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Telle une allégorie d’un paradis perdu, le nouveau single de Lylac, “The spirits of the wild”, évoque son fantasme ‘Eastwoodien’ des grands espaces sauvages et inexplorés. Fleuretant avec l’idée de la recherche du mythe ultime cher aux artistes californiens…

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Entre la nuit et le jour, RIVE propose "Tension", un 4ème extrait de son album…

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L’interaction de Ride…

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Jean-Claude Mondo

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jeudi, 24 mai 2007 17:03

Double Stone Washed

Ce quatuor français pratique ce qu’on appelle du pub rock depuis une quinzaine d'années. Un style sans concession véhiculant une partie de l'héritage de Dr Feelgood, treize années déjà après la disparition de leur leader charismatique Lee Brillaux. DSW réunit les frères Frédéric et Franck Villafagne, respectivement bassiste et guitariste, le drummer Julien Bigey et le chanteur/harmoniciste Lilian Descorps. Sans oublier leur ami et régisseur Laurent Chêne. Leur premier opus, "Take it", est paru en 94. Un hommage à la mémoire de Lee Brillaux. Mais aussi à Mick Greene, le leader des Pirates, célèbre groupe de rock'n'roll anglais qui avait accompagné le rocker Johnny Kidd! Le dernier elpee de Double Stone Washed remonte à 2005. Un album ‘live’ immortalisé lors du festival blues de Traverse.

Les ingrédients de base de ce nouvel opus appartiennent toujours au pub rock de Dr Feelgood. La rythmique est puissante. La guitare largement amplifiée. Et la voix puissante du chanteur se pose toujours à l'avant-plan. Les treize plages sont signées par les membres du groupe. "Stammering days" ouvre la plaque. Une plage puissante dont le refrain est repris en chœur par les musiciens. Les cordes de Franck sont saturées, constamment prêtes à déraper. Le potentiel de ce morceau est incontestable. Lilian sort subrepticement un harmo de sa poche tout en chantant rageusement ses couplets. Les accords sèchement plaqués le suivent à la trace. Car si le chanteur libère quelques phrases de son harmonica, ce sont bien les cordes qui sont maîtres du jeu! Julien produit le Bo Diddley beat sur ses fûts, bientôt suivi par l'harmonica. Mr Descorps chante en toute sérénité "Ever and again" et "Look around". Les musiciens se sont calmés. Même Franck, réputé pour sa nervosité, prend plaisir à construire son solo. Un comportement qui ne manque pas de charme. A ce moment précis, le son de Doubler Stone Washed trahit quelques signes de polissure. Tout arrive! "Shaggy dog story" constitue un excellent boogie pub rock. Du pur Feelgood ! Mais en même temps, la formation n’adresserait-elle pas un clin d'œil aux Shaggy Dogs, un autre pub rock band connu dans l'Hexagone ? Lilian décolle sur ce rythme de boogie classique. Le timbre de la voix se fait moins rugueux. Le ton est moins agressif! Le DSW est susceptible de se rapprocher du blues. Parfois même sur un ton léger. A l’instar de "Come on", un titre au cours duquel les accents réverbérés de la guitare communiquent un parfum de bayou blues rock. Une sensation accentuée par l’intervention dépouillée de l'harmonica. Et l’incroyable se produit sous la forme d’un morceau acoustique : Lilian chante en douceur "Poor little thing", pendant que Franck gratte sa sèche tout au long de cette ballade. Mais le blues électrique bien gras refait rapidement surface sur l’indolent "Many people", une compo qui devrait prendre toute sa dimension sur les planches. La slide colle à la voix fantomatique de Lilian. Progressivement le climat devient menaçant. Remarquable ! Morceau amusant, humoristique, "Let the dogs out" lorgne du côté de… Dr Feelgood. Les accords sont ici sèchement plaqués, dans un style plus proche du Wilko Johnson des débuts ; c'est-à-dire lorsque la bande sévissait à Canvey Island. Le rythme rock'n'roll s’envole sur "Stowaway", un autre brûlot au cours duquel la voix nasillarde emporte tout sur son passage. En intitulant un titre de cet opus "Call the doctor", le groupe à inévitablement voulu se replonger dans l’univers de Dr Feelgood, plus de trente ans en arrière. La belle époque Johnson en ligne de mire. Un univers caractérisé par l'harmonica sans cesse au bord de la réserve, toujours proche de l'implosion. "Check point boogie" remet une sérieuse couche de boogie et nous entraîne la vitesse de pointe du nouveau TGV vers la sortie. Une issue traduite par l’adaptation du classique notoire, "Spoonful revisited". Le travail sur le son est impressionnant. Les percussions éclatent à l'avant-plan. La voix semble venir d'un autre monde. L'harmo et les cordes vont et viennent en transperçant littéralement l’écran sonore. Monstrueux ! Et pour clore le tout, ce très chouette album bénéficie d'une production bien soignée. Encore un groupe à ne pas manquer live!


jeudi, 24 mai 2007 17:00

Blues in the morning

Kevin Doublé est originaire du pays de Loire. De Nantes, très exactement. Un jeune chanteur harmoniciste qui n'a pas encore trente ans. Sevré par la musique de Sonny Terry, Muddy Waters et Little Walter, il avait été durant plusieurs années le leader de Scratch My Back. Ce très bon premier album nous offre toutes les palettes du talent de Kevin, nous invitant constamment à voyager entre jazz et blues classique, sans oublier d’y inclure systématiquement cette subtile pointe de swing. Kevin est soutenu par Julien Brunetaud, véritable prodige au piano. Il a entraîné ses musiciens dans l’aventure : le drummer Guillaume Nouaux, le bassiste Sébastien Girardot et le guitariste Anthony Stelmaszack.

 

Le swing est omniprésent tout au long des premières plages. Bercé par un swing délicat,  "Jumpin' the blues" est guidé par les balais de Guillaume. Nous baignons ici au sein d’un univers très jazz. Et le jeu des solistes en est la plus belle démonstration. En particulier celui de Julien, particulièrement proche de McShann. Ce qui n’est pas une surprise. Pendant que Rahoerson se démène sur son saxophone ténor, Anthony emprunte une ligne de conduite inspirée par Kenny Burrell. Kevin chante d’un timbre chaud et velouté le "One scotch, one bourbon, one beer" d'Amos Milburn. L’approche est jazz. Le climat feutré évoque Nat King Cole ; surtout le jeu développé par Julien aux ivoires. Les cuivres, et en particulier Jérôme Etcheberry à la trompette et Serge au sax ténor, viennent tour à tour colorer cette ambiance de cabaret fin de soirée. Lorsque Kevin souffle enfin dans son harmonica, on est alors plongé dans l’univers du blues. D’abord le Chicago Southside. Sa reprise du "I can't hold out much longer" de Little Walter est respectueuse du maître. Il chante en douceur et souffle parcimonieusement, privilégiant la sensibilité. Ce schéma est reproduit lors du "Reefer head woman" de Jazz Gillum. Manifestement, les musiciens  ne veulent pas en remettre une couche et c'est tant mieux. Le message passe bien la rampe. Julien introduit le "Great pleasure" de Louis Jordan au piano boogie woogie. L'ensemble s'articule brillamment autour de ce rythme nerveux. Le spectre des années 50 plane. La section rythmique, les cuivres et le piano forment un ensemble très soudé. Le résultat interpelle et surprend, même lorsqu’apparaissent enfin et soudainement les cordes d'Anthony Stelmaszack. Et dans un style jump bien affirmé. Trois plages d’excellente facture marquent un retour au Chicago blues. Et se succèdent. Tout d’abord le "Lightnin" d'Otis Spann, un exercice de style instrumental impliquant Julien dans le rôle d'Otis et Kevin dans celui de Little Walter. Le "Since my baby been gone" de Willie Dixon ensuite. Interprété sous la forme d’un duo harmonica/piano, il libère beaucoup d'émotion, d'intensité dramatique. Le "Mean mistreater" de Muddy Waters, enfin. Julien Brunetaud en personne vient y rejoindre Kevin au chant. Le swing refait surface lors d’une nouvelle cover : celle du "Buzz me baby" de Louis Jordan. Vincent Talpaert (de Bo Weavil) s’y réserve la basse. Mr Doublé a empoigné la guitare, et il s'acquitte de sa tâche avec un réel bonheur. "That ain't rigt" est issu de la plume de Nat King Cole et cela s'entend. L’atmosphère est feutrée, très intimiste. Un peu comme lorsqu’elle envahit les salles enfumées des night clubs. Aux petites heures. Ce climat est ici parfaitement restitué. Ce blues lent traîne son swing en permanence. Sur les cordes, Anthony réincarne le T Bone des années 30 et 40, lorsque ses cordes étaient à peine amplifiées. L'album s’achève comme il avait débuté : par une composition de Jay McShann. En l’occurrence "Confessin' the blues". Un R&B boogie aux accents jazz entretenus par le piano et bien sûr les cuivres. Une excellente entrée en matière.

lundi, 05 novembre 2018 17:45

Lani tous les lycaons sont rouges...

Fred Lani a fondé ses Healers à l'âge de 17 ans. En juin 1994. A cette époque, il pratiquait un rock teinté de blues dans la lignée des Gallagher, Hendrix et Johnny Winter. Dix ans plus tard, la formation s'est écartée résolument des sentiers battus pour embrasser une musique plus personnelle et métissée, mélangeant blues et sonorités pop et jazz. Une nouvelle orientation concrétisée par leur nouvel album " Red ". Et l'arrivée du nouveau drummer, Bruno Castelluci, y est pour quelque chose, c'est une certitude. L'occasion était donc idéale de poser la question à Fred lors du showcase accordé au Botanique, le 11 février dernier…

Comment s'est produite ta rencontre avec Bruno Castelluci?

On se connaissait déjà. Fin juillet début août, c'est-à-dire un mois et demi avant l'enregistrement de l'album, j'ai l'ai contacté. Je lui ai signalé que je m'étais séparé de mon ancien batteur et que j'avais envie de faire autre chose. Il m'a demandé d'écouter les maquettes, puis a marqué son accord. Assez rapidement, je dois le souligner.

Est-il un Healer à plein temps?

Il reste toujours un musicien professionnel mais il est membre des Healers à part entière. Il a enregistré l'album. Il participe à la tournée. Les Healers sont une priorité pour lui.

L'arrivée de Bruno a-t-elle poussé Papy Lani dans ses derniers retranchements?

Cette situation a suscité chez lui une émulation, c'est évident.

Pourquoi avoir conservé le nom Fred & the Healers ?

Vu le changement d'orientation artistique et de line up, j'ai d'abord pensé à opter pour un nouveau patronyme. Histoire de prendre un nouveau départ. Puis, j'ai réfléchi. J'ai pesé le pour et le contre. En fonction de notre image. Très bonne pour certains. Moins pour d'autres. Il m'a quand même été conseillé de garder le nom, ne fut-ce que pour la promotion ; car il est toujours très difficile de repartir de zéro. J'ai vécu cette expérience chez X3, un groupe que j'avais monté en compagnie de Willy Maze et René Stock. Même lorsqu'on connaît les gens du milieu, les journalistes, etc., il est quasi impossible d'être diffusé, d'être promotionné…

La pochette de ton nouvel album est rouge. Est-ce la seule raison pour laquelle tu l'as intitulé "Red" ?

L'animal reproduit sur la couverture est un lycaon (NDR : ce carnivore aux oreilles exagérément grandes est une espèce d'hybride entre chien et hyène). A l'intérieur du booklet, la couleur rouge domine des peintures rupestres. A l'instar du bleu, le rouge véhicule une forte connotation symbolique ; mais l'interprétation que l'on en donne peut être différente.

Parmi les plages de l'album, une seule a recours au terme "red", "Red gunhand". Y a-t-il une raison ?

La couleur rouge symbolise le monde contemporain. Celui d'êtres humains qui se déchirent et s'entretuent. Personnellement, c'est le rouge sang.

Une allusion à un certain Georges Bush?

Lui ou n'importe quelle autre personne qui milite pour ces mêmes idées. Les mots sont peut-être sévères, mais d'autres que moi ont des paroles encore plus dures. J'en suis bien conscient. Mais cette sévérité sera toujours moins forte que les propos tenus par ces gens qui profitent d'une diffusion internationale. Le message reste caricatural pour mieux le faire passer. Il est excessif, mais le public est tellement habitué à cette démesure que la formule peut aussi paraître trop classique.

A l'écoute des premières notes de la plage d'ouverture, on est sous le choc. Est-ce la conséquence directe de la présence de Bruno Castelucci ?

Oui, c'est évident. Et elle l'est sur tout l'album.

Plusieurs plages transpirent un feeling rock indéniable : "Change", "Hold on" et "Pay the price". Une raison ?

"Change" a d'abord été diffusé à la radio, pour susciter l'intérêt du public, pour rappeler notre existence. Il fallait un single pour relancer la machine. "Pay the price" véhicule le même type de message que "Red gunhand". Je me suis rendu compte qu'on ne voyait du monde que ce qu'on voulait bien nous montrer. Que tous les regards étaient toujours concentrés sur la même personne ou quiconque se comportait de la même manière…

L'album recèle quelques ballades comme "So good", "Red gunhand" ou "In your dreams", des morceaux qui mettent en évidence tes qualités vocales. Une explication ?

Pour moi, l'exercice du chant est très difficile. Je n'ai jamais pris de cours dans ce domaine. Ma voix est encore trop jeune et pas assez mûre, à mon goût. Mais tant mieux si elle se bonifie.

Pourquoi avoir eu recours à un son reverb aussi spécial sur "Little moon", un des titres les plus proches du blues ?

L'accordage est un peu bizarre, tordu si tu préfères. Presque toutes les cordes sont dans la même note pour produire un effet très aérien. Mick Taylor pratiquait cette technique à la slide quand il était chez les Stones. "Little moon" est une chanson assez désabusée sur la conscience et la vérité. Elle est traduite, en anglais, d'un poème écrit par Denys-Louis Colaux.

L'elpee laisse également un espace à l'une ou l'autre plage qu'on pourrait qualifier de fusion ; et je pense tout particulièrement à "Almost blind". Une explication ?

"Almost blind" part dans tous les sens. C'est un morceau complet, très agréable à jouer. Un des titres que je préfère. Et Bruno l'adore. Il s'est amusé comme un fou de passer du funk au swing, d'y glisser une suite d'accords jazz, avant de revenir à quelque chose de plus binaire. Il apprécie aussi beaucoup "The last song", mais il le joue très sobrement, sur un rythme un peu bossa-nova. Enfin, il était idéal pour lui de jouer "Never too late" avec les balais…

J'ai eu l'occasion d'assister au showcase le 11 février au Botanique. La formule est fort différente entre le live et le studio où tu pratiques du rerecording. Une raison ?

La plupart des morceaux ont été enregistrés 'live' en studio. J'y exécutais les soli, le chant et la basse en direct, en espérant pouvoir garder le plus de choses. Mais il est arrivé que je refasse une rythmique et un solo. Une guitare est consacrée à la rythmique, parfois une seconde reproduit la même rythmique, puis l'acoustique. Il est exact que pour concocter un album, on pense 'chanson', tandis qu'en live, on pense 'ambiance'.

Pour un premier concert, vous vous êtes plutôt bien débrouillés. D'autant plus que le public a réagi dès le départ. Satisfait ?

C'est clair ! Parce qu'il y avait le stress du premier concert. Et puis cette pression était accentuée, parce que le set était enregistré. Mais vu le peu de préparation, il faut reconnaître que ça c'est relativement bien passé. Une partie du public a suivi notre évolution. Il aime la musique que je pratique depuis mes 17/18 ans. Sa jeunesse et son aspect anecdotique. Il n'est pas vraiment connaisseur du blues, pas très mélomane. Mais sa fidélité lui permet aujourd'hui d'avoir un avis plus critique sur ce que je fais. Et sa fidélité, c'est un bon point !

"Red" n'est finalement pas un album facile ?

Le but n'était pas que ce soit facile. Cette musique véhicule un message. Et cet album encore plus. Parce qu'il est plus personnel.

Tu as joué en compagnie d'Alex Schultz sur la scène du Botanique. Une rencontre qui s'était déjà produite lors du Boogie Town 2002. Etait-ce prémédité ?

Il est arrivé le soir même à 17h. Je venais de terminer la répétition avec Papy et Bruno. Je lui ai montré les suites d'accords dans la loge, et cela lui a suffi. Contrairement à Junior Watson ou à Kid Ramos et d'autres maîtres et spécialistes du West Coast jump, des gens qui en fait ne connaissent pas toute la musique, Alex sent parfaitement l'harmonie et le jazz (NDR : il est d'ailleurs occupé à enregistrer un album de jazz). J'ai eu de longues discussions avec lui et j'ai appris énormément. Il m'a raconté avoir connu les mêmes limites que moi, s'être posé les mêmes questions, et m'a expliqué comment il a trouvé les réponses. C'est interpellant !

En rappel, tu as joué "New generation" en duo avec Alex. J'y ai ressenti une certaine alchimie entre vous deux, une communion avec le public. Tu ne l'as jamais enregistré?

J'ai essayé de l'enregistrer en studio mais j'ai dû le jeter, parce que le résultat n'était pas à la hauteur. Cette composition nécessite une atmosphère spéciale, beaucoup d'intensité. Mais il est vrai qu'avec Alex, ce moment de pure émotion, de magie de l'instant, s'est effectivement produit ; et j'espère pourvoir utiliser la bande télévisée pour en faire profiter mon public. En le mettant à sa disposition via le site internet. J'ai écrit ce morceau juste après l'enregistrement d'"Electerrified". Je l'avais déjà chanté dans les studios de la RTBF, pour l'émission de Marc Isaye. Je l'avais interprété avec l'ancien line up, mais il n'avait jamais atteint cette intensité.

Fred, il y a une dizaine d'années que tu as débuté. Penses-tu avoir atteint la maturité?

Paradoxalement, je dirai non ! Même si ma musique est devenue aussi posée, aussi personnelle. J'ai encore beaucoup de chemin à parcourir. Mais "Red" va dans la bonne direction, parce qu'il intègre tout ce que j'aime, dans l'esprit de ceux qui ont eu la même approche. Tu sais, Los Lobos, John Hammond lorsqu'il qui s'est associé à Tom Waits, G Love & the Special Sauce. Et puis, comme Elliot Murphy, j'aime aussi tout ce qui touche au folk. Par contre dans le domaine du blues, du blues électrique comme je l'aime, le blues joué par mes artistes favoris, j'ai constaté que s'engager dans cette voie n'avait pas de sens. Des milliers de guitaristes ont essayé de copier tous les plans de Freddie King sans même parvenir à approcher ce qu'il pouvait faire. Même ceux qui l'adaptent très bien aujourd'hui. Comme en West Coast. Ils sont très forts. Ils ont un excellent jeu de guitare. Ils possèdent le feeling pour le blues. Mais moi, je ne suis pas de là-bas. Je vis ici, en Belgique. J'adore faire des reprises de blues comme sur l'album de X3. Je m'y suis fait plaisir. Sur scène ou ailleurs. L'aventure vécue avec Willy et René a été incroyable. Mais je ne suis pas un guitariste brillant et érudit comme Marc Thijs. Que chacun reste à sa place !

Je sais que tu as effectué des études universitaires assez pointues Es-tu devenu un musicien pro?

J'ai un travail à temps plein. Je termine une thèse de doctorat et je travaille dans un centre privé de recherches. Dans le domaine de l'aéronautique, à Gosselies. Ce job me prend du temps. Mais il m'en reste suffisamment à consacrer aux Healers et à ma musique…

 

 

 

 

lundi, 07 mai 2007 05:00

The psychedelic underground

Le cadet de la famille Gales poursuit son aventure musicale… Cependant, ses frères Eugene et le regretté Jimmy King doivent lui manquer ; car, à l’instar de la pochette, il se multiplie par trois tout au long de cet opus. Le chanteur/gratteur de Memphis est toujours aussi hanté par le fantôme du légendaire Jimi Hendrix. Il imagine même ce que son maître des sixties aurait pu concocter, s’il était encore de ce monde. Se réclamant héritier naturel de Johnny Allen, il nous entraîne donc dans une aventure posthume en se projetant dans un autre siècle. Eric est lui aussi gaucher et, ne le nions pas, surdoué. Non seulement ce musicien est brillant, mais il possède une bonne voix… nous rappelant, comme par hasard, ce bon Jimi. Les amateurs de blues chercheront longtemps avant de trouver quelque trace de leurs bons accords. Lors de son expérience psychédélique, Eric a tout naturellement opté pour la formule d'un trio. Il ne tolère que sa section rythmique composée du drummer Thomas Pridgen et du bassiste Steve Evans ; c'est-à-dire les mêmes collaborateurs qui avaient participé à la confection de son elpee précédent, "Crystal vision". Cette nouvelle œuvre jouit incontestablement d’une homogénéité et d’un son qui relèvent de l’univers rock.

La ligne mélodique de "Day of reckoning" accroche instantanément. Les musiciens manifestent une cohésion impressionnante. Soutenu par l'orgue de Mark Robertson, le riff de guitare est constamment aventureux, propice à ce voyage lysergique. La structure d’"Ive got something on you" me rappelle celle des chansons pop de la fin des sixties, des chansons allumées, typiquement britanniques, que l'on qualifiait de ‘nuggets’. Des compos évoquant parfois les premiers 45 tours du Pink Floyd de Syd Barett! Malgré son titre, "Dark corners of my mind" (‘Les coins sombres de mon esprit’) campe un blues presque classique, une plage reflétant la sensibilité naturelle de l'artiste. Si la ligne mélodique s’avère ici infaillible, la sonorité épouse une forme plus contemporaine. Le titre maître ressuscite à nouveau la légende de Hendrix. Tout au long de ce cocktail de psychédélisme et de southern rock (les guitares !), Pridgen se distingue par la richesse de son drumming. Très blues rock dans la démarche, "Circling the drain " est caractérisé par un style très aérien, dense et même complexe, entretenu par les acteurs du rythme. Mais sans doute aussi une conséquence directe de la mise en forme opérée par le producteur Mike Varney! Le montage sonore réalisé tout au long de "Honey in the comb" ne maque pas d’intérêt ; mais plutôt curieux, encombré d'artifices divers, il résulte davantage d’un travail savant sur le son. Paradoxalement, au beau milieu ce délire sonore, "Someday" se pose en blues rythmé, traditionnel dans la démarche. Ce bon album de rock s’achève comme il avait débuté : de bonnes chansons sont interprétées par de bons musiciens, sous l’œil et le sourire généreux du spectre de Jimi Hendrix planant au-dessus des nuages… Encore que, la dernière plage est découpée dans un blues ordinaire, sans artifice. Ressemblant sensiblement à "Need your love so bad", "Somebody else's problem" révèle le talent de Gales à la gratte. Econome de ses notes, son feeling est bien contenu…

 

                                                                                             

lundi, 07 mai 2007 05:00

Westbound blues

Delta Highway est né en 2003. En Caroline du Nord. Lorsque Brandon Santini et Justin Sulek décident de mettre en commun leurs aspirations musicales. Ils décident cependant de mettre le cap sur Memphis, afin de s'imprégner du blues du Mississippi. Brandon est chanteur et harmoniciste. Il était surtout marqué par les délires instrumentaux de John Popper (du Blues Traveler) mais s'inspirait de plus en plus de Little Walter, Paul Butterfield et Kim Wilson. Justin est le guitariste. Ses goûts sont assez éclectiques. Ainsi, il a écouté aussi bien Lightnin' Hopkins, Buddy Guy que Stevie Ray Vaughan. Le duo recrute alors une section rythmique. Elle est alors composée du bassiste Tom Louis (ex-Jason Ricci Band) et du batteur Keven Eddy (ex-Mojo Buford Band). Le Delta Highway se met à écumer les clubs de la fameuse Beale Street, l'artère musicale de Memphis. La formation se produit surtout au Blues Hall et au Rum Boogie Cafe. En 2006, elle décroche la ‘Memphis Blues Society Battle of the Bands’.

Ce premier album a été concocté au sein des célèbres studios ‘Sun’ de Memphis ; un demi-siècle après Elvis Presley. La pochette est originale. Nous sommes sur l'Interstate 40, entre le Delta et Memphis, encore distante de 68 miles. Le Delta Highway prend la route et s'engage sur un rythme que n'aurait pas renié Howlin' Wolf (il a également enregistré dans ces mêmes locaux). Justin griffe le décor sonore de sa slide. Il en extirpe des phrases musicales brillantes. Il laisse également frétiller ses cordes ; mais toujours en prenant le soin de les maîtriser. Brandon est un chanteur digne d’intérêt, mais aussi un excellent harmoniciste. Une toute bonne entrée en matière. "I love you (but I really love the blues)" adopte un tempo similaire, quoique un zeste plus funky. L’inspiration s'enfonce dans les marais proches de la Louisiane. Brandon trahit son admiration pour John Poper. Cette fascination est évidente. Il sort des chantiers battus du blues pour aller à l’aventure sur des vagues de notes multiples, quoique toujours contenues. Un excellent exercice de style ! "Early in the morning" constitue l’inévitable slow blues traditionnel. Delta Highway manifeste beaucoup de respect vis-à-vis du blues traditionnel tout au long de son interprétation. Le son de la guitare est assez primaire, pourave et le résultat est éloquent. L'évasion de Justin sur la slide s’opère sur le fil du rasoir ; mais l’équilibre de ce blues à ras de terre est maintenu. "Miss Annalise" adopte parfaitement le style galopant du Mississippi. Les deux solistes s'en donnent à cœur joie. Manifestement ils apprécient jouer ensemble. "My sugar calls me honey" nous entraîne sur des terrains plus swinguants. Santini est passé sur l'instrument chromatique ; mais prend soin de préserver toute sa vigueur dans l’approche de son jeu. Delta Highway reprend le "Jumper on the line"/"Snake drive" de RL Burnside. Un boogie blues contagieux, dispensé sans la moindre fioriture, respectueux de l'écriture originale. La slide se révèle gouailleuse, gourmande, exacerbée. Excellent, "My worried mind" trempe à nouveau dans le bayou blues rock. Santini et Sulek en profitent pour étaler tout leur talent. "Cold as ice " épouse un schéma plus classique, Chicago blues très exactement. Dernier slow blues, "All the water in the ocean" est dépouillé à l'extrême. Ce qui n’empêche pas les cordes de se libérer. Cet opus de très bonne facture s’achève par "On the highway", un retour sur la route imprimé sur un rythme soutenu, et caractérisé par de nouvelles et brillantes interventions des solistes…


                                                                                             

 

lundi, 07 mai 2007 05:00

You ain't know the man

Découpé en cinq titres, ce disque est le résultat de la rencontre entre trois personnages : tout d’abord les Texans Taylor Young et Kirkland James, respectivement drummer et guitariste, ainsi que l'énigmatique TW Long, originaire lui de la cité du métal, Detroit. C'est dans cette ville inhumaine qu'il a fait ses premiers pas. Fin des années 80. En perpétuant l'héritage de gloires locales comme le MC 5 ou encore Iggy Pop & The Stooges. PW a milité chez Mule, un trio responsable d’une fusion entre rock, country, blues et métal. En 96, Long change d'air et fonde un duo : Reelfoot, en compagnie du batteur Mac McNeilly (ex-Jesus Lizard). Le chanteur énigmatique disparaît une fois de plus de la circulation pour embrasser une carrière de chroniqueur. Une situation qui le conduira au cœur du Texas, à Dallas – Fort Worth. Là, le goût de la musique lui revient. Une petite tournée accomplie en Angleterre éveille l'intérêt du label Southern. Taylor Young est déjà préposé aux percus lorsqu’il concocte l'album "God bless the drunkard's dog", un disque qui ne paraît qu’en édition limitée. Et sous la forme d’un vinyle. Sur le sous-label Black Diamond.

« You ain't know the man » constitue le résultat de la rencontre entre ces trois musiciens qui ont choisi en toute modestie le patronyme Young James Long. Une rencontre assez brève, puisqu’elle n’a accouché que d’un enregistrement de 7 bonnes minutes. Mais une rencontre d’une densité exceptionnelle. Les éclats métalliques sont délivrés sous leur forme la plus brute. Encore une fois, il ne s’agit pas d’un opus, mais d’un exercice de style destiné à nous plonger dans un autre monde. Une invitation à un voyage sans retour ; car nos oreilles ne peuvent rester intactes après avoir vécu une telle expérience sonore. D’ailleurs, nos organes de commande ne répondent plus suite à une telle épreuve. Et nous en perdons tous nos points de repère. Si la base de lancement est située à Dallas, le projectile fonce tête baissée plein sud-est ; vers le Delta du Mississippi. Les références musicales puisent dans le blues profond, brut, primaire, rudimentaire ; mais ces mécaniciens du son ont emporté leurs machines. Ils récupèrent les métaux lourds, les tordent, les déchiquètent à la disqueuse, les broient, provoquant des gerbes d’étincelles incandescentes ! Ces cinq brûlots inextinguibles laissent transparaître, à travers ce kaléidoscope d’image déchirées, des artisans métallo de Detroit ; mais également les fantômes des vieux bluesmen partis trop tôt de ce monde malsain ainsi que les inévitables MC5 et Stooges… faisant passer les parties déjantées organisées dans les studios Fat Possum ou le pays des collines du Nord du Mississippi ainsi que les délires du Blues Explosion de Jon Spencer, comme des exercices délicats, sis à des années-lumière de cet univers inaudible. Une expérience à goûter quel que soit l’âge, à condition d’avoir été vacciné. A partir de cet instant, vous pourrez accéder au cœur de cette orgie sonore où seules les guitares lacérées, les percussions martelées et le chant sauvage on droit de cité. Soutenue par des chœurs incantatoires, cette voix devient même caverneuse tout au long de "Oseadelia" et de "Badcox", alors que véritable rouleau compresseur, "Her Jammies" écrase tout sur son passage… Wow !

                                                                                             

 

lundi, 07 mai 2007 05:00

American Blues Box

Avant de fonder American Blues Box, le chanteur/compositeur Derek Davis et le batteur James Pacheco militaient au sein de Babylon A.D. Nous sommes alors du côté de San Francisco, en 2004, et le duo ambitionne jouer du hard rock largement teinté de blues, à la manière d’Aerosmith, consentant une large part à guitare slide et à l'harmonica. Ils aiment d’ailleurs définir leur style comme une rencontre entre l'Aerosmith des débuts et le blues d'Elmore James. En véritable leader, Davis chante, compose, joue des guitares, de la slide et du piano. Kyle Bates est également préposé à la six cordes. Eric Pacheco se réserve la basse. Et invité, Charlie Knight se consacre à l'harmonica et au piano!

Un bottleneck apparemment distant ouvre le bal. Mais le volume sonore de ce "Mississippi Mud" augmente progressivement. La voix de Derek s'inscrit parfaitement dans ce décor. Tous les instruments se conjuguent à l’unisson. Même l'harmonica fantomatique baigne au cœur de cet univers malsain, fangeux. Derek chante –il est vrai– à la manière de Steven Tyler d'Aerosmith, d’un  timbre assez ‘zeppelinesque’. La slide n'attend guère longtemps pour se libérer. Les deux gratteurs s'entendent comme larrons en foire. Ils entretiennent une densité sonore impressionnante. ABB demeure davantage accroché aux blues que ses aînés d'Aerosmith et pourtant les ressemblances sont évidentes. Davis est un vocaliste idéal pour ce type de répertoire. Les deux gratteurs ne cessent de s'affronter ; mais également de se rejoindre. Révélant même un flux et un reflux de guitares acoustiques tout au long d’"Unconditionnal love". Leur reprise de "Some kind of wonderful" ne souffre d’aucune concession. Le vocal de Derek est très proche de Robert Plant. Il chante face à un mur de cordes menaçantes, contenues. L'harmonica de Charlie tente de se frayer un chemin au sein de ce puissant édifice sonore. Le reste de l'opus est de la même veine. Un hard blues rock fort bien ficelé caractérisé par une voix sauvage mais suffisamment maîtrisée ainsi qu’une combinaison de cordes électriques et acoustiques. Cette musique popularisée au début des années 70 bénéficie cependant ici d'une production résolument contemporaine (technologie oblige !) Parfois l'ABB baigne au sein d’une atmosphère plus sereine, tissant une ballade aux lignes mélodiques bien marquées. A l’instar de "Killing time", même si les guitares continuent de jouer à l’intimidation. L'apaisement ne transparaît guère que sur "When you were young". Lorsque l’exercice se résume à une simplification du blues rock, l’expression peut paraître banale, mais sous un profil électro-acoustique enrichi par l'harmonica, le résultat est beaucoup plus séduisant. Et je pense ici tout particulièrement à "Rattle my bones" et surtout au sémillant "Biscuit baking Mama", me rappelant quelque part l'Irlandais Rory Gallagher. Les musiciens aiment le blues. Et c’est à cet instant qu’ils se révèlent au sommet de leur art. Comme sur "Half the man", une plage totalement acoustique qui met en exergue piano, bottleneck et un harmonica dont l’aventure dans les aigus est proche du délire. La dernière plage a été immortalisée ‘live’. La cover d’un canon d'Elmore James : "I can't hold out". l'American Blues Box sort ses tripes sur les planches. Puissante, la slide hurle et gémit, pendant que nous nous surprenons à reprendre en chœur avec Derek, "Talk to me baby". Quelle santé!

 



vendredi, 31 décembre 2004 04:00

Memphis in the meantime

Qui se souvient de David Grundy ? Alias Dave Berry (à cause de son admiration pour Chuck Berry), il est aujourd'hui âgé de 66 ans. Il a pourtant connu son heure de gloire dans les années 60, comme chanteur pop, même s’il puisait son inspiration dans le R&B et le rock'n'roll? Issu de Sheffield, ce personnage a décroché quelques hits au cours des sixties. Des 45 tours, bien évidemment. Dont sa reprise de "Memphis Tennessee", "The crying game", "This strange effect" (n°1 en Belgique et aux Pays-Bas) ainsi que "Mama". Son groupe répondait au patronyme des Cruisers. Le jeune label anglais Blue Matters a permis une rencontre entre le vétéran et un blues band dynamique : les Junkyard Angels. Une formation drivée par le guitariste Julian Piper. A ce jour, les Angels comptaient deux albums à leur actif : "Dirty work at the Crossroads", paru en 1988 et "Lonesome La La", commis en 1994. Ils accompagnent régulièrement des bluesmen américains, lorsqu’ils se produisent sur le Vieux Continent. Il leur est même arrivé d’enregistrer en leur compagnie. Et notamment pour quelques légendes louisianaises ; et en particulier Silas Hogan, Tabby Thomas, Lazy Lester, ainsi que les bluesmen de Chicago, Carey et Lurrie Bell. Julian Piper est également responsable d’un opus solo : "Primal blues".

L'album s’ouvre par la meilleure plage de l’elpee : une extraordinaire version de "Mercury blues", un titre popularisé jadis -outre-Manche- par Dr Feelgood et Rory Gallagher. Le chant de Berry passe bien la rampe, mais c'est la slide qui titre son épingle du jeu. Piper ne tient pas en place. Sa guitare subit les derniers outrages. Rien que cette plage mérite l’acquisition de cet elpee. De la dynamite ! Le timbre de Dave Berry n'a rien d'exceptionnel. Il se complait dans une certaine uniformité. Nonchalant, paresseux, il s’avère cependant très chaleureux. Bref, il est parfaitement ‘laidback’. Il n’est guère surprenant de retrouver sur ce disque des extraits du répertoire de JJ Cale et de Tony Joe White. "Taking the midnight train", par exemple. Les reprises de JJ sont vraiment réussies. Tout au long de "Same old blues", la slide de Julian est très présente. Par son jeu de cordes et de percussions, "Cajun moon" baigne au sein d’une atmosphère de rêve. Dave apprécie toujours le rockabilly. Il le démontre sur le "Mean ol' Frisco" d'Arthur "Big Boy" Crudup, une plage imprimée sur un tempo rapide et caractérisée par une bonne partie d'harmo accordée par le Texan Jeff Fuller, le tire maître (un morceau signé John Hiatt) et le "Boppin' the blues" de Carl Perkins. Dans le style de la Nouvelle Orléans, il adapte le "Are you going my way" de Bartholomew et Domino. Pour la circonstance, il reçoit le concours du piano syncopé de Craig Milverton. Autre plage issue de la plume de John Hiatt, "Georgia Ray", se révèle un roots rock d'excellente facture. Quoique sans grande prétention, cet opus s’avère fort agréable à écouter. Il s’achève, en outre, par "My baby left me", une autre reprise de Crudup, imprimée sur le rythme du chemin de fer…

                                                                                             

 

mardi, 03 avril 2007 05:00

West Coast Boogie

Drivé par le chanteur/harmoniciste Brad Radis, Super 300 est un quartet californien au sein duquel militent également le guitariste Jerry ‘Short Dog’ Feldman, le bassiste Allan Hearn et le batteur Jerry Snodgrass. Brad et Jerry jouent ensemble depuis plus de trente ans. Ils ont accompagné Shakey Jake Harris, le pianiste JD Nicholson et Jimmy Witherspoon.

Pour nous mettre en appétit, le quartet s'engage dans son "Super 300 shuffle". L'occasion pour Jerry Feldman de mouliner passionnément et agressivement. Il a beaucoup écouté Kenny Burrell et cela s'entend. Brad donne la réplique à l’harmonica. On distingue nettement son souffle puissant. Musclée, la section rythmique est bien mise en avant pour aborder le "That will never do" de Little Milton. Si le chant de Brad n'est guère exceptionnel, la gratte de Short Dog révèle un musicien accompli, réservé et respectueux. Super 300 puisse aussi son inspiration dans le Chicago blues qui swingue. Ce qui permet à Brad de rendre hommage à ses maîtres. En l’occurrence Sonny Boy Williamson, Junior Wells et surtout Little Walter. Le Super 300 Blues Band reprend le "Crazy mixed up world" de Willie Dixon, "Stop right now" de Sonny Boy ainsi que "Ain't that lovin' you baby" de Jimmy Reed. Mais les deux meilleures covers sont manifestement le "Sugar sweet" de Melvin London (c’est lui qui avait composé "Mannish boy" en compagnie de Muddy Waters et de Bo Diddley) et le "You belong to me" de Magic Sam. Très Southside, la première est imprimée sur un tempo galopant, alors que la seconde a été puisée dans le Westside. Feldman avoue sans ambiguïté son admiration pour les King de la guitare. Et il le démontre en interprétant "Crosscut saw", un des titres-clé du répertoire d'Albert King ; et puis le célèbre "Hideaway" de Freddie King. C’est au "Love her with feeling" du regretté Lowell Fulsom qu’ils empruntent le blues lent. Il existe des centaines de petites formations blues de l'autre côté de l'Atlantique. De toute évidence, pour survivre, le Super 300 BB devrait se forger un répertoire personnel. Ce qu'il réalise sur de trop rares plages. Cependant, l’espoir subsiste, puisque le combo se réserve quand même l’une ou l’autre compo personnelle. Et curieusement, c'est alors qu'il est au sommet de son art. A l’instar des instrumentaux "Ready or not" et "Short Train" sur lesquels Feldman manifeste une sensibilité jazzyfiante avec une certaine classe. Et puis "West coast boogie, un morceau pompé sur un classique ; mais une plage qui déménage et dont les vibrations sont vraiment irrésistibles…



mardi, 03 avril 2007 05:00

Ain't easy no more

Mark incarne sans aucun doute un des harmonicistes les plus doués de sa génération ; et même s’il est moins populaire que Charlie Musselwhite, Kim Wilson ou Rod Piazza, il affiche un sacré pedigree. Originaire de New Haven, dans le Connecticut, il a grandi à Los Angeles avant de se fixer à San Francisco où il vit depuis 35 ans. Malgré ce parcours, c’est bien dans le vivier du Chicago blues qu’il a puisé l’essentiel de son inspiration. A l’instar de nombreux musiciens de blues, il voue une grande admiration aux Grands : Little Walter, Sonny Boy Williamson, Junior Wells ou encore James Cotton. "Playing in your town", son premier elpee, est paru en 1985. Depuis, il a fait son chemin et écumé toutes les scènes des States et d’Europe. Il a également concocté toute une série d’albums sur les labels Flying Fish et Tone Cool. En 2002, il a signé chez Electro-Fi, écurie pour laquelle il a enregistré "Golden State Blues" et le live "Blowin’ my horn", en 2004.

Pour réaliser cet “Ain’t easy no more”, Mr Hummel a reçu le concours de ses Blues Survivors ; c'est-à-dire les fidèles compagnons qui le suivent depuis quelques années. En l’occurrence : le guitariste Charles Wheal, le bassiste Steve Wolf et le drummer Marty Dodson. Le talent de Mark est essentiellement concentré dans les deux reprises qui ouvrent l’opus. Tout d’abord le percutant "Get on the right track" de Ray Charles. La voix est puissante et délicatement éraillée. Le piano de Bob Welsh, les cuivres ainsi que la solide section rythmique servent de rampe de lancement à l'harmonica dévastateur et aux riffs classiques du Chicago Southside. Le "She's got it" de Muddy Waters en est une autre illustration. Mark souffle divinement. Tout en manifestement une sensibilité intérieure qui force l'admiration. Sa puissance est naturelle. Son "I didn't need another heartache" se fond naturellement dans ce décor de blues urbain classique. Un shuffle sans faille qui libère de l'espace pour les cordes de Wheal et les percussions de Marty. Le titre maître constitue un cri du cœur de l'artiste pour l'une de ses villes fétiche : New Orleans. Mark est l’auteur de cet "Ain't easy no more", une compo qu’il a écrite après les effets dévastateurs provoqués par l'ouragan Katrina dans la célèbre cité louisianaise. L’ambiance est de circonstance. Animée par les accords d’un piano sautillant, elle est entretenue par un cocktail de cuivres et de percussions. Le swing et le jump constituent une autre clé de l’expression sonore embrassée par Hummel. L’adaptation du "Jump with you baby" de BB King en est une parfaite illustration. Le chanteur souffleur est dans son élément naturel. Charles Wheal se fait BB et prouve son talent injustement méconnu. Ce style jump hante également sa version du "Stop now baby" de Sonny Boy Williamson. Instrumental, "Harpoventilating" respire la classe. Une leçon donnée par le maître qui, pour la circonstance, s’est trouvé une deuxième paire de poumons, histoire de pouvoir reprendre sa respiration. Impressionnant ! "So glad" swingue à ravir ! Charles est inspiré sur ses cordes tandis que Bob Welsh parcourt frivolement ses 88 touches d'ivoire. Mark sort de sa poche son encombrant instrument chromatique. Et si vous pensez que le meilleur est désormais passé, vous vous flanquez le doigt dans l’œil ; et jusqu’au coude, car notre Californien reprend deux plages écrites par le pianiste Eddie Boyd. Tout d’abord un sublime "Blues is here to stay". Ensuite "You got to reap" que Mark chante délicatement. Welsh y reproduit le jeu du regretté dieu de Chicago. Par son jeu déchiré, proche de Charlie Musselwhite, notre souffleur arrache larmes et sanglots sur "Creeper returns", une plage inspirée du Chicago Westside. Impérial ! Un album de grande classe!