Le nouvel opus d’Unloved, "The Pink Album", paraîtra ce 2 septembre. Le titre de l’album est inspiré par l'œuvre de Julian House. Lors des sessions d’enregistrement, Unloved a notamment reçu le concours de Jarvis Cocker, Étienne Daho, Raven Violet et Jon…

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Le second elpee du band finistérien, Baston, paraîtra ce 13 mai 2022. Il fait suite à « Primates », sorti à la fin de l’année 2019. Intitulé « La martyre », ce nouvel album est découpé en huit pistes qui font tous exclusivement référence à des boîtes de nuit…

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Nao

Y a-t-il un précédent à ce qui est postérieur ?

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De son vrai nom Neo Jessica Joshua, Nao est une jolie chanteuse originaire de Nottingham. Née en décembre 1987, elle a publié deux elpees à ce jour, « For All We Know » en 2016 et « Saturn », fin 2018. Elle qualifie sa musique de ‘wonky funk’, un savant cocktail de musique électronique, de soul, pop, disco, r&b et funk (of course), un style qu’on pourrait situer dans la lignée d’Aluna George, FKA Twigs ou encore SZA. Elle avait accordé un set particulièrement enflammé, lors de son passage à Werchter, l’an dernier. Elle se produisait ce samedi 9 mars dans le Ballroom de l’AB, et la salle est presque comble.

Jamie Isaac assure le supporting act. Considéré comme un jeune prodige de l’électro/pop, outre-Manche, il a gravé son second opus, « (4:30) Idler », en juin dernier, un LP qui fait suite à « Couch Baby », paru en 2016. Entre r&b, jazz, soul et électronique, Isaac cite, comme références majeures, aussi bien l’âge d’or du jazz des années 50 et 60, que Marvin Gaye, Chet Baker, les Beach Boys, Dave Brubeck ou même Frédéric Chopin. 

Sur les planches, il est soutenu par un drummer, un bassiste et un guitariste. Jamie est installé au centre du podium, face à ses ivoires. Plutôt timide, il échange cependant parfois quelques mots avec les spectateurs, sis aux premiers rangs. Sa voix est empreinte de délicatesse. Tendre, « Wungs » oscille entre jazz et lounge. Jouant aussi bien sur des toms classiques que des pads électroniques, le batteur impressionne par l’amplitude de son drumming. La cover du « Unthinkable » d'Alicia Keys constitue un moment fort du concert. Jamie avait d’ailleurs signalé qu’il avait toujours aimé la chanson, mais qu'il souhaitait qu'elle soit un peu plus lente ; raison pour laquelle il l’adaptée. Le show s’achève par « 4:30 Idler (Sleep) », autre point culminant du spectacle, un morceau mélancolique, délicieusement languissant, au cours duquel les solos de guitare et de batterie vont laisser l’auditoire bouche bée. A revoir en tête d’affiche !

Les lumières s’éteignent à 21h00 précises. Une bande préenregistrée diffuse « When Saturn Returns », pendant que les musicos s’installent ; en l’occurrence un guitariste, un drummer (NDR : sur son estrade) et deux claviéristes dont un double à la basse. La disposition du backing group laisse un max d’espace scénique à Nao. Surprenant, les projecteurs se focalisent sur le centre de la fosse, juste devant la table de mixage. Toute de bleu vêtue, Nao a grimpé sur un tabouret, pour chanter le single « Another Lifetime ». Très soul, puissante, sa voix ressemble étrangement à celle d’Aluna Francis (AlunaGeorge) et prend immédiatement aux tripes.

Le public est déjà conquis. Dès qu’elle a achevé le morceau, elle remonte sur le podium tout en n’oubliant de saluer son public, mais aussi en distribuant quelques ballons blancs aux premiers rangs. Tout au long de « If you ever », elle ondule sensuellement et remue le popotin, au rythme des percus. 

La setlist va nous proposer de nombreux extraits de son dernier long playing. Pendant « Make It Out Live », elle vient s’asseoir juste à la gauche de votre serviteur et chante en le fixant dans les yeux pendant une grosse minute. Perturbant ! Puis elle se relève, se déplace et entame une danse africaine festive. Funky, « Fool To love » libère un fameux groove, une compo sont la rythmique rappelle celle de Nile Rodgers. D’ailleurs, les musiciens affichent tous une fameuse technique. Nao est très interactive. Ce qui déclenche parfois des fous rires aussi bien chez elle que dans la foule, sans pour autant altérer la qualité du show. Ses échanges permettent au répertoire de transiter facilement de titres plus émouvants, comme « Brown Sugar », à des morceaux dansants, tel que « Complicated ». Elle exécute encore quelques danses accroupies, en balançant son pétard face aux premiers rangs.

Le set se termine par une cover du « Firefly » de Mura Mas, longuement commentée par Nao.

Lors du rappel, elle revient seule sur le podium et nous réserve « Drive and disconnect », avant que le band ne la rejoigne, lors de la finale, pour « Bad Blood ».

Setlist : « When Saturn Returns » (intro pré-enregistrée), « Another Lifetime », « If You Ever », « Make It Out Alive », « Fool To Love », « Adore You », « Gabriel », « Orbit », « Brown Sugar, Inhale Exhale », « Complicated », « Saturn », « Girlfriend », « Yellow Of The Sun », « Firefly (Mura Masa cover)

Rappel : « Drive And Disconnect », « Bad Blood »

(Organisation : Ancienne Belgique)

Meute

Comment mettre une folle ambiance sans pour autant sacrifier la rigueur technique…

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Meute avait littéralement bouté le feu au Festival Esperanzah, en 2018. Cette véritable machine à danser retourne tout sur son passage, à grands coups de cuivres et des percussions. Le line up réunit onze joyeux drilles, quasiment tous originaires de Hambourg. Ce soir, ils seront douze à fouler les planches. Ils vont nous proposer des versions organiques et audacieuses de titres électro signés Flume, Laurent Garnier, Frankey & Sandrino, Âme, N’to ou encore Trentemøller...

En fait, il s’agit d’une fanfare pratiquant de la guggenmusik, un style rencontré surtout en Suisse, mais également au sein des pays limitrophes, lors du carnaval. Les musicos sont costumés, comme la Meute qui se produit ce soir, mais parfois aussi déguisés. De nombreux cuivres (trompettes, trombones à coulisse, euphoniums, sousaphones, clarinette ainsi que saxophones basse et baryton) ou plus traditionnellement des fifres, des percussions (batteries mobiles, grosses caisses, woodblock), sans oublier le ou les glockenspiels en forme de lyre, constituent la base de l’instrumentation.

L’Orangerie du Botanique est soldout depuis quelques mois, comme toutes les dates de la tournée. Pas de supporting act. Le collectif va faire danser la foule pendant 145 minutes, rappel compris.   

Une immense scène érigée sur différents niveaux permet aux artistes de se regrouper au gré des morceaux, tantôt par deux ou trois têtes de pipe. Bien que chaussés de baskets, ils ont tous revêtu une veste décorée d’une fourragère dorée et brodée d’écussons.  

Le set s’ouvre par le dernier single, « Gula ». Des lumières bleues inondent les deux préposés au glockenspiel (un traditionnel et un en forme de lyre). Le responsable du sousaphone s’installe en retrait et laisse les sept autres cuivres s’installer en front d’estrade, en ligne. Outre les huit cuivres, le groupe implique quatre percussionnistes, dont deux qui se servent de caisses claires avec cymbales, une grosse caisse et un préposé au glockenspiel droit. Celui qui se sert du modèle en forme de lyre a alors abandonné son instrument pour une caisse claire avec cymbales. La machine infernale des cuivres se met en branle à partir de « Rej » d’Âme. Le public réagit déjà, manifeste son enthousiasme et remue inconsciemment le bas des reins.

La combinaison est improbable, mais fonctionne. Le glockenspiel droit emprunte les pistes du synthé, le tuba se mue en basse pulsante et une grosse caisse simule un Roland TR-808. En général, les cuivres ont recours à des sourdines pour reproduire le son d'un filtre passe-haut. Ce n’est pas le cas ici. Le groupe tout entier s'immisce dans une pause, comme si un dj avait ajouté un effet d'écho. L’ingé-son est un véritable artiste. Il faut savoir jouer des manettes, lorsqu’il y a autant de musiciens. Pendant « The Man With The Red Face (Laurent Garnier), tous les musicos s’agenouillent alors que les spectateurs s’accroupissent puis au signal se relèvent, comme des diables qui sortent de leur boîte, avant de commencer à jumper. Et « Tumult », titre maître du seul elpee gravé à ce jour par la formation, porte bien son titre, une bande-son idéale pour mettre le souk et convaincre les plus réticents à danser.  

Du « The Man With The Red Face » de Laurent Garnier, à « Rej » d’Âme, en passant par « Acamar » de Frankey & Sandrino ou encore « Every Wall Is A Door » de N’to, la joyeuse bande reprend allègrement et impeccablement, les classiques de l’électro et la techno.

Deux des trompettistes constituent l’ossature du projet. Thomas en est l’instigateur, mais c’est Hans qui se charge des arrangements et semble remplir le rôle de chef d’orchestre.

Les rappels vont être accordés dans la fosse, au milieu de la foule… un peu trop euphorique, il faut le reconnaître. C’est la semaine du carnaval, mais quand même ! N’empêche, on a vécu, ce soir, une chouette soirée festive, mais soignée par une haute qualité musicale consécutive à une remarquable rigueur technique…

Si vous avez raté ces petits génies du tambour, des cuivres et du marimba, malgré leur tournée estivale accomplie en Europe, ne les manquez surtout plus la prochaine fois ! En ‘live’, Meute est irrésistible...

Setlist : « Gula », « Rej », « Customer Is King », « Think Twice », « Versatyle », « Araxa », « Hey Hey », « Winx », « You And Me », « Every Wall », « The Man With The Red Face », « Drum Solo », « Kerberos ».

Rappel 1 : « Acamar », « Mental Help ».

Rappel 2 : Miss You ».

(Organisation : Botanique)

Laibach

Conceptuel mais déconcertant…

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Suivant sa bonne habitude, Laibach va de nouveau tenter de nous surprendre, ce soir, au Botanique. Entre provocation, brouillage de pistes et jeu de scène époustouflant, le set sera partagé en deux parties distinctes, séparé par une intermission, mais prolongé par un troisième acte (NDR : le rappel), toujours aussi désarmant.

Groupe de référence dans l’univers de la musique indus voire dark wave, Laibach est originaire de Slovénie (NDR : son patronyme n’est autre que l’ancienne appellation de la capitale slovène, Ljubljana). Créative, sa carrière a commencé début des eighties ; aussi, en retracer l’historique nécessiterait l’écriture d’un bouquin, et la résumer est quasi-mission impossible.

Rien que pour comprendre son dernier engagement majeur, en l’occurrence sa tournée accomplie en Corée du Nord, il a fallu se farcir un long documentaire. Intitulé « Liberation day », il était d’ailleurs projeté, la veille de ce concert, au cinéma Nova, à Bruxelles, en présence du réalisateur Morten Traavik et d'Ivan Novak, un des membres du band, une projection à laquelle de nombreux fans ont assisté.

L’Orangerie est presque sold out pour accueillir Laibach. Assez mature, le public réunit de nombreux nostalgiques de la période indus. Le show va démarrer avec un bon quart d’heure de retard. Etonnant quand on connaît la ponctualité bien germanique du combo. Première surprise : l’intro ! Et pour cause, on se croirait dans la basse-cour d’une ferme… Le premier acte est consacré au dernier opus, « The sound of music», dont le tracklisting est interprété dans son intégralité et l’ordre. Inspiré du dernier périple opéré en République populaire démocratique de Corée, mais également du film ‘La mélodie du bonheur’, un long métrage très prisé au pays de Kim Jong-un, cet elpee a, de nouveau, de quoi déconcerter. Pourtant, les premières minutes du set sont carrément agaçantes. Le chant lyrique de la choriste évoque celle d’une candidate de l’Eurovision. Mais dès que Milan Fras grimpe sur le podium pour y poser sa voix immuablement rauque sur le titre maître de l’album, le concert prend une toute autre dimension. L’ensemble devient harmonieux, pondéré et maîtrisé. Même Milan affiche le sourire et adresse un regard bienveillant à l’égard de son public et des autres membres de la formation. Ce qui est inhabituel dans son chef. Les images projetées en arrière-plan et sur les enceintes sont carrément bluffantes. Excellent, « Edelweiss » est enrichi de chœurs d’enfants… mais samplés. Et tout aussi épatant, « So long. Farewell » est décliné en plusieurs langues (‘auf wiedersehen, adieu’).

Après l’entracte, au timing quand même scrupuleusement respecté, place au deuxième volet du show. Pour lequel les acteurs ont changé de costume. Et la musique va aussi changer radicalement de style, passant alors à l’indus. Tout au long de « Mi kujemo bodočnost », Milan nous matraque de slogans. Avant de s’éclipser quelques minutes afin de laisser ses musicos s’exprimer à travers une musique tour à tour bruitiste, jazzyfiante et même métallique. On pourrait imaginer qu’il s’agit d’une jam, mais en fait, tout est réglé comme du papier à musique, à l’instar de l’ensemble du spectacle qu’on pourrait qualifier de conceptuel. « Smrt za smrt » et « Nova akropola » s’enchaînent à merveille. Les lyrics sont martelés à la manière d’un leader politique dont le disours tient de la propagande. Pendant « Vier personen », les  portraits de Marx, Engels, Lénine ou Trump s’affichent tour à tour. Cherchez l’erreur ! Le temps de six morceaux, soit durant une bonne trentaine de minutes, on est plongé au sein d’un univers sombre, à la limite de la persécution…

Et on n’est pas au bout de nos surprises, puisque le rappel va se singulariser par une autre forme d’audace. Laibach nous réserve ainsi une cover du « Sympathy for the devil » des Stones, d’abord. Puis « The coming race » nous plonge dans la science-fiction, et tout particulièrement celle du film ‘Iron sky’. Encore qu’on y décèle, à nouveau, des traces eurovisonaires, mais aussi du générique d’un hypothétique James Bond. Marina Mårtensson, la nouvelle chanteuse, revient sur l’estrade, dans une tenue beaucoup plus décontractée. Haut-perchée, sa voix peut impressionner, mais votre serviteur préférait celle de sa devancière, Mina Špiler. « Surfing through the Galax y » clôt la prestation. Un titre country/folk bien yankee, au cours duquel Milan revient coiffé d’un chapeau texan. Déroutant ! Mais de quoi aussi briser son image gothique.

D’ailleurs de nombreux fans purs et durs d’EBM ou indus de la première heure, reconnaissables à leur crâne plutôt rasé, quittent prématurément le show, criant presque à la supercherie. A contrario celles et ceux qui apprécient l’originalité et la liberté de ton du spectacle, approuvent, félicitent et l’ovationnent, car il est bien plus intéressant que celui de ces groupes ou artistes issus des eighties, qui se contentent, lors de leurs concerts, de proposer un répertoire en forme de ‘best of’… 

 (Organisation : Botanique)

Samba Touré

Depuis le blues du désert jusqu’au delta du Mississippi…

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Le blues du désert, c’est un peu celui du Delta du Mississipi –donc supposé lent– qui intègre des instruments traditionnels maliens. Le père de ce style musical était Ali Farka Touré, décédé en 2006. Il chantait en plusieurs langues africaines, dont le songhaï, le peul, le touareg et le bambara. Des idiomes également pratiqués par Samba. Il a milité chez Farafina Lolo, Super Lolo, Fondo mais aussi au sein du backing group d’Ali, avant de se lancer en solitaire. En mai 2018, il a publié son 8ème opus solo, « Wandé », sur le label Glitterbeat (Kel Assouf, Labi Traore, Jupiter And Okwess, Lobi Traore, Orkestra Mendosa, Tamikrest, …), dont il va nous réserver de larges extraits, tout au long de ce set accordé face à une centaine de spectateurs…   

Un peu après 20h30, stetson vissé sur le crâne, Samba Touré grimpe sur l’estrade. Il va se consacrer au chant et à la gratte électrique. Il est suivi par un trio vêtu de costumes traditionnels de l’Afrique de l’Ouest, dont un bassiste (NDR : une cinq cordes !), un drummer –qui s’installe sur une calebasse en bois retournée sur un cajon (NDR : une sorte de gita)– ainsi qu’un préposé au tama (percu de la famille des membranophones) et au n’goni (type de luth à cordes pincées), des instruments indigènes, dont il joue de deux modèles, mais de tailles différentes.

La première moitié du spectacle s’inscrit dans la lignée du blues traditionnel du Delta, si bien incarnée par John Lee Hooker ou Ry Cooder. Les solos de guitare sont nombreux et empreints de délicatesse. Statiques, les musicos semblent plongés ans une forme de méditation divinatoire, au sein de laquelle flotte la voix pure de Samba.

Fruit de la rencontre entre les racines maliennes et les influences occidentales, la musique de Samba, lorsqu’elle devient dansante, se charge d’intensité et libère énormément de groove. Et le second acte va se révéler davantage rythmé. Le tama dynamise les compos et quelques spectatrices remuent le popotin ou entament une danse africaine propice à l’envoûtement. Les interventions du préposé au n’goni et celles à la guitare Touré, parfois funkysantes, mais surtout hantés par son mentor Ali Farka Touré ou carrément Bo Diddley, rivalisent d’efficacité au fil de l’amplification des sonorités et du recours aux pédales de distorsion, alors que le préposé à la basse s’évertue à respecter une ligne de conduite douce et harmonieuse…  

La crise au Mali est peut-être terminée, mais les dangers demeurent toujours bien présents. Bien sûr les morceaux d’«Albala » sont moins sombres que sur le précédent LP, enregistré lorsque les Islamistes contrôlaient son village. Mais il nous rappelle sa colère, ses angoisses et ses souffrances, nées de l’indifférence manifestée par le monde extérieur, à travers le single issu de cet elpee, « Gandadiko », alors que « Woyé Katé » est un appel au retour des réfugiés… 

(Organisation : Ancienne Belgique + Glitterbeat Records)

Clara Luciani

Créative et aussi capable de surprendre, sans s’étendre…

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Si le mois de mars est marqué par les prémices printanières, soufflant le froid polaire ou le chaud méditerranéen, le spectacle qui se déroule aujourd’hui, dans l’enceinte du Théâtre du Manège de Mons, est quant à lui brûlant d’intérêt.

RIVE, binôme sexué bruxellois et Clara Luciani, artiste en vogue outre-Quiévrain, sont programmés au sein de cette structure dont le nom a été choisi en souvenir de l’ancien manège militaire de Léopold, car c’était son emplacement, avant qu’il ne soit bombardé en 1944.

Les lieux sont très tôt pris d’assaut, puisque le concert a été décrété sold out rapidement. Si les uns ont un premier essai tombé fraîchement dans les bacs depuis hier seulement, la seconde a déjà acquis une belle notoriété grâce à son tube « La grenade », martelé fréquemment sur les ondes radiophoniques généralistes.

A 19 heures pétantes, à peine la lune vient d’y dévoiler sa robe blanche et nacrée, que le duo monte sur les planches. Elle, au piano, à la gratte électrique et au chant. Lui, se charge des fûts et des claviers.

Formé en 2015, RIVE (s’) impose un style électro-pop enjoué. Face au succès critique et populaire, un premier Ep, « Vermillon », voit le jour seulement deux années plus tard. Deux titres seront traduits en clips, « Vogue » et « Justice », des vidéos à l’expression graphique hautement léchée que l’on doit à l’équipe du Temple Caché.

C’est un par « Soleil » rayonnant que nos hôtes d’un soir embrasent leur tour de chant. Juliette martèle l’ivoire avec conviction et détermination. Son grain de voix éthéré, chaud, passionné et sensuel suscite le désir et en devient même émouvant.

La frappe de Kévin sur les peaux est d’une amplitude rare, comme s’il était très habité. Il vit d’une intensité rare son univers. Sa rythmique hautement précise devient vite entêtante et enveloppe les compositions avec acharnement.

« Fauve » emboîte le pas et nous dévoile une vision de l’amour et des rapports charnels très contemporains, la demoiselle assumant, semble-t-il à merveille cette nouvelle féminité.

Les thématiques sont plurielles et contemplatives de la société moderne. Les textes sont ciselés. Ils ont du coffre et de la puissance tout en offrant une proposition narrative très intéressante. Il y a à la fois du vécu et un soupçon de virginité.

Qu’elle soit due à une phase de sommeil artificiel ou encore à l’ivresse incontrôlée, « Narcose » plonge l’assemblée, complètement happée par le show, dans une forme d’envoûtement, préambule au lâcher-prise…

Alors que les premières gammes de « Vogue » sont reproduites à la gratte, un problème de retour son oblige le drummer à stopper net dans sa progression. La maîtresse des lieux se défendra pudiquement en s’excusant presque pour ces aléas du direct et de reprendre de plus belle le premier morceau qui a propulsé médiatiquement le duo. Un incident très vite oublié…

Alors que la métaphorique boréale lumineuse devient alors de plus en plus discrète, l’auditoire semble subjugué. La « Nuit » se pose enfin dans un crépuscule reposant par un quatre mains au piano mémorable en guise de dessert, annonçant une inéluctable fin…

Une prestation unanimement appréciée qui est parvenue à condenser un florilège d’émotions : on a ri, pleuré, dansé, dans une existence perceptive. Bref, on a vécu, tout simplement le temps d’une trentaine de minutes (voir les photos ici)

Sur le coup de 20 heures, en fond de scène, des vitraux estampillés ‘CL’, joliment animés par les lights, apparaissent. De l’aveu même de Clara Luciani, ces dessins seraient tout droit sortis de son imaginaire lorsqu’elle était seule dans sa chambre.

Après un spoken word saisissant en voix ‘off’, « On ne meurt pas d’amour » ouvre les hostilités, la ligne de basse accentuant encore les doutes et les fêlures de cette composition.

Véritable guerrière des temps modernes, elle enchaîne par « Comme toi », avant de prendre une petite pause et signaler au public qu’il s’agit de sa troisième date belge. Faut-il la croire sur parole lorsqu’elle scande tout comme César que les Belges sont les meilleurs ?

Elle aime aussi les chansons qui ont un prénom. ‘Quelqu’un s’appelle Eddy dans la salle ?’ demande-t-elle innocemment. Manifestement, les heureux élus ne sont pas légion. Peu importe, « Eddy » pointe quand même le bout de son nez sous un air groovy et parvient vite à faire oublier cette emphase…

Qu’on lui jette « Les fleurs », mais lorsqu’elle se met « Nue », Miss Luciani se dévoile constamment dans cette « Drôle d’époque ». Celle vers laquelle, nous jetons tous, un jour, un regard désabusé dans le rétroviseur de nos vies.

Quelque part entre rock ciselé et pop mélancolique, la Marseillaise d’origine ne s’improvise pas ; elle bouscule les conventions et défend ses idéaux en signant le combat d’une femme qui peine à trouver sa (juste) place, face à l’opprobre masculine…

Sa voix grave et chaude, souvent comparée à la regrettée Nico (NDR : une véritable icône du rock qui assurait les vocaux sur le premier elpee du Velvet Underground) ou à Françoise Hardy, affiche une identité vocale unique.

L’univers qui la hante surprend et nous offre une belle palette de sentiments, tantôt graveleux, tantôt atmosphériques. Ceux qu’elle admet bien vouloir partager le temps d’un soir avant que sa vulnérabilité la rattrape insidieusement. Il y a chez cette femme une dualité constante entre vouloir changer les choses et s’y complaire malgré elle…

Grâce à son refrain imparable, intime et puissant ‘Sous mon sein, la grenade’, la « Grenade », titre phare et explosif, résonne par son hymne révolutionnaire avant de voir disparaître l’artiste. Qui reviendra quand même pour accorder un double rappel.

« La dernière fois » sera l’occasion de tester les capacités oratoires des aficionados tel un laboratoire humain grandeur nature.

Sa version personnelle de « Blue Jeans » de Lana Del Rey, réinterprétée dans la langue de Voltaire, rappelle combien la jeune femme parvient, dans un registre plus doux et éthéré, à émouvoir encore davantage.

Autre reprise, celle de « The Bay », un tube signé par la clique à Joseph Mount (Metronomy), montre à quel point la Française est créative et aussi capable de surprendre, sans s’étendre…

Finalement, deux styles, des émotions parallèles et un combat unique ! Une belle bouffée d’oxygène…

Setlist RIVE : Soleil, Fauve, Justice, Narcose, Vogue, Nuit.

Setlist Clara Luciani : Intro - On ne meurt pas d’amour - Comme toi - A crever - Bovary - Eddy - Les fleurs - Nue - Mon ombre - Drôle d’époque - Dors - Monstre d’amour - Emmanuelle - Cette chanson - La baie - La grenade
Rappel : Folle - La dernière fois - Jean bleu

(Organisation : Mars)

 

Warmduscher

Un cow-boy qui se prend pour un speaker d’hippodrome ou un télévangéliste yankee…

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Paru l’an dernier, le dernier album de Warmduscher, un quatuor réunissant des membres et ex-membres d’Insecure Man, de Paranoid London, Childhood et surtout Fat White Family, « Whale city », figurait au sein du Top 15 de votre serviteur. Responsable d’une musique souvent âpre, sauvage également, mais particulièrement originale, qui oscille entre punk, garage, rock, krautrock, blues, surf, soul, funk, surf, glam, electronica et même disco, il se produisait au club de l’Aéronef, ce dimanche 24 février. Compte-rendu.

Lorsque la formation grimpe sur l’estrade, on est immédiatement frappés par le look de cow-boy affiché par deux des musicos. Le drummer a enfilé une tenue country de couleur crème. Puis le chanteur, Clams Baker Jr, est coiffé d’un stetson et chaussé de lunettes fumées. Il porte un pull dont la fermeture-éclair est ouverte, laissant apparaître son torse nu. Il se sert de deux micros, pour propager des intonations différentes à sa voix chargée de reverb, et d’une petite table de mixage dont il triture régulièrement les boutons, afin de dispenser des sonorités synthético-spatiales. Interactif, il ne chante pas vraiment, mais plutôt déclame, parfois un peu à la manière de Jon Spencer, à moins qu’il ne s’inspire d’un speaker d’hippodrome ou encore d’un télévangéliste yankee.  Longiligne, affublé de rouflaquettes, le guitariste a enfilé un costume en pied de poule, dont il va ôter la veste au bout d’une dizaine de minutes. Enfin, le bassiste a les cheveux en broussailles, un peu comme Kele Okereke, aux débuts de Bloc Party.

Malsains et infectieux, les riffs de gratte raniment le souvenir de Butthole Surfers. La ligne de basse vire régulièrement au funk. Mais en général, le garage/punk proposé par Warmduscher écrase tout sur son passage. A l’instar de « No way out » qui, tel un train à vapeur lancé tombeau ouvert, nous prévient de son arrivée, à travers des chœurs (NDR : ouh ! ouh !) censés reproduire les sifflements de la locomotive, et puis surtout du furieux « Big Wilma ». Plus lent et cinématique, le titre maître du second LP, colle parfaitement à l’image du band, une compo qui baigne au sein d’un climat de western spaghetti, un peu dans l’esprit de Sergio Leone voire d’Ennio Morricone ; mais ce qu’on ne parvient pas à sortir de sa tête, à l’issue du concert, ponctué par un bref rappel, c’est cette ligne de basse qui hante littéralement « Standing on the corner »…

Un chouette concert mais à la limite de provoquer des acouphènes… 

Il revenait à Death Valley Girls, d’assurer le supporting act. Fondé en 2014 par la multi-instrumentiste Bonnie Bloomgarden, le groupe implique également la bassiste Rachel Orosco, le guitariste Larry Schemel et sa sœur, Patty, ancienne drummeuse chez Hole. Bonnie porte une robe de couleur rouge flamboyante. De petite taille, elle alterne entre claviers et guitare, et sa voix évoque parfois celle de Siouxsie Sioux. Mais trop brouillon, le garage rock désertique et ténébreux proposé, bien qu’efficace sur disque (NDR : raison pour laquelle Iggy Pop ne tarit pas d’éloges le combo), manque de cohésion et de fluidité sur les planches. On a même parfois l’impression que le guitariste joue dans son coin. Dommage ! Paraît que la chanteuse était grippée. Elle avait sans doute aussi refilé le virus aux autres membres du band… Une chose est sûre, elle ne semblait pas dans son état normal…

(Organisation : Aéronef)

 

The Experimental Tropic Blues Band

Démoniaque !

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Plus de 20 ans que The Experimental Tropic Blues Band roule sa bosse. Ce power trio liégeois se produisait au Magasin 4, ce vendredi 22 février.

Dr Voice devait assurer le supporting act. La maman du drummer vient de décéder. Elle collaborait activement au projet ; ce qui explique pourquoi la formation a déclaré forfait.

La salle est bien remplie lorsque Jérôme Vandewattyne, le réalisateur du long mtrage (1h27’) « Spit'N'Split » pour La Film Fabrique, vient présenter ce petit chef-d’œuvre à la belge, primé dans quelques festivals prestigieux, un peu partout en Europe. La Film Fabrique est une structure qui crée, développe et produit des clips vidéo, des fictions et des documentaires. Composée d'une équipe pluridisciplinaire, LFF défend une vision alternative de l'audiovisuel en Belgique.

Ce faux-documentaire, Jérôme l’a tourné en suivant le band pendant 2 ans, armé de son appareil photo Panasonic Lumix GH2 et son objectif de caméra de surveillance. Pour Jeremy Alonzi, Vandewattyne est quelqu'un qui aborde le cinéma comme on aborde la musique. Des scènes de fiction se sont glissées dans le docu devenu très vite film, au cours duquel Bouli Lamers apparait même à la fin. Et c’est TETBB qui en a composé la B.O., aussi déjantée que le scenario.

Place ensuite au combo. Dirty Coq, Boogie Snake et Devil D’inferno vont nous livrer un set particulièrement nerveux de 60 minutes. Jérémy nous a confié que c’est la seule date pour cette année. En outre, que le band a fait le tour du rock garage. Donc que le prochain elpee sera totalement différent. Mais que les musicos doivent encore écrire les compos.

Le garage/punk/boogie/rock de The Experimental Tropic Blues Band est aussi crasseux et incontrôlable que jamais. Et puis, il incite toujours à se déhancher. Le combo va puiser, ce soir, largement dans le dernier opus. La frappe de David, sur ses fûts est sauvage et métronomique. C’est lui qui donne le tempo. Comme d’habitude, Jérémy dévore littéralement son micro et quand il pousse des gémissements ou éructe ses paroles, on imagine qu’ils ou elles émanent des entrailles de l’enfer. Perpétuel agité, Jean-Jacques ne tient pas en place et arpente le podium dans tous le sens. Il harangue constamment la foule dans le seul but de la faire réagir. Et dans la fosse, plutôt compacte, elle répond favorablement à son invitation. Tout au long de « Sushi », il souffle dans son harmonica comme un possédé asthmatique. Démoniaque ! Et puis, c’est devenu un rituel, il se lance dans la foule, après avoir abandonné son instrument pour se laisser porter à bout de bras. Les mains balaient alors son corps qui lâche alors des bruits aussi insolites qu’inattendus. Le set s’achève par le déjanté et frénétique « Keep This Love ». Jérémy n’en a pas profité pour exhiber ses bijoux de famille, lors de ce set. Il les a laissés dans son tiroir. En rappel, le trio va encore nous réserver « Jealous Rock », « Mexico Dream Blues », et « Garbage Man », un titre qui ne devait pas figurer dans la setlist.

Setlist : “Straight To The Top“, “Twose Dicks”, “Nothing To Prove“, “Express Yourself“, “We Ird“, “Baby Bamboo”, “I Went Down”, “Power Of The Fist”, “Disobey”, “Sushi”, “I Dig You”, “Keep This Love”.

Rappel : “Jealous Rock”, “Mexico Dream Blues”, “Garbage Man”.

(Organisation : Magasin 4)

Tears For Fears

Début des eighties, ces beaux adolescents romantiques étaient très susceptibles de faire chavirer les cœurs…

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Originaire de Bath, en Angleterre, Tears For Fears est un duo réunissant Roland Orzabal et Curt Smith. Fondé en 1981, il est né en plein mouvement new wave. De 1983 à 1993, il a rencontré un énorme succès, accumulant toute une série de hits devenus emblématiques comme « Shout », « Everybody Wants To Rule the World » ou « Sowing The Seeds Of Love ». Et si après cette période faste il a connu un creux, il a quand même vendu, au cours de sa carrière, plus de 30 millions d’albums.  

TFF avait baptisé sa tournée européenne ‘Rule The World’. Une suite à son périple triomphal accompli en 2017, à travers le monde, dont le point d’orgue a été atteint lors d’un concert grandiose, accordé à Rio, face à 350 000 spectateurs. Ce tour du globe sert également de titre à son nouvel album, paru en novembre dernier, le premier depuis quatorze ans, une sorte de ‘Greatest hits’ enrichi de deux inédits, « I Love You But I’M Lost » et « Stay », que l’on espérait entendre ce soir. La tournée avait cependant été reportée en 2019, suite à des problèmes de santé rencontrés par d’un des deux membres du band.

Quelques mois après avoir décroché un énorme tube, grâce à « Stargazing », une chanson composée par Kygo, Justin Jesso est de retour. Après une tournée au cours de laquelle le Dj norvégien l‘avait emmené. De la même trempe, « My Body » (NDR : voir le clip ici) est à la fois dansant et tout aussi efficace.

Et c’est par ce morceau électro/pop qu’il entame son set. Justin siège derrière les ivoires, lors de la cover du « Make You Feel My Love » de Dylan, et sa voix est vraiment bouleversante. Multi-instrumentiste, il est aussi à l’aise au piano qu’à la guitare. Le show s’achève par l’inévitable « Stargazing ». Souvent les chanteurs ou chanteuses engagées par les Djs ne font pas long feu. Et bien, il faut croire que pour une fois, Justin Jesso sera l’exception qui confirme la règle… (pour les photos, c'est ici)

Setlist : « My Body », « One Good Reason », « Stitch 'em Up », « I Will », « Make You Feel My Love » (cover Bob Dylan), « Let It Be Me », « Getting Closer », « Stargazing ».

Quand les lumières s’éteignent, votre serviteur ne sait plus si on est en 2019 ou en 1985. Et pour cause, le 13 avril 1990, il assistait au concert de Tears For Fears, à Forest National. 27 ans déjà !

Pendant la version samplée de Lorde, les musicos s’installent. Un claviériste (synthé, Hammond), un drummer et la choriste Carina Round. Alors qu’elle entame le refrain, Smith débarque et salue la foule. Puis Orzabal. Le premier se charge de la basse, le second, de la guitare. De nombreuses barres de lumières projettent alors leurs étoiles. Et lorsque le set s’ouvre par « Everybody Wants To Rule The World », on se rappelle que, début des eighties, ces beaux adolescents romantiques étaient très susceptibles de faire chavirer les cœurs… Rien n’a changé : sauf que Curt Smith et Roland Orzabal, les deux âmes de Tears For Fears, ont 57 ans et leur public, pas loin… Des lumières bleues et jaunes inondent les premiers rangs. Le public est déjà debout et les smartphones s’illuminent. Des vidéos défilent sur un immense écran placé au-dessus des artistes. La setlist recèle 15 morceaux dont 12 sont issus des 3 premiers elpees, tous des hits planétaires. Puissants et énergiques, « Sowing The Seeds The Love », « Woman In Chains » et « Head Over Heels » sont parfaitement restitués et repris en chœur par les fans. En ‘live’, les versions sont même meilleures que originales. « Mad World » est à la fois tendu et intense. L’adaptation de « Change » est modernisée et vitaminée. Frémissant, « Suffer The Children » met en exergue un superbe duo avec Carina Round. Ce n’est pas Oleta Adams, mais plutôt soul, sa voix évoque celle de Beth Heart, et notamment tout au long de « Suffer The Children » et « Woman In Chains ». Plutôt paisible, la cover du « Creep » de Radiohead a de quoi étonner.  Pendant 75’, votre serviteur a eu l’impression de remonter le temps, peut-être à bord de la DeLorean DMC-12 du professeur Emmett Brown… Et en rappel, la troupe nous a réservé un « Shout » magistral, ponctuant un show, en tous points parfait… (pour les photos, c'est )

Setlist : « Everybody Wants To Rule The World », « Secret World », « Sowing The Seeds Of Love », « Pale Shelter », « Break It Down Again », « Advice For The Young At Heart », « Creep » (Radiohead cover), « Change », « Mad World », « Memories Fade », « Suffer The Children », « Woman In Chains », « Badman's Song », « Head Over Heels, Broken ».

Rappel : « Shout ». 

(Organisation : Greenhouse Talent)

Steven Wilson

Accueil royal pour le 'Wilson-King'...

Moins d'un an après sa dernière visite, accordée à l'Ancienne Belgique, et quelques mois après son passage, très remarqué, à Werchter, Steven Wilson est de retour en Belgique, et pour la circonstance, au Cirque Royal. Le Britannique est auréolé du succès, aussi imprévu que colossal, de son dernier opus : « To The Bone », qui a largement dépassé les ventes de toutes ses autres plaques, y compris celles réalisées par son précédent groupe, Porcupine Tree. Tenez-vous bien : « To The Bone » a même atteint la deuxième place dans les charts outre-Manche ! Un exploit pour un artiste plutôt 'alternatif'. Il faut dire que le simple « Permanating », aux sonorités très pop, est destiné à attirer un nouveau public.

On mesure le chemin parcouru par le 'King of Prog' et on doit reconnaître qu’il a réussi son pari : faire évoluer sa musique et gagner de nouveaux aficionados. Par contre, il a malheureusement perdu beaucoup de fans originels de Porcupine Tree, déçus par le côté nettement moins prog/metal des nouvelles productions.

Ce soir, le Cirque Royal affiche néanmoins complet et on ne peut que féliciter l'équipe de gestion qui a repris les rênes de la salle sous la houlette de Denis Gerardy :  le Cirque rénové est un joyau qui brille de mille feux et l'organisation y est impeccable.

Le concert commence par la projection d'un court-métrage, « Truth », qui met en scène les concepts développés dans l'album « To The Bone ». Le contraste entre les images et les mots affichés souligne tout le danger des nouveaux médias, au sein desquels le 'fake' et la désinformation prennent de plus en plus le pas sur la 'vérité'. La musique de fond devient progressivement plus sombre et une acclamation accueille les artistes au moment où ces derniers prennent place sur le podium.

Wilson est accompagné de son fidèle bassiste, Nicky Beggs (ex-Kajagoogoo, Steve Hackett) et du claviériste Adam Holzman, qui, excusez du peu, a côtoyé Miles Davis. Ils sont épaulés par le batteur Craig Blundell, un musicien de sessions et, à la guitare, Alex Hutchings, qui a remplacé Dave Kiliminster, occupé comme on le sait, par la tournée de Roger Waters.

 « Nowhere Now » ouvre le set et d'emblée, le ton est donné. Les riffs de guitare, inspirés par Rush, s'intègrent dans un cadre harmonique rappelant le Pink Floyd de « Learning To Fly », mais l'ensemble porte l'empreinte, indélébile, de Steven Wilson. On le constatera tout au long de ce concert, l'artiste est passé maître dans l'art de s'approprier un éventail extrêmement large d'inspirations musicales, de les digérer et de fournir, au final, une signature unique, reconnaissable entre mille. La marque des grands artistes.

Pour la chanson suivante, « Pariah », la vocaliste israélienne Ninet Tayeb, absente, apparaît en vidéo sur le voile transparent dressé entre le podium et le public. Ce titre, très pop dans sa structure, révèle le côté foncièrement sociologique des thèmes abordés par Wilson dans les paroles de ses chansons.

Sur la scène, l'artiste évolue pieds nus, suivant son habitude. A plus de 50 ans, il a toujours son éternel look d'étudiant de fac. Planté au centre de l’estrade, il joue au chef d’orchestre au sein de son supergroupe. Il passe de la guitare électrique à la sèche, stimule en permanence ses musiciens ; et parfois, sans instrument, souligne les impulsions majeures de l’expression sonore.

Après « Pariah », Wilson salue le public et l'invite à se manifester davantage : ‘Nous avons besoin de sentir votre enthousiasme !’ Poursuivant sur un ton très 'tongue in cheek', il explique que vu le couvre-feu imposé à 22h30, le show sera un peu raccourci et donc, pour une fois, il sera obligé de parler moins !

 « Home Invasion / Regret #9 », extrait de l'album « Hand. Cannot. Erase » permet au groupe de passer aux choses sérieuses. Après les compositions plus 'accessibles', place à un tour de force de plus de 10 minutes, où foisonnent les éléments metal, jazz-rock, voire même free-jazz, sans oublier les envolées prog/psyché. Un véritable patchwork évoquant King Crimson, Pink Floyd, Camel, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autre Van der Graaf Generator. Adam Holzman est ici parfaitement dans son élément et il s'offre un solo au mini-Moog complètement ahurissant. On pense à Happy The Man, ce groupe américain de la fin des seventies injustement sous-estimé, auquel Holzman voue, nous a-t-il confié en coulisse, une énorme admiration. Alex Hutchings prend le relais pour un solo 'gilmouresque' plus orienté rock mais tout aussi impressionnant. On en a des frissons dans le dos ! C'est enfin Wilson lui-même qui clôture la composition tout en douceur sur les cordes de sa guitare signée Paul Reed Smith.

 « Don't Hate Me » constitue la première incursion dans le répertoire de Porcupine Tree et la réaction d'une partie du public est, on s'y attendait, délirante. Le riff de guitare s'installe tout en douceur, lové dans les volutes atmosphériques créées à l'époque par le grand Richard Barbieri (ex-Japan). On ne va pas revenir sur la polémique 'Porcupine Tree versus Wilson en solo' mais on ne peut à nouveau que regretter la dissolution de ce groupe légendaire. Même si Wilson apportait la base des compositions, PT était le fruit d’un travail de groupe. Les musiciens étaient tous impliqués dans la composition et participaient également aux arrangements, ce qui expliquait leur richesse. Ecartant toute pensée négative, nous nous concentrons sur le spectacle, qui nous plonge dans un moment de pur bonheur, et notre gorge est serrée pendant le refrain : ‘Don't Hate me, I'm not special like you...’

Après ce moment magique, on revient sur terre. ‘Ce soir, j'ai envie d'être une rock star', confie Wilson, un sourire en coin. 'Mes deux nièces sont présentes dans la salle et je veux leur montrer que leur oncle est une star !' Et l'Anglais de supplier le public de lui faire un triomphe au cours de la prochaine chanson, surtout pendant le solo de guitare, qu'il interprétera, promet-il, sans regarder son manche ! 'Comme les Jimmy Page et autre Jimmy Hendrix !' C'est « The Same Asylum as Before » et pendant le solo, interprété sur une Telecaster vintage que Wilson a acquise récemment, le public sur-joue à la perfection, réservant un triomphe au chanteur-guitariste en plein ego-trip. Funny !

La partie suivante du spectacle est, sans doute, la plus faible, car ni « Get All You Deserve » ni « Ancestral » ne parviennent à nous faire décoller. L'interlude prévu normalement à ce moment-là est remplacé par deux solos, réalisés à la batterie et à la basse, le temps que les autres musiciens se rafraîchissent et reviennent pour « No Twilight... » mais surtout pour « Index ». Ce titre, extrait du second LP solo de Wilson, « Grace For Drowning », est un pur chef-d'œuvre. Le thème est on ne peut plus 'dark' :  un tueur en série raconte qu'il est juste un collectionneur incompris. La musique est à tomber... raide mort. C'est un crossover glaçant entre dark ambient, post-metal et trip-wave, un voyage menaçant et hypnotique qui creuse dans les tréfonds de l'âme humaine.

Contraste ô combien violent, le moment suivant est le plus 'commercial' de tout le spectacle. Certes, le single « Permanating » représente le plus large succès de Wilson à ce jour, mais on ne sait que penser de ce titre bâtard, constitué d'un collage maladroit de phrases musicales empruntées aux années '80. Le refrain s’inspire un peu trop d'Abba, et notamment de « Mama Mia », le couplet de Flash and The Pan et le bridge d'Electric Light Orchestra. Et le résultat pourrait figurer sur la face B d'un mauvais single de Coldplay. Wilson a beau le présenter comme un moment 'pop' qui, loin de la morosité dépressive de ses autres compos, évoque une 'célébration de la vie', on attend juste que le moment passe… et le plus vite possible.

Dans la foulée, « Song of I » prolonge l'ambiance 'Années 80' en réanimant ouvertement l’esprit de Prince. Ici, à nouveau, la voix féminine est diffusée en playback et l'attention du public se focalise surtout sur la superbe vidéo, mettant en scène une danseuse, dont la silhouette est projetée sur le voile au-devant de la scène. A partir du milieu du morceau, le son vire au 'dark trip-hop' façon Massive Attack, le tout rehaussé par des cordes kashmiresque : une totale réussite !

Après « Lazarus », nouvel emprunt à PT, l’instrumental « Vermillioncore » permet aux fans de metal de pratiquer un peu de 'headbanging', lors des passages plus 'heavy'. « Sleep Together » clôt le set, un morceau qui figure sur « Fear of a Blank Planet », sans doute le meilleur opus du défunt et mythique combo. L'intro, très dark électro, lorgne vers Nine Inch Nails et le refrain provoque une véritable explosion : ‘Let's sleep together... Right now’. Difficile de ne pas discerner une analogie entre ce refrain et celui de « Sweet Harmony » de The Beloved... La progression finale de la composition est irrésistible et mène inexorablement vers un orgasme sonore final...

En rappel, Steven Wilson offre un petit set acoustique, accompagné du seul Adam Holzman au piano. Au programme, deux compositions qui, aux dires même du musicien, tiennent parfaitement la route sous cette formule minimaliste. Une preuve que ce sont des bonnes compos ! Et on confirme. Tant « Blackfield », la chanson qui a donné son nom au projet d'Aviv Geffen, que « Sentimental », de Porcupine Tree, font parfaitement mouche. Pour clôturer le spectacle, on a droit à une tout dernière reprise de PT : « The Sound of Muzak » et, en point d'orgue idéal, « The Raven that Refused to Sing », probablement la plus belle composition de Steven Wilson. Assis sur un tabouret, il chante cette mélodie déchirante, rehaussée par la superbe vidéo d'animation de Jess Cope. On n’entend pas une mouche voler tout au long de cette chanson qui vous flanque la chair de poule. Le son quadriphonique renvoie des effets provenant des quatre coins de la salle, pour une expérience musicale totale. ‘I'm afraid to wake... I'm afraid to love...’

Un concert parfait à tous points de vue : son, lumières, vidéos, contact et bien sûr... les chansons. Steven Wilson appartient incontestablement à cette catégorie de génies polyvalents, au même titre que les Bowie, Reznor et autre Yorke, qui ont marqué d'une empreinte indélébile la musique 'indie' contemporaine. On est impatient de découvrir ce que le 'Wilson King' nous réserve dans le futur. Une reformation de Porcupine Tree pour un album et une tournée ? Faut pas rêver...

Setlist :

Intro - ("Truth" Short film)
Nowhere Now
Pariah
Home Invasion
Regret #9
Don't Hate Me (Porcupine Tree song)
The Same Asylum as Before
Get All You Deserve
Ancestral
Solos drums & bass
No Twilight Within the Courts of the Sun
Index
Permanating
Song of I
Lazarus (Porcupine Tree song)
Vermillioncore
Sleep Together (Porcupine Tree song)

Encore:

Blackfield (Blackfield song) (acoustic SW and Adam Holzman only)
Sentimental (Porcupine Tree song) (acoustic SW and Adam only)
The Sound of Muzak (Porcupine Tree song)
The Raven That Refused to Sing

(Organisation : Cirque Royal + Live Nation)

Photo : Nath Alie Héméra

Jonathan Jeremiah

De la soul old school, mais pas seulement…

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Originaire de Londres, Jonathan Jeremiah est auteur, compositeur et interprète. C’est aussi un chanteur dont la voix soul évoque celle de Burt Bacharach. Il joue de la guitare depuis ses 5 ans. Excellent musicien et poète, il s’inscrit dans la grande tradition soul tout en revendiquant l’héritage de la musique folk anglaise. Trois ans après avoir gravé « Oh Desire », il a publié son troisième opus. Un LP très groovy et dansant. Intitulé « Good day », il a été enregistré au Kong studio de Ray Davies ; et lors des sessions, il a reçu le concours de Ben Trigg, un des nombreux membres de The Heritage Orchestra, afin de réaliser les arrangements.

Le supporting act est assuré par Ruben Samama, un Batave que votre serviteur avait découvert derrière une contrebasse, au service de Gabriel Rios. A l’époque, il se consacrait également aux chœurs. Son approche unique sur son instrument, il la doit aux formations qu’il a suivies, tant au Conservatoire Royal de La Haye qu’à la Manhattan School of Music de New York, véritable berceau du jazz. Outre ses travaux de production avec, entre autres, Gabriel Rios, Jonathan Jeremiah et Jungran Cho, Ruben a composé de nombreuses B.O. cinématographiques, et a remporté, notamment, le ‘Deloitte Jazz Award’, en 2010. Après avoir publié deux elpees bien ancrés dans le jazz, il a décidé, ce soir, de se produire sous un profil davantage folk. Jonathan vient présenter l’artiste qui va simplement chanter un récital empreint de sérénité, en s’accompagnant à la gratte semi-acoustique. Après avoir interprété une chanson consacrée aux filles, deux midinettes anversoises engagent un dialogue avec Rubben au sujet de donzelles rencontrées lors des concerts. Très discret, Rubben répond qu’il n’y a qu’une seule femme dans sa vie et met un terme à la conversation. Il continue alors son set qui vire alors progressivement à l’americana…

Place ensuite à Jonathan Jeremiah. Avant qu’il ne monte sur le podium, ses musicos s’installent. Soit une section de cordes féminine réunissant deux violonistes et une violoncelliste, également préposées aux backing vocaux, un bassiste, un guitariste et un drummer à la longue chevelure blonde. C’est lui qui, le plus souvent, après avoir échangé un furtif regard avec Jeremiah, donne le signal de départ d’un morceau. Passé l’intro de « Hurt no more », exécutée par les cordes, Jonathan débarque à son tour. Il va se consacrer à la gratte semi acoustique (NDR : une Gibson) ou se réserver le piano à queue (NDR : un Yamaha de couleur noire). La ligne de basse, à la limite de la rupture, claque. Directement, la musique plonge dans la soul old school, une soul soulignée par des chœurs atmosphériques aux accents afro-américains. Ruben se dirige vers son piano pour attaquer « Mountain ». Ses musicos se mettent à siffler et pris au jeu, les spectateurs les imitent.  Sur un léger filet de sèche, Jonathan chante de sa voix de crooner, la ballade « Lost », avant de retourner derrière les ivoires pour interpréter le très profond « The Stars Are Out ». Enrichi généreusement de cordes, « Rosario » baigne dans le trip hop, un morceau au cours duquel Ruben revient épauler Jeremiah, de sa gratte semi-acoustique. Dépassant allègrement les 7 minutes, Deadweight » est une pure merveille. Cordes (violons, violoncelles, et guitare électrique) nous entrainent au cœur d’un tourbillon psychédélique. Un grand moment ! « The Birds » est hanté par Nick Drake. La voix de Lady Linn, invitée ce soir, et les chœurs des choristes soutiennent celle de Jeremiah tout au long d’« Afraid To Lose ». Et si le set s’achève par « Good Day », le rappel va nous réserver deux classiques, « Wild Fire » et « Hapiness ».

Setlist : « Hurt No More », « Mountain », « Lost », « The Stars Are Out », « Rosario », « Deadweight », « How Half-Heartedly We Behave », « The Birds », « No-One », « Gold Dust », « Foot Track Magic », « Shimmerlove », « Afraid To Lose (avec en guest Lady Linn) », « U-Bahn (It's Not Too Late For Us) », « Good Day ».

Rappel : « Wild Fire », « Hapiness ».

(Organisation : Botanique)

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