Jasper Steverlinck inspiré par Roy Orbison ?

Jasper Steverlinck vient de sortir un nouveau single. Il en parle : ‘« Nashville Tears » est l'une de ces chansons qui m'est venue à moi, instinctivement. Elle a coulé d'un seul jet, comme si la chanson s'était écrite toute seule. Elle évoque un moment très…

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Un Pycholove pour soigner Hoboken Division…

Issu de Nancy, Hoboken publiera son troisième long playing, « Psycholove », ce 14 février 2024. Cette formation est parvenue à teinté son garage/blues/rock râpeux, glacial, furieux et authentique de psychédélisme. En attendant, cette sortie, le groupe a…

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Jean-Claude Mondo

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mardi, 06 novembre 2007 22:35

Swampblood

Personnage énigmatique, J.D Wikes a fondé sa formation dans son antre à Nashville, dans le Tennessee. En 1998, il commet "Hunkerdown", une œuvre totalement inclassable, sorte de patchwork associant des éléments de rock, de blues, de country, de jazz, de psyché, de punk et de polka! Le line up actuel prend réellement forme en 2003, lorsque le charismatique leader s'entoure du bassiste Mark Robertson, du guitariste David Lee et du drummer Brett Whitacre. La formation enregistre alors dans la foulée "Cockadoodledon't" puis "Believe", déjà pour le label Yep Roc! "Pandelirium" paraît en février 2006, un opus pour lequel il reçoit la participation de Jello Biafra des Dead Kennedys et du Reverend Horton Heat, une influence hillbilly marquante pour Wilkes.

J.D nous propose aujourd’hui le troisième chapitre de sa trilogie consacrée au gothic rock américain. Cet opus est constitué de nombreuses plages assez brèves, d’une moyenne d’à peine deux minutes. Les guitares acoustiques sont en dérapage contrôlé. Elles sont rejointes par des banjos. Nous sommes bien à Nashville, la Music City, capitale de la country music. Même si la suite glisse vers un blues rock, proche du pub rock anglais de Dr Feelgood et du swamp blues de Tony Joe White. J.D souffle rageusement dans son harmonica avant de chanter ce "Old spur line". Une plage bien nerveuse dont la ligne mélodique intervient dans le changement de rythme. L’expression sonore galope vers un country & western et ne rentre à l’écurie que lorsque les banjos sont de retour! Les Shakers voyagent dans l'espace et dans le temps. Ils campent dans les bayous louisianais pour aborder "Hellwater", à la poursuite du Creedence Clearwater Revival. "Easter flesh" pénètre ensuite dans un univers digne d'Enio Morricone. La rythmique punk est déjantée. Quasi surf, la guitare de David Lee flirte avec la voix et l'harmo de J.D, pendant que Brett maltraite ses peaux comme un malade. Lors du titre maître, les Shakers replongent dans les swamps. Ils sont à la recherche improbable de l'ombre de John Fogerty. Une bonne dose de frénésie hante le leader. Il avale au passage sa musique à bouche dont les accords passent au rouge feu. Un geste de déglutition pour "Dusk" avant de remettre la machine punk infernale, implacable, sur les rails de "Cheat the hangman", la rage au corps. Brett a les poignets en sang pour tenir la distance! La décompression s'opère lors du joyeux "Born again again", chanté à tue-tête par les acteurs devant mandoline, banjo et piano. Joué par Jack Irwin, ce piano semble sorti des vieux saloons poussiéreux du sud profond! "The deadenin'" est manifestement une des meilleures plages de l’opus. Elle fait la synthèse du potentiel du combo. Le décor est toujours tapissé de western. A cause de la présence discrète du banjo, des cordes réverbérées, du chant furieux et de l'harmo qui lui colle aux lèvres. Le chant est puissant pour "Down and out', une compo gothique, grave et métallique. Le sol semble martelé comme un régiment à la parade. Après un nouvel intermède accordé dans un saloon, "He ain't right" nous entraîne dans la surf music. Les cordes de Lee Très réverbèrent une dose d’écho parfaite tout au long de ce titre rockabilly. Wilkes est assis derrière son piano, tandis que Brett imprime la rythmique implacable des Shakers sur le boogie rock suranné "Angel lust". Cet opus s’achève par le mélancolique et bouleversant "When I die", avant que cordes acoustiques, ukulélé et banjo revivent une dernière fois une "Bright and sunny south". Une œuvre étonnante mais riche et personnelle! Si vous avez l’occasion d’aller voir cette formation en live, ne la manquez surtout pas. Rien que la personnalité de son leader, qui vous invite à partager sa folie musicale, vaut le détour.

mardi, 06 novembre 2007 22:25

Ridin' the darkhorse

Gary Primich, un des plus talentueux harmonicistes de blues blanc est décédé le 23 septembre dernier. Probablement d’une overdose. Son dernier album était paru au début de l'été 2006. Il marquait un retour à ses racines. Les musiciens s'étaient enfermés dans un garage, au Sud d'Austin. Un garage aménagé en studio par Billy Horton : Fort Horton. Lors de l’enregistrement de cet opus, Horton s’est réservé la basse acoustique. Dave Wesselowski s’est chargé de la basse électrique et Jim Starboard de la batterie. Pour les solistes, il avait reçu le concours de ses vieux compagnons Mark Korpi et Dave Biller aux guitares ainsi que l'excellent Gene Taylor aux claviers.

"Daddy let me hitch a ride" emprunte un tempo vivace. Le climat est très texan. La guitare s’autorise les premières libertés, alors que les interventions à l’harmonica n’apparaissent qu’en seconde partie. La reprise de "Sugar bee" laisse immédiatement la part belle à l'harmo. Le chant de Gary est convainquant. La rythmique est solide. Elle soutient la slide aux sonorités poisseuses. Une situation qui incite le leader à sortir le grand jeu. Il gonfle ses poumons au maximum pour exprimer toute sa vivacité et sa volonté. Cap vers la cité des vents pour envoyer ce "Why don't you write me", imprimé sur un tempo proche de Howlin' Wolf, même si Gary déclame qu'en voyageur solitaire, il s'enfonce dans le cœur du Texas profond. De sa voix nasillarde, Primich chante paresseusement le blues. Il en saisit au passage toutes les spécificités. Il se montre persuasif sur "Pray for a cloudy day". Les cordes de Dave Biller résonnent au profit de la collectivité. Du blues 5 étoiles ! "Wig city" accroche instantanément. L’ensemble se montre très soudé tout au long de ce Texas blues. Le son légèrement réverbéré des cordes rencontre le bayou blues rock aux couleurs louisianaises. Le rythme s'accélère et se mue en rockabilly pour permettre à Gary de nous servir le récréatif "Hill billy blues". La section rythmique s'emballe sous la pression des percussions de Starboard. "Keep on talking" constitue un des grands moments de cet album. Le rythme est inspiré par Jimmy Reed. Gary souffle dans les aigus et chante d'une voix posée, assez grave, devant le piano virevoltant de Gene Taylor. Une plage au cours de laquelle Primich étale tout son talent. Il aborde avec le même bonheur le style west coast lors de la reprise de "She walks right in", une compo bourrée de swing. Son solo est très inspiré libérant au passage une guitare au jump provocateur. Il chante d’un timbre nasillard et en toute décontraction l'ambiance des swamps louisianais sur "Never know when a woman". Et ce climat lui plait, apparemment beaucoup. Les caisses de Jim Starboared vibrent et libèrent un son très New Orleans sur le "Don't tear my clothers" de Lightnin' Hopkins. La guitare de Biller incorpore sa dose d'écho pour évoquer les bayous tout proches. Cette ambiance de la Crescent City revient encore plus franchement tout au long de "Country boy". Starboard adopte le rythme du chemin de fer pour aborder la route de "Kansas City". Gary exécute le meilleur solo de l'album avant de reprendre le "You got me" de John Brim lors d’un shuffle mené à la texane. L'album s'achève par "Indiana", un instrumental qui baigne dans une atmosphère très jazzyfiante.

Ce musicien particulièrement talentueux et très inspiré nous a quittés depuis. La pochette est illustrée par Gary, cet éternel amoureux des animaux. Il avait été photographié en compagnie de son chien, une image fort semblable à celle qui illustrait son album "Dog house music", paru en 2002…

mardi, 23 octobre 2007 22:41

Rattlesnake Shake

Ce chanteur/guitariste est surtout connu pour avoir milité chez le Fleetwood Mac entre 1987 et 1991. Mais aussi les Bluesbreakers de John Mayall. C’était en 1974. Il participera d’ailleurs à la confection de 4 albums. Bien sûr, ce ne sont pas les périodes les plus créatives des deux formations, mais il s’y est forgé une notoriété certaine. Il a également longtemps soutenu la chanteuse Bonnie Raitt. Entamée depuis maintenant plus de 15 ans, sa carrière individuelle est illustrée par d’excellents elpees. Son premier album solo, "King of hearts", remonte ainsi à 1992. Et dans la foulée, il a commis "Pink & Black" en 99, "Lucky devils" en 2001, "Crazy cool" en 2002 et "Band box boogie" en 2003. Cependant, la rumeur colporte qu’il aurait repris la route en compagnie d’un de ses meilleurs compagnons, au sein du Mick Fleetwood Band. Son prestige procède surtout de son talent de slider. Et cet opus en est un parfait témoignage. Un œuvre remixée et remasterisée, il y a quelque temps, pour le label allemand, Hypertension. Rick a reçu le concours de son groupe, les Lucky Devils. C'est-à-dire une section rythmique partagée entre le bassiste Charlie Harrison et le drummer Ricky Reed.

Huit plages sont signées par Mr Vito. La plaque recèle également deux reprises de Peter Green. Pas étonnant, lorsqu’on sait que Rick voue une admiration sans borne au mythique guitariste du british blues. Pourtant, il est beaucoup plus proche d'une autre figure marquante de Fleetwood Mac : Jeremy Spencer. A cause de son jeu sur la slide. Et cette influence se sent dès la plage d’ouverture, "My baby's hot". Un titre teinté de Chicago blues des 50’s. Celui d'Elmore James. Cependant, si on saisit bien le jeu de slide, on se rend compte rapidement que son style est à la fois très personnel et bien plus complexe. Il reprend alors –et ce n’est guère surprenant– une des meilleures compositions de Green : le fameux "Rattlesnake shake". Une compo qui était le prétexte à de longues jams accordées sur scène par le Mac, à la fin des sixties. En écoutant un peu plus attentivement, on discerne la profondeur du style de Vito à la slide. Manifestement, il est également inspiré par certains maîtres de la roots music, comme Ry Cooder et Sonny Landreth. Il transforme son instrument en être vivant, susceptible de manifester des sentiments et de déborder de force et de vitalité. "I do believe" en est la plus belle illustration. Les sticks de Charlie adoptent le rythme du chemin de fer sur "The lucky devil". Une bonne dose de country envahit ce blues du sud. "A change is gonna come" puise son inspiration chez Sam Cooke. Une plage instrumentale très lente, mélancolique. Les accents hawaïens de la slide y expriment subtilement une tristesse infinie. "Slide the blues" porte bien son titre. Un autre instrumental au tempo alangui. Epanouie, la slide exploite judicieusement la diversité des sons. Vito est davantage musicien que chanteur. Cependant, sa voix pas très puissante est empreinte de sensibilité. A l’instar du délicat "I am not alone" ou de "Hole in my shoe", à nouveau un roots rock vagabondant sur les routes du sud, quelque part entre le Texas, la Louisiane ou encore l'Arkansas. De bonne facture, cet opus s’achève par un nouvel hommage à Peter Green. Une adaptation assez large d’"Albatross", une célèbre compo qui avait longtemps trusté le faîte des charts, à la fin des années 60. Rick Vito a également livré un DVD en 2001 : « Rick Vito in Concert ». Enregistré en Allemagne, il a également reçu la collaboration des Lucky Devils. Et puis l’an dernier un autre DVD, intitulé "Complete guide to slide guitar"…

lundi, 15 octobre 2007 21:08

It's tight like that

Cette formation est établie dans la partie méridionale de la Californie, près de San Diego. Leur line up a tout pour plaire, puisqu’il réunit trois musiciens noirs et trois blancs. Un premier album chargé de promesses, "Trunk full of bluez", était paru en 2004. Le combo recèle en Sugaray Rayford un formidable vocaliste, un véritable blues shouter. Originaire de Tyler au Texas, il a forgé sa voix dans les chants gospel. Le drummer, Dwane Hawthorn, adore Willie Big Eyes Smith. Originaire de l'Angola, Bastos "Moe" Moenho se réserve les percussions. Côté blanc, le guitariste Jim King est un musicien très affûté. Le mois dernier, je vous avais présenté son album solo, "When the blues are green", un hommage au guitariste anglais Peter Green. Michael Mack siège derrière les claviers et enfin, Big Joe Schiavone tient la basse. AKZ a représenté récemment San Diego à l'International Blues Challenge de Memphis. Il a décroché la seconde place sur un total de 130 formations. Et notez bien, le combo se produira en France, la première quinzaine de novembre. Rayford et King forment une paire de compositeurs prolifiques. Ils signent d’ailleurs la majorité du répertoire de ce nouvel elpee.

"Texas bluesman" ouvre le disque. Une plage autobiographique consacrée au chaleureux Sugaray. L'introduction est puissante. La guitare de King largement amplifiée et la section rythmique bien solide. L'orgue Hammond tient bien sa place au cœur de l’ensemble. La voix de Sugaray est impressionnante. Elle écrase tout sur son passage. Guère étonnant que le backing group soit de poids. Il faut en effet pouvoir donner la réplique à ce diable d'homme qui récite son chapelet de bluesmen texans, égrenant les très intéressants Freddie King, Stevie Ray Vaughan, Gatemouth Brown, etc., alors qu’en soutien, King ne cesse de distiller des notes très électriques. Rayford nous conte les aventures de la "Bad gal". Le tempo est très marqué. En récitant à l'infini des phrases inspirées par BB et Albert King, Jim King porte bien son nom. L'orgue offensif de Michael Mack est très bien épaulé par les instruments de ses compagnons. Le son est inspiré du Memphis blues. Les lumières s'éteignent. L'intensité devient dramatique, le tempo lourd. King marque son territoire en s'acquittant d'une introduction de choc au classique des classiques : "Sugar mama". Sa voix est également bien puissante. Il l’avait également démontré sur son opus solo, mais ses interventions à la guitare étaient plus réservées. Il est vrai qu'il s'inspirait de Peter Green. Il se révèle un gratteur fort intéressant, mais au style personnel. Il utilise beaucoup l’écho et l’intensité. Son jeu accrocheur exige une lucidité permanente pour ne pas déraper et perdre le contrôle de ses desseins sonores. Le chant de Sugaray nous flanque des frissons partout tout au long d’"I still remember", une plage superbe, très simple et dépouillée, au cours de laquelle les accords acoustiques de Jim trament un rythme hypnotique. A cet instant, il est à la recherche du fantôme de John Lee Hooker et des fameux ‘chillun’, et ‘old folks on the porch on the Sunday afternoon’. Le frisson, je vous disais! Divertissement instrumental, "Bundalogy" est animé par les percussions de Moe et Dwane. Nous entrons alors dans "Juke joint", pas un de ces juke joints délabrés et poussiéreux des collines du Mississippi ; mais encore plus près des lumières de Beale street. Sous les reflets de BB King et aux accents du piano boogie de Mack. Classique de BB, "The thrill is gone" est introduit par un jeu très aérien de King. Le rythme imprimé par les percussionnistes est volontairement exotique. Le tempo est élevé. Cette lecture du "Thrill" est très réussie, à cause du jeu flamboyant du guitariste, de la cohésion de l'ensemble et de la voix épanouie de Sugaray. Cette œuvre fort intéressante s’achève par "Annie Mae's Café", un blues lent majestueux de plus de 10'. Cette longue plage ne suscite jamais l’ennui, car elle évolue progressivement avant d’atteindre sa puissance maximale ; et après plus de 7', Jim King vient occuper le devant de scène pour ne plus guère la quitter, tandis que le chant de Sugaray est beau à pleurer! 

jeudi, 29 novembre 2018 11:07

Tell me why

Alex Wilson est issu du Wisconsin. Dès sa tendre enfance, il a baigné dans un univers très musical. Sa grand-mère était chanteuse professionnelle de jazz. Son père, Tom, et son oncle, Marc, sont des musiciens de blues notoires ; et tout particulièrement le second qui a joué pour Stevie Ray Vaughan, Anson Funderburgh et Mike Morgan. Très jeune, il se met à gratteur du blues derrière des gloires locales comme Jim Liban ou Milwaukee Slim. Il apprend beaucoup de ses maîtres ; et en particulier Muddy Waters, Howlin' Wolf, Buddy Guy et Magic Sam. Il devient musicien professionnel à 20 ans et fonde son premier groupe, à Milwaukee : les Blue Rubies. Depuis quelques années, il privilégie son rôle de leader. Soutenu par son oncle Marc, à la batterie, et son frère Matthew, à la basse, il favorise les différents styles qu'il affectionne : le Memphis Blues de Beale Street, le West Coast styler, le Chicago blues, bien entendu, tout en n'oubliant la chaleur des shuffles texans.

Et il débute d'ailleurs cet opus en manifestant cette chaleur, cette joie de communiquer par sa musique. Très R&B, "I like to play" libère un riff puissant. Lors de cette invitation à gagner la piste de danse, Alex se réserve une première sortie en écrasant ses pédales. Le son est écorché et très électrique. Très affûté, Ken Saydack siège derrière l'orgue Hammond et le concitoyen Madison Slim appuie l’ensemble à l'harmonica! Il passe ensuite au swing sur "Come back baby". Tout au long de ce jump style très séduisant, Wilson se révèle un guitariste très doué. Craig Panosh imprime le rythme attendu pour attaquer "Rockinitis". Madison Slim chante et souffle merveilleusement dans son harmonica, à la manière de Billy Boy Arnold. Une très bonne reprise ! Alex aime varier son répertoire. Blues agréable, "Take it easy babe" bénéficie d’un accompagnement à la fois d’harmonica et de saxophone. Sa sortie sur les cordes s'inspire ici de Stevie Ray Vaughan, dans l'exercice du blues lent. Cap vers la cité des vents : "I wish I had my baby back" est du pur Chicago blues. Le guitariste local, Nick Moss, réputé pour son talent de guitariste, se charge des parties de basse. Bob Welsh a pris place au piano pendant que Madison Slim affiche une nouvelle fois sa versatilité. Dans un style proche, à la manière de Howlin' Wolf, en compagnie des mêmes musiciens, "My life with you" fait à nouveau mouche. La puissance monte d’un cran pour "The moon is shinin". L’envol de Madison Slim y est imparable et redoutable. Slim est toujours au poste ainsi que son frère Matthew à la basse, lorsqu’Alex s'embarque dans "Lookin' good", un boogie dévastateur au cours duquel il suscite l'intérêt par son attaque rythmique". Petite perle empreinte de douceur et de sensibilité, "Sacred and untrue" est parcouru par le piano de Bob Welsh et l'harmonica imaginatif de Jim Liban. Son oncle Marc se réserve les drums lors du titre qui clôt l’opus. "You used to know me" emprunte la route du southern rock. La guitare est bien tonique. Cet opus démontre qu’Alex est un superbe gratteur. Bien que chanteur honnête, son talent est sans aucun doute très prometteur. A suivre!

mardi, 09 octobre 2007 23:39

True grits

Issu du Mississippi, ce quartet sent bon le delta roots. Il s’est établi à Hattiesburg, la Hub City. Dave Allen se réserve la guitare, Tate Thriffiley la basse, Joey Odom les drums et Keith Kujath la seconde gratte. Leur musique est très pétulante. Elle est déjà le fruit de la génération née après le cyclone Katrina, en suivant les berges du Mississippi de Memphis à la Nouvelle Orléans. Au passage, elle puise sa richesse dans les racines de cette région qui a tant donné au blues. Il faut dire que Hattiesburg est à une bonne heure de route seulement de la côte du Golfe et de la Nouvelle Orléans. De nombreux musiciens s'y sont d’ailleurs retirés.

Une atmosphère bien lourde et bien humide plombe "Carpetbagger" lorsque les éclats d’une slide bien poisseuse entrent en lice. L’expression sonore me fait alors penser à George Thorogood flanqué de ses Destroyers lorsqu’ils sont inspirés par les rivages du Delta! "White folks" baigne au sein d’un climat plus feutré, jazz, très swing. Le chant est presque récitatif. La guitare sort enfin de sa réserve et construit un excellent solo. "Vodka baby" pénètre dans l’ambiance des juke joints. La rythmique est implacable, la voix très rugueuse. L’attitude très volontaire et brutale prélude la façon assez rudimentaire d’hurler dans la musique à bouche, prétexte à la libération des cordes. "Hoodoo gal" paresse le long des berges du Mississippi. Le chanteur murmure ‘It’s a long to the Delta from New Orleans’, et pousse un cri avant que les cordes ne prennent le large. "Possum blues" est un grand moment de cet opus. Il libère une puissance de feu phénoménale. La slide de guerre est déterrée. Les accents métalliques prennent le dessus. La voix demeure graveleuse et conquérante. Les Deltamatics prennent ici toute leur dimension! Joey fait rouler ses peaux pour célébrer une musique bien louisianaise. Nous sommes proches des accents allègres du zydeco. Les musiciens nous invitent à déguster ces "Cat head biscuits". Les Matics aiguisent encore notre appétit tout au long d’"In Mississippi", en nous exposant la liste des plats que l’on peut déguster dans les juke joints locaux. Titre signature, "Deltamatic" est imprimé sur un tempo bien entraînant. Les musiciens sont chauffés à blanc. Le heavy delta blues se mue en rock’n’roll soutenu. Une rythmique pondérée, répétitive, hypnotique balise "Hub City hustlin'". La voix est bien articulée pour réciter ce blues du Delta. Il la pousse pour aborder "Chocolate City". Introduite par une guitare rythmique plus puissante, cette plage est renforcée par une trompette à la sonorité quelque peu étouffée. Ils franchissent alors la frontière pour rejoindre la grande cité louisianaise de New Orleans. Les Deltamatics aiment appuyer cette rythmique. C’est leur marque de fabrique. "She's allright with me" nous embarque dans ses délires. Le chanteur conserve cependant la maîtrise et l’équilibre de son ensemble. Une réelle unité lie les musiciens du groupe et peu de place est laissée aux envols des solistes. Ces derniers privilégient l’esprit du combo plutôt que de mettre en exergue leurs talents individuels. Mais lorsque l’harmonica éclate, il nous secoue bien les tripes plutôt que de refléter l’image d’un énième disciple de Little Walter. Un fort bon album!

 

mardi, 09 octobre 2007 23:30

High Tide

Le East River Blues Band nous vient de New York City. Un quartet qui réunit le chanteur Dan Cumberland, le guitariste Ken Hughes, l’harmoniciste Tom Brumley et le bassiste Bill Acosta. "Hig Tide" constitue leur second opus, et il fait suite à un premier elpee éponyme paru en 2001. Le ERBB signe la majeure partie de son répertoire. La plume de Cumberland, le vocaliste, est d’ailleurs particulièrement prolifique.

"Closing time" démarre en force. Chargée de swing, la formule jazz/blues implique des cuivres, et notamment les saxophones de Gary Topper. Don chante "Lovin' girl". Il a une bonne voix. Cette plage nous entraîne dans le country blues. Ken joue du dobro et Tom tire déjà son épingle du jeu sur son harmonica acoustique, en s'inspirant du génial Sonny Terry. Cette configuration acoustique est reproduite sur l’excellente et tendre cover du "Police dog blues" d'Arthur ‘Blind’ Blake, un des grands noms du préwar blues. Une bien agréable parenthèse ! Tom est un souffleur tonique. Il ne manque pas de ressources. Originaire du Colorado, il a milité au sein du Big Head Todd & the Monsters. Il émigre ensuite dans le Nord Ouest où on le retrouve chez les Red Beans and Rice. Puis à San Diego avant de mettre le cap sur à Brooklyn où il s’est fixé depuis. "Independant woman" emprunte les accents de la Nouvelle Orléans. Le piano de David Cohen, les percussions chaleureuses de Towner Galaher, les cuivres et les voix reprises en chœur entretiennent ce climat. Ken met le nez à la fenêtre sur ses cordes. Il se sent inspiré par ses maîtres : Jorma Kaukonen, Mike Bloomfield et Robben Ford. Instrumental, "Blue Midnight" est un slow blues écrit par Little Walter. L'harmo de Brumley introduit brillamment cette plage. Il y maîtrise parfaitement son trop plein de sensibilité. "East River rats" baigne dans le R&B. Ken Hughes interprète d’un timbre enflammé ce parcours accompli dans les quartiers populaires de Brooklyn et de Queens. Gary Georgette siège derrière son orgue, tandis que Tom reste le maître de cérémonie. Tous les musiciens chantent à l’unisson l’allègre "Running home to Brooklyn". La section de cuivres est au complet, mais Brumley se réserve un solo époustouflant. Percutant et inventif, il entraîne dans son sillage la guitare de Hughes. Ce dernier jouit d’une excellente technique. Il se révèle particulièrement à l'aise sur les cordes acoustiques. Et il le démontre sur "Subway blues" et "Candy store", deux compos ponctuées par quelques ‘whoopin’ accordés par Tom! "Hasta La Vista" est un autre moment fort de l’opus. Une compo jazzyfiante, rythmée, au cours de laquelle Galaher se retrouve en pole position derrière sa batterie pendant que l'harmoniciste déambule tout au long de l’horizon sonore avec un réel bonheur. Piqué par le virus de Carlos Santana, Ken Hughes effectue une apparition tout à fait convaincante. "Bleeding" est un long blues lent. Plus de 8' ! L’intro à l’harmonica est belle à pleurer. Tom y insuffle son mal de vivre. Et cet épanchement de sensibilité nous remue les tripes. Cet album de bonne facture s’achève par l’instrumental "Fiona's shuffle". Sculpté dans le jazz acoustique ce morceau met en exergue les cordes, l'harmo et les baguettes de Gary Georgette.

mardi, 02 octobre 2007 21:33

David Leon Band

Le David Leon Band est une de ces multiples formations anonymes mais talentueuses issue d’outre-Atlantique. Un quatuor établi très exactement à Azusa, en Californie. L’album démarre en force par "A woman", un shuffle à la Louisianaise. David possède le timbre vocal languissant des chanteurs de swamp blues. Ceux nés du côté de Baton Rouge. Il est même ici fort proche de celui de Lazy Lester. Et ses interventions sensuelles à l’harmonica flirtent avec les aigus. Bien posée, cette voix nous transporte dans le quartier sud de Chicago. Il peut aussi la forcer sans la déchirer, et même être réincarnée par Howlin’ Wolf tout au long de "Howlin’ for my baby". Nous restons dans la cité des vents. Cet organe devient chevrotant pour aborder "Everything's gonna be alright", un classique au cours duquel Billy Bates se révèle un partenaire de choix sur les cordes. Discrètement d’abord. Autoritairement ensuite, s’autorisant même un envol significatif. Dans le pur style West Coast, ses cordes attaquent "Love ya". Billy est désormais chauffé à blanc et se prend même pour le grand Hollywood Fats. Quel panache ! "Too much" opère un retour à la case départ tout au long de ce shuffle puissant. Wayne Hutsell et Lee Campbell constituent la section rythmique. Elle édifie une trame d'acier pour soutenir notre David dont la performance vocale est vraiment remarquable. Nous sommes transportés sur les routes poussiéreuses du Sud, quelque part entre la Louisiane et le Texas. Le rythme a pris possession des lieux. Il fortifie au contact de "Pretty baby". Bates agrémente de courtes phrases, sa ligne rythmique forte pour annoncer un envol attendu et qui, en effet, ne se fait guère attendre. David n'en demandait pas plus pour rugir comme un lion dans son harmo. Billy saisit son bottleneck et se met à caresser les cordes en slide sur le notoire "I gotta move". Au passage, il nous dévoile toutes les ficelles du livre de recettes d'Elmore James. Le rythme persiste lors du tonique "Rock therapy", une plage signée de leur plume. Le DLB opère un dernier retour à Chicago, dans le Westside, pour retrouver l'ombre du regretté Magic Sam. Et leur version d’"Easy baby" tient la route. Une route que la formation nous invite à prendre à bord de leur "Buick 59", une bien belle machine reproduite sur la pochette. Et au sommet de son art, Billy Bates ne veut plus quitter le devant de la scène. Quoique un peu trop court, cet opus est de bonne facture. Sans être des virtuoses, mais sans pour autant manifester une prétention déplacée, les musiciens ne trahissent guère de faiblesse…

mardi, 02 octobre 2007 21:12

Live in Germany

Onze années déjà que notre ami Bill s'en est allé. Mais Jeannette Lodovici Clarke, la veuve de William, a décidé de lui rendre un hommage permanent. En alimentant régulièrement sa discographie posthume. Ce concert a été enregistré live en Allemagne. Le disque est sorti depuis un certain temps déjà mais il mérite le détour. Nous retrouvons William Clarke lors de l'une de ses nombreuses tournées européennes accomplies à la fin du siècle dernier. Très probablement en 1988, quelques jours avant ou après qu'il soit monté sur les planches du Handzame Blues Festival, événement organisé ici, dans le plat pays qui est le nôtre. Il était pour l'occasion accompagné de sa fidèle section rythmique composée du bassiste Willie Brinlee et du drummer Eddie ‘Lips’ Clark, ainsi que du fabuleux John ‘Marx’ Markowski à la guitare. Maître incontesté du swing, ce musicien inventif était aussi à l'aise dans l’univers du jazz que blues. Alors, pour les nombreux amateurs d’harmonica blues, cet opus est indispensable! William est le souffleur que je préfère. Je le considère comme le meilleur de tous les harmonicistes. Il n’a certes pas tout inventé, mais ses sujets étaient maîtrisés par une technique irréprochable. En outre, il manifestait une vitalité débordante, une puissance de feu, un souffle incroyable, une inventivité inégalable. La prise de son est impressionnante et nous nous retrouvons au cœur du public en compagnie de musiciens extraordinaires.

"Blowin’ like hell" ouvre l’elpee. Un instrumental qui préfigurait déjà son futur premier elpee pour Alligator. C’était également son titre maître. Ce brûlot incandescent porte, en outre, très bien son nom. Clarke avait la voix de son souffle : intense et modulée. Le "She's dynamite" de Tampa Red nous emporte dans un tourbillon. "Lookin' in the future" est un brillant Chicago shuffle. La puissance rythmique de l'ensemble soutient l'instrument diatonique et pousse le leader vers les sommets. Marx est un musicien talentueux. Il anime depuis longtemps les jam sessions du club Cozy, dans la San Fernando Valley, à Los Angeles. "I cried all last night" lui est réservé lors de ce concert. Une compo signée Charles Brown. Très jazz, la guitare manifeste beaucoup de douceur, de quiétude et de fraîcheur. Marx se réserve également le chant, mais c’est son travail sur les cordes qui nous séduit. Il nous plonge ainsi dans un bain de west coast inspiré par T-Bone Walker. William revient des loges, les poumons bien aérés. Il s'attaque à deux titres de Muddy Waters. Tout d’abord, le classique "All night long". Le public teuton est pris à la gorge, mais il participe. Le WCB ralentit le tempo et dispense un "Iodine in my coffee" très ‘west coast’. La dose de jazz inoculée est évidente. Tout en donnant une nouvelle leçon sur l'instrument chromatique, il adresse un clin d'œil à son vieil ami George Smith. La machine bien huilée poursuit sa démonstration. Une nouvelle intervention de Marx irradie "Educated fool". Et elle est brillante ! Elle est suivie par l'envol de William dont la montée sur les planches se soldait irrémédiablement par cette manière très caractéristique de jouer tout en rythmique. Très entraînant, le "Been around the world" de Big Walter Horton est un autre Chicago shuffle. Le swing n'est jamais très loin. Et bien ancré dans le style jump pratiqué dans l'état californien, le cœur de la musique bat au rythme de "One room country shack". Lors de finale, William reproduit ses inévitables cris de guerre, sorte d’aboiements volubiles et détonants. Les musiciens nous réservent cependant encore quelques exercices de haute-voltige instrumentale tout au long de la cover du "Lollipop Mama" de Roy Brown. Un excellent album.

dimanche, 23 septembre 2007 03:00

R.I.P Gary Primich

Gary Primich, un des plus talentueux harmonicistes de blues blanc est décédé le 23 septembre dernier. Probablement d’une overdose. Etabli à Austin, dans le Texas, il était seulement âgé de 49 ans. Son dernier album "Ridin' the dark horse" était paru au printemps dernier, sur le label Electro Fi. C'était son huitième en solo, depuis 1990. Il avait également régulièrement collaboré avec Omar Dykes et ses Howlers ainsi que Steve James. Auparavant, il avait monté les Mannish Boys en compagnie de Jimmy Carl Black, l'ancien batteur des Mothers of Invention. Il était né dans la Cité du blues, Chicago, et avait étudié le style des plus grands, depuis Sonny Boy I à Sonny Boy II, en passant par Little Walter et Big Walter Horton. Il avait émigré au Texas vers 1980.