Sheehan ne lui emboîte le pas.

Pendant « To Be With You », le moment attendu par l’auditoire, tous les iPhones sont allumés pour immortaliser ce hit planétaire, joué en ‘live’ ! Et le public est aux anges lorsque le quatuor s’attaque aux tubes « Green-Tinted Sixties Mind » et « Just Take My Heart ».

Avant de livrer sa version du « Good Loving » de The Olympics, les musicos échangent leurs instruments : Gilbert siège derrière les fûts, Virgilio s’empare de la guitare, Martin de la basse et Sheeham se consacre au micro.

Le concert s’achève par la reprise énergique du « Baba O'Riley » du Who. Mr. Big porte bien son nom. 120 minutes de show au cours duquel tout y était : la puissance, l’intensité, l’attitude, l’énergie et la virtuosité… (photos Romain Ballez )

Setlist : « Blitzkrieg Bop » (cover Ramones), « Addicted To That Rush », « Take Cover », « Price You Gotta Pay », « Daddy, Brother, Lover, Little Boy (The Electric Drill Song) », « Alive And Kickin' », « Green-Tinted Sixties Mind », « CDFF-Lucky This Time » (Jeff Paris cover), « Voodoo Kiss », « Never Say Never », « Just Take My Heart », « My Kinda Woman », « A Little Too Loose », « Road To Ruin », « To Be With You », « Wild World » (Cat Stevens cover), « Guitar Solo », « Colorado Bulldog », « Bass Solo », « Shy Boy » (Talas cover), « 30 Days In The Hole » (Humble Pie cover), « Good Lovin' » (The Olympics cover) (Band swaps instruments), « Baba O'Riley » (The Who cover).

(Organisation Biebob et Live Nation)

 

Lescop

Des arrangements musicaux précis et une mise en scène visuelle efficace…

‘Ça fait longtemps !’, confie d'emblée Lescop au public venu assister à sa prestation, ce soir, au Botanique. En effet, son dernier concert au centre culturel remonte à 2013 ! C’est même à cette date qu’il avait accordé une interview à Musiczine (à lire ou à relire ici).

Pour être précis, le chanteur français visite la capitale de l'Europe pour la 5ème fois. D'abord, en 2012, en première partie de Daniel Darc, dans le cadre des Nuits Botanique et, rebelote quelques mois plus tard, au sein de la Rotonde. Dès 2013, à nouveau, lors des Nuits et enfin, en 2017, au cours du regretté BSF (Brussels Summer Festival).

Ce soir, il revient après un long hiatus, qu'il a mis à profit pour changer d'air après avoir subi les aléas d'un succès un peu trop rapide. Selon ses déclarations, il a apprécié son rôle d’acteur (sa première passion), écrire des scénarios et former un projet 'rock/glam', baptisé Serpent. Cette période lui a aussi permis de changer de maison de disque. Adieu, le label ‘Pop Noire’ de ses amis Johnny Hostile et Jenny Beth et bonjour Labréa Music / Wagram Music / Turenne Music.

Pour rappel, Lescop est le pseudo de Matthieu Peudupin. Lescop, c’est le nom de famille de son arrière-grand-mère bretonne. Ex-chanteur du groupe punk rochelais Asyl, il a développé, en solo, un style de ‘pop française' fortement inspiré des années '80. Une ‘pop noire’ qui a fait mouche dès son premier hit, le lumineux "La Forêt", et son album éponyme, dont la musique célébrait un mariage parfait entre Daho, Taxi Girl et Indochine, tout en empruntant des accents à The Cure, Joy Division et The Velvet Underground.

Ce soir, le retour s’opère dans l'intimité de la salle du Museum, au Botanique. L'artiste vient y présenter son tout nouvel elpee, “Rêve Parti”, réalisé en coopération avec le musicien-producteur Thibault Frisoni (comparse de Bertrand Belin).

Après une courte introduction, le très beau "Elle" ouvre efficacement le concert. Lescop investit les lieux avec classe et discrétion. Pendant "Exotica", un des 3 hits potentiels de sa dernière production, en l’observant, on constate qu’il a mûri : exit, le polo Fred Perry, le jean et les Converse ; il porte un costume foncé et une chemise brune. Derrière son pied de micro, concentré et les yeux fermés, il affiche un air sérieux, presque grave. Quand il bouge, il s'autorise juste quelques élégants déhanchements, légèrement androgynes.

A ses côtés, un tout nouveau 'band', composé d'un batteur, d'un claviériste/guitariste et d'une bassiste qui prend en charge les voix d'appoint mais aussi celles des chanteuses présentes sur le nouvel album : Halo Maud, dans “Femme Papillon” et Izia dans “La Plupart du Temps”. Tout au long de “La Nuit Américaine” et du puissant “Tokyo, La Nuit”, on remarque la précision des arrangements musicaux et l'efficacité de la mise en scène visuelle.

Pendant “Le Vent”, on sent planer une atmosphère Joy Division-esque : le côté hypnotique et solennel évoque le titre “Atmosphere”, des légendaires Mancuniens. Le premier grand frisson de la soirée intervient pourtant un peu plus tard, à la faveur de nouveau hit de Lescop, “Les Garçons”. Le clin d'œil à “Cherchez Le Garçon”, de Taxi Girl, saute aux oreilles et il est impossible de ne pas danser, à tout le moins de se déhancher sur cette composition finement ciselée.

Comme prévu, le final du concert sera consacré aux ‘vieilleries botoxées’, comme l'annonce avec humour Lescop. Tout d'abord, le puissant “Marlène” et ensuite, en apothéose, “La Forêt”. Dès les premières notes, l'ambiance monte de plusieurs crans et, à ce moment, comme d’habitude, Lescop descend du podium pour se mêler au public. A quelques mètres seulement de l'artiste, on se met à danser en remuant la tête, comme ensorcelés par la mélodie envoûtante.

Après des applaudissements nourris, Lescop revient pour le rappel. Visiblement ému, il évoque le courage qu'il faut avoir pour partir, quand les choses ne vont plus bien, comme l'a fait Marlène Dietrich, en quittant Berlin. ‘Dans les couples, c'est la même chose’, ajoute-t-il, ‘il faut pouvoir, à un moment, dire adieu à son 'Rêve Parti'’. Et d'enchaîner sur la chanson titulaire de son dernier opus, suivie d'un tout dernier titre, “Un Rêve”.

Un concert absolument parfait, même si votre serviteur n'a pas eu la chance, cette fois, de prolonger la soirée auprès de l'artiste, comme en 2012. En compagnie de mon amie Valéria, nous nous étions retrouvés à faire la fête avec l'artiste dans ‘Bruxelles, La Nuit’, car, il faut le savoir, Mathieu aime Les-c(h)oppes.... Hum...

Setlist

Elle
Exotica
La femme papillon
David Palmer
Radio
La nuit américaine
Tokyo, la nuit
La plupart du temps
Grenadine
Le vent
Les garçons
Le jeu
Tu peux voir
Marlène
La forêt

Encore

Rêve parti
Un rêve

Organisation : Botanique

Shake Shake Go

En parfaite symbiose…

Écrit par

Si pour le commun des mortels, le 21 mars 2024 coïncide avec le premier jour du printemps, cette date est une peu différente dans l’esprit de votre serviteur, puisqu’il l’a cochée dans son agenda afin d’assister au concert de Shake Shake Go, un groupe d'indie folk aux origines franco-galloises.

Une fois n’est pas coutume, le show ne se déroule pas dans en Belgique, mais outre-Quiévrain, au sein d’un endroit plutôt chaleureux.

Bien que situé dans un quartier très populaire, le Moulins et Wazemmes, la Bulle Café est un endroit, certes atypique, mais qui présente beaucoup de charme et une franche convivialité. Situé dans une ancienne fabrique, l’espace n’est pas très grand ; aussi, on doit pouvoir y accueillir, au bas mot, deux cents personnes. La cour en pavé est parsemée de tables et de chaises ; ce qui permet de s’y délasser au soleil ou prendre l’air entre deux morceaux de musique. Et du soleil, il y en avait ce jeudi, comme par miracle.

Le quartier dans lequel s’inscrit l’édifice brasse une multitude d’ethnies, ce qui rend les choses culturellement intéressantes et surprenantes.

Etymologiquement, la bulle est un espace protégé dans lequel on se sent en sécurité. De même, qu’elle constitue un globule gazeux [bière ?] qui se forme dans une matière [musique ?] en fusion. Bref, chacun sa formule !

La salle est comble. La pyramide des âges et des sexes y est relativement bien représentée. Cocorico, de nombreux Belges ont également fait le déplacement.

Le supporting act est assuré par Xavier Polycarpe. Il se présente seul sur les planches armé d’une sèche et d’un Apple (l’ordi, pas le fruit). Le gaillard (s’)impose à lui seul. Il doit mesurer, au moins 1m90.

Il semble très à l’aide sur scène. Normal, il était l’une des chevilles ouvrières de Gush, quatuor rock responsable de deux albums. Il a aussi participé à de nombreuses tournées internationales et a été nominé aux Victoires de la Musique. Il formera ensuite Macadam Crocodile, une formation aux accents électro-disco.

Les puristes l’ont également vu apparaître sur une célèbre chaîne de télé française, lors d’une émission de télécrochet. Ou encore, s’acquitter des premières parties de Matthieu Chedid ou encore de feu Johnny Hallyday.

Bref, le gaillard jouit d’un sacré curriculum vitae.

Il se produit ce soir en solo en vue d’écimer de ses sons, le parterre lillois. Ses textes empruntent tantôt au français, tantôt à l’anglais.

Ils sont ciselés et empreints d’émotions. Solaire, son sourire illumine et fait vivre en ‘live’, son projet.

Si sa musique baigne plutôt dans un folk cosy, ses chansons peuvent traduire de la contestation, à l’instar de « House is burning », bande originale d’un documentaire consacré à la cause animale.

De temps à autre, il s’interroge sur le temps qui passe, la vie et la mort comme sur ce très joli « Vanish in the Runaway Wind », aux contours chantournés.

Généreux avec son auditoire, il nous réserve un titre de son prochain Ep éponyme, « Minute », un morceau au refrain entêtant. Le public le lui rend bien en reprenant ces paroles sur un ton endiablé.

« Dancing in the Ring » clôture un set bien trop court, mais de bien belle facture.

Grâce à une voix et une attitude digne de Ben Harper, Polycarpe s’est forgé une place de choix dans le cœur des aficionados.

Une belle découverte dans le chef de votre serviteur.

Après une pause de quelques minutes, afin de faire place nette sur l’estrade et permettre aux spectateurs de se rincer les amygdales, une longue intro au synthé retentit.

Les membres de Shake Shake Go grimpent sur le podium, les uns après les autres. D’un pas timide, d’ailleurs. Coiffée d’un chapeau, Poppy Jones apparaît la dernière, mettant ainsi un terme à un suspens de courte durée. Elle est vêtue d’un chemisier rose, plutôt échancré. De quoi ravir le parterre masculin, agglutiné aux premiers rangs, langue pendue face à cette plastique de rêve.

Rapidement, elle laisse tomber son couvre-chef, dévoilant alors un visage angélique. Gageons que derrière l’ange ne se cache un démon.

Alors que SSG était initialement constitué de cinq mousquetaires, aujourd’hui, il se produit en trio, formule qui lui permet une redistribution des rôles tout en créant de nouveaux espaces de liberté.

Pour la petite histoire, lorsque le band se produisait dans la rue et les pubs miteux, un gosse de six ans s’est exclamé en les regardant ‘Shake shake go’ ! Le patronyme venait d’être trouvé.

La suite de l’histoire ressemble à un conte de fée. Jugez plutôt : une première partie de James Blunt assurée en 2014, au Royaume-Uni, puis en France (notamment celle de Rodrigo y Gabriela), un premier single publié en décembre 2014, un premier Ep (éponyme), en mars 2015, un premier album orienté folk, « All in time », début 2016, un second taillé pour le live, en 2018, « Homesick », avant enfin d’accoucher de « Double Vision », un opus nettement plus organique que les précédents.

Aujourd’hui, la nouvelle sensation venue d’outre-Manche tourne dans le cadre d’un périple international. Pas étonnant, lorsqu’on sait que plus de 7 millions de personnes ont écouté « England Skies », son tube incontournable.

Votre serviteur avait pu les découvrir en 2016, dans le cadre du Ronquières Festival. Il s’agissait de sa première date belge. Les choses ont bien changé et les musiciens ont gagné en maturité et en précision.

La jeune femme est accompagnée de ses fidèles serviteurs. Mais également de deux musicos de tournée. Une demoiselle aux ivoires et un préposé aux quatre cordes.

Issu de son dernier long playing, « Red Woman » donne le ton. Une compo acidulée où guitare et basse flirtent allègrement. Poppy prend le train en marche dès les premières notes. Son corps se laisse bercer et entreprend des soubresauts rageux. Elle joue complètement son rôle d’ambassadrice.

La musique de Shake Shake Go baigne au sein d’un univers pop/folk mélodieux, gracile, où se mêlent évasion et bienveillance. Les chansons s’inspirent de la nature, de la vie, des expériences et des gens qui les entourent. La voix candide de Poppy subjugue. Elle est dynamique, puissante, organique, épique et surtout optimiste…

« Come back to me », « Hands Up » ou encore « We are now » s’attardent dans le rétroviseur, puisque ces morceaux sont tirés respectivement de « Homesick » et d’« All in Time ».

Les accords sont posés avec justesse, passion et professionnalisme. Ces jeunes sont entrés dans la cour des grands.

Les riffs de guitare sont dispensés tout en retenue, mais avec rage et puissance. Pas mal pour des jeunes en culotte courte ! Ils s’amusent beaucoup sur scène, sans se prendre la tête. Ce qui frappe, c’est la symbiose qui les unit. Aucune individualité ! Chacun est là pour servir l’autre. Magnifique !

Poppy s’essaie ensuite dans un français qui s’avère… approximatif. Manifestement, elle n’y arrive pas, alors, elle s’excuse. Pour reprendre ensuite le cours de son discours, dans sa langue natale.

Ballade émouvante, le magnifique « England Skies » constitue un des moments forts de cette soirée. Impossible pour la foule de ne pas chanter ce titre à la mélodie imparable, devenu disque de diamant, et qui comptabilise 50 millions de streams.

Shake Shake Go vit pleinement ses compos en ‘live’. Et « Love outside the line » en est certainement la plus belle démonstration. Il faut dire que les compos et les arrangements permettent une ouverture pour ce type de configuration.

Pourtant, paradoxalement, lors des promos ou showcases, le combo propose des versions alternatives acoustiques, dans un exercice qui lui va tout aussi bien. Les titres, ici interprétés, pourraient bien y trouver une place de choix.

Alors que « Blackbird », permet à la voix de Poppy de mettre en avant son côté cristallin et ses nombreuses amplitudes, le concert reprend de plus belle par un « Let Me to The Water » plus incisif et à la rythmique emphatique.

Durant environ une bonne heure, la bande à Poppy a proposé une musique qui déchire les tympans dans un tourbillon de rage, de volupté et de candeur.

Les chansons sont finalement assez simples, mais pas simplistes. A cause de leur construction réfléchie, outre leur positivisme. Elles servent parfois d’exutoire, mais véhiculer des lyrics engagés ne semble apparemment pas être la tasse de thé du band.

Il est temps de mettre un terme à ce qui est resté une surprise de taille.

La fin du set approche. Poppy invite l’auditoire à se diriger vers le merchandising. Outre la vente de disques, elle est aussi venue pour faire connaître ‘Target Ovarian’, une association dont elle est l’égérie. Une cause qui l’affecte, sa mère étant décédée d’un cancer de l’ovaire, il y a environ deux ans.

Les lieux se vident très rapidement, le bar ayant reçu pour consigne de fermer juste après le concert.

L’assistance déserte les lieux ; les souvenirs, eux, restent bien présents.

Photo ©shooting_concerts

Mass Hysteria

Plus que du metal…

Un proverbe raconte qu'il est souvent plus difficile pour un artiste de percer dans son propre pays qu'hors de ses frontières. Ce n'est pas le cas pour Mass Hysteria, un groupe français de métal qui est parvenu à tirer son épingle du jeu au sein de l’Hexagone. Lorsqu’il s’était produit dans le cadre du Main Square Festival, en 2016, il était en haut de l'affiche. Et il est parvenu à créer un immense moshpit jusqu'aux derniers rangs. Programmé sur de grandes arènes en France il est régulièrement invité au Hellfest. Dans un AB Club très bien rempli, la formation a démontré qu’elle était capable d’assurer parfaitement, tous genres confondus, et de satisfaire les jeunes et les moins jeunes.

En supporting act, First Arkangel va dispenser un set constitué d’un méli-mélo chaotique et assourdissant de styles divers. En effet, sa musique oscille constamment entre hardcore et métal. Le band joue très fort des morceaux rapides, mais aussi de manière plutôt monotone. Ce qui ne gêne pas les fans présents, car les bouffées d'adrénaline administrées provoquent un véritable tremblement de terre, entraînant quelques moshpits qui secouent l’AB. Mass Hysteria ne pouvait donc pas rêver d'un meilleur chauffeur de salle… (pour les photos, c’est ici)

Pourtant, à voir les nombreuses personnes présentes au bar lors de ce concert, on se rend compte que la grande majorité d'entre elles se sont uniquement déplacées pour la tête d'affiche de la soirée.

Mass Hysteria aime manifestement la grandiloquence et la théâtralité, si l'on en juge par la configuration de la scène. Tant l’aspect musical que vocal se révèle épique et est abordé de manière particulièrement sophistiquée et variée.

Le band démarre pied au plancher par « Mass veritas », une compo qui exprime la colère. Rien n'est laissé au hasard tout au long de la soirée, semble-t-il. Car le frontman court comme un dératé dans tous les coins du podium, à la recherche de son public. Ce qui donne lieu à de véritables mosh pits et autres circle pits, dont un très grand tout au fond pendant « Chiens de la Cass ». Il n'y a tout simplement pas moyen de s'en sortir, une fois que l'on est monté sur les montagnes russes françaises. Pas le moindre répit, sauf lorsque Mouss Kelai balance quelques boutades amusantes.

Lors du rappel, le combo place la barre encore plus haut. D’ailleurs la fête va s’achever par un feu d'artifice. Cependant, un beau moment va suivre « Furia ». De jeunes enfants sont invités à monter sur les planches, mais les oreilles protégées par des casques adaptés. Le plus jeune est à peine âgé de quatre ans ! Ils sautent et dansent avec le groupe, puis partent se mettre à l'abri, car tout au long du morceau de clôture, « Plus que du metal », le robinet coule à flots, une dernière fois ; ce qui provoque un dernier moshpit. 

Mass Hysteria est parvenu, et brillamment, à offrir une réponse française au metal américain, britannique et allemand. Car ce n'est pas une mais plusieurs fois que le toit s'est envolé lors de cette soirée festive. Les bombes énergétiques françaises ont bourdonné abondamment dans nos oreilles, pendant ces deux heures. Jusqu'à ce que l'on rentre chez soi en sueur et un peu sourd, mais avec un large sourire aux lèvres… (pour les photos, c’est )

Setlist :

Mass Veritas // Positif à bloc // Chiens de la casse // Vae soli ! // L'inversion des pôles // Notre complot // L'art des tranchées // Nerf de bœuf // Se brûler sûrement // L'émotif impérieux // Failles // Reprendre mes esprits // Arômes complexes // L'enfer des dieux // Encore sous pression // Tout est poison

Encore :

Tenace // Le triomphe du réel // Contraddiction // Furia // Plus que du métal

(Organisation : Ancienne Belgique)

Dorian Dumont

Classieux, mais aussi expérimental…

Écrit par

Dorian Dumont est né à Montpellier (France), où il y a étudié le piano classique au conservatoire. Il y a décroché, en 2005, la médaille d’or dans les branches ‘piano classique’ et ‘musique de chambre’, avec la mention très bien et les félicitations du jury. S’intéressant de plus en plus au jazz et à la musique improvisée, il part en 2008 pour Bruxelles, ville qu’il ne quittera plus. Après ses études de jazz au Conservatoire Royal de Bruxelles, il y obtient son master en 2013. Musicien curieux de nouvelles sonorités, Dumont cultive l’éclectisme et refuse de se fixer sur un genre, ce qui lui permet d’explorer les multiples facettes de son jeu. Depuis quelques années, il est particulièrement investi dans le groupe ECHT ! formation qui brouille les frontières entre jazz, hip-hop et musique électronique. Dumont participe également à d’autres projets, qui tournent autour des concepts et de la poésie du ‘prodige de la musique électronique’, dont Edges, le projet de Guillaume Vierset montée en compagnie de Jim Black et Anders Christensen, Easy Pieces avec Ben Sauzereau et Hendrik Lasure ou encore le Dario Congedo Trio.

Le pianiste d’Echt ! Dorian Dumont rend ce soir hommage à Richard David James (NDR : un compositeur britannique de musique électronique, né le 18 août 1971 à Limerick, en Irlande), en adaptant sa musique pour le piano solo. Richard D. James est l’un des musiciens les plus intéressants de son temps. Mais son œuvre est aussi opaque qu’intrigante. Apparu au début des années 90 sous le pseudo d’Aphex Twin, il travaille les machines comme Stockhausen a pu le faire dans les années 50, en ajoutant à son travail de studio, la contre-culture rave qui explose alors (techno, jungle, drum n’bass). James s'est lancé au milieu des années 1980 en tant que producteur pionnier de musique ambiante, suivant ainsi les traces de Brian Eno.

Pendant 70 minutes, Dorian va interpréter fidèlement ou improviser sur les morceaux d’Aphex Twin, mais également quelques titres de son second opus, « To the APhEX », paru ce 28 février (en écoute ici). Une certaine forme de ‘release party’ pour 70 privilégiés, pour la première fois assis, dont votre serviteur. L’AB Club est donc comble.

Le maestro débarque et part s’installer derrière un grand piano à queue de couleur noire. Simple, intimiste et oscillant entre ombre et lumière, le light show émane du plafond, mais également du sol, grâce à 6 néons leds dont l’intensité varie lorsque la musique s’emballe. Toute sa famille est présente, y compris son grand-père, à qui il rend hommage. Et pour cause, il a fait le déplacement de Montpellier pour écouter son petit-fils en fan convaincu.

Après les deux premiers morceaux exécutés brillamment, Dorian empoigne un micro et signale qu’il est assez volubile et explique pourquoi il est fasciné par l’œuvre d’Aphex Twin, ses mélodies compliquées, alambiquées même, sa poésie et surtout l’harmonie étrange délivrée par ses mélodies, et enfin la perfection, selon Dorian.

Pas de setlist sur le piano ou aux pieds de l’artiste. Les titres proposés portent des noms bizarres. Jugez plutôt : « "180db_ [130] », « Windowlicker », « Avril 4 Th », « # 3 (Rhubarb) », …

Il nous réserve les compos par série de deux. Régulièrement, en improvisant, il apporte sa touche personnelle et artistique avec beaucoup d’expérimentation et de classe.

Les basses, les batteries et tous les sons d’un groupe sont rassemblés dans les touches du piano pour ne faire qu’un.

En décomposant toutes ces couches électroniques et en les recomposant pour le piano solo, il prouve que la musique d’Aphex Twin est bien plus qu’une apologie des machines. Sa relecture offre un point de vue pertinent et tout personnel sur cette musique qu’il s’approprie de la plus belle des manières, en ouvrant de nouvelles portes.

Toujours curieux de nouvelles sonorités et cultivant l'éclectisme, Dorian Dumont refuse de se fixer sur un genre pour être capable d'exploiter plusieurs facettes de son jeu et ainsi de s'exprimer dans plusieurs domaines d'exploration musicale. Une très bonne soirée hantée par la découverte d’un genre musical auquel on votre serviteur n’est pas habitué, et au cours de laquelle l’auditoire s’est montré attentif, silencieux et surtout mélomane. Cela change.

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

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