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The Waeve, c’est un projet réunissant Graham Coxon et Rose Elinor Dougall. Il vient de sortir un premier titre autoproduit « Something Pretty » ; et il est en écoute ici Graham Coxon, auteur-compositeur, guitariste et chanteur emblématique du groupe Blur,…

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Didier Deroissart

Didier Deroissart

Manifestement, les restrictions imposées dans l’univers des spectacles, par la pandémie, provoque aujourd’hui, chez le mélomane, une envie de retourner vivre des concerts en ‘live’. Après celui de Fletcher, on assiste, de nouveau, à la formation de files interminables, devant l’AB et ses rues adjacentes, pour celui de Dodie. Différence quand même, l’âge des spectateurs oscille entre 20 et 50 ans.

Dorothy Miranda Clark, aka Dodie, est née le 11 avril 1995. Originaire d'Epping, dans l’Essex, cette autrice-compositrice-interprète, autrice et vidéaste web s'est d'abord fait connaître grâce à ses vidéos de reprises de titres musicaux au piano et au ukulélé, avant de composer ses propres chansons.

Son dernier elpee, « Build a problem », est paru en 2021. C’est d’ailleurs dans le cadre d’une tournée destinée à promouvoir cet album, qu’elle se produit à Bruxelles, ce soir.

Sophie Dyson aka Sody assure le supporting act. C’est également une chanteuse et autrice-compositrice-interprète anglaise. Elle est née le 27 septembre 2000, à Londres Sur les réseaux sociaux, elle se présente comme suit : 'Being really honest is my thing' (Trad : Être vraiment honnête, c'est mon truc'). Un engagement qui se ressent dans l'écriture et l'interprétation de ses chansons, à la fois personnelles et empreintes d’une grande sensibilité.

Elle chante depuis l’âge de ses 10 ans, et après avoir participé à plusieurs concours, elle décroche un contrat chez Universal, en 2016. Pas d’albums à son actif, mais une trentaine de singles et/ou Eps.

Les cheveux blond platine, Sody est vêtue de noir. Une couleur qui lui va très bien, d’autant qu’elle est jolie. Sur les planches, elle est soutenue par un guitariste et un claviériste. Une TV led a été plantée au milieu du podium, et sur l’écran, on peut lire son nom en lettres capitales.  

Elle entame son set par « Scary Part Of Me ». D’abord paisibles les ivoires finissent par s’emballer, dynamisés par l’intervention généreuse de beats électro. Surprenante, tantôt douce et chaleureuse ou alors mystérieuse, sa voix campe un hybride entre celles de Robyn, Gabrielle Aplin et Anne-Marie. Elle interprète une nouvelle compo, « Bedroom Ceiling » ; et elle est vraiment superbe. Dodie va d’ailleurs nous réserver l’un ou l’autre morceau en primeur, à l’instar de « Charlotte ». Elle se dirige vers les claviers avant d’attaquer « Hold It All Together », mais rencontre un petit problème de pied de micro qui se barre. Elle en rigole. D’ailleurs le souci technique est rapidement résolu. Elle semble ravie d’être sur scène. Classieuse, sa pop fait mouche. Et quand elle se limite au piano/voix, ses chansons deviennent magiques. « Maybe It Was Me » est légèrement teinté électro.

D’une durée de 40’, ce set s’achève par « Bitch (I Said It) », un morceau caractérisé par une intervention à la guitare particulièrement élégante. Une star en devenir ! Amazing show !!!

Setlist : « Scary Part Of Me », « Bedroom Ceiling », « Hold It All Together », « Charlotte », « Maybe It Was Me », « Butterfly », « Star Potential » (unreleased song), « What We Had », « Bitch (I Said It) ».

A 21h00 pétantes, les baffles crachent une musique préenregistrée. Le rideau s’ouvre, et on découvre, sur le podium, une estrade qui s’étale sur toute la longueur de la scène et sur laquelle ont pris place un drummer et deux claviéristes, une féminine qui se consacre également à la guitare (parfois les pecus, sur une caisse claire) et un masculin, à la basse. Sans oublier la violoncelliste et la violoniste.

Habillée d’une robe blanche à froufrous et d’un body blanc un peu trop court, Dodie joue d’une multitude d’instruments : guitare semi-acoustique, clarinette, claviers, percussions, ukulélé ou mandoline. Mais c’est surtout le duo violoncelle/violon qui apporte une dimension majestueuse aux compos, même si le falsetto mélodieux de Dorothy est susceptible de vous flanquer des frissons partout. Quant aux deux claviéristes, ils n’hésitent pas à s’affronter, à l’aide de leurs grattes, en duel, en front de scène.  

Très présente sur les planches, la Britannique se révèle également particulièrement interactive. Deux spectateurs fêtent leur anniversaire, ce soir. Aussi elle leur souhaite joyeux, en s’accompagnant aux ivoires. Et elle a la gentillesse de dédicacer un ukulélé que l’un d’entre eux lui présente. En outre, entre chaque chanson, l’artiste discute et plaisante avec son public. Elle est vraiment sympa. Autant que Lisa Hannigham, que votre serviteur a toujours portée haut dans son cœur.

Si la setlist réunit de nombreuses chansons romantiques, la fin de parcours est nettement plus engagée. Ainsi, dans « Rainbow », elle évoque les luttes auxquelles sont confrontées les personnes qui tout comme elle, s'identifient à la communauté LGBTQ+. Cette chanson représente pour Dodie une redéfinition de sa bisexualité par rapport à l'époque où elle l’a déclaré publiquement, en 2017, à travers la vidéo « I'm bisexual - a coming out song ».

Et dans le même esprit, elle clôt son set par « She », une chanson qui explore le thème de la bisexualité.

Généreuse, Dodie va encore nous accorder six titres lors du rappel.

Un concert empreint d’émotion et chargé de sensibilité…  

Setlist : « Air So Sweet », « Cool Girl », « I Kissed Someone (It Wasn’t You) », « Guilltless », « Human », « Special Girl », « Bad Song Mashup », « Sick of Losing Soulmates », « Non identifié », « Four Tequilas Down », « Non identifié », « Sorry », « When », « Before The Line », « Rainbow », « She ».

Rappel : « If I'm Being Honest », « Boys Like You », « Monster », « In The Middle », « Hate Myself », « Would You Be So Kind ? ».

(Organisation : Greenhouse Talent)

Le festival Inc’ Rock se déroule au cœur d’un lieu champêtre, situé juste derrière le magnifique site des carrières d’Opprebais, dans le Brabant Wallon. Les deux premières journées sont consacrées à la musique urbaine et la troisième, à laquelle votre serviteur assiste, s’adresse surtout au grand public. Elle attire d’ailleurs les familles ; depuis les enfants en bas âge jusqu’aux grand parents…

Deux podiums sont séparés chacun de 100 mètres de distance. Le timing est scrupuleusement respecté. Le soleil tape dur et il fait déjà très chaud lorsque Juicy grimpe sur l’estrade. Soit à 13h30. En fait, les filles auraient dû se produire bien plus tard…

Habituées du festival, Julie Rens et Sasha Vonk sont un peu considérées comme les geishas du r&b. Elles vont nous livrer de larges extraits de leur dernier opus, « Mobile », paru en mars dernier.

Le set d’ouvre par le r&b déjanté « Call Me » Les filles sont plantées derrière leurs claviers et Julie dispose de percussions au pied et de cymbales. Elles ont revêtu les mêmes costumes que lors de la présentation du dernier elpee, à l’AB, soit une combinaison en latex de couleur noire constituée d’un pantalon et d’une veste aux larges épaules, bardée probablement de crin de cheval (NDR : ces ensembles ont été confectionnés par Catherine Somers). Il n’y a pas grand monde dans la plaine, mais au fil de show, le public va devenir de plus en plus nombreux. « Late Night » se distingue par les superbes harmonies vocales conjuguées par les deux artistes. Les bonobos du clip n’ont pas été invités pour « Treffles ». Contemporaine, dynamique et plaisante, la musique de Juicy est dominée par les ivoires. Ce qui n’empêche pas la setlist de receler des morceaux plus rock et même rap. Baignant au sein d’une fusion entre jazz et lounge, « Youth » clôt le show…

Setlist : « Call Me », « Late Night », « Treffles », « Seed And Ride », « Bug In », « Truth », « Haunter », « Count Our Fingers Twice », « Common Future », « Youth ».

Un grand espace est réservé aux enfants. Y sont implantés des châteaux et des structures gonflables. Et puis, sur la petite scène, des spectacles sont proposés dans l’esprit des Déménageurs de Perry Rose. Monsieur Nicolas est à l’affiche. Le chanteur/guitariste en a créé un spécialement pour les petites têtes blondes, lors du confinement. Sur les planches, il est accompagné d’un bassiste/percussionniste. Rien de tel que ce type de concert pour éveiller ce jeune public à la musique, et tout particulièrement au rock, folk, et autres musiques contemporaines…  

Saule est de retour. Il se produira sur la grande scène. Le géant montois est soutenu par le claviériste Xavier ‘O’ (Grandgeorge, Mister Cover, etc.), son fidèle bassiste et un batteur, barbu, casquette vissée sur le crâne. Baptiste assure le chant et la guitare semi-acoustique. Il va nous proposer des extraits de « Dare-Dare », son dernier elpee paru en 2021, un album consacré à la chanson française ; mais également des titres plus rock, comme une cover très électrique de « Dusty Men », et puis, en finale, une version instrumentale de deux morceaux enchaînés : le « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana et « Insomnia » de Faithless. Il va même opérer un détour par le reggae et le folk.

Interactif, il s’autorise inévitablement un bain de foule, lors d’un concert qu’on pourrait qualifier de bordel organisé. Car, si sur les planches, il aime amuser la galerie, dans la langue de Voltaire, ses textes véhiculent des messages qui touchent les gens, qui leur parlent… Et à l’issue du spectacle, on pouvait voir le bonheur se lire sur les visages et dans les yeux des spectateurs…

Place ensuite à Coline et Toitoine. Ils se consacrent aux claviers. Elle se réserve le chant, les guitares et l’ukulélé ; et lui l’Ipad et autres machines.

Le falsetto de Coline est parfois très haut perché. Elle pourrait d’ailleurs postuler au Théâtre de La Monnaie. Lors des morceaux le plus dansants, Antoine injecte des beats vitaminés dans l’expression sonore. Le répertoire est interprété tour à tour dans la langue de Shakespeare ou de Molière. Le frère de Coline grimpe sur l’estrade afin de rapper et de slammer en compagnie du duo.

La paire nous réserve plusieurs morceaux issus de l’Ep « Soma », dont un punchy « OAEOA ». Des morceaux électro bien dans l’air du temps, rafraîchissants mais au sens mélodique préservé. Le duo n’en oublie pas son dernier single, « La Salle Aux lumières », une chanson intimiste, au cours de laquelle Coline dévoile l’histoire de sa première relation amoureuse avec une fille et décrit les différents états d’âme par lesquels elle est passée…

Ykons est une formation liégeoise considérée comme les Imagine Dragons belges. Outre cette source d’inspiration majeure, le band est également influencé par Coldplay et Snow Patrol. Pas étonnant que sa musique navigue dans la britpop. Les mélodies sont accrocheuses et l’instrumentation est impeccable. « Red Lights », « Time » et « Sequoia Tree » se révèlent particulièrement entraînants. A propose de Sequoia, c’est également une bière spéciale, conçue par des brasseurs et des musiciens d’Ykons. Une petite question, quand même : où la déguste-t-on cette Sequoia ?

Skarbone 14 est un collectif tournaisien qui pratique une forme de ska teinté de reggae et de punk. Le line up implique deux cuivres (trompette, trombone à coulisses). Ils sont 8 sur le podium, dont un vocaliste qui s’exprime dans la langue de Voltaire. La section rythmique est à la fois solide et efficace. Et la guitare s’enflamme circonstanciellement.  

Le band nous entraîne vers les plages de Kingston où le sable est brûlant ; d’ailleurs les musicos se produisent, pour la plupart, pieds nus. « Pierre Richard » est du voyage. « Le Souffle D’un Sifflet » réchauffe l’ambiance festive. Les textes de « Le bagne des Nuisettes » et « Anonymousse » sont des morceaux à prendre au second degré, mais ils incitent la foule à danser, sans aucune prise de tête. « Moscow » égratigne Poutine. Le soleil tape, la bière coule à flots et les Tournaisiens transforment la fosse en immense dancefloor. Kiff assuré !

Wejdene, c’est la nouvelle icône du r’n’b français. Crinière au vent, sexy, habillée d’un short ainsi que d’un body noir moulant et chaussée de hautes bottes noires, elle attire un public d’ados. Et elle va en ramener des aficionados de cette tranche d’âge. Faut dire qu’elle n’a que 18 ans printemps.

Sa notoriété, elle l’a acquise grâce à ses mixtapes postées sur les réseaux sociaux. Sur les planches, elle est accompagnée par deux danseuses légèrement vêtues, mais également un drummer et un claviériste, alors qu’un molosse veille au grain à droite. De grande taille, musclé, il ressemble à Michael Jordan. Et il scrute l’horizon afin que personne n’essaie d’enlever les donzelles. Les jeunes filles pré-pubères sont à la fête ainsi que les petites têtes blondes, souvent perchées sur les épaules des parents voire des grands-parents. Pas trop la tasse de thé de votre serviteur ; il est donc préférable de s’éclipser…

Il y a du peuple devant le petit podium pour accueillir Dj Daddy K.. Si, si, souvenez-vous, c’est lui qui était associé à Benny B. pour interpréter le mégatube « Mais vous êtes fous ». Et Dj Daddy K. va rapidement mettre le feu dans la foule en diffusant une sélection de titres issus des 80’s et des 90’s… Heureusement, les pompiers ne sont pas loin. La police également. Tout le monde danse à l’écoute son mix entre hip hop et r’n’b. Connu à travers le monde, le Dj connaît son job et est reconnu mondialement. Particulièrement interactif, n’hésitant pas à reprendre les paroles de certaines chansons, au micro, le mec a littéralement retourné la plaine…

Kendji Girac clôt la dernière journée du festival. D’origine manouche, il est né à Périgueux, dans le Périgord. Bien qu’âgé de 25 ans, il est déjà considéré comme une star. Tout de blanc vêtu, il est armé d’une guitare de la même couleur. Il chante, tour à tour en français ou en catalan, ses nombreux tubes. Il est épaulé par un second guitariste, dont les interventions sentent bon Django, les Gipsy King et les Saintes-Maries-De-La-Mer. Il a également eu une petite pensée pour les mamans dont c’est la fête aujourd’hui…

A l’année prochaine !

Juicy + Monsieur Nicolas + Saule + Coline et Toitoine + Ykons + Skarbone 14 + Wejdene + Dj Daddy K. + Kendji Girac

(Organisation : Inc’ Rock)

mercredi, 18 mai 2022 07:52

Prêt pour les festivals d’été…

Après plus de 20 ans de carrière, Arsenal est devenu l’archétype du groupe festif et dansant. Ce qui explique, sans doute, pourquoi il est capable de remplir l’AB, six soirées sur une courte période, et pourquoi il est régulièrement invité lors de festivals majeurs (Werchter, Pukkelpop, Couleur Café, Rock Ternat, Lokerse feesten…), en Belgique.

Chaque album nous plonge au sein d’un univers différent et nous invite à traverser, tantôt le Brésil, le Japon, le Mali ou l’Afrique de l’Ouest, suivant les voyages opérés par les deux têtes pensantes, –en l’occurrence Hendrik Willemyns et John Roan– pour y puiser l’inspiration. Mêlant pop, hip hop et world music, et suivant les circonstances, électro, sa musique incite naturellement à la danse. Arsenal vient de publier un ‘best of’ sous la forme d’un double vinyle, mais son tirage est limité. Les supporting acts sont assurés par Tin Fingers et High Hi

Tin Fingers c’est le band de Felix Machtelinckx. Une formation anversoise dont les musicos se connaissent depuis les bancs de l’école. Elle pratique une dream pop vintage, catchy, mélancolique et terriblement efficace. Son premier elpee, « Groovebox Memories », est paru en juin 2021. Un nouvel opus devrait bientôt sortir… Après avoir gravé l’Ep « No Hero », en 2017, elle avait pris une pause et son leader s’était mis au service d’Arsenal pour écrire quelques chansons.

Le set s’ouvre à 19 heures, par « Adrenaline » (NDR : probablement une nouvelle compo) et à ce moment de la soirée, il n’y a pas grand-monde dans la salle. Outre Felix (NDR : il est vêtu d’une longue gabardine de couleur noire), préposé à la guitare et aux vocaux, le line up implique le guitariste Quinten De Cuyper, le drummer Marnix Van Soom et le bassiste Simen Wouters, ce dernier se chargeant également des backing vocaux. La voix de Machtelinckx est vraiment superbe. Son amplitude navigue à la croisée des chemins de celles d’Antony Hegarty, de Klaus Nomi, Blaudzun ou encore Thom Yorke. Elle peut se faire douce, mélodieuse ou grimper dans les aigus…

Setlist : « Adrenaline », « I’m Lost With Move », « Islandheade », « Boy Boy » », « Happy Family », « I Love The Countryside »

Etabli à Louvain, High Hi réunit la guitariste/chanteuse Anne-Sophie Ooghe, le batteur/chanteur Dieter Beerten et le bassiste Koen Weverbergh. Son dernier LP, « Return to dust » est paru en avril dernier, et le trio va nous en proposer de larges extraits.

Les harmonies vocales échangées entre Anne-Sophie et Dieter sont épatantes. La frappe du batteur est métronomique ; en outre, sa technique est impressionnante. Il dispose également d’un iPad, à sa droite. Vu le matos d’Arsenal, il n’y a guère d’espace pour déambuler sur le podium. Anne-Sophie tente quelques timides pas sur la scène qui s’avance dans la foule.

Oscillant entre shoegaze, new et cold wave, la musique du quatuor est manifestement influencée par les 80’s. Et tout particulièrement par U2 et Cure. Le concert s’achève par le single, Daggers » …

Setlist : « Due Date », « 94A9 », « Return To Dust », « Alligot », « Nu Nu », « All Cool All Fine », « Daggers ».

La salle est bondée lorsque le rideau se lève et le public découvre une forêt exotique luxuriante, tant en arrière-plan que sur les flancs. Un décor magique où on pourrait espérer que des oiseaux s’échappent. Ce ne sera pas le cas. Le line up du band accueille un nouveau venu, en l’occurrence le claviériste/ guitariste Lesley Troquet. Ce qui porte, circonstanciellement le nombre de guitaristes, à quatre ! Ils sont neuf musiciens sur les planches ! Léonie Ghysels se consacre toujours au chant et aux chœurs, épaulant ainsi les deux autres choristes, Judith Okon et Pauliene Mattheus. Installé à la droite du drummer, Dada Ravalison de Suarez se consacre aux djembés et percussions diverses.

Le set d’ouvre par l’excellent « Mr Doorman ». Le band entame ensuite un périple qui va nous conduire en Amazonie et tout particulièrement au Brésil ; un voyage dynamisé par une profusion de percus et de samples. Le public est de plus en plus chaud et sautille sur place. John et Léonie se trémoussent. A l’AB, Arsenal se sent comme à la maison. Il n’en oublie pas ses singles, « Amplify » mais également « In The Rush Of Shaking Shoulders ». John est partout à la fois : il danse, chante et se mêle aux chœurs. Et tout comme Léonie, il vient se mêler aux percus. Le groupe dépoussière son répertoire à l’aide de sonorités électro et de nombreuses percussions, à l’instar d’« Amelaka Motiga » ainsi que du magistral « Oyebo Soul ». « Temul (Lie Low) » est superbement interprété par une des deux choristes qui pour la circonstance, s’est postée sur l’avancée de scène. Le groupe s’autorise des morceaux moins connus comme « Rise & Fall », « Whale » ou l’atmosphérique « One Day At A Time ». Et « Saudade pt. 2 » nous rappelle que Hendrik et John ont également exploré l’Afrique de l’Ouest. Un titre parcouru de sonorités de guitares lancinantes. Felix monte sur l’estrade et interprète « Animal ». Léonie se dandine langoureusement pendant « Longee ». Et le concert de s’achever par Estupendo ». Avant qu’Arsenal n’accorde un rappel de quatre morceaux. Après avoir assisté à ce show, il ne fait aucun doute que le collectif est prêt à affronter les festivals d’été…

Setlist : « Mr. Doorman », « Amplify », « Amelaka Motinga », « Black Mountain (Beautiful Love) », « The Rise & Fall », « One Day at a Time », « Whale », « Either », « Temul (Lie Low) », « Saudade, Pt. 1 », « Saudade, Pt. 2 », « Eling Park », « Animal », « Sometimes », « Longee », « High Venus », « Estupendo ».

Rappel : « Fear of Heights », « The Coming », « Melvin », « Lotuk »

(Organisation : Live Nation)             

Le concert de Larkin Poe a été reporté à 4 reprises, à cause de la pandémie. Mais il se déroule enfin ce 7 mai, au Cirque Royal de Bruxelles.

Larkin Poe est une formation drivée par les sœurs Rebecca et Megan Lovell. Originaires de Georgie, elles se sont établies à Nashville, au Texas. Le patronyme du band est inspiré du nom de leur arrière-arrière-arrière-grand-père, un lointain cousin de l’écrivain Edgar Allan Poe. Le combo s’est formé après la séparation du groupe de bluegrass familial, The Lovell Sisters. Pratiquant du folk à l’origine, le band s’est ensuite tourné vers le blues/rock. Votre serviteur avait pu assister au concert de Larkin Poe, à la Madeleine, en avril 2019.

C’est Ryan McMullan qui assure la première partie, un auteur-compositeur-interprète issu d'Irlande du Nord. Bien que talentueux pianiste et guitariste, son principal atout, c’est sa voix.

Sur scène, il est épaulé par un préposé aux ivoires. Ryan dispose de 3 guitares semi-acoustiques. Très interactif, il n’hésite pas à discuter avec le public… d’un accent irlandais à faire frémir n’importe quel interprète.

Le set d’ouvre par « Ghost ». Chargée d’émotion, sa voix est chaude et mélodieuse. Sincères et profondes, ses chansons sont parfois désenchantées. A l’instar de « Belfast City ». Sa version du « Jealous Guy » de John Lennon est absolument superbe. Cependant, il ne reprend pas « I am on fire » de Springsteen, comme on aurait pu l’espérer. Néanmoins, le public acclame la prestation de cet artiste dont la cote de popularité ne cesse de grimper en flèche…

Setlist : « Ghost », « If This Is The End », Jealous Guy » (cover John Lennon), « Static », « Belfast City », « Oh Susannah »

Chez Larkin Poe, Rebecca (NDR : la brune !) se consacre au chant et à la guitare électrique, et sa sœur, Megan (NDR : la blonde !) à la seconde voix et à une dobro trafiquée, dont elle se sert en position debout, comme une lap steel. Ben Harper y est d’ailleurs accro.

Sept énormes phares leds ronds posés sur pieds métalliques et fixés à une hauteur de 2m50, derrière les artistes, vont inonder la foule de leurs rayons lumineux. Les frangines sont soutenues par Robby Handley aux drums, planté sur une estrade, et Chad Melton à la basse.

Dès le morceau d’ouverture, « She's a Self Made Man », Megan traite subtilement sa gratte singulière à la slide ; et tout en jouant de son instrument, elle déambule sur les planches. Pas étonnant qu’elle soit surnommée ‘The Slide Queen’ par sa sœur. Quant à Rebecca, c’est sa voix qui est vraiment superbe. Elle donne quand même l’impression de mener la barque. Pourtant, elles sont très complémentaires. Les filles peuvent aussi compter sur de solides lignes de basse, susceptibles de vous remuer les tripes. A l’instar du bluesy « Keep Diggin’ ». Et également de « Trouble In Mind », point d’orgue du show, mais également pièce maîtresse du répertoire de la fratrie Lovell. Dont la combinaison des grattes fait merveille. Un répertoire qui oscille du blues au roots en passant par le rock’n’roll sudiste.

Pendant la reprise du « Preachin' Blues » de Son House, la foule reprend le refrain en chœur. Tout comme au cours de « Holy Ghost Fire », alors que les musicos se balancent. Cool, la cover du traditionnel « John the Revelator » nous entraîne dans le Delta. N’y cherchez cependant pas la présence d’alligators… Une nouvelle compo quand même, le single « Bad Spell » qui figurera sur le prochain elpee, dont la sortie est prévue pour 2023. Mais dans l’ensemble, au cours du set, Larkin Poe s’est concentré sur ses morceaux de roots rock, tels que « Mad As A Hatter », « Blue Ridge Mountions » ou encore « Wanted Women-AC/DC » qui a clôturé le concert.

Enfin, en rappel, on a eu droit à une chouette adaptation du « Come On In My Kitchen » de Robert Johnson.  

Setlist : « She's a Self Made Man », « Keep Diggin' », « Trouble In Mind », « Bleach Blonde Bottle Blues », « Preachin' Blues » (Son House cover), « Holy Ghost Fire », « John the Revelator » [traditional] cover), « Back Down South », « Summertime Sunset », « Mad as a Hatter », « Bad Spell » (nouveau single), « Black Echo », « Blue Ridge Mountains », « Wanted Woman-AC/DC »

Rappel : « Come On in My Kitchen » (Robert Johnson cover)

(Organisation : Gracia Live)

lundi, 02 mai 2022 15:26

Sexy et juvénile…

La grande salle de l’Ancienne Belgique est en mode Ballroom, c’est-à-dire que les balcons et les places assises ont été condamnées. Le concert est complet depuis belle lurette. La queue débute à l’entrée de l’AB, s’étend tout le long de la rue des Pierres et atteint l’entrée de ‘Music village’. Jamais vu une telle file d’attente ! La majorité du public est composé de jeunes adolescentes dont la moyenne d’âge ne doit pas dépasser les 17 printemps. Votre serviteur se sent un peu perdu au milieu de ces grandes ados…

Depuis la sortie de « Undrunk », Cari Elise Fletcher (28 ans), aka Fletcher, a le vent en poupe. Ce single remonte à janvier 2019. Depuis, l’artiste a gravé deux Eps et une volée de singles. Elle devrait bientôt publier son premier elpee.

Le supporting act est assuré par Taylor Cameron Upsahl, aka Upsahl. Née le 28 novembre 1998, cette auteure/compositrice/interprète et multi-instrumentiste américaine est issue de Phoenix, dans l’Arizona. A son actif, un album studio, un live, deux Eps et une volée de singles.

Vêtue d’un body et de bas noirs, elle alterne, guitare, basse et ivoires. Elle est soutenue par un sixcordiste et un drummer.  

Puissantes, les interventions d’Upsahl à la guitare évoluent à la limite du métal. Très interactive, elle affiche une présence scénique dynamique qui fascine l’auditoire. Tout au long de « Drugs », « Lunatic » et « Lady Jesus », elle parvient à faire chanter et danser la foule. Faut dire que ses refrains sont accrocheurs. On est sans doute en présence d’une future star. Enfin, c’est un avis qui n’engage que votre serviteur…

Fletcher débarque sur le podium vêtue d’un bermuda et d’une veste à franges aux épaulettes d’officier de l’armée. Elle est soutenue par un drummer et deux guitaristes, dont une de sexe féminin, très complice avec Fletcher.

Agressif, le light show se focalise aussi bien sur les musicos que sur la foule.

Fletcher réinvente « I Kissed A Girl » de Katy Perry, en utilisant quelques paroles de la version originale afin de raconter sa propre histoire lorsqu’elle est passée à l'âge adulte. Les paroles sont significatives de l’esprit de la chanson : ‘J'ai embrassé une fille et je l'ai aimée. Je l'ai sirotée comme une démodée’. La pop star du New Jersey l’interprète sur le refrain du hit décroché par la Californienne, en 2008, au cours duquel elle racontait : ‘J'ai embrassé une fille et elle a aimé ça. C'est mieux que ce que j'imaginais’.

Après ce morceau dansant, elle nous réserve le plus paisible « Forever », un morceau dont les lignes de guitares particulièrement souples canalisent sa voix qui fluctue constamment.

Elle n’oublie pas « Cherry », enregistré en compagnie de l’icône lesbienne Hayley Kiyoko. Et exécute son dernier Ep, « The s(ex) tapes », dans son intégralité. Manifestement, Fletcher est également devenue une sorte de symbole lesbien au sein de la communauté LGBTQ (NDR : dans la salle, il y avait pas mal de couples féminins). Sa version du « Happier Than Ever » de Billie Eilish est particulièrement entraînante.

Le show va traverser quelques moments cocasses ; notamment, lorsque des sous-vêtements féminins atterrissent sur la scène, mais munis de leur étiquette et du prix. Fletcher a de quoi s’habiller pour l’hiver prochain. Et puis, lorsqu’elle a failli perdre son bermuda. Ce qui a déclenché l’hilarité dans la fosse, la forçant à aller se réajuster en coulisses. De retour sur l’estrade, elle entame alors une danse sensuelle avec sa guitariste.

Un peu de funk ou d’électro plus tard, elle n’oublie pas son tube « Undrunck ». Au sein des premiers rangs, les aficionados connaissent les paroles et les reprennent en chœur. Moment choisi par les spectateurs pour allumer leurs smartphones afin de parsemer l’auditoire d’étoiles. Pendant « If I Hated You », Fletcher s’allonge puis lève sensuellement les jambes en chantant « Sex (With My Ex) », une compo au cours de laquelle elle raconte avoir mal vécu une rupture amoureuse difficile. Très interactive, au cours du show, Fletcher prend plusieurs bains de foule, mais près du front de scène. Et le concert de s’achever par le très rock « Bitter », une nouvelle chanson.

Au cours du rappel, elle interprète « For cari », un inédit qu’elle déclare avoir écrit à un moment particulièrement déprimant de sa vie…

Setlist : « Girls Girls Girls », « Forever », « Cherry », « If You're Gonna Lie », « All Love », « Undrunk », « If You're Gonna Lie », « Fuck You for Ruining New York City for Me, Happier Than Ever » (cover Billie Eilish), « Silence », « If I Hated You », « Feel », « Sex (With My Ex) », « The One », « Shh...Don't Say It », « Bitter ».

Rappel : « For Cari », « Healing ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

 

 

 

Ce jeudi, le Grand Salon accueille trois formations, dans le cadre des Nuits Botanique. Un espace magnifique habituellement destiné aux expositions d’art. Mais pas grand monde dans cette salle, ce soir, qui peut contenir de 400 à 500 âmes. Trente personnes en début de soirée. Cinquante, au maximum, pour la tête d’affiche, Silverbacks. Les deux autres bands, O et Unik Ubik servent donc de supporting act.

O (NDR : c’est une autre histoire !) ouvre les hostilités. Réunissant Joe Henwood et Tash Kaery, ce duo a été propulsé sur les scènes indie, hip-hop et jazz londoniennes en puisant ses influences chez Radiohead, The Comet Is Coming ou encore Noname. 

Portant de long cheveux blonds, vêtue d’un tee-shirt ‘kickers’, Tash se charge des drums. Elle est entourée de nombreuses cymbales, dont plusieurs sont superposées au-dessus d’un charleston. Elle paraît très à l’aise derrière ses fûts. De grande taille, barbu, Joe est coiffé d’une casquette à penne. Il se consacre au sax baryton, mais dispose de tout un éventail de pédales de distorsion et d’un pupitre équipé de boutons. Un matos qui lui permet de moduler et de déformer les sons de son instrument à sa guise.

Dès le premier morceau, « Ogo », le (maigre) public semble décontenancé. Faut dire que le couple est capable de mêler dub et beats cotonneux.

Poursuivi par les interventions distordues du sax, le drumming semble chaotique. Cependant, cet univers sonore expérimental et capricieux devient progressivement envoûtant. D’ailleurs, les spectateurs commencent à remuer la tête et même à esquisser quelques pas de danse. Un peu comme s’ils étaient ensorcelés par un chamane. Pourtant, la musique est exclusivement instrumentale.

Le band signale qu’il n’a pas encore enregistré sur support, mais que cette étape est proche. Enfin, que des tee-shirts et des gonies sont à vendre au stand merchandising. Un combo à suivre en 2022.

Changement de matos pour Unik Ubik, un quatuor tournaisien qui pratique un punk festif, déjanté, furieux, délirant, transgressif, d’obédience jazz et de tendance psychédélique ; bref, un peu fêlé. Défiant toute tentative d’étiquetage, cette belle équipe est animée par un vrai plaisir de jouer. En outre, les musicos ont opté pour des pseudos à coucher dehors. Jugez plutôt : à la guitare... Orkestralone Seb Dlay (Kofeee) ; à la basse... T.Raznor (Maria Goretti Quartet, Spagguetta Orghasmmond) ; au saxophone… JB (Louis Minus XVI, Cheikh de stael) ; et à la batterie… O'Von Pimpont ; von Basècles.

Répondant au doux nom de « I'm not Feng shui », son troisième opus avait déjà été présenté dans le cadre de l’édition 2021 des Nuits, lors d’un concert accordé à l’Orangerie.

On débute le set par une petite leçon de latin baptisée « Maximum Delirium Maxima ». La jam session débute. La voix est extatique et propice à la méditation. On se croirait au Tibet dans un temple bouddhiste, à moins que ce ne soit un chœur grégorien dont on est tombé sous le charme. Caractérisé par ses riffs répétitifs, « Dan-Jun » nous entraîne en Afrique de l’Ouest. Et lorsque le saxophoniste se déchaîne, tout en affichant une grande maîtrise de son instrument (il est capable de souffler dans deux saxophones à la fois, un baryton et un alto, comme David Jackson du Van der Graaf Generator), on ne peut s’empêcher de penser à l’Orchestre Du Belgistan.

Vraiment cools, le drummer et le saxophoniste ont enfilé des shorts. Légèrement bedonnant, le chanteur/guitariste entretient l’ambiance. Toujours le bonnet rivé sur la tête, il s’aide de deux feuillets pour exprimer des textes brefs et répétitifs. Car la musique est essentiellement instrumentale. ‘Santé’ crie-t-il en s’adressant à la foule tout en empoignant son verre rempli de gin.

Au cours du show, Unik Ubik revisite, à sa manière, 50 ans de musique rock, depuis The Ex à Television, en passant par The Clash, James Chance and The Contortions, et sous un angle contemporain, Black Midi ainsi que Crack Cloud. Et la liste est loin d’être exhaustive ! Funkysant, « Rolled In Flour » réveille en notre fors intérieurs les spectres de Tom Verlaine, Talking Heads et Brian Eno. Unik Ubik n’en oublie pas « I Am Not Feng Shui », le titre maître de son dernier opus, balance quelques riffs bien gras tout au long de « Gypsy’s Revenge » et sort ses griffes pendant « Panther ». A l’issue du set, nul doute que les musicos ont eu une envie irrépressible de se rincer le gosier…

Setlist : « Maximum Delirium Maxima », « Dan-Jun », « Rolled In Flour », « Gypsy's Revenge », « Mesmerize & Vanish », « TSA », « I Am Not Feng Shui », « Cab », « Right Or Contract », « Panther ».

Le renouveau du rock passe aujourd’hui par l’Irlande, et Dublin en particulier. IDLES, Fontaines D.C., Murder Capital ou encore Yard Act en sont les ambassadeurs les plus notoires. Il faudra y ajouter Silverbacks. Le band drivé par les frangins O'Kelly a publié son second LP en janvier 2021. Produit par Daniel Fox, le bassiste de Girl Band (devenu depuis Gilla Band), il s’intitule « Archive Material » et navigue quelque part entre post-punk, art-rock et garage rock slacker.

Impliquant trois guitaristes dont le chanteur (NDR : qui ne joue pas de son instrument en permanence), une bassiste et un drummer, le quintet grimpe sur l’estrade et attaque d’emblée « They Were Never Our People ». La voix de Daniel O'Kelly est plus déclamée que chantée. A la limite du slam, elle emprunte les inflexions de feu Mark E. Smith. Blonde, de petite taille et légèrement enveloppée, Emma Hanlon se charge de la basse, mais assure également les chœurs, d’une voix angélique, créant un élégant contrepoint à l’expression sonore chargée de testostérone.

Entre les morceaux, Daniel s’exprime dans un français maladroitement (en)chanteur ; il répète même, et à plusieurs reprises, la phrase ‘Ils s'entendent pas’, tout au long du titre maître du dernier elpee, le touchant « Archive Material ». Le combo a reconnu que Televison constituait une influence majeure. « Rolodex City » en est la plus belle illustration, même si on décèle des traces glanées chez The Fall, Pavement et même Cate Le Bon. Excellent !

Progressivement, le set devient puissant et plus énergique, mais sans jamais perdre le fil mélodique. Plus déjanté aussi, les grattes se répandant en larsens et riffs déstructurés, alors que la voix nonchalante de Daniel semble se vautrer sur ce lit électrique…

O + Unik Ubik + Silverbacks

(Organisation : Le Botanique)

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samedi, 30 avril 2022 10:35

Roots And Roses 2022 : dimanche 1er mai

Dimanche premier mai, c’est la fête du travail… et du muguet. Sous un soleil resplendissant, c’est également celle du Rock à Lessines et la seconde journée du Roots & Roses. Onze heures à l’horloge de l’église sonnent. Ce dimanche, l’affiche est celle qui était prévue en 2021. Mais à cause de la pandémie, le festival avait été annulé. Ou plus exactement reporté. La programmation y est cependant beaucoup plus éclectique que celle de la veille…

Scène Roots : Deadline (11h00-11h35)

Curieux, le groupe qui ouvre le bal, aujourd’hui, a choisi pour patronyme Deadline. Il s’agit d’un power trio qui pratique une forme de heavy-rock-punk-blues-roots. Issu de Charleroi, le combo s’est formé en 2013. A l’origine, il aiguisait ses cordes sur des riffs punks saturés, puis il a été touché par le maléfice de Robert Johnson. Depuis, les musicos sont hantés par les fantômes du blues et du roots.

Costards/cravates, ils sont sapés comme des traders de la Bourse de Londres. Les deux chanteurs, Quiet Ben et Simon Wray, échangent constamment leurs instruments (guitare, basse, harmonica), opérant ainsi des duels épiques, que canalise le drumming de Simon Blue King.

La setlist va nous réserver quelques extraits de l’Ep, « Those Who Inhabit This Land », gravé en 2018, de nouvelles compos et des reprises. Le début de concert est plutôt paisible, « Lair » et « The Armadillo Song » débarquant sur la pointe des pieds. Le calme avant la tempête électrique. Rythmique saccadée, cordes saturées, la tempête sonore peut commencer. Deux reprises : le « When I Was A Young Men » d’Allan Coe et le « Mannish Boy » de Muddy Waters. Il n’en manquait plus qu’une de Chuck Berry. A la fin du show, les instruments sont malmenés, jetés sur le plancher et contre les amplis. On se serait cru à la belle époque du Who.

Scène Roses : High Jinks Delegation (11h35-12h15)

High Jinks Delegation est un octuor cosmopolite, puisqu’il réunit des Américains, des Français et des Belges. En l’occurrence David Davoine (banjo, chant, trombone), Nora Helali (chant), Rebecca Samos (trompette, accordéon), Isabel Sokol-Oxman (violon), Nicolas Lebrun (harmonica, chant), Hervé De Brouwer (guitare), Jean-Luc Millot (drums, chœurs) et Simon Breux (chant, contrebassine*).

Le collectif pratique une musique inspirée par la tradition des ‘jugbands’ américains des années 30, en mêlant ragtime, blues, jazz et country. Et il va nous proposer de larges extraits de son album « One For The Road », paru en octobre 2021. Aux washboard, contrebassine trompette, clarinette et banjo se frottent la batterie, la guitare électrique et l’accordéon. Le set est vivifiant et bourré d’énergie. Ce qui incite le public à danser. 

* La contrebassine est un instrument à cordes pincées artisanal fabriqué généralement à partir d'une bassine en tôle galvanisée tenant lieu de caisse de résonance (plus récemment en plastique), d'un bâton (de la taille d'un manche à balai - ustensile généralement utilisé - tenant lieu de manche) et d'une seule et unique corde, souvent du type corde à linge (source Wikipédia).

Scène Roots : Parlor Snakes (12h15-12h55)

Place ensuite à Parlor Snakes, un duo franco-américain établi à Paris. Sur les planches, Eugénie Alquezar et Peter K sont soutenus par des musicos qui varient selon les circonstances. Ce soir, le tandem est épaulé par un bassiste et un drummer. Portée par la voix élastique et intense d’Eugenie, la musique explore les croisements lugubres entre punk, garage/pop et psyché. Dans l’esprit de son dernier elpee, paru en 2019, « Disaster Serenades ». Mais est-ce vraiment du garage, de la pop ou du punk. Peut-être un peu de tout ça à la fois, concentré au sein d’un cocktail explosif et lascif…

Scène Roses : Siena Root (12h55-13h35)

Siena Root n’est pas une formation italienne, mais suédoise, issue de Stockholm, très exactement. Fondée à la fin des 90’s, elle puise ses influences majeures dans le rock psychédélique des années 60 et 70. Le quatuor compte quand même douze elpees au compteur dont le dernier, « The Secret Of Our Time », et paru en 2020. Première constatation, en général, l’orgue domine l’expression sonore, un orgue aux sonorités denses, vintages que se réserve Zubaida Solid. C’est également elle qui se consacre au chant, parfois à la seconde sixcordes, sa voix soul/blues surprenante évoquant même parfois celle de Janis Joplin. Et le tout est dynamisé par les cordes de guitare hurlantes et la grosse section rythmique basse/batterie…

Scène Roots : The Cynics (13h35-14h15)

Encore un groupe de vétérans ! Pratiquant du rock/garage, The Cynics est issu de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Fondé en 1983, il s’est séparé en 1994, avant de se reformer en 2002. Il a souvent changé de line up, et aujourd’hui, il ne reste plus que le guitariste Gregg Kostelich comme membre originel, le chanteur Michael Kastelic ayant rejoint le band en 1985. Le quatuor est aujourd’hui complété par le drummer Pablo González ‘Pibli’ et le bassiste Angel Kaplan.

« Baby What Wrong » ouvre les hostilités. Les sonorités de gratte sont écrasantes. Michael Kastelic ne chante pas, il vocifère. Et Kostelich souffle dans son harmo. Un morceau réminiscent des prémices du punk, lorsque la désorganisation était au pouvoir. L’orgue Hammond infiltre généreusement « Way It's Gonna Be ». Les compos oscillent du punk au rock garage en passant par le rhythm’n’blues. D’abord paisible, « Get My Way » finit pas s’emballer et opère même un crochet par le psychédélisme. Le public jeune semble complètement subjugué. A tel point qu’il reste bouche bée à l’écoute de « You Got To Love » et « All These Streets ». On reprochera quand même au band de pousser un peu trop le volume sonore et puis surtout les hurlements incessants de Kastelic…

Scène Roses : Chatham County Line (13h35-14h15).

Outre-Atlantique, Chatham County Line est considéré comme une figure marquante de la scène roots. Fondé en 1999, à Raleigh, en Caroline du Nord, le band a publié 13 albums, dont le dernier, « Strange Fascination », est paru en 2020. Le trio est actuellement constitué de David Wilson au micro, de John Terer au banjo, à la mandoline et au violon, ainsi que du contrebassiste Greg Readling, parfois reconverti à la pedal steel.

Ces vieux routards s’inscrivent dans le renouveau de la scène bluegrass américaine. Et dès les premiers accords, le combo nous entraîne à travers les grandes plaines américaines. Sonorités acoustiques (mandoline, banjo, harmonia) et électriques (guitares, pedal steel) se fondent dans un bel ensemble. A l’instar de « Crop Comes In ». Parfois, on a l’impression de revivre des moments partagés autour d’un feu de camp, au cours de notre jeunesse. « Free Again » s’avère presque cajun, alors « Girl She Used To Be » bénéficie d’une intervention puissante au violon…

Scène Roots : The Italian Job (14h55-h15h40)

The Italian Job, c’est le nom d’un thriller des années 60. C’est aussi celui d’un projet éphémère, qui se produira une seule et unique fois au Roots & Roses 2022, alors qu’il était prévu déjà en 2020. Le groupe d’un soir réunit la crème des mafiosi du rock’n’roll qui militent en Belgique. On y retrouve ainsi Marcella Di Troïa (Black Mirrors) et Giacomo Panarisi (Romano Nervoso) aux vocaux, Lord Bernardo (Boogie Beasts) à l’harmonica, Jeremy Alonzi (Experimental Tropic Blues Band), qui a troqué sa guitare pour les claviers ainsi que Lucas Lepori (Romano Nervoso) et Mario Goossens (Triggerfinger, Sloper) derrière leurs fûts. Bon, Mario n’est pas vraiment italien. Mais il vu l’origine de son prénom, ça peut passer. Particularité, il y aura deux batteurs. A gauche, Mario Goossens, considéré comme le meilleur en Belgique.

Le collectif a composé un répertoire original spécialement pour la circonstance et va nous interpréter sa version de « Roots & Roses », l’hymne du festival composé par Fred Lani, en 2014.

Le set s’ouvre par « 21 St Century Boy ». Giac est aux drums. On n’entend pas assez la voix puissante de Marcella. Il y a 9 musiciens sur les planches, et ce n’est pas un exercice facile pour l’ingé-son, surtout quand se produisent des musiciens issus de différents horizons. Le temps de quelques réglages et on retrouve son timbre hanté et chamanique. En outre, elle ne tient pas en place. Tout comme l’harmoniciste. A contrario, assis derrière les ivoires, Jeremy affiche une paradoxale sérénité. La maîtrise technique de Mario à la batterie est impressionnante. Le set va osciller entre blues et rock’n’roll. Et lors de titres les plus percutants, la foule danse et même parfois pogote. Faut dire que les aficionados louviérois, liégeois et anversois ont débarqué en nombre…

Mais l’intensité atteint son point culminant sur « Mother Earth » et « May Satan Bless You ». La version du « Roots And Roses » de Fredéric Lani est attaquée sur l’avant-dernier titre de la setlist. Puis, le concert s’achève par « Let Sabath ». La foule en veut encore, mais il n’y aura pas de rappel.

Setlist : « 21 St Century Boy », « Mother Earth », « Child Hood Witch », « May Satan Bless You », « Gentle Boogeyman », « Angels Lullaby », « Roots And Roses », « Let Sabath »

Scène Roses : Equal Idiots (15h40-16h25)

Equal Idiots est un tandem réunissant Thibault Christiaensen (chant et guitare) et Pieter Bruurs (batterie). Originaire d’Hoogstraten, dans la province d’Anvers, il s’est véritablement révélé, l'automne 2016, lorsqu'il a remporté le prix du public lors du concours ‘De Nieuwe Lichting’ et atteint la finale du Humo's Rock Rally.

Le set s’ouvre par le garage/punk « Knife And Gun » et tout au long de « Hippie Men », on entend des chiens aboyer. Des bandes préenregistrées, vous vous en doutez. Le duo sulfureux reprend le « Ça Plane Pour Moi » de Plastic Bertrand. Ce qui met le souk sous le chapiteau. La foule reprend même les paroles en chœur. Les deux jeunes gaillards ne manquent, en outre, pas d’humour. Rien que le patronyme de la paire, en est une parfaite démonstration. Et musicalement, il s’inscrit dans parfaitement dans la lignée de Black Keys et Black Box Revelation.

Scène Roots : The Lords Of Altamont (16h25-17h10)

Il est assez incroyable qu’après plus de dix ans de Roots & Roses, The Lords of Altamont n’ait jamais figuré à l’affiche. L’injustice est donc réparée en 2022. Le line up réunit le guitariste Dani ‘Dani Sin’ Sindaco, le bassiste Rob Zim, le drummer Barry Bonkers et bien sûr le chanteur/claviériste Jake ‘The Preacher’ Cavaliere. Cet ex-Fuzztones et ex-manager des Cramps s’est installé, depuis quelques années, derrière les claviers pour les Sonics. Originaire de Los Angeles, en Californie, le combo puise ses références majeures dans le hard rock, le psyché/rock américain et le garage. Son sixième opus, « Tune in Turn on Electricity », est paru en 2021. Il constitue l’essentiel de la setlist.  

Les sonorités d’orgue sont véritablement hypnotiques. Ce qui ne signifie pas que les riffs de guitare de Dabi Sin, les lignes de basse de Rob Zinn et la batterie serrée de Barry 'The Hatchet' van Esbroek jouent un rôle secondaire. Non, ces nuances apportent une forme de subtilité et d'originalité au son. Puissant ! Parfois un peu trop. Et des morceaux tempétueux comme « Death On The Highway », « Going Downtown » et « Cyclone » menacent et finissent par vous exploser à la figure…

Scène Roses : Sloper (17h10-17h55)

Il n’y a pas à dire, le timing est scrupuleusement respecté. Sloper, c’est le projet commun de deux batteurs d’exception qui a vu le jour en 2019. Celui de Mario Goossens (Triggerfinger), et la légende néerlandaise César Zuiderwijk (Golden Earring). Le line up est complété par le guitariste Fabio Canini et le chanteur/guitariste anglais Peter Shoulder.

Le chapiteau est plein à craquer pour assister à ce show ! Une estrade a été installée sur le podium. Mario s’y installe à gauche et César à droite. Ils sont séparés d’un énorme tambour placé en hauteur entre les deux. La grosse caisse de Mario est imposante. Assez technique, l’un des deux guitaristes déambule de gauche à droite et inversement. Il lui arrive de reproduire des solos, couché au sol. Pas de bassiste. Britannique, le second gratteur est coiffé d’une casquette en pied de poule. Les deux sixcordistes entrent régulièrement en duel, en se faisant face. César et Mario affichent de larges sourires. Détendus, ils font régulièrement le pitre et viennent même frapper sur les peaux des drums du voisin ; mais le plus génial, c’est que les deux batteurs soient capables de trouver un parfait équilibre dans leurs drummings respectifs. Les deux musiciens y expriment leur personnalité et leur jeu sans tomber dans le piège de la démonstration virtuose, qui n’est jamais loin dans ce genre de projet. C’est inévitable, Mario imite l’avion sur sa grosse caisse et incite l’auditoire à chanter et applaudir. C’était une figure de style attendue ! Un concert solide pour Sloper, dont la musique a parfois rappelé les meilleurs moments d’Eagles of Death Metal…

Scène Roots : The BellRays (18h00-19h00)

C’est la troisième fois que The BellRays se produit au Roots & Roses. Puissante, la voix de Lisa Kekaula se frotte parfois à la soul et au gospel. De temps à autre, elle se sert d’une cymbalette. Bob Vennum ne lésine pas sur les riffs énergiques. Le drumming sauvage voire tribal de Dusty Watson et les assauts de basse commis par Bernard Yin sont vraiment en phase. « Everybody Get Up » et « Perfect » remuent les tripes. « Third Time's The Charm » balance la purée. Sauf, que votre serviteur commence à avoir la dalle et qu’il est donc temps de se restaurer…

Il fait d’ailleurs l’impasse sur le set de Giant Sand

Scène Roses : The Inspector Clouzo. (20h10-21h10)

Car il faut être fit and well pour assister à la prestation The Inspector Clouzo. Un duo gascon originaire de Mont-De-Marsan. Des rockers qui cultivent du bio, élèvent des canards ainsi que des oies. La moitié de l’année est consacrée à la ferme et l’autre au rock’n’roll. Le guitariste Laurent Lacrouts et le batteur Mathieu Jourdain ont fondé ce projet en 2008. Il y a du peuple sous le chapiteau pour assister au show. La combinaison de hard rock et de funk est toujours aussi efficace. Laurent signale ne jamais préparer de setlist, toujours bien militer au sein d’un band indépendant, de s'autoproduire et de se financer à 100%. chez Virgin Angleterre. Le tandem va nous réserver, en exclusivité, des morceaux issus du futur elpee qui sortira en 2023. Après le concert, Laurent a promis de transmettre la setlist à votre serviteur, fin de semaine, car mardi il fallait planter 6 hectares de maïs… N’empêche, à l’issue d’un tel festin gascon, il y avait de quoi être rassasié.  

Il reste deux groupes à l’affiche : The Limiñanas et la formation helvète The Monsters qui clôture ce Roots & Roses. Votre serviteur a assisté à 26 concerts sur 29. C’est bien, il est fatigué et il décide de rejoindre ses pénates… Merci Fred Maréchal et Myriam Boone. A l’année prochaine, sans faute !

(Organisation : Centre Culturel de Lessines)

 

dimanche, 01 mai 2022 10:35

Roots & Roses 2022 : samedi 30 avril

Après deux années d’interruption, suite à la pandémie covid 19, le Roots & Roses est de retour. Et le festival se déroulera sur deux journées. Soit le 30 avril et le 1er mai. Il y a du soleil, mais le vent est glacial. Heureusement, la musique réchauffe les corps et les cœurs.

Le 30 avril a programmé l’affiche de 2020 et le 1er mai, celle de 2021. Il y a quand même quelques changements et surtout la défection de Pokey LaFarge (la guerre en Ukraine a créé une certaine confusion chez certains artistes américains) ; cependant Fred Maréchal a déniché quelques perles pour pallier à ces absences. Trois nouveaux noms sont ainsi venus rejoindre l’affiche. En l’occurrence Monsters, les BellRays et le Giant Sand de Howe Gelb. Au total, 29 groupes ou artistes étalés sur les deux jours. Une affiche ambitieuse, généreuse, riche de découvertes et d’inattendus. La programmation fait cependant la part belle aux groupes belges :  Bertrand Lani & The Mudbugs, SONS, Deadline, Equal Idiots, High Jinks Delegation et Sloper. Et bien-évidemment, le supergroupe noir-jaune-rouge, créé pour la circonstance : The Italian Job qui réunit Marcella Di Troïa (Black Mirrors), Romano Nervoso, Lord Benardo (Boogie Beasts), Jérémy Alonzi (Experimental Tropic Blues Band) et Mario Goossens (Triggerfinger, Sloper !) Le collectif a enregistré le traditionnel hymne consacré au Roots & Roses ; ce sera assurément un moment à ne pas manquer le dimanche. Nouveau : un camping est accessible aux festivaliers. Et puis on retrouve les chapiteaux, l’espace détente, les stands food locaux ainsi qu’une foire aux vinyles et albums rares, à prix démocratique.

Passons donc en revue la journée du samedi :

Scène Roots : Bertrand Lani & The Mudbugs (11h30-12h05)

Bertrand, c’est le frère cadet de Frédéric, le leader de Fred and The Healers. Il a fondé son propre band, Bertrand Lani & The Mudbugs. Si la famille a biberonné ses fils au rock, au blues et à la country, il faut croire que la guitare servait déjà de hochet. Bertrand s’intéresse davantage à l’americana. Son backing group implique Valentin Marchal-Marchant (basse, contrebasse), Jean-Philippe Jasienski (batterie), Stéphane Pigeon (sax), Philippe Eliaers (trompette) ainsi que Jérémy Frisch (claviers). Bertrand se consacre au chant et aux guitares (électriques et semi-acoustiques). A ce jour, le combo a publié deux elpees, « Small Bowl » (2016) et « It Gets Bluer In A While » (2021). Ce n’est pas la première fois que Bert ouvre le festival.

Si Bertrand se plante au centre du podium, les cuivres (saxophone basse et baryton, trompette et trombone à coulisse) s’installent à gauche.

« Black Beard And blue Mood » nous entraîne à travers les grandes plaines du Far West. Titre maître du second opus, « It Gets Bluer In A While » embraie (NDR : en studio, Fred, Bruno Castellucci et Jack O Roonie avaient participé aux sessions). Bert est particulièrement cool et assure également à la sèche, notamment en picking. Tout au long de « A Amazing Journey », la richesse de la mélodie et la justesse des arrangements servent les mots de l’artiste.

« Countryside », titre maître du dernier opus, évoque la campagne de Maredret, où Bertrand et Fred ont passé leur enfance. On épinglera encore une superbe reprise de « Tout l’Amour » de Dario Moreno ainsi que « I’m Not A Cheater » qui achève un set bien équilibré, partagé entre titres paisibles et plus rythmés, d’une musique oscillant entre country (surtout), blues et soul…

Setlist : « Black Beard And Blue Mood », « It Gets Bluer In A While », « An Amazing Journey », « Somes Faces », « Countryside », « Tout L’Amour », « Movin’ With The Times », « Ice Cold Kisses », « I’m Not A Cheater ».

Scène Roses : Trixie And The Trainwrecks (12h10-12h50)

Fondé à Londres, ce duo réunit Trinity Sarratt et Charlie Hangdog. Elle est américaine et vit à Berlin depuis l’âge de 18 printemps. Il est britannique et s’est également établi dans la capitale de l’Allemagne.

Casquette vissée sur le crâne, lunettes fumées chaussées sur le nez, Trixie chante, joue de la guitare et en même temps se consacre aux percus : un charleston, une cymbale et une grosse caisse actionnée par une pédale au pied. Mais en début de concert, l’accessoire va se détacher ; ce qui va forcer un roadie à jouer au dépanneur. Charlie se réserve l’harmonica. Il a le souffle inépuisable. Elle a une voix puissante. La setlist privilégie les morceaux issus du troisième et dernier LP, « 3 Cheers To Nothing, gravé en 2018. Sarratt exprime ses sentiments de solitude et d'éloignement sur la ballade, « No Good Town ». Lorsqu’elle s’est rendue à San Francisco pour se produire en concert, elle a eu l’impression de ne plus être qu’une étrangère, dans sa ville d’origine. Country/blues ou americana, l’expression sonore dispensée par Trixie And The Trainwrecks, au cours de ce set, est à la fois harmonieuse et rythmée, parfois même sauvage, lorsque les cordes s’enflamment. Dommage que la prestation soit aussi courte…

Scène Roots : The Black Wizards (2h55-13h35)

The Black Wizards nous vient du Portugal. Ce soir, le quatuor est réduit à un trio. Comme ils se plaisent à le colporter, ces jeunes musicos sont nés à l’heure du numérique mais se consacrent à un son analogique.  

Apre, la rythmique contraste avec la voix de la chanteuse/guitariste Joana Brito. Une voix tellement puissante qu’elle domine la section rythmique basse/batterie. Parfois, cette voix rappelle celle de Janis Joplin. Le stoner psychédélique de ce band puise manifestement ses sources dans les 60’s et les 70’s. Le volume sonore est peut-être un peu excessif, mais le concert est particulièrement au point, le power trio affichant une technique irréprochable. Ce qui n’empêche pas les compos de libérer une belle énergie et de procurer d’excellentes sensations…

Scène Roses : Moonshine Wagon (13h40 - 14h20)

Après le Portugal, cap sur l’Espagne. Ou plus exactement le pays basque.

Jean-Paul Wiseman (Classic 21), le présentateur signale que les musicos de Moonshine Wagon se produisaient la veille, à Bordeaux. Ils ont effectué le trajet en tour-bus et c’est Jack Daniels (NDLR : le musicien ou celui qui se siffle ?) qui les a tenus éveillés. Bien que se limitant à des instruments acoustiques (guitare, violon, contrebasse, percussions et banjo), le combo libère une belle énergie sur les planches. Il pratique une forme de bluegrass parfois teinté de punk. Les textes sont interprétés le plus souvent en anglais, mais également en basque. Ils vont littéralement mettre le feu dans l’auditoire. Et Jack Daniels est également de la partie, sur l’estrade. Barbus, trois d‘entre eux ont un look à la ZZ Top.

C’est la première claque du festival !

Scène Roots : Nine Pound Hammer (14h25- 15h05).

Nine Pound Hammer est issu de Lexington, dans le Kentucky. A sa tête, le chanteur Scott Luallen et le guitariste Blaine Cartwright, par ailleurs leader de Nashville Pussy, déjà vu au Zik-Zak d’Ittre. Son mélange huileux voire graisseux de blues, cow punk, hard et southern rock dépote et nettoie les portugaises, nonobstant un souci de préserver le sens mélodique…   

Scène Roses : Jesse Dayton (15h10-15h50)

Né à Beaumont, mais établi à Austin, Jesse Dayton est un pur texan au parcours de vie incroyable. Il mène désormais une carrière solo indépendante, après avoir collaboré avec quelques-uns des plus grands noms de la scène américaine : de Willie Nelson à Townes Van Zandt en passant par Johnny Cash, Supersuckers et Social Distortion. Ce dernier a également collaboré avec le réalisateur de films d'horreur Rob Zombie pour composer quelques musiques de films. Ce sont toutes ses expériences qu’il répercute sur son dernier elpee, « Beaumonster ».

Jesse grimpe sur les planches, accompagné par une section rythmique classique basse/batterie. Entre bluegrass, country, americana et hillbilly, la musique proposée est harmonieuse, paisible et entraînante. Dayton rend de nombreux hommages à Johnny Cash. Et il est même capable de moduler sa voix qui ressemble alors étrangement à celle du Man In Black. En outre, il manifeste beaucoup d’interactivité. Ce qui colle parfaitement au style de ce power trio.

Scène Roots : The Morlocks (15h55-16h35)

Malgré 20 années de carrière The Morlocks n’a gravé que trois albums, à ce jour. Faut dire que fondé en 1984, le groupe s’est séparé en 1987 avant de se reformer en 2011. Originaire de San Diego, en Californie, il est responsable d’un garage/rock teinté de rock’n’roll et de punk.

Devenu une véritable institution dans le style, il libère une sauvagerie et une énergie qui évoquent tour à tour, Ramones, Jim Jones Revue, les Stooges et même les Stones. Faut dire que le quintet implique des ex-membres de groupes cultes comme Fuzztones, Cheeks, Link Wray ou encore Sonny Vincent.

Le band est toujours mené de main de maître par son charismatique chanteur à la voix écorchée, Leighton Koizumi. Riffs de guitares acérés, chargés de fuzz, drumming tribal, The Morlocks célèbre un retour aux sources de l’underground garage bien sale des années 60…

Scène Roses : GA-20 (16h40-17h20)

GA-20 est une formation issue de Boston dans le Massachussetts. Son patronyme n’est autre que le nom de l’amplificateur de guitare fabriqué par Gibson de 1950 à 1961.

C’est Matthew Stubbs qui a fondé le groupe, en 2018. Il a aussi accompagné Charlie Musselwhite (le binôme parfait de Ben Harper), à la guitare.

Le band pratique principalement du ‘chicago blues’. Pas de bassiste, mais deux guitaristes qui se servent de grattes issues des années 60 à 70 et de pédales de distorsion, communiquant à l’expression sonore des accents psychédéliques (NDR : une empreinte qui s’explique, puisque Matthew, barbu et la chevelure bouclée, est également le leader d’un combo psyché répondant au nom de The Antiguas).

Belle découverte !

Scène Roots : Sons (17h25- 18h10).

Sons est la première formation belge à se produire, dans le cadre de cette édition 2022 du Roots & Roses. Un quatuor anversois impliquant le guitariste/chanteur Robin Borghgraef, le bassiste Jens De Ruyte, son frère Arno à la seconde six cordes et le drummer Thomas Pultyn. Le magazine américain Rolling Stone n’en dit que du bien. Il a fait un tabac, au Trix d’Anvers, il y a quelques jours.

Il vient de publier son second long playing « Sweet Boy ». Et la setlist va privilégier les titres de cet LP.

Ces petits jeunes ont de l’énergie à revendre et dispensent un punk/rock/garage brut de décoffrage.

« Succeed » ouvre les hostilités. Les riffs de guitares sont lourds et particulièrement graisseux. Le band embraie par « LOVE », un morceau percutant et efficace de deux minutes qui raconte l’histoire d’une personne assassinée par un groupe d’homophobes. Et le reste du set va se révéler aussi saignant, démontrant que Sons est vraiment taillé pour le live….

Scène Roses : Jake La Botz (18h15- 19h00)

Jake La Botz est un habitué du festival, où il est apparu régulièrement, depuis 2004, en solo ou au sein de diverses formations. C’est un peu le chouchou du public lessinois. Jake mène une double carrière. Celle de musicien, d’abord. Puis d’acteur de cinéma. Il a ainsi été révélé par Steve Buscemi. Son dernier album, « They're Coming For Me », remonte à 2019.

Avant de véritablement lancer sa carrière musicale, il a joué dans la rue, les bars, les salons de tatouage, et même dans les églises, à Chicago. C’était au cours des 80’s. Et ce vécu se ressent dans sa musique. Il puise ses sources d’inspiration chez David ‘Honey Boy’ Edwards, l’ancien compagnon de route de Robert Johnson, mais également Homesick James et Maxwell Street Jimmy Davis. Que de belles références ! Enfin, sa musique oscille entre blues, delta blues et americana.

Le concert s’ouvre par le marécageux « Nickels and Dimes ». Puissante et claire, sa voix évoque celle de Fred Lani. Entraînant, « Shaken & Taken » baigne dans la country. Il n’en oublie pas son dernier single, « First McDonell's on the Moon » …

Scènes Roots : The Godfathers (19h05-20h05)

C’est au tour d’un des plus dignes représentants du pub rock anglais, encore en activité, de monter sur l’estrade. La naissance de The Godfathers remonte quand même à 1985. La formation est surtout connue pour son hit planétaire, « Birth, School, Work, Death » sorti en 1988. Et c’est la seconde fois qu’elle se produit au Roots & Roses.

Outre le chanteur Peter Coyne, le line up implique les guitaristes Steve Crittal et Alex McBain, le bassiste Darren Bitch et le drummer Tim James.

Peter Coyne affiche toujours la même rage matinée de classe british. Le combo nous propose un étonnant « Johnny Cash Blues », rendant ainsi un second hommage au maître de la country, ce samedi. « Unreal World » véhicule des accents funky. La setlist nous réserve « Lay That Money Down », un extrait du futur album qui s’intitulera « Alpha, Beta, Gamma, Delta ». « One Good Reason » constitue une petite perle pop énervée. Les chœurs montent en crescendo tout au long de « She Gives Me Love ». The Godfathers s’est montré convainquant tout au long du show grâce à une présence effective et un jeu de guitare tranchant comme un fil de rasoir. Une prestation qui s’est clôturée par l’inévitable « « Birth, School, Work, Death » …

Scène Roses : Flamin’ Groovies (20h10-21h10)

Les Flamin’ Groovies, c’est une autre légende du rock. Le groupe s’est formé en 1965, à San Francisco, par Ron Greco, Roy Loney et Cyril Jordan. Du line up originel, il ne reste plus que ce dernier. A l’origine, le band ramait à contre-courant du mouvement flower power célébré, alors, sur la West Coast, en proposant un rock’n’roll/blues survolté et hargneux.

Si en ‘live’ « Tore Me Down » et « Way Over My Head » se révèlent toujours aussi sauvages et incisifs, les titres les plus rock comme « Yes, It's True », « First Plain Home » et l'incontournable « Teenage Head » sonnent finalement très actuels, et pourraient facilement figurer au répertoire de bon nombre de bands qui ne jurent que par les sixties…

Scène Roots : The King Khan & BBQ Show (21h15-22h15)

King était annoncé comme le roi du Roots & Roses. Accompagné de son comparse Mark ‘BBQ’ Sultan, il devait repousser, au sein de sa troupe, les limites du blues doo-wop avant de les faire voler en éclats à coup de garage rock débridé. Il débarque sur le podium, en calbutte, torse nu et revêtu d’une cape noire. Il n’a vraiment pas l’air dans son état normal. Il est tellement défoncé qu’au cours de sa prestation, il part gerber du côté droit de la scène. On attendait que The King Khan & BBQ Show consacrel’apothéose du garage rock et de la soul psychédélique. On a eu droit à une vulgaire pantomime. Si bien que votre serviteur est allé voir ailleurs, si la nourriture était plus ragoûtante. Ce qui était, heureusement, le cas…

Scène Roses : The Black Lips (22h20 – 23h30)

The Black Lips clôture donc cette longue journée. Issue d’Atlanta, en Georgie, cette formation a connu, depuis sa naissance, de nombreux changements de musiciens. Si bien que du line up originel, il ne demeure plus que le chanteur/guitariste Cole Alexander et le bassiste Jared Swilley. Le duo est soutenu par le drummer Oakley Munson, le second sixcordiste Jeff Clarke et la saxophoniste Zumi Rosow, une véritable icône de la scène underground à Los Angeles qui s’est imposée dans l’univers de la mode, devenant l’ultime muse de Gucci.

Le rock garage de The Black Lips est interprété avec un maximum de dérision et sous une forme nihiliste, afin de pouvoir déboucher sur un grand moment festif et heureux. Le combo est venu nous présenter de larges extraits du nouvel album, « Sing In A World That's Faling Apart », dont le single « Odelia » constitue un futur hit en puissance. S’il est réputé pour ses shows provocateurs, cette outrance déborde d'énergie positive. Après « Sea Of Blasphemy », « Holding Me Holding You », « Gentleman » et « Dirty Hands », le public est sur les rotules. Bref une belle clôture pour ce premier jour de festival un peu frisquet. The Black Lips a démontré que le rock n’est pas mort, qu’il peut toujours être subversif et synonyme de contre-culture…

A demain !

(Organisation : Centre Culturel de Lessines)

 

 

 

vendredi, 27 mai 2022 09:30

La transfiguration de Selah Sue…

Ce soir Selah Sue est de retour pour présenter son troisième elpee, « Persona », paru le 25 mars 2022. Il aura fallu attendre 7 longues années entre « Reason » et ce nouvel opus. Entretemps, elle a gravé un Ep 5 titres (« Bedroom » en 2020) et surtout donné naissance à deux fils. Ce concert a été programmé dans le cadre d’une tournée mondiale, entamée depuis début janvier. 

Mot latin, « Persona » possède plusieurs définitions. L’une d’entre signifie ‘les différents masques que l’on porte sur scène’. Aujourd’hui, il évoque l’image publique et les facettes multiples et parfois paradoxales qui constituent chacun d’entre nous. Pour cet LP, Selah Sue n’a pas choisi ce titre au hasard. En passant en revue certaines personnalités qu’elle a incarnées au cours de son existence (l’amoureuse, l’hédoniste, l’angoissée…), la Louvaniste explore son propre moi à travers des morceaux sincères et lumineux, après plusieurs années de pause.

C’est Pomrad, le projet d’Adriaan Van De Velde, qui assure les supporting act. Anversois, il pratique une forme d’électro/hip hop mâtiné de funk, de trip hop et de drum&bass. A son actif, une volée de singles, Eps et deux albums.

Seul sur les planches, il est entouré de trois synthétiseurs installés en triangle afin de lui permettre de se dandiner au milieu de ses instruments. Et derrière son micro, il incite la foule à danser et applaudir. Toutes les sonorités, y compris les cuivres (trompette, bugle et saxophone) sont samplées et reproduites par les synthés. Une prestation qui a permis de faire monter la température dans la fosse avant l’arrivée de la tête d’affiche…

Vêtue d’un ensemble plutôt large et à franges, de couleur jaune, Selah Sue monte sur le podium. Elle est suivie par son claviériste (NDR : Joachim Saerens, son époux et co-compositeur), son bassiste Dries Laheye, ses trois choristes (Sarah Devos, Stefy Rika et Judith Okon) ainsi que deux nouveaux musicos, un drummer et un guitariste/claviériste. Une estrade basse est destinée aux musiciens, de manière à laisser tout la place à Selah sur la scène. Les trois choristes sont plantées l’une à côté de l’autre, à l’extrême gauche.

Le set s’ouvre par « Kingdom », un morceau qui tire quand même en longueur.  Selah est bien moins statique que dans le passé. Elle déambule constamment sur les planches, de long en large. Un va-et-vient qu’elle va accomplir pendant les 90 minutes du spectacle.

Chaude, puissante, profonde, légèrement éraillée et fragile, la voix si caractéristique de Selah Sue est à la fois gorgée de soul chaleureuse et traversée de fêlures blues.

Le rappeur Tobi débarque sur le podium pour partager le chant avec Selah sur « Hurray », une compo agrégeant judicieusement soul rap. Mais pas de Damso ce soir pour interpréter le single « Wanted You To Know ».

Au sein des choristes, la voix grave et puissante de Rika supplante parfois celle des deux autres.

Très interactive face au public, Selah signale est heureuse de reprendre la scène après 7 ans. Selah a réussi à chasser tous ses démons et n’est plus addict aux antidépresseurs, c’est une nouvelle femme transformée, bien dans sa peau, qui se produit devant nous.

Fusion de blues et de gospel, la ballade « All The Way Down » est parcourue d’un long solo de guitare ; moment choisi par Selah pour changer de fringues (NDR : elle va les troquer à trois reprises), et opter pour un pantalon et un tee-shirt de couleur rouge incandescent.

C’est Zwangere Guy vient enflammer la salle de son rap démoniaque pendant « Celebrate ».

Elle rend hommage à Arno en reprenant son incontournable « Putain, Putain ».

Bercé de tonalités jazzyfiantes, à la limite du lounge, le single « Pils » baigne dans une ambiance feutrée. D’abord funky, « Alone » vire à la pop puissante et sauvage. Avant d’attaquer « You », Selah déclare avoir composé cette chanson pour ses fils.

Selah n’a pas renié le reggae et le ragga de ses débuts en nous réservant « Peace Of Mind », « Raggamufin » et en clôture du show « This World », morceau qui nous entraîne jusque Kingston.

Sur les 11 titres de la setlist, une majorité était issue du dernier long playing, « Persona ». Nous avons retrouvé une Selah Sue transformée et épanouie. Espérons que ses démons ne reviennent pas la hanter. Une belle soirée au cours de laquelle les spectateurs sont repartis plein de petites étoiles dans les yeux…

Setlist : « Kingdom », « Hurray », « Karma », « Wanted You To Know », « Free Fall », « Peace Of Mind », « Raggamufin », « All The Way Down », « Celebrate », « Putain, Putain », « Pils », « Alone », « You », « This World ».

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

Ce soir, il n’y a pas plus de 30 personnes pour accueillir Dirty Sound Magnet au Zik-Zak d’Ittre. C’est triste, vu le potentiel du groupe suisse. Et la Covid n’est plus une excuse, puisque la Belgique affiche un code jaune. Spectateur de marque, quand même, Jacques de Pierpont, alias Pompon.

Responsable d’un cocktail groovy entre blues, garage, rock, psychédélisme et prog, dynamisé une irrésistible rythmique funk, Dirty Sound Magnet est issu de Fribourg. Il a publié son quatrième long playing, « DSM III », en mars dernier, une discographie entrecoupée de deux mini-elpees et d’un opus ‘live’. Certains médias n’ont pas hésité à comparer sa musique à celle des Suédois Graveyard ou des Américains Radio Moscow. Et d’autres à Tame Impala ainsi que King Gizzard and the Lizard Wizard. Pourtant, le groupe déclare puiser son inspiration dans les sixties et les seventies. L’expérience sonique proposée est unique. Le band la qualifie, non sans une pointe d’humour, de ‘retour mystique vers le futur’. Les morceaux véhiculent, en outre, des textes sarcastiques, qui dépeignent les problèmes tumultueux que la société traverse aujourd’hui.

Le supporting act est assuré par Mezzo Pazzo, une formation louviéroise drivée par le chanteur/guitariste Angelo Ognito. Pierre (guitare), Sam (batterie) et Max (basse) ont rejoint le nouveau projet d’Angel afin de vivre des expériences live destinées à être reproduites en studio. Il pratique un rock hybride dont les influences sont multiples, tout en y ajoutant sa touche personnelle. Riffs entêtants et harmonies sont la clef de ce mélange explosif. Angel a joué en compagnie de Romano Nervoso, Incognito ainsi que Jane Doe and The Black Bourgeoises. Mezzo Pazzo a sorti son premier LP (NDR : un éponyme !) en février 2020. Un disque qui faisait suite à un Ep, paru en 2018.  

Angel, barbe en collier bien taillée, chapeau vissé sur la tête et armé de sa gratte se plante derrière son micro. Il a la niaque, car il n’a plus foulé les planches d’une salle de concert depuis deux ans, à cause de la pandémie. Et ses trois acolytes semblent aussi déterminés.

« Dead clock » ouvre le bal. Les grattes sont agressives, huileuses, graisseuses même. L’expression sonore navigue sur une forme de stoner-rock-garage souvent rencontrée au cours des seventies. Mais on y décèle également des traces de glam, probablement héritées de Slade, Bowie, Sweet et New-York Dolls. Les percus sont insidieuses. Accrocheur, « Creepy Morning » se distingue par une jolie mélodie et un vocal harmonieux, même si parfois il est capable de monter très haut dans les aigus. Hit potentiel, « Like A Dandy Without A Penny » se révèle particulièrement radiophonique. Normalement, Giacomo, le leader de Romano Nervoso, devait venir poser sa voix sur « Left Me For Dead ». Comme sur l’album. Mais malheureusement, il brillait par son absence. Et pourtant, son esprit hante « Chemical Instinct ». A moins que ce soit celui d’Elvis (NDR : pas Pompilio, hein !). Quel punch ! Quelle énergie !

Setlist : « Dead Clock », « Creepy Morning », « Like A Dandy Without A Penny », « Feat Of Clay », « Beyond Scope », « Mad Luv », « Left Me For Dead », « Chemical Instinct », « The Last Before The Last »

Place ensuite à Dirty Sound Magnet. Le set s’ouvre par les trois plages issues du dernier opus, « DSM III » (NDR : il y en aura six au cours du show). Tout d’abord « Sunday drama », morceau au cours duquel on écoute religieusement la longue intro dispensée par la guitare de Stavros Dzodzos. Puis « Meet The Shaman », une compo qui nous replonge au sein du psychédélisme des années 60 et 70. « Heavy Hours » aurait pu naître d’une rencontre entre Jimi Hendrix et Frank Zappa. Enrobé d’harmonies vocales, « Mr Robert » prône un retour au calme.

Doué d’une excellente technique, le drumming est particulièrement efficace. Malgré la faible assistance, la température grimpe rapidement dans la salle et Maxime Cosandey laisse tomber le marcel après quelques chansons. Le power trio affiche de nombreux concerts au compteur. Les musicos se connaissent parfaitement. Et cette cohésion se voit et surtout s’entend. En outre, les impros confirment ces excellentes dispositions. Il est vrai, quand même, que les musiciens sont d’habiles jammeurs. Et ils vont le démontrer au cours de la soirée. Rauque, la voix de Stavros apporte une coloration particulière aux compos. Et puis engagés, ses textes sont parfois abordés avec un second degré.

Le groove est accentué par les interventions de basse de Marco Mottolini. Et puis, le band n’hésite pas à opérer des incursions dans le funk. Ainsi, même si l’expression sonore se veut fondamentalement contemporaine, elle exhale un certain parfum de nostalgie, en puisant l’essentiel de ses références depuis les 60’s jusqu’aux 90’s. Bref, un concert à la fois intense et énergique, mais surtout de qualité, qui aurait mérité la présence d’un public bien plus conséquent…

Setlist : « Sunday Drama », « Meet The Shaman », « Body In Mind », « Toxic Monkeys », « Mr. Robert », « Heavy Hours », « Jam session », « Social Media Boy », « Sophisticated Dark Ages », « The Poet and His Prophet ».

(Organisation : le Zik Zak et Rock Nation)

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