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Laurent Deger

Laurent Deger

mercredi, 26 novembre 2014 18:51

Season Sun

Profitant de la mise en veille de Super Furry Animals, Guto Pryce, le bassiste du band gallois, s'est lancé, au cours des deux dernières années, dans un nouveau projet : Gulp. Une aventure qu'il partage en compagnie de son épouse Lindsey Leven et du guitariste Gid Goundrey. La batterie est tour à tour confiée à Gwion Llewelyn (ex-Race Horses) ou à son vieux comparse Dafydd Ieuan. Un autre SFA est également de la partie puisque Cian Ciaran se charge du mixage.

Comme beaucoup de sorties actuelles, "Season Sun" puise pas mal de ses influences dans le psychédélisme des sixties et du début des seventies. Synthés analogiques, guitares et basses fuzz confèrent un délicieux charme vintage à cette estivale ballade pastorale. Cet univers rétro est un parfait écrin pour la voix suave de Lindsey Leven. On pourrait la situer entre Alison Goldfrapp et Trish Keenan même si les intonations de l'Ecossaise sont souvent plus folk que ses consoeurs. La pureté de son chant sur "Game Love" peut même évoquer Vashti Bunyan.

"Vast Love", le morceau le plus rythmé de l'album, pourrait très bien avoir été composé par Django Django et mériterait de devenir un tube indie. Tout comme l'hypnotique "Clean & Serene", une perfection synth-pop à la rythmique motorik. D'autres tracks lorgnent davantage vers le psych-folk des sixties comme le délicat "Grey Area". Et l'on retrouve encore cette époque sur "Let's Grow", "Seasoned Sun" et "Play" qui ne sont pas sans rappeler Love. Les sonorités de la basse de monsieur Pryce y sont sans doute pour beaucoup.

Bref, "Season Sun" ne manque pas de qualité. Ses mélodies accrocheuses se découvrent avec grand plaisir et se réécoutent sans lassitude. Les nombreuses interventions du farfisa et autres synthés analogiques sont un régal pour l'amateur de sonorités vintage. Ces atmosphères nonchalamment psychédéliques devraient sans doute parler aux amateurs de Broadcast, Stereolab et des trop méconnus Soundcarriers. Elles ont en tout cas convaincu le jury du Welsh Music Prize, les victoires de la musique galloise, organisées par la BBC. L'album y sera en compétition avec ceux, entre autre, de Manic Street Preachers, Cate Le Bon, Future of The Left, Joanna Gruesome et d'une vieille connaissance, un certain Gruff Rhys...

Gulp est donc bien la bouffée d'air frais promise. Et "Season Sun", un album particulièrement agréable. Léger mais revivifiant comme un rayon de soleil sur le mont Snowdon.

 

mercredi, 26 novembre 2014 18:48

Sky Swimming

Les histoires d'amour finissent mal en général. Mais elles inspirent souvent de bien jolies créations. Christian Pinchbeck et Amelia Rivas se rencontrent dans une house party en 2010. Une romance débute entre le natif de Bristol et la ténébreuse Française que le couple va très vite essayer de traduire en musique. Quatre ans plus tard, la relation a pris fin mais leur idylle a donné naissance à un adorable bambin, le présent "Sky Swimming".

Les premiers morceaux, composés sur un Casio acheté pour une croûte de pain dans une boutique de charité, séduisent Memphis Industries. Après trois maxis sur ce label, que l'on retrouve en partie sur l'album, c'est le coup de maître.  "Sky Scraper", un des meilleurs singles de dream-pop de ces dernières années, va squatter les ondes des radios les plus branchées.

On retrouve les atmosphères rétro de ce titre tout au long de "Sky Swimming". La seule réserve que l'on pourrait émettre serait justement cette uniformité de ton. Mais les mélodies sont tellement charmantes qu'on leur pardonnera facilement. On pointera dans les grandes réussites, les délicieux "Assembly", "TV Dinner" et "Shapeshifter".

La principale qualité de cet LP est le juste équilibre entre le côté homemade et les arrangements classieux du producteur Andy Dragazis. Ce dernier, ingé-son pour la télévision et le cinéma, a en effet transformé les compos trip-hop de bar du duo en une musique de bal féerique. Un remarquable travail sur les cordes notamment qui fait parfois songer à Angelo Badalamenti.

Il y a eu pléthore de sorties dream-pop ces dernières années, mais celle-ci fait certainement partie des plus réussies. Les différents groupes auxquels on peut lier Elephant sont donc nombreux. Les tauliers du style, Beach House, bien évidemment mais aussi Camera Obscura pour le côté retro-pop, Daughter pour l'évanescence, les premiers Julia Holter, les morceaux soul 60's de Cults ou JJ en plus vintage et en moins kitsch.

Sky Swimming évoque les remous d'une relation amoureuse dans des atmosphères de films hollywoodiens des années 50. On rentre dans l'intimité d'une relation comme si un couple d'amis se confiait en chansons. Ce qu'ils racontent est parfois un peu redondant mais la confession nous touche par sa sincérité. Et l'art, une nouvelle fois, est là pour sublimer les vicissitudes de la vie.

 

dimanche, 09 novembre 2014 12:39

Aerotropolis

Après quelques maxis de très bonne facture, "Contact, Want, Love, Have", le premier album d'Ikonika sorti en 2010, avait séduit bon nombre d'amateurs de musique électronique. Une découverte d'autant plus agréable que la scène ‘bass music’ manquait cruellement de participation féminine. Les mélodies synthétiques pleines de nostalgie de sa post-dubstep dispensaient des atmosphères profondes et sombres pas tellement éloignées de l'IDM des années 90. Son second opus était donc attendu impatiemment. 

"Aerotropolis" ne répond pourtant pas à l'attente. Cherchant sans doute à se renouveler, Sara Abdel-Hamid va cette fois puiser pas mal de ses inspirations dans les eighties. Le début lorgne vers l'electro-funk et même l'acid-house de cette période mais ne convainc pas vraiment. La tonalité est certes plus joyeuse mais perd la dimension mystérieuse des premières productions. Plus pop, plus clubby, ces nouvelles compos entraîneront sans doute les amateurs de légèretés old school à se déhancher, mais on peut douter qu'elles touchent les fans des premières heures.

Certains morceaux, en fin de parcours, reviennent certes à des climats sombres et menaçants plus satisfaisants ("Cryo", "Backhand Winners" voire "Mega Church", tentative witch-house en compagnie d'Optimo) mais le résultat reste bien maigre. La ‘bass music’ mélancolique de l'ultime "Zen Siffle" nous donne juste envie de nous replonger dans le premier elpee. Car ce ne sont malheureusement pas les quelques tracks sortis après "Aerotropolis" qui vont nous réconcilier avec l’artiste…

 

mardi, 28 octobre 2014 11:48

Alone Aboard The Ark (b)

"Alone Aboard The Ark" constitue le troisième album du groupe de Nick Hemming. Enregistré par l'icône Ray Davis, dans son prestigieux Konk studio, il est la suite logique des deux précédents opus qui avaient permis à Leisure Society de devenir un des groupes les plus estimés de la nouvelle scène folk anglaise. Comme l'excellent "Into The Murky Water", il a même réussi le petit exploit de figurer dans les charts anglais. Oscillant à nouveau entre nostalgie et légèreté, la pop folk à l'ancienne des Londoniens peut même devenir quasi guillerette (l'entraînant "Fight for Everyone", "Forever Shall We Wait") voire s'électrifier ("Tearing The Arches Down"). Mais les ballades restent majoritaires, bercées par les délicieuses harmonies vocales d'Hemming. Comme ce morceau d'ouverture ("Another Sunday Psalm") qui rappelle les composition de leur Kinks de producteur.

Le point culminant d'"Alone Aboard The Ark" est à mon sens "All I Have Seen" dont les montées de violons raviront tout fan de pop lumineuse. On a même droit à un petite récréation jazzy tout au long de "Life is a Cabriolet". Bref, solide, dans la lignée des précédents elpees, il devrait attirer de nouveaux fans par sa facilité d'accès ; mais il n'atteint pas leur excellence malgré une ouverture à de nouveaux styles. L'effet de surprise est évidemment passé. Et si le charme opère toujours, il s'agira à l’avenir d’éviter le piège de la facilité pour ne pas sombrer dans le commercial lors de la prochaine livraison. 

 

mardi, 28 octobre 2014 11:05

It's Alive

Un petit rayon de soleil avant l'hiver qui pointe le bout de son nez. Quatuor féminin formé en 2012 à Seattle, La Luz sort la même année un premier maxi autoproduit puis deux singles qui vont attirer les oreilles de Hardly Art. "It's Alive" ne tarde pas à arriver. Ce premier album ne manque pas de charme et nous replonge majoritairement dans le surf-rock des sixties. Quentin Tarantino doit adorer ces atmosphères très Pulp Fiction. On retrouve en effet les accords de Dick Dale ou des Ventures, les sonorités rockabilly de Link Wray et les chevauchées de guitares des Shadows. Une dose de twee-pop et un soupçon de Mazzy Star pour ne pas cantonner les demoiselles dans une seule époque et vous disposez de tous les ingrédients de ce court mais délicieux elpee.

Le morceau qui ouvre ce premier opus, "Sure as Spring", petit tube en puissance, l'illustre parfaitement. Section rythmique endiablée, mélodie accrocheuse portée par des choeurs dévastateurs, soli de guitare et de Wurlitzer imparables. La chanson parfaite. Si les demoiselles ne retrouvent pas cet état de grâce sur l'ensemble de l'LP, aucune plage n'est désagréable. On se laisse bercer par les ballades solaires ("All The Time" et ses délicates harmonies vocales) ou plus crépusculaires ("What Good Am I?" qui lorgne vers Hope Sandoval). On se déhanche gentiment sur les instrumentaux surf ("Sunstroke" et "Phantom Feelings"), on s'offre une cavalcade dans les plaines du Far-West ("It's Alive", "Big Big Blood") ou l'on valse avec les Zombies ("Call Me in The Day" et ses doo-wop adorables).

Décidément, on a envie de se payer une virée en compagnie de ces donzelles, leur offrir un verre dans un bar du fin fond du Texas, aller affronter les vagues sur les plages californiennes, se sentir vivant tout simplement. Etrange qu'elles soient nées dans la grisaille de Seattle. Car cette lumière-là, on n'a pas envie de la tamiser.

La Luz sera en concert dans le Witloof bar du Botanique le 30 octobre.

 

jeudi, 29 novembre 2018 12:21

800% Ndagga

Mark Ernestus est un personnage important dans l'histoire de la musique électronique allemande. D'abord, parce qu'il ouvre à Berlin en 89 le premier magasin spécialisé dans ce style : Hard Wax. Ensuite, pour le label légendaire qu'il a lancé en compagnie de son compère Moritz Von Oswald (aka Maurizio) au début des nineties : Basic Channel et toute sa constellation (Chain Reaction, Burial Trax, Imbalance...) Une structure que les deux amis ont amplement alimenté à l’aide de leurs productions personnelles sous quantité de pseudos (Cyrus, Quadrant, Rhythm & Sound, ...)

Depuis 2008, il entretient une passion dévorante pour la musique africaine. Il va d'abord remixer Tony Allen et le Konono n°1 puis compilera pour le label Honest Jons, les meilleurs morceaux d'un nouveau style né dans les townships au début du 21ème siècle : le Shangaan Electro. Sa fascination pour le Mbalax, musique basée sur les percussions particulièrement populaire au Sénégal, le mène tout naturellement dans ce pays. Il y rencontre Bakane Seck, grand maître du tambour Sabar qui le présente à d'autres éminents percussionnistes locaux dont Doudou Ndiaye Rose, légende vivante de la musique africaine, toujours alerte malgré ses 85 ans.

Très vite, Ernestus décide de se lancer dans la production de morceaux avec ses nouveaux amis sur un label qu'il crée pour l'occasion, Ndagga. Il embrigade dans le projet Jeri-Jeri quelques autres grands noms de la scène sénégalaise parmi lesquels le chanteur/guitariste Baaba Maal, la diva Mbene Diatta Seck et quelques membres du groupe de Youssou N'Dour.  Ces enregistrements auxquels ont participé une vingtaine d'intervenants ont donné naissance à deux albums : « 800% Ndagga » qui se concentre sur les morceaux vocaux et « Ndagga Versions » pour les titres purement instrumentaux.

C'est l'occasion pour un nouveau public de découvrir les polyrythmiques fascinantes du Mbalax, un style qui depuis les années 70 fusionne musiques traditionnelles et influences occidentales. Cette rencontre avec un orfèvre de la production fonctionne remarquablement. Ernestus donne une nouvelle dimension au genre et lui donne la possibilité de séduire les fans de sonorités électroniques. Intelligent et inventif, plein de groove et de complexité rythmiques, « Ndagga » est une rencontre entre le passé et le futur. Cela se danse ou cela s'écoute selon l'envie. C'est de la world music débarrassée de toute ringardise, de toute condescendance. C'est le tribut amoureux d'un sorcier de la techno germanique au continent des rythmes. Griotronic.

 

mardi, 28 octobre 2014 10:46

Dancing

La trop méconnue Nancy Elizabeth Cunliffe fait assurément partie du gotha du songwriting actuel. Ce troisième album le confirme brillamment. Enregistré dans son petit appartement de Manchester, "Dancing" affine encore ce monde très personnel qui nous avait déjà tant séduit sur "Battle and Victory" et "Weight Iron".

Entourée d'une kyrielle d'instruments, du piano à la harpe celtique en passant par le khim (sorte de dulcimer thaïlandais), Nancy donne vie à ce petit orchestre de chambre. Parler de folk stricto sensu serait trop réducteur. Le premier single "The Last Battle" l'illustre bien. La BBC, grande fan de la ménestrelle, le dépeint fort justement comme une rencontre entre Ennio Morricone et Arthur Lee. C'est assurément un des très grands morceaux de cette pièce rare qui n'en manque pas.

La voix cristalline de cette adepte du Sōka Gakkai (variété du bouddhisme japonais) est un ravissement et touche à l'émotion pure. Comme sur "Heart", qui évoque le meilleur de Julia Holter, où apparaissent quelques légères sonorités électroniques. Une touche synthétique plus présente que sur les oeuvres précédentes que l'on retrouve sur "Simon Says Dance". Sur ce titre, son chant en staccato récité comme un mantra nous entraîne dans une danse spirituelle. Bouleversant aussi, le piano nostalgique de "Death in a Sunny Room" discrètement accompagné par quelques notes de harpe. Un instrument qui ennoblit tout l'opus et peut rapprocher certains morceaux des compositions de Serafina Steer. Sur l'hypnotique "Debt" par exemple, ballade sombre où harpe, guitare, cithare et rythmiques envoûtantes se côtoient et nous emportent dans une montée magistrale. Polly Jane Harvey appréciera certainement. On peut aussi déceler des réminiscences de "Rock Bottom", le chef-d'oeuvre de Robert Wyatt, dans certaines atmosphères de la Mancunienne. "All Mouth" et ses respirations saccadées en guise de rythme sonnent, par exemple, comme un cousin contemporain du remarquable "Alifib". On pourrait également citer les univers féeriques de Colleen, une autre personnalité particulière découverte par Leaf.

"Dancing" est riche et confine parfois au sublime. Son titre est cependant énigmatique. Le néo-folk aux touches médiévales et orientales décliné par la multi-instrumentiste anglaise est en effet bien plus destiné à l'âme qu'au corps. Une musique spirituelle qui apaise et parle à notre beauté intérieure.

 

mardi, 14 octobre 2014 01:00

Motorikissime

Les Berlinois de Camera entamaient ce mardi leurs trois dates belges à Liège. Un concert que votre serviteur attendait impatiemment, suite à la sortie de leur formidable nouvel album, "Remembre When I Was Dioxide Carbon" (voir rubrique chronique de notre site). Leur premier passage à Liège, dans le cadre du Microfetival 2013, m'avait laissé un peu sur ma faim. Le groupe, de fort mauvaise humeur suite, semble-t-il, à un conflit interne et des soucis techniques, n'avait pas vraiment justifié sa réputation de brillant performeur. JauneOrange avait alors promis de les inviter une nouvelle fois, à la première occasion. Ce nouveau rendez-vous a par contre amplement répondu à mon attente. Camera a démontré de la plus brillante manière qu'il est bel et bien une machine motorik exceptionnelle rôdée par des années de concerts sauvages dans les lieux publics berlinois et une tournée dans le monde entier quasi ininterrompue depuis 2012.

Mais commençons par évoquer la prestation du trio liégeois Back to Whitworth. Né sur les cendres d’Eté 67, le band n’a pourtant rien en commun avec le groupe de pop champêtre. Si le début du set peut rappeler la musique cosmique des années 70, en particulier les sonorités spatiales de l'orgue vintage, le propos se muscle progressivement et évolue vers des compositions plus math-rock saupoudrées de stoner. Agréablement surpris au départ, cette évolution me parle moins. Le son métallique de la batterie est agressif et cet instrument prend trop de place. On peut louer la technicité mais elle finit par lasser. Difficile de trouver un fil conducteur dans les courts morceaux finaux. Surtout quand on n'a jamais été grand fan de ce style. Ceci expliquant sans doute cela.

Chez Camera aussi, la batterie tient la place centrale. Motorikissimes, les rythmes de Michael Drummer (apparemment ce n’est pas un pseudo ; de quoi croire en la prédestination) sont l'élément moteur (fatalement) de la transe qu'impose progressivement le groupe. A côté de lui, sérieux comme Joseph Ratzinger, Timm Brockmann distille quelques drones sur son laptop mais surtout des sonorités synthétiques tournoyantes. Les deux compères sont accompagnés par un guitariste dont on n'apercevra le visage qu'à la fin du concert. Penché sur son instrument, les cheveux ballotant dans l'air rare de La Zone, il livre les accords cosmiques bouclés propres au krautrock.

D'interaction avec le public, il ne sera pas question. Pas un mot, pas un regard, pas un geste. Une froideur toute teutonne qui pour votre narrateur n'a pas d'importance mais peut-être, explique en partie le manque de réaction d'un public nombreux mais majoritairement amorphe voire même peu concerné.

Et pourtant, cette musique est terriblement excitante. Transique, psychédélique, faite de répétitions évolutives, elle passe de moments d'accalmie à des passages ébouriffants d'une rapidité extrême au gré du tempo des rythmes tribaux de Drummer.

Le premier morceau dure 15 minutes, le second 20. Enormes, hallucinants. On est entraîné sur les montagnes russes des percussions, le corps en ébullition et le cerveau déconnecté. On voudrait qu'ils nous emportent encore plus loin, on espère les mélodies synthétiques de l'album, des envolées de guitare. Elles ne viendront pas. Qu'importe. La scène semble pour Camera un monde à part où la transe prime, engendrée par les variations d'énergie et la répétitivité. Et tant pis pour ceux qui voulaient une copie conforme de leur remarquable travail en studio. Aucun morceau ne semble familier. C'est le royaume de l'improvisation maîtrisée. La dernière saillie, un peu plus brève et sans doute un rien moins intéressante donne à nouveau la part belle aux rythmiques. Drummer est vidé. Rideau.

Ce concert a provoqué en moi ce que seules certaines musiques africaines traditionnelles ont réussi à engendrer. Une déconnection quasi spirituelle, un état modifié de conscience. Pourtant, en y repensant, je suis certain de ne pas avoir assisté à la plus grande performance de Camera ce mardi soir. Mais je sais que la prochaine fois, l'expérience qu'ils me proposeront sera totalement semblable et complètement différente. Le propre du Krautrock. L'essence d'un grand groupe.

(Organisation JauneOrange)

lundi, 13 octobre 2014 11:04

Remember When I Was Carbon Dioxide

Décidément, Bureau B ne cesse de nous livrer de très bons albums. Cette fois, c'est le retour de Camera, qui nous avait déjà séduits lors de la sortie de son premier elpee, "Radiate!", il y a deux ans. Depuis lors, il n'a cessé de tourner, s'accordant juste une respiration pour enregistrer le maxi 4 titres "Système solaire". A ses débuts, le duo se produit régulièrement dans le métro, les gares et autres endroits publics sans autorisation. Ce qui lui vaut le surnom de Krautrock Guerilla. Les Berlinois aimeraient pourtant qu'on cesse de les cantonner à ce style. Ils clament haut et fort que leur musique n'est pas une simple copie de Can, Neu! ou Faust.

Il est pourtant impossible de ne pas voir une évidente filiation avec les légendes de la Kosmische Muzik, vu la place dominante de l'improvisation dans leurs compositions. Le premier opus est en effet le fruit de longues sessions d'expérimentation cherchant à reproduire fidèlement les atmosphères de leurs jams sauvages. Les rythmiques motorik, les synthés cosmiques, les guitares spatiales et la répétitivité transique, si caractéristiques du genre, constituent en outre la base de leurs compositions. Difficile donc de blâmer ceux qui les considèrent simplement comme de dignes successeurs des pionniers du Kraut. Et ce ne serait déjà pas mal tant le résultat est probant. Peu de groupes sont arrivés à une telle excellence dans le style depuis les années 70.

"Remember When I Was Carbon Dioxide" confirme d'ailleurs ce lien du sang par son utilisation encore plus massive de la technique de l'overdub. En effet, sur le premier opus, seul Franz Bargmann était crédité à la guitare. Ici plus de trace du monsieur mais différents guitaristes sont dans un premier temps venus laisser leurs empreintes sur l'oeuvre lors de sessions d'improvisation si chères au duo. Michael Drummer et Timm Brockmann ont ensuite retravaillé, superposé, enrichi le résultat de ces jams, explorant bien plus loin les possibilités de la production en studio. C'est là la principale évolution de ce nouvel et formidable LP.

Isoler des morceaux est malaisé ou plutôt terriblement subjectif. Contentons-nous de dire qu'aucun ne peut être considéré comme du remplissage. C'est une histoire que Camera nous raconte, tour à tour dansante et hypnotique, pleine de psychédélisme et de mélodies spatiales. Il ne reste qu'à se laisser porter et succomber à cette Autobahn sans fin.

Oui il y a bien du Can et du Neu! dans le moteur voire un zeste de Kraftwerk mais il y aussi beaucoup de rock psychédélique apatride et même quelques très agréables remous de Garage. Loin d'être un énième ersatz, Camera démontre au contraire que "When I Was Dioxide Carbon" affirme une réelle personnalité et trouve sa place dans la cour des très grands groupes instrumentaux actuels. Ne ratez pas la bretelle.

 

 

mercredi, 08 octobre 2014 11:32

Kölsch-Schickert-Erdenreich

Depuis quelques années, le label Bureau B est devenu la référence en matière de Kraut rock. La structure d'Hambourg réédite en effet régulièrement des albums rares des légendes du genre mais propose également les nouvelles compositions de ces glorieux anciens ainsi que celles de formations plus récentes (Kreidler, Camera, Automat...)

Ziguri existe depuis 1987 mais était demeuré un groupe cantonné au live jusqu'à sa disparition dix ans plus tard. A la base, projet musical accompagnant des spectacles théâtraux, il était devenu célèbre en écumant les clubs underground berlinois quand il ne se produisait pas dans des squats ou dans les street-party très en vogue à l'époque. 

A la tête de ce trio, Günter Schickert, l'homme qui, en compagnie de Manuel Göttsching (Ash Ra Temple), a donné ses lettres de noblesse à l'écho-guitare dans les années 70. Un des pionniers de la musique psychédélique allemande. Les deux autres membre, comme l'indique le titre du présent opus, se nomment Udo Erdenreich et Dieter Kölsch.

Les trois amis n'étaient pas fâchés puisque ils avaient monté depuis lors d'autres projets en duo (dont on ne trouve à nouveau aucune trace discographique) et s'étaient toujours promis de se reformer.

C'est en 2011 que ce désir prend forme lorsqu'ils accordent deux concerts en compagnie de Damo Suzuki. L'appétit venant en jouant, Ziguri remonte plusieurs fois sur scène par la suite et constatant que leur musique plait à une nouvelle génération de mélomanes, décide de se lancer dans la composition de leur premier album. 27 ans après leurs débuts.

Ziguri est le mot qui désigne le Peyote chez les indiens Tarahumara du Mexique et il n'est donc pas étonnant que la musique du groupe nous entraîne dans un voyage psychédélique menant à la transe. Les rythmiques répétitive et tribale du chamane Kölsch répondent à la basse profonde et ondulante du sorcier Erdenreich. Les voix sont incantatoires et appellent le grand manitou de la guitare Schikert à distiller ses boucles hypnotiques pour plonger l'auditeur dans un état second. On danse, on plane, on ondule au gré de ces oscillations.

Oui cette musique est une puissante drogue hallucinogène qui nous transporte toujours plus loin, au fur et à mesure des écoutes. Au départ, on cherche à résister ; on peut même être un peu rebuté par les voix. Mais bientôt, elles ne font plus qu'un avec la musique. Et puis, on se laisse aller, on ferme les yeux et on imagine Neu! qui jamme avec Ash Ra Tempel et Wooden Shjips au milieu du désert. Le temps est aussi dilaté que les pupilles d'Hunter S. Thompson. Putain de mescaline.

 

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