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Sean Lennon

Sean d'antan et Sean d'aujourd'hui

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Le ticket punaisé depuis des semaines sur le mur tapissé de liège semblait me narguer. Il était le sésame qui offrirait, selon mes espoirs, une soirée inoubliable. Et ce sera le cas ; ce carré de papier présageant bien au-delà de mes espérances, un moment privilégié vécu à l'Orangerie du Botanique. Un moment qui se rapprochait à grand pas, lorsque le premier mars à 19h30, je réalisais qu'il ne me restait que 30 minutes pour traverser la ville et atteindre la 'grotte', lieu où l'intimité moite ravirait mes sens. Le casse-tête pour trouver une place de parking achevé, une bière consommée et un cachet énorme estampillé  sur la main, me voilà armé, prêt à savourer ce moment tant attendu.

Le supporting act nous est venu d'Italie : les Joujoux d'Antan. Et manifestement, son patronyme n'indique pas son origine. En 45 minutes, le quintet a enchaîné mélodies douces et déstructurées comme supports à la voix bucolique du chanteur. On sent que les membres du groupe prennent plaisir à jouer sur les planches. Et il est toujours très agréable de commencer une soirée sur ce genre de note. Même si le style plus rock de cette première partie n'est pas dans le registre de l'homme de la soirée, on imagine qu'eux aussi vivent au sein d'un monde à part, très riche et généreux. Parfois, ils me font penser à Blonde Redhead. Ils ont même l'audace et pour nous la joie, d'inviter Sean himself à les rejoindre, sur le podium, pour chanter une chanson en italien, la dernière de leur répertoire pour ce soir. L'artiste hirsute et barbu ne semble néanmoins pas trop à l'aise lors de cet exercice. Il salue le public en lui donnant rendez-vous quelques instants plus tard.

Démontage du matos pour le premier groupe, montage de celui du second : les roadies s'attèlent à transformer le terrain de jeu en plaine calme et apaisante. 21h10. Entrée en scène de l'autre quintet. A sa tête, le fils de l'autre, l'heureux créateur de « Friendly Fire », son dernier né. Sean Lenon se présente amicalement et humblement en s'exprimant dans un français parfait. Il porte une cravate et une veste bien taillée. C'est dans la liesse générale que la formation ouvre le « Spectacle »…, puis embraie par « Dead Meat », « Parachute », « Wait for Me »… Un petit mot dans la langue de Molière entre chaque chanson accentue la confidence échangée entre le combo et l'auditoire. A un tel point que des questions aussi idiotes que déplacées commencent à fuser du public : 'Sean, où as-tu appris le français ?' Questions auxquelles il répondra très sympathiquement : 'Je ne suis pas là pour une interview, je suis là pour la musique' ; mais en souriant du coin des lèvres, il finira par avouer une réponse toute en harmonie avec son album : 'C'est une femme qui m'a appris le français, ce sont toujours les femmes'. Notre joie s'intensifie encore lorsque nous devenons l'auditeur et le spectateur d'un morceau encore inconnu : « Smoke & Mirrors », mise en bouche, sans doute, d'un nouvel opus en préparation. Les musiciens prennent leur pied. Leur attitude bien sage perd en crédibilité. Les traits d'humour fleurissent. L'ambiance est plus que détendue. Le reste de l'album est interprété très posément et tout en finesse par la troupe. « Friendly Fire », « Headlights », « Would I Be The One ». Cette dernière sonne la pause et incite le public à réclamer un rappel. Il lui sera accordé… « Tomorrow » étanche cette soif d''encore' et crée un climat de plus en plus 'cosy'. Le concert s'achève cependant par le retour sur scène des Joujoux d'Antan. Histoire de leur rendre la politesse. Cette invitation débouche sur un grand bazar bien sympa, à 10 sur scène. 'Le groupe s'appelle Sean d'Antan' plaisante l'hôte, et rigole à l'avance du résultat.

Cette fin symbolise bien le climat entretenu tout au long du spectacle : qualité, humour, ouverture d'esprit et générosité. 22h35, les lumières sont rallumées, on se presse vers la sortie et le bar. On est même surpris de croiser le guitariste perdu dans les couloirs, signant des autographes. Vraiment une agréable soirée qui restera longtemps dans les mémoires. Celle où j'ai fait la rencontre d'un homme propriétaire d'un lourd héritage familial, mais qui n'influence en rien sa véritable qualité artistique. 

Candlemass

Sur les traces de Black Sabbath ?

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Accolé à la salle Hof Ter TO, que les fans de métal fréquentent régulièrement, le club Trix est un endroit cossu et moderne, d’une capacité de 472 personnes très exactement. Les lustres style dix-huitième contrastent avec les abats jours sixties suspendus à des grilles métalliques. Des fauteuils en cuir rouge invitent à se prélasser devant de larges baies vitrées avec vue sur la spacieuse terrasse. L’endroit a des allures de discothèque branchouillée, et les metal heads qui débarquent dans cet espace un peu insolite pour un tel événement se ruent sur le comptoir interminable du bar de la salle. L’organisation Heartbreaktunes, spécialisée dans le punk et le psychobilly, avait mis les petits plats dans les grands ce soir là, en invitant les maîtres incontestables du doom métal : Candlemass. Sulfureux combo suédois dont la dernière venue sur nos terres remonte à Mathusalem.

En ouverture, les Belges de Serpentcult débarquent sur la scène du Trix dans un fracas insupportable. Un larsen de plus de trois minutes en guise d’intro et un son d’une rare médiocrité nous invitent à nous replier vers le bar, même si la plastique de Michèle, chanteuse à la voix caverneuse, est loin de laisser indifférent Geoffrey Leonard, notre photographe pour l’occasion. Le sludge metal de Serpentcult fait souvent référence à Electric Wizard où à Blutch, mais juger de la qualité de leurs compos n’est pas chose aisée dans une telle cacophonie ! On a même aperçu un fan de Manowar prendre ses jambes à son cou, c’est dire…

Il est un peu plus de 22h, lorsque les premières notes de « Well of Souls » retentissent. Chacun pousse un ‘ouf’ de soulagement ! Le son est parfait. Robert Lowe (Solitude Aeternus) se défend plutôt bien derrière son micro. Succéder au charismatique et imposant Messiah Marcolin n’est pas une tâche à la portée de n’importe quel vocaliste. Mais le timbre de Low colle parfaitement au doom ténébreux de Candlemass. C’est un autre extrait du culte « Nightfall » qui s’enchaîne au morceau introductif. « At the Gallows end » et son riff dix tonnes provoque un headbanging général dans le club, tout comme le classique « Solitude », emprunté au non moins mythique « Epicus Doomicus Metallicus ». Après 20 minutes d’un show intense et sans bavure, le groupe se décide enfin à offrir à son public deux extraits du nouvel et excellent album « King of The Grey Islands ». Une plaque équilibrée, profondément plus enlevée que le classique « Epicus… », et moins foncièrement épique que « Nightfall ». « Emperor of the void » et l’immense « Devil Seed » font mouche ! Accrocheurs dans leurs chorus, progressifs par moment, riches en détails subtils, ces deux titres rendent grâce à Leif Edling, grand-prêtre de cette messe digne de Black Sabbath des grands jours. Le combo pousse même le mimétisme en plantant dans son décor scénique quatre croix lumineuses, à la manière de la bande à Iommi et consorts. Seul fragment issu de « Ancient Dreams », « Mirror Mirror » séduit par son atmosphère hypnotique. S’ensuivent deux morceaux de bravoure « Under the Oak » et « Sorcerers Pledge ». Des incontournables. Des titres taillés sur mesure pour la scène. « Samarithan », réclamé par la foule depuis le début du set, clôture la prestation des Suédois.

A l’issue du set, les avis sont partagés. Même si les musiciens sont toujours au sommet de leur art, certains déplorent l’absence de Messiah Marcolin. Il reste irremplaçable aux yeux des fans de la première heure. Mais ne tenait-on pas les mêmes propos lorsque RJ Dio a remplacé le Sieur Ozzy Osbourne au sein du Sab ? Ce bouleversement n’a pas empêché les géniteurs du doom métal d’accoucher d’un « Heaven and Hell » référentiel ! 

Organisation Trix 

 

Girls In Hawaii

Girls in Hawaii à la TV

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Après un set privé accordé au Botanique ce mercredi 13 février, Girls In Hawaii entamait sa tournée à Anvers. Au Trix, très exactement. Et alors que la plupart de mes collègues francophones avait choisi d’aller les applaudir au Cirque Royal de Bruxelles (NDR : vous y trouverez cependant les photos réalisées par Aude, dans notre galerie), j’ai accepté, à l’initiative du rédacteur en chef néerlandophone et ami Johan, de l’accompagner tout au Nord du pays. Là où ils ne sont pas encore (re)connus. Une autoroute, des voies à quatre bandes, des buildings abritant des bureaux (vides à cette heure de la journée), un supermarché, une station de carburant : c’est dans ce cadre horriblement urbain que l’on trouve le Trix. Et comme Megadeth jouait au Hof Ter Lo, juste à côté, on pouvait faire le poirier pour trouver une place de parking. En cherchant un peu, nous sommes quand même parvenus à dénicher un emplacement, à plusieurs centaines de mètres du club. Dans une sorte de terrain vague recouvert de gravier meuble. Heureusement, l’intérieur du Trix est particulièrement convivial. En y entrant, on remarque immédiatement le bar à gauche. Le prix des consommations est raisonnable et le service extrêmement rapide. En avançant, on arrive dans la salle de concert proprement dite, un peu comme dans une maison du peuple. La scène est petite et le podium assez bas, mais l’acoustique est excellente.

La chanteuse de folk/pop Jesy Fortino alias Tiny Vipers a déjà commencé son set. Assise, elle joue de la guitare acoustique électrifiée. Et chante aussi, bien sûr. Cette américaine (NDR : elle est établie à Seattle) possède une très belle voix, dont le timbre rappelle parfois Melanie. Mais son répertoire est plutôt monotone et suscite rapidement l’ennui. Après une demi-heure de prestation ponctuée de quelques applaudissements, elle se retire. Mais manifestement, son passage ne nous laissera pas un souvenir impérissable…

Place ensuite à Girls In Hawaii. Paradoxalement, le public est constitué d’une bonne moitié de francophones. Il y a toujours ces lampadaires disséminés entre les amplis et les baffles, mais les téléviseurs sont identiques. Et neufs ! Six en tout. Finis les postes récupérés à la casse. Et tout au long du spectacle, ces TV vont diffuser des images tournées le plus souvent dans les Ardennes ou au littoral. Mettant en scène, mais de dos et chacun leur tour, les musiciens du groupe. Un peu comme dans des clips.

Le sextuor ouvre les hostilités par « This farm will end up in fire » et son répertoire va constamment osciller entre compos issues de son nouvel opus (« Plan your escape ») et titres extraits du premier elpee (« From here to there »). La cohésion est quasi-parfaite. Les harmonies vocales échangées entre Antoine et Lionel sont irréprochables. Lionel joue toujours assis et son falsetto limpide et diaphane nous donne parfois la chair de poule. Circonstancielle ment, il se consacre au xylophone. Comme le claviériste/guitariste. Christophe. Un multi-instrumentiste dont on commence aujourd’hui à cerner l’importance ; et pour cause, il cherche constamment à souder les différentes composantes des morceaux. Enfin, lorsque son orgue rogne « Sun of the sons », on pense inévitablement aux groupes de garage issus des sixties. Lionel, le frère d’Antoine est un excellent drummer. On en était déjà convaincu ; mais lorsqu’il empoigne des maracas, à la manière de Butch Norton, ex-drummer d’Eels, on est vraiment impressionné. Les compos défilent. Construit en crescendo, « Fields of gold » est remarquable d’intensité. Lors du titre maître du nouvel opus, Daniel, le bassiste a empoigné un accordéon. Une ballade empreinte d’une grande sensibilité. Antoine chante « The fog » à travers un téléphone trafiqué, une composition dont le tempo est accentué par une boîte à rythmes. Petite pause au cours de laquelle Antoine lit un petit texte dans la langue de Vondel pour le terminer en anglais. A moins que ce ne soit du franglais ! Lors de « Road to luna », un instrumental, Antoine a troqué sa six cordes contre la basse et en profite pour monter sur un des téléviseurs face à son frangin (une attitude qu’il reproduit régulièrement, lorsque les chansons décollent). « Time to forgive the winter » lorgne vers le jazz, alors que « Couples on TV », interprété par Daniel, plutôt vers la valse. Davantage éthéré, « Colors » est manifestement hanté par Sigur Ros ; alors que l’inévitable « Flavor » et son rythme à la Stooges, permet à Brice, le soliste de se libérer, et au combo de clore le corps du concert en beauté.

Un premier rappel nous vaudra une cover du « Taxman » des Beatles, dont Antoine ne maîtrise pas encore tout à fait les lyrics (NDR : il se sert d’un aide-mémoire ; et puis une version presque garage/rock’n roll (NDR : encore ces claviers rognés !) de « Casper », au cours duquel il a sorti un harmonica de sa poche. Lors du deuxième rappel, GIH concèdera une version minimaliste de « Grasshopper », limitée à Antoine et au drummer, dans un style que n’aurait pas renié Sparklehorse.

A l’issue du concert Johan m’avouait avoir été impressionné par leur prestation, n’hésitant pas à comparer le talent, mais dans des styles différents, de dEUS et de Girls In Hawaii. C’est un compliment. Maintenant, à l’instar de Showstar, être diffusé sur Studio Brussel serait sans doute la meilleure manière de mieux se faire connaître auprès des voisins du Nord. Il le mérite, assurément. Faudra trouver le bon single !

Tracklist

This farm will end up in fire

Bees and butterflies

Sun of the sons

Fields of gold

Plan your escape

The fog

Road To Luna

Time to forgive the winter

Couples on TV

Colors

Found in the ground

Birthday call

Flavor

 
Taxman

Bored

Casper

 
Grassphopper

 
Organisation Trix

 

Bad Brains

Banned in Brussels

Écrit par

Au même instant où le sol de Forest National devait être trempé, et pas que de sueur, les Halles de Schaerbeek recevaient l’une des formations les plus mythiques de la scène hardcore punk américaine, les Bad Brains.

De retour dans sa configuration d’origine, le quatuor washingtonien venait présenter dimanche soir en Belgique, « Build A Nation », leur nouvelle galette produite par le Beastie Boy, Adam Yaunch. Après une première partie (dont le nom nous a échappé) plutôt médiocre devant un parterre plus que clairsemé, H.R. (chant), Dr. Know (guitare), Darryl Jennifer (basse) et Earl Hudson (batterie) sont apparus tranquillement sur la scène des Halles. Un peu trop tranquillement pour un public, beaucoup plus nombreux que lors du supporting act, bouillonnant et prêt à se rentrer dedans. Les Bad Brains ont enchaîné en une heure et sans cérémonie leurs plus grand classiques dont « Banned in D.C. », « Pay To Cum » et autres « Sailin’ On », entrecoupés de morceaux du dernier venu, « Build A Nation ». Un concert plutôt sympathique si l’on considère que le spectacle s’est joué beaucoup plus au niveau du public, motivé à souhait, que de la scène. En effet, H.R. en aura irrité plus d’un, débarquant devant l’assistance tel un fonctionnaire venu prester ses heures contre son gré. Un sourire béat aux lèvres et s’adressant au public comme à des gosses de 10 ans, l’interprète est resté planté devant son micro durant quasi toute sa prestation. L’assistance, qui en demandait plus, n’aura été ensuite servie que d’un rappel de deux minutes. Le visage enfoui sous une écharpe, H.R. s’est contenté d’enchaîner les morceaux avant de repartir comme il était arrivé, nonchalant et je-m’en-foutiste. Un vrai punk, quoi…

Organisateur : Live Nation

 

An Pierlé

De l'émotion, de l'énergie, du charme et de l'humour...

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La grande salle de la Maison de la Culture était presque pleine pour accueillir An Pierlé et son White Velvet. Pas vraiment un endroit adapté pour un concert de pop ou de rock, vu sa configuration en gradins et ses chaises (davantage destinée aux spectacles de théâtre, de cinéma ou de variétés et surtout de musique classique), mais finalement jugé très confortable par la majorité du public présent au cours de soirée, un public constitué pour la majorité de trentenaires, de quadragénaires et même de quinquas. En avril 2002, l’artiste s’était produite dans la petite salle devant un parterre réunissant essentiellement des jeunes. Depuis, elle a quand même commis un opus en compagnie d’un orchestre symphonique ("Live Jet set with Orchestra") et l’an dernier, « An Pierlé & White Velvet ». Il était donc fort intéressant de la revoir, sous un nouvel angle…

En première partie, Allan Muller s’est fendu d’un set d’une demi-heure. Muller n’est pas un néophyte, puisqu’en 1994, il militait chez Metal Molly, une formation belge responsable de trois albums. En 2003, il a également transité par Satellite City, un groupe dont les deux elpees sont passés inaperçus. Il a sorti, en mars dernier, un opus solo intitulé « Resting My Case ». Allan chante en s’accompagnant d’une gratte acoustique électrifiée. Il possède une belle voix dont les inflexions peuvent rappeler Mark Eitzel, mais en plus optimiste. Il entame son concert par la cover d’« Accident will happens » d’Elvis Costello, et embraie par plusieurs compos de son opus solo. C’est sympa, c’est frais, mais trente minutes suffisent amplement. A revoir dans un local de plus petite taille. Un club ou un bar, par exemple…

Cinq minutes plus tard, An Pielé et son White Velvet montent sur les planches sous les applaudissements. An est vêtue d’une robe noire signée Sonia Rykiel. Ample mais mi-courte. De couleur noire. Elle est d’ailleurs tout de noir vêtue, y compris les collants. Elle se dirige immédiatement vers son piano sis à gauche de la scène et s’assied sur son traditionnel ballon ergonomique transparent. Les musiciens sont disposés de manière assez curieuse. En escalier. De droite à gauche, Koen Gisen le guitariste et pilier du groupe (c’est également le compagnon d’An). Au même niveau, le drummer. Il a une très longue chevelure qui lui couvre la quasi-intégralité du dos. Face à lui : un minimum de toms et une cymbale. Dans ses mains deux baguettes. Il joue debout. Un peu plus haut, le bassiste ; épisodiquement, il redescend s’asseoir pour jouer du violoncelle. On monte encore d’un cran où se cache presque Tom Wolf, préposé au laptop, à la sèche et aux backing vocaux. Un des deux musiciens de tournée. Le second, Dominique Vantomme trônant à sa droite derrière ses claviers, lorsqu’il ne vient pas remplacer Pierlé aux ivoires –après avoir pris soin de remplacer le ballon par un tabouret– lorsqu’An se consacre exclusivement au micro. Et manifestement si elle arrache une dose phénoménale de sensibilité de son piano, Dominique est un surdoué.

La première chanson nous plonge dans une atmosphère jazzyfiante, languissante, proche même d’un Robert Wyatt, s’il n’y avait les chœurs très mâles en fin de parcours. Pour « Good year », les claviers se font vintage alors qu’An chante avec un peu de reverb dans la voix. Une voix superbe, ample, sensuelle, dont le timbre peut osciller de Kate Bush à Tori Amos en passant par Hope Sandoval et Tanya Donnelly (NDR : à moins que ce ne soit Kristin Hersh). Les compos oscillent entre morceaux empreints de quiétude, d’intimisme (lorsqu’elle s’assied sur le bord du podium), parfois même dramatiques (« It’s got to be me » surtout !) et titres plus pêchus. Tout en y manifestant tantôt de l’émotion, de l’énergie, du charme ou de l’humour. Beaucoup d’humour même, notamment lorsqu’elle propose comme remède à nos problèmes de sexualité ou de kilos superflus d’acheter son cd à l’issue du spectacle. Ou lors du rappel, lorsqu’à l’instar d’une Liza Minnelli, elle passe la main ou le pied derrière le rideau, avant de réapparaître hilare. Mais revenons-en au contenu du show. On épinglera ainsi un « How does it feel », au cours duquel claviers atmosphériques et riffs de guitares ‘reverb’ tissent une trame presque floydienne circa « Echoes ». Sans oublier ce morceau assez insolite partagé entre An et Peter. Ce dernier joue sur le dossier d’une chaise pendant qu’An chante en s’accompagnant aux ivoires. Elle taxera même ce passage de numéro de cirque. « Jupiter », moment choisi par An pour siffloter. Le légèrement reggae « Tower » qui se mue lors du final en chaos organisé, presque psychédélique. L’accordéon, elle ne l’empoignera que pour interpréter « Not the end ». On ne l’entend presque pas, mais à cet instant sa longue silhouette et son piano à bretelles se déploient comme un éventail. Le charleston « Any time you live ». Elle en profite alors pour se livrer à quelques petits pas de claquettes. Et puis deux nouvelles chansons. En final, elle demande au public de se lever pour faire un peu la fête. Et, enfin, survolté il acclame et participe en frappant généreusement dans les mains à sa reprise du « C’est comme ça » des Rita Mitsuko. Elle arpente alors toute la largeur du podium, en tournoyant sur elle-même.

Les applaudissements sont nourris et après avoir passé le pied, puis la main derrière le rideau, An revient s’installer derrière son piano. Au grand complet son team la suit comme son ombre. Et ils se lancent dans une remarquable version du « It’s a shame » de Talk Talk. La formation s’éclipse, mais le public en demande encore. Ce sera une adaptation en français du « Anytime you leave ». Nouvelle ovation et remerciements de l’équipe qui bras-dessus, bras-dessous vient saluer une dernière fois le public. Pas de « Sing song Sally » dans le tracklisting de ce set, mais une chouette soirée au cours de laquelle tout le monde s’en est retourné ravi. Une chose est sûre, en ‘live’, bien soutenue par son Velours Blanc, An Pierlé prend une toute autre dimension, sans pour autant attraper la grosse tête. Et cela méritait d’être souligné.

Tiken Jah Fakoly

L’Afrique a du freak

Depuis son passage remarqué lors de l’édition 2006 du festival de Dour, le retour Tiken Jah Fakoly était attendu en Belgique. Faut dire aussi que notre Ivoirien surfe sur l’actualité. Et la sortie toute récente de son dernier opus, « L’Africain », produit entre Bamako, Paris et Londres, en est la plus belle illustration. Ainsi que l’enthousiasme manifesté par le public belge, pour ce concert programmé à l’Ancienne Belgique, qui affichait ‘sold-out’.

La première partie était assurée par Magyd Cherfi (ex- chanteur de Zebda), qui a d’ailleurs collaboré étroitement à l’écriture des textes de l’Africain. Malheureusement quelques soucis sur la route, et les difficultés habituelles pour trouver un emplacement de parking aux abords de l’AB, ont considérablement retardé notre arrivée. Nous avons donc loupé ce supporting act. Et en n’arrivant que vers 21h30, le ‘main’ concert était déjà entamé.

Qu’importe, on ne peut que se plonger directement dans l’ambiance. « Quitte le pouvoir » est une bonne entrée en matière. Le public est plus que chaud. Les artistes aussi. La dizaine de musiciens (y compris les 2 choristes) occupent bien l’arrière du plateau, tandis que notre Tiken a bien besoin de l’espace à l’avant-scène pour pousser ses petits sprints et autres pas de danse. Une large place est aussi laissée aux titres du dernier album, comme « Promesses blabla » ou « Ouvrez les frontières ». Cette chanson sera d’ailleurs un des moments forts de la soirée. Tiken invite en effet un petit garçon de 10 ans à peine sur le podium, pour reprendre le refrain ; et ce petit chanteur en herbe se débrouille à merveille, guère impressionné par les applaudissements unanimes du public. La communication passe bien avec celui-ci, et l’artiste n’hésite d’ailleurs pas à adapter ses textes. « Le pays va mal » devient l’espace d’une soirée « La Belgique va mal ». « Wallons » et « Flamands » sont ajoutés aux couplets traditionnels. Tout au long de la soirée, Tiken Jah Fakoly ne cessera d’ailleurs de multiplier les revendications politiques. Elles n’offrent cependant pas vraiment d’alternatives aux politiques en place. Et à la longue, elles deviennent répétitives et finissent par lasser.

Autre petit bémol, là où l’ambiance de ce concert reste proche d’un set de Manu Chao, ici le leader refuse catégoriquement la montée du moindre spectateur sur la scène. Et quand un fan parvient tout de même à s’y hisser, Tiken le remballe aussitôt. Heureusement, l’audience reste toute acquise à sa cause. Une audience hétéroclite, où les jolies métisses côtoient des aficionados plus traditionnels ou encore des rastas qui semblent avoir un peu trop abusé de la fumette. C’est d’ailleurs sans doute à cause des hallucinations qu’elle provoque que cette partie du public ne voyait plus les nombreuses affiches d’interdiction de fumer, placardées un peu partout sur les murs de l’AB…

Notons enfin pour ceux et celles qui ont manqué l’événement ou qui souhaiteraient le revoir, que Tiken Jah Fakoly reviendra à l’AB le 21 avril 2008 ; et à nouveau ‘ça va faire mal’.

 

Organisation UBU

 

 

Asian Z

Un univers manga sur fond de karaoké…

Écrit par

La soirée du 25 octobre 2007 s’annonçait festive. En effet, Le Peuple de l’Herbe et Asian Z se produisaient ce soir-là dans le cadre de l’Audi Jazz festival, à l’Orangerie du Botanique. Les premiers étaient venus présenter et défendre leur dernier album « Radio Blood Money », les seconds m’étaient complètement inconnus et éveillaient en moi une curiosité amusée.

En surfant sur leur site, l’univers d’Asian Z m’a semblé farfelu, volontairement immature et particulièrement cocasse. Deux heures avant le concert, Spagg du Peuple de l’Herbe me confiait lors de l’interview : ‘Tu connais Asian Z, ils passent avant nous ? Tu vas voir c’est assez particulier, moi j’adore !’ Cette phrase est venue tout naturellement aiguiser ma curiosité à leur égard.

Sur le coup des 20h, la foule venue en nombre s’agglutine à l’entrée. Juste le temps de déposer mon sac et mes affaires au vestiaire. ‘Bad done’, le vestiaire est fermé. Et je suis forcé d’entrer dans la salle avec tout mon barda. J’essaye de dénicher une place près de moi pour les déposer, je sors l’appareil photo, mon carnet de notes, et je regarde se dérouler devant mes yeux ébahis un spectacle complètement délirant monté par cinq Japonais.

Asian Z plaque ses chansons sur fond de karaoké. Les titres sont projetés sur un écran placé dans leur dos. Les paroles reproduites en japonais, en phonétique et leur traduction en français clignotent entre des images et des phylactères dignes d’une bd. Nous sommes pongés en plein univers manga. Tels des samouraïs, la posture fière et le verbe fort, la pop/rock un rien eighties d’Asian Z enrobe le spectacle, et propulse une énergie sympathique et communicative. Il faut lire ces traductions pour essayer de suivre. On y parle de poils, de ‘rasage de chatte’, de trous du cul poilus, d’alcool à outrance, etc. Deux minuscules danseuses japonaises se dandinent derrière le chanteur, levant les bras et sautant sur une chorégraphie apprise par cœur. Le public derrière moi prête plus attention aux textes qui défilent, et se marrent en lançant des ‘rhooo’ à tout va. Je crois que, comme moi, il se demande si tout ça est bien sérieux. Manifestement, ils en ont tout l’air. De nombreux ados postés aux abords de la scène se fendent la poire et se délectent de la prestation. Hurlant pour un rien, tels des groupies de la première heure. Une ambiance ‘bon enfant’ se trame ; et après 9 chansons les Japonais (quoique Lyonnais d’adoption) prennent congé de la salle.

21h00. Les roadies s’affairent, les instruments et l’univers des prochains acolytes s’échafaudent. ‘Le Peuple de l’Herbe’ me gueule dans l’oreille un jeune chevelu, ‘mais ouais vieux !!’ lui rétorque son camarade. Ces deux énergumènes seront collés dans dos et à mes oreilles tout le long du concert, répétant sans cesse ces deux phrases énervantes au possible. C’est recta, à chaque coup je me tape un voisin de concert débile. Mais ces deux-là, c’est le pompon.

21h10. Le bruit des hélices d’un hélico vient ouvrir le jardin où Le Peuple de l’Herbe (‘mais ouais vieux !’) semble impatient de jouer. La batterie de Psychostick trône au centre. A l’arrière. A gauche, Dj Pee a les yeux rivés sur le laptop et ses platines. A droite Spagg se consacre aux claviers et à la basse. Une basse, qui fait pour la première fois son apparition sur scène, lors de cette tournée. Plus à droite encore, N’Zeng s’occupe aussi bien des claviers, de la programmation, du chant que des cuivres. Le décor est fidèle à l’univers graphique de la pochette du dernier opus ? Nous sommes embarqués dans une machine de guerre aux reflets métalliques. Nous nous dirigeons vers une ville perdue où un groupuscule d’irréductibles hisse le pavillon de la révolte. « Viva La Revolucion » ouvre les festivités Conséquence : le public s’enflamme autant que les artistes. Très vite JC001 débarque sur les planches, le pas chaloupé et la casquette vissée jusqu’aux oreilles. Sa voix caverneuse débite un flow mortel, et se lance aussi dans des ‘beat box’ vraiment excellents. Le tout sans postillons. Ce qui est une prouesse et nos objectifs lui sont reconnaissants. En vraie bête de scène, JC001 est souvent accompagné par N’Zeng ou/et par Sir Jean. Ce dernier est d’ailleurs accueilli en guest star par un public déjà conquis. La participation de Sir Jean sur le dernier elpee a des effets positifs sur le groupe qui l’a du coup embarqué dans ses valises. Tel un chef de tribu, il balance ses tresses et son dynamisme est propulsé par l’élément fédérateur du groupe : la trompette. Car si star il y a ce soir-là, c’est bien elle. Scintillante de mille feux, elle souffre contre les joues tendues de N’Zeng. Cet instrument nous rappelle un peu le sens du festival et le pourquoi de sa présence en ces lieux: le jazz. Ce dernier se dissipe assez vite entre les morceaux trip hop/dub/jungle du groupe, mais n’est jamais complètement enterré. Les nouveaux titres de « Radio Blood Money » ont un peu de mal à tenir l’énergie que diffusent les morceaux plus anciens des précédents albums comme « PH Theme », « Dawg Beat » ou « Cow Boy ». Le public semble ne pas avoir encore imprimé, complètement dans sa mémoire, les derniers titres. Il faut dire que l’album n’a que deux mois d’existence ; et ce sont ses premières transpositions scéniques. A l’instar du morceau « Plastic People » plus agressif dans sa conception, « Radio Blood Money » est plus tranché. Le temps sera nécessaire pour sa digestion. Malgré tout, des compos telles tels que « Judge Not », « History Ghost » ou « Traces » passent bien la rampe. On pourrait regretter le manque de freestyle ou d’impros lors du set, juste pour sentir mieux encore, l’unité et le sens d’équipe que les Lyonnais développent tout le long de leur prestation. Tout est bien huilé, bien calé, bien calculé. Il n’empêche qu’une ambiance surchauffée reste bien présente et les 75 minutes de concert s’écoulent à toute vitesse.

Au premier rappel, le groupe nous gratifie d’un quart d’heure supplémentaire, mais ne semble pas encore fatigué. C’est à l’issue du second, d’une durée de 10 minutes, qu’il décide de prendre congé de l’audience. 100 minutes : c’et le timing de cette soirée. On en a eu pour notre argent. D’ailleurs, l’énergie transportée par le public le long des couloirs, en se dirigeant vers la sortie, est la preuve qu’elle s’est collée à nous, et que nous continuerons à la diffuser un bon moment encore. Je rentre chez moi content mais encore surexcité. C’est que c’est tenace Le Peuple de l’Herbe, mais ouaiiiiis vieux …

(Organisation Botanique)

 

Elvis Perkins

Elvis au pays des merveilles

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L’ABClub était clairsemé ce samedi soir. Et pourtant, il accueillait le projet ‘Elvis Perkins in Dearland’, un projet conduit par Elvis Perkins, folkeux qui gagne à être connu. Il avait d’ailleurs déjà fait ses preuves en février dernier sur la grande scène de l’AB, en ouverture des incontournables Cold War Kids et de Clap Your Hands Say Yeah. Un bon souvenir.

Après une première partie assurée par le groupe belge Mel Dune dont la prestation s’est révélée assez moyenne, Elvis Perkins débarque sur scène. A 21h précises. Pour présenter son excellent premier ouvrage, « Ash Wednesday ». Le set s’ouvre sur un « Moon Woman 2 » touchant, à l’image d’un homme que la tragédie n’a pas épargné. Il est ensuite rejoint par trois musiciens et l’ensemble enchaîne par « All The Night Without Love » et « Emile’s Vietnam In The Sky ». Le batteur s’est ensuite littéralement déchaîné à l’aide d’un tambourin lors d’un nouveau morceau au cours duquel il a bousculé volontairement, mais gentiment, un violoncelliste que l’on aurait cru sorti tout droit d’un clip d’ABBA. Pendant une petite heure de show plutôt classique mais très bon enfant, le quatuor dispensera les excellents « May Day ! », « Ash Wednesday » et autres nouvelles compos dont une reprise élégante du classique des Ronettes, « Be My Baby ». Perkins boucle sa prestation par un court rappel constitué de « Doomsday » et « While You Were Sleeping ». Une bien jolie manière de clôturer la soirée avant de retrouver les bras de Morphée…

(Organisation : AB)

Apse

A la porte des étoiles…

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Belle affluence à Courtrai, ce vendredi soir, puisqu’une assistance évaluée à 200 personnes s’était déplacée dans la nouvelle salle aménagée par De Kreun, en plein cœur de la capitale de Flandre occidentale, pour accueillir le ténébreux et atmosphérique quintet américain Apse (Newtown, Connecticut).

En première partie de soirée, Hawai, combo local emmené par Kurt Debrabandere, expérimentera durant une bonne demi-heure une forme de psychédélisme complexe, parfois difficile, teinté de jazz et de funk. Une musique lorgnant manifestement vers Tuxedo Moon, surtout lorsque le son du saxophone se liquéfie dans un spectre d’effets reverb et de sonorités métalliques tourmentées. Une solution sonore instrumentale complètement déstructurée, aux accents sydbarretiens, qui semble nous raconter des histoires… d’halloween peut-être ?

Il est un peu plus de 21h30 lorsqu’Apse monte sur les planches. Il est venu nous présenter son dernier opus « Spirit » (rien à voir avec le parti politique indépendantiste flamand !) Nous découvrons alors le visage d’un groupe resté très discret en termes d’image. Un profil étonnamment rock and roll. Le batteur est génial. Charismatiques, les deux guitaristes manient le manche avec le même talent et la même complicité que Kevin Shields et Belinda Bucher chez My Bloody Valentine. Le bassiste, Aaron Piccirillo, développe une puissance inversement proportionnelle à la taille (il ne doit pas dépasser le mètre soixante, mais il a une de ces pèches…) Et enfin, le chanteur Robert Toher, dont l’attitude nonchalante n’est pas sans rappeler un certain Ian Brown, se charge également des percus.

Apse nous annonce la couleur dès les premiers accords. Le public est de suite immergé dans l’univers noisy voire post rock des shoegazers, mais sur une rythmique tantôt ambient, tantôt ethnique, presque tribale, impulsée par les drums et les percussions. Le mur du son échafaudé par les six cordes évoque les Stones Roses alors que les inflexions vocales de Toher s’élèvent aussi haut que celles de Richard Ashcroft, lors de ses débuts chez The Verve. Les substances psychotropes n’y sont probablement pas étrangères (des pilules pour la gorge ?) Le spectre de My Bloody Valentine ne quittera jamais l’esprit de ce set jusqu’à son terme. A moins que ce ne soit celui de Spiritualized. Des monstres de la scène noisy-psychédélique du début des années 90 que le quintet est parvenu à faire revivre, à travers un set très contemporain, groovy et puissant, entrecoupé de passages expérimentaux. Apse s’est permis d’ouvrir la porte qui conduit aux étoiles pour accomplir un voyage entre passé et futur. Quel bonheur. Bien vite le nouvel album !

(Organisation De Kreun)

Lisa Gerrard

A écouter religieusement…

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En 25 ans, Lisa Gerrard s’est forgé une solide notoriété dans le monde de la musique. Que ce soit chez Dead Can Dance, par ses ‘soundtracks’ (NDR : « Gladiator », par exemple) ou à travers ses travaux en solo. Pourtant la petite salle Vauban (environ 1000 places) du Zénith de Lille était loin d’être remplie. Dommage pour ‘Les Gens de la Lune’, qui avaient osé cette programmation audacieuse.

En guise de décor, deux tentures blanches ornent l’arrière-scène avant d’en baliser le sol suivant des parcours symétriques. Avant le concert, une bande-son diffuse des chants d’oiseaux.

Accompagnée par un pianiste et un claviériste, Lisa est épaulée plus rarement par un choriste et un décorateur sonore.

Le concert épouse des allures de célébration mystique. Sobre et épurée, la musique fait la part belle aux longues mélopées, aux œuvres atmosphériques et cérémonielles (la rythmique-synthétique- ne s’ébrouera que pour trois morceaux) et à ces accords amples et majestueux longuement tenus.

La playlist a parcouru « The Silver Tree », dernière réalisation en date, mais a opéré des incursions dans le répertoire plus ancien, dont quelques rares compositions de Dead Can Dance. Le point final du concert sera d’ailleurs « The Host of Seraphim », datant de 1988 (sur l’album « The Serpent’s Egg »), qui reste à mes yeux la plus belle réussite de toute la carrière de DCD.

Lisa est un personnage. Ses mouvements sont lents et dignes, sa gestuelle est atypique fort  stéréotypée et semble chargée d’une signification ésotérique. Durant tout le concert, elle quittera d’ailleurs rarement l’espace défini par son micro et ce tabouret placé à sa droite, sur laquelle elle s’appuiera souvent dans une posture figée. Tout se passe comme si, grande prêtresse d’une cérémonie religieuse, elle s’oblige à un rituel codé, accompli devant un public parfaitement respectueux. Habillée d’abord d’une longue robe blanche étroite, augmentée d’une traine, elle réapparaîtra en noir pour la deuxième moitié du concert.

L’attraction principale sera bien sûr cette voix multiforme et ce chant si particulier, qui font de Lisa une très grande dame. Flirtant parfois avec une variété anglo-saxonne jazzifiante, elle nous assène le plus souvent des vocalises quasi-incantatoires et chargées d’émotion et de souffle oriental. Jamais prise en défaut, elle décoiffe par sa puissance et provoque de fréquents frissons de bonheur. Elle sera vraiment à la hauteur des espérances du public, qui lui réservera deux ovations debout.

Certes, il faut pénétrer cet univers si particulier, se laisser transporter et y abandonner tous ses repères. Mais le jeu en vaut la chandelle, car Lisa Gerrard a donné, ce soir-là, un très bon concert.

Organisation A Gauche De La Lune