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June Road, c'est tout d'abord l'histoire d'une rencontre au Royal Albert Hall de Londres entre deux musiciens que rien ne prédestine. Elle, Maia Frankowski est belge et violoniste à l'Orchestre du Théâtre Royal de la Monnaie. Lui, Harry Pane est anglais,…

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Laurent Deger

Laurent Deger

lundi, 14 mars 2016 11:24

Futurecent

Quatre ans après avoir publié un premier album autoproduit, The Orange Revival a déniché le label de ses rêves. Le groupe suédois est en effet parvenu à incorporer le team Fuzz Club. Un environnement idéal pour développer son rock psychédélique teinté de shoegaze.

Cerise sur le gâteau, il a pu bénéficier de l'expérience de ce bon vieux Sonic Boom qui a posé sa patte patinée sur le son de « Futurecent ». Une collaboration sans douté née dans un backstage, puisque le combo a assuré la première partie de Spectrum avant l'enregistrement de l'opus. Les Scandinaves ont également eu l'opportunité de se produire en supporting act de Warlocks et White Hills, au cours de ces dernières années. 

On ne sera donc pas étonné de découvrir le nom de Spacemen 3 dans la longue liste de formations susceptibles d’évoquer Orange Revival. Des influences à chercher autant dans le psychédélisme des sixties (Doors, Stooges, Velvet Underground) et des générations suivantes (Brian Jonestown Massacre, Black Angels) que dans le shoegaze et la noise (Jesus & Mary Chain, The Telescopes voire Galaxie 500). Les amateurs de guitares ‘fuzz’, de synthés analogiques et de reverb trouveront donc de quoi se repaître.

De cet opus, on épinglera cependant le nonchalant single « Carolyn », les boucles entêtantes de « Setting Sun » et le final « All I Need », évoquant un Joy Division shoegaze.

Même s'il est bien difficile de s'affranchir d'influences écrasantes dans ce style, The Orange Revival manque toutefois un peu de personnalité. « Futurecent » est un elpee plaisant mais il ne se démarque pas. L'avenir nous dira si The Orange Revival est une bonne formation psychédélique de plus ou si elle est capable de se distinguer par une touche davantage reconnaissable. En attendant, ne boudons pas notre plaisir.

 

dimanche, 27 décembre 2015 18:48

Haunted

Formé en 2008, The Underground Youth a d'abord propagé sa musique sur des plates-formes comme Myspace avant d'être repéré par Fuzz Club. A l’instar de Sonic Jesus et Dead Skeletons, il s’agit d’une des premières formations signées par l'excellent label londonien. Ses compositions sont alors influencées par la scène psychédélique californienne, le Velvet et les Stone Roses mais aussi Jesus & Mary Chain voire Joy Division.

« Haunted » marque une évolution dans les compositions des Mancuniens. Un tournant déjà décelé dans leur excellent maxi paru en 2014, « Beautiful & Haunted ». Le psychédélisme des débuts a presque complètement laissé la place à un univers new wave marqué par le post punk des 80's.

Le ton est donc plus sombre, la voix de Craig Dyer aussi. Plus grave que jamais, elle épouse parfaitement le climat de romantisme noir gothique recherché par l'âme pensante d'Underground Youth.

‘L'intention était de créer une ambiance musicale sombre et dérangeante susceptible d'accueillir le contenu lyrique, chaque chanson détaillant la lutte d'un personnage avec une affection différente. Comme une série de cauchemars récurrents’ confiait-il dans une récente interview.

Une mélancolie froide que l'on trouve dès le premier morceau « Collapsing Into Night » mais qui est toujours soutenue par les mélodies pop accrocheuses dont le groupe ne s'est jamais départi. Elles sont particulièrement touchantes sur le plus caressant « Haunting », caractérisé par son shoegaze délicat. Parmi les réussites, citons également la noise atmosphérique de « Deep Inside of Me » évoquant justement Jesus & Mary Chain tout comme le plus électrifié « Dreaming With Maya Deren ».

Sans toutefois trop bousculer ses fans, The Underground Youth a donc cherché à se renouveler. En incorporant plus de sonorités électroniques mais aussi en expérimentant de nouvelles méthodes d'enregistrement ; car, si « Haunted » a été conçu dans leur home-studio comme les précédents, le groupe a, pour la première fois, travaillé sous la houlette d’un producteur, James Shilito. Celui-ci était d'ailleurs déjà de la partie sur la reprise du « Come Together » des Beatles, qui figurait sur la compilation « The Magical Mystery Psychout », sortie plus tôt dans l'année.

Le résultat laissera peut-être un goût de trop peu aux amateurs de psychédélisme mais est bien dans l'air du temps. Celui du retour en masse des productions shoegaze et cold wave auquel on assiste ces dernières années. Et dans cette multitude, The Underground Youth est loin d'être le moins intéressant.

dimanche, 20 décembre 2015 18:22

Panorama, In Then Pieces

« Panorama, In Then Pieces » constitue le troisième album du quatuor australien Dumbsaint (NDR : il est issu de Sydney). Depuis le début de l’aventure, les compositions instrumentales sont systématiquement accompagnées de courts-métrages réalisés par leurs soins. Considérées comme le cinquième membre du groupe sur scène, ces vidéos sont plus que de simples clips. Tournées pendant plus de six mois et mettant en scène pas moins de 25 acteurs, elles démontrent un vrai talent pour la réalisation, les images léchées et glaciales ainsi que les scenarii surréalistes et macabres.

L’opus peut heureusement s'apprécier sans ce support. Post-rock sombre mâtiné de métal, fatalement cinématographique, les compos de Dumbsaint alternent, comme le veut le style, apaisement et violence. C'est classique, propre, sans bavure. Calibré pour les fans de This Will Destroy You et Russian Circles. Les amateurs de mélancolie sombre, de froideur parfois inhumaine et d'explosions sonores devraient y trouver leur pitance.

 

mardi, 08 septembre 2015 13:56

From Kinshasa

« From Kinshasa » constitue sans doute l'un des disques les plus excitants de l'année. Mbongwana Star est le nouveau projet de Coco Ngambali et Theo Nzonza épaulés par cinq autres musiciens issus de Kinshasa et surtout par le producteur Liam Farell.

Coco et Theo sont les membres fondateurs de Staff Benda Bilili réunissant plusieurs musiciens en chaise roulante, un collectif qui a publié deux LPs. Multi primés, il sont parus chez Crammed, en 2009 et 2012.

Un succès dû également au film qui leur a été consacré retraçant leur histoire des rues de Kinshasa, où ils vivaient parmi les mendiants, jusqu'à à la sortie de leur premier elpee et la tournée mondiale qui a suivi.

Les compos de SBB marient rumba congolaise, musique cubaine, R&B et reggae, une expression sonore partiellement jouée sur des instruments construits à l’aide de matériaux recyclés. Un point commun décelé chez leurs formidables compatriotes Konono n°1, autres artistes signés chez Crammed, qui viennent d'ailleurs poser leurs likembés transiques sur « Malukayi , un des titre-phares de l'album.

Les deux compères ont voulu que Mbongwana soit loin d'être un copier/collé de Benda Bilili. Certes, il reste une base de rythmes congolais traditionnels et de rumba kinoise, mais ils fusionnent le tout à des sonorités électroniques, hip hop voire Post-Punk. C’est l'oeuvre de Liam Farell, mieux connu sous le pseudo de Doctor L.

Le parcours de ce Franco-irlandais mérite d'être retracé. D'abord batteur dans des groupes de rock (Taxi Girl, Rita Mitsouko, Les Wampas), il se tourne ensuite vers le hip hop et milite notamment au sein d’Assassin dont il produit les deux premiers opus. C'est le début de sa carrière derrière les manettes. Il a aujourd'hui, outre ses neuf albums solos, d'innombrables productions à son actif. Il a notamment bossé pour Rodolphe Burger, Kabal, Bumcello et Tony Allen. Son travail sur le « Black Voices » de ce dernier n'avait sans doute pas échappé aux leaders du Mbongwana Star.

« From Kinshasa » est donc une formidable réussite de fusion entre la tradition africaine et la musique occidentale. Enregistré ‘dans le rouge’, jouant continuellement sur la distorsion, dans un esprit très punk, il alterne ballades blues teintées de psychédélisme et moments d'énergies pures soutenues par une voix tantôt caressante tantôt incantatoire. On épinglera particulièrement « Masobélé », dont les atmosphères oscillent entre post-punk et funk, le technoïde « Suzana » ainsi que « Kala », énorme tube afro-électro transique, cocaïne naturelle anti-coup de pompe.

Un disque que Nick Gold, le patron du label World Circuit (Buena Vista Social Club, Ali Farka Touré, Toumani Diabaté...) n'aurait laissé passer pour rien au monde après l'avoir reçu un peu par hasard dans une boîte de nuit londonienne. Il aurait confié à Doctor L que c'était le meilleur album qu'il avait écouté depuis dix ans.

Il serait en tout cas malheureux que ce coup de maître se cantonne aux seuls fans de world music qui d'ailleurs pourraient être un peu désarçonnés par les sonorités. A contrario, il pourrait convaincre un public bien plus large et sans doute plus alternatif. L'ovni de l'année est chanté en lingala.

dimanche, 21 juin 2015 17:09

Dean Wareham

Dean Wareham fait partie de ces artistes qui n'ont jamais cherché à se mettre en avant. Il aura donc fallu attendre qu'il passe le cap de la cinquantaine et des 25 ans de carrière pour se lancer enfin dans la réalisation d'un album solo. Mais l’attente valait la peine, car l'Américain né en Nouvelle-Zélande livre ici un remarquable LP.

Si ce nom ne vous dit rien, les groupes au sein desquels il a évolué sont pourtant des icônes pour bon nombre de fans de rock indépendant. En effet, il a tour à tour milité chez les fantastiques Galaxie 500 (dont les deux autres membres formeront ensuite Damon & Naomi), Luna (en compagnie de Stanley Demeski des Feelies et Justin Harwood des Chills), et enfin Dean & Britta, soit auprès de son épouse.

Une épouse dont il est à présent séparé mais qui hante les thèmes de la plupart des chansons puisque celles-ci évoquent, souvent avec humour, toujours avec honnêteté, les tensions et aléas qui surviennent inexorablement dans toute relation amoureuse de longue durée.

Après avoir publié un excellent premier maxi en 2013 ("Emancipated Hearts") qui lorgnait vers les contrées peuplées de reverb de Galaxie 500, le nouvel elpee jouit d'une production moins axée sur les effets. Rarement dans sa carrière, la voix de Wareham a été captée telle quelle, sans aucun fard. Elle n'en est que plus émouvante et se rapproche parfois étrangement de celle de Vic Chesnutt voire même de Dan Treacy (Television Personalities). "Heartless People" ou "Happy & Free" auraient d'ailleurs pu avoir été composés par ces deux génies de la chanson poignante. Précisons tout de même que votre serviteur voue un culte à ces trois artistes et que les réunir est peut-être très personnel.

Soit, l'émotion est là et la production dépouillée et assez classique finalement de Jim James y est sans doute pour quelque chose. Une collaboration qui coulait de source puisque Dean est un fan inconditionnel de My Morning Jacket depuis la parution de leur premier opus.

L'album reste tout de même du pur Wareham et réjouira les aficionados. Le spectre du Velvet n'est jamais loin ("My Eyes Are Blue") et les sonorités étirées et éthérées des soli de guitare demeurent la marque de fabrique ("I Can Only Give My All", "Holding Patterns"). On épinglera enfin l'introspectif et délicat "Love Is Not A Roof Against The Rain" où Dean se demande ce qu'il a fait de sa vie dans une atmosphères très sixties.

"Dean Wareham" est un disque de chevet, intemporel. L'œuvre, à la fois romantique et sarcastique, d’un artiste qui n'a plus rien à prouver et livre son coeur à ceux qui veulent bien l'entendre. Rien n'est calculé. Une leçon de sincérité.

 

samedi, 21 février 2015 11:17

Haxel Princess

Un homme d'âge mûr qui s'entiche d'une jeune fille fait toujours jaser. Mais heureusement, pas quand il s'agit de musique. Je peux donc confesser avoir succombé au charme d'une adolescente. Clementine Creevy est une adorable petite blonde californienne qui compose dans sa chambre depuis l'âge de 14 ans. Le team de Burger Records est enthousiasmé par ses chansons étonnamment abouties. Clem hésite un peu. Elle n'a que 16 ans, pas de permis pour se rendre au bureau du label (ce qui implique donc de demander à sa mère de la conduire) et surtout elle veut monter un groupe. Elle se décide enfin lorsqu'elle persuade une amie du même âge de se consacrer à la batterie et déniche un ‘vieux’ bassiste, âgé de 23 printemps. Cherry Glazerr est né.

Je ne suis pas le seul à avoir craqué sur l'irrésistible voix de la demoiselle, puisque le New-York Times présentait le groupe comme la révélation absolue dans son article consacré à Burger Records, l'année passée. Cette structure est décidément une bénédiction pour tous les amateurs de rock DIY, un vivier de talents exceptionnels. La hype ne faisait alors que commencer. Depuis lors, Cherry Glazerr a été la seule formation rock invitée par Tyler The Creator au Camp Flog Gnaw Carnival, cette grosse fête foraine organisée par le collectif Odd Future qui convie chaque année la crème de la scène rap. Et au grand amusement du groupe, Saint-Laurent a utilisé le délicieux "Trick or Treat Dancefloor" dans un de ses clips.

Mais revenons à "Haxel Princess". Ce premier opus, s'il oscille entre garage, indie-rock voire noise léger, repose sur une base pop. Il y a un talent pour les mélodies indéniable et souvent, une efficacité imparable pour qui aime ce style. Si l'on peut penser à une kyrielle de groupes de la scène indie américaine du début des nineties, on a du mal à citer un nom en particulier. La voix à la fois mutine, sensuelle et juvénile de Clementine Creevy et son talent pour les accords simples mais accrocheurs apportent le petit plus qui distingue Cherry Glazerr des centaines de groupes du même style. 25 minutes de pur bonheur dans lesquelles on a envie de se replonger dès le dernier des dix morceaux. Alternance de rythmes nerveux et d'atmosphères plus alanguies, "Haxel Princess" dévoile un son peu travaillé, direct, brut et quasiment dépourvu d'effets sonores. Une simplicité que l'on retrouve dans les paroles. Ces histoires de collégienne narrées malicieusement avec une économie de mots mais suffisamment ambiguës pour ne pas tomber dans le cliché. Est-ce seulement le beurre de son croque-monsieur qu'elle aime faire glisser dans sa bouche? Elle qui fantasme sur son prof tout en déclarant juvénilement sa flamme à son copain. On peut se le demander maintenant qu'elle vient de fêter ses 18 ans et d'emménager dans son premier apart.

Si l'album s'écoute en boucle, on vous recommandera de tendre l’oreille au punky "White is not my color this evening", un des meilleurs singles de 2014. Mais aussi au remuant "Cry Baby", qui prouve que les deux acolytes à la section rythmique ne sont pas que des faire-valoir. Le groove nonchalant de "Grilled Cheese" ou les accords lumineux du déjà cité "Trick or treat dancefloor".

Bref, "Haxel Princess" est une première réalisation pleine de sincérité et de candeur. On espère que le trio conservera ces qualités quand il s'agira de passer l'écueil du deuxième opus. Le deux titres sortis fin d'année sur Suicide Squeeze sont en ce sens rassurants. En attendant, faites battre le petit coeur du teenager qui est en vous et ruez vous sur ce petit moment de bonheur sans prétention. 

 

mardi, 27 janvier 2015 19:16

A Trip To The Coast

Bill Pritchard ne dira sans doute pas grand-chose aux plus jeunes lecteurs. Il évoquera sans doute plus de souvenirs aux amateurs d'indie-pop quadragénaires. Ce songwriter originaire de Birmingham connaît en effet son heure de gloire à la fin des années 80. Un succès qu'il rencontre surtout en France. Il est vrai que son adolescence est bercée par la littérature hexagonale et les cinéastes de la Nouvelle Vague. Et chose rare pour un jeune Anglais, ses idoles musicales sont Françoise Hardy et Véronique Samson dont les disques auront autant d'influence que les Kinks ou Tom Verlaine sur ses compositions. On trouve d'ailleurs dans chacun de ses elpees quelques morceaux chantés dans la langue de son cher Verlaine. Un amour de la chanson française qui se concrétise en 88 par l'album concept "Parce que" composé en duo avec Daniel Darc, puis l'année suivante, lorsqu’il reçoit le concours d’Etienne Daho qui produit "Three Months, Three Weeks and Two Days". Sans doute son LP le plus abouti, en tout cas le plus salué même si, personnellement, j'ai un attachement indéfectible pour le dépouillement acoustique de "Half A Million". On le retrouve également plus tard sur des compilations qui rendent hommage à Joe Dassin et Polnareff.

Le dernier opus qui élargit sa communauté de fans est "Jolie" en 91. Par la suite, les sorties se font plus rares et sont assez confidentielles. Un premier come-back est opéré en 2005 avant que ce long playing n’arrive un peu miraculeusement en 2014 sur le label Tapete. Une structure allemande qui aime, semble-t-il, sortir des oubliettes les dandys de la pop eighties puisqu'elle avait déjà signé Lloyd Cole il y a quelques années.

C'est l'occasion de redécouvrir l'univers romanesque de Bill Pritchard qui est à présent professeur (de français bien entendu) dans ses Midlands natals. Une vraie madeleine puisque son timbre n'a pas changé et que chaque morceau de "A Trip To The Coast" aurait très bien pu figurer sur les albums évoqués plus haut. Les compositions sont toujours aussi raffinées et léchées. Du travail d'orfèvre, tout en délicatesse et en sensibilité. Une pop sans artifice qu'on trouve peu de nos jours, pleine d'humilité. Celle des artistes qui n'ont jamais voulu se dévoyer. On épinglera l'entraînant "Yeah Yeah Girl" qui aurait pu figurer sur les premiers disques de Morrissey. L'élégance de "Posters", pop nonchalante et chaloupée éclairée par une délicieuse guitare americana. Citons encore l'enveloppante ballade "Almerend Road" ou le romantisme de "Polly". Simples et authentiques, les atmosphères de l'Anglais n'ont pas pris une ride. Elles semblent même intemporelles. Pritchard affiche cette sincérité désarmante qui touche notre part la plus sentimentale. Souhaitons que "A Trip To The Coast" signe le vrai nouveau départ de cet attachant poète. Le monde a bien besoin de ces petits îlots de pure humanité.

vendredi, 12 décembre 2014 17:59

Capsize Recovery

Depuis 15 ans, Jens Massel ne cesse de développer un monde très personnel. Après des débuts sur Karaoke Kalk, il n'est donc pas étonnant qu'il ait rapidement trouvé une famille d'accueil chez Raster-Noton où s'épanouissent d'autres petits génies de l'électronique aventureuse. En effet, si les univers de Frank Bretschneider, Byetone ou Kangding Ray vous sont familiers, j'imagine qu'ils côtoient les travaux de Senking sur votre étagère. Je n'ai donc pas à vous convaincre que "Capsize Recovery" est un grand album, aussi indispensable que les sept précédents. Pour ceux qui n'ont jamais appréhendé les atmosphères cérébrales du Colonais, il est encore temps de se plonger dans cette oeuvre cohérente et dense.

L'électronica dub hypnotique des débuts a insensiblement évolué vers un monde plus menaçant, laissant à présent peu de place à la rêverie. C'est un jeu d'ombres et de lumières auquel on assiste. Des sonorités post-dubstep granuleuses, sombres et tourmentées sont heureusement traversées par des notes spatiales nous empêchant de sombrer dans la claustrophobie. Musique de sci-fi, aux relents de Blade-Runner, "Capsize Recovery" porte décidément bien son nom. Ces états post-traumatiques, lorsque nous tentons de redresser le bateau après avoir chaviré. Cette alternance de pesanteur et de moments où la légèreté refait surface. 

L'envoûtement est progressif. On s'enfonce petit à petit dans ce magma industriel, mesmérisé par ces rythmiques spectrales, ces ambiances inquiétantes et ces lignes mélodiques éthérées. Parfois, des pulsations émergent des couches sonores et confèrent une certaine tribalité à cet univers de robot ("Capsize Recovery", "Tiefenstop"). On est aspiré dans un dub futuriste sépulcral ("Nightbeach", "Cornered") avant d'être entraîné dans des contrées technoïdes peuplées de Replicants ("Enduro Bones").

Jens Massel n'a jamais caché que Blade Runner avait influencé sa musique. Sans pour autant s'éloigner radicalement des climats de ses autres opus, il nous offre ici une remarquable BO de science-fiction. Captivante et singulière. Vivement la prochaine séance.

 

vendredi, 12 décembre 2014 17:51

9 Songs

Amateur de bric-à-brac sonore et de fourre-tout ingénieux, cet album est pour toi. "9 Songs" (qui n'en contient que 8) est l' oeuvre de deux petits gars de 19 ans originaires d'Agoura Hills, patelin de la banlieue de Los Angeles, renommé entre autres pour ses festivals et les nombreux artistes qui y résident. Le duo, qui confesse être bien plus fan de Can que de ses concitoyens de Linkin Park, a eu le bonheur de séduire un prestigieux voisin. En effet, Ewan Rando, le leader des Foxygens s'est entiché de leurs compos et a absolument voulu jouer le rôle du grand frère. Il a donc loué une petite maison dans l'Indiana afin d'enregistrer les premiers pas de Dub Thompson et s'est chargé de la production. On ne s'étonnera donc pas du son un peu crasseux, des relents de psychédélisme et de l'impression de grand collage désordonné qui nous est livré ici.

Max Pulos et Evan Laffer puisent leur inspiration chez des groupes qui ne disent sans doute pas grand-chose à leurs potes de lycée. Il doit en effet être plutôt rare de trouver dans les discothèques d'ados californiens des formations comme This Heat, The Fall, Big Black, Captain Beefheart ou Père Ubu.

Résumer Dub Thompson à un style est donc bien difficile. Proto-Punk, Garage, Hardcore, Kraut, Indie 80's et Post-Punk se succèdent ou fusionnent dans une atmosphère de radio pirate. Et ce ne sont pas les petites touches post-disco, dub ou muzak qui vont aider à les définir.

Le plus étonnant est donc que le tout demeure finalement assez digeste. On se sent en effet plutôt bien dans la cave des Dub Thompson à les regarder délirer. Ce foisonnement pourrait provoquer l'écoeurement ou une rapide lassitude. Au contraire, l'album est attachant voire fascinant grâce à cette variété des climats, cette multitude de brèves propositions.

Au fil des écoutes, ce qui paraissait un brouillon bouillon devient une succession d'histoires courtes dont les détails ne sont pas sans intérêt. Chaque morceau affiche son identité et laisse découvrir de réelles qualités d'écriture. Cette impression est d'ailleurs confirmée en live où leur sens de la mélodie accrocheuse est étrangement plus palpable que derrière la production de Rando. Tout comme le côté dub d'ailleurs. On y découvre aussi une dimension punk hip hop proche des Beastie Boys des débuts. Et l'on peut s'amuser à essayer de compléter les rayonnages de leurs armoires à disques : Joy Division, ESG, LCD Soundsystem, Gary Numan, Kraftwerk, les compiles Nuggets...

Comme tout premier disque, "9 Songs" concède évidemment des faiblesses et affiche un condensé d'influences ; mais on a hâte de découvrir les prochaines compositions du duo. Et pourquoi ne pas suivre les pas de Foxygen en trouvant une large audience sans faire trop de concessions? Certes, leur style est moins consensuel, quoique, mais le potentiel est présent. Les Dub Thompson sont en tout cas des gamins doués avec toute la fraîcheur inhérente à leur âge. Ils canaliseront leur musique au fil du temps. Mais qu'ils ne se pressent surtout pas.

 

jeudi, 04 décembre 2014 18:06

Tohu Bohu + Tohu Bonus

Chronique un peu tardive de l'album de Rone. Mais l'occasion de revenir sur ce Français qui est devenu l'un des artistes de musique électronique les plus prisés, au cours de ces dernières années. Erwan Castex a le grand mérite de toucher un public assez jeune grâce à des compositions mélodiques et des arrangements délicats influencés par la musique classique. Ses concerts, qui drainent des foules considérables, prouvent en effet qu'il n'est pas toujours nécessaire d'asséner des gros beats et des sons saturés pour s'attirer l'adhésion des moins de trente ans.

Ce talent pour les textures agréables lui a notamment valu la reconnaissance et le soutien de Massive Attack, Laurent Garnier ou Jean-Michel Jarre. "Tohu Bohu", deuxième réalisation pour Infiné, est avant tout un album à écouter chez soi ou sur une autoroute. Il oscille entre ambient, electronica et techno downtempo. On le rapprochera des premiers travaux Neo-Trance d'artistes comme Gui Boratto, Natan Fake, James Holden et Max Cooper. C'est particulièrement le cas sur le morceau le plus hymnique "Parade" ou sur "Fugu Kiss". On a aussi comparé le résident berlinois à Radiohead dans ses moments les plus électroniques. Il y a, en outre, un petit côté lyrique voire symphonique dans ses compositions comme sur "Icare", sur lequel il a reçu la collaboration du violoncelliste Gaspar Claus ou "Beast (Part2)".

Le mini album qui accompagne la deuxième édition de "Tohu Bohu" est bien plus que du remplissage destiné à relancer les ventes suite au succès toujours grandissant du natif de Boulogne-Billancourt. Il me semble même supérieur. La nouvelle version de "Let's Go", pour laquelle il a reçu le concours du rappeur High Priest (Anti-Pop Consortium), est bien plus intéressante. Et l'on appréciera aussi la rencontre avec John Stanier des Battles sur l'envoûtant et cinématographique "Pool". "Tag" et sa techno hypnotique est également une réussite.

Rone sortira son prochain opus "Creatures" le 9 février prochain. D'ici là, il est encore temps de se plonger ou de se replonger dans les paysages rêveurs de "Tohu Bohu". Une oeuvre qui porte bien mal son nom tant elle est propre et bien ordonnée. Un peu trop peut-être.

 

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