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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 04 décembre 2007 19:53

Live at Rum Boogie Café

Bien qu’originaire du Mississippi, Billy est un musicien blanc. Il a accompli ses premiers pas musicaux au sein d’un lieu mythique du blues : Clarksdale. Il milite alors chez les Midnighters, en compagnie du guitariste Johnnie Billington et du batteur Bobby Little. Il remonte alors quelque peu vers le Nord, sans pour autant quitter les berges du Mississippi, et s’établit à Memphis, dans le Tennessee. Il peut alors se produire dans ce temple ouvert du blues qu'est Beale Street. Il fonde enfin son Billy Gibson Band en compagnie duquel il a déjà commis quelques albums. Et notamment "Billy Gibson" en 1996, paru chez North Magnolia. Depuis, il s’est investi au sein du label local Inside Sounds. Sur lequel il a sorti "The nearness of you" en 2001, "In a Memphis tone" en 2004, "The Billy Gibson Band" en 2005 et "Southern Livin" en 2006. Il a également participé à la confection de différents albums comme invité. Et notamment le "I smell smoke" de Michael Burks, paru sur Alligator en 2003, "Soft place to fall" de Deborah Coleman, sur Blind Pig en 2000 ; mais également pour des artistes locaux. Dont les Junkyardmen et le Daddy Mack Blues Band.

Edité en 2007, “Live at Rum Boogie Café” a été immortalisé live, en décembre 2004, dans l'un des temples du blues de Beale Street" : le ‘Rum Boogie Café’. Le line up du combo est toujours identique. Trois musiciens noirs. C'est-à-dire le guitariste David Bowen et le bassiste James Jackson, deux personnages qui ont milité chez l’Albert King Band et le drummer Cedric Keel. Billy se produit aussi régulièrement au sein des Delta Cats, un duo acoustique qu’il partage avec son guitariste David Bowen. Ce set live a été enregistré dans l'ambiance de ce club torride. Les plages sont suffisamment longues pour permettre aux quatre partenaires  de mettre en exergue leur talent. Bill Gibson est un de ces souffleurs de la génération contemporaine qui semble jouir de deux paires de poumons. Mais non seulement son souffle est terriblement puissant, mais son jeu est loin d’être banal. Nous poussons la porte d'entrée du ‘182 Beale Street’, au milieu d'une impressionnante collection de guitares et autres mémorabilias. Commandons un Boogie Blues Buster et un gator gumbo ou un Memphis platter pour les plus gourmands, avant que n'arrivent les musiciens sur la petite scène, au milieu du public. Dès l'ouverture "What is love?" met le feu aux poudres. La section rythmique est redoutable, expérimentée. Mais ne sommes-nous pas à Memphis? Billy est décontracté mais toujours appliqué. Le "Love everybody", de Willie Foster" émarge au funk ; mais un funk audacieux, marqué par les percussions de Cédric. Billy chante d’une bonne voix, assez proche de celles de Kim Wilson voire de Brian Templeton ; mais dès qu'il en a l’opportunité, sa bouche explose pour sortir des notes d'harmonica par flots. Et franchement, son instrument passe un sale quart d'heure! Les effets sonores se multiplient. L’opus jamais ennuyeux. L’artiste est chez lui à Memphis. Et il tire parti au maximum de cette situation. Cedric lance le Bo Diddley beat pour célébrer "Pretty thing", une compo écrite par Willie Dixon pour Bo. Mais ici, c'est l'autre soliste, en l’occurrence le gratteur David qui se met en évidence. "Home at last" marque le retour au funk. Billy manifeste beaucoup de respect pour ses équipiers. Et le démontre en laissant la part belle à James Jackson, un remarquable bassiste. Le concert se poursuit par "Darling please come home". Imprimé sur un tempo modéré, cette compo est signée par Billy. On reconnaît à peine la version marathon (plus de 16’) du fameux "Bad boy" d'Eddie Taylor. David et Cedric répondent en chœur au chant de Billy avant que n'éclate une partie d'harmo orgiaque. Et cette dernière cède finalement le relais à une très longue envolée de Keel aux percussions. C’est bien lui le ‘bad boy’ ! Billy s’attaque encore à "Early in the morning", un blues lent écrit il y a soixante ans par John Lee ‘Sonny Boy’ Williamson I. Il respecte le feeling du créateur mais s’autorise un intermède aussi amusant que pétillant en mode country & western. Le BGB achève son concert par le "Polk salad Annie" de Tony Joe White, un des plus célèbres titres du pays des swamps (NDR : finalement pas tellement éloigné). David Bowen le chante d’un timbre chaleureux et bouleversant, tandis que Billy se réserve ses derniers billets de sortie. Un excellent album live!

mardi, 04 décembre 2007 19:49

Blues blast

Debbie est devenue une blueswoman notoire. Une réputation qu’elle s’est forgée au fil du temps. Agée aujourd’hui de 55 balais, cette ancienne gratteuse d'Albert Collins a été (ou est encore !?!?!) la compagne de Coco Montoya, longtemps un Bluesbreaker de John Mayall. Elle a débuté chez les Cadillacs de Maggie Mayall, l'épouse du vieux John ; une aventure qu’elle a vécue avant de rejoindre Collins, en 1988. En 1993, elle embrasse une carrière solo et sort la même année, "Picture this". Son opus précédent remonte à 2005 : "All I found". Il inaugurait sa toute nouvelle signature chez Telarc.

"Blues blast" constitue déjà son neuvième elpee. Pour l’enregistrer, elle a reçu le soutien de musiciens renommés ; et en particulier issus de la scène de Boston : le drummer Per Hanson, le bassiste Rod Carey et le claviériste Bruce Katz, trois anciens membres des Broadcasters de Ronnie Earl. Et suivant sa bonne habitude, elle a invité quelques invités prestigieux.

La plaque s’ouvre "A.C Strut". Cet instrumental rend un vibrant hommage à l'inoubliable maître de la Telecaster. On y assiste à une lutte farouche entre les guitares de Debbie et Coco Montoya. Possédées elles émargent au même style. Dans le passé, Coco a été le drummer d'Albert Collins ; et il faut croire que derrière ses fûts, il a bien assimilé toutes les facettes du style de Collins. Debbie apprécie également le Chicago blues urbain. Elle reprend le "My time after a while" de Buddy Guy. Son timbre vocal n’est guère spectaculaire, mais il est empreint de passion. De feeling et de décontraction, aussi. Tout au long de cette plage, Coco s'applique à la rythmique. Charlie Musselwhite opère son entrée en studio. Le sourire aux lèvres et la bouteille d'eau à la main, il participe à l’interprétation de deux titres. En y apportant sa flamme. Le vieux Charlie illumine tout d'abord de sa verve "Sittin' and cryin'". Ses petites phrases concédées à l'harmo semblent, à premier abord, insignifiantes ; mais leur impact est immédiat. Musselwhite offre également une version pétillante de son "Movin' & groovin'" (NDR : issu de son album "In my time") à sa jeune copine Debbie. Son chant est convaincant et fait plaisir à entendre. Le tempo est très vif. La rythmique est chargée de swing. Il en profite pour signer un solo bouleversant sur son harmonica. Musselwhite est au sommet de son art. Sa créativité est impressionnante. Et il est d’ailleurs très difficile de l’arrêter. Tab Benoit figure également parmi les guests. Cet excellent chanteur/guitariste de blues louisianais relève aussi du label Telarc. Il avait déjà collaboré, en 1999, à l’opus "Homesick for the road" en compagnie de Debbie et Kenny Neal. L'occasion était donc belle pour l’inviter à ces sessions. Il est impliqué pour deux grands classiques. Tout d’abord le "Crawling King snake" de John Lee Hooker. Une version passionnelle et dépouillée. Le morceau macère dans un climat poisseux et menaçant : celui du Delta du Mississippi. La voix chaude et généreuse de Tab en rajoute une couche. Le traitement sur les cordes s’opère sur le fil du rasoir. Et le message passe à la perfection. Debbie chante le "Howlin' for my darlin'" de Howlin' Wolf d’une voix sans grande nuance. Heureusement, sa guitare compense largement cette insuffisance. Toujours proche de l’esprit de Collins, son intervention autoritaire ne fait aucune concession. "Like you was gone" constitue, à mon humble avis, une des meilleures plages de ce disque. La rythmique est manifestement inspirée par Jimmy Reed. Le tempo est indolent. Dans un style proche de la Louisiane ; et de Baton Rouge, très exactement. Coco Montoya seconde Debbie au chant. Les sonorités écorchées du talentueux Musselwhite font merveille au sein de cet univers sonore désespéré. Cette situation donne des ailes à Miss Davies. Ses cordes métalliques collent parfaitement à cette ambiance savoureuse. De bonne facture, "When the blues come to die" évolue dans un registre qu'aurait apprécié John Mayall. Tout comme chez les Bluesbreakers, les guitaristes s'échangent de fort intéressantes phrases personnelles. En y ajoutant le panache ! Tab, Coco et Debbie sont toujours au poste lors de la finale instrumentale, "Sonoma sunset". Un titre bouleversant. De plus de dix minutes ! Le climat est ténébreux. Le tempo lent. La tristesse et la douleur sont surtout accentuées par les interventions à l'harmonica de Musselwhite, et entretenues par celles, successives, de Tab, Coco et enfin Debbie…

mardi, 04 décembre 2007 19:45

Guitar'd and feathered

L'affriolante chanteuse californienne nous propose son huitième album. Elle aime les plumes. Et le démontre sur la pochette de l’elpee. La guitare aussi. Ce qui explique pourquoi la diva a reçu le concours d’une bien belle brochette de gratteurs. Candice Louise Kane parvient, en outre, a bien mettre sa voix en évidence dans un univers sonore éclectique, au sein duquel styles et d'atmosphères oscillent entre blues, soul, ballades et rock'n'roll! 

L’opus s’ouvre par la cover du "My country man" de Big Maybelle. Une version jump qui bénéficie du concours du maître incontesté du style : Mr Junior Watson. Pour la circonstance, il retrouve son ancien compagnon des Mighty Flyers, Bill Stuve. Et sa contrebasse fait mouche. Dave Alvin est venu apporter son concours à "Back to my old friends". Il y a 25 ans qu’elle connaît le natif de Californie ; avant même que notre activiste féminine ne se mette à chanter. Le charismatique leader des Blasters se réserve la steel guitare et rejoint la slide de Bob Margolin. Cette conjugaison de cordes exhale un savant parfum. Miss Kane à la pêche ! Elle poursuit par "When I put the blues on you", un blues rocker très musclé entretenu par les cordes électriques de Margolin et de la frêle rouquine Sue Foley. La pureté de la voix sied à merveille à "I'm not gonna cry today", une douceur manouche au cours de laquelle Jeff Ross se mue délicatement en Django. Et l’exercice est brillant ! Le "Idone gone over it" de Guitar Slim adopte un profil Chicago blues. Sue Foley est de retour. Et Billy Watson à l'harmonica, également. Malgré la présence d’un éventail impressionnant d'invités, la formation de base a quand même son mot à dire. Elle implique Bill Stuve, dont nous avions déjà parlé, son fils Evan Caleb à la batterie et Heine Andersen à la guitare. Candye chante "Goodbye my heart", une ballade soul signée Caleb. Sa voix est convaincante. Cette plage est caractérisée par la présence de son autre fils, Tommy Yearsley II, à l'orgue Hammond. "I'm my own worst enemy (dedicated to my friends and adversaries on the Blues list)" ne me botte pas trop. A cause de son style Tamla Motown entretenues de chœurs spécifiquement féminins. Le swing marque son retour lors du léger et pétillant "Fine brown frame". Kid Ramos s’y réserve les cordes acoustiques. Quelques mois plus tôt, Candye était encore en tournée européenne. Lors de ce périple, elle en avait profité pour s’enfermer dans un studio d'Amsterdam, en compagnie de la mignonne guitariste slave, Ana Popovic, pour y enregistrer "I'm lucky". Le style est très Popovic. Son solo est parfaitement ciselé et subtilement travaillé. Bob Margolin est producteur. Cet ancien membre du Muddy Waters Band a accompli de l’excellente besogne sur cet elpee. Il est parvenu à mêler subtilement les différents styles, alternant le plus souvent les plages électriques et acoustiques. A propos de cordes non amplifiées "Jesus and Mohammed" est un véritable régal. Bob Brozman et Jack Tempchin s’y révèlent de brillants instrumentistes. Ce dernier avait, notamment, bossé pour les Eagles. Avec bonheur ! Quel plaisir de retrouver sa partenaire des premières années ; en l’occurrence la pianiste Sue Palmer. Elle nous réserve son style boogie woogie tout au long de "Club of the foolish hearts". La nostalgie et une pointe de tristesse dans la voix, Kane chante encore le tendre "We're long ago and far away", une plage caressée par les accords empreints de douceur de la basse acoustique de Stuve et traversée par les cordes inspirées de Margolin. Cet excellent album s’achève par "Crazy little thing". Un rock'n'roll trépidant réminiscent des des fifties. Pour la circonstance, un guitariste de poids soutient la charmante Candye : Sir Popa Chuby…

mardi, 27 novembre 2007 23:36

Transmissions

Le trentième anniversaire du King n'en finit pas d'être célébré. Ce projet ambitieux bénéficie d’une luxueuse présentation sous la forme d’une solide pochette cartonnée. L’opus offre, en outre, une partie audio, une partie vidéo et enfin un livret de 80 pages.

Le volet audio a été enregistré au sein des légendaires studios Sun, à Memphis. Dix plages. Des enregistrements remontant aux débuts d'Elvis, c'est-à-dire entre 1954 et 55. C'est "That's alright Mama", le tout premier single sorti en juillet 54, qui amorce les hostilités. Sa flip side, "Blue moon of Kentucky" embraie et ouvre la voie à "Good rickin' tonight" et "I don't care if the sun don't shine", sortis à peine deux mois plus tard. Puis à "Milkcow blue boogie" et "You're a heartbeaker", parus en janvier 55, "Baby let's play house" et "I'm left you're right, she's gone", en avril 55; et enfin le fabuleux "Mystery train" et "I forgot to remember to forget", en août 55. Ce sont bien les cinq premiers 45 tours commis au cours de la première année de carrière du King qui sont ici réunis. Le début d’un fabuleux parcours. Huit autres titres ont été immortalisés ‘live’ en 1956. Lors de célèbres shows : l’Ed Sullivan, le Milton Berle et le Steve Allen. Des classiques. Et notamment "Don't be cruel", "Hound dog", "Ready Teddy", "Heartbreak hotel" et "Blue suede shoes". Des rock'n'roll légendaires. Mais déjà des plages empreintes de tendresse qui cristalliseront, plus tard, le succès éternel d'Elvis, à l’instar de "Love me tender'" ou de "Love me", soutenu par les chœurs des Jordanaires.

Pour la partie vidéo, on y retrouve six plages tirées de l'Ed Sullivan Show en 1957 et d'un concert de 56, au cours duquel il interprète notamment "Money honey", "Shake, rattle & roll" et "Tutti Frutti". Il nous reste encore le livret, format CD, dont les 80 pages retracent la biographie d'Elvis. Le tout illustré par de superbes et nombreuses photographies en couleur (NDR : et de qualité, je le répète !). Depuis cet été 1953, lorsque le jeune rocker, âgé alors de 18 ans à peine, fait son entrée dans les studios Sun, sur l'Union Avenue à Memphis, jusqu'à cette sombre matinée du 16 août 1977, lorsque cette légende nous quittait pour toujours. Un témoignage de grande qualité.

mardi, 27 novembre 2018 17:52

Versions originales

Thierry est un musicien belge. Il jouit d’une solide réputation. Agé de 48 ans, c’est un spécialiste de l'harmonica. Non seulement il possède une technique irréprochable, mais il est également très créatif. Son talent et son discernement devraient, sans aucun doute, lui permettre un jour de devenir le digne successeur de Toots Thielemans. Il joue de cette musique à bouche depuis plus de trente ans. Se maîtres répondent aux noms de Toots, bien sûr, mais également de Stevie Wonder et du Français Jean-Jacques Milteau. Il possède l'âme et le cœur du musicien mais sa tête est aussi bien faite, puisque ce psychologue est diplômé de l'université de Liège. De 1988 à 96, il a apporté sa collaboration au chanteur français Michel Fugain. Il a aussi travaillé auprès de nombreux artistes belges, parmi lesquels figurent Fred and the Healers, Clouseau, Froidebise, Pierre Rapsat et Johan Verminnen. Il y a quelques années, il a monté un trio particulièrement apprécié dans l’univers du jazz, en compagnie du guitariste Chris De Pauw et du pianiste Erno. En 2005, le contrebassiste Achim Tang est venu enrichir le line up, qui est ainsi passé à un quartet. Instrumental, cet elpee brille par sa diversité. Les compos sont toujours mélodieuses et les instruments acoustiques sont au service de l'ensemble. Les quatre acteurs manifestent une cohésion irréprochable.

Le chanteur Sanseverino vocalise et joue de la guitare manouche sur "Démolissons les mots", une plage qu’il a écrite avec Thierry. Chris De Pauw signe "Volte-face", une belle occasion pour lui de siéger derrière le piano lors d’un montage instrumental assez complexe, théâtre de changements de rythmes et d'atmosphères multiples. Au passage, Tang se divertit à la basse sur le thème hispanisant créé par le piano. D'une manière uniforme, les mélodies sont riches et accrochent instantanément l'oreille. Le tendre et doux "La marche" en est la plus belle démonstration. "Gigue de Krommenc'h" est issu de la plume de Froidebise. Un morceau allègre qui nous entraîne dans une farandole guillerette bretonne. L’éclectisme de cet opus oscille également entre la légèreté manouche ("Boplubie") au climat oriental. Sur "Zayak", tout d’abord. Un titre hypnotique issu du répertoire de Karim Baggili, un chanteur jordano-yougoslave venu colorer l’expression sonore des cordes de son oud, un luth moyenâgeux! Pour "Hora Lautareasca", ensuite. Sur des accents slaves, Karim invite l'harmoniciste américain Bill Barrett à échanger des phrases à l’instrument chromatique et diatonique. Enfin, pour ne pas oublier son long parcours opéré auprès de Michel Fugain, il accorde une version colorée et très personnelle de "Je n'aurai pas le temps". Une fresque instrumentale de grande qualité!

mardi, 27 novembre 2007 23:14

Flavio Guimaraes and Prado Blues Band

Outre son implication chez Blues Etilicos, Flavio Guimaraes se réserve une carrière individuelle. Un espace solo qu’il a déjà ponctué d’opus très intéressants. Et en particulier "Little blues" en 1995, "On the loose" en 2000, une "Jam for Big Walter", un "Tribute to William Clarke" et "Navegeita" en 2003, ainsi que "Coletänea" en 2005. Harmoniciste notoire, Flavio sévit au sein du tout aussi réputé Blues Etilicos ; un ensemble en compagnie duquel le musicien de Rio de Janeiro a participé à la confection de dix albums au cours des vingt dernières années. Ce nouvel opus a reçu le concours d’Igor Prado à la production.

L’elpee s’ouvre par "I may be wrong", une compo signée Count Basie. Le swing envahit ce boogie jump. Une plage idéale pour mettre la formation sur orbite. Le versatile Igor Prado se réserve la guitare et le chant, Ari Borger les claviers. Dans son style boogie, il s’agit du meilleur pianiste de blues brésilien. Une section de cuivres imposante communique parfaitement cette impression de big band indispensable à l'atmosphère Basie. Et il revient à Flavio de conclure à l'harmonica face aux 88 touches d'ivoire de Borger. Flavio est un élève, davantage même : un disciple du regretté William Clarke. Par conséquent de l'instrument chromatique. Il rend hommage à son maître sur "Missing Mr Clarke". Il s’y révèle très brillant. Une compo aux accents jazz et swing imprimée sur un tempo vif. Les échanges entre Flavio et les cordes d'Igor sont de bonne facture. Miss Jeannette Clarke, la veuve de William, a d'ailleurs déclaré tout le bien qu'elle pensait de ce "Missing  Mr Clarke". Ce morceau baigne dans un climat West Coast. "T-Bone shuffle" est le fruit d’un subtil cocktail de blues et de jazz. Flavio se concentre au chant et Prado prend son pied en épousant le style cher à T-Bone Walker. Constituée de Yuri Prado aux drums et de Marcos Klis à la basse acoustique, la section rythmique est légère et sautillante. Le duo est toujours au poste pour "Riding with Ray" ; mais pour la circonstance, Howard Levy a été invité à siéger derrière les ivoires. Howard est new-yorkais. Pianiste, mais également harmoniciste, il a milité chez Bela Fleck and the Flecktones. Igor brille au chant sur le sémillant "Please send her home to me". Son ton est même agressif. L’attaque sur l’instrument chromatique de Flavio est sublime. "Tin pan Alley" campe un slow blues traditionnel. Classique, si vous préférez. Flavio le chante en s’accompagnant à l'harmonica diatonique. Guimaraes rend un hommage chromatique à George ‘Harmonica’ Smith (NDR : la source d'inspiration principale de William Clarke) sur "George's boogie", un exercice instrumental semblable à "Missing  Mr Clarke". "Lazy thing" opère un retour au jump style. Flavio chante cette plage caractérisée par les interventions étincelantes d'Igor aux cordes. L’osmose entre les deux musicos est largement mise en exergue lors du shuffle instrumental "Below's shuffle". En soutien, Mr Yuri Prado assure un tempo à la fois bourré de vitalité et métronomique. Décidément insatiable, Igor en remet une solide couche sur son "Swing me baby". La partie de cordes est impériale. Les vocaux accrochent instantanément. Cet axe Chicago – Los Angeles passe par Rio. Flavio chante le traditionnel "Put the kettle on" que le PBB reprend en chœur. Un second harmoniciste entre en scène : Mr Ivan Marcio, collaborateur habituel des frères Prado. Il vient rivaliser avec Flavio. "Going home tomorrow" voyage au cœur des swamps louisianais. Coécrite par Fats Domino, cette plage semble se dérouler en l'absence de Flavio. Igor chante et joue chaleureusement ce blues. L'harmo d'Ivan Marcio suit cette compo à la trace. Après un dernier instrumental intitulé "Boogie do Cauê", l’opus s’achève par "Louise". Un morceau qui se recueille dans l'intimité acoustique d'un impeccable duo acoustique. Igor et Flavio conjuguent un dernier hommage à l’une de leurs influences majeures : Big Walter Horton. Un remarquable album!

mardi, 27 novembre 2007 23:06

Snakes & ladders

Cette formation est originaire du nord-est de l'Angleterre. Au fil du temps, elle est devenue la plus prestigieuse en matière de blues. Outre-Manche, bien sûr. Paul Lamb est un harmoniciste remarquable. Largement inspiré par Sonny Terry il a débuté chez Smokestack Lightning, en 1979. Le patronyme s’est transformé en Barfly puis en Blues Burglars, un combo responsable d’un elpee en 1986, "Breaking in", paru chez Red Lightnin. A cette époque il avait d’ailleurs effectué ses premiers pas en Belgique. Au Banana Peel, très exactement. Le patronyme va ensuite encore transiter du Paul Lamb Blues Band au Paul Lamb & the Kingsnakes. Sous cette dernière formule, le collectif signera son premier opus éponyme. En 1990. Sur le label Blue Horizon ressuscité pour la circonstance. Un disque suivi, en 92, par "Shifting into gear", édité sur le label belge Tight & Juicy (NDR : hello Jeroen!)

Près de dix albums plus tard, Paul Lamb & The King Snakes propose un enregistrement opéré live en septembre 2006. Au Tivoli Theatre. A Wimborme, dans le Dorset. Le dernier opus était sorti également, il y a moins de cinq ans. C’était également un disque immortalisé en public : "Live at the 100 Club". Mais depuis, les changements de personnel ont été déterminants. Chad Strenz est revenu au bercail. Et c'est un réel bonheur ! Le chanteur des Kingsnakes a sévi à l'époque glorieuse du groupe. C’est à dire entre 1991 et 1999. Fidèle compagnon des premières années à la guitare, John Whitehill a été remplacé aux cordes par le jeune espagnol Raul de Pedro Marinero. Il était déjà impliqué sur le dernier opus studio, "I'm on a roll" ; un elpee paru en 2005, chez United Producers. La section rythmique est constituée de vétérans du british blues : Rod Demick à la basse et Sonny Below aux drums. En y ajoutant Ryan Lamb, le fils de Paul à la guitare, pour une partie du concert, il ne nous reste plus qu’à laisser la formation monter sur les planches du Tivoli Theatre.

Le répertoire est partagé entre solides compos de Paul (dont trois issues de l'album précédent) et canons du blues signés par ses maîtres. Dès l’entame, Paul attaque son "Crazy for me", un titre rompu aux tournées. Imprimé sur un Bo Diddley beat, il s’adapte parfaitement aux changements de rythme. Le timbre vocal de Chad est idéal pour accompagner Lamb et Raul, un gratteur original et créatif. "Money world" est un swamp blues particulièrement apprécié par la bande à Lamb. Les lyrics y sont personnalisés. Ecrits par Paul, il stigmatise ce ‘monde de l'argent’ privilégié par Tony Blair. Il y signe son premier solo de bravoure. Ces deux plages figuraient sur l'album "Take your time and get it right", un disque sorti en 2000. Lamb et Strenz signent "Adopted child". Tout au long de ce blues lent, Paul est passé à l'instrument chromatique. Il y excelle à la manière d'un certain William Clarke. Bouleversant dès l’introduction, Chad se révèle divin au chant. Des flots de sensibilité inondent les notes dispensées par Raul de Pedro. Les rythmes exotiques des îles de l'Atlantique envahissent le "Far far away" de Chad Strenz. Et en particulier le cha cha cha, dont s’inspire le très latino Raul. Paul annonce l'arrivée de son fils Ryan. Préposé à la guitare, il participe à la suite du concert. Paul attaque une cover du notoire "Things I used to do" de Guitar Slim. Le soldat Ryan y exécute déjà une brillante sortie. "Sweet sweet woman" est imprimé sur tempo enlevé. Paul commence à dispenser ses ‘whoopee’ rituels et se lance dans un divertissement d'harmo auquel le public participe largement. Lamb adore Sonny Terry. C'est avec une pointe d'émotion qu'il se rappelle leur rencontre dans les années 70. Il lui rend un vibrant hommage sur le "You better mind" de Terry et McGhee, un country blues rarement adapté aujourd’hui. C'est à souligner. Il poursuit par une reprise du "Easy Rider" de Ma Rainey et Leadbelly. La machine est parfaitement huilée. Elle peut baliser la fin du set lors de la énième version du standard de Muddy Waters, "Got my mojo workin". Le combo y manifeste une cohésion irréprochable. "Mr Lanb's jump" permet de présenter une dernière fois les acteurs au public. Lors du rappel, Paul et Chad se partagent un duo. Au chant, à la guitare et à l’harmo lors de l’interprétation du célèbre "I got a woman" de Ray Charles. Après avoir dressé les oreilles, je vous invite à ouvrir les yeux afin de poser le regard sur un nouveau Dvd consacré à Paul Lamb, édité sur le même label allemand, et intitulé "A journey through the blues … with an harmonica".

mardi, 20 novembre 2007 23:27

Upside down

« Upside down » constitue le tout dernier opus de la bande aux frères Prado ; c'est-à-dire Igor à la guitare, Yuri à la batterie et Rodrigo Mantovani à la basse. Un disque pour lequel les frangins ont reçu le concours de toute une volée d’invités. Au menu : compositions personnelles et reprises. Un répertoire partagé entre plages instrumentales et morceaux chantés.

L'ouverture n’est pas vraiment une surprise, puisqu’elle permet la présentation des musiciens. Le trio familial est ici soutenu par leur ami Ari Borger. Tout au long de cet instrumental sculpté dans le west coast swing, ce pianiste démontre tout son talent de guitariste. Rodrigo est passé à la basse acoustique. Ses accords sont lourds. Ron Dziubla (NDR : un musicien de Lynwood Slim) souffle dans son sax ténor pour créer cette ambiance intimiste ou si vous préférez de fin de soirée. JJ Jackson est un chanteur de couleur noire. Sa voix est chaude. Igor s’évertue à reproduire les astuces de T-Bone Walker. De son véritable nom Léo Robinson, J.J, compte aujourd’hui 65 balais. Né dans l’Arkansas, ce vocaliste a vécu à Seattle. A l’âge de 15 ans, il militait au sein des Rocking Teens, en compagnie d’un certain James (Jimi) Hendrix. Il s’est établi au Brésil en 1980. Les musiciens tissent une trame délicieusement funky pour attaquer "Hoo ray for hoo raw". Les sonorités entretenues par Igor évoluent dans un univers sis quelque part entre Albert Collins et Jimmie Vaughan. Greg Wilson se charge des parties vocales. C’est le chanteur des Blues Etilicos. Il est né à Tupelo, dans le Mississippi, il y a 45 ans. Dziubla se réserve le honky saxophone. Les frères Prado ont régulièrement épaulé R.J Mischo sur les planches. On n’est donc guère surpris qu’il apporte sa participation pour trois plages. Tout d'abord le "Dancing senhorita" de TV Slim. Un rock'n'roll exécuté à la manière de Chuck Berry. André Youssef martèle son piano comme un possédé, alors que RJ chante passionnément devant les cordes déchaînées d'Igor. RJ interprète également le "Whiskey, cachaça & wimmen" de John Lee Hooker. La rythmique chère à Howlin' Wolf lui sied à merveille. Igor adopte sereinement les accords de John Lee en leur communiquant une tonalité saisissante! Et enfin le "Lonesome cabin" de Sonny Boy Williamson II. Un blues serein au cours duquel RJ semble hanté par le spectre de Rice Miller. Classique, "Bumble bee" nous replonge dans le quartier sud du Chicago des années 50. L'ambiance est très proche de Muddy Waters tout au long de ce blues lent, une plage envoûtante que chante Steve Guyger, le bluesman de Philadelphie, d’une voix chaude, ponctuée de courtes phrases à l'harmonica. "Tiger instrumental" porte bien son nom. Rejoint par Borger, le trio continue de passionner. Igor se révèle un guitariste créatif et inventif. Il maîtrise tous les styles qu'il aborde en y ajoutant des touches personnelles. Il se montre ici proche mais différent de Junior Watson. Le pianiste est également un régal pour les oreilles. Ce musicien parvient à synthétiser le boogie woogie. Et ses interventions sont toujours récréatives. Le résultat plane à très haute altitude. Veloutée, sculptée pour le soul blues, la voix de JJ Jackson est cependant capable de s’adapter au west coast jump. A l’instar de "Mary Jo". Le sax baryton de Ron et les cordes atteignent alors de nouveaux sommets. Les plages instrumentales qui parsèment cette œuvre enthousiasmante sont épatantes. Et je pense tout particulièrement au boogie jump "Hey! Boogie", caractérisé par une chaude bataille entre Prado et Borger. JJ Jackson se réserve une dernière fois les vocaux pour le "Give a little" de Johnny Guitar Watson. Son timbre est profond tout au long de ce blues lent, chaleureux, soutenu par l’orgue Hammond, les cuivres et les cordes divines. Igor chante enfin "I ain't no man". Sa performance est honorable. Il est soutenu par son ami et concitoyen Robson Fernandez. L’opus s’achève par "My blues after hours". Une occasion rêvée pour Igor Prado de confirmer toute son habileté et sa parfaite perception du style de Ronnie Earl, lors de ce long slow blues instrumental. Excellente surprise, l’elpee recèle deux bonus tracks. Tout d’abord le nerveux "Mr King Collins Medley", un vibrant hommage à l'un des gratteurs favoris d'Igor, ‘The King of the Telecaster’ alias Albert Colllins. Flavio Navez s’y réserve l'orgue Hammond. Et enfin le funky et jazzy "Maceo's groove". Ron Dziubla se charge du saxophone alto lors de cet hommage respectueux à Big Maceo. Indispensable !  

mardi, 13 novembre 2007 22:03

On the Jimmy Reed Highway

Quel plaisir de retrouver ces deux stars texanes (NDR : d’Austin, très exactement !) se produire en duo! Omar, le leader des Howlers, est depuis toujours un admirateur de feu Jimmy Reed. Epileptique et ravagé par l’alcool, il est disparu en 1976, après avoir rencontré un énorme succès commercial. L'idée de rendre hommage à cet artiste revient à Omar ; mais un autre fan du vieux bluesman, Jimmie Vaughan, a eu vent du projet et a proposé sa collaboration. Omar Dykes s'est réservé les parties vocales et ne joue que fort peu des cordes tandis que Jimmie prend les parties de guitare à son compte. Nos deux stars sont donc entrées en studio en compagnie de Derek O'Brien (NDR : il assure aussi la production) à la guitare rythmique, Ronnie James à la basse ainsi que Wes Starr aux drums. Des sessions d’enregistrements au cours desquelles quelques invités de taille ont pointé le bout du nez… Entre les plages d'ouverture et de clôture écrites par Omar, le répertoire de Reed est ainsi mis à l'honneur.

Histoire de prendre la route, Omar nous invite sur la "Jimmy Reed Highway". Des références claires au bluesman et à ses chansons les plus connues. Il chante de sa voix surpuissante et ravagée, bientôt rejointe par la sulfureuse Lou Ann Barton, une copine de longue date de la famille Vaughan. Jimmie échauffe déjà ses cordes en ce début de périple. La perspective ‘reedienne’ peut ainsi commencer à être privilégiée. Tout d’abord à travers un medley des célèbres "Baby what you want me to do" et "Bright lights big cities". Kim Wilson est à l'harmonica. La paire mythique des T-Birds, Jimmie et Kim, est réunie et bien en place. Omar et Jimmie chantent en duo. La rythmique implacable redessine les lignes de style immortalisées par Reed. Kim est toujours au poste pour "Big boss man" et le superbe "Good lover". Adaptée en shuffle texan, cette plage est introduite par la voix de Lou Ann. Elle cède ensuite le relais à celle, rocailleuse, d'Omar. Aux drums siège une autre ancien de la bande d'Austin : le métronomique George Rains. Sobre et respectueux, Jimmie ne dispense que les notes nécessaires. Le ténébreux James Cotton prend le relais à l'harmonica lors du langoureux "Caress me baby". L'ancien compagnon de Muddy Waters se sent bien dans ce contexte désespéré et souffle dans le registre des aigus. Omar et Jimmie chantent en duo un extraordinaire "Aw shucks, hush your mouth". La voix graveleuse de l'un et frêle de l'autre se conjuguent à merveille. Toujours très parcimonieuses, les cordes de Vaughan évoluent parfaitement dans l'esprit de ce blues des fifties. Kim Wilson revient une dernière fois pour attaquer "You upset my mind", un morceau chanté en couple par Omar et Lou Ann. Cette atmosphère ‘reedienne’ est excellente et permet à Vaughan mettre en exergue son talent. Omar chante passionnément et respectueusement "I'll chante my style", un blues imprimé sur le tempo des swamps ; et le sublime "Bad boy", une compo signée Eddie Taylor qui était le gratteur de Jimmy Reed. "Hush hush" est un autre grand moment de l’opus. Il est chanté alternativement par Delbert McClinton et Omar Dykes. Les deux voix semblent possédées. Un vif sentiment de vécu nous étreint. Delbert souffle dans son harmonica à la manière de Reed. En fin de parcours, deux plages ne bénéficient pas de la présence de Jimmie Vaughan. Omar chante et gratte tout au long de "Baby what's wrong" et de son "You made me lough". Barry Bihm tient la basse alors que les drums sont successivement dévolus à Jay Moeller (NDR : il milite actuellement chez T-Bird) et Jake Dykes (NDR : probablement le fils d’Omar!) Sur ces deux plages, figurent le regretté et talentueux Gary Primich. C’était l’harmoniciste préféré d’Omar Dykes. Son intervention nous remplit d’émotion. Son style personnel complète ici la fresque Reed. Il couronne cet excellent elpee souvenir, d’une dernière intervention de haute facture…

mardi, 13 novembre 2007 22:01

Gumbo blues

Ce jeune chanteur/harmoniciste/compositeur avait concocté un premier album en 2002 : "Sampa bluers". Un elpee sur lequel figurait notamment la reprise du "Blues in the dark" de George ‘Harmonica’ Smith. « Gumbo blues » constitue son second. Il a été produit par Chico Blues et recèle dix compositions personnelles ainsi que deux covers.

L'album démarre en puissance et dans un style jump par "Sweet young thing". L'introduction à l'harmo est aussi réaliste que brutale. Robson est ici soutenu par le Igor Prado Band. Igor est impérial sur les cordes. Il se montre à  la hauteur des grands maîtres californiens. Son frère Yuri siège à la batterie et Rodrigo Joffre se charge de la basse. Robson possède également une bonne voix. Profonde, puissante et caractérisée par un accent sudiste, elle colle parfaitement à son répertoire. Pourtant ce sont les plages instrumentales qui dominent cet opus. Interprété sous la forme du quartet, "L.W Boogie" maintient l’excellent niveau de départ. La section rythmique est solide et permet aux deux solistes de s’exprimer en toute quiétude. Les sonorités entretenues par Robson sont originales. Très explosives, elles sont souvent proche du regretté William Clarke. "I can't have the truth" maintient la pression. Le backing group est cependant différent. Marcos Ottaviano se réserve les six cordes. Sa tonalité est davantage blues rock, plus dure. Il manipule beaucoup les pédales. Mais la surprise procède plutôt de Bogato. Un tromboniste dont l’attaque est à la fois étonnante, vibrante et surtout très intéressante. Le choix de la première reprise a été fixé sur le fameux "Sugar Mama", un morceau popularisé par Howlin' Wolf. Le traitement est sans surprise. Robson emprunte un timbre plus grave de manière à vaguement rappeler celui du géant de Chicago. Tout au long de ce slow blues très Southside, l’harmonica est omniprésent et les cordes de Prado sont sur l’offensive. Les mêmes acteurs demeurent à Chicago pour adapter le "Have you ever been in love" de Sonny Boy Williamson II. Le son est distinct et très caractéristique de Sonny Boy. Il lui colle comme un gant. L'attaque en bouche de l'harmo est saisissante. "In your face" s’attaque au funk, mais dans l’esprit de Memphis Blues. Claviériste brésilien notoire, Flavio Naves se charge de l'orgue Hammond. Le trombone savant de Bocato opère son retour lors de cet instrumental très participatif et dansant. Merveilleux shuffle, "Man of devotion" se mue en rouleau compresseur. Tout passe en force, même la voix et la section rythmique du Prado Band. Robson continue à souffler. Il a les poumons au maximum de leur capacité. Le son est en permanence proche de la saturation. C'est incontestablement la touche personnelle de l'artiste brésilien. Igor ne reste pas longtemps en rade avant de s'évader. Et lui aussi force la voie.  "Mellow boogie" est un instrumental dévastateur. Les quatre musiciens sont passés à l'offensive. Imprimé sur un tempo vif, "Silver spoon" est un blues façon BB King ; cependant, le gratteur Ottaviano et ses comparses ne possèdent pas la légèreté et le sens du rythme de la bande à Prado. "Forgive me" convient davantage à cette équipe. Un slow blues à l'intensité dramatique. Le décor sonore est pourtant assez lourd ; mais l'orgue Hammond de Naves rencontre les aspirations profondes de Fernandes. "Don't wanna loose your mind" marque le retour au west coast swing. Igor Prado est au sommet de son art. Il soutient son ami Robson aux vocaux. De très bonne facture, cet elpee s’achève par "SP Groove", une plage caractérisée par un exercice de voltige sur l'harmo et un fort intéressant travail sur l'orgue B3 opéré par Flavio Naves (NDR : ce musicien est également responsable de "Bluesamba", un album concocté en compagnie du guitariste Lancaster)…