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C’est le premier album de Planterose, mais pas les premiers pas dans la musique pour ses équipiers. Amoureux de pop culture, ce monde idéal où Flavien Berger partage un verre avec l’homme de Rio, Gainsbourg s’adonne à la Dream pop, et Laetitia Sadier…

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The Psychedelic Furs

Un peu trop mainstream…

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Quand on évoque The Psychedelic Furs, on pense inévitablement aux hits, « Sister Europe », « Love My Way », « The Ghost in you » ou encore « Pretty In Pink », morceau qui va inspirer le film américain du même nom, un long métrage réalisé par Howard Hughes, sorti en 1986. Fruit d’un cocktail subtil entre punk, art-rock, goth, new wave, jazz, funk, alt et hard rock, la musique de ce band londonien a toujours été luxuriante, esthétique et mélodieuse. Et puis, il y a la voix de Richard Butler, éraillée, abrasive même, et dont les lyrics poétiques apportent une profondeur à l’ensemble. Fondée par Richard et son frère Tim, la formation s’était séparée début des nineties, avant de reprendre le collier à l’aube de ce millénaire, intervalle au cours duquel les frangins ont poursuivi leur route chez Love Spit Love, outre les différents projets solos. Et puisqu’on parle de fratrie, votre serviteur et son frère assistaient à un mini festival au Brielpoort de Deinze, au cours duquel se produisaient Nacht und Nebel, Prefab Sprout, The Sisters of Mercy sous son line up originel et Psychedelic Furs, en 1984. Et ils y sont de nouveau, mais à l’AB, 35 ans plus tard. Un petit événement, en quelque sorte… Mais place au compte-rendu de cette soirée.

Qui s’ouvre par Red Zebra. Formé en 1978, ce groupe brugeois a splitté à plusieurs reprises, avant de revenir dans le circuit dès 2017. Grâce à son hit international « I Can't Live in a Living Room », décroché en 1980, le combo a pu tourner, en compagnie de grosses pointures ; et notamment, The Undertones, The Sound, Simple Minds, Killing Joke et The Sisters of Mercy. Du line up originel, il ne demeure cependant plus que le chanteur Peter Slabbynck, mais la musique émarge toujours au post punk et à la new wave.

A l’instar de sa prestation au W-Festival, le set s’ouvre comme un défilé militaire. Peter a endossé un manteau kaki, mais est coiffé du célèbre chapeau de l’Oncle Sam. Il est soutenu par deux guitaristes, un bassiste et un drummer. Et le set tient parfaitement la route. La voix de Stabbinck campe le plus souvent un hybride entre celle de Peter Murphy et de Johnny Rotten, alias John Lydon. Pas étonnant, dès lors de retrouver, au beau milieu de « Shadows of doubt », quelques mots empruntés au « This is not a love song » de PIL. L’humour est encore bien présent chez Peter, puisqu’il nous présente une banane, lui consacre un laïus, l’épluche, puis la mange, en chantant « Man comes from ape » (Trad : l’homme descend du singe). Et le set de s’achever par la cover du « Winning » de The Sound, une adaptation, faut-il-le souligner, bien personnelle. Une prestation qui a recueilli de chaleureux applaudissements, au sein de l’auditoire (Pour les photos, c'est ici)

Set list : Agent Orange, TV Activity, The Ultimate Stranger, Shadows of Doubt, I Can't Live in a Living Room, I'm Falling Apart, Man Comes From Ape, Winning 

Les baffles crachent de la musique d’opéra. La voix du chanteur est androgyne : ce serait bien un morceau interprété par feu Klaus Nomi. Puis les musicos grimpent sur l’estrade à 21 heures pile, et Richard débarque le dernier, sous les acclamations de la foule (NDR : ce soir, c’était presque sold out). Cheveux grisonnants, charismatique, souriant, le visage marqué par le temps (NDR : et sans doute aussi par les excès commis au cours de sa jeunesse), il porte une veste noire, et un gilet dont les larges poignets blancs à pois noirs débordent. Tim a enfilé une veste de velours rouge foncé, et il a noué une cravate sur sa chemise blanche. Les deux frangins, comme le saxophoniste Mars Williams (NDR : il est de petite taille !) ainsi que la claviériste, Amanda Kramer (NDR : elle a notamment milité chez Information Society, The Golden Palominos et tourné en compagnie de Lloyd Cole et Siouxsie Sioux), sont chaussés de lunettes fumées. En retrait, Paul Garisto, le drummer porte un casque d’écoute sur la tête. Les deux guitaristes, Rich Good (ex-The Pleased et toujours impliqué au sein de Mirrors, ce Britannique vit aujourd’hui en Californie) et un musicien de tournée se plantent à gauche du podium.

Et le set de s’ouvrir par « Dumb Waiters ». Mais il faudra attendre le cinquième morceau, « There’s a world outside » pour que le groupe trouve son équilibre tant instrumental que vocal, la voix de Richard éprouvant des difficultés à retrouver son timbre si caractéristique. Bien chauffée à partir de ce moment-là, elle va demeurer bien stable le reste du concert. Il arpente la scène sur toute la largeur, s’accroupit, serre des mains, chante en regardant dans les yeux des fans. Le saxophoniste déambule tout autant, alternant entre le saxophone alto (le plus souvent) et la clarinette (parfois), dans un style bien free, torturé, inspiré par John Coltrane ou Charlie Parker. Les interventions de Rich à la gratte deviennent progressivement plus incisives, à l’instar de « All that money wants » et « Sister Europe », un titre imprimé sur un tempo hypnotique. Peter retire sa veste, avant d’attaquer « Heaven », un morceau dont le refrain est repris en chœur par une bonne partie de l’auditoire. The Psychedelic Furs nous réserve un seul nouveau titre (NDR : un album serait prévu pour 2020 !), « The Boy that invented rock’n’roll », une compo qui s’achève dans un climat psychédélique. « Pretty in pink », chanté à nouveau par la foule, n’est bien sûr pas oublié. « President gas » nous réserve un joli duo de grattes, entre le 7ème élément (NDR : plutôt réservé, il se consacre cependant surtout à la rythmique) et Good, alors que Richard lève le poing, chaque fois qu’il prononce le titre du morceau. Le set s’achève par « Hearbreak beat », une compo qui alterne cordes saccadées et grondantes. Mais un sentiment envahit l’esprit de votre serviteur ; car si le set est de bonne facture, il manque quand même de morceaux plus punchy. Ce qui va néanmoins survenir en rappel, lors d’un « India » de toute beauté. Imprimé sur un tempo new wave et bien balisé par la ligne de basse puissante de Tim, il permet à nouveau au saxophoniste de se mettre en exergue, alors que les grattes enflamment une expression sonore qu’on aurait aimé plus énergique, lors du concert proprement dit… Suffisait peut-être d’insérer l’un ou l’autre morceau plus percutants et moins mainstream dans la set list… (Pour les photos, c'est )

Setlist : Dumb Waiters, Mr. Jones, Love My Way, There's a World Outside, The Ghost in You, Like a Stranger, Sister Europe, Heaven, All That Money Wants, Into You Like a Train, The Boy That Invented Rock & Roll, Pretty in Pink, President Gas, Sleep Comes Down, Heartbreak Beat

Rappel : India

(Organisation Ancienne Belgique)

 

 

Durand Jones

En digne héritier de Curtis Mayfield…

Écrit par

Durand Jones and the Indications

Il y a plus ou moins deux ans, le Vieux Continent découvrait Durand Jones, grâce à un premier elpee éponyme sur lequel l’Américain était parvenu à se réapproprier l’ensemble des caractéristiques de la soul. En mars 2019, toujours accompagné de ses Indications, il nous livrait l’excellent “American Love Call”, un opus au cours duquel il dénonçait les injustices sociales qui gangrènent le pays de l’Oncle Sam. Suite à la sortie de ce deuxième long playing, le groupe s’est lancé dans une nouvelle tournée européenne, un périple qui transitait par le Botanique, ce lundi 14 octobre. Une occasion de (re)découvrir celui qui marche sur les traces de feu Charles Bradley voire de Lee Fields. 

Pour assurer sa première partie, Durand Jones a embarqué dans ses bagages The Dip, une formation originaire de Seattle. Pendant une grosse demi-heure, le groupe réunissant trois cuivres, un bassiste, un guitariste, un guitariste/chanteur et un batteur est parvenu à chauffer la salle, et dans les règles de l’art, en interprétant un répertoire vagabondant entre le blues et la soul. Si les musiciens connaissent parfaitement leur sujet, on peut quand même regretter cette absence de ce petit plus, de ce petit ‘supplément d’âme’ qui fait vibrer le mélomane…  

Un ‘supplément d’âme’ dont Durand Jones et ses Indications ne manquent certainement pas. Il est 21h lorsque le groupe monte sur les planches. Durand Jones se plante au centre du podium. Il est épaulé par les quatre membres des Indications ainsi que deux préposés aux cuivres. Dès les premiers accords, on a la conviction que le set sera de toute bonne facture. Musicalement, il frise même la perfection. Les balances sont impeccables. Les différents instrumentistes connaissent parfaitement leurs rôles. La basse groove, les cuivres réchauffent l’atmosphère tandis que la guitare et le clavier remplissent le peu d’espaces sonores demeurés vides. Superbes, “Morning in America”, “Make a Chance” ou encore “Smile” font mouche. Et puis, il y a surtout la voix de Durand Jones, un organe sculpté lorsque sur les bancs de l’église, il participait aux chœurs gospel (NDR : au-delà des stéréotypes, c’est véridique !) En une fraction de seconde, elle est susceptible de vous flanquer des frissons partout. Lorsqu’elle s’emballe, elle déclenche des applaudissements au sein de l’auditoire. Son bonheur de chanter est communicatif. Et en quelques mots, il est également capable de mettre une fameuse ambiance dans la fosse. Sympathique, il n’hésite pas se tenir en retrait afin de laisser ses musicos s’autoriser l’un ou l’autre solo et même à céder le micro au drummer Aaron Frazier, afin qu’il interprète “Don’t you Know”, de sa voix androgyne.

En un peu plus d’une heure, la troupe va dispenser la quasi-totalité de son répertoire ainsi qu’une reprise de son père spirituel, Curtis Mayfield. Tout heureux de pouvoir participer à une fête clairement réussie, les trois membres de The Dip sont même invités à rejoindre le band sur l’estrade.

Dans l’univers de la soul, au même titre que les géniaux St Paul and the Broken Bones, Durand Jones and the Indications est manifestement une des formations les plus intéressantes du moment.

(Organisation : Botanique)

Last Train

Ce soir, à l’Aéronef, il ne fallait pas manquer ce Last Train…

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Deux groupes méritaient de figurer en tête d’affiche ce soir, à l’Aéronef. Tout d’abord The Mystery Lights. Américain, il est responsable à ce jour d’un mini album et de deux long playings, dont le dernier, « Too much tension », est paru en mai dernier. Puis Last Train. Français, alsacien plus précisément, son deuxième elpee, « The big picture » (voir chronique ici), est sorti le mois dernier. Appréciant le rock/garage, votre serviteur avait coché la première formation dans son agenda, mais était aussi curieux de voir ce que le quatuor mulhousien avait dans le ventre, sur les planches. La surprise n’en sera que plus grande…

Lorsque The Mystery Lights grimpe sur le podium, la salle est déjà aux trois quarts remplie. Le line up implique un drummer, un bassiste, une très jeune claviériste, et deux guitaristes, également membres fondateurs du band. En l’occurrence Alfonso Solano, le seul qui ait les cheveux-mi-longs, les autres arborant de longues tignasses. Il joue sur une ‘phantom’, comme les Fuzztones. Puis Mike Brandon, le chanteur. Grand, filiforme, souple, il bondit comme un félin, prend des poses acrobatiques spectaculaires et vient régulièrement monter sur la petite estrade réservée au batteur. Glapissante, haut-perchée, sa voix navigue quelque part entre celles de Rick Ocasek, Robert Plant et Roger Hodgson. Lors du set, au cours duquel les morceaux s’enchaînent presque sans temps mort, le combo tente l’une ou l’autre incursion dans le blues/funk ou même la prog épique, mais elles font un peu pâle figure par rapport aux titres de pur garage bien rythmés, parfois à la limite du punk. Sur les plus accrocheurs, le clavier rogné, parfois ‘manzarekien‘ s’infiltre insidieusement, alors que bénéficiant d’une solide section rythmique, les deux gratteurs libèrent une électricité savoureusement grésillante, frémissante, parfois psychédélique. Réceptive, la foule accorde une belle salve d’applaudissements au quintet yankee, pour sa prestation… (pour les photos c'est )

La voie ferrée est maintenant tracée pour le Last Train. La salle est quasi-sold out ; et si l’auditoire est multigénérationnel, on y dénombre, quand même beaucoup de jeunes. Même des enfants, dont les oreilles sont sagement préservées par des casques de protection. En intro, les baffles crachent "The lonely Shepherd", une compo du célèbre flûtiste roumain Gheorge Zamfir. A cet instant, la scène est plongée dans un décor en noir et blanc. Et lorsque le quatuor débarque sur le podium, on remarque que même la basse est de couleur blanche et les guitares, de teinte noire. Chaud-boulette, le public, majoritairement français, même si quelques frontaliers sont présents dont quelques néerlandophones, manifeste déjà son enthousiasme. Et le convoi de s’élancer à toute vapeur. Dès « All alone », les trois gratteurs déambulent de gauche à droite et de long en large, en se contorsionnant, alors que véritable locomotive, le préposé aux fûts maintient parfaitement les rames sur ses rails. Tiré à quatre épingles, Jean-Noël Scherrer, ôte sa veste et dévoile un gilet seyant. Il retrousse ses manches de chemise, avant d’aborder le deuxième titre, « Way out ». La ligne de basse est crépusculaire, les déflagrations électriques sont chargées d’intensité. Imprimé sur un tempo presque new wave, « Dropped by the dove » déferle comme une compo des Stooges. Des déflagrations qu’on retrouve tout au long de « House on the moon », un titre réminiscent des débuts de Muse. Au début de « On our knees », les trois gratteurs font face au drummer et entament le morceau dans un climat incantatoire avant qu’épileptiques, les guitares n’entretiennent un climat déchiré entre calme et tempête. Le medley entre « One side road » et « Between wounds » s’ébranle sur un rythme bien carré, puis finit par se déstructurer et vire même au psychédélisme. Jean-Noël s’enhardit, traverse le front stage, franchit les barrières, et rejoint la foule. Il grimpe sur les épaules d’un solide gaillard et brandit le poing tel un gladiateur (NDR : geste qu’il va faire régulièrement tout au long du concert) puis se laisse porter par la foule, tout en triturant sa six cordes. Au bout de quelques minutes, il retourne sur le podium, afin d’achever l’interprétation du morceau sur un tempo de plus en plus frénétique. Grondante, la ligne de basse communique un sentiment de menace tout au long de « Disappointed ». Quelques arpèges de gratte amorcent « Fire », une forme de blues magnifié par des guitares jumelées et ponctué de quelques explosions électriques, un morceau qui va soulever une véritable ovation de la part du public. Et le concert de s’achever par le syncopé et judicieusement intitulé « Leaving you know ». Le spectre de Placebo plane. Les musiciens sont déchaînés, survoltés même, et Julien vient frotter ses cordes contre son ampli pour en extraire le max de feedback.

Le public en veut encore et le manifeste bruyamment. Trois wagons à la set list seront dispensés en appel. Tout d’abord « Tired since 1994 ». Il s’ébroue tel un tortillard, puis monte en crescendo alors que quelques aficionados aux premiers rangs en profitent pour allumer quelque briquets (NDR : et pas des smartphones !) comme trente ans voire quarante ans plus tôt. Rollingstonien, caractérisé par ses ‘ouh ouh’ ferroviaires que la foule reprend en chœur (NDR au cours du set, le public chante d’ailleurs régulièrement les paroles), « Cold fever » incite l’auditoire à frapper des mains, gestes qui se transforment en acclamations. Avant d’attaquer le dernier morceau, Jean-Noël, remercie l’équipe technique, les musiciens de Mystery Lights pour avoir assuré le supporting act ; puis le convoi s’embarque dans une version plus courte, mais diablement efficace et terriblement sauvage, entre rock et blues, du titre maître de son dernier opus, « The big picture ». C’est la dernière claque du concert. Une fameuse ovation s’élève de la fosse. Le groupe n’en revient pas. Les musicos se congratulent. Se prennent dans les bras. Le moment est émouvant. Quitter l’auditoire semble même briser leurs cœurs. Un peu comme s’ils partaient pour un long voyage en sachant qu’ils ne reviendraient plus avant longtemps… Franchement, ce soir, à l’Aéronef, il ne fallait pas manquer ce Last Train… (pour les photos, c'est ici)

Set list :
All Alone, Way Out, Dropped by the Doves (I Only Bet On Myself was initially planned), House on the Moon, On Our Knees, One Side Road/Between Wounds (Medley), Disappointed, Fire, Leaving You Now

Rappel :
Tired Since 1994, Cold Fever, The Big Picture

Allah-Las

On est encore loin du nirvana…

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L’Orangerie affiche complet depuis quelque temps déjà pour célébrer le retour d’Allah-Las, un groupe californien fondé en 2008. Il est venu présenter, en primeur, son nouvel elpee (le quatrième déjà) « Lahs », un disque qui sort ce vendredi 11 octobre. Mais cet essai est déjà en vente à son stand de merchandising. Un stand qui tourne d’ailleurs à plein régime, puisque le band vient personnellement au contact de ses fans…

Mais la soirée commence en douceur, accusant un petit quart d’heure de retard, par Maston. Un multi-instrumentiste, lui aussi issu de la côte Ouest des States. Première surprise, il déboule sur les planches en compagnie de pas moins de 5 musiciens (2 claviéristes, 1 batteur, 1 bassiste et 1 guitariste). En l’occurrence le collectif suisse L'Eclair qui sert de backing group. Après avoir proposé un titre d’ouverture plutôt brouillon, la musique se charge de groove, dans un climat rappelant tour à tour le cinéma italien des 60’s, les vieilles séries yankees voire même les B.O. de longs métrages signés Tarantino. Le profil globe-trotter de Franck Maston transparaît immédiatement, lui qui a bien roulé sa bosse, et accompagné Jacco Gardner dans ses délires musicaux. Malheureusement, le temps de se faire servir une petite mousse (les files sont toujours aussi longues au bar central) et de revenir dans la salle, et le set est déjà terminé. En à peine 20 minutes, Maston est parvenu à planter un chouette décor psychédélique, semblable à une longue route 66 tracée au milieu du plateau Orzak, sis entre les collines embrumées par la chaleur.

La salle commence à se remplir, accueillant principalement de jeunes hipsters flamands, dont l’âge oscille entre 25 et 30 ans. L’engouement autour d’Allah-Las est sans doute, aussi, à mettre sur le compte de sa diffusion radiophonique sur les ondes du Nord de la Belgique. Ce qui, on ne le répétera jamais assez, place les stations francophones, un cran bien en-dessous. Il faut remonter à 2016, au festival de Dour puis à l’AB, pour retrouver trace du passage de ce band américain sur les planches noir-jaune-rouge. Des prestations qui, souvent, n’ont pas laissé de souvenir impérissable. Et pourtant ses albums sont chaque fois salués par la critique. Après avoir gravé un premier opus éponyme, le combo a amorcé un excellent virage en publiant l’excellent « Worship the sun », en 2014.

Mais entrons dans le vif du sujet. Lorsque le sextuor grimpe sur l’estrade, on reconnaît immédiatement le look des musiciens et leur démarche. Cheveux hirsutes, barbes de Bee Gees, chemises à fleurs et t-shirts amples, c’est sûr, on ne s’est pas trompé de salle. Matthew Correia et sa bande nous entraînent loin de nos contrées. La formation a puisé dans l’ensemble de son répertoire pour établir sa set list, depuis ses débuts (l’instrumental « Sacred sands » qui constitue une intro parfaite avant que « Busman’s holiday » n’embraie) à des morceaux issus de son futur opus, à l’instar de « Prazer Em Te Conhecer » chanté en portugais par le batteur/leader. Mais franchement la cover du « Fish in the sand » de George Harrison, on aurait pu s’en passer… Les morceaux s’enchaînent, sans temps mort, mais sans guère d’éclats non plus. Bien qu’agréables, les compos semblent sortir d’un vieux juke-box planté au fond d’un bar mexicain. Si les maracas et les percussions hippies collent bien au surf rock, il est heureux de constater que le band a le bon goût d’adopter une forme plus expérimentale que nostalgique. Jusqu’au final “ Could be you ”, un titre nettement plus rock, abordé à la manière des Libertines et même de Black Angels.

Mais ce soir encore, on reste sur sa faim. Le set ne permet pas à l’esprit de s’évader. La voix du lead singer n’est pas suffisamment haut-perchée. L’attitude foutraque des musicos séduit ou irrite, selon. Peu d’interactivité entre les morceaux. Et un rappel expédié en deux temps trois mouvements. De quoi nourrir une certaine insatisfaction. Bref, en live, la musique d’Allah-Las est agréable à écouter en buvant quelques bières avec ses potes. Mais elle n’atteint pas le nirvana, au plus haut des cieux, que cette formation pourrait atteindre facilement, en manifestant un peu moins de désinvolture et surtout grâce à son sens mélodique…

(Organisation : Botanique)

Florence & The Machine

British hippie hype…

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Une importante colonie britannique avait effectué le déplacement pour venir assister au set de la sensation outre-Manche du moment ; un concert qui affichait complet depuis plusieurs semaines déjà ! Ce soir, la langue de Shakespeare irradie les airs du Botanique et plus particulièrement ceux du bar, soldout lui aussi du début à la fin de la soirée.

Tandis que la bière coule à flot près du zinc, la formation classique danoise (chant - guitares - basse - batterie) d’Annasaid se produit devant un public clairsemé et timide pour assurer la première partie du spectacle. Pourtant annoncée comme la nouvelle sensation de la scène rock danoise et encensée par le célèbre magazine de rock anglais NME, cette dernière ne remue pas vraiment les foules. Cependant, ces artistes font leur job sans complexe et comptent assurément défendre leur quatrième Ep « Well, Well, Well ». Le quatuor danois envoie le bois pendant 35 minutes et distille un punk-rock sans fioriture mais efficace.

Transition frappante lorsque Florence Welch et sa gracile bohème foulent délicatement les planches de l’Orangerie. Florence & The Machine est venu nous présenter sa pop baroque et chic. D’emblée, le décor en témoigne. C’est au centre d’un salon cosy orné d’un ‘wallpaper’ aux fleurs blanches qui pleurent en coton, de cages d’oiseaux éclairées qui éclaboussent la scène de douces lumières intimistes et d’un pied de micro couronné de plantes et de fleurs que les six ambassadeurs du bon goût britannique parsèment anarchiquement la scène pour nous présenter leur premier opus « Lungs », sorti ce 6 juillet dernier.

Après avoir reçu le prix de la critique au Brit Award 2009, sa prestation au festival de Glastonbury, ses premières parties de Blur (…), Florence Welch use de la joliesse et de la bouleversante limpidité de sa voix avec une naturelle assurance. Voix admirablement servie par les talentueux musiciens dont elle a su habilement s’entourer (The Machine). Si l’on y ajoute des textes métaphoriques en forme d’‘histoires qui ont des conséquences et des problèmes étranges de morale’, l’ensemble est renversant. 

Quant au registre musical, il est atteint du syndrome de la tour de fromage français. On y trouve un peu de tout : du tendre, du moelleux, du sec, du piquant… Tantôt mélancolique, tantôt emportée, la jeune Londonienne glisse spontanément de la pop nostalgique à la musique psychédélique des années 70 en passant par un punk-rock ou à un folk enragé. Souvent comparée aux nouvelles artistes féminines britanniques (Lily Allen, Kate Nash, Duffy…), elle évoquerait davantage le chaînon manquant entre PJ Harvey et Kate Bush. Ou dans une moindre mesure entre Feist et Bat For Lashes…

Florence & The Machine est parvenu à faire patienter le public durant une heure avant qu’il ne puisse goûter à la délicieuse voix de Welch. Seule sur scène et tambourinant de la main droite sur une caisse claire, la belle glace les spectateurs d’admiration de sa voix claire et puissante sur les deux premiers morceaux (« Bird Song » et « Coffins »). Le tubesque « Kiss With A Fist » rompt subitement ce pop-folk doux- amer pour nous écraser littéralement sous un pop-rock aux limites du punk. Quant à « Drumming Song », il nous secoue de sa rythmique dantesque. Hormis une batterie autoritaire et omniprésente portant radicalement la voix de la jeune chanteuse anglaise à des sommets de puissance, tous les instruments se mettent en valeur et modifient les genres. Autre marque de fabrique du groupe : la harpe. Avec ses notes féériques et délicates, elle se fait d’ailleurs merveilleusement remarquer sur « I’m Not Calling You ». Chanteuse et musiciens se répondent en écho pour créer une étoffe sonore originale, riche, harmonieuse. Enfin, on décèle les influences marquantes du groupe puisées chez Bat For Lashes sur « Cosmic Love » et « Blinding ».

Un répertoire intelligemment construit qui porte, crescendo, le public jusqu’à l’explosion ! Alors que la salle est en ébullition, le sextet britannique ne revient que pour un seul et court rappel. Trois étaient originellement prévus sur la setlist.

Une enchanteresse soirée de plus dans les méandres du Botanique.

(Organisation Botanique)

 

Reena Riot

Fille de, mais pas seulement…

Écrit par

Reena Riot, aka Naomi Sijmons, n’est autre que la fille de feu Fons Sijmons, bassiste des Scabs de 1989 à 2013, décédé des suites d’un cancer. A 23 ans, elle remporte la finale de l’Humo’s Rock Rally et assure le supporting act de Tony Joe White, seule, uniquement armée de sa gratte semi-acoustique. Entre 2013 et 2014, elle grave deux Eps. C’est à cette époque que votre serviteur découvre l’artiste dans la grande salle de l’AB. Quelques mois plus tard, elle se produit dans un petit bistrot sis non loin de la Bourse en compagnie du vétéran Roland Van Campenout et de Laura Groeseneken (NDR : elle bosse avec Ozark Henry) et puis silence radio jusqu’à la sortie de son premier elpee, « Nix », qui paraît en janvier dernier.

Down The Lees, c’est le projet de Laura Lee Schultz, une chanteuse/guitariste/compositrice originaire de Vancouver, mais aujourd’hui établie à Gand. En général, elle est épaulée par le bassiste Kwinten Gluehorse et le drummer Jonathan Frederix ; mais ce soir, elle se produit en solitaire pour assurer le supporting act, en se servant alternativement de ses deux grattes électriques et de sa loop machine dont elle va parfaitement tirer parti pour créer des sonorités réverbérées et des harmonies vocales en couches. Elle est venue présenter de très beaux larges extraits de son album « Bury the Sun », produit et réalisé par Steve Albini.

Son récital s’ouvre par « War Torn », un premier titre issu du long playing. Le son est excellent. Ses interventions à la gratte sont tour à tour grondantes ou douces, agressives ou veloutées ; mais elle s’autorise également des envolées stratosphériques. Puisant aussi bien chez PJ Harvey, Cloud Nothings, Slint, Sonic Youth que Low, elle nous réserve une expression sonore qui oscille du post-rock au shoegaze en passant par le hardcore… Suivant la formule consacrée : à suivre de très près.

Setlist : « War Torn », « Bury The Sun », « Just A Kid », « AntIseptic Heart », « Pleasure Pain », « A Cynical Age »

A 21h00, les lumières s’éteignent, Naomi débarque la gratte à la main (NDR : elle va en changer entre chaque morceau) et le sourire aux lèvres. Son backing group réunit d’excellents musicos, dont le chanteur/guitariste Jan Myny, le bassiste Alan Gevaert (dEUS, Chantal Acda, Trixie Whitley), le drummer Bernd Coene (Tiny Legs Tim) et le multi-instrumentiste Thomas Werbrouck (Krankland, Little Trouble Kids).

Une petite centaine de personnes se sont déplacées pour assister à ce concert qui s’ouvre par « Tonight ». Les musiciens et Naomi entrent immédiatement en véritable symbiose. Bien que très technique, le batteur est percutant. Sablée, parfois glapissante, la voix de Naomi s’écoule tel un fleuve indolent. « Knife » tranche dans le vif du sujet, comme une lame d’un rasoir, un peu comme chez The Edge (U2). Tout au long de « Good Olt Waltz », la complicité entre Naomi et Jan est presque fusionnelle. Manifestement, Naomi a bien assimilé les codes du rock inculqués par son paternel, et elle les restitue parfaitement dans un style bien personnel. Votre serviteur est ravi d’avoir revu Reena Riot en concert, une artiste attachante, aujourd’hui âgée de 30 printemps, qui au fil du temps, a acquis une belle maturité et dont la réputation est loin d’être surfaite…

Setlist : « Tonight », « Siren », « Knife », « Good Olt Waltz », « Bird », « Undone », « Shadow Of The Sun », « Mountains », « All Systems Down », « Waiting », « Somewhere ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

Emma Ruth Rundle

Superbe, mais tellement sombre…

Écrit par

Dans le cadre de l’Autumn Falls, le Botanique accueille, ce mercredi 2 octobre, Emma Ruth Rundle, une Américaine qui possède un fameux cv. Etablie aujourd’hui à Louisville, dans le Kentucky, elle a d’abord milité chez The Nocturnes, un duo folk partagé auprès de sa sœur, puis de Red Sparowes, un groupe mésestimé de post-rock-métal, comme guitariste. Sa voix profonde, qui n’est pas sans rappeler Chelsea Wolfe, on ne la découvre cependant qu’en 2012, lorsqu’elle fonde Marriages, un trio dont l’aventure cesse en 2015. Elle avait enregistré « Electric guitar », un premier elpee solo, en 2011. Mais elle n’embrasse vraiment son parcours individuel qu’en 2014, en gravant « Some heavy ocean » sur le label Sargent House (Brutus, Deafheaven, Chelsea Wolf, Russian Circles, ...) ; une œuvre basiquement folk, mais enrichie d’une instrumentation puissante, à coloration post-metal (NDR : pensez à Isis, Caspian, Russian Circles , ...) Son dernier long playing, « On dark horses », est paru en 2018, un disque plutôt sombre…

Il revenait à Fvnerals, un duo originaire de Brighton et aujourd’hui basé à Bruxelles, d’assurer le supporting act, un tandem qui pratique une musique née de la fusion entre doom, post-rock, shoegaze et dark ambient… 

A 21h, la Rotonde est pleine à craquer. La température dans la salle est déjà élevée. Emma Ruth Rundle grimpe sur l’estrade flanquée de quatre musicos. Evan Patterson (Jaye Jayle), son compagnon sur scène comme à la ville, se plante à sa gauche. Il se consacre à la seconde gratte. Barbu, Todd Cook se charge de la basse et se plante à droite et Dylan Naydon, des drums. Après une brève présentation, elle enfourche sa guitare et balance les premiers accords. Le son est parfait. Légèrement et subtilement réverbérée, sa voix est soutenue par une section rythmique solide et lourde. Cependant, les interventions aux cordes de Patterson apportent moult nuances à l’ensemble. Emma Ruth Rundle alterne les passages ambiants et les riffs directement inspirés du post-métal. Le jeu de lumière suit parfaitement ces variations. En une heure, l’Américaine enchaîne les morceaux issus de son dernier LP. Ce qui ne va pas l’empêcher d’aller piocher dans l’ensemble de son répertoire, au sein duquel l’excellent “Protection” fait mouche. Après une bonne heure de set, au cours duquel elle ne s’est guère épanchée, la jeune songwritrice et son backing group se retirent et laissent un auditoire comblé par la prestation, mais aussi soulagé de s’extirper de cet univers sombre au sein duquel il a été plongé. Il se dirige alors inconsciemment vers le bar et commence ainsi à reprendre des couleurs…

(Organisation : Botanique)

Juicy

Les geishas du r’n’b…

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Le Centre Culturel de Braine-le-Comte accueille de nombreuses activités dans le domaine artistique, et notamment dans l’univers du théâtre, de la musique et du cirque. Si la salle Baudouin IV est destinée aux festivités grand public, plus conviviale et atypique, la Verrerie propose, tout au long de l’année, des expos et des concerts pop et rock. Il s’agit d’un ancien complexe industriel réaménagé, dont la partie arrière a été transformée en salle de spectacles.

Un peu d’histoire. Fondé en 1905, ce site employait 400 salariés en 1930 qui produisaient, chaque année, environ 7 500 000 verres en semi-cristal. La crise pétrolière a malheureusement forcé l’entreprise à mettre la clé sous le paillasson, dès 1975. Ce soir le duo de r&b Juicy s’y produit et le trio Noi assure le supporting act.

Noi grimpe sur le podium ; et on remarque la présence d’une enseigne placée sur le mur juste au-dessus des artistes qui reflète de ses néons de couleur rouge l’inscription ‘La Scène’. Julien Trousson (Humatronic, Walking Ghost Phase) est un peu l’âme du band bruxellois. Il se charge de la guitare, des claviers et du chant. Il est épaulé par le préposé aux synthés Luc Vermeulen (Kings of Edelgrans) et du batteur Anthony Gatel (Humatronic), planté sur une estrade surélevée.

« Home » ouvre le set. C’est un extrait de l’Ep 5 titres « Ondes ». Le morceau baigne au sein d’une ambiance feutrée, semi-vaporeuse, semi-ambient, digne d’Archive. Tout au long d’« Epiphany », envoûtante, la voix de Julien entretient ce climat atmosphérique. L’acoustique de la salle est parfaite. Technique, le drumming d’Anthony se révèle particulièrement efficace. On épinglera encore la cover du « Cherish The Day » de Sade, un morceau empreint de quiétude. Un show finalement plutôt cool…

Setlist : « Home », « Epiphany », « Kalundborg », « Cherish The Day » (Sade cover), « Kyoko », « Papers », « To The Bones ».

Lorsque Juicy débarque, la salle est assez bien remplie. Sourire aux lèvres, les filles déboulent sur les planches. Elles sont vêtues de pantalons noir à franges et d’un body argenté. Directement, elles vont s’installer derrière leurs instruments (claviers et machines). La veille, elles se produisaient en France, dans le cadre du festival Poulpaphone. Contagieux et dansant « Mouldy Beauty » entame les hostilités. Le son est toujours aussi parfait. Faut dire que c’est Benoît, l’ingé-son de Puggy, qui est derrière les manettes. Ce qui n’empêche pas le matos de faire faux bond. Et notamment le PC de Julie. Pendant qu’on se charge de résoudre le problème, Sasha meuble le temps… Souci solutionné, le concert se poursuit par un sémillant « Seed And Ride ». « Not A Hard Nut To Crack » invite son incontournable touche d’aérobic. Tout en chantant et en tapotant leurs instruments, les filles lancent soit le pied en avant ou en arrière. La température monte d’un cran. Faut dire qu’interactives et sexy, ces geishas du r’n’b ont l’art de mettre l’ambiance. L’ex-secrétaire d’état Théo Francken est mis sur la sellette lors d’un titre destiné au dancefloor. Participatif, le public brainois est ravi.  En rappel la paire va nous réserver l’adaptation de la « La Boulette » de Diam’s. Confirmation, un set de Juicy est différent à chaque fois...

Setlist : « Mouldy Beauty », « Seed And Ride », « Not A Hard Nut To Crack », » What You Can’t Confess », « Over My Shoulder », « GHB », « Mama Told Me », See Me Now », « Count Our Fingers Twice ! »

Rappel : « La Boulette » de Diam’s.

(Organisation : Centre Culturel de Braine-le-Comte)

The Sisters Of Mercy

Sous l’emprise de la congrégation des Sisters of Mercy ?

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Votre serviteur serait-il sous l’emprise de la congrégation des Sisters of Mercy ? Toujours est-il qu’après avoir critiqué ouvertement les dernières prestations de Sisters of Mercy, il revient au même endroit, ce lundi 23 septembre, pour assister à un concert du même groupe tellement décrié, dont les prestations ont été jugées ‘pathétiques’, en y ajoutant même qu’on ne l’y reprendrait plus…

N’empêche, S.O.M. continue de faire recette. Et pour cause, sa première date, fixée la veille, au même endroit, avait été décrétée sold out à la vitesse éclair. Et la seconde, auquel votre serviteur assiste, l’est presque. Incompréhensible, quand on sait que son dernier elpee, « Vision thing » remonte à… 1990 ! En outre, le 16 septembre, il avait offert un concert gratuit à ses fans au Trix d’Anvers, sous le patronyme de ‘Near Meth Experience’, show au cours duquel, la formation a accordé trois nouvelles compos. Nous y reviendrons un peu plus tard.  

Dès les premiers accords de « Dominion/Mother russia » la foule réagit. Elle remue, pogote, et les premiers rangs se retrouvent envahis de gros bras et d’hommes torses nus. Les pyramides humaines se forment progressivement, et atteignent même parfois 3 hauteurs. Imaginez donc le gaillard qui soutient plusieurs spectateurs. La voix d’Andrew Eldritch, elle, en revanche, a de nouveau bien du mal à s’imposer, même si elle bien secondée par ses deux gratteurs, qui assurent les backing vocaux. Hasard du calendrier, mais Wayne Hussey, son ex-comparse (NDR : ou si préférez son frère ennemi), se produisait les trois soirs précédents, au sein du pays plat. Mais la voix du natif de Bristol reste bien un cran au-dessus, accordant, en outre, à chaque fois des sets solos de plus de deux heures sans jamais fléchir.

Mais revenons à nos moutons (noirs), et en particulier aux compos jamais releasées. A l’instar de « Crash and burn » (NDR : datant de début 2000) ou des inédits « Show me on the doll » et « Better reptile ». Bien qu’agréables à l’écoute, elles semblent calmer l’atmosphère. Mais ce n’est que temporaire puisque le show reprend crescendo jusque « Flood II », avant que The Sisters of Mercy n’accorde en rappel le bien rythmé « First and Last and Always ». Dylan Smith substitut de Chris Catalyst doit mesurer au moins 2 mètres. Mais ce nouveau guitarise libère davantage de puissance dans ses riffs, et en particulier tout au long de de « Temple of love ». Derrière Doktor Avalanche (NDR : c’est la boîte à rythmes), Ravey Davey se démène comme un DJ sur la scène de Tomorowland, pour dynamiser « This corrosion », en finale, un classique qui déclenche les derniers pogos.

En conclusion, on reste loin des superlatifs avancés par Classic 21. Cette radio avait annoncé, à travers un jingle, entre un titre de Phil Collins et Pink Floyd, que The Sisters of Mercy était un groupe légendaire aux prestations époustouflantes… (sic). Il faut raison garder : la prestation a été moins mauvaise que d’habitude. Surtout parce que le gratteur est à la hauteur du sujet ; et qu’en outre, les nouvelles compositions apportent une nouvelle impulsion au set. En attendant un hypothétique nouvel elpee, tant espéré par les fans, et auquel bon nombre de mélomanes ne croient plus vraiment… (pour les photos, c'est ici)

My Diligence assurait le supporting act (pour les photos, c'est )

(Organisation : Live Nation)

Wayne Hussey

La délivrance après 2h30 de cérémonie…

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Il faut s’armer de courage ce dimanche soir. Attendre la fin de la journée sans voiture, affronter l’orage, puis rejoindre la région brugeoise. Le B52 exactement. Après avoir été accueilli chaleureusement par le patron au physique de catcheur, on rejoint une petite salle, sise à l’arrière de son café. Une petite centaine de spectateurs y sont massés, ce qui remplit déjà bien l’endroit, plutôt exigu.

Votre serviteur débarque trop tard pour assister au set du tribute band Pure Kult. Suivant les avis recueillis, les covers proposées sont dignes de celles dispensées par The Cult. A cet égard, Ian Astbury, le leader, avait reconnu publiquement la qualité de ces reprises…  

Un temps d’adaptation est nécessaire avant de commencer à apprécier la prestation d’Ashton Nite, qui se produit en solo, armé uniquement de sa sèche. The Awakening, groupe dont il est le leader, est plutôt responsable d’une musique gothique, lourde, lorgnant parfois vers le métal indus. En solitaire, il interprète posément ses compos dans un style bien british (NDLR : on en oublierait presque qu’il est originaire d’Afrique du Sud). Entre chaque titre, ses commentaires sont teintés d’un humour pince-sans-rire. Et surprenants, ses arrangements valent le détour, à l’instar de son adaptation de « The Sound of silence » du duo Paul Simon/Art Garfunkel, à la fin duquel il se met à hurler, stupéfiant même un fan posté aux premiers rangs.

Set list : « Other ghosts », « Fault », « Upon the water », « About you », « Jennifer », « Storm » (remplacé par « Indian summer »), « Amethyst », « Dressing like you », « Back to wonderland », « The sound of silence », « Dark romantics », « Shadows in the dark ».

Cette tournée solo du leader de The Mission s’étale sur près de 3 mois, et faisait d’abord escale à Rétie (Anvers) puis Arlon, les deux soirs précédents, avant d’atterrir à Bruges. Baptisée ‘Salad daze’, elle se réfère à sa biographie, sortie en mai 2019. Assez complète, elle évoque, pour la première fois, son enfance et ses parents. Dès son entrée sur scène, vers 22 heures, les aficionados s’agglutinent aux premiers rangs. La température monte d’un cran.  Tel un prêtre en début de cérémonie, Wayne Hussey invite ses fidèles à s’asseoir, pour assister au début de sa grande messe. Une bonne initiative qui va permettre à celles et ceux placés à l’arrière, de pouvoir observer ses faits et gestes. Faut dire que la salle est basse et le podium peu surélevé. Wayne est coiffé d’un chapeau et chaussé de ses traditionnelles lunettes noires, un couvre-chef qu’un spectateur lui demandera d’ôter au cours de l’office, mais en manifestant son humour bien britannique », Hussey lui répondra ne plus s’être lavé les cheveux depuis deux jours. Il remercie également un autre spectateur qui lui a offert une bonne bouteille de vin (NDR : il a l’habitude de s’en enfiler une à chaque concert). L’armada de guitares acoustiques et électriques (5 ou 6), ainsi qu’une mandoline, posé derrière lui, laisse supposer que le show sera diversifié. Sans oublier son clavier recouvert de son traditionnel calicot de supporter de Liverpool. Est-ce la victoire 1-2 des ‘Reds’ à Chelsea, remportée cet après-midi qui le rebooste ? Toujours est-il qu’il déborde d’énergie et d’humour, ce soir. La plupart des singles de Mission sont passés en revue ; depuis « Crystal ocean » à « Dragonfly », en passant par « Like a child again », « Tower of strength » ou encore « Beyond the pale ». Une interprétation parfois fidèle, mais souvent originale. Outre le recours à la gratte, il se sert également et circonstanciellement d’un séquenceur pour imprimer le tempo. Il passe au clavier pour l’intimiste « Butterfly on a wheel ». Dérision et impro sont au rendez-vous de son interactivité. Avant d’aborder « Fabienne », il nous parle d’une femme belge ; et un aficionado en profite pour rebaptiser le titre « Fabiola ». Pendant « Wasteland », un autre fan clame ‘You are my fucking God’, et notre ténor d’intercaler un extrait du « Personal Jesus » de Depeche Mode dans le morceau…

Lors du second rappel, Wayne affiche toute l’amplitude de son registre vocal, en montant facilement dans les aigus. Ce qui va déclencher une belle ovation de la trentaine d’âmes encore présentes à ce moment. Car il est déjà près de minuit trente. La cérémonie a duré près de 2h30 ! Hussey transpire. Et nous aussi. La salle est moite, les murs suintent d’humidité. Un set particulièrement généreux qui a provoqué une communion mémorable entre l’artiste et l’auditoire. Bref, mission accomplie pour le natif de Bristol ! Bien loin de ce qui se prépare le lendemain à l’AB, lors du passage de son frère ennemi, Andrew Eldritch, alias Sisters of Mercy…

(Organisation : B52)

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