Tramhaus est une formation batave (Rotterdam) responsable d’un post punk hypnotique inspiré par des groupes tels que Viagra Boys et Pissed Jeans. Sur les planches, les mouvements de danse impeccables du chanteur Lukas Jansen combinés à des guitares…

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Temps Calme est un trio lillois qui pratique une musique, fruit d’un cocktail entre éléctro, pop, psychédélisme, jazz et krautrock. Fondé en 2018, il implique Olivier Desmulliez (Ed Wood Jr., l’Objet...), Samuel Allain aux claviers (Black Bones) et Nicolas…

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Les Nuits Botanique 2018 : vendredi 4 mai

Fidèle à sa vocation de festival éclectique, les organisateurs des Nuits Botanique se devaient de programmer une soirée dédiée au punk/postpunk et aux musiques plus 'noisy'. Le line up prévu ce soir est, à cet égard, des plus alléchants, puisqu’il propose Fontaines D.C., Idles et Metz. Trois formations invitées à secouer nos pavillons acoustiques et à faire trembler les murs de l'Orangerie.

En lever de rideau, Fontaines D.C. constitue d'emblée une excellente surprise. Les jeunes Irlandais pratiquent un post punk qui ranime le souvenir de Joy Division, Undertones, Buzzcocks et Echo and the Bunnymen, pour notre plus grand plaisir. La référence à la 'Division de la Joie' est d'autant plus opportune que le chanteur arbore un look et une attitude qui évoquent irrémédiablement Ian Curtis. Pantalon trop court, chemise en toile, regard embué, perçant et habité, il adopte un style nerveux, légèrement épileptique et tout au long de la (trop courte) prestation du band, on reste sous le charme. Mention spéciale pour les compos « Boys in the Better Land » et « Chequeless Reckless ». Belle découverte !(Pour les photos, c'est ici)

Après l'apéritif, place au plat de résistance : Idles. Un combo britannique issu de Bristol. En 'live', c'est une véritable bombe. Le quintet agrège fureur du punk, énergie débordante et paroles musclées. Sans oublier d’y ajouter un grain de folie. Après une multitude de singles et d’Eps, il a gravé son premier opus, « Brutalism », l’an dernier, chez Balley Records. Un album judicieusement intitulé, car Idles déchire tout sur son passage. Et ce soir, dès l'entame du set, on en a la confirmation, car le spectacle est total.

Le point focal du combo est sans nul doute son charismatique chanteur, Joe Talbot. Croisement improbable entre Ian Dury et Liam Ghallagher, il communique une énergie parfois violente mais sans agressivité, et toujours en la teintant d’une pointe d'humour. Sa voix graveleuse éructe des paroles percutantes et engagées, qu’il dispense d’un accent dialectal qui fait toute la saveur des formations insulaires. Les deux guitaristes sont déchaînés : ils sautent en l'air, font mouliner leur instrument et ne se privent pas de descendre dans la fosse pour faire monter la pression. La musique lorgne du côté de The Fall, Ian Dury et Protomartyr ; un peu comme si les gars de Sleaford Mods étaient tombés dans une marmite punk.

Mention spéciale pour leur nouveau titre « Mother », qui est une tuerie absolue, provoquant un pogo, voire une émeute au sein des premiers rangs. « I Am Scum » prolonge l’agitation, comme d'habitude, par un chant de Noël (« All I Want For Christmas is You ») interprété a capella : fun ! Mais c'est vers la fin du concert que se produit le moment phare grâce à « Well Done », repris à tue-tête par les fans et, enfin, « Rottweiler ». Un concert impressionnant, en forme de coup de poing...(Pour les photos c'est )

A notre avis, Idles a volé la vedette à la tête d’affiche, car, quelque minutes plus tard, quand Metz (pour les photos c'est ici), vient dérouler son noisy-punk-grunge-metal, on a l’impression que l'enthousiasme est un peu retombé. C'est la troisième fois que le trio canadien brûle les planches du Bota ; mais, après la claque que l'on vient de recevoir, la prestation fait un peu pâle figure, par manque cruel de subtilité. On est en permanence dans l'overdose sonore et les hurlements du chanteur sont, au final... lassants. Que ce soit tout au long de « The Swimmer » ou lors du brûlot « Mr Plague », on pense à une version hardcore de Nirvana (ils ont le label Sub Pop en commun) et, par moments, aussi à A Place to Bury Strangers, The Melvins ou Sonic Youth.

Alex Edkins, Hayden Menzies et Chris Slorach sont de véritables furies et soumettent le public, consentant, à un déluge de décibels, surtout pendant « Eraser ». Ici, les protections auditives sont hautement recommandées ! Mais pour nous, la « Metz » est dite. Ce qui ne va pas nous empêcher de quitter le Botanique satisfaits, le coeur réchauffé par une soirée de rock incandescent que l'on n'est pas prêts d'oublier!

(Organisation : Botanique)

Les Nuits Botanique 2018 : mercredi 2 mai

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Après avoir ouvert une parenthèse, au cours de laquelle Tim Darcy (NDR : surnommé Tim Beeler, il est né en Arizona) a tenté une aventure en solitaire, Ought a enregistré un nouvel elpee. Paru sur le label Merge, « Room Inside the World » constitue le troisième opus du quatuor. Un combo établi à Montréal. Qui se produisait donc dans le cadre de l’édition 2018 des Nuits Botanique. Ce mercredi 2 mai, l’Orangerie accueille également la jeune Américaine Lucy Dacus et le combo suédois, Hater.

Malheureusement, votre serviteur est arrivé trop tard pour assister à la prestation de la formation scandinave. Ce n’est que partie remise…

Place donc à Lucy Dacus qui grimpe sur l’estrade devant un public plutôt clairsemé. Elle est épaulée par un trio classique, guitare/basse/batterie. Oscillant quelque part entre Cat Power et Angel Olsen, son indie pop ne manque pas d’allure, sur disque. En live, bien que mélodieuse, l’expression sonore fait un peu pâle figure. Le guitariste tire pourtant bien son épingle du jeu, mais la jeune dame ne parvient pas à transcender sa musique sur scène. Si bien qu’au bout de quelques minutes, l’attention de l’auditoire commence à se dissiper. Les spectateurs vident alors peu à peu les lieux ; si bien qu’au bout 30 minutes, temps dévolu à l’artiste, il n’y a plus grand monde dans la salle. Un concert qui ne restera pas dans les annales…

Après une petite demi-heure de break, retour dans l’Orangerie pour assister au set de la tête d’affiche. Et il s’agit déjà du troisième passage du quartet, au Botanique. Il est 22 heures, et la salle est à moitié pleine (NDR : ou vide, selon), quand Ought débarque sur les planches. Elle ne va se remplir qu’après quelques titres. Armé de sa gratte, Tim Darcy s’installe au milieu du podium entre le claviériste et le bassiste. Filiforme, le jeune dandy ne manque pourtant pas de charisme. Profonde, nasillarde, mais capable de monter dans les aigus, sa voix impressionne. Il interprète ses morceaux, comme si c’était un acteur. Un rôle qu’il joue à merveille. Il focalise tous les regards. Riche et diversifiée, la setlist ne compte aucun temps mort. Elle recèle de nombreux titres issus du dernier long playing, dont les deux singles, « Desire » et « Disgraced in America », compos qui s’enfoncent encore davantage dans un univers proche de Joy Division. Mais puise également au sein d’un répertoire plus ancien, à l’instar de « Men for Miles » et « Beautiful Blue Sky », deux plages issues du second LP. Et pour couronner cette prestation, il nous réserve les deux morceaux les plus excitants de sa discographie, « Today More than any other day » et « The Weather Song ».

Ce soir, Ought a démontré une nouvelle fois, qu’il avait un énorme potentiel, un groupe capable de torcher des mélodies implacables, mais également de concocter des compos progressives ou expérimentales. En outre, Tim Darcy confirme qu’il est des chanteurs les plus charismatiques de sa génération…  

Ought + Lucy Dacus + Hater

 

Roots & Roses 2018 : mardi 1er mai

A Lessines, on ne cueille pas du muguet pour la fête du travail, le 1er mai, mais des roses et des racines. Celles d’un festival qui fête, cette année, sa 9ème édition. Au programme, blues, garage, rockabilly et dérivés… et à l’affiche 14 groupes ou artistes qui vont se succéder sous deux chapiteaux différents, le Roots pour la face la plus rock et le Roses, pour la plus blues… Encore que cette année, les décibels ont envahi généreusement les deux tentes. Près de 4 000 festivaliers se sont déplacés pour assister à l’événement...

Cocaïne Piss a la dure tâche d’ouvrir les hostilités, dès 11 heures. Dirty Coq (The Experimental Tropic Blues Band) en dit le plus grand bien. Deux mecs et deux filles. Le gratteur et le batteur sont barbus et bien poilus. Une des deux gonzesses se consacre à la basse et l’autre au micro. Mais pour la circonstance, le trio a invité Mette Rasmussen (NDR : une Danoise) à venir souffler dans son saxophone. Le punk/rock/garage de ce band est énergique et bourré de testostérone. La chanteuse n’a pas froid aux yeux et prend un bain de foule, la moitié du set. Elle s’arrête devant certains spectateurs tout en continuant à hurler dans son microphone. Un peu cru, son discours traite de sexe en général et de masturbation en particulier. Et pour corser le tout, les interventions de la Scandinave sur son sax sont particulièrement écrasantes. Un fameux uppercut pour commencer !

Crystal and Runnin’ Wild est un groupe bruxellois qui pratique du rockabilly. Frontwoman, Crystal, vêtue de rouge et une rose plantée dans les cheveux, se réserve le chant ainsi que les claviers et son père, Dan Blackwolf, l’imposante contrebasse. Le line up est complété par un bassiste, un guitariste et un drummer, coiffé d’un superbe Stetson. Vivifiante, l’expression sonore est enrichie par les chœurs de tout le backing group. De la setlist on épinglera surtout les excellents « Already Damned », « I Love Monster » et « Little by Little ».

Yak incarne le renouveau du garage/rock britannique. Un trio réunissant le chanteur/guitariste Oliver Burslem, le bassiste/claviériste Andy Jones et le batteur Elliot Rawson. A son actif, un album paru en 2016, « Alas Salvation », un elpee produit par le bassiste de Pulp, Steve Mackey. Interdiction de filmer ou de photographier tout au long de ce spectacle. Car du spectacle, il va y en avoir ! Dès le morceau d’ouverture, « Victorious (National Anthem) », le ton est donné. Le combo n’est pas venu pour faire dans la dentelle. Les titres sont courts et terriblement efficaces. Les riffs de gratte sont torturés, la ligne de basse semble incontrôlable et, suivant les morceaux, les claviers libèrent des sonorités délicieusement vintage. Le drummer martyrise littéralement ses peaux un peu comme Meg White. Enfin, écorchée, intense et puissante, la voix de Burslem semble parfois hantée par celle du Julian Casablancas (The Strokes). Bref, le garage/rock de Yak est aussi bien contaminé par le punk que le psychédélisme. Un peu comme chez Ty Segall. Véritable brûlots, « Hungry Heart » et « Alas Salvation » vont littéralement enflammer l’atmosphère. Une bonne surprise !

Yankee, Matt Horan drive Dead Bronco, un combo ibérique, originaire de Bilbao, très exactement. Son backing group implique Adan Gomez (mandoline, guitare), Joel Bruña (banjo), Adrian Kenny (contrebasse, basse) et Guille Peña (batterie). Country/punk, sa musique est qualifiée d’America sludge.

Si le groupe se sert d’instruments traditionnels acoustiques, il a recours à la technologie moderne pour leur communiquer des effets. Le band va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Driven By Frustration ». Le préposé à la contrebasse la fait régulièrement tournoyer sur place ; et lors du set, il va même monter dessus pour en jouer comme un acrobate. Le chanteur/guitariste signale que le band va interpréter une chanson d’amour torturée. Mais c’est surtout le banjoïste qui va persécuter ses cordes. Les musicos se démènent comme des beaux diables, incitent la fosse à participer à leur délire, et commencent à transpirer. Si le batteur est torse nu depuis le début du show, ses acolytes vont alors l’imiter, arborant d’imposants tatouages. En fin de parcours, Dead Bronco va nous réserver un mélange entre bluegrass appalachien et punk, au sein d’un climat plutôt vivifiant…

Fifty Foot Combo compte 20 années d’existence. Enfin, si on ne tient pas compte des multiples interruptions. Il s’agit du porte-drapeau de la scène surf belge. Le band gantois implique Bart Rosseau (drums), Jens De Waele (basse), Jesse Roosen Bongos (percus), Sandra Hagenaar (Hammond, thérémine) ainsi que les gratteurs Rodrigo Fuentealba et Steven Gillis. Il s’agit du seul concert pour cette année en Belgique, et la formation prépare un nouvel album. Hormis un morceau que chante Sandra, la musique est exclusivement instrumentale, un garage/rock très sixties qui crée une ambiance unique en son genre. Idéal comme bande son pour avaler les kilomètres sur la ‘Route 66’ !

J.D. Wilkes est une véritable bête de scène. Il s’était déjà produit en 2013, dans le cadre du festival, et avait fait forte impression. Son backing group, The Shack Shakers réunit le guitariste Gary Siperko (NDR : c’est loin d’être un manchot), le bassiste Preston Corn ainsi que le batteur/percussionniste Fuller Condon. Ce dernier se sert d’un washboard (planche à lessiver) et son kit de batterie est limité à la caisse claire et au tom basse. Le band propose un cocktail de country, rockabilly et blues, généreusement électrifié. Une énergie qu’il insuffle dans ses compos et la communique à la fosse. La prestation s’achève d’ailleurs par un court, mais judicieux « Shake Your Hips » (Trad : secouez vos hanches)…

Place aux Darts, encore un groupe de filles. Un quatuor américain impliquant la chanteuse Nicole Laurenne, la bassiste Christina Nunez, la drummeuse Rikki Styxx et la guitariste –plutôt jolie– Michelle Balderrama. Les deux premières citées, avaient déjà foulé les planches du Roots & Roses, en 2016, mais au sein de The Love Me Nots. Et c’est Nicole qui a composé l’hymne du festival. Les photographes sont à la fête. Les donzelles prennent des poses sexy et allument les mâles. A l’instar de la sixcordiste, chaussée de lunettes fumées ou de Nicole, en short et bas résilles, qui n’hésite pas à se coucher sur son clavier. Ou encore de Michelle, qui prend un bain de foule, en traversant la fosse sur les mains des spectateurs. On en oublierait presque la musique, un garage/psyché/punk/rock qui colle parfaitement à l’attitude des nénettes… pardon des fléchettes…

Left Lane Cruiser est un duo américain composé du guitariste Fredrick ‘Joe’ Evans IV et du drummer Pete Dio. Il pratique un blues qui fleure bon le Mississippi, mais qu’il teinte de garage. Un genre qui aurait pu naître de la rencontre entre Seasick Steve, George Thorogood, ZZ Top et les Black Keys. Fabian Bennardo, harmoniciste chez les Boogie Beasts, est invité à les rejoindre sur les planches. Et ses interventions vont communiquer une coloration vraiment singulière à l’expression sonore. Votre serviteur, appelé à couvrir un autre spectacle, cède le relais à Léonce, notre photographe, pour vous relater la suite des événements… (DD)

C’est la troisième fois que King Khan est programmé au Roots & Roses. Flanqué de son band, baptisé The Shrines, il propose une musique née d’un croisement entre funk, soul, rock, gospel, jazz psychédélisme et garage, tout en adoptant une attitude décadente. Mais si Arish Ahmad Khan affiche un look excentrique, son show est réglé comme du papier à musique. De nombreux artistes souhaitent assister au spectacle et envahissent le frontstage. Certains photographes sont donc refoulés derrière les barrières nadar. Tout au long de son délire festif, ce King, disciple du sport en chambre, fait l’apologie de la liberté sexuelle et prône les partouzes. Pourquoi pas !

Premier concert en Belgique, pour le combo espagnol, Guadalupe Platas. Sa musique agrège swamp blues, psychédélisme, rock, punk et flamenco. Mais c’est cette touche latino, qui en fait sa spécificité. Surtout à cause de cette cigar box à trois cordes dont se sert Pacos Luis Marto, outre sa basse, bien soutenu par Perico De Dios à la gratte et Carlos Jimena derrière les fûts. Rafraîchissant !

Arno semble avoir la nostalgie du passé, puisqu’il a monté le Tjens Matic, un groupe au sein duquel militent, cependant, ses fidèles musiciens ; en l’occurrence le drummer Laurens Smagghe, le gratteur Bruno Fevery et l’excellent bassiste Mirco Banovic. Il y revisite le répertoire de Tjens Couter et T.C. Matic, composé fin des années 70 et début des années 80. Dont les inévitables classiques « Putain, Putain », « Dance With Me », « Oh La La La » et « Meat The Freack ». Mais rien de vraiment original ou transcendant à signaler…

Tony Joe White a 75 balais. C’est la tête d’affiche du festival. Epaulé par son fidèle drummer Brian Fleetwood Cadillac Owings, il va revisiter ses classiques. Particulièrement efficace, son blues nous entraîne au cœur du Bayou, où le natif d’Oak Gove nous raconte sa Louisiane profonde. Il triture les sonorités de sa gratte à l’aide de ses pédales d’effets, dont la wah wah toujours aussi dévastatrice et jouissive. Si « Guitar Don’ Lie » constitue le point d’orgue du show, on épinglera encore une remarquable version de « Steamy Window » qu’il a écrite et refilée à Tina Turner et puis en point d’orgue, un « Guitar Don’ Lie » d’anthologie. A vous flanquer des frissons partout. A une époque, Tony l’avait empruntée à Joe Dassin, qui en avait créé une version plus cuivrée. Tony quittera la scène au bras de son drummer après nous avoir réservé son plus grand hit, « Polk salad Annie »…

Il y a de la tension dans l’air. Quelques saoulards ont des intentions belliqueuses. Le service d’ordre est sur les dents, mais après une intervention rapide et efficace, le calme revient sur la plaine...

Pour accueillir les Black Lips, la foule s’est agglutinée contre les barrières. Malgré  deux décennies de carrière, la formation géorgienne (NDR : tout comme REM et les B52’s, elle est originaire d’Atlanta) a conservé toute son énergie et la restitue à ses fans. Comme à la belle époque du punk, une immense fiesta se déroule aux premiers rangs. Leur hymne intemporel « Family Tree » met tout le monde d'accord. Un morceau très court et vachement bon. "O Katrina" l’est tout autant. C’est même le souk aux premiers rangs. Et ceux qui ne pogotent pas, braillent à s'en casser les cordes vocales. Les BLack Lips pratiquent un rock/garage qu’il qualifie de Flower Punk. Les riffs de cordes sont joyeusement et savoureusement discordants. La voix n’est pas toujours assurée, comme celle de Ray Davies, chez les Kinks, début des années 60. Mais c’est ce qui fait aussi le charme de leur musique...

The Blasters termine la soirée. Il est 22h20. Malgré 40 ans d’existence, le band continue de tourner. Très soudé, il va nous proposer un rockabilly… de qualité studio… (L.C.)

A l’année prochaine.

(Organisation : Centre Culturel de Lessines)

Voir aussi notre section photos ici

Les Nuits Botanique 2018 : lundi 30 avril

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Affiche belge, ce lundi 30 avril dans le cadre des Nuits Botanique, puisque Angèle, Atome, Baloji, Ebbène et Chance (Antoine a raccourci son pseudo et changé de label) s’y produisent. Cette soirée était décrétée soldout, deux semaines après l’annonce de sa programmation. Manifestement, la scène belge est devenue une valeur sûre…

Beatsforbeaches, c’est le nom choisi par Baptiste Bosmans pour son projet électro. Agé de 28 ans, il est originaire d’Anderlecht et mixe depuis une bonne décennie. Aujourd’hui, il arrange la ‘grime music’. Né en Angleterre, ce style agrège drum&bass, hip hop et dancehall. En la préparant à la sauce noir-jaune-rouge, le dj l’a qualifié de ‘spacey tropical beats’. A son actif, il compte un album (« My Purple Town », gravé en 2016), un Ep (« Haras », en mai 2017) et une mixtape destinée à l’émission ‘Tarmac’ de la RTBF. Il est seul devant sa table couverte de machines. Ensoleillée, tropicale (NDR : comme il la définit lui-même) même, sa musique est aussi rafraîchissante que les embruns. Peu de monde pour l’instant dans la salle, mais quelques spectateurs commencent à se déhancher, et même à danser. Parfois le genre vire au dubstep. Incorporées dans les samples, les chœurs féminins sont mélodieux. Un set vraiment agréable et vivifiant…

Atome a été fondé en 2016 par le chanteur/guitariste de Vismets (NDR : une infidélité ?) Remy Lebbos, et l’ex-Applause David Picard (synthés). Sur les planches ils sont soutenus par l’ex-drummer de Vismets et Gang of Now, Nicolas Collaer (NDR : le seul a porter de longs cheveux) et la claviériste Catherine De Biasio (Blondie Brownie, Mièle, Agnès Aubel, Noa Moon), la sœur de Mélanie.

Atome pratique une musique atmosphérique qui oscille entre french pop, electronica et psychédélisme. Electro-lounge, « Voie Lactée » (NDR : ce titre –voir ici– fait l’objet d’un clip largement influencé par les dessins animés ‘Ulysse 31’ et ‘Albator’). Percus et claviers sont disposés en couches, un peu comme chez Air. Les claviers de David et Catherine entrent en osmose tout au long de « Tes Yeux ». Les cordes de Remy prennent leur envol. Sa voix est tour à tour torturée ou éthérée. Catherine et Nicolas conjuguent leurs voix en chœurs. Coline Wauters se joint à la formation, tout en restant dans la pénombre, pour « Caméléon », alors que la gratte adopte des riffs funky, une guitare que Remy malmène régulièrement de manière théâtrale. Pendant, « Nanana », la foule pousse la chansonnette. Et le show de s’achever par un inédit, baptisé « Kerliouban ». Atome prépare la sortie d’un premier opus ; et la date de la ‘release party’ a déjà été fixée : ce sera ce 15 février 2019, à la Rotonde…

Setlist : « Voie Lactée », « Tes Yeux », « Labyrinthes », « Nouveau Départ », « Nanana », « Caméléon », «  Kerliouban ».

Petite sœur de Roméo Elvis, Angèle Van Laeken (21 ans) est la fille de Marka et de Laurence Bibot. Elle n’a pas encore sorti d’album, et pourtant, considérée comme le nouveau phénomène musical belge, elle jouit aujourd’hui d’une énorme popularité. Faut dire que les stations de radio y contribuent largement ! En moins d'un an et demi, elle est passée des bars confidentiels de Bruxelles aux salles à grande capacité, comme Forest National ou l'Olympia. En outre, elle a assuré le supporting act pour les tournées de Damso et d’Ibeyi. Le clip de son premier single, « La Loi de Murphy », a dépassé 4 millions de vues en moins d'un mois sur Youtube et le second, « Je veux Tes Yeux », 3 millions et demies.

Ce soir, Angèle, vêtue d’un pantalon bleu flashy, d’un body jaune bigarré de fleurs et d’un long manteau de type geisha, est épaulée par un claviériste (Geronimo ?), un drummer et un guitariste. Outre le chant, elle se réserve le piano. Bonne nouvelle, c’est l’ingé son de Puggy qui est derrière les manettes…

Les « Matins » ouvre le concert. Le son est excellent. Angèle bénéfice d’un jeu d’ombres et de lumières. Debout, derrière son piano, elle ondule et se déhanche sensuellement. Elle s’assied pour discuter avec l’auditoire. « Je Veux tes Yeux » déclenche un véritable souk dans la fosse. Elle l’invite à s’accroupir, et convainc même les spectateurs retranchés dans le fond de la salle. Pendant un bon quart d’heure, elle va se limiter à la voix et aux ivoires ; et dans cet exercice de style, elle est particulièrement émouvante. Comme tout au long de « La jalousie », titre avant lequel elle demande s’il y a… des jaloux dans l’Orangerie. Quelques timides doigts se lèvent. Elle s’exclame alors en se bidonnant : ‘Vous êtes des menteurs’. Roméo Elvis, son frangin, déboule sur les planches et l’accompagne tout au long de « J’ai Vu ». Il y a de l’émotion dans l’air brûlant du Bota. Angèle signale, en embrassant son frère, qu’il n’existe aucune relation incestueuse dans ce geste. Le public se marre et applaudit. ‘Je limite pas aux chansons d’amour’, confie-t-elle. La preuve, par « La Thune ». Sa reprise de « Bruxelles », une compo signée Dick Annegarn, est un petit bijou. « Big Shit » évoque le côté obscur des réseaux sociaux. Et c’est par « Trouble » que le set s’achève. Avant le rappel, au cours duquel « La Loi de Murphy » va littéralement déchaîner la foule. Enfin « La flemme » va permettre à Angèle de remercier le public belge et sa famille. Vu le show particulièrement pro et éclectique, manifestement Angèle rôde ses compos en ‘live’ avant de passer à l’enregistrement d’un premier elpee. Non seulement elle est bourrée de talent, mais c’est une perfectionniste…

Setlist : « Les Matins », « La Thune », « Oh Non », Je Veux Tes Yeux », « Jalousie », « Nombreux », « Bruxelles », « Balance Ton Quoi », « Roméo », « Big Shit », « Trouble ». Rappel : « La Loi De Murphy », « La Flemme ».

(Organisation : Botanique)

Angèle + Atome + Beatsforbeaches

 

Mingafest 2018 : dimanche 1er avril

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Mingawash a décidé de célébrer la release party de son premier elpee, « Imposteur », au Zik Zak d’Ittre, dans le cadre d’un festival pour lequel il a invité quelques groupes ‘amis’. Sur le website de la salle, il est indiqué que l’ouverture des portes est prévue à 19h30 et que le premier concert débutera à 20 heures. Mais en arrivant sur place, votre serviteur constate que les hostilités ont déjà commencé depuis un bon bout de temps. Depuis 15 heures, très exactement. Bring Burden, Ocean Encounters, Nhl et Better Be Dead se sont déjà relayés.

Bref, en débarquant, il y a plus de 200 âmes dans la salle pour accueillir DadaboviC, un quatuor issu de Valenciennes, découvert lors du Raismes Fest en compagnie d’Ultra Vomit, des autres dérangés de la boussole. Les textes sont barrés et bourrés de jeux de mots à se tordre de rire. Mais à prendre au second degré. DadaboviC élabore une fusion énergique et déjantée entre métal puissant et hardcore frénétique. Autrement dit, un trashcore moderne. Plus qu'à un concert, c'est à une mise en scène qu’on assiste. C’est le leader et créateur du groupe qui interprète le rôle du professeur DadaboviC, épileptique depuis de nombreuses années. Toute l’histoire racontée par le groupe DadaboviC n’est que la réminiscence exagérée de situations vécues par le patient lors de ses crises. Avec beaucoup d’humour et de recul, le Pr. DadaboviC propose donc de témoigner en public. A sa manière…

Des vidéos projetées sur un écran, placé derrière le drummer, illustrent les deux premiers titres. D’abord « Télevisse », une sorte de rockabilly découpé dans des riffs de grattes puissants et dont le tempo est imprimé par une section rythmique déferlante. Potaches et égrillards, les calembours sont dignes d’Ultra Vomit. Puis l’insidieux « Fils de Pub » qui conditionne la vente de boisson pour se soigner. « Charcuterie Plastique » tranche dans le vif (NDR : voir le clip ici).

« Harry Tmetic » (NDR : un extrait du premier elpee « Carbamazapine », le nom d’un médicament anticonvulsivant et thymorégulateur) est traité aux riffs core et stoner alors que les textes sont vociférés, mais dans l’esprit d’un rap violent. « Et Pour Le Pire » raconte l’histoire d’un vieux couple qui se supporte plus, s’ennuie et en vient aux mains. Les noms d’oiseaux volent… « Jean Pierre Pipot », JPP pour les intimes, est également victime de crises d’épilepsie. Il présente le JT avant d’aller se défouler dans les boîtes ou lors de ‘partys’. Martin et le Panda, qui serre un fût de coca-cola en mains, contribuent au spectacle et s’en donnent à cœur joie. Place ensuite à un petit concours d’‘air guitar’ qui permet à trois spectateurs d’exécuter un peu de Metallica. « Paul Pau » est le roi de la masturbation. Il est sourd et a constamment la trique. A force d’astiquer son pénis, il s’est démis l’épaule. Stoner burné, ce morceau déclenche l’un ou l’autre pogo et un timide round circle. Et le set de s’achever dans le disco punk. DababoviC se produira au ‘Telegraphe’ d’Ath, le 9 juin, et au Titan Club de Lens, le 17 novembre.

Place ensuite à Mingawash. Martin Moreau (NDR : il a milité au sein du défunt Feel et sévit chez Lemon Straw, comme drummer, mais s’est reconverti, pour la circonstance comme chanteur) et les onze personnes qui l’accompagnent sont impatients de présenter leur spectacle déjanté. Ils ont bossé dur pendant des semaines pour nous élaborer ce nouveau show. Le collectif accueille un second vocaliste qui répond au prénom de Clément. Il va ainsi appuyer la voix de Martin. Ce qui va également permettre à ce dernier de se concentrer sur la chorégraphie. Gaëtan et Max se chargent des grattes. Et elles vont faire des ravages. Echappé de l’Enfer, sanguinaire, Denis le Saxon se consacre à la basse. Et Théo à la batterie. Ses interventions sont à la fois tourmentées, sauvages et tribales. Un percussionniste se concentre sur une grosse casserole et un fût de coca-cola. Sans oublier Roy le Panda qui incarne l’image du band et le personnage central. Rien qu’en l’observant, on a des bouffées de chaleur. Un peu paumé, il cherche à attirer l'attention ; et puis surtout il souhaiterait sauver ce monde promis à un avenir peu réjouissant. Le line up est complété par de radieuses pandanettes, sorte de ‘pom pom girls’ de luxe qui déchirent.

Une intro instrumentale percussive permet au band de s’installer sur les planches. Martin est vêtu d’un costume rouge. Les sigles ‘MW’ sont imprimés dans le dos. Il se pavane en secouant des percus manuelles. C’est également la plage qui ouvre l’elpee. Les deux pandanettes sont plantées sur des estrades sises de part et d’autre des marteleurs de peaux. Elles tiennent une énorme batte de baseball. Grimées, elles défient le peuple réuni dans la fosse. Les gratteurs balancent la sauce. Pendant « Tape », Panda s’avance au bord du podium pour provoquer, à son tour, l’auditoire. Il lance ses poings terminés par des gants de boxe, dans le vide. Martin en profite également, mais de la voix, pour haranguer cette foule. En culottes courtes (NDR : il lui manque le cartable sur le dos), Clément surgit pour vociférer ou gourgousser dans le micro. Martin revient habillé en gonzesse pour attaquer « Médisant ». Panda ôte sa fourrure et dévoile un costume en latex noir, un string en toile de la même couleur et un collier à pointe autour du cou. Les pandanettes sont maintenant au nombre de quatre. Champion du déguisement, Martin a réenfilé son costume rouge avant « Bandes Organisées ». Il prévient que la troupe va parler d’eux et de nous. Panda a réendossé son pelage et refait surface un drapeau en main. Des percus électroniques amorcent « Joujou ». Un fauteuil ‘Emmanuelle’ est installé devant l’estrade réservée aux percus. Panda s’y affale. C’est le roi. Le Fou du Roi ! Martin s’assied sur ses genoux et se met à chanter. Le spectacle n’est pas loin d’un numéro de clown. Les filles s’agitent comme des poupées désarticulées. Les changements d’accoutrements se multiplient. C’est un véritable spectacle de transformistes. Torse nu, Panda est fagoté dans un pampers trop large, retenu par des bretelles. Il court sur place. Il opte encore pour une cape verte alors que Martin a choisi un costard de couleur noire. Ils doivent avoir mangé un « Champignon ». Panda fait son comeback sur un mini-vélo pour « Chope Ton Biker », un titre introduit par une musique de film western spaghetti à la Sergio Leone. Il fanfaronne fièrement dans son blouson de cuir noir pour motard. Martin l’accompagne sur le porte-bagages. « Fish-Boy » déclenche un début de ‘circle pit’ dans la fosse. Tout le team est sur le podium pendant « Aveugle », un morceau de black metal. Ils ont tous les yeux bandés. Pas évident pour les sixcordistes qui se contenteront finalement d’exécuter cette compo sur deux accords. Le show s’achève par le » single « Zoofolie », une chanson qui ne figure pas sur le long playing (NDR : pour découvrir le clip, c’est ).

Psykokondriak se charge de clôturer le festival. Du Beastie Boys à la belge. Pas trop ma tasse de thé. Il est temps de rentrer au bercail…

(Organisation : Mingawash and friends)

 

Winterfest 2018 : samedi 20 janvier

Débuts prometteurs pour le Winterfest !

Tout était parfait, sauf l'endroit. Et la météo... L'expression est lapidaire, mais elle résume bien l’impression laissée à l'issue du festival. Petit frère hivernal du plus notoire W-Festival, le Winterfest fêtait ses débuts samedi dernier, au Kompass, à Gand. Située dans un complexe industriel abandonné, cette salle accueille en général des soirées techno. Elle pourrait bien servir de cadre à un festival 'dark', un peu dans l’esprit du Rockerill ou des E-Werke en Allemagne mais ici, rien n'a été aménagé. L'eau filtre à travers les plafonds et il fait très froid, sauf dans la ‘petite’ salle, où une soufflerie a été installée.

Malgré ces conditions difficiles, le festival nous a offert un spectacle remarquable. Non moins de 17 formations se sont succédé sur les deux scènes à un rythme effréné. Soulignons ici la programmation, très bien étudiée. Des formations 'classiques', actives depuis les années 80, ont côtoyé des groupes plus récents qui ont pris le relais et prouvent que la scène 'wave' est bel et bien vivace aujourd'hui!

En raison d'embouteillages sur le ring de Bruxelles (salon de l'auto oblige!), il n’a pas été possible d’assister aux prestations de Herrnia, Mildreda, The Hermetic Electric et She Pleasures Herself. Originaire du Portugal, She Pleasures Herself est une des rares formations étrangères à l’affiche, l'essentiel du line-up proposant des artistes belges.

Quand on débarque sur les lieux, le set de Doganov tire à sa fin. On entend au lointain une adaptation du « Headhunter » de Front 242, dans un style hybride new-wave/metal assez intéressant. Un bon début !

Echo West est la première (belle) découverte de la journée. Originaire de Dortmund, le combo pratique une electro-darkwave élégante, dominée par les sons synthétiques. La voix de Dirk T. Klein (NDR : il milite également chez Intensive Care Unit et Silent Signals) est envoûtante. Il est soutenu par un percussionniste et un claviériste. Le band va livrer une prestation remarquable, rehaussée par des vidéos gothiques à souhait.

Dans la grande salle, l'Anversois Gerry Vergult présente son nouveau projet, créé suite à la dissolution d'Aroma Di Amore. Zool surprend par son style hors contexte, plus orienté post-rock, mélangeant synthés et guitares. A découvrir !

hordA peine le temps de déguster un vin blanc et cap vers la seconde salle pour retrouver, avec grand plaisir, H ø r d. Le Bordelais, Sébastien pour les amis, est un des meilleurs représentants de la vague synthwave française; mais il va bien plus loin en y intégrant des éléments techno, psyché et synthpop. Nappes de synthés cristallins, voix éthérées et mélancoliques, sans oublier les vidéos oniriques : on semble vivre au cœur d’un rêve éveillé, bien trop court, malheureusement. Les deux groupes suivants, Your Life On Hold et Ground Nero, ont certainement dû ravir les aficionados de rock gothique, mais il faut bien faire une petite pause de temps en temps…

LuminanceA 18h30, retour dans la grande salle pour Luminance, le projet de David-Alexandre (DA), notre ami français basé à Bruxelles. Multi-instrumentiste surdoué, il a explosé sur la scène 'dark' en proposant une musique crossover unique, entre synthpop, darkwave et ambient. D’entrée de jeu, DA nous gratifie de deux superbes inédits, le hit potentiel « What They See » et « Great Sinister with Silent Nails ». Tous deux figureront sur un album 'split', à paraître bientôt. Pour compléter la setlist, on aura encore droit à trois extraits de l'excellent elpee « Sans Visage », l'hallucinant « Martyr » et deux titres plus anciens, « Walk » et « Seeds ». Un set très réussi ! Dommage que le concert programmé dans la salle 2 ait commencé trop tôt, provoquant un déplacement prématuré du public.

Il est vrai que la prestation d'Enzo Kreft est, elle aussi, très attendue. Ce musicien malinois a fait sensation ces derniers mois en sortant une compilation de titres datant de 1983-84 et pas moins de deux albums de nouvelles compos : « Turning Point » et « Wasteland ». Essai transformé en 'live' grâce à un set intense et énergique.

Le marathon musical se poursuit, et en beauté, par The Breath of Life, probablement le meilleur groupe de rock gothique / darkwave, en Belgique. Actif depuis 1990, il compte à son actif quelque neuf LP. Un exemple de constance dans la qualité. Boostés par la superbe voix lyrique d'Isabelle Dekeyser, les musiciens wallons nous ont, une fois de plus, émerveillés. Envolées vocales, volutes de violon, riffs de guitare : tout concourt à créer une ambiance unique, particulièrement palpable dans les titres du nouvel opus et, bien sûr, tout au long de leur hit intemporel « Nasty Cloud », toujours aussi impressionnant, 23 ans après sa sortie. Magnifique !

Les voix restent féminines et pour notre plus grand bonheur, car c'est Simi Nah qui prend le relais dans la deuxième salle. Cette Française établie à Ostende figure également parmi nos chouchous. Flanquée de son 'partner in crime', Kenny 'KGB', elle pratique une dark synthpop teintée d'éléments EBM et d'influences françaises, Mylène Farmer en tête. Au Winterfest, le duo a livré une prestation parfaite et particulièrement émouvante. Les proches de Simi redoutent qu’elle mette fin à sa carrière cette année et se retire dans son pays natal. Il plane donc une certaine gravité sur le podium. Par moments, Simi affiche un regard quelque peu mélancolique, perdu dans les spotlights. Espérons que son prochain opus, annoncé comme le dernier, sera couronné de succès et qu'elle reviendra sur sa décision ; car franchement, on souhaite qu'elle continue ! Non moins de quatre nouveaux titres figuraient sur la setlist, dont deux inédits : « Le Chant des Loups » et « Morte et Moi ». « Chacun Pour Soi », quant à lui, est bien parti pour devenir un 'club killer'! Superbe show !

A 21h30, c'est au tour de TB Frank de grimper sur le podium dans la grande salle. Moitié du groupe belge (malheureusement disparu) Neon Judgement, le chanteur et guitariste flamand vient présenter son tout nouvel album, « Tock ! », réalisé en collaboration avec Baustein, un musicien allemand maintenant basé au Limbourg. Le côté new-wave électronique des années 80 est bien sûr toujours présent, mais l’expression sonore se nourrit également de country/folk, de rock et de reggae. On pense, tout à tour, à Johnny Cash, P.I.L., King Dude, Talking Heads ou The Prodigy. Pour satisfaire les fans, TB Frank interprètera deux titres de Neon Judgement issus de sa plume, « Fashion Party » et « Chinese Black ».

W. FlurRetour dans la deuxième salle pour découvrir une véritable légende vivante : Wolfgang Flür. Ce musicien allemand a fait partie de Kraftwerk de 1973 à 1987, soit la période dorée des pionniers de la musique électronique. Percussionniste à l'origine, c'est lui qui a développé les batteries électroniques de la formation teutonne. Après son départ, il a développé une carrière solo, concrétisée, entre autres, par l'album « Eloquence ». Sur le podium, Herr Flür est planté derrière ses 2 ordinateurs Mac et nous réserve d'excellents 'reworks' de titres de Kraftwerk, tels que « Home Computer », « Neon Lights » ou « Pocket Calculator ».

W. FlürMais également des compositions plus personnelles, pour lesquelles il a reçu le concours de différents musiciens, dont Bon Harris, le leader de Nitzer Ebb. Le show s'apparente davantage à un DJ set, agrémenté de vidéos basées sur des photos de l'époque Kraftwerk et des films plus récents. Le public est conquis par ce ‘Flürilège’ de hits électros. Un joli moment ! Musiczine publiera sous peu l'interview de Wolfgang Flür, réalisée après le concert.

Pour clôturer ce festival en beauté, The Alarm va électriser les planches de la grande salle. Considérés comme les petits frères de U2, les Gallois n'ont jamais réussi à se forger un succès comparable. Et de loin ! On se souvient du concert que le combo avait accordé en supporting act de U2, à Forest National, en 1984, et qui avait affolé les sismographes. Mais ce qui avait provoqué de terribles vibrations, ce n'était pas le set de U2, mais bien, selon nous, la basse synthé Moog Taurus de The Alarm. Ici, au Winterfest, le cadre est plus minimaliste ; ce qui n’a pas empêché le chanteur, Mike Peters, seul membre original, et ses musiciens, de mettre une très bonne ambiance grâce, entre autres, aux hits « The Stand » et « Blaze of Glory ».

winterfestAu moment de quitter les lieux, on ne peut que féliciter l'équipe du festival, Erik De Ridder, Tineke Bultinck, Franky Jodts et Pascal Vanovertveldt. Comme nous l'a confié Erik, la prochaine édition se déroulera au sein d’une salle plus appropriée et dans ces conditions, le succès devrait être au rendez-vous. En attendant, rendez-vous est pris du 16 au 19 août à Amougies, pour un W-Festival qui s'annonce d'ores et déjà légendaire.

 

Pour regarder les photos de Felicie Novy, c'est ici

Cercle Metal 2018 : samedi 6 janvier 2018

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Située à Chapelle-Lez-Herlaimont, Le Cercle est une salle dont la gestion a été reprise par l’ASBL Hell&M Prod, en septembre dernier. Et quand une équipe est aussi motivée en Wallifornie, il ne faut pas hésiter à la féliciter. C’est si rare aujourd’hui. D’ailleurs, organiser un festival metal réunissant 10 groupes, est une belle preuve d’audace. Les formations vont se relayer sur deux podiums différents. L’endroit est sympa, le son est bon et plus de 250 personnes se sont déplacées pour assister à cet événement, dont les têtes d’affiche sont des vieux de la vieille, Tagada Jones et Drakkar, mais qui ont encore bon pied bon œil. Le reste sera partagé entre découvertes, dans des styles –métalliques quand même– différents.  

Votre serviteur débarque pendant la prestation d’Octane, sur le podium ‘Club’. Fondé en 2012, ce quatuor est issu de Laval en Mayenne. Aujourd’hui, le line up implique la jolie Morgane au micro, Laurent à la basse, Alexandre (NDR : chef d’entreprise le jour et rockeur le soir) à la gratte et au chant ainsi que Fabien aux drums. Le groupe reconnaît pour influences majeures Foo Fighters, Alter Bridge, Stone Sour et AC/DC. La voix d’Alexandre est burnée, celle de Morgane, claire, mélodieuse et haut perchée, un peu comme Lzzy Hale d’Halestorm. En outre, elle déménage sur l’estrade. De la setlist, on épinglera l’excellent « Religion », compo au cours de laquelle les deux voix brillent par leur complémentarité, le drumming est métronomique et la gratte, particulièrement sauvage. Et puis surtout « Bullshit ». On a l’impression qu’il y a des échanges entre deux six cordes, mais en fait, c’est Laurent qui joue alors de la basse comme sur une guitare. Et le show de s’achever par le lumineux (?!?!?) « I Saw The Light ».

Ithilien se prépare à grimper sur la grande scène. Se consacrant au chant, à la guitare solo et au bouzouki, Pierre Ithilien en est, bien évidemment, le leader. Il est soutenu par Tuur (gratte rythmique), Ben (basse), Myrna (violon), Davy (flûte), Jerry (drums), Hugo (cornemuse) et Sabrina (vielle à roue, nykelharpa). Cet octuor pratique le folkcore. Soit du folk à la sauce métallique. Le combo va nous réserver de larges extraits de son dernier opus « Shapin The Soul », paru en février 2017. Le set s’ouvre par le titre qui entame l’opus, « Blindfolded ». La voix de Pierre est gutturale, mais mélodique. Les instruments traditionnels apportent une coloration particulière à l’expression sonore. Parfois même, ils prennent littéralement leur envol. La section rythmique est particulièrement efficace. « Lies After Lies » monte en crescendo, ce qui permet aux différents instruments de s’emballer et même d’entretenir un climat conflictuel. « The Dive » est d’abord dominé par la cornemuse, avant que le calme ne cède le relais à la tempête. Instrumental frémissant, « Danse de L’Ours » baigne dans le punk/rock celtique. Ithilien se produira dans le cadre du festival Propulse, ce 2 février au Botanique, et le 6 avril, dans celui du Durbuy Rock. 

Cathubodua –qui signifie ‘corneille de bataille’– est le nom d’une déesse guerrière celte. C’est également le patronyme choisi par un sextuor issu du Nord de la Belgique, impliquant une chanteuse, une violoniste, deux guitaristes, un batteur et un bassiste. A son actif, un Ep gravé en 2016, « Opus I : Dawn ». A l’instar d’Epica, la formation pratique du metal symphonique et épique. Le plus souvent, c’est le violon qui domine l’ensemble de l’instrumentation. La vocaliste a du coffre, mais son chant est mélodieux. En cours de set, cette dernière agite deux ailes, tel un oiseau, et en profite pour se ventiler la tête. Et en même temps, celles des spectateurs agglutinés aux premiers rangs. Jolie chorégraphie, par ailleurs… 

Originaire de Tunisie, Carthagods grimpe sur la main stage. Né en 1997, il réunit le chanteur Medhi Khéma, le bassiste Yessine Belghitith, le drummer Mohamed Ben Hadidia ainsi que les gratteurs Tarak Ben Sassi et le Batave Marcel Coenen (NDR : il a milité chez Sun Caged et Stormrider et c’est également le producteur du band). C’est la première fois que le quintet se produit en Belgique. Eponyme, son premier LP est paru en 2015. Lors du soundcheck, on est convaincu que le combo va envoyer du lourd. Pas étonnant que son metal old school puise ses racines chez Saxon, Iron Maiden, Def Leppard et encore Judas Priest. Les deux guitaristes sont complémentaires, la section rythmique est efficace, la voix est démoniaque, mais c’est la basse –qui compte six cordes !– qui trace la ligne de conduite. Tout au long de « A Last Sight », le combo affiche toute sa maîtrise technique. Il nous réserve une reprise nerveuse et longue de 6’ de « I Am A Viking », une compo signée par le ‘guitar héro’ suédois, Yngwie Malmsteen. Bien heavy rock, « Memorie Of Neverending Pain » clôt la prestation de ces metalleux pur jus…

Retour sur la petite scène pour accueillir Baraka, des ‘barakis’ particulièrement poilants et festifs. Issus de Braine-l’Alleud, ils viennent sans doute d’inventer le frit-bier-core. Et de la bière, ils en consomment ! Déguisés, ils pratiquent un cocktail de death-hard-punk-black-metal aussi sauvage que délirant. Déjantées, les grattes dépotent et les beuglements sont gutturaux. Les textes ? Ils ne veulent pas dire grand-chose et sont à prendre au troisième degré. Même le Grand Jojo est passé à la moulinette. Ces noceurs ont la patate et sont peut-être les cousins du combo hexagonal, Ultra Vomit. Car finalement, malgré l’exiguïté de la fosse, la mayonnaise prend et la réaction du public est enthousiaste… On assiste même à la formation de ‘circle pits’ ! Après un tel boxon, il est temps de prendre un bol d’air…  

D’autant plus que c’est Drakkar, le plus ancien groupe wallon de métal, qui embraie sur le podium principal. Son speed métal est technique et mélodique. Les papys n’ont rien perdu de leur dynamisme. Le son est excellent. Le chanteur occupe tout l’espace scénique. Bref, le set est excellent, mais comme le groupe n’a rien à proposer de neuf et que votre serviteur a déjà assisté, à leurs prestations, de nombreuses fois, il en profite pour se restaurer et s’oxygéner…

Le set de Tagada Jones va débuter avec une demi-heure de retard, suite à quelques soucis pratiques. Lorsque le concert débute, il y a du monde dans la fosse. Depuis la parution du dernier long playing, « La Peste Et Le Cholera », le combo rennais n’a pas composé de nouvelles chansons. Parabellum, Les Sheriff, The Exploited, The Ramones, Bad Religion, Suicidal Tendencies et Bérurier Noir constituent ses influences majeures. Au fil du temps, la musique du groupe breton a évoluée, avant d’émarger tout simplement au punk rock. Sérieusement engagés, les textes sont chantés dans la langue de Voltaire, d’une voix rageuse, par Niko.

En live, la musique de Tagada Jones est brute de décoffrage. Mais ce soir, il manque un des guitaristes. Ce qui finalement ne va pas nuire à la prestation, particulièrement rock’n’roll. Et ce malgré les petites touches discrètes, mais judicieuses d’électro. Les riffs de gratte sont racés et incisifs. Et si les pecus jouent un rôle essentiel, la ligne de basse lui sert de tremplin. « De l’amour et du sang » coulent dans leurs veines. Tout au long d’« Instinct Sauvage » et de « Zero De conduite », les cordes de gratte tagalopent. « La peste et le choléra », titre maître du dernier LP, est un des sommets du show. Au cours duquel l’interactivité entre le groupe et la foule est totale. « Je suis Démocratie » nous rappelle l’attentat dont a été victime la rédaction de Charlie Hebdo. Un concert de Tagada, c’est de l’énergie, de la sueur, de la testostérone, de la bonne humeur et une solide ambiance...

Le Cercle Metal festival est était sa première édition. Votre serviteur a passé une belle journée métallique. A l’année prochaine !

Tagada Jones + Drakkar + Carthagods + Ithilien + Trikhorn + Innerfire + Baraka + Cathubodua + Octane + Out The Monster

(Organisaton : ASBL Hell&M Prod)

Doom Wood 2017 : samedi 25 novembre

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En cette froide soirée de novembre, cinq formations ont décidé de convertir cette seconde édition du Doom Wood Festival en manifestation toute aussi lourde en riffs qu’en décibels. Sur l’autel : du Drone, du Doom et du Sludge. Selon leurs vices respectifs, les groupes vont proposer des sets courts mais d’une incroyable intensité, au cours desquels chaque band aura le loisir de déverser sur la fosse, la noirceur de son âme. Un chapelet de bulles opaques et crades juste comme on les aime, et que tout amateur du genre ne devait pas louper pour la circonstance. Un peu moins de cent personnes s’étaient déplacées pour cet événement. Immersion.

Tamines, petit village de Sambreville. Les rues sont plutôt calmes voire même désertiques en cette fin de journée d’automne. Un certain contraste par rapport au déferlement de décibels qui s’annonce à 300 mètres du lieu où une place de parking est disponible pour votre serviteur. En pénétrant dans la rue de la Maison des Jeunes de Tamines, théâtre des opérations du jour, impossible de ne pas tomber sur un food-truck au menu plutôt varié et alléchant. Le bougre fera son beurre ce soir, ne manquant pas d’assouvir la faim des badaud·e·s avides de musique épaisse. Quelques personnes grillent une cigarette ou s’enfilent à leur aise une bouteille de vin face au modeste bâtiment dont l’écriteau, au graphisme digne d’un des meilleurs vendeurs de kebab, ne permet pas de se tromper sur l’emplacement. Le mur de droite de la petite salle sert de présentoir aux t-shirts, cd, vinyles et autres patches et stickers des combos qui se produisent ce soir. Au fond, l’arène.

Le Passeur entame cette soirée. Costumes noirs de rigueur, les deux musiciens se font face sur le podium, assis sur une chaise. Sur la gauche, de longues notes graves sont tirées d’une guitare, torturées par les multiples pédales de distorsion. A droite, posés une petite table, une boite à effets et un bol tibétain. Le vocaliste de la formation interrompt à intervalles réguliers le bourdonnement de la gratte, tel un parolier lançant des appels à l’aide, d’avance perdus dans l’océan. On pourrait croire à une discussion schizophrénique. Bien que certains éléments perturbateurs parasitent le set, les deux musiciens parviennent à rester dans leur bulle surréaliste. Devant eux et dos au public, une artiste laisse courir un fusain (ou du moins, ça y ressemble) sur le papier d’un flipchart. La noirceur des sons traduite en traits, formant des illustrations abstraites. Après une vingtaine de minutes, la prestation atteint son point d’orgue. Les cris s’étranglent en une envolée dépressive, la guitare n’émet plus qu’un chaos sonore et tout finit par retomber. Les musiciens quittent l’estrade aussi abruptement qu’ils y sont arrivés. Les vannes sont ouvertes. Il y plane désormais une ambiance lourde et froide qui collera au mur jusqu’en fin de parcours…

Le temps de s’offrir une bière et de s’autoriser une brève prise d’air à l’extérieur, Lethvm est déjà prêt à démarrer les hostilités. Une prestation quelque peu symbolique puisqu’elle célèbre la sortie, la veille, de son premier album « This Fall Shall Cease ». L’apocalyptique et dépressif « Wandering at Dawn » entame le concert. Les rangs se sont resserrés. Beaucoup de métalleux semblent avoir fait le déplacement pour l’occasion. Les musicos prennent pleinement possession de la scène. Pendant que Ben semble hanté par la noirceur des morceaux, ne faisant plus qu’un avec sa basse, Mathieu, le guitariste, planté à l’autre extrémité du podium, conserve un visage impassible comme s’il était enfermé au sein d’une bulle musicale hermétique. En chef d’orchestre bienveillant, Tony, quand il ne martèle pas ses fûts, veille à insuffler par sa frappe ce tempo lent et hypnotique. Face à lui, Vincent se démène comme un beau diable, tout en barbe et cheveux blonds. Ses hurlements écorchés et plaintifs –très susceptibles d’évoquer ceux du chanteur de Burzum, Varg Vikerness– le traversent de part en part. Son registre vocal est incroyable ; ce qui lui permet d’ailleurs ensuite de s’autoriser des envolées plus graves et solennelles, bras tendu vers un infini, par définition inaccessible. Ou encore cet autre instant où il préfère abandonner son micro derrière lui, s’époumonant à blanc face à l’audience. Du meilleur effet ! Peine perdue de vouloir poser le pied pour reprendre un quelconque équilibre, Lethvm vous rattrape de suite par la gorge. Alors que l’ambiance s’enfonçait dans une atmosphère sombre et dépressive, « Winter’s Journey » réveille les âmes et leur colle un coup de pied bien placé, direction le purgatoire. Quelques bras se lèvent, des applaudissements émergent mais la majorité des spectatrices et spectateurs semblent être, à juste titre, happés par les morceaux. Vincent finit par sauter dans la fosse, s’empare d’une grosse caisse déposée à côté, rue dans le public et finit par se poser face à la scène, formant à présent un duo en compagnie du batteur pour clore ce set. Tous les ingrédients sont réunis pour que Lethvm monte en puissance dans les mois et années à venir. Et surtout, qu’il ne laisse plus au fond de la gorge ce goût amer de trop peu. 

Attention, ça colle aux poumons ! Atomic Trip débarque pour la première fois, en Belgique. Il a emmené dans ses bagages un OVNI instrumental, entremêlé de Sludge et de Doom. Impliquant un batteur et deux guitaristes (dont l’un des deux n’est autre que le vocaliste de Cult of Occult, programmé en tête d’affiche), le trio va dispenser, pendant une bonne demi-heure, une musique extrêmement grasse, lente, parfois minimaliste et surtout crasseuse à souhait. Les mots sont parfois difficiles et vains à placer pour décrire une ambiance. C’est le cas ici. Le plus efficace serait peut-être de vous imaginer confiné·e dans un espace clos et que les murs se rapprochent petit à petit, à vitesse égale, finissant par froidement vous broyer, sans aucun état d’âme. Une stérilité qui se traduit également sur les planches, où les musiciens ne sont pas venus pour taper dans les mains et divertir la plèbe. C’est à prendre ou à laisser. Une hallucination acide, éveillée et partagée par celles et ceux qui se montrent ouvert·e·s et fait appel à ce qui se situe au-delà des mots. Atomic Trip a proposé ce soir un voyage, toutes fenêtres ouvertes et à contresens. Seul·e·s les mordu·e·s ont continué le périple jusqu’au bout.

C’est encore sous l’épais brouillard sonore laissé par leurs prédécesseurs que débarquent les Allemands de Phantom Winter. Deux pieds de micro sont disposés en vis-à-vis, plaçant les deux vocalistes parallèlement à la scène. Vous pouvez définitivement laisser de côté les ballons multicolores, la soirée se poursuit dans la suie. Les niveaux sonores sont pour le coup montés d’un cran, conférant aux lentes et chaotiques compositions une impressionnante couche anxiogène. Face au public, les growls impassibles et martiaux répondent aux vociférations aigues et possédées, le tout noyé dans une soupe de riffs glacés et démoniaques. Il règne une tension particulière, un confluent où l’aura nihiliste du punk finit par rencontrer l’appel funéraire propre au Doom. Seule une lumière bleue foncée, posée au sol, illumine l’ensemble de la scène, conférant aux visages des musiciens des traits aussi tirés que ravagés. Une haine froide et contenue face à un déchirement sans filtre, fréquemment entrecoupée de samples déclamatoires, qu’on pourrait croire sortis d’une chaîne de news allemande. Un peu comme si la musique de Phantom Winter reflétait un négatif inversé de la réalité, ce qui se passe de l’autre côté du miroir, ce no man’s land d’où on ne peut revenir une fois la ligne franchie. Alors que le quintet arrive petit à petit à instaurer cette ambiance atypique, les rangs se déforcent graduellement, préférant aller tailler le bout de gras à l’extérieur. Dommage !

Quelque peu éméchés, certains s’amusent à faire cracher les baffles de leur voiture parquée en face de la Maison des Jeunes. D’autres vident joyeusement leur bouteille de vin ou s’enfilent un dernier hamburger avant de se prendre la tête d’affiche dans l’estomac. Ces derniers effectuent les derniers réglages. Les vibrations parviennent jusque dans la rue. Les bouchons d’oreille sont vivement conseillés, car les Lyonnais de Cult of Occult ont plutôt la main lourde sur les niveaux sonores. Quelques spots à l’arrière inondent à présent la scène d’un rouge sang. Tous encapuchonnés, les artistes s’emparent de l’espace. Alors qu’il était plutôt discret lors de sa prestation chez Atomic Trip, caché derrière un ampli, le vocaliste a désormais laissé tomber la guitare pour s’emparer du micro et venir se planter à proximité de l’audience, pied sur l’ampli, dominant d’un regard froid et déshumanisé. La machine démarre. C’est lent, très lent. Le son emplit toute l’atmosphère, pousse les murs. Un long cri guttural sature les lieux. La décadence s’est désormais invitée aux festivités macabres. Ne cachant pas son attrait pour la boisson, le vocaliste s’abreuve d’une Rochefort en deux ou trois gorgées, nourrissant sa barbe par la même occasion, avant d’attraper et de vider, quelques instants plus tard, un gobelet rempli de houblon. La trentaine de personnes encore présente dans la fosse balance lentement la tête au rythme du claquement des cymbales. Les vibrations s’infiltrent insidieusement dans le corps, tel un venin qui grappille et infecte sans interruption les cellules saines. Une petite quarantaine de minutes, hors du temps, véritable expérience misanthropique et malsaine qui ne peut que souiller l’âme et y laisser des traces indélébiles. Seule stigmate physique de ce passage infesté : les oreilles bourdonnent dangereusement. Après avoir vomi toute leur haine, les artistes dégagent un à un de la scène, laissant les baffles hurler un larsen sillant littéralement les tympans. Le chanteur finit par remonter sur l’estrade et coupe d’un geste sec les amplis. Soulagement. La tempête est passée, il ne reste plus qu’à s’en remettre.

A l’heure où la tendance se porte plus que jamais sur la musique lisse et exempte de remous, le Doom Wood Festival prend le risque de mettre sous les projecteurs des formations atypiques et parfois loin de susciter l’intérêt général. Une organisation qui a le cran d’aller à rebrousse poils et d’offrir à son public des expériences sensorielles, davantage que des classiques prestations. Un saut à pieds joints dans la flaque d’eau, et peu importe si on en ressort les pieds mouillés. Il est donc plus que jamais nécessaire de soutenir ce type de manifestation, du moins si on veut que le Metal puisse rester cet antre d’expressions multiples, certes parfois dérangeant, mais ô combien salutaire...

(Organisation M.J. Tamines)

 

 

Bozar Electronic Arts Festival 2017 : vendredi 29 septembre

Le Bozar Electronic Arts Festival fête déjà sa sixième édition ; et pour être franc, c'est un des meilleurs festivals de musique électronique en Belgique. Le lieu ? Le Bozar (le Palais des Beaux-Arts, pour celles et ceux qui ne connaissent pas Bruxelles). Cet endroit est bien entendu magique et l'organisation, impeccable, mais c'est surtout la programmation qui est intéressante. Elle combine classicisme, expérimentation et avant-garde, sans négliger un côté 'mainstream', voire même 'clubbing'. Pour les aficionados de la musique 'dark' orientée 'wave', comme votre serviteur, il y a toujours quelque chose à se mettre dans le creux de l’oreille. Les années précédentes, l'affiche était rehaussée par la présence, notamment, de Silent Servant, Regis, Andy Stott ou encore Veronica Vasicka. Pour cette édition, c'est surtout la soirée du 29 septembre qui a retenu notre attention, car elle nous réserve des concerts de Black Rain et de Ben Frost.

La soirée commence bien : dans le hall, nous croisons Alison Lewis, mieux connue au sein des milieux 'dark' sous le pseudo de Zanias, une artiste interviewée à plusieurs reprises par votre serviteur. Ancienne chanteuse de la formation légendaire de dark-pop Linea Aspera, elle incarna également la moitié de Keluar. Et elle nous signale qu’elle prêtera sa voix à Black Rain. Une bonne nouvelle !

Black Rain, c'est un des multiples projets imaginés par l'Américain Stuart Argabright, connu grâce à Death Comet Crew et Dominatrix mais surtout à Ike Yard, la formation new-yorkaise pionnière de la 'no wave'. Active depuis les années 80, Black Rain a connu une renaissance en 2012 après la sortie des « Soundtracks 1995-1995 » de William Gibson, publiées sur l’écurie britannique Blackest Ever Black. Inscrit au catalogue de labels tels que Les Disques du Crépuscule et Factory Records, le projet est largement reconnu comme précurseur pour la musique industrielle, proto-techno et post-punk.

Au Bozar, Stuart Argabright est accompagné par Soren Roi, aux synthés modulaires et à la guitare, et Otto Lindholm à la contrebasse. Argabright se consacre au laptop, au synthé et à la basse. Dans le ‘Studio’, le petit amphithéâtre du Bozar, plein à craquer, la formation déroule sa musique dark ambient teintée de rythmiques technoïdes. Les compos sont assez bruitistes, atonales et sombres. La setlist se focalise sur « Black Pool », le dernier opus en date du projet, publié l'année dernière, mais propose également des nouveaux titres. Ils devraient d’ailleurs figurer sur le prochain disque, dont la sortie est prévue pour la fin de l'année. Dans le dernier tiers de la prestation, Alison Lewis rejoint le trio pour interpréter quatre titres, dont les deux « Profusion (I et II) ». Drapée dans un superbe ensemble noir aux allures de sari, elle fascine et impressionne. Telle une diva gothique, elle alterne mélodies lancinantes et phrasés plus expérimentaux. Par moments, sa voix lorgne sur le chant lyrique de Lisa Gerrard, une des chanteuses, on le sait, qui l'ont le plus marquée dans sa vie. Un set été intense et profond, qui constitue une excellente mise en bouche avant le plat de résistance...

Ce plat de résistance nous est servi par Ben Frost. L'Australien, qui réside en Islande, est un fidèle du festival ;  il a déjà foulé les planches du Bozar en 2012 et 2014. Aujourd'hui, il est clairement devenu une 'superstar' de la musique électronique et c'est en majorité pour lui que le public a investi en masse la grande salle Henri Leboeuf. La musique de fond dispensée avant le concert se résume à un son monotonique régulier, semblable au beep d'un électrocardiogramme. Enervant mais idéal pour créer un manque et susciter le désir avant le déferlement qui va suivre.

Vers 21h40, accusant 10 minutes de retard, l'artiste prend possession de la scène, sous les fumigènes. Arborant une barbe et des cheveux longs, campé derrière une large table placée au centre du podium, sa stature de bûcheron en impose. Le light show est exclusivement composé de lumières d'un bleu électrique rappelant la pochette de « The Centre Cannot Hold », son dernier opus produit par Steve Albini qui, jolie coïncidence, sort ce jour même chez Mute Records.

Si, sur disque, la musique de Ben Frost peut paraître parfois monotone, son incarnation sur scène est, par contre, d'une puissance impressionnante. Les écarts de dynamique sont frappants : on passe des atmosphères les plus 'ambient' aux explosions soniques d'infra-basses et de synthés. On reconnaît la plupart des thèmes du dernier LP, notamment « Ilonia » et « Entropy in Blue », mais les séquences rythmiques et les modules mélodiques sont triturés et torturés en live par un Ben Frost véritablement possédé. Un autre possédé, c'est le fan lourdingue du premier rang qui, en transe depuis le début du concert, va jusqu'à monter sur le podium pour congratuler l'artiste, avant d'être fermement éconduit par un membre de la sécurité.

Les jeux de lumière sont bluffants. Les vidéos projetées sur l'énorme écran, tendu au fond de l’estrade, deviennent progressivement plus précises et représentent des nuages en mouvement ou des mousses qui se gonflent comme un Alien, le tout dans la couleur bleue obsessionnelle qui évoque Klein.

L'univers sonore ressemble à un voyage dans les tréfonds des geysers islandais. Le calme sourd, sombre et profond, avant le surgissement des forces telluriques. On pense à Autechre, The Knife, Empyset, Prurient ou Blank Mass ; mais la signature musicale de l'Australien est foncièrement originale. 

Cette symphonie tirée des abysses de la terre s’achève au bout d’une heure. Et pour ponctuer ce show époustouflant, Ben Frost vient saluer la foule, la main sur le cœur. A revoir au plus vite !

Le programme prévoit encore la prestation de Pantha du Prince et la performance ‘SpaceTime Helix’ proposée par Michela Pelusio et Glenn Vervliet. Mais la soirée a été suffisamment riche. Ce sera pour une autre fois !

(Organisation : Bozar)

Nuits Sonores 2017 : samedi 16 septembre

Après la soirée d'inauguration (voir notre chronique ici), les Nuits Sonores bruxelloises entrent dans le vif du sujet, en proposant deux nuits de musique électronique, ce vendredi et ce samedi, dans le Palais 10 du Heysel.

Pour rappel, 'Les Nuits Sonores', c'est un nouveau festival pluridisciplinaire qui s'inspire grandement de son grand frère lyonnais, actif depuis 14 ans. La Ville de Bruxelles a en effet demandé à l'équipe lyonnaise de développer une version locale de ce festival dans notre capitale, en adaptant le concept français aux lieux et aux artistes locaux.

Si la nuit du vendredi a rencontré un succès mitigé, par contre, celle de samedi a attiré la très grande foule. Le public est déjà nombreux dès l'entame du programme, à 22h, pour écouter DC Salas, la nouvelle coqueluche de l'electro bruxelloise. Il n’a suffi qu’un seul Ep, « Peru », paru en 2010 sur l’éminent label Doctor Vinyl, pour propulser DC Salas au coeur de l’effervescence de la scène électronique noir-jaune-rouge. Le Nicolas Jaar belge est parvenu à réchauffer les esprits (et les articulations) au sein d’un Palais encore transpercé par un air un peu trop glacial pour la saison.

Mais la plupart des jeunes se sont déplacés pour le prodige de l'électro à la française : Rone. Erwan Castes ne paie pourtant pas de mine : chaussé de lunettes et l’air un peu gauche, on dirait un geek. Mais qu'on ne s'y trompe pas : à 36 ans, c'est une véritable superstar. Au Palais 10, en tout cas, son arrivée déclenche une gentille hystérie. Le musicien vient se planter derrière ses machines et derrière lui, en backdrop, on distingue l'énorme reproduction du visuel créé par Michel Gondry, une évocation moderne du Metropolis de Fritz Lang. Le son est puissant : on ressent les infra-basses et les décibels! La setlist fait la part belle à « Mirapolis », le prochain LP, qui doit sortir en octobre prochain. On reconnaît « Brest », dont des extraits sont déjà disponibles sur les plates-formes de streaming. Mais c'est un ancien titre, le fameux « Parade », caractérisé par sa voix incantatoire, qui déclenche bien entendu la folie dans la fosse. Anecdote, le musicien traverse un moment de panique lorsque ses machines stoppent net le temps de deux 'glitches' inopinés : une occasion de regretter une fois de plus l'omniprésence des playbacks et autres séquences préprogrammées dans ces spectacles sensés être 'live'.

Cet incident est bien vite oublié, d'autant qu'un autre hit, « Bye bye macadam », vient mettre tout le monde d'accord. La version en live est étonnante. Pulsants, les synthés sonnent comme des orgues de barbarie. On se croirait au plein milieu d'une fanfare pour un monde moderne. A la fin du spectacle, Rone s'avance vers le public pour le remercier. Et il faut le reconnaître, ce gars incarne véritablement le rêve de tout 'nerd' passionné de musique et d'ordinateurs. Le public, en tout cas, en a eu plein les oreilles et, vous n'y couperez pas, plein les neu-Rones...

Après un (trop long) intermède rempli par la Djette tunisienne Deena Abdelwahed, il est enfin temps d'accueillir le 'boss' : Laurent Garnier. Il est 4h du matin et le hall du Palais 10 est encore rempli aux ¾ de sa capacité. Manifestement, l'artiste aurait dû commencer plus tôt et bénéficier de plus de deux heures dans la programmation. Car il n'est jamais aussi bon que lors de longues chevauchées musicales qui peuvent atteindre 5 heures, voire en mode 'All Night Long'. Qu'importe : ne boudons pas notre plaisir et profitons à 200% d'un set une fois de plus époustouflant d'érudition et d'intelligence. Pas le temps de divaguer dans l'ambient ou le jazz : la tonalité principale se révèle d'emblée techno-electro, tout en intégrant des nuances house et opérant quelques incursions dans l'EBM. Il termine d'ailleurs sa prestation par le remix de Boys Noize du célèbre « Als wär's das letzte Mal » de D.A.F.

Ce qui frappe à nouveau, c'est l'incroyable maîtrise technique du Parisien. On admire sa manière d’isoler un loop, de le faire tourner avant de l'enrichir de rythmes ou de samples, créant ainsi 'on the fly' une partition inédite. Et elle peut perdurer avant que, par miracle, elle ne glisse vers un autre track qui attendait la touche du Maître pour sortir de sa boîte. Bravo, Laurent !

En conclusion, on peut écrire que les Nuits Sonores ont réussi leur pari. Pour une première édition, c'est un succès. Mais, pour la prochaine édition, il serait sans doute judicieux de faire évoluer le concept bruxellois, pour le rapprocher du modèle lyonnais et pas seulement organiser deux nuits et un circuit. Enfin, si la combinaison entre musique électronique, arts visuels et performances constitue un objectif louable, il serait souhaitable qu’elle se réalise au sein de lieux vraiment insolites, intégrés au sein du tissu urbain.

En outre, il ne suffira plus de se contenter d’un petit débat sur l'avenir de l'Europe : il faudra créer en pratique une interaction visant à revitaliser les quartiers. Si elle n'a pas réalisé d'emblée ces objectifs ambitieux, la première édition bruxelloise constitue, en tout cas, un premier pas dans la bonne direction.

(Organisation : Nuits Sonores & Brussels Expo)

 

 

 

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