Ce 2 décembre 2022, White Lung publiera son cinquième opus. Intitulé « Premonition », il est annoncé comme un tourbillon de batterie, de guitares complexes et de paroles sans retenue sur la maternité, la grossesse et la croissance. Les thèmes sont plus…

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Marcel est un fantôme de carnaval qui aime faire beaucoup de bruit en frottant sa joue sur les humains avec tendresse. Comme un chat boiteux avec des cymbales attachées à sa queue. Insupportable mais étrangement sympathique. Sa musique doit autant à Jonathan…

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mercredi, 20 novembre 2013 02:00

Bug in the Baths bin

L'Américain Will Wiesenfeld aka Baths ouvrait l'édition 2013 de l'Autumn Falls. On était impatient de découvrir la version live de son deuxième album "Obsidian". Après avoir courageusement bravé la tempête sur l'autoroute et pataugé dans les énormes flaques d’eau entourant le Botanique, on espérait que le concert nous ferait oublier le stress et les pieds gelés. Pas de chance, le temps de se sécher et c'était déjà terminé. En effet, le Californien nous a gratifié d'un set d'à peine 50 minutes émaillé d'une série de problèmes techniques.

Lorsque nous pénétrons dans la salle, légèrement frigorifiés, nous avons la surprise de découvrir un gars en minishort de jogging affairé sur des branchements. ‘Waw, il a pas froid le technicien’ me souffle la photographe. Mais ce n'est pas un technicien, c'est Baths lui-même, lunettes de geek sur le nez, polo sans âge et chaussettes brunes sur vieilles baskets qui à l’aide de son complice de scène cherchent à brancher leurs laptops. Le concert commence en retard et Will Wiesenfeld nous annonce rencontrer quelques soucis techniques et ne pas être tout à fait certain d'assurer vocalement vu la fête qu'il a fait la veille et la fatigue d'une longue tournée. Après quelques tentatives de vocalises et un premier plantage qui me ruine le tympan gauche, le spectacle peut enfin démarrer.

L'Orangerie est bien remplie et on peut constater que Baths attire un public de tous âges (de 18 à 50 ans à vue de nez) : les jeunes devant, le téléphone greffé à la main, les vieux, à tronches d'intello, derrière. Très décontracté, l'artiste se fend régulièrement de quelques blagues qui font souvent mouche. L'assistance est bienveillante et préfère s'amuser des problèmes techniques. Pourtant, le son est loin d'être ‘topissime’ et le début de parcours plutôt bancal.

On est donc loin de la production ciselée des albums et les mélodies sont un peu mises à l'arrière-plan, noyées sous une tonne d'effets. Baths passe sans cesse d'un micro à l'autre et de son piano à son rack d'effets, samplant au passage sa voix et quelques notes de claviers. Cette technicité semblent impressionner l'assistance, moins votre serviteur. Les deux protagonistes s'en donnent en tout cas à coeur joie, se lançant dans des sortes de battles de rack d'effets et de boucles sonores. Certes, ces versions live sont bien plus pêchues, les beats sont lourds et les têtes balancent sur ces sonorités quasi IDM et ces rythmiques tantôt electro tantôt abstract hip hop ; mais l’ensemble manque quand même un peu d'émotion. La dimension nostalgique voire mélancolique des albums est assez peu présente hormis peut-être dans certaines parties vocales. Une voix qui, étonnamment, se fait presque hardcore dans les moments les plus endiablés. On ne s'attendait pas à ce genre de hurlements.

La fin du concert est plus convaincante. Des morceaux comme "Lovely Bloodflow", "Phaedra" et surtout "No Eyes" sont de vraies réussites. Mais c'est sur une impression mitigée et pour le moins frustré par la durée de la prestation que je quitte la salle. Les larges sourires affichés par les spectateurs, à la sortie, m’autorisent à penser que mon oreille meurtrie, mes chaussures engorgées et la perspective d'une heure et demie de trajet dans la neige fondante ont peut-être un peu biaisé mon jugement. Baths est juste un mec cool qui est parvenu à assurer son show, malgré les aléas techniques. Après tout, ce côté bricolé, qui peut passer pour du dilettantisme, est propre à l'écurie Anticon et le concert est bien dans la lignée de ceux des autres membres de ce formidable label auxquels j'ai assisté. Le talent n'est-il pas de proposer de la qualité sans avoir l'air d'y toucher ? En toute décontraction.

Autumn Falls

(Organisation Toutpartout + Botanique)

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vendredi, 08 novembre 2013 02:00

En toute simplicité

Gaëtan Roussel se produisait ce vendredi, à Liège, pour défendre son nouvel album, "Orpailleur", sorti fin septembre. 3 à 400 spectateurs attendaient l'ex-chanteur de Louise Attaque et Tarmac. Un public un peu timide, en majorité du même âge que l'artiste, qui ne semblait pas encore avoir tout à fait digéré le nouvel elpee. Il est vrai que Roussel n'est pas un grand entertainer, ses interventions entre les chansons se limitant à de pudiques ‘comment çà va?’. Les applaudissements les plus nourris sont donc arrivés en fin de parcours, lorsque Roussel a proposé des versions longues des tubes de "Ginger". Mention spéciale au décor plutôt poétique, le groupe jouant devant un mur de sphères de toutes tailles et derrière une sorte de moustiquaire géante sur laquelle étaient projetés, de temps en temps, des faisceaux lumineux.

Gaëtan Roussel entame son set par le single "Eoliennes", sans doute le titre le plus proche de "Help Myself". Deux percussionnistes entourent deux choristes, un guitariste, un bassiste et un claviériste. Ces rythmiques mises en avant tranchent avec la boîte à rythmes généralement utilisée sur l'album et confèrent fatalement une autre dimension aux morceaux.

Le groupe enchaîne les plages d'"Orpailleur". Le morceau éponyme puis "La Poésie", sorte de trip-pop sur lequel une femme de lumière projetée sur la moustiquaire danse nonchalamment. C'est au tour de la pochette de tournoyer sur le mur transparent lorsqu’une version plutôt rock de "Cha Cha Cha" est interprétée. "Matrice" reste dans les mêmes contrées électrisées. La première incursion dans "Ginger" nous viendra de "Clap Hands", tout en percussion. L’auditoire semble enfin se lâcher un peu et se met même à se déhancher légèrement sur le reggae lent de "Par dessus tes épaules".

Le concert prend alors un autre dimension sur une convaincante version electro pop du titre de Bashung et Gainsbourg "J'envisage". Assurément un des grands moments du show et un bel hommage de Roussel à son ami. Toujours sur un tempo élevé, la formation se lance dans un "Inside / Outside" rebondissant avant de proposer une version de dix minutes de "Help Myself" que n'aurait pas renié Pigbag. Les deux batteurs s'en donnent à cœur joie et la foule se dandine béatement sur ces longues montées instrumentales.

"La barbarie" nous ramène au calme, le meilleur texte d'"Orpailleur" (le seul qui n'est pas de lui diront les mauvaises langues) avant de se fendre, lors du rappel, d'une reprise du "Road to Nowhere" de Talking Heads qui se marie plutôt bien au timbre de sa voix.

J'assiste rarement à des concerts d'artistes français. Je ne suis pas fan à la base de Gaëtan Roussel et je ne le suis pas devenu à l’issue de ce spectacle, mais il était plutôt plaisant. L'artiste français dégage une modestie agréable. Il reste un honnête artisan dispensant des mélodies efficaces et des textes accrocheurs. C'est sans doute la raison pour laquelle son public lui est fidèle depuis tant d'années. Tout simplement.

Organisation : Les Ardentes

 

mardi, 05 novembre 2013 02:00

Space Chili

Ce concert, on en parlait depuis des semaines dans la petite communauté d'amateurs de musique cosmique liégeois. Chacun y allait de son petit commentaire sur les réseaux sociaux pour tenter de convaincre. ‘Ne ratez pas ces Chiliens, l'album est formidable’. ‘Des Chiliens?...’ ‘Oui des Chiliens qui pratiquent le kraut-rock comme Can et en plus, ils sont sur Sacred Bones, un des meilleurs labels du monde’. Le lobbying semble avoir fonctionné. La salle (on devrait plutôt parler de pièce puisque il s'agit d'un living aménagé) est copieusement garnie pour accueillir Föllakzoid et sa première partie, les Gaumais d’Umungus.

Le trio Umungus constitue le parfait supporting-act. Il a récemment assuré la première partie des vétérans d’Acid Mother Temple, au Magasin 4, une formation légendaire du psychédélisme. Il nous plonge directement dans des atmosphères qui fleurent bon le psyché rock des années 70. Oscillant entre passages lents aux relents jazz-rock et chevauchées électriques, on est bluffé par la maîtrise technique. Plus Gong que Can, il offre en tout cas un solide set jamais indigeste. Le guitariste s'en donne à coeur joie et n'est pas avare en petits effets psyché de tous genres indispensables à ce style, mais suffisamment maîtrisés pour ne pas devenir superfétatoires. On apprécie également le travail du batteur sur les cymbales. Pas de réelles longueurs lors de ce set qui augure un bel avenir aux Luxembourgeois. Allez faire un petit tour sur leur page Bandcamp, vous ne serez pas déçus si ce type de musique recueille vos faveurs.

Quatre Chiliens chevelus à la mine un peu fatiguée s'installent alors sur scène. Follakzoïd a certainement publié un des albums kraut/space rock de l'année ("II") et se produit donc à Liège, au milieu d'une longue tournée européenne comptant une soixantaine de dates. Ils figurent également à l’affiche du Yellowstock Winterfest qui se déroulera le 30 novembre à Geel en compagnie, entre autres, de Dead Skeletons et Naam. Remarqués par ces grands talent scouts de Sacred Bones en 2009, suite à leur prometteur premier long playing, le combo a tout de suite trouvé sa place parmi leurs éminents collègues de label (Moon Duo et Psychic Ills notamment pour citer les plus proches musicalement, sans oublier leurs compatriotes d'Holydrug Couple).                                  

Le set démarre en douceur. Quelques minutes atmosphériques avant de se lancer dans les compositions les plus clairement kraut-rock du quatuor de Santiago ("Trees", "99"). Le fantôme de Can hante ces morceaux aux rythmiques et à la basse métronomiques. La voix spectrale, style Moon Duo, du chanteur/guitariste se pose sur cette autobahn musicale. On est à Cologne. En 72 ! Quelques notes de guitares, fatalement pleines d'écho, peuvent également évoquer Spacemen 3. Kraut-rock, space-rock, cosmic music, peu importe finalement. La musique plane sec et devient même presque dansante à l'apogée de ces très longues et évolutives plages.

Puis, curieusement, le groupe replonge dans des climats plus méditatifs et hypnotiques. Le public est moins attentif. Logique, c'est presque ennuyeux.

Certainement délectable au coin du feu mais pas franchement folichon à ce moment. Un dernier morceau mid-tempo ne parvient à nous replonger complètement dans la transe. Fin. Il n'y a pas de rappel. Les guitares sont déjà dans les housses. On regrettera donc un peu cette trame où le paroxysme est venu un peu tôt et où la fin était sans doute un rien mièvre ; mais on ne parlera pas pour autant de concert moyen. La plupart des gens présents ont apprécié et iront, si ce n'est déjà fait, jeter une oreille sur l'album. On aurait juste aimé que les parties plus débridées et expérimentales s'étirent un peu plus. En ce sens, le dernier morceau a offert un final explosif mais extrêmement court au regard de sa durée. En fait, on aurait apprécié que la formation propose un peu plus qu'une simple copie de "II", opus formidable mais finalement assez domestique. Vu leurs têtes à la fin du concert, il n'en avait peut-être tout simplement pas l'énergie. A revoir dans un cadre moins feutré, peut-être.

(Organisation : Jungle)

 

dimanche, 27 octobre 2013 02:00

Voix de Femmes 2013 : dimanche 27 octobre

La caserne Fonck accueille les derniers concerts du festival. Le classico vient de se terminer. Impression curieuse que celle de passer de l'agressivité du match à la douceur paisible de la performance de Silvia Perez Cruz. La salle, plutôt bien garnie, écoute religieusement les chansons lumineuses de la belle Espagnole.

Silvia Perez Cruz est accompagnée de Ravid Goldschmidt, joueur de hang, cet instrument suisse récent à la forme de soucoupe volante et au son cristallin. Nous aurons d'ailleurs droit à un petit cours sur ce très bel instrument durant le concert. Car la belle est bavarde et n'hésite pas à se lancer dans de longues tirades sur sa musique mais aussi sur le plaisir qu'elle a d'être présente parmi nous. Elle n'hésite d'ailleurs pas à prolonger sa prestation autant qu'elle le peut et quitte presque à regret l’estrade. Il est vrai que le public est très réceptif ; et lui non plus n'a pas envie que ce moment de grâce s'achève.

Le duo LLama (le patronyme que les deux protagonistes ont donné à leur projet) nous entraîne dans des réinterprétations de morceaux traditionnels empruntés notamment au fado ("Lagrima") et au flamenco ("Luna"). En effet, Ravid Goldschmidt propose quelques notes de hang et la chanteuse improvise en différentes langues (plusieurs dialectes espagnols et portugais). Un concert du duo n'est donc jamais tout à fait semblable à un autre. La voix de Silvia est exceptionnelle et cette musique intimiste nous plonge dans une certaine méditation. L'atmosphère est presque familiale tant la talentueuse Ibère est accueillante, décontractée et chaleureuse. On a l'impression d'être invité chez elle tant elle a pris possession de la salle. Le concert se termine par une adorable version du morceau "Everything Will Be Fine" de Bill Evans". Le public applaudit à tout rompre, conscient qu'il vient d'assister à la performance d'une artiste hors norme.

Dominique Pinto alias Dom La Nena reprend le flambeau. Affichant un look de lycéenne sage, on a du mal à croire que sa carrière est déjà bien remplie. La Brésilienne exilée à Paris a en effet accompagné de nombreux artistes renommés comme Jane Birkin, Moriarty, Etienne Daho, Camille ou Piers Faccini. Flanquée de son fidèle violoncelle et parfois soutenue par une guitare ou un bandonéon, elle nous emmène dans son univers délicat et nostalgique. Sa voix douce et enfantine se marie agréablement au folk intimiste emprunté à la saudade de ses origines. Malgré son aspect timide, elle prend vite le contrôle du public et parvient à le faire participer plusieurs fois. Heureusement, le spectacle ne tourne pas trop à la fête d’une troupe scoute autour du feu de camp. Sans doute, parce que les interprétations sont excellentes. Caressantes et rafraîchissantes, aussi.

Caressante, Christine Salem ne l'est certainement pas. Cette Réunionnaise est l'une des rares voix féminines du maloya, sorte de blues hérité des esclaves, longtemps interdit sur l'île. Un blues rythmé puisqu'il n'est accompagné que de percussions dont le fameux kayanm, idiophone traditionnel peu connu dans nos contrées mais abondamment utilisé dans les territoires d'outremer. Deux percussionnistes participent également activement au show en s’autorisant des blagues potache ou en motivant le public à rentrer dans la danse. Les rythmes me déconcertent un peu. Je n'arrive pas à y déceler la transe attendue mais une partie de l'auditoire y trouve son compte et se déhanche avec délectation. Christine Salem en grande prêtresse vaudou, fait rebondir sa voix grave sur les percus ou sur de simples claquements de main. On retrouve la musique africaine des origines, brute, sauvage, tribale. Mais il manque sans doute un peu trop de sens mélodique dans cette solution sonore hyper répétitive, y compris dans les chants, pour m'emporter totalement. Une nouvelle fois, le public est amené à participer et le concert se conclut dans une sorte de karaoké africain. Impressions mitigées donc, mais grand bol d'énergie.

Le festival Voix de Femmes s'achève. Il m’a permis de faire de magnifiques découvertes musicales et humaines. Une réussite artistique qui aurait mérité plus de public. En effet, les concerts se sont déroulés devant une centaine de spectateurs en moyenne, ce qui est quand même assez peu au regard de la qualité des artistes proposées. Après avoir réalisé ma petite enquête, j'ai relevé au moins trois bonnes raisons. D’abord, la plupart des artistes étaient inconnus ou peu connus (le côté découverte ne fonctionne pas vraiment), la promotion était insuffisante, d’ailleurs pas mal de gens n'étaient même pas au courant de l’existence du festival ; et enfin, le prix d'entrée était un peu rebutant (22 euros à Liège, cela passe mal). Pour ma part, je me réjouis de découvrir la programmation de la prochaine édition, en espérant qu'elle sera encore plus éclectique et ouverte à toutes les musiques du monde et qu'elle nous permettra encore d'entendre la voix des sans voix.

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samedi, 26 octobre 2013 03:00

Voix de Femmes 2013 : samedi 26 octobre

La troisième soirée du festival n'a pas attiré la grande foule. Le public semble s’être déplacé plus par curiosité que par véritable passion. Pour preuve, le peu de mains levées quand la tête d'affiche, Mélissa Laveaux, demande qui connaissait son projet. Moins de magie que les deux soirées précédentes mais une programmation éclectique et des artistes heureuses d'être présentes.

La soirée débute par le duo stambouliote Seni Görmem Imkansiz. Deux jeunes filles timides se font face et nous entraînent dans un univers mélancolique oriental. Se servant de deux synthés, une boîte à rythmes et un melodica, elles délivrent une electronica sombre et contemplative. Leurs voix graves s'enlacent et flottent sur les mélodies nostalgiques du melodica. Empruntant parfois des motifs musicaux du folklore turc, elles se marient plutôt bien aux sonorités froides des synthés et les légères rythmiques industrielles. On pourrait penser à une version orientale du groupe islandais Múm. Mais les morceaux sont souvent trop évanescents et finalement pas aussi originaux qu'on l'avait présagé. On a régulièrement une impression d'inabouti. On sera quand même attentif à leur évolution. Un premier album va bientôt sortir.

Changement radical de style chez Mélissa Laveaux. Cette Canadienne d'origine haïtienne vit aujourd’hui à Paris. Ce soir, elle arbore un magnifique boubou et de grosses lunettes de hipster. On lui donnerait sans hésiter le rôle de la gouvernante black sympa dans un soap américain des années 60. Une décennie qui influence d'ailleurs parfois sa musique. On va assister à un concert agréable, sans réel temps mort mais sans moment impérissable non plus. Les morceaux les plus efficaces sont au final les mêmes que sur le long playing : "Postman", "Generous Bones" et Pretty Girls", soit une pop rock fraîche et positive mâtinée d'éléments africains et enrichie de chouettes mélodies au clavier. Et le set se termine juste avant de devenir lassant.

La yourte est bondée pour accueillir Sarah Carlier. La Belge semble même être l'artiste la plus attendue par le public. Les différents morceaux sont d'ailleurs applaudis à tout rompre et la belle Sarah en est ravie. Il faut dire que ce petit band acoustique réunit d’excellents musiciens, et les titres de l'album entre folk et soul se succèdent de manière homogène. L'atmosphère est agréable, détendue, intimiste mais chaleureuse. Une véritable symbiose s’établit entre la formation et les spectateurs. Une petite touche de reggae, une reprise de Sting ("Mad About You") et une fort bonne version de "Goin Back To My Roots", fatalement aux accents disco, confirment tout le talent du groupe. Sarah Carlier n'est pas qu'une créature d'Internet, c'est un vrai talent susceptible de toucher un large public.

Il nous reste à découvrir une autre artiste exilée à Paris : l'Israélienne Riff Cohen. Curieux personnage que cette Riff. Physique et posture de mannequin, un peu ingénue, un peu potiche, elle est finalement assez nature. Les premiers titres  ressemblent à des comptines en français récitées sur des compositions largement inspirées par la musique orientale. Si la tentative est intéressante et les touches de luth et de darbouka plutôt réussies, c'est tout de même assez peu convainquant et même légèrement horripilant. Elle se révèle néanmoins plus à l'aise lorsqu'elle chante en hébreu, du rock sombre assez emphatique traversé par un violon oriental. Sa voix grave, à la limite de la justesse, se marie mieux à ces ballades tragiques. L'originalité de la ravissante idiote se manifeste encore dans une détonante reprise du "Bambino" de Dalida, entre punk tragique et guinguette orientale. Mais définitivement, elle me fatigue plus qu'elle m'intrigue, une opinion apparemment partagée par pas mal de spectateurs puisque la salle s'est vidée au fur et à mesure du concert.

Il ne me reste plus qu'à rejoindre mes pénates…

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vendredi, 25 octobre 2013 03:00

Voix de Femmes 2013 : vendredi 25 octobre

La deuxième soirée du festival est celle qui a attiré le plus de monde. La présence de Rokia Traoré n’y est pas étrangère. Mais la révélation est venue d'Ukraine.

En effet, le premier concert a conjugué poésie et folie issue d'Europe de l'Est. Quatre personnages en tenue folklorique, trois femmes et un homme forment DakhaBrakha (donner/prendre en ukrainien). Les dames portent de longues robes blanches et arborent de magnifiques couvre-chefs entre chapka et bonnets de horse guards. Assis l'un à côté de l'autre, face au public, la troupe a fière allure.

La musique est en permanence rythmée par différentes percussions assez hypnotiques. Par-dessus se posent quelques notes étirées de violon et d'accordéon qui créent une atmosphère étrange et envoûtante, à la fois folklorique et d'avant-garde. La même impression se dégage de la polyphonie de la troupe. Des chants traditionnels originaires d'Europe de l'Est, puissants et harmonieux, aux inflexions étonnantes, qui se répondent, se chevauchent et sont relancés sans cesse par des petits cris. On a même droit à une partie rapée assez délirante de la part d'une des interprètes. Tour à tour, dans ce foisonnement d'informations soniques, surgissent des imitations de bruits de la nature (elles utilisent notamment des appeaux), les vibrations d'une guimbarde ou les notes de toute une série d'instruments ethniques issus du monde entier. Alternant envolées franchement dansantes et moments de suspension, DakhaBrakha a emporté et bluffé l'assistance. Chaudement conseillé si le groupe repasse dans nos contrées.

Une légère pluie tombe sur Liège et je me dirige vers la yourte où se produit Mirel Wagner. Le premier opus de cette Finnoise d'origine éthiopienne a bouleversé plus d'un amateur de folk. Pas de chance, toutes les places sont déjà occupées et je vais à nouveau me résoudre à braver les intempéries. Les chansons de Mirel sont intimistes, presque confidentielles. Elles s'écoutent religieusement. Assise sur le sol, les yeux fermés, la Nordique d'adoption enchaîne les morceaux à la guitare sèche. Le moment est peut-être un peu trop solennel pour un vendredi soir. Un peu plombant aussi, il faut bien le reconnaître et les conditions dans lesquelles j'assiste au concert, rajoute encore au pathos. Un groupe de bourgeoises sort de la tente, le rire nerveux aux lèvres. ‘Bon, où est ma boîte d'antidépresseurs’ lance l'une d'elles. Agaçant pour l'amateur de folk neurasthénique que je suis mais compréhensible. Mirel Wagner interprète son album et notamment les bouleversants "No Death" et "Red" mais aussi de nouvelles compositions. Le prochain elpee ne s'annonce pas plus joyeux. Le concert s'achève devant très peu de spectateurs, les autres sont déjà partis applaudir Rokia Traoré. Mirel ne méritait pas une telle réception.  

C'est donc trempé, frigorifié et un peu affligé que je découvre Rokia Traoré. La transition n'est pas trop abrupte puisqu'elle entame son set par ses morceaux les plus calmes et les plus nostalgiques ("Ka Moun Ké", "Mélancolie"). C'est joli, c'est appliqué mais les chansons me touchent moins que sur le long playing. Il me manque peut-être la production de John Parrish… Ce sentiment mitigé va me poursuivre jusqu'à la fin du set. On assiste à un show bien huilé, impeccable de maîtrise et superbement interprété (un remarquable batteur notamment) mais jamais, je ne me sentirai totalement emporté. C'est bien mais pas extraordinaire. Cependant, le public était venu pour danser et il en a eu pour son argent. Après ce début en douceur, les percussions se débrident, les choristes se transforment en danseuses et Rokia montre tout son talent de guitariste. Le concert se clôture sur une reprise de Gloomy Sunday qui ne fait pas oublier la version de Billie Holyday. Un spectacle un peu trop conventionnel à mon goût donc ; mais les artistes de la veille avaient sans doute mis la barre trop haut.

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jeudi, 24 octobre 2013 03:00

Voix de Femmes 2013 : jeudi 24 octobre

Avouons-le directement, le festival Voix de Femme a été un réel succès artistique. Une programmation remarquable et diversifiée, des artistes talentueuses et généreuses, des moments d'émotions, des découvertes musicales... Bref, tout ce qu'on a envie de découvrir lors de ce genre d'événement. On regrettera juste quelques options logistiques. Par exemple, celle de choisir une yourte exiguë pour servir de scène aux artistes les plus intimistes. L'idée en soi n'était pas mauvaise mais la vétusté de l'installation a obligé pas mal de spectateurs à écouter ces concerts de l'extérieur. On signalera pour compenser ce bémol que les conditions sonores ont été plus qu'acceptables ; ce qui est presque un exploit des techniciens tant on sait à quel point il est malaisé de ‘faire sonner’ la caserne Fonck. Rappelons également que ce festival ne se limite pas aux concerts mais propose parallèlement des spectacles de danse, des expositions, des ateliers... Comme je n’ai pas le don d’ubiquité, je me contenterai de vous parler de musique et de ces femmes qui ont souvent enchanté mes oreilles.

Le festival commence par le set de Mesparrow, une des révélations de l'année grâce à son premier album "Keep This Moment Alive". Marion Gaume, c’est son véritable nom. Elle est française et frêle comme un moineau, mais sa voix a une puissance et une profondeur exceptionnelles. Seule sur l’estrade, elle est entourée de toute une série de pédales de boucle. Le procédé est simple. Elle entame une mélodie a capella, la met en boucle, puis ajoute un beat et différents sons de bouche ou de claquements de doigts qui singent les instruments traditionnels, eux aussi bouclés, pour enfin chanter par-dessus cette petite symphonie tournoyante. Cet exercice de haut vol demande une concentration impressionnante, mais la Tourangelle maîtrise cette technique de main de maître. Il est vrai que le spectacle est bien rôdé puisqu'elle a enchaîné les dates depuis quelques années.

Mesparrow a la lourde de tâche de lancer le festival et le public est bien timide. Elle demande plusieurs fois qu'il se lève en lançant de malicieux ‘approchez-vous, je ne suis qu'un petit moineau’. Et finit par arriver à ses fins. C'est une salle debout qui l'applaudit lors des derniers morceaux. Tout l'album va être passé en revue. Du single "The Symphony" au délicieux "I Don't Want To Grow Up" et sa rythmique hip hop en passant par les excellents "Next Bored Generation"et "City On Fire" (à mon sens le point culminant du concert). Elle nous réserve également deux morceaux où sa voix entre Billy Holiday et Barbara se pose merveilleusement sur des notes de piano, son instrument de prédilection. Notamment sur une très belle reprise de "Stand By Me". Une autre cover constitue l'occasion d'apprécier son jeu de scène, qui me confiera-t-elle, s'inspire de la danse contemporaine et du théâtre. En effet, reprenant à capella le vieux standard de Cole Porter, "My Heart Belongs To Daddy", elle clôture le morceau en répétant et en déformant des dizaines de fois le refrain comme s'il provenait d'un gramophone bloqué sur le dernier sillon alors que son corps mime un disque voilé. Le concert se termine par une version d’"I Want To Travel" au cours de laquelle sa rythmique tribale en fait remuer plus d'un, avant de convier l'assistance à ‘faire la pédale de boucle’. En effet, elle assure alors l'accompagnement musical sur ce dernier a capella. On ressort de ce concert certain que Mesparrow est à l'entame d'une immense carrière, car ce moineau-là possède déjà l'envergure d'un goéland.

Encore sous l'émotion, je me dirige vers la yourte où se produit Soema Montenegro. Cette dernière est venue chercher les spectateurs sa guitare à la main et les convie à l'intérieur. La place faisant défaut, je me contenterai d'écouter de loin la voix mélancolique de l'Argentine accompagnée seulement par quelques percussions hypnotiques. Une transe légère m’envahit et les chants quasi chamaniques de l'Hispanique finissent par m’emporter. C'est troublant et agréable. Un très joli moment.

Je connaissais très peu Emel Mathlouthi mais sa prestation va me bouleverser. Cette artiste tunisienne plus qu'engagée vit en France depuis 2007. Elle a été une des voix importantes de la contestation contre le régime Ben Ali et continue à présent le combat contre le gouvernement actuel et les dérives islamiques. ‘Ils disent qu'ils n'ont peur que de Dieu mais en fait, ils ont peur de tout sauf de Dieu’ assène-t-elle avant d'entamer le titre "Ya Tones, Ya Meskina" ("Pauvre Tunisie").

Ce petit bout de femme dégage un charisme hallucinant. On sent en elle une force et une rage qui ne peut qu'imposer le respect mais aussi une sensibilité susceptible de vous nouer la gorge. Je l'avoue, je suis tombé sous le charme de cette voix exceptionnelle, de ce visage tour à tour sévère puis radieux, de ce sourire incandescent et de ce regard de braise et malgré tout plein d'amour. A un tel point que je me demande si je peux vraiment être objectif sur le concert. Tâchons tout de même de vous donner quelques détails.

Le groupe qui l'accompagne est constitué d'un guitariste plutôt rock, d'un batteur, d'un DJ prodiguant scratches et sonorités électroniques et d'un violoniste apportant une touche arabisante aux compositions. Le chant d'Emel Mathlouthi est lui aussi très inspiré de la tradition orientale. Les premières compos sont sombres, tendues, plutôt rock. Alternances de moments d'accalmies où toute la place est laissée à la diva et de montées en puissance qui emportent l'assemblée. Ci et là, un solo nous permet d'apprécier tour à tour le talent de chaque musicien. Le ton se fait parfois plus trip-hop comme sur l'excellent single "Ma Lkit" dont les paroles désabusées montrent à quel point l'exil et la solitude ont marqué cette écorchée vive. Mais de manière générale, les morceaux sont bien plus organiques que sur l'album, laissant finalement peu de place aux sonorités électroniques. On saluera tout de même l'osmose entre le DJ et le batteur dont les rythmes entremêlés apportent une densité spectaculaire. La conjugaison de beats et de rythmiques arabes est en tout cas une réelle réussite et entraîne plus d'une fois l'assistance dans une danse transique. Transe qui atteint son paroxysme quand Emel et les musiciens se saisissent de Qraqeb, sorte de castagnettes au son métallique utilisés généralement par les Gnaouas.

Mais la partie la plus émotionnelle est encore à venir. Emel Mathlouthi va nous bluffer en interprétant un chant flamenco avant de nous asséner une reprise d'"Hallelujah" seule à la guitare qui tire des larmes à plus d'un spectateur. Enfin, ce sera une chanson traditionnelle de son pays datant des années 30 reprise en choeur par la petite colonie tunisienne présente qui nous emporte dans un torrent de frissons. Rarement un concert m'a procuré autant d'émotions. Je me suis souvent surpris à sourire emporté par la joie de cette demoiselle à être sur scène, à propager sa sensibilité à fleur de peau. Et en regardant autour de moi, j’ai pu constater que j'étais loin d'être le seul.

Qu'il est agréable d'applaudir de telles artistes. Les trois anges de cette soirée ont eu en commun cette volonté de partager leur histoire sans fard ni posture. Merci mesdames pour avoir communiqué toutes ces émotions… 

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samedi, 19 octobre 2013 03:00

Les Heures IND 2013 : samedi 19 octobre

La deuxième soirée des heures IND était consacrée au rock. L'occasion d’enfin voir à l’œuvre Holograms, groupe suédois de post-punk qui n'avait pu prester au Micro Festival suite aux problèmes de santé d'un de ses membres. Ces hargneux teenagers étaient précédés par les locaux Scrap Dealers, les indie-rockeurs de Splashh et les arty Dez Mona. On parlera d'un bilan mitigé pour cette soirée. Une petite centaine de personnes seulement peuplait la Caserne Fonck, ce qui avait poussé les organisateurs à se réfugier dans l'Ecurie, une petite salle au plafond bas et à l'acoustique bien loin d'être optimale malgré les efforts désespérés de l'ingé son. Certains artistes non plus n'ont pas vraiment répondu à l'attente...  

La soirée débute par la prestation des Liégeois de Scrap Dealers. L'occasion de constater tous les progrès de cette formation encore jeune. Leur garage-rock est crasseux à souhait et l'énergie appréciable qui s'en dégage est plutôt bien maîtrisée. On est dans la veine des Thee Oh Sees ou de Ty Segall. Cà gueule, çà sue, ça se bouscule sur scène. C'est peut-être un peu trop sérieux parfois. La décontraction viendra au fil des concerts.

Splashh prend la relève. Acclamé par la presse britannique pour leur premier elpee "Comfort", ce quatuor réside à Londres, mais compte deux Australiens et un Néo-Zélandais dans ses rangs. Les influences des deux continents s'entendent mais leur fusion ne me convainc pas toujours. Comme sur l'album, la frêle voix brit-pop noyée sous les effets de Sasha Carlson a tendance à m'agacer. Très subjectivement, elle ne me paraît pas coller à l'indie-rock/shoegaze antipodale. D’ailleurs, les interventions de guitares et les lignes de basse sont souvent empruntées à Kim Deal. On est plongé dans les nineties, mais la copie ne vaut pas l'original. Quelques jeunes filles sautillent sur ces répliques des Pixies que sont "Headspins", "Vacation" ou le single "All I Wanna Do". Les vétérans ont retrouvé des sonorités qu'ils aiment et finalement, n'en demandaient pas beaucoup plus. On s'en contentera.

Dez Mona contraste violemment avec les précédents. Tirés à quatre épingles, les Flamands pratiquent leur pop de chambre avec classe. Le chanteur tente de réveiller une salle qui s'est assise et n'apporte pas beaucoup d'attention au concert. Mais on sent bien que ce n'est pas cette musique-là que les gens sont venus écouter. L'accueil est poli, sans plus. On est admiratif des talents de musiciens des Bruxellois mais cet art-rock mâtiné de jazz qui rappelle la scène anversoise, Moondog Jr en tête, fige un peu l'ambiance.

Mais ce que tout le monde attend, ce sont les Holograms. J'étais curieux de découvrir les Suédois en live. Après un excellent premier album au son brut, entre punk, post-punk et new-wave, et la déception du second, surproduit et presque caricatural à mon sens, je me demandais ce qu'ils pouvaient proposer sur scène. Hélas, le quatuor, bien éméché, va délivrer un set brouillon ; à tel point, qu’on aura même bien du mal à identifier les morceaux. La voix d'Andreas Lagerström, si impressionnante sur disque, manifeste pas mal de faiblesses. On frôle parfois le chant de supporter imbibé et lorsque les mélodies de synthé suivent le chant, le résultat devient même carrément pompier. Le côté ‘hymnique’ du second elpee réapparaît et seule l'énergie impressionnante et quelques lignes de guitare abrasives sauvent quelque peu un concert qui part de plus en plus en sucette. La moitié de la salle s’est déjà vidée lorsqu'Andreas lance une dernière éructation. On espère donc que les Holograms étaient juste bourrés et qu’ils se sont comportés comme des sales gamins en proposant ce concert déstructuré et fort peu inspiré. Ils ont en tout cas déçu les nombreuses personnes venues expressément pour eux. La soirée s'achève, le bar ferme précipitamment. Dans la pénombre de la cour de la caserne Fonck, quelques vieux rockers refont le monde jusqu'à l'extinction totale des feux… et de ce qu’il reste comme lumière…

Holograms + Splashh + Dez Mona + Scrap Dealers

(Organisation Les Ardentes)

 

vendredi, 18 octobre 2013 03:00

Les heures IND 2013 : vendredi 18 octobre

Cette année, les heures IND, organisées par Les Ardentes, avaient décidé de programmer un grand nom du jazz contemporain : Christian Scott. Devant un petit parterre de connaisseurs, le Néo-orléanais nous a gratifié d'un concert presque intimiste au cours duquel on a pu entendre plusieurs extraits de son dernier et ambitieux album "Christian aTunde Adjuah".  Le band du trompettiste était précédé par l'excellent groupe belge, Cruz Control qui tout en douceur a échauffé nos oreilles.

Habitué des salles liégeoise, Cruz Control est accueilli chaleureusement par un public déjà acquis à son jazz fusion. Active depuis une petite dizaine d'années, la formation dégage une vraie joie de jouer qui fait plaisir à voir et la rend directement sympathique. L'atmosphère est feutrée, la musique s'en inspire. Les compositions font régulièrement penser à Weather Report mais la filiation avec Return To Forever et Miles Davis, période Bitches Brew évoqué dans la présentation du groupe, n'est certainement usurpée. Cruz Control semble aimer les longues séquences et n'hésite pas à abuser des mesures composées (merci à un ami jazzman de m'avoir soufflé ce terme technique). Mais ce n'est pas indigeste. Jamais le propos ne deviendra abscons. Alternance de moments enlevés et de parties plus atmosphériques, le concert a une remarquable cohérence. Les relents de funk, de rock et d'electro annoncés me semblent peu évidents, mais on peut trouver ci et là des influences de prog-rock plutôt digestes. Les musiciens sont en osmose et les commentaires sont élogieux dans la salle sur le groove du batteur Stijn Cools et le jeu sur les tempos du bassiste Jérôme Heiderscheidt. Le Fender Rhodes de Julie Dehaye fait resurgir l'esprit de Joe Zawinul. On en revient toujours à Weather Report. Un très agréable moment qui donne envie de découvrir leur premier album "Le comment du pourquoi?".

Christian Scott débarque alors sur les planches, accompagné de son gang de teenagers. Et si on nous souffle que le monsieur a eu des exigences techniques un peu démesurées pour l'endroit, il ne semble pas être affecté par ces contrariétés. Au contraire, il paraît d'excellente humeur et après deux morceaux, se fend d'une présentation pleine d'humour mais surtout très tendre de ses musiciens. On a droit à la biographie intégrale de chacun d'eux et Christian est très fier d'annoncer que son saxophoniste au visage de poupon est à peine âgé de 22 ans et son batteur à la coiffure spectaculaire de seulement un de plus. Un drummer qui apporte une touche urbaine assez intéressante à l’aide de ses rythmiques empruntées au funk et au hip hop, mais qui est également très à l'aise dans les parties influencées par ce que l'on appelle la black indian culture de la Nouvelle-Orléans chère à Christian Scott (fusion de jazz et de musiques traditionnelles africaine et indienne pour faire court). 

Bien entendu, on ne peut s'empêcher de penser à Miles Davis (dont Christian a d'ailleurs repris le rôle dans une tournée récente de la légende Marcus Miller) même si la trompette customisée de Scott évoque Dizzy Gillespie. En fermant les yeux, on peut parfois s'imaginer dans un club de Saint-Germain, dans les années 50, attablé à côté de Juliette Greco ; mais on est vite rattrapé par la Nouvelle-Orléans. Une ville qu'il met en musique avec colère dans le trépidant "Danziger" composé après le passage de l'ouragan Katrina. Colère que l'on retrouve aussi sur le bluesy "KKPD" (Ku Klux Police Dept) inspiré par sa propre expérience du racisme ordinaire. A côté de ces morceaux très enlevés, on a droit à des parties bien plus apaisées évoquant à nouveau Miles Davis période "My Funny Valentine". Les morceaux deviennent alors caressants, intimistes. On flotte au gré des notes bleues de la trompette de Scott sur des ballades romantiques. Un romantisme poussé à son paroxysme lorsqu'il convie son épouse à le rejoindre sur scène. Le chant de cette dernière n'a rien d'exceptionnel mais l'homme est amoureux et ce moment d'intimité assez touchant. Le concert s'achève et Christian semble aussi satisfait que le public. Il restera d'ailleurs assez tard au bar à discuter auprès de ses admirateurs le sourire aux lèvres. "Christian Scott is swag" nous annonce le t-shirt qu'il tente de vendre dans le coin merchandising. Un t-shirt aussi bling-bling que la sorte de collier africain en or qu'il arbore. Mais sa musique est de bon goût. C'est bien le plus important.

Christian Scott + Cruz Control

(Organisation Ardentes)

 

jeudi, 17 octobre 2013 14:16

I Love Techno 2013

Comme chaque année, I Love Techno accueillera plus de 30 000 clubbers au Flanders Expo. Ce sera pour le 9 novembre prochain. Et comme chaque année, pour vous appâter, les organisateurs vous proposent un mix d'un des DJs phare actuel, en l'occurrence le Français Gesaffelstein.

Ce dernier, petit protégé de The Hacker, squatte ces derniers mois les platines des plus grands clubs et les premières pages des magasines techno. Après avoir publié d'innombrables maxis depuis 2008, sur des labels tels que Goodlife, Turbo ou Bromance, son premier album est attendu pour la fin de l'année. Mais ce sont ses remixes qui ont le plus contribué à sa réputation. Pas étonnant lorsqu'on consulte la liste des artistes qui ont fait appel à lui : Depeche Mode, Laurent Garnier, Justice, Lana Del Rey, Moby et bien d'autres.

Le mix est assez représentatif de son style : une techno assez dark, froide et parfois agressive dont les sonorités souvent electro rappellent les années 90 voire l'EBM des eighties. On sent bien que la scène de Detroit l'a profondément marqué, Underground Resistance particulièrement. Les sons acides de la 303 s'invitent régulièrement autour des rythmiques électro et des basses lourdes. Dans le tracklisting, il a convoqué ses compagnons de route : The Hacker, Brodinski, Bobmo et Boys Noize mais aussi Jimmy Edgar ainsi que le Suédois Luke Eargoggle. Et, cerise sur le gâteau pour un vieux de la veille, il ressort le formidable "Playstation 2", morceau de 98 du vétéran hollandais I-F qui s'insère à merveille dans la tonalité du mix. Un set qui s'achève par une des dernières créations de Mike Levy (le véritable nom de Gesaffelstein), "Pursuit", un morceau qui aurait très bien pu figurer dans le documentaire Sound of Belgium. Bref, de quoi plaire à plusieurs générations de clubbers.

 

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