La disparition de Gelatine Turner…

Gelatine Turner, c'est un projet chanson porté par deux frères, Pierre au son et Romain au chant. Ensemble ils composent une chanson hybride entre pop et alternative. « Disparaître », c'est une marche hypnotique, un souffle qui s'emballe, une perte de repère…

logo_musiczine

Une petite souris dans le Corridor…

Corridor sortira son nouvel elpee, « Mimi », le 26 avril 2024. Réunissant 8 plages, il recèlera des pièces maîtresses telles que "Jump Cut", "Mon Argent" et "Mourir Demain". Il a été masterisé par Heba Kadry Mastering, à Brooklyn. Toutes les chansons de «…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Manu Chao - Bau-huis
Enter Shikari - Ancienne ...
Festivals

Roots And Roses 2024 : mercredi 1er mai

Écrit par

Le 1er mai, c’est la fête du Travail, mais aussi le jour où l’on offre un brin de muguet à un proche. Mais, à Lessines, c’est surtout la date du festival Roots & Roses. En 2024, il célèbre sa 13ème édition. L’an dernier, elle s’était déroulée, exceptionnellement, sur deux jours. Elle se limitera, donc, cette fois-ci, à une seule journée

Ce festival à taille humaine permet la rencontre entre public et artistes avant ou après les prestations. Qu’ils soient belges ou internationaux.

Grâce à ses deux scènes plantées sous autant de chapiteaux, la programmation explore tant les tendances rock actuelles et innovantes (scène ‘Roses’) ainsi que des types de musiques plus conventionnelle tels que le blues, le folk, l’americana ou la soul (scène ‘Roots’).

Parmi les groupes noir-jaune-rouge, on épinglera la présence de Soror, Eosine (NDR : le gagnant du Concours Circuit 2023) et The Seatsniffers, de retour après une pause de 12 ans.

Assurer l’ouverture d’un festival n’est pas toujours facile. Surtout quand elle est programmée à 11h45, moment qui, en général, ne draine pas la grande foule. Il revient donc à The Golden Glows de lancer les hostilités.

Ce trio anversois est cependant réduit, aujourd’hui, à un duo. La chanteuse principale a perdu la voix. Ou c’est l’inverse. Et pourtant, les parties vocales sont soignées. Parfois on pense à Simon & Garfunkel. Elles sont assurées par le guitariste, armé d’une semi-acoustique, stetson enfoncé sur le crâne, et une chanteuse, vêtue de noir, qui se charge du tambourin, des cymbalettes ou des maracas. D’une durée de 30 minutes, le set est cosy et intimiste. Le tandem nous réserve des extraits de ses deux elpees, « Sunrise » (2023) et « The Songbook Of Harry Smith » (2019), dont on épinglera « Sunrise », « Stardust » et « California (The Golden States) », tirées du dernier.

Sr la scène Roses, se produit Soror, un quatuor basé à Bruxelles né de la rencontre entre Sophie Chiaramonte, bassiste passionnée de rock, et Alice Ably, bercée au trip-hop des années 90. Cette osmose entre lignes de basses envoûtantes et voix infusée à la Beth Gibbons est soutenue par les grooves tranchants de batterie imprimés par Théo Lanau et traversée par les lignes de guitare subtiles de Thibaut Lambrechts. A son actif, un Ep éponyme paru en 2019 et un album (« New Born »), en 2023. Un disque produit par Koen Gisen (NDR : c’est le mari d’Ann Pierlé).

L’auditoire est déjà plus conséquent. « Shadow Of A Doubt » ne laisse planer aucun doute sur la qualité des musicien(ne)s. « Bohemian Paradise » émarge davantage à l’indie rock. Une compo psyché qui libère un groove hypnotique. C’est d’ailleurs le premier single extrait de « New Born ». Et la formation n’oublie pas de réaliser une « Copy Of You ». Le public semble ravi de la prestation.

Côté ‘Roots’, un Australien s’apprête à grimper sur l’estrade : Jesse Redwing. Il a été demi-finalistes de l'International Blues Challenge sur l'emblématique Beale Street de Memphis, cette année. Il y a plus de 20 ans qu’il roule sa bosse dans les lieux enfumés. En compagnie de son groupe, il a accompli plusieurs tournées en Europe et aux États-Unis. Il a assuré les supporting acts pour Cédric Burnside, Jon Cleary, Cold Chisel, The Teskey Brothers et Ana Popovic. Un titre de son premier opus, « Crawlin’ Up the Walls », a été repris dans la série à succès de Netflix : « Shooter ». Il compte deux elpees studio et deux ‘live’ à son actif. Il joue dans la pure tradition du Chicago Blues et puise ses influences majeures chez des légendes comme Howlin' Wolf et Muddy Waters.

Sur les planches, il est soutenu par un drummer et le bassiste Carlo Van Belleghem.

Le trio entame le concert par le très funky, « I Don't Wanna End Up Like That ». Il rend hommage à ses dieux du blues à traves « Turn Away », un morceau qui s’enfonce dans les marais du Delta infesté d’alligators. Dès qu’il en a l’opportunité, entre ses riffs bluesy, Redwing boit sa bouteille de Tequila au goulot. Et il achève son set par le boogie crade et fangeux « Run DB ». Votre serviteur apprécie…

Retour vers la scène « Roses » pour assister au set du gagnant de l’édition 2023 du Concours Circuit, Eosine. Et le band a été sélectionné pour la cuvée 2024 du Humo’s Rock Rally. Un quatuor emmené par Elena Lacroix. Elle est tout de blanc vêtue : pantalon et tee-shirt. Mais, contraste détonnant : les extrémités de sa longue chevelure sont teintées de vert. Elle se consacre au chant et à la guitare rythmique et est épaulée par un autre sixcordiste (soliste), un drummer et un bassiste. 

Inspirés par les paysages sonores enivrants et éthérés du ‘shoegaze’, les compositions d'Eosine évoluent vers des structures plus progressives. A cause des jolies mélodies, des harmonies vocales atmosphériques et des variations psychédéliques. « Limewood » et « Plant Healing » libèrent une fameuse dose d’intensité. Les riffs dispensés par Dima illuminent « No Horses » et « Above ». Tout serait parfait dans le meilleur des mondes, si les balances avaient été correctement réglées. Mais malheureusement, ce n’était pas le cas.

Willy Mason et programmé sur le podium ‘Roots’. Fils de Jemima James et Michael Mason, tous deux auteurs-compositeurs, il est né à White Plains, dans l'État de New York, et sa jeunesse a baigné dans le folk.

S’il puise ses influences majeures dans le grunge (Nirvana et Pearl Jam, en tête), punk et indie rock, son concert est plutôt varié et oscille du Delta blues (« Reservation ») à la ballade country (« Sharon »), en passant par le magnétique, le rock frénétique (« Riptide ») et le blues/rock (« Take It Off »).

Il est temps d’aller se restaurer. Mais il faut reconnaître que par rapport aux éditions précédentes, non seulement les prix ont grimpé, mais la qualité de la nourriture laisse à désirer. Autre problème, le système de rechargement du ‘bracelet scan’, par bornes électroniques, à l’aide de sa carte bancaire, n’est pas au point. Il tombe régulièrement en panne…

Retour vers la scène ‘Roses’ pour accueillir le power trio hexagonal, Dirty Deep. Soit le chanteur/harmoniciste/guitariste Victor Sbrovazzo, le drummer Geoffroy Sourp et enfin le bassiste Adam Lanfrey. Le combo se nourrit de références empruntées au Delta blues (Little Walter, Son House, Sonny Boy Williamson II, John Lee Hooker et Robert Johnson), mais en y injectant des nuances de grunge et de garage.

Les musicos affichent une technique irréprochable. Pour la seconde fois de la journée, on s’enfonce dans les marais de la Louisiane. A mi-parcours, Victor se met à souffler dans son harmonica. Et ses interventions déclenchent un bel enthousiasme au sein de la foule, qui applaudit régulièrement le virtuose…

Sur la scène ‘Roots’, Erikson-Delcroix & The Leftbank Ramblers se prépare à grimper sur le podium. Il s’agit d’une formation belge responsable d’une forme de country baptisée americana. Nathalie Delcroix a beaucoup écouté de c&w au cours de sa jeunesse : celle appréciée par ses parents. Bjorn Eriksson a milité chez Zita Swoon, Maxon Blewitt et Admiral Freebee. Comme guitariste. Le couple est épaulé par The Leftbank Ramblers », un band impliquant d’excellent musiciens ; en l’occurrence Elko Blijweert (guitare), Tomas De Smet (contrebasse), Peter Pask (guitare/claviers) et Alain Rylant (drums).

Au cours du set, le collectif va rendre hommage aux pionniers de la country. Stetson vissé sur le crâne, Bjon se sert régulièrement d’une pedal steel.  Et on est parti pour un long périple à travers les plaines de l’Ouest américain. A l’écoute de l’adaptation du « I Scare Muself » de Thomas Dolby on imagine une B.O. pour western. « You're Gonna Change » et « Lovesick Blues » rendent hommage à Hank Williams. Et la prestation de s’achever par « If I Were A Carpenter », une composition écrite, à l'origine, par Tim Hardin. La version proposée est de toute beauté. A vous flanquer la chair de poule !

The Cold Stares a parcouru le monde en duo pendant près d'une décennie. En 2023, le groupe d’Evansville (NDR : c’est dans l'Indiana) s’est adapté à un nouveau style et a entamé sa progression en incorporant un troisième membre, devenant ainsi un power trio composé du guitariste/chanteur Chris Tapp, du batteur Brian Mullins et du bassiste Bryce Klueh. Sous ce line up, il a alors gravé un opus aussi explosif qu’excellent, « Voices ».

Energique, le show évoque tour à tour Joe Bonamassa, Larkin Poe, Rival Sons, Reignwolf, Spoon, Grand Funk Railroad ou Thievery Corp.

Le rock sudiste « Horse To Water » entame le set. Plus rock/garage, « Fool's Gold » est plutôt hanté par les Pixies, un morceau qui contraste agréablement avec les sons blues profonds de « Nothing But The Blues » et « Prosecution Blues ». Quoique de bonne facture, les titres peinent parfois à accrocher…

Les Américano-hollandais Michelle David et The True Tones investissent ensuite l’estrade ‘Roots’. Ils roulent leur bosse, à travers le monde, depuis 4 ans. Originaire de Caroline du Nord, Michelle David a grandi à New York et, comme beaucoup de ses compagnons d'âme, a chanté très jeune a sein d’un chœur. Pour la circonstance, il s’agissait de The Mission Of Love. Et il faut reconnaître que cet épisode a marqué la vocaliste. Ainsi, elle proclame ses convictions dans des chansons gospel comme « Peace », et nous ramène au culte de à son Eglise de New York tout au long de « More Grace » et « You Are Rocking My Soul ». Elle lève constamment les mains, et demande à la foule de faire de même et de les remuer, comme dans la tradition gospel. Enfin, tout au long de morceaux soul tels que « Brothers and Sisters », « That Is You » et « If You Don't Try », la diva tente de nous convertir… Heureusement, grâce aux True Tones, la musique élargit cependant son horizon et embrasse des grooves entraînants et des mélodies serrées

Direction scène Roses, pour assister au concert de Frankie and The Witch Fingers. Le groupe s'est formé et a mûri à Bloomington, en Indiana, avant de se diriger vers l'Ouest. A Los Angeles, il a été contaminé par le rock garage. Et puis progressivement, par le post-punk.

Dylan Sizemore (chant/guitare), Josh Menashe (guitare solo/synthé/sax/ flûte), Nicole ‘Nikki Pickle’ Smith (basse) et Nick Aguilar (drums) se servent d’une imagerie lyrique absurde, imprégnée d’hallucinations, de paranoïa et de luxure. Sa musique est paradoxalement, à la fois sombre et ludique. Un paradoxe qu’on retrouve dans son concert à la fois surpuissant, explosif, festif et hanté et qui libère un groove primordial…

Cette dualité s’exprime à tous niveaux : dans des harmonies vocales aériennes sur des riffs lourdement dentelés, et incendiaires ; dans des racines chamaniques cachées sous une étrangeté éclatante ; des étendues ronflantes et des coups toniques.

Pour votre serviteur, le dernier concert de la soirée se déroulera du côté de la scène Roots ». Après presque 12 ans de silence, il est de retour ! The Seatsniffers est sans aucun doute le plus populaire, le plus ancien, le plus international et, en un mot, le meilleur groupe de roots-rock belge de tous les temps. Sa musique est le fruit d’un cocktail de rock’n’roll, r&b, rockabilly, soul, blues et ska, mais dispensé avec une énergie et une attitude punk-rock. Walter Broes (chant, guitare), Bop De Houwer (contrebasse), Piet De Houwer (batterie) et Roel Jacobs (saxophone) nous réservent un set percutant, dont on épinglera les rockabilly fumants « Loudmouth », « Git's Done », « Crush On You » et « Arabian Love Call » ainsi que « Baby Come To Papa », un morceau enrichi par une superbe intervention de Roel au saxophone et cours duquel Walter se mue en crooner…

La journée a été longue et fructueuses, votre serviteur fait l’impasse sur Dewolff, et retourne dans ses pénates. A l’année prochaine et comme dirait Michelle David : ‘Si Dieu le veut’…

Voir aussi notre section photos ici

(Organisation : Centre Culturel René Magritte de Lessines)

Les Nuits Botanique 2024 : mardi 30 avril

Écrit par

Ce concert des Cranes figurait parmi les têtes d’affiches de cette 31ème édition des Nuits Botanique, qui se déroule, cette année, du 24 avril au 5 mai. D’une part il était rapidement sold out, et d’autre part il dénotait par rapport aux nombreuses découvertes programmées lors de cette l’affiche. Car il faut remonter à 2008 et au VK (une salle bruxelloise où la formation s’est produite à 6 reprises, depuis 1992), aux Lokerse feesten en 2005 ou encore dans le cadre de ces même Nuits du Bota, en 2001, pour retrouver une trace de leur passage en Belgique

La formation gantoise TAKH ouvre le bal. Son origine remonte à 2015, lorsque les membres de The Black Heart Rebellion avaient invité Annelies Van Dinter (Echo Beatty), pour participer aux sessions d’enregistrement de l’elpee « People when you see the smoke », comme seconde chanteuse et drummeuse.

Les lumières sombres et tamisées confèrent une ambiance darkwave au concert. On pense indéniablement à Dead Can Dance voire à Swans. A cause des parties vocales qui alternent entre la voix lyrique de la préposée aux fûts à celle, plus caverneuse, du claviériste. Parfois, l’expression sonore vire vers l’indus. Et n’est pas des plus réjouissantes en début de set. Mais progressivement, et surtout lors du final, « Hair Of A Horsetail », un crescendo bien orchestré prend forme. Pour se terminer par une déferlante de riffs et de sons, et une voix plus enragée. Un set apprécié à sa juste valeur dans une Orangerie déjà bien remplie (NDR : ce qui n’est pas toujours le cas pour une première partie).

C’est en manifestant une grande attente que les fans des Cranes continuent de se presser à l’Orangerie, qui finira par devenir moite et noire de monde. Autant l’écrire tout de suite, après une absence de 12 longues années sur les planches (NDR : il y a bien eu deux petites dates précédentes britanniques calées en octobre dernier), le show va connaître de nombreux ‘leaks’ ! SI la voix douce, fluette, voire infantile, d’Alison Shaw est restée intacte, elle peine à la maintenir tout au long des titres. Les hésitations de ses musiciens (dont son frère Jim à la batterie qui manifeste souvent des signes d’agacement), et tout particulièrement de son bassiste/claviériste absorbé par ses réglages, donnent l’impression d’assister à un soundcheck voire une répétition. Indulgent et patient, le public sera finalement récompensé par les tubes « Pale Blue sky » et Everywhere » qui s’enchaînent. L’auditoire se réveille et applaudit chaleureusement. Mais l’enthousiasme va vite retomber, à cause de nouveaux soucis de balances. Les musiciens s’y attèlent à trois (NDR : mais où étaient les ingénieurs du son du Botanique ce soir-là ?) pendant qu’Alison éprouve un grand moment de solitude, et finit par tourner le dos à la foule, pendant quelques minutes. Lors des titres suivants, elle s’excusera à plusieurs reprises, et proposera même d’interrompre et de recommencer un des morceaux. Pendant « Loved », le batteur commence à s’énerver et perd même le fil de la chanson. Heureusement, après « Jewel », « Far away » et « Adrift » réveillent de bons souvenirs exhumés des ténèbres, que savoure une audience qui applaudit de plus en plus fort.

Interruptions comprises, le set n’a duré que 50 minutes. Il paraît donc normal que le band revienne accorder un rappel qui ne s’est pas fait attendre.

Alison rencontre toujours cette difficulté à se concentrer à la fois sur sa guitare et ses textes. Les morceaux ont aussi du mal à s’enchaîner, mais qu’importe, ce ne sont pas moins de cinq titres dont le fameux « Fuse » (NDR : il figure sur le premier elpee, difficile à se procurer, mais réédité en 2023) qui seront interprétés. Sous l’insistance du public, et alors qu’on supposait le concert terminé, le band nous gratifie d’un deuxième encore qu’il clôture par un « E.G. shining », nous replongeant au cœur d’une ambiance féérique susceptible, presque, de nous faire oublier les imperfections de la soirée.

Car oui la prestation de ce soir était plutôt brouillonne. On est bien loin de la tournée des stades de 1992 accomplie en compagnie de Cure. Et plus particulièrement de cette date au stade de Lievin, où Robert Smith lui-même était venu prêter main forte au band ! Elle se situe à mille lieues de cette brillante performance dispensée dans le cadre du festival de Dour, dans le haut de l’affiche, lors d’une édition pourtant déjà bien fournie et au cours de laquelle de grosses pointures comme Pulp et Blur étaient programmées.

Mais qu’importe, puisque les aficionados semblent pardonner les approximations de ce soir ; d’autant plus qu’ils peuvent longuement côtoyer les membres du groupe au stand merchandising ou au bar, après le concert.

Mais également savourer le cadre et l’ambiance de ces Nuits du Bota. Et le mélange des spectateurs des différents salles. Le vendredi par exemple, un public de métalleux (à la Rotonde) se mêlera à celui branché du Museum, et des ados de l’Orangerie. Et l’on soulignera aussi l’innovation d’un ‘all access’, le samedi 4 mai, au cours duquel un seul ticket permettra l’entrée à toutes les salles et au chapiteau, pour 27 concerts différents.

Pour les photos des Nuits, c’est ici

(Organisation : Botanique)

Ways Around Festival 2024 : dimanche 24 mars

Écrit par

Cette année, le Ways Around Festival célèbre sa troisième édition. Ce festival propose des artistes nouveaux et alternatifs. Chaque jour, une salle de concert bruxelloise différente sert de décor. La première journée s’est déroulée ce vendredi 22 mars, au BAMP (abréviation de Brussels Art Melting Pot) de Schaerbeek.

La deuxième a élu résidence au Reset, un espace éphémère de 5 000 mètres carrés dévolu à la Culture (il s’agit de l’ancien siège de la banque Dexia ; et il doit devenir le futur siège de la police locale de la capitale européenne). Il est situé à deux pas de la Gare Centrale.

Enfin, la troisième est programmée au Grand Salon du Botanique et accueille trois groupes : The Guru Guru, Lysistrata et Stonks. Compte-rendu.

Stonks ouvre les hostilités dès 18h30. Fondé en 2021 par quatre musicos attirés par la création originale et alternative, Stonks est un groupe indé bruxellois. Il s’inspire du rock, du jazz, du brouhaha désinvolte, des valses fracturées, de tous types de musiques pour aficionados aux cheveux longs, et surtout par la nouvelle scène post-punk anglaise dont, entre autres, Squid, Shame et Viagra Boys. Son premier Ep 4 titres, « Class Craic », est sorti en septembre 2023.

A premier abord, la musique peut paraître brouillonne. Sonorités de basse, de guitare et de trompette semblent se télescoper. Mais progressivement, on se rend compte que l’ensemble, quoique bruitiste, tient relativement bien la route. Les interventions à la trompette apportent une belle touche jazzy. Expérimentales, les compos s’enfoncent même, parfois, vers une certaine forme de jazz/rock institué par Frank Zappa et perpétué par son fils Dweezil. Le band se distingue par une excellente présence scénique. Et rien n’arrête les musicos, car malgré un problème technique, ils continuent à jouer. Le set atteint son point d’orgue lors de l’avant-dernière compo, « Sparkling/Still », un morceau qui s’achève par un long instrumental hypnotique et légèrement psyché...

Setlist : « Stuntman », « Six », « Bunker », « Four », « Dash Cam », « Lies », « Sparkling/Still », « Minesweeper »

C’est à Saintes, en 2013, dans le département de la Charente-Maritime, qu’est né Lysistrata. Issus de milieux musicaux radicaux, Ben Amos Cooper (batterie, chant), Theo Guéneau (guitare) et Max Roy (basse) ont commencé à jouer ensemble très jeunes.

A son actif trois elpees : « Breathe In, Out » (2019), « Park » (2022) auquel a participé Frànçois and The Atlas Mountains et « Veil », paru ce 1er mars 2024. Un album qui a bénéficié de la mise en forme du New-Yorkais Ben Greenberg (Metz, Beach Fossils). Et c’est ce long playing que la formation est venue défendre ce soir.

Sur les planches, Ben en est manifestement le leader. Son kit de batterie est installé sur une estrade en avant-scène. C’est également lui qui se réserve le micro.

La musique de Lysistrata agrège post grunge, post hardcore et noise rock, dans l’esprit des Canadiens de METZ (NDR : c’est manifeste sur l’intense « Death By Embarrassment »), tout en affichant une spontanéité propre à sa jeunesse. Encore que sur certains titres on ne peut s’empêcher de penser aux débuts de Foals et même parfois aux Deftones.

Le combo va nous balancer 12 titres en 45 minutes. Marquées par une guitare tranchante et découpées par une section rythmique efficace, les mélodies sont puissantes. Souvent le changement de tempo intervient en fin de morceau. Si l’on retrouve bien la furie explosive ainsi que la rythmique singulière des titres de l’elpee, toujours menés par une guitare en roue libre, la place est ici davantage laissée à la basse et à un chant plus présent. Le concert est excellent. Le meilleur de la soirée. Résultat : le public danse...

Setlist : « Intro », « Death By Embarrassment », « Feel The Shine », « Livin It Up », « Horns », « See Thru », « Acid To The Bur », « Different Creatures », « Trouble Don't Last », « Boot On A Thistle », « Okay », « Rise Up »

The Guru Guru clôt la soirée. Formé en 2012 à Hasselt, il implique le leader et chanteur Tom Adriaenssens (Tom The Bomb), le drummer Siemon Theys, les guitaristes Jan Viggria et Emiel Van Den Abbeele ainsi que le bassiste Brent Mijnendonckx. Les références du band oscillent de Queens Of The Stone Age à Radiohead, en passant par SOULWAX, The Mars Volta, Andy Kaufman, METZ, Père Ubu, Deerhoof et The Jesus Lizard. Paru l’an dernier, son troisième opus, « Make (Less) Babies », se distingue par son approche organique. Et pour cause, autoproduit, il a été enregistré en live sans concessions ni artifices. En outre, les textes reflètent son engagement en faveur de l'écologie tout en fustigeant la société de consommation. Et c’est au sein de cet LP que le combo va puiser une majorité de sa setlist.

Le frontman arbore un beau pyjama et est chaussé de charentaises ; et dès le premier morceau : « Lemon‐Aid, Lemon‐Cello (Bear dance) », il nous balance des morceaux de citron. Pendant « Make Less Babies », des préservatifs. C’est le titre maître du nouvel opus dont le fil conducteur repose sur la façon dont nous détruisons peu à peu la planète et surtout le fait que nous la dégradons, tout en étant parfaitement conscients des conséquences de tous nos actes. La solution ? Faire moins d’enfants !

Tom The Bomb est en très grande forme. Totalement déjanté, il grimace et déclame ses textes avec verve.

Morceau remarquable, « Saint-Tropez » constitue la parfaite illustration du savoir-faire mélodique du band et reflète son humour souvent à la limite de la gêne, voire du désespoir : ‘We’re gonna have to sell the house, We’re gonna have to sell the house in Saint-Tropez, ’Cause we’ve got bills to pay up here’ (Trad : ‘Il va falloir vendre la maison, Il va falloir vendre la maison à Saint-Tropez, Parce qu’on a des factures à payer ici !’). A l’instar du groupe gantois Raketkanon, The Guru Guru parvient à faire monter d’un cran l’intensité à travers « Lotta Tension ». Epatant !  

Délaissant la tradition punk/noise des débuts du groupe, les deux guitaristes de The Guru Guru nous réservent des parties de guitare remarquables alors que la section rythmique est implacable.

Votre serviteur a adoré. A l’année prochaine !

Setlist : « LemonAid, LemonCello (Bear dance) », « Jack Shit/Jackpot », « (In) Snakes & Ladders (Stakes Don't Matter) », « In 2073 (Plenty of Other Fish in the Sea) », « Skidoo », « Lotta Tension », « Saint-Tropez », « Not Awake (The Baseballs) », « Joke's on You (Under Over) », « Origamiwise », « Make Less Babies », « Mache », « Honestly (I Don't Feel Like Dancing) », « Back Door ».

(Organisation Ways Around Festival)

Ways Around Festival 2024 : samedi 23 mars

Écrit par

Cette année, le Ways Around Festival célèbre sa troisième édition. Ce festival propose des artistes nouveaux et alternatifs. Chaque jour, une salle de concert bruxelloise différente sert de décor. La première journée s’est déroulée ce vendredi 22 mars, au BAMP (abréviation de Brussels Art Melting Pot) de Schaerbeek, qui a accueilli 3 groupes : KRAK, Marcel et Shelf Lives.

La deuxième a élu résidence au Reset, un espace éphémère de 5 000 mètres carrés dévolu à la Culture (il s’agit de l’ancien siège de la banque Dexia ; et il doit devenir le futur siège de la police locale de la capitale européenne). Il est situé à deux pas de la Gare Centrale. Ce soir, six formations ou artistes prometteurs disposent de 45 minutes pour démonter leur talent : Pyo, Edouard Van Praet, Scout Gillett, Sløtface, Ttrruuces et IST IST. Il se produisent alternativement sur deux podiums, la Main Stage et l’Auditorium, où le son va se révéler excellent.

Pyo, c’est le projet du musicien et producteur belge Karel Piot, un power trio classique basse-batterie-guitare. Depuis 8 à 9 mois, il ne posait sa musique que sur les réseaux sociaux et les plateformes de streaming. 

Son style ? Un cocktail de post-punk rapide, d’émo-pop déroutante et de dream pop éthérée, arrosé par une dose d’anti-pop qui défie les limites du genre.

Sur les planches, le band libère une énergie brûlante

Authentique, sa musique se construit comme son propre monde où il peut embrasser ses défauts. Les sonorités de la sixcordes sont généreusement réverbérées.

Karel remercie à plusieurs reprises les spectateurs qui, attentifs, commencent à s’agglutiner au pied de l’estrade. Belle découverte !

Setlist : "Till Death", "So Tired", "Always Stay", "Inadequacies", "Happy to be Sad", "U n me", "All for you", "IDC", "Midnight Sunlight", "Midnight Sunlight (trance remix)", "Main Stage".

Demi-finaliste du ‘Humo Rock Rallye 2024’ (remporté par Eosine), Edouard Van Praet a gagné le concours ‘Tremplin Dour Festival’, en 2022. D'origine belgo-canadienne, le jeune Bruxellois est un extra-terrestre dans le paysage musical belge. Parce qu’il tente continuellement de nouvelles expériences. Il a sorti son premier Ep, « Doors », en 2021, et le second, « Cycles », en 2022.

Le look d’Edouard est à la fois intriguant, déroutant et décalé ». Jugez plutôt : lunettes glamour, pantalons pattes d’eph’, chapeau haut de forme et veston de couleur noire réveillant l’image de nouveau riche des débuts du siècle dernier.

Il entame son set par « Walk », « Faux » et « Echos », des compos fortes et débordantes d’énergie rappelant, musicalement, des personnalités telles que Sinead O’connor, PJ Harvey et même Jacques Brel. Accompagné de ses musicos (un claviériste, un bassiste, un guitariste et un drummer), Edouard se fond dans le personnage qu'il incarne et semble totalement envoûté par sa musique. Le show atteint son point d’orgue lors de la reprise du « Satisfaction » de Benny Benassi. Un joint dans une main et le micro dans l'autre, il chante, en français ou en anglais, d’une voix caverneuse plutôt impressionnante ; et on ressent qu’il a été biberonné à la musique des 70’s (Doors, Alice Cooper, Iggy pop et ses Stooges), que ce soit le glam rock ou le psychédélisme. Bref, non seulement Edouard Van Praet a démontré que sa palette ne se limitait pas à un revival glam-rock, mais lui et sa troupe ont mis l’auditoire dans leur poche.  

Setlist : « Walk », « Faux », « Échos », « Is This Over ? », « Remplasable », « Moonfall », « Ivresse », « Satisfaction » (cover Benny Benassi), « Bigstar ».

Il y a pas mal de monde dans la salle lorsque Scout Gillett et son backing group montent sur les planches. Tout de noir vêtue, elle se consacre au chant et à la guitare. Elle est soutenue par un batteur, un bassiste et un sixcordiste qui brille par sa technique. Non seulement il dispense des riffs expressifs, mais il nous réserve également des soli vertigineux.

L’auditoire est assis lorsque le quatuor de Brooklyn entame lentement le set. Mais après trois morceaux (la nouvelle compo « Room Of Shadow », « Mother Of Myself » et « Control »), les spectateurs se lèvent et manifestent leur enthousiasme. Et Scout les remercie pour cet engouement. Une belle interactivité va d’ailleurs s’établir entre la New-Yorkaise et la foule.

Solide, l’expression sonore mêle indie rock, grunge et folk rock. Un style plus direct, moins brumeux et maussade que celui abordé sur son délicieux album, « No Roof No Floor », paru en 2022. Scout possède une voix aérienne et vaporeuse. Et on a l’impression qu’elle la ménage. Elle la pousse néanmoins quelque peu, mais sans excès, pendant « Coney Island ». En fait, elle a dû annuler plusieurs dates de concerts, après avoir rencontré quelques soucis vocaux ; aussi, elle préfère ne pas placer la barre trop haut…

Setlist : « Room Of Shadow », « Mother Of Myself », « Control », « Coney Island », « Closer », « 444 Marcy Ave », « Come On Let’s Go », « Slow Dancin' », « Signal », « Tough Tough ».

Issu de Stavanger, Sløtface est né sous la forme d’un groupe il y a dix ans ; mais en 2022, la chanteuse Haley Shea a décidé de faire du band son side project solo, après le départ de la bassiste Lasse Lokøy et du guitariste Tor-Arne Vikingstad.

Sløtface est connu pour son engagement féministe ainsi que pour son soutien à la protection de l'environnement.

Vers 21h00, Haley Shea et son backing group débarquent pendant que les hauts parleurs crachent le « Blind » de Korn. Ce qui permet aux musicos de s’installer. Outre la chanteuse, le line up implique un drummer, un bassiste, un guitariste et un claviériste.

Malgré la présence de l’ingénieur du son Benoît De Visscher (Puggy, Juicy, Angèle), le son n’est pas irréprochable. En cause la structure des murs, en béton. Mais le talent des musicos va compenser ce contretemps.

Autre obstacle, il fait un froid glacial dans la salle. Haley invite la foule à se rapprocher et lui demande s’il est plus timide que le public scandinave. La voix de Shea est très puissante. A vous flanquer la chair de poule !  Et son attitude évoque celle de l’Américaine Hayley Williams, mais en plus jeune et plus rude. Pop punkysante, la musique de Sløtface navigue aux confins des univers de Jimmy Eat World et de Bad Religion. Haley prend régulièrement des bains de foule. Les gratteurs sautent un peu partout sur le podium et finissent aussi par la suivre. On manque même de prendre des manches dans la figure. L’esprit punk est bien présent au cours de ce show, même si chacun d’entre eux a le loisir de tirer son épingle du jeu. Maintenant, ils avaient peut-être envie de se réchauffer. Variée, la setlist, dont on épinglera les très nerveux « Come Hell Or Whatever », « Indoor Kid », « Beta » et « Final Gørl », puise généreusement dans l’opus « Awake/Asleep », paru en 2023.

Un concert bien percutant ! Et en même temps on a pu remarquer combien le projet d’Haley Shea a évolué…

Setlist : « Blind » (Korn cover) (Intro), « S.U.C.C.E.S.S. », « Tap The Pack », « Galaxies », « Telepathetic », « Come Hell Or Whatever », « Indoor Kid », « Beta », « Final Gørl », « Fight Back Time », « Nose », « Crying In Amsterdam », « Magazine », « HAPPY », « Nancy Drew ».

Place ensuite à TTRRUUCES, un combo franco-britannique drivé par le bassiste Jules Apollinaire et la chanteuse Nathalie Findlay.

Sur les planches, ils sont quatre. Deux filles et deux garçons. Le duo est ainsi épaulé par un guitarise et une drummeuse. A son actif, deux long playings : l’éponyme « TTRRUUCES » (2020) et « JJUUIICES » (2023), au sein desquels la setlist puisera généreusement. Son site internet est à l’image de l’imaginaire de la formation. On vous invite à y faire un tour ici

La musique proposée par TTRRUUCES puise dans les sixties et surtout les seventies (Neil Young, Creedence Clearwater Revival, Simon & Garfunkel, David Bowie, The Beatles et les groupes de folk/rock), mais également l’indie rock, le shoegaze et le de psychédélisme. Tout en n’oubliant pas d’y injecter sa propre musicalité qui communique une identité originale et singulière depuis le premier elpee. Les mélodies sont pétillantes et libèrent une puissante énergie. « The Disco », au sein duquel a été inséré un medley intégrant le « Funkytown » de Lipps Inc et le « Rasputin » de Boney M, va même enflammer le dancefloor.

Rafraîchissant, « Something Inside » met en exergue la voix enfantine de Nathalie, sorte d’hybride entre celles de Björk et Noa Moon. Une agréable surprise !

Setlist : « You Make Me Feel Good », « STFU », « The Disco », « Luxury », « Another Day », « Bad Kids », « I'm Alive », « Something Inside, « The Big Goodbye », « Snakes ».

Il est près de 23h00 et si votre serviteur ne veut pas rater son train, il a intérêt à mettre les voiles et fait donc l’impasse sur IST IST. Demain la suite, au Grand Salon du Botanique…

(Organisation Ways Around Festival)

 

Festival des Libertés 2023 : mercredi 18 octobre

Écrit par

Le monde est chaud !      

Le Théâtre Naional est situé à quelques centaines de mètres du lieu de l’attentat qui s’est déroulé à Bruxelles, l’avant-veille. On aurait pu craindre une annulation du festival ou un renforcement des mesures de sécurité. Finalement, par rapport à la soirée de dimanche (Vitalic), rien n’a vraiment changé : pas de longue file ni de fouilles à l’entrée. Pour notre plus grand bonheur, et une façon de ne pas céder à la peur. Même si certaines connaissances présentes le lundi, redoutaient de revivre un deuxième ‘Bataclan’, en apprenant, en direct, la tuerie perpétrée à deux pas de la salle.

Mais ce soir, l’ambiance est et restera bon enfant. En outre, elle sera définitivement ‘peace’ comme dans tout bon concert de reggae et world music. Et d’ailleurs, celui de Tiken Jah Fakoly est programmé, lors de cette 7ème soirée de festival, entre deux films engagés et de qualité. ‘Behind the line’ raconte le parcours d’une artiste (dessinatrice) syrienne, confrontée à l’instabilité dans son pays et le choix de le quitter ou d’y rester. Puis ‘The mind game’, un film/documentaire de Sajid Khan Nasiri, jeune Afghan de 15 ans, qui a fui le sien pour la Belgique et raconte ses périples. Des thèmes qui correspondent parfaitement aux valeurs sociopolitiques défendues par l’artiste.

Tiken Jah Fakoly est originaire de la Côte d’Ivoire, et a commencé tardivement (à l’âge 30 ans) à chanter du reggae. Mais près de 25 ans plus tard, il s’est forgé une réputation de militant. Un engagement politique qui lui a valu d’être persona non grata dans son propre pays, le forçant à s’exiler au Mali et pendant quelques années, au Sénégal. Responsable de 11 albums intéressants, à ce jour, et assurant de fréquentes tournées (NDR : dont une dernière date sold-out à l’AB, en mars 2023), il est toujours actif sur le circuit musical.

Et le concert de ce soir ne va pas faillir à sa réputation. Les 8 musiciens débarquent d’abord sur les planches : 3 cuivres, 1 bassiste aux allures de Jamaïcain, 1 guitariste, 1 batteur et 1 claviériste. Et surtout une touche d’originalité : un préposé au Xalam (NDR : ce n’est pas le nom d’un médicament, mais un luth sénégalais). Les deux choristes suivent, puis l’ensemble se lance dans une impro de quelques minutes, qui s’achève par la phrase ‘le passager Tiken Jah Fakoly est demandé’. Et le chanteur de s’exécuter en déboulant sur « Dernier appel » (NDR : issu de l’elpee éponyme, paru en 2014). Il embraie par « Le peuple a le pouvoir » et « Africa » (NDR : dans un anglais très approximatif, mais on lui pardonnera). « Tonton d’America » communique son premier message sur le réchauffement climatique, avant un second en soutien à ‘SOS Méditerranée’. Puis « Gouvernement 20 ans » (NDR : issu du dernier opus, « Braquage de pouvoir », sorti en 2022). Et surprise, le ‘capitaine’ Winston Mcanuff débarque pour chanter en duo « I can hear ». Le Jamaïcain, qui collabore régulièrement avec des artistes français, affiche un look plutôt exubérant. Ses pas de danse enragée et sa puissance vocale collent naturellement à la prestation du quinquagénaire (NDR : il est âgé de 55 balais). L’énergie est partagée aussi bien sur les planches que dans le public. « Le monde est chaud » lui permet de faire passer de nouveaux messages sur le dérèglement climatique (‘La planète nous donne des coups’). Il n’en oublie pas « Plus rien ne m’étonne », « Quitte le pouvoir » ou « Ouvrez les frontières », des tubes interprétés en fin de parcours, puis en rappel, « Françafrique » et « Braquage de pouvoir » qui ponctuent plus de deux heures d’un concert intense.

Et la fête va se poursuivre, pour les plus persévérants, dans le couloir de l’étage, où une scène gratuite propose un set de Bantu Continua Uhuru Consciousness (BCUC en abrégé, et affiché en arrière-plan), un groupe issu de l’Afrique du Sud dont la musique mêle allègrement la world, la pop et une sorte de funk. Que d’émotions en cette soirée, et positives cette fois-ci. Cela fait du bien après celles de tristesse, éprouvées deux jours auparavant, à l’issue de l’attentat. Merci Tiken, merci le festival des Libertés !

(Organisation : Festival des Libertés)

 

 

Festival des Libertés 2023 : dimanche 15 octobre

Écrit par

C’est toujours au Théâtre National de Bruxelles (sur le Boulevard Jacqmain, à 2 pas de la gare du Nord et la rue Neuve) que se déroule le traditionnel festival des Libertés. Un événement qui pointe ses projecteurs sur des valeurs essentielles de la démocratie : libertés physiques, idéologiques, intellectuelles, religieuses et morales. Son programme propose des séances de cinéma et des documentaires, suivi de débats, des expositions, des performances... et en seconde partie de soirée, des concerts. Compte-rendu des spectacles de Mezerg et Vitalic qui se sont déroulés ce dimanche 15 octobre.

Marc Merzergue (alias Mezerg) ouvre les hostilités. Il a suivi une formation classique au conservatoire de Bordeaux, est remonté vers Paris avant de se proposer des compos techno inspirées de différentes sonorités électro. Une recette qui a fait son succès dans de nombreux festivals européens majeurs (NDR : il a débuté au Sziget, à Budapest). Véritable homme-orchestre, il nous offre ce soir un one-man show très particulier. Une sorte de Rémy Bricka de l’électro. Outre ses synthés, sa prestation se distingue par son utilisation d’un thérémine qu’il met bien en exergue. Le thérémine est cet instrument électro ancestral, dont l’artiste use et abuse pour faire varier la hauteur de la note. Le tout en ne touchant pas cet appareil, mais en faisant varier la distance entre sa main et l'antenne verticale sur son extrémité. Ajoutez-y des caissons de basse que Mezerg fait kicker à l’aide de ses pieds, et vous aurez le tableau du show de cet artiste hors pair, devant nous ce soir. Toutes ses sonorités viennent heureusement casser le rythme répétitif et assez ‘tchack tchack boum’ des morceaux. Par moments, on se croirait à une rave party. D’autant qu’il fait sombre dans la salle et l’éclairage sur l’estrade est assez atomisant. En outre, Mezerg, dont le visage est souvent caché derrière sa longue chevelure, est disposé latéralement au centre du podium, tournant presque le dos à une grande partie du public. On comprend alors beaucoup mieux pourquoi de nombreux spectateurs rejoignent le bar pendant le set (NDR : il n’y en a qu’un seul à l’étage ; et vite saturé, il provoque de longues files, rappelant les pires moments de celui du Botanique). Il faut attendre la fin du set pour voir l’artiste se lever, faire face et saluer le public. C’est à cet instant, qu’on découvre son visage de mousquetaire. Et sa chemise à fleurs. Un style vestimentaire aussi éclectique que sa musique, finalement.

Vitalic nous avait déjà gratifiés d’un tout grand concert, à l’Ancienne Belgique, en mars 2022. Un moment d’autant plus particulier, que non seulement la date avait été postposée plusieurs fois, mais qu’il s’agissait du premier concert après Covid où la foule pouvait s’en donner à cœur joie, sans masque. Et ce soir, l’ambiance est déjà bien fiévreuse, dès les premières notes. Le light show est à nouveau impressionnant. Il faut dire que l’artiste se sert d’architectures et des technologies de pointe (faisceaux lumineux très précis), créant ainsi une scénographie toujours aussi bluffante, constituée de tableaux de lumières. Il semble même avoir inspiré certains ingénieurs des plateaux de TV. Ses compos aussi figurent dans de nombreuses BO de films, spots publicitaires, génériques TV ou de jeux vidéo. Bref, ce pro a acquis une belle notoriété. Et ce soir, on sait qu’il va encore nous balancer du lourd, comme il y parvient régulièrement, dans les grands festivals (NDR : ses passages à Dour entre 2005 et 2017 ont toujours fait recette).

A côté des titres de son dernier double elpee, « Dissidænce » (paru en 2021 et 2022), le Français nous gratifie de tubes plus anciens comme « Poison lips » ou « Second lives » qui ont le don de faire siffler et danser la foule. Même aux balcons des étages, les premiers rangs sont debout, les bras en l’air ! Les morceaux sont à chaque fois revisités, parfois expérimentaux, sans jamais tomber dans le snobinard. La musique de Vitalic a une âme, des mélodies tantôt dépouillées, tantôt densifiées par les beats et les basses, sans jamais chercher à être dans l’air du temps. Une ambiance et un show dont on ne se lasse pas, même après 20 ans d’existence.

Mezerg + Vitalic = Sunday Night Fever         

(Organisation : Festival des libertés)

 

W-Festival 2023 : dimanche 27 août 2023

Écrit par

Après une première édition en 2016 à Wortegem, deux à Amougies en 2017 et 2018, puis une autre à Waregem en 2019, c’est dorénavant (depuis 2021) sur la Klein Strand d’Ostende que le W-festival se déroule.

Et si les premières éditions lorgnaient surtout vers la new-wave des 80’s, c’est dorénavant dans les décennies 80 et 90, mais au sens large des décades, que les programmateurs piochent leur line up. Que ce soient pour des artistes plus ‘pop’ (voir carrément kitsch) sur la scène principale. Ou plus underground sous le plus petit chapiteau justement baptisé Batcave (on y retrouve pêle-mêle de la dark-wave, de l’EBM, de la synth-pop, et bien d ‘autres styles dont celui qui est parfois catalogué de gothique). Le W-festival est parvenu à faire face à une marée d’annulations et évité le risque de faillite de l’entreprise Wave to synth (NDLR : elle-même confrontée à l’annulation du Sinner’s day 2022 et à la banqueroute d’un revendeur de tickets anglais). Mais le temps est dorénavant au beau fixe pour ce week-end, et la journée de samedi va même afficher sold out.

Notre journée de ce dimanche commence par The Cardigans. Cinq amis suédois qui ont dû attendre leur troisième elpee, publié sur une major, « First Band On the Moon », en 1996, pour connaître le grand succès. Un opus qui recèle le single « Lovefool », popularisé par la bande originale du film de Baz Luhrmann, ‘Romeo + Juliet’. En tenue de capitaine, costume jaune et sweat blanc et noir rayé, Nina Persson tient la barre au chant, même si on pourrait lui reprocher une attitude rigide voire figée tout au long du concert. En début de parcours, la formation nous réserve son hit, « Erase/Rewind », afin de se rappeler au bon souvenir de ceux qui auraient oublié le nom du band. Un single issu de son long playing « Gran Turismo », à ce jour le plus peuplé en hits. La suite s’avère plutôt soporifique. En cette après-midi ensoleillée, de nombreux spectateurs quittent d’ailleurs le chapiteau pour profiter de l’air marin. Il faut attendre la fin du set pour voir le combo (et le public) commencer à s’emballer ; et notamment pendant « Lovefool » et « My Favourite Game ».

Autre podium et autre public pour Corpus Delicti. Un groupe français principalement actif entre 1992 et 1997, proposant une dark-wave sise quelque part entre London After Midnight et Nosferatu. L’expression sonore se distingue par de solides riffs de guitare rock, une basse appuyée et une batterie soutenue. Le tout emmené par le maître de cérémonie, le chanteur Sébastien. D’ailleurs on dirait qu’il a enfilé une soutane. Sa voix est impressionnante. Il est posté à l’avant-plan ou en incursion devant l’assemblée. Le show prend des allures de messe du dimanche célébrée par un grand prêtre. Les pogos se déclenchent au sein des premiers rangs ; et le public habitué de festivals plus pointus savoure l’un des rares moments bien percutants et dans un style bien alternatif, à contrario de ce pop/rock inoffensif proposé sur la main stage.

A l’instar de la prestation de Natalie Imbruglia qui suit sur ce podium, mais dont le charme, la silhouette et la voix sont restés intacts, 25 ans après sa période de gloire. Dans sa robe de mannequin, elle fait virevolter sa longue chevelure au rythme de ses pas de danse. Pas de contestation, son show est agréable à regarder. Il n’est donc guère étonnant que ça se bouscule en backstage pour prendre des selfies, que la belle accorde, le sourire aux lèvres. Si sa célébrité est demeurée intacte en Australie, chez nous elle est plutôt reléguée au rang de ‘one hit wonder’, et tout particulièrement pour « Torn », un tube qui sort l’auditoire de sa léthargie dans laquelle il était tombé au fil du temps, et dont il va enfin sortir en fin de parcours.  Narcoleptiques, s’abstenir à l’avenir, en tout cas !

Et ce n’est pas mieux, cette fois-ci, du côté de la batcave pour Blancmange. Pourtant le souvenir de son passage à Amougies, en 2018, était plutôt bon. Mais réduit à un duo, la musique est devenue particulièrement minimaliste et ne parvient plus à transcender la voix de Neil Arthur. Même « Living on the ceiling » n’incite plus à danser comme des pharaons, ni pousser la chansonnette.

Heureusement, comme à l’Amphi festival un mois plutôt (NDR : où le public était bien plus exigeant), un mythe va véritablement faire honneur à son rang de tête d’affiche : OMD. Hormis une décennie d’inactivité (NDR : de 1996 à 2006), le groupe issu de la banlieue de Liverpool est parvenu à traverser le temps, sans trop d’encombre... Pour preuve, le titre d’intro « Atomic Ranch », paru en 2013, auquel il enchaîne immédiatement le tube « Electricity », datant… de 1979 ! Il a beau accuser 64 balais, le chanteur Andy McCluskey se déhanche d’un côté à l’autre de l’estrade et déploie sa voix de baryton. Elégant, dégageant une sympathie naturelle, il manie parfaitement l’humour bien britannique. L’autre membre fondateur, Paul Humphreys, quitte la hauteur de ses claviers pour s’associer aux vocaux sur « Forever live and die », et se fait chambrer par son acolyte qui lui demande de parler flamand. Le duo n’hésite pas à rappeler son attachement à la Belgique, et notamment pour introduire « Locomotion ». ‘Un titre qui opère un retour à la maison’, introduit McCluskey. Et d’ajouter : ‘Le clip vidéo a été tourné près d’ici dans votre port…’ ‘Et il faisait bien froid, c’était en février’, surenchérit Humprheys. Le second claviériste Martin Cooper (NDR : actif au sein du band depuis 1980) ajoute ci et là des notes de saxophone. « Sailing on the Seven sea » et l’incontournable « Enola gay », joué en version maxi 45trs, viennent clôturer un show de toute beauté et sans temps mort. Andy prend soin de dire au revoir dans toutes les langues, sous les applaudissements nourris d’un public qui n’aura cessé de frapper des mains jusqu’au dernier son. On regrettera juste qu’OMD ne nous ait pas accordé la primeur ‘live’ de son single, dévoilé quelques jours auparavant, « Bauhaus staircase » (NDR : c’est le morceau éponyme du nouvel elpee qui sortira ce 27 octobre 2023 ; et il fait suite à « The Punishment of Luxury », paru en 2017).

Et on garde décidemment les meilleurs pour la fin, en compagnie de Project Pitchfork sous la Batcave tent. S’il tourne fréquemment dans son pays natal, l’Allemagne, il faut remonter au W-festival de 2018 pour retrouver trace de son passage chez nous. Son concert prévu entretemps au Casino de Sint-Niklaas avait été reporté pendant la pandémie, puis finalement annulé. La formation est plutôt prolifique. Elle a publié pas moins de 18 playings studio en une trentaine d’années d’existence. Même si une trilogie était annoncée en 2018, elle n’accouchera que d’un duo d’elpees : « Akkretion » et « Fragment ». Pas d’actualité discographique donc, mais un changement majeur de line-up quand même, depuis le départ du claviériste et backing vocal, Dirk Scheuber, parti fonder son projet Blackhead. Son absence est toutefois compensée par un deuxième drummer qui va inoculer davantage de fougue à un set emmené par Peter Spilles, en toute grande forme. Même sa voix, habituellement trop rocailleuse, ne faillit pas ce soir. Les titres phares vont s’enchaîner « Beholder », « Rain », « Timekiller ». Autant d’occasion de s’autoriser un pas de danse sous les beats électro dignes des plus grands groupes EBM ou darkwave du genre. « Souls » et « Existence V4.1 », en final, sont autant d’occasion pour Peter Spilles de faire étalage de sa puissance vocale. Le petit millier de fans encore présents (il est 23H30 et beaucoup de matelots ont déjà quitté le navire ostendais) auront apprécié ce final empreint d’énergie.

Mais le festival n’est pas tout à fait terminé, puisqu’il reste l’After party. Un autre bon DJ set (il y en a eu tout au long de ce festival, entre les concerts, sous la batcave) revisite les 80’s devant la scène principale. Cependant, le public est clairsemé à cette heure, car il n’est plus tout jeune, il faut bien l’avouer (NDR : il se situe plutôt dans la tranche d’âge 50-60, que dans les 15-25 ans que l’on rencontre habituellement lors d’autres festivals). La plupart de ces derniers ont déjà quitté les lieux avant minuit (afin de choper les derniers trams ou trains pour quitter la côte), après il est vrai, un week-end déjà bien chargé et réussi dans l’ensemble.

(Organisation : W-Festival)

Août en Eclats 2023 : samedi 26 août

Écrit par

C’est devenu une tradition. A Soignies, le dernier samedi est consacré à la joie et à la bonne humeur !

Depuis 2005, en effet, le Centre culturel concocte un vaste programme destiné à plaire au plus grand nombre. On y trouve une vingtaine de spectacles, un village des enfants, un marché du monde et des saveurs, des animations de rue ou encore une affiche musicale haute en couleur. Toutes ces activités sont regroupées dans le centre historique de la cité millénaire fondée au VIIème siècle par Vincent Madelgaire (Saint Vincent). Ce qui confère à Août en Eclat, un côté bucolique que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Alors que certains festivals deviennent hors de prix pour le mélomane, ici c’est gratuit ! Mais pour combien de temps encore ?

Côté pile, il s’agit d’une festivité accessible, multidisciplinaire et bon enfant.  Côté face, la météo capricieuse de ces dernières semaines a probablement impacté l’enthousiasme de la foule, le site ayant été impacté.

Les plus courageux déambulent, s’arrêtent songeurs devant les nombreuses échoppes avant de plonger subrepticement sur les rares sièges disponibles aux terrasses des cafés lorsque le soleil décide, durant quelques minutes, de briller de tout son… éclat.

Nombreux sont les enfants qui profitent de leur avant-dernier jour de congé d’été, comme pour prolonger indéfiniment cette sensation de liberté qui les envahit depuis pratiquement deux mois…

Lorsque votre serviteur débarque sur les lieux, Sharko entame son tour de chant. Le frontman a l’honneur de se produire sur la grande scène.

Après avoir surpris tout son monde en opérant quelques détours contrastés au cœur de son approche musicale, depuis l'acoustique « Hometour » en passant par l'electro-pop « Glucose », l’Arlonais revient aux fondamentaux proches du rock.

Bartholomé, à l’état civil, est soutenu par Guillaume Vierset à la guitare et Olivier Cox à la batterie. Comme il aime à le souligner, ils sont tous deux originaires de Soignies et donc venus en amis et voisins. Info ou intox ? Peu importe, le public y croit dur comme fer !

Sur la scène noir-jaune-rouge, ces musiciens sont loin d’être des inconnus puisqu’ils se sont imposés dans l’univers musical, tantôt comme leaders ou encore comme sidemen dans diverses formations. Enfin, Bartholomé se charge de la basse comme d’hab’, son instrument de prédilection.

Il est parvenu à créer un style ‘pop surréaliste’ ou ‘avant-pop’ pour son aspect bricolé. Nombreux sont ceux qui se sont pressés devant l’estrade pour (re)découvrir le bien nommé.

Le set débute par « Wake up », un morceau épatant, direct et sans concession. La musique est simple voire élémentaire. Une compo à l’image de son auteur, en quelque sorte.

Le trublion belge est parvenu à mettre le public dans sa poche qui ne rate d’ailleurs pas une seule seconde les élucubrations du showman. Une mise en bouche suivie de l’excellent… « Excellent », un morceau caractérisé par la voix rocailleuse de son auteur.

Deux titres radiophoniques qui permettent aux plus anciens de se remémorer les heures de gloire du personnage aux facettes équivoques jusqu’à ce que « Never Alone », un single optimiste qui figure sur son dernier elpee, « We love you David », soit interprété.

Le quinqua en a dans le falzar. Débordant d’énergie, il est quand même moins imprévisible qu’à ses débuts.

Ce qui n’empêche pas sa musique de vous entraîner parfois dans des contrées aux allures magiques, comme lors de cet étrange « Padam », aux accents syncopés et aux envolées de guitare féériques.

Le gars est viscéralement déjanté, à l’instar de « Family », ‘l’histoire d’une famille qui prend l’E411 et puis c’est tout…’, sous les cris hilares d’un public qui a bien dû mal à le cerner.

« I went done » constitue un des moments clé de ce concert. Sans oublier cette chorégraphie surréaliste, lorsque, plongé au milieu du public, son corps s’exprime par saccades. Le visage expressif et les convulsions provoquent chez certains une crainte bien légitime.

Le concert tire doucement sa révérence. « Sweet Protection », autre compo connue, éveille chez la plupart un sursaut de bonheur. Une chanson dont la thématique traite de l’existence et de l’amour, à travers le prisme de la sécurité que lui procurait sa mère. Et par extrapolation la mère patrie. Un manifeste de la bienveillance qui colle bien avec le côté militant de l’artiste.

Un « Président » du tonnerre de Dieu et un « We Sould Be Dancing » solaire, cèdent le relais à un « We Love You David », résultante d’une vision narcissique.

Cet après-midi, Sharko s’est une nouvelle fois transformé en homme de théâtre offrant ci et là des moments inoubliables, sans oublier ce son et cette identité vocale qui le caractérisent si bien.

Direction tribord, sur la petite scène. RIVE s’y prépare.

Deux albums encensés par la critique, des clips léchés, une esthétique soignée, un duo sexué et une électro pop envoûtante. Ce sont quelques superlatifs résumant parfaitement la culture de ce binôme convaincu et convaincant.

Derrière cet idiome, se cachent Juliette Bossé en féministe assumée et Kévin Brieuc, le rêveur mélomane.

Le duo nous vient de Bruxelles. Il s’était déjà produit, il y a quelques années, sur la plaine de Soignies. Une opportunité pour l’interviewer, Musiczine constituant un des premiers médias à s’intéresser au projet ; et l’entretien avait séduit les deux artistes.

RIVE est venu défendre les couleurs l’elpee « Collisson », un prétexte pour se plonger dans l’histoire d’une rencontre amoureuse passée, le besoin de liberté et l’évolution de chacun des personnages, sous un angle lumineux et plein d’espoir.

Habitué à se produire à deux, le tandem est aujourd’hui soutenu par un préposé à la basse et aux claviers. Ce qui permet à la musique d’emprunter un format plus organique tout en servant de support aux textes de la jeune femme.

« Dictaphone » est proposé en intro. Une chanson composée alors que Juliette, en Bretagne, avait pris la décision de quitter une relation qu’elle estimait toxique et dans laquelle elle s’était enfermée imprudemment jusqu’à un point de non-retour.

Vêtue de noir et d’un short, Juliette s’avance, sourire aux lèvres, tandis que son comparse s’installe devant les fûts, casquette vissée sur la tête. Le troisième larron, lui, se plante devant les ivoires.

C’est alors que « Rêver grand » se révèle et révèle les désirs d’une femme, partagée entre l’envie de poursuivre cette relation amoureuse, et dans le même temps, de retrouver cette liberté en tant que personne, mais aussi et surtout dans le souci de s’épanouir. Sans doute, faut-il y voir un enjeu féministe de taille, l’objectif de la demoiselle étant de retrouver sa place dans la société et de faire écho auprès de toutes celles qui vivent une situation similaire. Un appel à la vie tout simplement…

Kévin a posé un bout d’étoffe sur la caisse claire, de manière à obtenir un son suffisamment feutré pour laisser la porte ouverte à cette voix sublime, touchante et sensuelle. Parfois son jeu devient tribal, à l’instar de « Justice » ; ce qui lui permet de frapper ses peaux avec davantage d’amplitude et apporter un peu plus de visuel.

Entre rêve et réalité, RIVE a pris le parti de revisiter, le temps d’une tournée, certains titres de son premier bébé sous une nouvelle orchestration, comme pour ce « Vogue », un morceau abordé à l’aide d’une guitare prêtée pour l’occasion, celle de Miss Bossé l’ayant lâchée. Ou encore « Soleil », un titre étonnement paradoxal, ce samedi noir.

Grâce à une production musicale osée, grandiloquente, mais orchestralement portée par une émulsion artistique spectaculaire, la musique de RIVE s’inscrit dans l’air du temps en abordant des thématiques universelles et intemporelles.

Alors que beaucoup d’artistes choisissent l’anglais pour mieux s’exporter, la formation persiste et signe dans la langue de Voltaire, permettant non seulement une expression soignée, mais aussi beaucoup de rondeur à la poétique dialectale.

Même lorsqu’il est question de compositions plus frontales, comme « Tension » ou « Obsession », Juliette dévoile une fébrilité et fragilité extrêmes, les échecs amoureux la transportant sans doute autant que les réussites.

Une thématique qui n’en est pas à son coup d’essai puisque le combo s’était déjà essayé sur ce terrain lors du précédent opus. Comme ce « Fauve », traitant du désir et de l’alchimie des corps qui s’étiole, même si l’amour perdure. L’intime semble politique et doit être dévoilé…

Bref, RIVE gagne encore en crédibilité et s’impose de plus en plus comme une valeur sûre de la scène francophone. Une bien jolie prestation.

Talisco et son équipe se pressent sur la main stage. Vu ses origines espagnoles, il n’est pas étonnant qu’il ait choisi un pseudo aux consonnances latines.

Les nuages commencent à devenir menaçants. Le public semble relativement pessimiste pour la seconde partie de cette journée. Certains se sont équipés de parapluies ou de K-ways. Quant aux autres…

Le jeune Jérôme Amandi, de son vrai nom, découvre la musique et la guitare à l'âge des premières révoltes. Le conservatoire le saoule, il compose ses chansons dans sa chambre et monte un groupe de rock, sur les traces de Slash, Rod Stewart et Stevie Wonder. Mais la vie l'embarque vers d'autres horizons. Il met sa carrière musicale entre parenthèses, et bosse dans l’univers du marketing. Mais en 2010, il décide d’en revenir à la musique et se lance dans l’aventure. Une voie qu’il ne quittera plus…

Il est soutenu par un bassiste ainsi qu’un drummer et se consacre à la guitare et aux synthés, son expression baignant au sein d’une ‘frenchie pop électro’…

Il éprouve beaucoup de plaisir à exprimer son art au sein du plat pays. Il estime que le public belge est le meilleur, le déclare et le répète, communiquant à l’auditoire présent, un légitime sentiment de fierté.

Un quatrième opus est en préparation. Il serait chargé de surprises ! Et à l’écoute des nouvelles compos, non seulement les aficionados ne seront pas déçus, mais elles permettront de de découvrir une autre facette de cet artiste (d)étonnant.

Considérer Talisco comme une machine à tubes serait réducteur. Il est plus que ça. Sa musique, en multipliant les décors, est une invitation aux fantasmes. Une perspective volontairement lumineuse et subtile. Sans oublier son caractère complexe, l’artiste tirant parti des superpositions tant des sons que de la voix.

Instinctive, la musique de Talisco est franche, directe et immédiate, à l’instar de ce « Thousand Suns » et sa rythmique syncopée ou encore ce « The Martian Man » qui invite à l’évasion interstellaire.

Difficile de la définir, ses chansons baignant tour à tour le rock, la pop ou encore l’électro. Une chose est sûre, il s’impose en artisan bricoleur, humble face au résultat de sa création.

Naturellement, les sonorités de Talisco sont influencées par Ennio Morricone. A cause des sonorités de la guitare. Mais aussi par la musique eighties dont il reste un fan absolu.

Si certains artistes enregistrent en fonction du ‘live’, on prend un plaisir identique à l’écouter aussi bien dans le salon, confortablement assis, cocktail en main, qu’en concert, entouré de centaines de personnes qui partagent une même vision des événements.

Il faut cependant attendre des titres incontournables comme « The Keys », 2ème single extrait de l'album « Run », pour que le public s’enflamme. Une compo restée dans la mémoire collective puisqu’elle a été choisie pour illustrer, en son temps, la nouvelle campagne 4G de Bouygues Telecom.

Selon l’adage toutes les bonnes choses ont une fin. Alors que l’ambiance est à son paroxysme, une véritable trombe d’eau s’abat sur la foule, obligeant la quasi-majorité des festivaliers à s’abriter, soit au sein de bistrots avoisinants, soit sous des abris de fortune, comme l’espace dédié aux ingé-sons, écourtant ainsi au passage l’exaltation naissante. Seule une poignée de courageux (téméraires) braveront la drache, forçant ainsi l’admiration du frontman, qui en est resté bouche bée.

Le déluge passé, le populaire « Sun », générique d’une série sur France2 ‘Un si grand soleil’ achève un concert empreint d’onirisme.

Après avoir réalisé les interviews de RIVE et de Talisco, votre serviteur entend au loin un son électro plutôt intéressant. Le temps d’arriver devant le podium, le set de Kowari vient de commencer…

C’est le projet au patronyme étrange drivé par le violoniste Damien Chierici (Dan San, Yew) et le pianiste Louan Kempenaers (Piano Club, Aucklane où il se consacre à la basse), tous deux issus de la scène pop/rock belge.

Si Kowari est un petit mammifère à la queue en plumeau, comme dans ‘Le Roi Lion’, le nom de scène évoque plutôt le totem scout d’une amie commune.

Bien qu’à la base, le projet était destiné à la musique de film, très vite on lui suggère le ‘live’, l’univers du duo s’y prêtant admirablement bien.

Tout en s’appuyant sur sa formation classique dans la structure des chansons, Kowari propose une expression sonore qui navigue entre néo-classique et ambiant, Chierici se chargeant d’y apporter de la douceur alors que Louan la sublime de ses sonorités électroniques.

Une musique dont l’approche, la culture et l’instrumentation n’est pas sans rappeler celle du duo berlinois Two Lanes.

Kowari s’inscrit dans cette nouvelle génération d’artistes repoussant les frontières entre l’organique et l’électronique avec un souci de la précision et du show poussés à son extrême.

Secondé par un light show absolument délicieux, les deux comparses livrent un set empreint d’instinct et d’expérimentation, grâce aux synthés et autres loops. Sans oublier les cut-offs sur les instruments. Bref, une panoplie technologique qui leur permet de s’exprimer cinématographiquement.

Sensorielle, profonde et altruiste, la musique de Kowari, entre passages calmes et envolées diaboliques, explore de grands espaces recouverts de sable chaud propices à la sensualité. Des chansons qui se vivent plus qu’elles ne s’écoutent.

Un groupe qui peut surprendre dans un festival où le line-up se veut plutôt populaire et accessible, mais ses élans sauvages et ses air(e)(e)s de liberté s’intègrent plutôt bien dans un tel environnement…

Il fait nuit depuis un moment maintenant. Les températures ont considérablement baissé, plongeant le site dans une atmosphère automnale. La pluie tombe par intermittence. Pourtant la place de Soignies est pleine à craquer. Pas étonnant, Louis Bertignac constitue la tête d’affiche.

Pour tous les fans de rock français, Louis Bertignac restera à jamais intimement lié à l'histoire du groupe Téléphone. Entouré de son compère et complice Jean-Louis Aubert, ainsi que de Richard Kolinka et Corine Marienneau, le quatuor va régner sur le rock français de 1977 à 1986. Au sein de la formation, Lulu s'impose comme un guitariste de grand talent, dont il est aussi chanteur et compositeur.

Après la dissolution du groupe, l'artiste fonde Bertignac et les Visiteurs. Une aventure qui va durer cinq ans, sans jamais s'approcher de l'immense succès de Téléphone. Pas de quoi décourager l’homme qui va alors se lancer en solo dans les 90’s.

Le presque septuagénaire vient de sortir son dernier album « Dans le film de ma vie » et s’est lancé dans une tournée de près de 50 dates, parmi lesquelles figure Août en Eclats.

Accompagné d’un bassiste, d’un batteur et d’un claviériste, l’idole des jeunes commence son tour de chauffe par un « Ca c’est vraiment toi », suivi du mash up d’un célèbre titre des Rolling Stones « (I can‘t get no) satisfaction ». Deux titres forts qui lui permettent d’explorer pleinement les sonorités de sa célèbre guitare Gibson SG Junior pour le plus grand plaisir de la foule.

Résolument rock, Bertignac aligne alors, dans la foulée, quelques plages de son dernier opus, dont « Jamais », un titre fédérateur aux relents fondamentaux.

On le sent à fleur de peau, notamment lorsqu’il évoque sa femme Laetitia Briche, de trente-quatre ans sa cadette, à travers « Peut-être un jour ». Une chanson écrite durant la période de confinement et sur laquelle elle pose d’ailleurs la voix dans la version studio ; mais surtout, une étape difficile vécue par le couple en proie à des querelles au sujet de leur fils, Jack, les obligeant à faire chambre à part pendant deux à trois mois, se souvient-il, amusé.

Une composition légère, fraîche, qui a permis à son auteur de renouer le dialogue avec sa promise par échange de sms aime-t-il à détailler sous les cris hilares des spectateurs, ayant aussi connu, eux aussi, probablement pareille mésaventure.

Bertignac s’épanche ensuite sur une autre histoire d’amour, celle de sa célèbre Gibson SG Jr achetée à Londres en 1974. La même Gibson que John Lee Hooker détaille-t-il, laissant surgir ce qu’il y a de plus profond chez chacun des musiciens.

Bref des compos dans lesquelles l’artiste se confie tout à tour sur le temps qui passe, sur l’amour, les séparations ou encore la drogue.

Véritable touche-à-tout, Bertignac est un curieux qui se laisse bercer par la vie. Un artiste qui ne cesse de s’inventer et se réinventer.

Mais aussi, un homme attaché au passé et aux valeurs sûres de la chanson française. A commencer par ce « Cendrillon » qui ravit la fan base ou « Un autre monde », autre titre phare de Téléphone, issu du cinquième et dernier elpee du quatuor, gravé en 1984.

Il est déjà presque temps de tirer le rideau et de laisser cette petite ville vaquer à ses occupations.

Bertignac s’exécute en personnage iconique et véritable institution, en s’appuyant sur un « Purule Rain » du regretté Prince, une version impressionnante, jouée tout en retenue et sublimée par le jeu down tempo du drummer.

Encore une fois, le Centre culturel et plus largement la Ville de Soignes sont parvenus à démontrer leur savoir-faire en proposant des concerts de qualité et totalement gratuits. Des faits tellement rares qu’ils méritent d’être soulignés, dans un monde gangréné par cette course effrénée aux profits.

Mais combien de temps résisteront-ils encore ?

(Organisation : Août en Eclats)

 

 

 

W-Festival 2023 : samedi 26 août

Écrit par

Tout avait pourtant bien mal commencé ! Après un peu plus de 90 minutes de route, votre chroniqueur est à la recherche d'un emplacement pour son véhicule ! Trouvé ! Et Waze renseigne une distance de 1,7 kms à parcourir pour atteindre la ‘Klein Strand’, où se déroule le festival. Après une marche de 200 mètres, dans la direction indiquée, le GPS rectifie : le trajet sera de 6,5 kms ! Il faut donc reprendre la voiture, mais tous les parkings sont complets ! Il y a bien quelques places libres le long des rues principales, mais il n’est pas autorisé de rester garé plus de 2 heures ! Pas envie de se farcir une prune ou pire, de retrouver le véhicule en fourrière... Après avoir tourné inlassablement, on finit par s’éloigner. Un stationnement sans risque est enfin déniché, mais il se situe à 4,5 kms du site. Et cette marche forcée, il faudra se la retaper en sens inverse, à l’issue des concerts... après être resté debout pendant 7 heures…

En arrivant sur place, il faut déjà dire ‘adieu’ à nos sandwiches ! Interdiction d'amener de la bouffe et des boissons à l'intérieur de l'enceinte ! Ok ! That's my very big mistake ! Il aurait été préférable de bien lire les conditions d’accès au site ! Enfin ! On ne va quand même pas balancer des sandwiches au filet américain à la tête des artistes !

Nik Kershaw ! Quelle idée de programmer un tel artiste à 14h20 ! Pas grave, on s'avance, mon Kéké (Kelian Mongin) et votre serviteur ; et puis, tout à coup, c'est le déluge ! Des trompes d'eau s'abattent sur les festivaliers. On se précipite sous le chapiteau et... stop ! Défense d’entrer ! Il y a trop de monde à l'intérieur !!! Pendant que le préposé à la sécurité nous explique cette décision, une dizaine de personnes pénètrent à notre gauche et à notre droite ! Frustrant ! ‘The Riddle’, ‘Wouldn't it be good’, ‘I won't let the sun go down on me’ (the sun ? The rain, yess) plus tard, trempés jusqu'aux os, on capitule et on se dirige vers une friterie ! Ben oui, on n'a plus de sandwiches... 7 € le (petit) paquet de frites ! 5,50 pour la barquette + 1,50 pour la sauce ! Et elles n'étaient même pas bonnes ! On comprend mieux l'histoire des sandwiches qui finissent à la poubelle.

Bon, maintenant, on a soif ! 45 minutes de queue pour pouvoir déguster 1 Wittekerke Rosée ! Une blanche avec de la grenadine quoi ! Enfin, ça désaltère et c'est déjà ça ! Il est l'heure de la première conclusion partielle : le W-Festival n'apprend pas de ses erreurs et les reproduit d'une année à l'autre...

Mais il est l'heure aussi du Earth Wind and Fire Project ! Et là, première claque ! Ils sont bons les bougres ! Et le son l'est tout autant ! Et ils ont l'excellente idée de terminer leur prestation par les titres les plus connus : "September", sur lequel l'ombre de Omar Sy et François Cluzet plane, mais aussi "Boogie Wonderland" et "Let's groove" qui viennent ponctuer une prestation de grande qualité. Le public est déjà conquis, et la bonne humeur revient. Tout comme le soleil.

On profite du va-et-vient de la foule pour se faufiler vers les premiers rangs ; et, déjà, Wet Wet Wet grimpe sur le podium ! D'abord annoncé comme ‘dismissed’ pour raison de COVID d'un des membres, la formation est bien présente ! Ce qui, au vu de l'état des fringues de votre chroniquer et de son patronyme, n'est que logique ! Si elle avait opté pour ‘Dry Dry Dry’, il aurait été plus difficile d'assurer une belle prestation... Parce qu’elle a été tout bonnement excellente ! Si les deux Graeme (Clarke et Duffin) sont toujours bien au poste, et en très grande forme, Marti Pellow a été remplacé par Kevin Simm. Le nouveau chanteur du groupe écossais va-t-il tenir la comparaison ? Près de 15 ans plus jeune que les membres fondateurs, il va faire mieux que ça ! Le mec a une voix de malade et un charisme de dingue. Il improvise même une partie de football, agrémentée de quelques jongles de qualité avec le public qui lui renvoie sans cesse un ballon de plage, et lance un petit débat sur la qualité des bières belges.

"Sweet surrender", "Love is all around" mais surtout "With a little help from my friend" et "Wishing I was lucky" font un véritable tabac au sein d'un auditoire de plus en plus déchaîné !

Il faut attendre 45 minutes avant l'arrivée de Nena ! Aaah l'attente est longue, mais le plaisir n'en sera que plus intense...

Les lombaires de votre chroniqueur commencent à le rappeler à l'ordre et lui imposent un ‘sitting’ dans le sable. Le retour en position debout entraîne une chute en avant sur les pieds d'une voisine francophone... Heureusement, son copain de 2 mètres n’en tiendra pas rigueur... Et voilà enfin la Reine de la soirée ! Gabrielle Suzanne Kerner, alias Nena !

Elle entame son gig par "Genau Jetzt". Et d'entrée, elle fait chanter le public qui n'attend que ça ! Elle a une pêche d'enfer du haut de ses ??? 63 printemps et est toujours aussi belle. Elle est soutenue par une équipe extraordinaire. Ses 2 guitaristes, John Andrews et Gabriel Holz (NDR : merci Philippe), sont tout bonnement époustouflants et accompagnent Nena dans ses sprints et multiples sauts sur scène. Même s’il semble que ce soit Philippe Palm à la batterie, une recherche approfondie sur le Web ne permet pas de retrouver les noms de tous les membres du combo. Mais de la qualité, il y en a à revendre !

Les morceaux s'enchaînent lors d’une prestation plus ‘rock’ que jamais : "Nur getraümt", "Kreis", "Lied Nummer 1", "Willst du mit mir gehn ?" et le public, en chœur, de répondre ‘Jaaaaa’ !

Un petit moment de répit est accordé à travers un de ses tout derniers titres : "Karawane". Et puis, le set repart de plus belle, Nena se chargeant de la guitare rythmique ! "Noch einmal", "Zaubertrick", "Leuchtturm", "Blitzkrieg Bop" qui se s’achève en version ‘ramonesque’ et on en arrive déjà à la fin du show. Alors que le claviériste entame les premiers accords du légendaire "99 Luftballons", Nena reçoit un ballon blanc, géant, qu'elle dédicace, avant de le balancer dans la fosse en délire !

Hast du etwaß Zeit für mich
Dann sänge ich ein Lied für dich
Von 99 Luftballons
Ihren Weg zum Horizont
Denkst du vielleicht gerade an mich
Dann sänge ich ein Lied für dich
Von 99 Luftballons...

Elle termine ce morceau par le final de "Hey Jude" des Beatles repris par 3 500 fans exaltés, avant de tirer sa révérence en affichant un sourire qui ne l'a pas quittée une seule seconde.

Ben quoi ? C'est tout ? Et "Irgendwie, Irgendwo, Irgendwann" alors ?

Surprise ! Nena kommt zurück et nous offre cet autre morceau culte. Pas de Kim Wilde pour l'accompagner ? Certains ont peut-être fermé les yeux, et l'ont rêvée. Mais finalement, pas besoin de Kim ! Nena fait très bien le job seule. Pour notre plaisir, pour le sien ! Une heure (57 minutes exactement) d'un concert empli de professionnalisme, de dynamisme et de très bonne humeur. On se reverra Nena ! Votre chroniqueur ne compte pas, une fois de plus, attendre 35 années avant de la revoir sur les planches.

Human League ? Le dos dit ‘stop’ ! Il faudra faire l’impasse. Au cours de la randonnée pédestre du retour, on entend vaguement la bande à Phil Oakey, et de loin. Le temps de retrouver mon amie Christine et son adorable mari, Frédéric. Et d'aller déguster 2 excellentes ‘Triples Karmeliet’ !

 

Lokerse Feesten 2023 : lundi 7 août

Écrit par

Des étincelles, là où on ne les attendait pas…

Le premier grand invité de ce quatrième jour des Lokerse Feesten, n’est autre que le soleil. Les trois premiers ont été copieusement arrosés. Heureusement le site est bétonné et les désagréments vécus à Ronquières ont été évités. Le site est intact, et l’accès toujours aisé tant en train qu’en voiture.

Bien que The Haunted Youth ne soit responsable que d’un premier elpee (« Dawn of the Freak », sorti en 2022), il bénéficie déjà d’une large exposition médiatique. Surtout au Nord du pays où il a gagné un concours organisé par ‘Studio Brussel’. Il est déjà présent dans tous les grands festivals cet été, à l’instar de Whispering Sons. Sa musique navigue d’ailleurs dans un registre qui rappelle également les 80’s, et notamment en s’appuyant sur une ligne de basse répétitive et lourde. Mais pas seulement, puisque son expression sonore lorgne aussi vers une dream pop circa 90’s, lorsqu’elle baigne dans les claviers atmosphériques. Au chant, le leader et guitariste Joachim Liebens affiche la nonchalance de Thurston Moore. Au synthé, également planté à l’avant du podium, Hanne Smets le seconde impeccablement aux vocaux. Parfois, le spectre de Beach House se met à rôder. La présence de fumigènes accentue le climat planant d’une prestation qui aurait gagné en efficacité, si elle avait été programmée en seconde, voire en fin de soirée. Mais d’autres vedettes, nées réellement au cours des 80’s et 90’s vont s’emparer de la main stage.

Et autant l’écrire tout de suite, les autres têtes d’affiches vont s’avérer très décevantes. Et notamment Siouxsie qui, après plus de 10 ans d’absence sur scène, et plus de 15 ans en studio (son album solo, « Mantaray », remonte à 2007), avait choisi l’Ancienne Belgique, début mai, pour inaugurer sa nouvelle tournée. Un set jugé agréable, sans plus, accordé devant un parterre de fans qui s’étaient empressés de rendre ce concert sold out en quelques minutes. Mais on la sentait perfectible au niveau de sa voix ; et les attentes étaient donc légitiment grandes, ce soir. Encore plus pour ses aficionados qui n’avaient jamais pu assister à un de ses concerts. Mais quelle déception ! Dès le hit « Israël » rien ne fonctionne. On a l’impression d’être en présence d’un mauvais cover band. Les musiciens impriment un tempo plutôt lent, pour ne pas dire apathique (NDR : de quoi regretter l’absence de ses Banshees, comme le charismatique Budgie à la batterie, voire Robert Smith à la guitare). Quant à Susan Baillon (de son vrai nom), elle peine à élever la voix. Elle ne l’a pas suffisamment chauffée ? Manque de répétition ? En rodage ? Toujours est-il que la sauce ne prend pas, et la foule réagit plutôt timidement. Et vu le problème récurrent d’oreillettes, on ne peut pas dire que la situation soit idéale pour réaliser un show qui tienne la route. Un ingé-son intervient à de nombreuses reprises pour régler le récepteur placé dans le dos de la chanteuse, mais en vain. Celle-ci finira par plaisanter du contretemps : ‘J’espère que vous m’entendez bien chanter ? Car moi je ne m’entends pas’. Son flegme et son humour britannique lui permettent de garder la tête froide, là où certains artistes auraient jeté l’éponge. Finalement l’imperfection de la mise à feu va quelque peu transcender la suite. Pendant « Dear prudence » (NDR : une cover des Beatles, faut-il le rappeler ?), « Lands end » et surtout « Spellbound », elle se déhanche (NDR : à 66 balais, Susan a conservé sa souplesse à défaut de sa voix). Et son public commence enfin à s’enflammer sur « Happy house » et surtout « Hong Kong garden » (NDR : qui n’avait pas été interprété à l’AB). « Into a Swan » vient déjà clôturer un set d’une petite heure qui laissera pas mal de monde sur sa faim. Sa prestation aura été bien moins étincelante que son look.

Les bonnes surprises, on les rencontre souvent sur les petites scènes des festivals. Et pour la circonstance, au club ‘Studio Brussel’. D’une capacité inférieure à 1 000 personnes, il est fermé lorsqu’il atteint son quota. Il faut donc s’y rendre en temps voulu. The Weave s’y produit. Peu connue du mélomane lambda, cette formation implique quand même le guitariste de Blur, Graham Coxon. Et la bande à Damon Alban est programmée le lendemain. Un concert, bien évidemment, sold out. Il avait quitté le groupe en 2002, pour se lancer dans une carrière solo, mais l’avait réintégré en 2008. Et puis pendant les pauses du combo londonien, il a multiplié les collaborations, s’est investi au sein de The Jade Hearts Club et plus récemment de The Weave, dont le premier opus est sorti début de cette année, en compagnie de son épouse, l’ex-Pipettes, Rose Elior Dougall. Ensemble, ils se partagent les vocaux. Vêtue d’une robe rouge, elle se charge des claviers ; et envoûtante, sa voix n’est pas sans rappeler PJ Harvey. Si les ballades évoquent Swell, dès que la musique s’avère davantage délurée, on pense aux Dresden Dolls. Graham passe de la guitare au sax en toute décontraction. Et un violoniste, un bassiste et un batteur apportent des nuances jazzyfiantes. Un vent de fraîcheur est venu souffler sur les Lokeren Feesten. Un fameux contraste par rapport aux stars qui ont mal vieilli…

Car, qu’écrire encore de positif sur Placebo ? A l’instar de son dernier elpee (« Never let me go »), paru il y a un an, et qui faisait suite à une absence studio de plus de 10 ans, le groupe est toujours aussi populaire. Et peut-être même plus qu’on pourrait l’imaginer. La set list de ce soir est majoritairement tirée des 13 titres de son huitième long playing. Le groupe pousse même le vice à aligner les morceaux quasiment dans l’ordre du tracklisting. Malgré une certaine perfection technique (et dans les arrangements) de ces nouvelles compos, elles sont jouées sans grand enthousiasme. De quoi gâcher le nôtre…

Non, vraiment, Brian Molko, ça lui arracherait les poils de la moustache de ne dire simplement qu’un bonjour, merci ou au revoir ; lui qui s’exprime parfaitement dans la langue de Molière. Il reste planqué derrière son micro, toujours dans la même posture. Ses compos s’enchaînent sans temps mort, ni interaction et semblent plus lisses et insipides que sur disque. Le grand et excentrique bassiste Stefan Olsdal tente de compenser, comme il peut, ce climat déprimant. Il se réserve même le micro sur la reprise du « Shout » de Tears for Fears. On se demande d’ailleurs pourquoi Placebo multiplie les covers, alors qu’il dispose d’un bel éventail de propres singles. Les quelques tubes dispensés ci et là (« Too Many Friends », « Song to Say Goodbye », « The Bitter End » ou encore « Infra-red ») viennent un peu animer une deuxième moitié de set. Mais à l’instar de la version (NDR : encore une) du « Running up that hill » de Kate Bush, balancée en final, à moins d’être un inconditionnel, on ne voit plus trop l’intérêt d’aller voir Placebo en concert. Il est loin le début du millénaire, lorsque Placebo peinait à remplir le Brielpoort de Deinze, mais dispensait un show à la fois vivifiant et passionné.

Setlist : Forever Chemicals, Beautiful James, Scene of the Crime, Hugz, Happy Birthday in the Sky, Binic, Surrounded by Spies, Sad White Reggae, Try Better Next Time, Too Many Friends, Went Missing, For What It's Worth, Slave to the Wage, Song to Say Goodbye, The Bitter End, Infra-red

Encore : Shout (Tears for Fears cover), Fix Yourself, Running Up That Hill (A Deal With God) (Kate Bush cover)

Heureusement, pour retrouver l’enthousiasme du public et sur les planches, on peut encore se réfugier dans le club ‘Studio Brussel’. Comme l’annonce le présentateur et chauffeur de salle, le groupe suivant se produit déjà dans les plus grands festivals belges depuis plus de 20 ans (NDR : le premier bon souvenir de votre serviteur remonte à 2001 au Beach festival de Zeebruges). Originaire de Kruisem, à plus ou moins 40 bornes de Lokeren, il joue presque à domicile. Et le public accueille donc Vive la Fête à bras ouvert en ponctuant sa joie d’acclamations et de sifflets. Comme d’habitude, c’est plein de charme et la banane aux lèvres qu’Els Pynoo opère son entrée sur l’estrade, en compagnie de son compagnon et guitariste Danny Mommens (NDR : quelques minutes auparavant, en backstage, on pouvait les voir tout sourire et exaltés avant de grimper sur le podium). « Nuit blanche », « Schwarzkopf », « Assez » ou « Jaloux » sont autant de tubes dansants qui nous entraînent jusqu’au bout de cette nuit. En rappel, « Maquillage » (au cours duquel Danny assure le backing vocal) et « Noir désir » nous assènent deux belles claques devant un auditoire ravi de la prestation. Pas étonnant dès lors que le concert de Vive la Fête, prévu à l’AB, le 8 décembre, soit déjà complet.

Voir aussi notre section photos ici

(Organisation : Lokerse Feesten)

Page 1 sur 61