Formé en 1990, Quicksand a splitté fin 1995, avant de se reformer en juin 2012. Son dernier elpee, « Distant Populations », est paru en 2021. Il vient de publier un nouveau single, « Giving The Past Away », avant une tournée avec Clutch et Helmet, pour…

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Temps Calme est un trio lillois qui pratique une musique, fruit d’un cocktail entre éléctro, pop, psychédélisme, jazz et krautrock. Fondé en 2018, il implique Olivier Desmulliez (Ed Wood Jr., l’Objet...), Samuel Allain aux claviers (Black Bones) et Nicolas…

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Sonic City 2019 : samedi 9 novembre

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L’édition 2019 du festival Sonic City était particulièrement alléchante. Sous la houlette des curateurs Cate le Bon et de Shame, elle va proposer une quarantaine de groupes pendant 3 jours. Un bon millier de personnes a répondu présent le dimanche et un peu moins le samedi. Votre serviteur y était ces deux jours. Compte-rendu.

Priests avait accordé un excellent concert au Botanique en mai dernier. On espérait donc voir confirmer cette prestation dans le cadre du Sonic City. Le set s’ouvre par le single « Jesus’ son ». Belle entrée en matière ! GL Jaguar, le guitariste, est coiffé d’un chapeau de cow-boy comanche. Cheveux blond platine, chaussée de grandes lunettes de soleil, Katie Alice Greer a enfilé un top de couleur lilas aux reflets scintillants, une salopette blanc/beige dont elle laisse les bretelles retomber pour exhiber son nombril. De teinte orange, mais en latex, le top de la drummeuse, Daniele Daniele, est particulièrement sexy. Légèrement transparent, il dévoile de jolis mamelons… Mais passons au concert. Si la voix de Katie est toujours aussi radieuse, empruntant parfois les inflexions à Siouxsie Sioux voire Kate Pierson, et les envolées de gratte dispensées par GL Jaguar évoquent celles immortalisées par Tristan Garel-Funk chez Sad Lovers & Giants, les balances sont trop approximatives ; et puis le son est trop fort. En outre, les musicos semblent précipités ; et à trois reprises, la préposée aux fûts doit reprendre les morceaux au bout de quelques secondes. Cette dernière vient chanter deux titres, dont « I’m clean », un long morceau coincé entre disco et funk, pas vraiment convaincant. Et si les harmonies vocales échangées entre les deux vocalistes sont très susceptibles de rappeler les B52’s voire les Slits, on regrettera amèrement que le quatuor ne soit pas parvenu à canaliser son énergie furieuse, comme au Bota. Dommage !

Koichi Yamanoha, c’est l’ex-chanteur/bassiste du groupe japonais Screaming Tea Party. Etabli à Londres, il s’est lancé dans un nouveau projet qu’il a baptisé Grimm Grimm. Seul sur le podium, assis sur un siège, il se sert d’une gratte semi-acoustique et de bidouillages électroniques, pour dispenser un acid folk baroque, futuriste et surtout expérimental. Pourtant, ses mélodies sont soignées et les harmonies vocales sous reverb’ et dédoublées réveillent le souvenir des Beatles. C’est très agréable à écouter, éthéré dans l’esprit de Mercury Rev voire de Perfume Garden, mais au bout d’un bon quart d’heure, les compos commencent à toutes se ressembler. Pour info, sachez que cet artiste a été signé par le nouveau label de Kevin Shields (My Bloody Valentine).

En juillet dernier, Whispering Sons s’était produit dans le cadre du festival Cactus et avait laissé une impression mi-figue mi-raisin, ne parvenant pas à entraîner l’auditoire au cœur de son univers, sans doute à cause d’un environnement un peu trop mainstream. Chemisier blanc sur pantalon beige, qui contraste avec les vêtements de couleur noire des autres musicos, Fenne Kuppens, la chanteuse, ne tient pas en place tout au long du set. Elle s’agite comme un pantin désarticulé. Parfois on a même l’impression qu’elle entame un jogging. Si certaines sonorités de guitare semblent héritées de Danse Society, le spectre de Sisters of Mercy rôde régulièrement, la voix de Fenne semblant refouler sa colère, campant même le pendant féminin de celle d’Andrew Eldritch. Mais bonne surprise, les claviers infiltrent judicieusement la solution sonore et le light show colle parfaitement au climat sombre entretenu par le band. Manifestement, le post punk de Whispering Sons s’exprime beaucoup mieux en salle qu’en plein air… Anecdote, lors du dernier morceau l’alarme incendie s’est déclenchée ; ce qui a fait bien rire Fenne…

Cate Le Bon était une des curatrices de l’édition 2019 du Sonic City. Une Galloise qui compte quand même 5 albums à son actif, dont le dernier, « Reward », est paru en mai dernier. Sur scène, elle est soutenue par cinq excellents musicos, dont un drummer et quatre multi-instrumentistes qui se partagent saxophones, claviers, marimba, basse et guitares. Mais ce qui frappe d’abord, c’est la voix de Cate ; vulnérable, cristallin, son soprano évoque parfois celui de Kate Bush. Elle ne se consacre cependant pas uniquement au micro, se consacrant également et régulièrement à la gratte. Entre certains titres, elle interroge l’auditoire avec un regard noir et une expression stoïque. Et quand elle chante ‘I love you, I love you, I love you’, tout au long de « You don’t love me », on dirait qu’elle parle dans le vide. Multiforme, tour à tour minimaliste ou luxuriante, joyeusement excentrique ou furieusement irrésistible, oscillant entre folk, dub, pop, r&b, jazz, cabaret et post punk (NDR : la ligne de basse, surtout !), la musique emprunte même des accents prog réminiscents du Van Der Graaf Generator (deux saxos, cependant), et tout particulièrement lors de « Wonderful ».

En final, le groupe va nous réserver une version percutante de « What’s not mine », Cate (NDR : qui a adopté une coupe de cheveux à la Jeanne d’Arc) en profitant pour étaler toute sa virtuosité sur ses six cordes. Et un petit millier de personne est tombé, ce soir, sous son charme…

Petit détour par le club où Mega Bog se produit. Il s’agit du groupe d’Erin Elizabeth Birgy, une Américaine dont le répertoire propose des chansons nerveuses qui naviguent quelque part entre jazz, folk et indie, mais dont les morceaux s’achèvent souvent de manière impromptue. Blonde, Erin possède une jolie voix, également susceptible de rappeler Kate Bush. Et curieux, le drummer tient presque constamment un stick et un maracca dans une de ses mains, pour frapper ses fûts. Mais trop synthétique, le clavier ne colle pas vraiment au style musical. Aussi, on en profite pour aller casser la croûte…

Après avoir assisté à deux remarquables concerts, dans le cadre du festival Cactus, il y avait de quoi être enthousiaste à retrouver le Thurston Moore Band sur les planches. Il vient cependant de publier « Spirit counsel », un elpee expérimental, pour lequel il a fait appel à des tas de collaborateurs (pour la plupart des amis) dont une douzaine de guitaristes. Et bien ce soir, Thurston va nous réserver deux extraits de cet opus, « Alice Moki Jane » et « 8 Spring street », lors d’un set qui va durer un peu plus d’une heure. Le premier morceau rend notamment hommage à Alice Coltrane, maîtresse de jazz spirituelle, Moki Cherry, artiste plasticien et musicien suédois, et la poète politique Jayne Cortez, trois femmes qui se sont sans doute forgé une identité artistique singulière, en marge de leurs maris célèbres (John Coltrane, Don Cherry et Ornette Coleman, respectivement). Enfin, « 8 Spring Street » tire son nom de l'ancien discours du compositeur Glenn Branca, mentor et guide spirituel de Moore dans l’underground.

Sur les planches, Thurston est soutenu par un second guitariste (NDR : ils jouent tous les deux de grattes à 12 cordes), en l’occurrence James Sedwards, la bassiste de My Bloody Valentine, Debbie Googe, et Pete Shelley, l’ex-drummer de Sonic Youth. Et dès le départ on est un peu décontenancé par la musique proposée qui sera exclusivement instrumentale. Pete (dont la grosse caisse porte le sigle ‘The Style Council’) joue très souvent debout en se concentrant sur les cymbales, alors que les deux gratteurs tissent de longues envolées atmosphériques, psychédéliques, bourdonnantes ou mystiques, des envolées qui montent et redescendent en crescendo en alimentant une forme d’ambient très électrique qui ne néglige ni le feedback ni les longues stridulations. Les deux guitaristes glissent même des sticks à travers leurs cordes pour produire des sonorités proches d’une boîte à musique.

En fin de parcours Moore tient sa guitare horizontalement au-dessus des têtes du public en laissant ses cordes vibrer et rugir frénétiquement.  

Un set parfait, mais terriblement difficile à digérer si on n’a pas écouté l’album. En fait, Thurston est à nouveau en pleine phase expérimentale, dans la tradition la plus pure de la noisy, un peu comme aux débuts de Sonic Youth, mais aussi dans l’esprit de ses nombreuses collaborations ou aventures en solitaire. Le spectateur lambda, amateur de rock plus ou moins classique, a lui dû trouver le temps bien long…

A demain !

(Organisation : Wilde Westen)

Priests + Grimm Grimm + Whispering Sons + Cate le Bon + Mega Bog + Thurston Moore Band

Sonic City 2019 : dimanche 10 novembre

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L’édition 2019 du festival Sonic City était particulièrement alléchante. Sous la houlette des curateurs Cate le Bon et de Shame, elle va proposer une quarantaine de groupes pendant 3 jours. Un bon millier de personnes a répondu présent le dimanche et un peu moins le samedi. Votre serviteur y était ces deux jours. Compte-rendu.

On débarque juste avant le concert de Squids (NDR : traduisez calamars !) Bonne initiative de la part de l’attaché de presse chez PiaS d’avoir transmis l’Ep de cette formation issue de Brighton, sans quoi on manquait un des meilleurs moments du festival. Squids, c’est un quintet réunissant deux gratteurs dont un gaucher, un bassiste qui double à la trompette, un claviériste (NDR : encore que ces musicos sont capables de changer d’instrument en cours de parcours) et un drummer qui se charge également du lead vocal. Un fait assez rare pour le souligner, d’autant plus que ce Ollie Judge assure parfaitement les deux rôles. C’est même lui qui sert de chef d’orchestre chez le combo. Son chanté/parlé évoque tour à tour feu Mark E. Smith (The Fall), David Byrne (Talking Heads) ou encore Fred Schneider (B52’s), alors que capricieuse mais joyeuse, mais aussi envoûtante ou frénétique, voire atmosphérique et tentaculaire (?!?!?), la musique de Squids puise ses sources aussi bien dans le post punk, le jazz, la soul que le funk blanc. Et le résultat est aussi rafraîchissant qu’original. Et puis certaines interventions à la trompette s’évadent à la manière d’un Steven Brown (Tuxedomoon). Ollie vient interpréter un morceau plus paisible sans frapper sur ses fûts, mais simplement sur une cymbale, pour accélérer le tempo. Une belle salve d’applaudissements va ponctuer cette prestation particulièrement convaincante.

The Murder Capital est un autre band dublinois, responsable d’un premier album. Baptisé « When I have fears », il est paru en août dernier, un elpee chroniqué dans nos colonnes ici. Le quintet monte sur le podium : deux guitaristes, un bassiste, un batteur et le chanteur James McGovern. Le show s’ouvre par les deux versions de « Slowdance », deux morceaux relativement indolents et monochromes. McGovern secoue un tambourin, s’en sert même comme un éventail avant de la balancer dans les mains d’un roadie prêt à le recevoir en coulisses. Cheveux coupés assez courts, il a une tête plutôt patibulaire voire inquiétante. Les mains dans le dos, il regarde le sol. Quoique caverneuse, sa voix passe bien la rampe. Le bassiste, Gabriel Paschal Blake ne tient déjà pas en place et se contorsionne d’un air menaçant en exhibant son instrument. Et sa ligne de basse palpite comme un cœur atteint de tachycardie. Gémissements et crépitements de cordes alimentent « Love, Love, Love ». Le drumming de Diarmuid Brennan est aussi syncopé que celui de Stephen Morris (Joy Division). Et « For everything » trahit bien des références aux Young Gods, comme sur le long playing. « Green & blue » constitue un monolithe post punk imposant, taillé par un riff de basse puissant. Le show monte encore en crescendo tout au long de « For everything ». Mais à partir de « Don’t cling to life », la fièvre va s’emparer du band. Des mouvements de danse, puis des pogos se propagent dans la foule. Mais aussi le crowdsurfing. Le leader ouvre alors la fosse à partir de « More is less », et saute dedans pendant le final « Feeding faces ». Paradoxalement, si au fil du set les titres proposés sont devenus plus durs, ils sont restés mélodieux. D’ailleurs, de nombreux spectateurs ont repris les paroles des chansons en chœur. Un des points culminants du festival !

Setlist : Slow Dance I, Slowdance II, Love, Love, Love, Green & Blue, For everything, Don’t cling to life, More and less, Feeling faces

Corridor se produit à l’étage. Un quintet montréalais signé chez Sub Pop. Rien d’extraordinaire jusque-là, sauf que les compos sont interprétées en français. Une première pour le label ! Maintenant, en ‘live’, il faut bien reconnaître que les paroles sont un peu noyées sous le flux des instruments. Le line up réunit deux guitaristes, un drummer, un percussionniste/claviériste et le bassiste/chanteur Dominic Berthiaume ; Jonathan Robert, l’un des deux gratteurs assurant la seconde voix. Et c’est sans doute au niveau des harmonies vocales et de l’intensité des cordes électriques que reposent toute la force de ce band qui doit probablement puiser certaines de ses influences majeures chez Big Star et les Byrds. Malheureusement, les compos manquent cruellement de relief et on a parfois l’impression que tout est dispensé sur un même ton… post punk. Dommage, car ce Corridor mérite de sortir du couloir de l’anonymat…

Deerhunter est né en 2001. Issu d’Atlanta, il est considéré comme un des groupes les plus brillants de sa génération. A son compteur, 8 albums dont le dernier, “Why Hasn’t Everything Already Disappeared?”, est paru au début de l’année. Bradford Cox en est le leader. Grand, filiforme, ce n’est pas vraiment un top model. D’ailleurs, il pourrait incarner facilement un rôle dans un film de zombies. Ce soir, il porte un blouson d’aviateur, des bottillons rouges et est chaussé de lunettes de soleil roses. Elégance ne rime pas nécessairement avec décadence. Un blouson qu’il va ôter assez rapidement, tout comme ses lunettes. Il est épaulé par un claviériste/saxophoniste, un drummer, un bassiste et un guitariste. Suivant les chansons, Cox se consacre exclusivement au micro ou au chant et à la guitare. Des grattes qui peuvent vraiment se charger d’une belle intensité quand un max d’effets est injecté dans des couches délavées, pétillantes, atmosphériques, bringuebalantes ou bourdonnantes. Il dédie « Plains » à son amie Cate Le Bon, une compo qu’ils jouent d’ailleurs ensemble régulièrement. Mais pas ce soir. Il croone aussi sur les morceaux les plus lents, comme lorsqu’il s’assied un moment sur le bord de l’estrade du batteur, pour une composition acoustique, avant que cette valse accélère sous une forme, à nouveau, bien électrique. Le temps d’un morceau, le claviériste empoigne et souffle dans son saxophone, en démontrant toute sa virtuosité sur son instrument. Tout le backing group est d’ailleurs constitué d’excellents instrumentistes. Et puis, un violoniste vient se joindre au band lors d’un final dantesque, propice à la distorsion et au feedback, lors de « He would whave laughed », un hommage au regretté Jay Reatard. 1h20, finalement, c’était vraiment trop court, car le concert était vraiment remarquable.

Setlist : Death in Midsummer, No One's Sleeping, What Happens to People?,  Revival, Desire Lines, Sailing, Take Care, Futurism, Plains, Coronado, Nocturne, Agoraphobia, He Would Have Laughed

Prévenu, votre serviteur prend du recul avant d’assister au show de Shame, un combo bien punk, dans la tradition des Sex Pistols. Issu du Sud de Londres, il a la réputation d’accorder des prestations incendiaires. 

Les baffles crachent la musique du film ‘Les dents de la mer’. Le groupe débarque enfin sur les planches avec 10 minutes de retard. Charlie Steen, le chanteur, porte un costume en pied de poule, dont il va rapidement enlever la veste, puis le t-shirt, pour finir torse-nu.  Mais dès les premiers accords, c’est le délire ! Les musiciens de The Murder Capital envahissent le podium depuis les coulisses et balancent bière et eau dans le public, gobelets et bouteilles en plastique, y compris. Et certains d’entre eux le rejoignent pour lancer la première série de crowdsurfing. Qui ne va d’ailleurs plus d’arrêter avant la fin du show. Certains spectateurs se hissent sur l’estrade et replongent aussitôt dans la fosse. Le bassiste court de gauche à droite quand il ne bondit pas comme un kangourou. Et les autres musicos se démènent presque autant. Seul le drummer (cheveux longs ?) se contente d’imprimer un tempo infernal. Puis avant « The lick », Charlie saute dans cette fosse pour déclarer l’ouverture des moshpits. Quand McGovern, le chanteur de The Murder Capital, réapparaît, c’est pour monter sur la scène et rouler un patin à Steen. Votre serviteur n’a pas pris assez de recul et doit se résigner à battre en retraite, car l’effervescence dans le public gagne du terrain. 2/3 de la foule est en ébullition. Faut dire que Charlie jette littéralement de l’huile sur le feu pour activer cet incendie sonore, en invitant notamment la foule à s’approcher du podium. Il porte son pied de micro sur les épaules comme un haltérophile. Un fameux showman ! Et pourtant, malgré cette sauvagerie, certaines compos sont tramées dans de savoureux échanges de grattes électriques. En 50 années de concerts, il faut avouer que votre serviteur a rarement connu un tel chaos. Mais dans une chouette ambiance. Car il n’a engendré aucune échauffourée et a permis aux festivaliers de manifester –sans doute spontanément– leur bonheur de vivre intensément le moment présent. Bon, il doit bien y a voir quelques bleus ou dents cassées à l’arrivée ; mais les intrépides qui se sont lancés dans la mêlée connaissaient les risques. D’ailleurs, à la fin du spectacle, Steen est revenu sur le podium pour s’inquiéter d’un iPhone perdu et de quelques objets trouvés.

Setlist : Another, Niigel Hitter, Concrete, The Lick, One Rizla, Cowboy Supreme, Tasteless, Human, for a Minute, March Day, Friction, Dust on Trial, Snowday, Gold Hole,

Bref, ce Sonic City était assurément d’un tout grand cru. Maintenant, impossible d’assister seul à tous les concerts. A minuit, ce dimanche, les jambes devenaient lourdes, très lourdes même ; raison pour laquelle entre les shows, il était important de se reposer dans la salle prévue à cet effet. Tiens petite anecdote, quelque temps après le show de The Murder Capital, James McGovern y est passé en catimini, vêtu d’un long manteau, un fichu sur la tête et chaussé de lunettes fumées. Enfin, il faut remercier les organisateurs pour leur accueil et leur sens de l’organisation. Presque tous les groupes ou artistes ont respecté le timing. Le prix des consommations était raisonnable et il y avait de la bière blanche. Epuisée, néanmoins, le dimanche à 22 heures. Seul bémol, le prix du parking. Et impossible d’éviter les emplacements payants, dans les artères adjacentes, sous peine d’amende. Et comme les transports en commun ne peuvent plus vous ramener plus ou moins près de chez vous en fin de festival, comment se passer de véhicule ?

A l’année prochaine !

(Organisation : Wilde Westen)

Squids + The Murder Capital + Corridor + Deerhunter + Shame

Les Solidarités : samedi 24 août 2019

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La chaleur persiste et signe. Pire que la veille ! Pour preuve, les pompiers arrosent vaillamment les dizaines de milliers de personnes qui ne se sont pas laissé décourager par cette météo décidément bien rieuse. Cette journée est sold out. Il faut pousser des coudes pour faire le moindre pas. Vu l’offre si alléchante, pas étonnant que les festivaliers se soient donnés rendez-vous en masse à la lueur de l’été pour y découvrir une affiche de choix…

En guise d’encas, Juicy, un patronyme derrière lequel se cache Julie Rens et Sacha Vok.

Les gonzesses n’ont pas encore trente balais qu’elles rentrent déjà dans le palmarès restreint des Belges qui s’illustrent en France. Leurs reprises déjantées de tubes hip hop des années 90 aux paroles misogynes, à l’instar du « Work it » de Missy Elliott ou encore du « Partition » de Beyoncé, ont pesé lourd dans la balance, épousant ainsi la même courbe de popularité que Damso ou encore Romeo Elvis. Léger dans le ton, mais profond dans le fond, les compos abordent des sujets comme le sexisme ou encore les agressions sexuelles et s’enracinent dans un style hybride entre rap et r&b…

Le théâtre de Verdure offre un panoramique exceptionnel. L’endroit est idéal pour y faire des (re)découvertes. Sur le coup de 17h15, Claire Laffut débarque.

Originaire de Moustier-sur-Sambre (entre Namur et Charleroi), la jeune fille connaît un succès croissant depuis la sortie d’un premier Ep, paru en automne 2018. Multifacettes, l’artiste pousse non seulement des vocalises, mais se consacre aussi à la peinture, la mode, le mannequinât ou encore la création de bijoux de peau éphémères. Et la liste n’est pas exhaustive. Un personnage tout en douceur dont la fragilité est perceptible dans les paroles. Le maître mot des compos sera l’amour. Pas toujours celui que l’on rêve et que l’on idolâtre. Parfois, celui qui blesse et rend morose. Mais pas que ! Elle porte un regard amusé dans le rétroviseur de la vie à travers notamment « Gare du Nord », chanson écrite à l’époque où son père disait qu’elle y finirait pute à la si ses résultats scolaires n’étaient pas suffisants… Charmant ! Si pour d’aucuns, les mots peuvent être le reflet d’une réalité atroce, elle s’exerce avec un naturel désopilant pour s’en servir comme source d’inspiration. Bref, elle dispose du talent nécessaire pour tourner un mélodrame en dérision. Ses influences sont multiples, son style parfois coloré et percussif (« Mojo ») ou même rythmé et sauvage (« Vérité »).

Le chapiteau de la FGTB (un endroit féministe paraît-il), accueille Célénasophia, un duo né de la fusion entre deux prénoms.

Elles accusent une bonne demi-heure de retard, leur matos s’est perdu dans les coulisses du festival. Une première ! En 2015, elles gravent un premier Ep baptisé « A l’Aventure » ; ce qui leur permet d’écumer les premières grosses scènes en Belgique (Botanique, Francofolies de Spa, BSF, ...) et à l'étranger (Suisse, France, Canada, Côte d'Ivoire). Soutenues par un drummer, les sœurs à la ville comme à la scène, commencent leur tour de chant par « On s’en souviendra plus », une chanson qui communique le ton à un étrange concert, dont les textes semblent tiraillés entre la plume d’un Gaëtan Roussel et celle de Saez à la rage faussement contenue. Issues de Chapelle-lez-Herlaimont, elles proposent un folk rageur tout en dressant un regard contemplatif, exhaustif et ciselé sur la vie. La préposée au chant possède un grain de voix proche de celui de Cœur de Pirate. Sa sœur, plus timorée et distante semble constamment s’effacer pour mieux s’auto-protéger. Armée d’une gratte électrique, cette dernière produit un léger voile sonore le temps de quelques chansons lorsqu’elles ne s’acharne pas sur ses backing vocaux plutôt inaudibles. L’univers du duo est nettement plus urbain qu’à ses débuts. Franchir un cap et s’affranchir davantage constitue là le pas du signe d’une maturité grandissante. De « Seul Hôtel », évoquant la solitude à « Je te vengerai », morceau écrit en hommage à la madré, les frangines se retrouvent là où elles ont commencé en faisant fi de la popularité qui les guette dorénavant et s’extériorisent des sentiments néfastes. L’ingé son fait de son mieux dans un environnement difficile : le set rencontre quelques problèmes techniques ; et puis l’écoute est rendue difficile à cause du brouhaha ambient. Pourtant contrarié par ces difficultés, CélénaSophia s’en tire(nt) joyeusement dans cette noce biblique.

Histoire de s’aérer les poumons, direction la main stage (NDR : c’est à l’extérieur !) pour Caballero & JeanJass. Les gaillards qui ont pratiquement terminé leur prestation ne font décidément pas toujours dans la prose philosophique. Et c’est un euphémisme ! Ils se sont offerts le luxe de faire venir une voiture sur la scène (un décor ??) histoire d’agrémenter leur nouvelle tournée. Le temps de cerner les nouveaux porte-drapeaux de la scène hip-hop belge, que « Bruxelles arrive » sonne le glas. Une manière de visiter la capitale tout en restant chez soi.

Au théâtre de Verdure, la surprise du jour viendra de Jeanne Added, une compositrice et interprète française. Un patronyme qui s’inspire de ses origines algériennes et plus précisément de son grand-père, ‘Hadded’. De formation musicale classique (NDR : elle a suivi le cours de violoncelle), elle s’oriente ensuite vers le jazz, mais ne commence à envisager un projet personnel qu’à l’approche de la quarantaine. Elle entre alors activement dans l’univers de la musique et décide de se forger un nom dans le milieu. Blonde platine et de petite taille, son côté androgyne (sa marque de fabrique) renvoie inévitablement à Annie Lennox. Après un premier Ep en 2011, c’est « Be Sensational » quatre ans plus tard qui va la révéler au grand public. Un album de l’ordre de la nécessité dira-t-elle. C’est dans la langue de Shakespeare qu’elle se sent le mieux pour interpréter ses chansons. « Radiate », son dernier opus en date a été doublement récompensé aux Victoires de la musique 2019 dans les catégories ‘Artiste féminine’ et ‘Album rock’. Accompagnée par deux préposées au clavier électronique et un batteur, son électro pop rafraîchissante et positive fait vraiment du bien à l’image de la Rémoise d’origine qui nous réserve un set au cours duquel elle affirme son talent pour les mélodies fortes et les sonorités harmonieuses. « Mutate » propulse des ondes vocales basses et voilées à la Björk vers les sommets de la Citadelle. Alors « Look at them ». Si l’ensemble des compos embrasse un côté pop atmosphérique, Jeanne ne peut s’empêcher de cacher son petit côté rock lorsqu’elle s’empare de sa basse tout en y laissant entrevoir son rapport aux autres et au monde qui l’entoure. Bref, le succès de cette jeune femme à l’avenir prometteur est manifestement sur une courbe ascendante.

A l’esplanade, c’est Angèle Van Laeken qui clôturera ce festival dans le chef de votre serviteur.

Fille du chanteur Marka et de la comédienne Laurence Bibot (fondateurs du duo pop-rock-électro Monsieur et Madame), mais aussi frangine d’une figure bien connue dans le milieu du rap (Roméo Elvis), son ascension a été fulgurante. Elle n’a pourtant commis qu’un seul album, à ce jour. Et son « Brol », gravé en octobre 2018, est en effet certifié triple disque de platine et s’est écoulé à plus de 300 000 exemplaires, six mois après sa sortie. A l’issue d’une très brève intro, armée d’une (fausse) mitraillette en main, elle se lance dans une incantatoire dénonciation jubilatoire, son esprit espiègle stigmatisant les réseaux sociaux, bien qu’elle se considère comme une reine du crime.

Une ribambelle de danseurs l’accompagne histoire de marier au mieux ses propos enchanteurs. Sans crier gare, elle expose « La loi de Murphy », un premier single publié fin 2017, un morceau qui lui a permis de poser les jalons de son futur succès et montré qu’elle n’était pas juste la ‘fille de’ ou ‘la sœur de’, mais une artiste à part entière. Engagée, féministe et féminine, son « Balance ton quoi » se réfère au sexisme dénoncé par le mouvement ‘BalanceTonPorc’. Elle l’entame au piano avant que la foule ne reprenne le refrain en chœur comme dans une communion solennelle. La prestation d’Angèle ressemble davantage à une forme de ‘best of’ incluant notamment des titres largement diffusés sur les ondes radiophoniques comme « Je veux tes yeux », « Flemme » ou encore « Flou ». Quoiqu’il en soit, ses compos font mouche. Angèle démontre ainsi que son avenir est prometteur et qu’en outre, aujourd’hui, elle est devenue une artiste à part entière au même titre que son frangin qui s’invite insidieusement et de manière virtuelle sur les écrans géants, de quoi « Tout oublier ».

Une heure et demie de show visuel mêlant musique, danse (NDR : la troupe s’investit et accomplit une prestation irréprochable) et projections, mais aussi textes bien ciselés aux thématiques contemporaines. Bref, le talent, c'est une histoire de famille chez les Van Laeken…

Il est temps pour votre serviteur de quitter cette citadelle, lieu féerique dominant des paysages tout en couleur, qui témoigne de plus de mille ans d'histoire. Une première pour votre serviteur, mais assurément pas une dernière !

(Organisation : les Solidarités)

Les Solidarités 2019 : vendredi 23 août 2019

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Pour cette septième édition des Solidarités, les organisateurs ont étalé les festivités sur trois jours, empruntant, au passage, la formule adoptée l’année dernière. Une exception qui confirme la règle : en lieu et place de l’Agora des Solidarités et des débats, le vendredi fait la part belle aux groupes ou artistes confirmés.

Une des particularités de cette manifestation est de combiner sur un même site, culture (dont bien sûr la musique), cinéma et théâtre…

Le soleil s’est dévoilé à la grande surprise de tous, forçant les plus téméraires à prendre quelques mesures de prévention comme le port du chapeau, de la casquette, des lunettes de soleil et le recours à la crème solaire.

Tout est pensé pour se sentir bien et profiter pleinement des spectacles. Comme cette ‘Cité des enfants’ pour que les bambins puissent s’adonner aux activités ludiques pendant que papa et maman s’en mettent plein les portugaises. Ou encore un ‘Urban Village’, un espace ‘Rencontres’ et une tyrolienne. Sans oublier la grande roue qui trône fièrement au milieu de l’esplanade.

Orchestrées par la mutualité Solidaris, ces festivités, dont la vocation première est familiale, constituent une exemplarité en la matière. Elles souffrent néanmoins de la période choisie pour son déroulement, car fin août, la plupart des artistes qui s’y produisent, l’ont déjà souvent été aux quatre coins du pays. Si pour certains, cette situation n’est qu’un détail dans l’histoire, les festivaliers les plus fidèles digèrent plus difficilement ce bis repetita…

L’accès au site est lui aussi singulier. Des dénivelés importants incitent le lambda à emprunter des navettes de bus qui circulent à intervalles réguliers. Pas une obligation, sauf si le but est d’atteindre l’entrée du festival la langue pendue.

Bien que les hostilités proprement dites ne commencent qu’à partir de 18 heures, votre serviteur a eu la bonne idée de s’y prendre suffisamment tôt. Il a quand même fallu s’armer de patience pour atteindre sa destination avant de recevoir son précieux sésame. Plus de deux heures entre la sortie de l’autoroute et le parking de délestage, vu les embouteillages !

Passé les traditionnels contrôles, Fabienne Demal commence son tour de chant sur la main stage. Son nom ne vous dit rien ? Normal ! Plus connue sous le pseudo Axelle Red, la chanteuse belge ne semble pas trop captiver un auditoire davantage occupé à bavarder et se désaltérer. Présente dans le paysage audiovisuel depuis une bonne vingtaine d’années, celle qui a accompagné Mister Renaud le temps d’une magnifique chanson, est certainement l’une des artistes les plus prolifique de sa génération. Vêtue d’une tunique bleue, l’ambassadrice du ‘Fonds des nations unies pour l’enfance’ livre une jolie prestation teintée de pop, en y ajoutant cette pointe de soul ou de blues lorsque c’est nécessaire. Alors que le socle de la mélodie se pose à merveille sur celui de la poésie, elle livre malheureusement un show sans grande surprise. C’est propre et gentillet, mais sans plus.

Armée d’une batterie de tubes séculaires comme « Sensualité » ou « Puisque c’est toi », la jolie rousse, malgré une proposition musicale, certes fort intéressante et authentique, manque cruellement d’authenticité, d’énergie et de créativité. Vraiment dommage pour un set dont on attendait beaucoup.

Behind The Pines constitue sans doute la découverte la plus improbable de ce festival. Constituée en 2017, la formation a déjà bien bourlingué : de nombreuses invitations dans différents festivals et des récompenses à n’en plus finir ! Un Ep intitulé « Secret » fraîchement sorti en mai de cette année, véritable carton médiatique et populaire, lui a permis de se produire aux côtés de Hooverphonic, Puggy, Typh Barrow, Mustii ou encore Birdpen. Etablir une comparaison alors que le propre d’un band est justement de se démarquer n’est pas chose aisée. Les puristes admettront que le grain de voix d’Andrea Battisti, lorsqu’il est poussé dans ses retranchements, rappelle à s’y méprendre celui de Caleb Followill. Lorsque ce n’est pas la chanson elle-même et ses contretemps à la guitare, « Blue sun » évoque Kings of Leon voire le mythique Stereophonics, groupe de rock britannique drivé par Kelly Jones. Pétillant et vivifiant comme un glaçon dans une boisson rafraîchissante en été, son pop/rock, un peu convenu, il faut l’avouer, trace cependant des lignes mélodiques ravageuses, ce qui le rend fort accessible et apprécié des aficionados. Atmosphérique, « What do we choose » résume à lui seul toute la rage et la ténacité d’un groupe qui pourrait, à la surprise générale poser les jalons d’un succès qui dépasserait celui de ses pairs…

Le concert de Gaëtan Roussel sera traduit en langage des signes. Un travail remarquable qui a nécessité six mois de préparation en étude des textes. Après une brève intro, le chauve grimpe sur l’estrade et entame son set par « Eolienne », un extrait de l’elpee « Orpailleur », apportant en même temps une légère brise rafraîchissante bienvenue qui se prolonge immédiatement par « Dis-moi encore que tu m’aimes », nous rappelant déjà toute l’étendue de son talent de compositeur. Roussel, c’est d’abord une voix remarquable, éraillée, qui titille vos tympans, sans les effrayer. Une richesse absolue dans la recherche d’émotion. C’est une plume également. Unique, incisive, touchante, légère et accrocheuse. Autant de qualificatifs qui procurent à l’ensemble de ses chansons une beauté simple, mais tellement sincère. Influencé par la musique anglo-saxonne, c’est pourtant dans la langue de Voltaire qu’il dispense ci et là ses incantations jubilatoires. Gaëtan Roussel est parvenu à exploiter le succès engendré par Louise Attaque, pour se forger une carrière solo décomplexée et d’une grande liberté. Racontant perspicacement le quotidien et ses faiblesses, l'ancien frontman de L.A. livre un set d’une puissance inouïe et emmène la foule dans un mouvement tourbillonnant, grâce à sa pléiade de tubes tellement inclassables, comme « Ne tombe pas », qu’inoubliables, à l’instar de ce duo échangé avec Vanessa Paradis dont il fera par ailleurs des éloges (« Tu me manques (pourtant tu es là) ». Tout est dans la nuance, la subtilité et l’intensité. Sans en faire des tonnes, l’artiste aux multiples facettes parvient à fédérer simplement, en injectant cette dose d’humanité qui lui est propre.

Bref, de Louise Attaque (« Ton invitation », « Léa ») à sa carrière solo (« J’entends des voix », « Inside Outside » et son refrain entêtant ‘Help Myself’ ou encore « Hope »), l’homme au grand cœur brasse avec conviction, réalisme et passion un florilège de chansons destinées à procurer un plaisir immense...

Pascal Obispo est le dernier à se produire ce soir. Trop peu pour votre serviteur ! A défaut d’Obispo, ce sera direction le bistrot. Rien de tel après cette période caniculaire.

Demain est un autre jour…

(Organisation : Les Solidarités)

Axelle Red + Behind The Pines + Gaëtan Roussel + Pascal Obispo

W-Festival 2019 : dimanche 18 août

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C’est déjà le 4ème et dernier jour de ce festival, mais le premier pour votre serviteur qui découvre le nouveau site. Et malgré les nombreuses critiques qui se sont abattues sur ce choix, force est de constater que celui-ci convient bien mieux à la météo fort capricieuse de ce week-end. Ce qui frappe également, dès qu’on franchit l’entrée, c’est cette piste de danse à ciel ouvert, sise face aux portiques, où une bonne trentaine de festivaliers dansent en permanence.

Néanmoins, lorsqu’on est tournaisien, cet événement, on aurait préféré qu’il se déroule encore à Amougies, car il célèbre, cette année, le 50ème anniversaire du célèbre festival ‘hippie’. Pour le remplacer, l’administration communale en a programmé un autre d’un style complètement différent, plus populaire, moins artistique, consacré aux covers bands dont Mr Cover est programmé en tête d’affiche. Cherchez l’erreur !

Bref, revenons à nos moutons, et en particulier aux Allemands de Pink Turns Blue. Et n’ayons pas peur de se mouiller, ce sera LA bonne découverte de la journée. Difficile de croire que la formation est issue de Cologne, tant la musique sonne britannique. On pense directement à Chameleons pour le côté post-punk mais aussi aux Smiths voire à Wedding Present vu son style pop/rock mélodique. Le trio n’occupe que peu d’espace sur le podium et se produit sans artifices, mais affiche une énorme maîtrise tout en éveillant beaucoup de sympathie. Un set sobre et efficace qui finalement, paraît trop court. D’autant plus qu’il va rencontrer un petit accroc technique, en fin de parcours. Les groupes se suivent ponctuellement sur la grande scène, séparée en deux parties. Et il n’y a pas beaucoup de temps mort entre deux prestations. Ce qui risque inévitablement de perturber les fins de shows, lors des soundchecks des bands qui embraient. Quand un set déborde, des auxiliaires viennent fermer les tentures. Comme au cours du dernier morceau proposé par Pink Turns Blue. Ce qui ne va pas empêcher les deux frontmen de saluer le public, mais également provoquer l’ire du drummer qui balance ses baguettes, en assistant à ce coup de force…  

Il faut aussi expliquer que c’est Peter Hook qui est ensuite prévu dans la programmation. L’ex-bassiste de Joy Division puis de New Order s’apprête à revisiter les grands classiques de ses deux formations culte. En tenue décontractée (bermuda et t-shirt narcissiquement intitulé ‘Hook’), le Mancunien est soutenu par un second bassiste, planté à sa droite et un guitariste, à sa gauche. Sans oublier le batteur et le claviériste, plantés en retrait. Mais en début de concert, Hooky utilise très peu sa basse, laissant bosser son acolyte. Il a aussi besoin de jeter de temps à autre un coup d’œil sur son chapelier. Il faut attendre « She’s lost control » pour le voir avancer sur le devant de la scène et oser ses solos de basse caractéristiques. Les tubes « Transmission » et « Blue Monday » incitent la foule à danser. Pendant « Regret », on est agréablement surpris par les voix limpides du guitariste et du bassiste, qui se transforment en choristes, évoquant la version live de l’authentique New Order. En final, « Temptation », « Ceremony » et l’inévitable « Love will tear us apart » confirment qu’on vient de vivre un show, comparable à un juke-box qui tourne en continu.

S’il a bien une formation belge qui cartonne depuis un an, et tourne inlassablement, c’est bien Whispering Sons. D’ailleurs votre serviteur avait déjà assisté à son set, 48 heures plus tôt, dans le cadre du BSF. C’est une constante, Fenne, la chanteuse, se dépense sans compter. Mais le set est quasi-identique. En outre, c’est une confirmation, il se prête bien mieux aux petites salles. On attendra donc une confirmation, à travers un futur second opus, et puis en fonction de l’évolution en ‘live’, avant de sortir les encensoirs…

Autre formation belge, mais qui célèbre ses 40 ans d’existence, Red Zebra enchaîne. Le show s’ouvre comme un défilé militaire. Peter Slabbynck est d’ailleurs habillé d’une cape de couleur kaki. Sandra Hagenaar (claviériste des Fifty Foot Combo) les rejoint ensuite le temps d’un morceau. Elle était déjà apparue, l’an dernier, au W-festival, lors du concert de Captain Sensible. Sa comparse d’Alk-a-line, Laurence, se pointe également, mais comme choriste, le temps du titre suivant. Sur « Shadow of doubt » l’ombre de P.I.L. est à peine voilée, puisque la chanson intègre une partie du refrain ‘This is not a love song’. Mais le point fort de sa prestation reste l’indémodable tube paru en 1980, « I can’t live in a living room ». L’intro qui retentit comme une sirène déclenche l’un des plus gros pogos de la journée.

On aurait aimé assister au retour de Collection d'Arnell Andrea. Malheureusement, mais il se produit sous la tente VIP et l’accès est refusé à la presse. Vraiment dommage car les spectateurs semblent très peu nombreux et on n’entend pas le moindre applaudissement de l'extérieur. Ce groupe français, proche des Cranes ou autre Christian Death en plus lyrique était, début des 90s adulés dans l'émission radio Perfecto de la RTBF 2. A noter qu’il vient de graver un nouvel opus, baptisé "Another winter".

Apoptygma Berzek est considéré comme une des valeurs sûres des festivals goth. Ce qui explique pourquoi le combo est fréquemment programmé à l’Amphi ou au Mera Luna, par exemple. Ce soir le show débute par « The weight of the world », une belle entrée en matière caractérisée par une longue intro et ses beats qui montent en crescendo en milieu de compo. La voix translucide de Stephan Groth et son look un peu androgyne font penser à Brian Molko. « Love will never die » (et son intro tirée de la cantate « Carmina Burana » de Carl Orff) retentit toujours comme un hymne. En clôture, « Until the end of the world » permet une dernière fois à la foule de s’éclater en bondissant come des kangourous. Assurément l’un des sets les plus dansants de ce festival.

Grosse déception, en revanche, pour China Crisis. Le côté pop ultra kitsch des 80’s refait surface. On pense immédiatement à la comédie satirique de Hugh Grant (‘Le come-back’) et sa caricature de tube (« Pop ! goes my heart »). Il est donc préférable de zapper pour se diriger vers la scène qui rend hommage à Olivier Daout.

Car US State of the Union s’y produit. Ce band californien est en fait originaire de Colombie. Le claviériste a d’ailleurs le tempérament chaud et quitte régulièrement sa console pour venir bondir à l’avant de l’estrade afin d’haranguer la foule. Le line up implique également un chanteur/guitariste et un batteur cool mais efficace. L’expression sonore oscille entre darkwave et synthpop, que complète quelques touches d’EBM. Des vidéos tantôt militaires, tantôt relevant de la science-fiction, sont projetées en arrière-plan. Le show est agréable à regarder, en sirotant les bières locales du stand situé à proximité (NDR : la Wieze). Un bon point d’ailleurs pour ce festival : proposer ces bières spéciales à un prix raisonnable. Ce qui n’était malheureusement pas le cas des stands de nourriture, fortement critiqués, pour les prix pratiqués.

Il est déjà presque 23 heures, et l’on approche de la clôture de ce festival. Jimmy Somerville, plutôt rare en live, va enchaîner les tubes disco. Aussi bien le dansant « You make me feel (mighty real) » enchaîné à « Tomorrow » (NDR : issu du répertoire de The Communards), en passant par « Never can say goodbye », et en fin de setlist « Don’t leave me this way », sans oublier la reprise du « I feel love » de Donna Summer, sont autant de morceaux qui ont alimenté les dancefloors de notre jeunesse. L’Ecossais (longtemps trahi par sa chevelure rousse) a eu le bon goût de s’entourer d’une dizaine de comparses. En effet, deux choristes blacks, une section de cuivres, un saxophoniste, un violoncelliste et même un contrebassiste sont parvenus à apporter une coloration vivifiante aux sonorités de claviers.

En quittant le site, on remarque la présence d’un banner qui, comme chaque année, dévoile déjà l’affiche de la prochaine édition. Il est assorti d’une intrigante annonce : ‘The moon and sun edition’. Elle est à découvrir ici

Les préventes à tarif préférentiel (early bid) débutent déjà ce 1er septembre. Attention changement de période, puisque le festival se déroulera du 21 au 24 mai, soit à partir du jeudi de l’Ascension. Qu’on se le dise ! En tout cas, Musiczine se fera un plaisir de couvrir à nouveau, cet événement.

Pink Turns Blue + Peter Hook + Whispering Sons + Red Zebra + Apoptygma Berzek + China Crisis + US State of the Union + Jimmy Somerville

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 (Organisation : W festival)

W-Festival 2019 : samedi 17 août

Pour les fans de musique 'wave', c’est toujours un événement de retourner à Waregem. Cette ville flamande a, en effet, constitué un haut lieu de la période 'darkwave', entre 1990 et 2010. Le revival de la new-wave des années '80, qui fait recette aujourd'hui, n'était pas encore d’actualité et c'était une communauté très underground et exclusive qui se déplaçait de partout en Europe vers le Steeple, le Gaverke ou l'Expo pour communier dans le mysticisme et l'ambiance quasi-occulte des soirées gothiques. C'est donc avec un brin de nostalgie que nous foulons à nouveau le sol de l'Expo, théâtre des célèbres 'Gothic Festivals', à cette époque.

En ce weekend du 15 août, la salle accueille le W-Festival et c'est donc tout un symbole. Pour cette 4ème édition, exit Amougies et welcome Waregem. On regrettera le côté bucolique de la plaine très 'woodstockienne' du Mont de l'Enclus mais, suivant les organisateurs, le nouveau site est mieux situé, juste à côté de l'autoroute et surtout, la ville regorge d'entreprises prêtes à délier les cordons de la bourse pour soutenir financièrement l'événement.

Aujourd'hui, c'est le 3ème jour du festival et le line up est largement à la hauteur du 'plus grand festival new-wave d'Europe' car plusieurs groupes-phares de ce genre musical se partagent le haut de l'affiche, dont Killing Joke, The Human League et Nitzer Ebb.

Mais avant d'en arriver là, un programme chargé nous attend. Il commence dès 12h30 par Sono. Ce groupe hambourgeois a la lourde tâche de réveiller les festivaliers. Créé en 2001 par Lennart A. Salomon (chant, guitare), Sono propose une musique synth-pop très mélodique, abordée dans l’esprit de De/vision et Diorama. Il n'y a guère qu'une centaine de fans devant le podium, mais l'ambiance est bonne, notamment pendant « Supersonic », un titre très accrocheur. Flanqué de deux musiciens préposés aux machines, Lannart Salomon occupe bien le devant de la scène et n'hésite pas à fustiger les festivaliers qui jouent à Tetris au fond de la salle. Pendant « Flames get higher », Sono flirte avec la musique mainstream des hit-parades et en fin de set, « Keep Control » fait parfaitement mouche, grâce à son refrain mémorable. Une jolie mise en bouche pour commencer la journée...

Sur l'autre partie de la scène, place ensuite à Schmutz, un band issu des eighties, familier des festivals régionaux. Et pour cause, il est originaire de Neeroeteren, dans le Limbourg. Drivé par le remuant chanteur Guy Peeters, il est responsable d’une power-pop mélodique qui aurait parfaitement sa place aux côtés de A Flock of Seagulls. « Life is a merry go round » provoque de la réaction dans le public, déjà nettement plus présent. Le son est puissant, plus 'rock' que sur les disques et on est ravis de voir un groupe au grand complet, qui joue à 100% en live. Bien entendu, « Love games », son hit décroché en 1984, rencontre le plus bel accueil, grâce à son intro imparable au clavier (c'est le son d'un Fender Rhodes !) et son refrain mémorable.

A peine le temps de boire une bière et Portion Control embraie. Formé en 1979, le légendaire groupe anglais se singularise par le recours au 'sampling', une technique dont il est un des pionniers, et par un son EBM assez lent, caractérisé par des touches industrielles. Inspiré par Cabaret Voltaire et Front 242, son style a eu, à son tour, une influence incontestable sur la vague 'indus' de la deuxième partie des années '80, principalement sur Frontline Assembly, Skinny Puppy, Orbital, Suicide Commando et Nine Inch Nails. Sur les planches, le show est minimaliste à souhait : uniquement Dean Piavani au chant et John Whybrew derrière les machines, tous les deux vêtus de noir, et des vidéos à l'arrière-plan. Mais la machinerie du duo est efficace à souhait : « Icon », « Last of the breed » et « Hardman » affichent un aspect lourd et hypnotique qui fascine le public. « Dead Star » entretient la pression et, en point d'orgue, comme d'habitude, « Amnesia » sert de bouquet final dans un style très proche de la new beat.

Sigue Sigue Sputnik prend le relais. Ce groupe britannique a été créé en 1982 par l'ancien bassiste de Generation X, Tony James. SSS a classé trois titres dans le top 40 au Royaume-Uni, dont le célèbre "Love Missile F1-11". De la formation originelle, il ne reste plus que Martin Degville ; et quand il monte sur les planches, suivi de son team revivaliste, Sigue Sigue Sputnik Electronic, on a carrément l’impression d’être au carnaval. Coiffé d’un chapeau à plumes colorées, Martin est habillé comme un extraterrestre cyber-transsexuel. Les premières chansons, « Rocket Miss USA », « Alien Christ », « Hey Jane Mansfield Superstar » et « Teenage thunder » plantent bien le décor : un disco-punk 100% glam, à faire pâlir de jalousie Suicide et Gary Glitter. Peu importe que le show soit kitsch à souhait, l'idée est de s'amuser : et petit à petit, le public commence à réagir. Après le plus paisible « Atari Baby » et « 21st Century Boy », on a enfin droit au titre le plus attendu : « Love Missile F1-11 ». Sorti en février 1986 et produit par Giorgio Moroder, il est devenu un succès majeur dans plusieurs pays d'Europe. Une grande partie de l'auditoire chante le refrain ‘Shoot it up ...’, traduisant cette compo en un des premiers points forts de la journée !

S'ensuit une petite pause que nous mettons à profit pour tailler une bavette avec Olivier Tarabo. Le leader de Rosa Crvx nous confesse qu’il envisage la sortie d’un nouvel elpee, et qu'il pourrait être signé par Trisol. On est impatient de découvrir ce nouvel opus…

On n'attendait rien de particulier de la formation suivante dans la liste, Tyske Ludder, et pourtant on a eu une belle surprise ! Ce groupe allemand d'EBM, de ‘harsh EBM’, devrait-on plutôt dire, a sévi au sein de la vague darkwave au cours des nineties. On se souvient d'ailleurs l’avoir découvert, à l'époque, au Steeple de Waregem, si notre mémoire est bonne. Pour la petite histoire, ‘Tyske Ludder’ se traduit par ‘pute allemande’ en danois et en norvégien. Cette expression était utilisée pour désigner une femme autochtone qui avait eu des relations amoureuses avec un soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. On appréciera l'allusion, discrète, à Joy Division…

Sur le podium du W-Fest, on peut le dire, la formation teutonne à littéralement mis le feu. Emmenée par son charismatique chanteur Claus Albers, elle implique –signe particulier– deux batteurs, et l’un d’entre eux, Jay Taylor, joue le rôle de second ‘front-man’ car, bien souvent, c'est lui, qui vient au-devant de la scène pour 'chauffer' le public. Un public dont un contingent de fans ne se gêne pas pour manifester son enthousiasme. Le titre « Canossa », introduit par un irrésistible riff aux claviers, est d'une puissance étonnante. Complètement speedés (on ne sait pas à quoi), les musiciens ont l'excellente idée de reprendre « Oh La La ! » de TC Matic ; ce qui a l'heur de déclencher un beau délire dans l'Expo. ‘We Are against Fascism !’ éructe le chanteur avant que son comparse drummer n'aille faire un tour dans la fosse en emportant un de ses toms pour stimuler l'ambiance. Mission accomplie pour le combo ; et c'est carrément la folie quand retentissent les premières notes de « Panzer », le titre le plus notoire du band. Le chanteur l'interprète affublé d'un masque de Poutine sur la tête et un drapeau russe à la main. Cependant, l'apothéose est atteinte lorsque le groupe invite le public à scander « Panzer » a capella, avec juste une grosse caisse comme accompagnement. Un grand moment et, au final, un concert en forme de coup de poing !

Passer après une telle tornade, ce n'est pas un cadeau. C'est ce qu'a dû penser Darrin Huss, le leader de Psyche. Ce groupe canadien de dark synth-pop, maintenant établi en Allemagne, a entamé son parcours dans les eighties et propose une musique que l'on peut décrire comme du Soft Cell en version darkwave. Tout au long de « The Quickening » et « Uncivilized », la comparaison vocale avec Marc Almond est frappante et ce l'est d'autant plus que le gabarit de Darin Huss est comparable à celui du chanteur anglais. Sur l’estrade, le show de Psyche est sans fioritures. Aux côtés de Huss, un très discret Stefan Rabura est préposé aux machines et aux claviers et vu qu'il n'y a pas de vidéos, le point focal est concentré sur le chanteur. La setlist alterne entre titres très anciens et compos plus récentes, comme « Youth of tomorrow », sorti en 2017. Tout au long d’« Angel lies sleeping » et « Misery », Huss cherche à démontrer toute l'étendue de son registre vocal et on a peur pour sa santé lorsqu'il s'époumone au point d'en perdre son souffle. Après « Eternal », le moment est venu de ‘revenir au début des temps’ pour un touchant « Brain Collapse ». Fidèle à la tradition, Psyche termine le set par « Good bye horses », une reprise du titre signé Q. Lazzarus rendu célèbre par le film ‘Le Silence des Agneaux’, et enfin, par son 2ème. plus grand hit : « Unveiling The Secret ».

Escape with Romeo, le groupe suivant à l'affiche, constitue un changement complet de style vu qu'il pratique un rock 'dark' assez classique, quelque part entre R.E.M., Clan of Xymox et The Beauty of Gemina. Ex-Pink Turns Blue, Thomas Elbern est le leader de cette formation issue de Cologne, en Allemagne. Sur scène, il ressemble un peu à Joe Jackson, le costard et le chapeau compris. Les chansons, comme par exemple, « Helicopters in the falling rain » ou « Glitter on the snow » se distinguent par leurs arrangements soignés et, fait assez rare dans ce festival, aux solos de guitare. C'est surtout « Somebody » qui provoque le plus de réaction au sein d’un auditoire dans l'ensemble peu excité par la prestation. Le set se termine comme il a commencé, en douceur, par « It's loneliness » et le joli « Tears of Kali ».

Au lieu de monter en puissance, la programmation continue dans le mou. Et ce n’est pas la prestation de Rational Youth qui va changer la donne. Ce groupe canadien a été formé en 1980, à Montréal, par Tracy Howe, l'ancien batteur du combo punk The Normals (à ne pas confondre avec The Normal). Le line up actuel implique Howe et son épouse Gaenor. On pourrait peut-être décrire son expression sonore comme de la minimal synth véhiculant des paroles animées par une conscience politique. En ‘live’, le show est malheureusement assez décevant. Le couple accuse son âge et les compositions, que ce soit « Close To Nature », « This Side of the Border » ou « Money and Blood », sont interprétées sans relief particulier.

« Dancing on the Berlin Wall » révèle un délicieux parfum 'kraftwerkien' mais ne suffit pas à faire décoller l'ambiance. Un tant soit peu déçus, nous décidons de battre en retraite pour déguster une Kwaremont dans le fond de la salle.

C'est également de loin que nous assistons au concert suivant, celui de Mesh. Fondé en 1991, ce combo anglais propose une futurepop classique, proche d’Apoptygma Berzerk. Sur les planches, le chanteur, Mark Hockings, est toujours coiffé de son inséparable bonnet noir et son look de séducteur doit certainement toujours déclencher autant de réactions au sein du public féminin. Mais les chansons, particulièrement monocordes, ne parviennent pas à susciter notre intérêt. C'est donc sans regrets que nous décidons de faire une pause et d'aller prendre l'air, à l’extérieur… (P.B.)

Quand on parle de Lene Lovitch, on pense immédiatement à son single « Lucky number », un tube qui a tant fait danser la foule, lors de soirées dansantes de la fin des seventies et du début des eighties. Lili-Marlene Premilovich a bien encore publié l’un ou l’autre single, qui a rencontré un certain succès. Six albums aussi ! Mais progressivement, elle a plus ou moins disparu des radars, s’intéressant à d’autres formes artistiques, comme le théâtre ou la sculpture. Elle a même appris à jouer du saxophone et c’est également elle qui a écrit les paroles du plus grand hit de Cerrone, « Supernature ». Et puis, il ne faut pas oublier que son style vocal et visuel unique ainsi que ses compos expérimentales ont non seulement influencé une foultitude d’artistes, dont Nina Hagen, Dresden Dolls et même Lady Gaga, mais également la culture pop alternative. Elle s’était déjà produite dans le cadre de l’édition 2018 du W-Festival, mais un peu trop tôt dans la programmation pour votre serviteur…

Elle monte sur les planches, coiffée d’une énorme perruque de couleur rousse et vêtue d’une robe noire bordée de rubans à paillettes sur bas collants noirs. Dès qu’elle se met à chanter, son timbre vocal et ses intonations sont aisément reconnaissables. Sur les planches, elle est soutenue par un guitariste, une bassiste, également préposée aux backing vocaux, un claviériste et un drummer. Elle ôte cette moumoute à l’issue de ce premier morceau, pour laisser apparaître une chevelure de couleur jais. Si la musique emprunte un peu au punk, au post punk, à la pop, au folklore slave, les attitudes de Lene sont très théâtrales, dans l’esprit du cabaret. Ses mimiques sont particulièrement expressives, et reproduisent des sentiments de joie, sérénité, malice ou surprise. Circonstanciellement, elle souffle dans un saxophone, dans un style tour à tour musette ou free jazz. Outre « Bird song » et « Say when », elle n’en oublie pas pour autant son plus gros succès, « Lucky number » qui clôt une prestation finalement originale pour ne pas dire excentrique, parfois anarchique, mais tellement rafraîchissante…

Retour à l’electro dark wave en compagnie de Blutengel, une formation drivée par le Berlinois Chris Pohl et la chanteuse Ulrike Goldmann. Le premier possède un fameux charisme, un baryton profond. En petite tenue, la chanteuse possède une voix perçante. Sur les planches, le duo est soutenu par un guitariste, un drummer et un excellent claviériste, dont les interventions apportent une coloration symphonique à l’expression sonore, un peu comme chez Laibach. Et la foule est particulièrement enthousiaste face à un solide concert qui ne lésine pas sur les symboles traitant notamment de la mort, de l’amour, de la religion, de sexe et même de vampirisme, à travers des images projetées sur les écrans géants. Des allégories également illustrées par les lyrics mais également à travers les évolutions de la danseuse Viki Scarlet, qui apparaît même sur les planches tel un immense papillon blanc battant des ailes illuminées. Elle se déguise également en religieuse afin de s’agenouiller devant Ulrike, avant de l’enlacer et de l’embrasser langoureusement. Un set puissant, théâtral, auquel il a peut-être manqué quelques actrices, comme lors des concerts récemment accordés outre-Rhin, mais qui a déclenché une fameuse ovation en fin de parcours. Pas vraiment réceptif à ce type de musique, votre serviteur a quand même été bluffé…

Dernier spectacle pour votre serviteur, celui de Killing Joke, dont le début accuse 10 bonnes minutes de retard.

Il y a des lustres que votre serviteur n’avait plus assisté à un concert de ce combo insulaire. C’était le 17 juillet 2005, dans le cadre du festival de Dour. Et 14 ans plus tard, la musique du groupe originaire de Notting Hill n’a guère changé. Enfin si quand même. A cause du concours du claviériste, Roi Robertson (Mechanical Cabaret) dont les interventions sont plus subtiles, moins post industrielles. Coiffé d’un chapeau, il reste cependant très discret en arrière-plan. Sur les planches on retrouve toujours le guitariste Kevin ‘Geordie’ Walker, le drummer Paul Ferguson, le bassiste Martin ‘Youth’ Glover et bien sûr, Jaz Coleman, le personnage central. Cheveux noirs jusqu’aux épaules, traits déchiquetés, il monte sur scène vêtu d'une salopette bleue. Charismatique voire shamanique, chanteur à la voix cassée, rauque, inquiétante, lyrique, capable d’emprunter les inflexions à Franz Treichler (The Young Gods), il entretient une image sombre, menaçante, en grimaçant, en convulsant au rythme de la musique ou en transperçant les âmes des festivaliers d’un simple regard. Finalement, il aurait pu jouer le rôle du joker dans le film ‘Batman’. Le set est très puissant (NDR : ces infra-basses qui vous incitent à battre en retraite !) Cool, impassible, affublé d’un pantalon de training à rayures jaunes, Geordie Walker est impeccable sur sa gratte. La section rythmique broie le son au rouleau compresseur. Faut dire que la basse de Youth est un groove à elle seule ! Tribale et hypnotique, la musique de Killing Joke est noire, dérangeante, primitive et intense : elle est viscérale. Et Jaz fait son show. Il tremble de tout son être, fustige le public, l'exhorte à entrer en communion avec lui. Il vous fait croire chaque mot qu’il prononce. Mais nous délivre également un message de paix, dénonçant les conflits armés qui divisent le monde, mais en même temps craint qu'une nouvelle guerre du golfe éclate. Pas de baisse d’intensité tout au long d’un show qui a manifestement ravi les nombreux aficionados… (B.D.)

Setlist : “Tomorrow’s world “ “Wardance", “Eighties”, “Seeing red”, “European super state”, “Total invasion”, “Loose cannon”, “Exorcism”, “Pssyche”, “The wait”, “Pandemonium”.

Voir aussi notre section photos

(Organisation : W-Festival)

Sono + Schmutz + Portion Control + Sigue Sigue Sputnik + Tyske Ludder + Psyche + Escape with Romeo + Rational Youth + Mesh + Lene Lovitch + Blutengel + Killing Joke

W-Festival 2019 : vendredi 16 août

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Lors d’un festival, il est toujours très chouette de (re)vivre une sensation de voyage à travers le temps. L’impression de parcourir quelques années en Delorean. Et cette journée du 16 août 2019 s’inscrit pleinement dans cette tradition chère à Doc Emmet Brown et Marty Mc Fly…

Dès que l’on croise les premiers festivaliers, on est comme transporté au cœur des années 80, lorsque la longueur des crêtes et la couleur de cheveux rivalisaient avec les tenues cloutées et les piercings au visage. Seul, peut-être, le nombre de tatouages en croissance exponentielle confirme que nous sommes bel et bien au XXIème siècle.

Le temps de faire valider sa place et de nouer contact avec les préposés au stand presse (très sympathiques et accueillants, par ailleurs), il faut se résoudre à abandonner Inertia et son métal progressif, en attendant donc Toyah, qui a le privilège d’ouvrir la journée de votre serviteur.

Née à Birmingham en mai 1958 (mais bon sang, quelle pêche !!!), Toyah Ann Wilcox est une sacrée ‘bombe’ d’énergie. Essentiellement connue comme la femme de Robert Fripp (depuis 1986) elle est parvenue à mener, en parallèle, une carrière d’actrice au cinéma et à la télévision (NDR : elle a même décroché un rôle dans ‘Quadrophenia’), mais a également publié 15 albums, dont « In the court of the Crimson King Queen », en 2008 (NDR : album d’ailleurs réédité en version ‘de luxe’, cette année), titre inspiré d’« In the court of the Crimson King », joyau de son mari, gravé en 1969.

S’il faut regretter quelque peu la qualité du son (on entendait très mal les backing vocals), Toyah a réussi à réveiller et tenir en haleine, pendant 45 minutes, un public encore un peu pauvre en unités.

Après « Rebel run » et « Ieya », c’est sa reprise d’« Echo beach » de Martha and the Muffins qui sonne le réveil des quelques âmes ensommeillées collées aux barrières en bord de scène. Si en plus, elle chante « Sensational » en hommage à ses fans ‘You’re sensationnal, YOUUUU’ et qu’elle est carrément déchaînée durant l’interprétation d’« I want to be free » et « Brave new world », les événements ne peuvent que bien se passer…

Très chouette moment passé en compagnie de cette artiste qui n’a rien à envier à Tina Turner en termes de ‘prestance’. En outre, elle possède une sacrée voix…

Changement de style complet en compagnie de Mlada Fronta. On passe d’une new wave bien rock à de l’électro-synthwave. Formé à l’initiative du Cannais Rémy Pelleschi (NDR : au demeurant bien seul sur les planches), au début des années 90, le projet du Français peut se targuer d’une discographie conséquente. Et pour cause, il recense la bagatelle de 15 elpees, depuis 1992. La prestation de ce vendredi se focalise sur le dernier en date, « No trespassing », ainsi que « Outrun » et « Polygon »…

Il n’y a rien à dire. C’est pro, propre et bien foutu au niveau des mélodies ainsi que du son. Rémy, noyé au milieu de ses synthés et ensevelis sous les samplers, nous sert un gig sympathique. Mais pourquoi n’échange-t-il pas un peu avec le public ? Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir oublié de communiquer en ce vendredi de la mi-août…

Ce reproche ne peut, par contre, en aucun cas être adressé au groupe belge resté mythique : Allez Allez !

Souvenez-vous du début des années 80, lorsque Kris Debusscher, Nico Fransolet, Serge Van Laeken et Sarah Osbourne mettaient le feu aux pistes de danse au son de leur titre éponyme « Allez Allez »…

Malheureusement, lorsque Sarah la Britannique, fila à l’anglaise, il ne restait plus beaucoup de souffle au groupe, pourtant auteur de 2 albums à succès : « African Queen » en 81 et « Promises » en 83. Le ressort semblait brisé.

Lorsqu’il publie un « best of » en 2013, on imagine que la renaissance est envisagée. Mais il faudra encore quelques années avant qu’elle ne soit véritablement effective.

Et c’est pour notre bonheur ! Car Serge, allias Marka, les frères De Busscher, et Nico Fransolet ont toujours autant de dynamisme que 35 ans plus tôt. Et ils ont eu la très bonne idée d’aller chercher la Namuroise Marie Delsaux comme chanteuse. Forte d’une carrière solo, même si celle-ci s’est révélée assez courte, mais de qualité, et toute jeune maman, Marie apporte clairement un plus au band comme en témoigne son clin d’œil adressé à Donna Summer à travers « I feel love », intégré en plein refrain de « You make me feel so young ». Elle remue Marie, et elle communique son dynamisme au groupe entier, soutenue par un Marka complètement déchaîné !

Les très funky « Marathon dance », « African Queen », « Flesh and blood » et bien entendu « Allez Allez », traversé par quelques riffs hip hop et un ‘pont’ réservé au « Good Times » de Nile Rodgers font grimper la température de quelques degrés au sein d’une fosse qui commence à s’étoffer. Ça swingue sur et en dehors de la piste…

C’est ensuite au tour de Breath of Life de débarquer sur l’estrade. On attendait beaucoup de cette formation belge, fondée en 1985 à l’initiative de Giovanni Bortolin (ex Jo Lemaire + Flouze) et d’Isabelle De Keyzer. Non seulement les musiciens excellent, y compris Didier Czepzyk à la basse et Philippe Mauroy à la guitare, mais son rock gothique est agréable à l’écoute…

Les Gembloutois accordent un set de toute bonne facture au sein duquel on épinglera notamment « HIde », « Until the day », « Living in a dream », « Naomina » ou encore « Black out »…

Hélas, 3 fois hélas, au bout d’une demi-heure, la voix haut perchée d’Isabelle devient criarde, et finit par lasser…

Nous approchons de 18 heures, et le ventre commence à sonner creux. Il est temps de se restaurer un peu, car les plats les plus consistants arrivent…

Et le premier à se présenter n’est autre que celui de Blaine L Reininger, l’un des membres fondateurs de Tuxedomoon !

Il n’a pas eu une vie facile notre brave Blaine… Entre ses multiples migrations qui l’ont amené à vivre une longue période à Bruxelles, (à plusieurs reprises, il confesse son amour pour la Belgique) et sa femme décédée dans ses bras…

Mais, il possède cette force interne qui lui confère un humour stupéfiant et une capacité à se replonger constamment dans la musique, comme le prouvent ses 18 long playings solos...

S’il faut regretter amèrement l’absence d’un véritable batteur, remplacé par une boîte à rythmes, situation qui va communiquer aux guitares, des sonorités sursaturées, et au violon, bien trop fortes, sa performance est excellente. Le premier artiste de la journée à manifester de l’interactivité auprès de son auditoire et à introduire tous les morceaux par une petite histoire, une anecdote croustillante (« Dry food for my cat ») ou émotionnelle en hommage à sa défunte épouse (« Blue sleep », un extrait de son dernier opus) …

De sa prestation on retiendra quelques moments forts comme « Foreigner », « Night air », « Mistery and confusion », mais surtout les titres-phares de Tuxedomoon, et tout particulièrement « Jinx » et « No tears » durant lequel l’assemblée de quelques centaines de fans conquis reprennent le refrain en chœur.

A l’instar de Breath of Life, on espérait également monts et merveilles de la prestation du duo anglo-suisse Lebanon Hanover et malheureusement, il faudra encore attendre… Car si Larissa Inglass est mignonne, excellente musicienne et très bonne chanteuse, et si William Maybeline possède les mêmes dons musicaux, tout en affichant un côté caricatural sympathique (NDR : son accoutrement et son jeu de scène semblent sortis tout droit d’un concert de Cure de l’époque « Charlotte sometimes »), et si la cold wave très Joy Division pratiquée par le duo est plus qu’agréable à écouter, le contact entre les artistes et la foule est proche du néant. Aucun titre n’est annoncé, et les ‘thank you’ sont aussi nombreux que les cheveux sur le crâne de Tony Levin…

Très difficile d’ajouter d’autre commentaires ou de décrire ce que L.H. a interprété, hormis le magnifique « Petals » ainsi que la mort simulée par Larissa lors du dernier morceau du set, alors que William donnait l’impression d’en retirer une certaine satisfaction morbide, en sautant tel un cabri sur l’avant de de l’estrade…

Enfin, il est l’heure du show prévu par le ‘Petit’ Nik Kershaw ! Ce serait un mensonge d’avouer qu’il n’était pas l’artiste que votre serviteur attendait le plus. Bien que fan, quand on n’a jamais eu l’occasion ou saisi l’opportunité d’aller applaudir en ‘live’ le natif de Bristol, malgré ses 3 bonnes années passées en haut des ‘charts’, on ne peut plus rater l’aubaine….

En dépit d’une balance proche du tragique durant les 2 premiers morceaux (on n’entendait que les basses…), le public présent en nombre est acquis à sa cause d’emblée, et ne lui en tient pas rigueur. Surtout que dès le 3ème titre, la qualité du son s’arrange et en nous balançant « The Riddle » à ce moment-là, il est sûr de son coup… de maître.

Nik nous offre une prestation de haut vol. En plus d’avoir conservé une qualité de voix intacte, il est excellent guitariste, et nous le prouve à travers plusieurs soli aussi qualitatifs que bien sentis. Il n’est d’ailleurs pas le seul musicien de qualité sur scène. Son groupe est vraiment très bon. Notamment Bob Knight à la batterie qui est réellement impressionnant... Kershaw n’en oublie pas pour autant ses plus grands succès : « Dancing Girls », « Don Quixote », « Wouldn’t it be good » et « I won’t let the sun go down on me », morceau qui termine le set, invitant l’ensemble de la foule à reprendre le refrain une bonne dizaine de fois pour finir en apothéose. Et on s’en voudrait de ne pas mettre l’accent, ô surprise pour ceux qui ne le connaissent pas bien, (il reprend d’ailleurs souvent également « The Lamia » de Genesis), sur sa magnifique reprise de « Ashes to ashes » de David Bowie !

Il aurait presté deux fois plus longtemps que personne ne s’en serait lassé…

Mais c’était au tour d’un petit monument belge de prendre place sur le podium juste à côté : Siglo XX !

Originaire de Genk, le line up réunit Erik Dries au chant, Antonio Palermo à la guitare, Dirk Chauvaux à la basse, Klaas Hoogerwaard à la batterie, et Chris Nells aux synthés. Et à ce jour, il a sorti la bagatelle de 19 albums studio.

Son style ‘cold darkwave’ très Bauhaus a mis le feu dans un auditoire de plus en plus nombreux. Ça ‘pogotait’ jusqu’au milieu de la fosse ! Il faut dire que les interprétations de « The naked and the death », « The art of war », « Summers die », ce qui était vraiment d’actualité vu la pluie qui s’invitait à la soirée, et « Dreams of pleasure » sont extraordinaires. Erik Dries est un vrai showman et rien que grâce à sa voix juste et puissante, il en impose sur les planches…

La formation est d’ailleurs la première à remercier l’assemblée lors du rappel, mettant d’ailleurs en danger des horaires scrupuleusement respectés jusqu’alors.

De quoi avoir même peur pour Howard Jones, programmé juste après …

Mais Howard, c’est Monsieur La Classe !

Il débarque, synthé en bandoulière, vêtu de son désormais traditionnel costume beige, slalomant entre les nombreux synthés blancs.

Chez lui, tout est douceur et majesté, gentillesse et professionnalisme. Tout est beau, aussi !

De « What is love » son titre majeur, à « Hide and seek » sa perle, en passant par « Equality », « New song », « Things can only get better » et « Like to get to know you well », les tonalités pures et majestueuses des synthés s’égrènent avec grâce, mélodie et joie.

A aucun moment, l’ambiance mise par Nik Kershaw et Siglo XX n’est retombée, même si le pogo a cédé le relais à des mouvements plus gracieux au sein d’un public amoureux.

Adorable ! A tel point qu’on s’est même habitué à sa coupe de cheveux un peu ‘perruche’, pas vraiment adaptée à sa chevelure de plus en plus clairsemée…

Chapeau Mister Jones !

Il est près de minuit, et il est décidé de terminer la soirée à l’issue de son set. Il restait pourtant encore Tony Hadley (Spandau Ballet). Mais en débarquant au stand réservé à la presse, il nous a été signifié de suite et clairement que Mister Hadley n’acceptait aucune prise de photo, alors qu’hormis « True » et « Gold », Spandau n’a jamais vraiment défrayé les chroniques ; aussi face à sa revendication aux ‘Droits à l’image’, ce sera la plus belle manière d’opposer son droit de véto. No pain, no glory !

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Toyah + Mlada Fronta + Allez Allez + Breath of Life + Blaine L Reininger + Lebanon Hanover + Nik Kershaw + Siglo XX + Howard Jones + Tony Hadley

W-Festival 2019 : jeudi 15 août

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Nouveau changement de site pour le W-Festival, qui après avoir été inauguré à Wortegem-Petegem, puis déménagé à Amougies, retourne près de ses sources, c’est-à-dire à Waregem. Dans la grande salle Expo, pour être plus précis. En passant l’entrée, on est un peu surpris par la configuration des lieux. A contrario de celui du Mont-de-l’Enclus, ils sont très concentrés. Faut dire aussi que l’an dernier, il fallait marcher plusieurs kilomètres avant d’arriver sur la plaine. Mais n’empêche, cette grande étendue exhalait un petit air de Woodstock. Et puis les émanations de friterie ou autre fast-food se dispersaient dans la nature. Mais ici, on a l’impression de pénétrer dans une sorte de petite kermesse flamande bordée de tas d’échoppes alimentaires, avec tables, bancs et parasols et où il ne manque finalement que les manèges. A l’arrière de la salle Expo, un podium baptisé Olivier Daout a été dressé pour accueillir quelques concerts. Judicieux, une tribune assise et couverte a même été aménagée. Enfin, la salle Expo est quand même impressionnante, puisqu’elle compte un peu plus de 3 700 m2. Et puis, de nombreux parkings entourent l’édifice. Donc plus besoin d’avaler plusieurs bornes avant d’atteindre le site.

La journée de votre serviteur démarre par Tristesse Contemporaine, un trio cosmopolite, établi à Paris, qui réunit le Suédois Leo Hellden, le Britannique Michael Gifts et la Japonaise Namuri Omori. Le premier se consacre à la guitare, le second au chant et la troisième aux claviers ainsi qu’aux vocaux. Responsable d’une forme d’électro-pop-indus-krautrock, très influencée par les 80’s, un peu dans l’esprit de Stereolab, le groupe va nous délivrer un set de bonne facture. Minimaliste, atmosphérique, caractérisé par ses sonorités faussement glacées, il est néanmoins desservi par la voix un peu trop limite de Mike, qui semble avoir abandonné son masque…  

Solar Fake embraie. Le leader et multi-instrumentiste Sven Friedrich possède un baryton profond, très susceptible de rappeler Andrew Eldritch (Sisters of Mercy) et les mélodies sont bien torchées, dans un style dansant à mi-chemin entre cold wave des eighties et electro-pop contemporaine. Mais rapidement, on perd rapidement le fil d’un set qui va finalement se révéler anecdotique ; une prestation contrariée par une panne de light show ainsi que des éléments visuels, malgré une cover plutôt réussie du « Papillion » des Editors…

Mauvaise nouvelle, les Primitives ont pris du retard. Et pour cause, ils ont été bloqués à la frontière. Il se produiront donc plus tard, sur la scène baptisée Olivier Daout. Malheureusement ce sera au même moment qu’Echo & The Bunnymen. Donc difficile de se couper en deux. Et c’est The Blow Monkeys qui va récupérer ce créneau horaire.

Entretemps, on est allé jeter une oreille à The obsCURE (NDR : à ne pas confondre avec un groupe bengali de pop/rock), un cover band issu du Nord du pays qui se consacre au répertoire de Cure. Of course ! Ils sont six sur les planches et il y a un monde fou sur la place. Le chanteur, Dirk Vrijs, a le même look que Robert Smith, en moins grassouillet, chante plutôt juste et la musique proposée est respectueuse de l’originale. En outre, certaines reprises sont enrichies de vidéos des mêmes compos du mythique groupe britannique. Mais, ce qui cloche, c’est qu’entre les morceaux, ce vocaliste, qui ne joue pas de guitare, laissant ce soin à deux autres musicos, s’adresse en néerlandais à ses amis, ses connaissances et tutti quanti et leur adresse même de grands signes, pour les remercier de leur présence, rendant cette forme de réincarnation, un peu saugrenue…

Fondé à Coventry, en Angleterre, The Blow Monkeys remplace donc les Primitives. Son line up est quasi-inchangé depuis le début des eighties, puisqu’il réunit le chanteur/guitariste Robert Howard alias Dr Robert, le saxophoniste Neville Henry, le bassiste/claviériste Mick Anker et le drummer Crispin Taylor qui remplace Tony Kiley. Ce quatuor a décroché quelques hits à ses débuts, dont « Digging Your Scene », « It Doesn’t Have To Be This Way », qu’ils ont interprétés, et « Animal magic », des chansons qui demeurent certainement les plus représentatives de son répertoire. Aujourd’hui son cocktail entre pop, jazz, soul, blues et funk n’attire plus qu’une poignée de nostalgiques de leur belle époque ainsi que quelques curieux. Ce sont tous d’excellent musiciens, mais au bout de quelques morceaux, le set suscite un profond ennui…

Cassandra Complex continue de tourner ; et pourtant, il n’a plus rien enregistré depuis l’an 2000, même s’il a réédité le premier elpee, « Grenade », cette année, en le remasterisant. Costard/cravate de couleur rouge, Rodney Orpheus possède toujours ce baryton caverneux si caractéristique. Pas de drummer, mais une boîte à rythmes, et quand même un guitariste, dont les interventions rappellent parfois celle de The Edge (U2) et un bassiste qui participent à une musique mêlant EBM, indus, goth rock, dark wave et synthpop. Un set bien équilibré pour une musique qui commence cependant tout doucement à être datée…

Merciful Nuns embraie, un trio allemand qui pratique une forme de gothic rock sombre et mystique. D’ailleurs, tout au long du set défilent, sur les écrans, des images et des sigles qui reflètent la passion des musicos pour l’hindouisme et la cosmographie. Habillés de noir, ils sont tous chaussés de lunettes fumées. La bassiste a enfilé un imperméable (NDR : pourtant, il ne va pleuvoir qu’à l’extérieur), le guitariste est coiffé d’un bandeau de pirate et le chanteur d’une casquette de marin. Ces deux derniers portent la barbe. Pas de batterie, mais une boîte à rythmes pour une musique ténébreuse (évidemment) qui rappelle le plus souvent Sisters of Mercy (NDR : encore !), même si le chanteur, Artaud Seth, emprunte parfois des inflexions à Mark Burgess (Chameleons). Un peu trop linéaire pour vraiment convaincre…

Décidément, les organisateurs sont parvenus à exhumer des groupes dont on entendait plus parler depuis belle lurette. Certains avaient même récolté un franc succès sur le plan international, début des eighties, décrochant par ailleurs quelques hits, avant de rentrer dans le rang ou de disparaître de la circulation. D’autres étaient également parvenus à renaître de leurs cendres. C’est le cas de Time Bandits, un combo batave dont il ne reste plus comme membre fondateur que le seul Alides Hidding. Un fameux compositeur, puisque plusieurs de ses chansons ont été reprises par de nombreux interprètes, dont Jennifer Rush et The Nylons. Chapeau vissé sur le crâne, Alides, qui se consacre à la guitare et au chant, est particulièrement interactif. Il est soutenu par un claviériste, un bassiste, un drummer et deux choristes, dont les voix sont vraiment superbes. Oscillant du r&b au blues, en passant par la pop eurovisionnaire et le disco, la musique de Time Bandits n’était pas vraiment de nature à emballer votre serviteur. Et pourtant, elle s’avère agréable à écouter. La formation s’autorise une cover plutôt réussie du « Purple rain » de feu Prince. Au cours du show, Alides feint d’envoyer une balle de golf et déclare l’avoir envoyé sur la lune. Pourquoi pas ? Bref, la performance des choristes et l’enthousiasme du leader m’ont empêché d’aller plus rapidement casser la croûte ; et pourtant, il est temps, car le meilleur arrive enfin…

Et pour cause, Echo & The Bunnymen grimpe sur les planches, un groupe emblématique, drivé par les incontournables Ian McCulloch et Will Sergeant. Le chanteur et le guitariste sont épaulés par un second gratteur, un bassiste, un claviériste et un drummer. Et en intro, on a droit à une sorte de bande sonore liturgique. Avant que le band n’attaque son set par « Rescue », un morceau tapissé de claviers rognés, alors que déjà la machine à fumée envahit l’espace scénique. Et puis difficile de ne pas tomber sous le charme de cette musique à la sensibilité émotionnelle hypnotique et profonde que souligne si bien la voix fragile et instable de McCulloch. Pendant « Villers Terrace », la compo inclut le « Roadhouse blues » des Doors ; des Doors et surtout feu Jim Morrison qui semblent parfois hanter ce set, même si pendant « Nothing lasts forever », le clin d’œil adressé à Lou Reed, à travers le « Walk on the wild side », déclenche au sein de l’auditoire des ‘doo dee doo’ chargés d’allégresse. Le son de gratte dispensé par Sergeant est tour à tour psyché, comme tout au long de « Over the wall », cristallin, à l’instar de « The killing moon », vibrato sur « Bring on the dancing water », au cours duquel le public frappe dans les mains, à connotation orientale sur « The cutter », et surf lors du titre final, « Lips like sugar », à l’issue duquel Ian balance son essuie-éponge dans la foule, avant de tirer sa révérence. Un seul morceau récent, « The somnambulist ». Du show, on épinglera encore le dansant « Never stop », au cours duquel Sergeant crée un contrepoint pour renforcer l’émotion libérée par la voix de Ian, et un hymnique « Seven seas » tout en délicatesse. Une constante, la foule reprend les refrains et même les couplets en chœur, sans pour autant que McCulloch ne cède le relais à l’auditoire. Bref, un chouette moment, intense et empreint de douce mélancolie qui fait du bien à l’âme… des nombreux nostalgiques de l’époque dorée d’Echo & The Bunnymen…

Depuis le départ de Hugh Cornwell, il faut avouer que votre serviteur ne s’est plus guère intéressé aux Stranglers. Faut dire que la quintessence de l’œuvre du band britannique se situe entre 1977 et 1990. Malgré de bonnes dispositions au chant, Paul Roberts ne s’est jamais vraiment imposé. Et d’abord recruté comme guitariste, à l’aube du millénaire, Baz Warne ne s’est reconverti au micro qu’à partir de 2006. Les deux vocalistes ne sont cependant jamais parvenus à faire totalement oublier Cornwell, raison pour laquelle les prestation ‘live’ ont alors souffert d’un goût de trop peu. En outre, Hugh était quand même un des deux compositeurs au sein de la formation, tant de la musique que des lyrics. Bref, avant d’assister au show de ces Stranglers, il y avait de quoi être dubitatif, surtout quand on a eu l’opportunité d’assister à un de leurs concerts, sous le line up originel.

Lorsque les rideaux s’ouvrent on découvre le logo du groupe de couleur jaune sur fond noir, en arrière-plan, et bien sûr le matos du combo, alors que les baffles crachent l’instrumental « Waltzinblack ». Le quatuor grimpe alors sur le podium d’un pas bien décidé. Jean-Jacques Burnel a la chevelure poivre et sel, Baz la boule à zéro, et Dave Greenfield, qui accuse quand même 70 balais, semble se cacher derrière sa panoplie de claviers. Le quatrième larron, Jim Mccauley, est un jeune batteur qui supplée Jet Black depuis 2013. Ce dernier ne participe d’ailleurs plus qu’aux sessions d’enregistrement. Et la formation semble bien décidée à en découdre avec la foule en ouvrant les hostilités par des titres percutants, pour la plupart issus des premiers elpees à l’instar de « Toiler on the sea », « I’ve been wild » et « Get a grip on yourself » qui ouvrent le concert. Car de « Peaches », le combo en a ce soir. En outre, Baz chante juste, dans un registre très proche de Cornwell. Et ça, c’est une bonne surprise ! L’attitude des gratteurs est menaçante, bien punk. La ligne de basse tracée par JJ vous rentre dedans. Warn est particulièrement incisif sur sa six cordes. Dave infiltre les compos de ses rituelles arabesques savoureusement baroques aux claviers. Il se sert d’un moog, pendant « Nice’n’sleazy ». Et le batteur dynamise l’ensemble de son drumming solide et précis. Un climat délibérément belliqueux qui va également déteindre sur les hits du groupe, comme « Skin deep », « Golden Brown » et « Always the sun », dont la foule reprend, bien évidemment, les refrains à l’unisson. La version du « Walk on by », signée Burt Bacaharach et Hal David, popularisée par Dione Warwick, est tout aussi agressive, alors que Greenfield nous réserve un petit solo vintage. Jean-Jacques Burnel se réserve le chant circonstanciellement, comme sur « Better change » ou « 5 minutes ». Et à l’issue d’« Unbroken », il nous balance quelques accords de basse sismiques avant d’embrayer par les fameux riffs qui allument « No more heroes », dont la foule, aux anges, reprend le refrain en chœur et qui clôt ce set épatant, couronné par une énorme ovation. Bras dessus, bras dessous, les musicos saluent l’auditoire, puis le sourire aux lèvres se retournent et présentent leurs séants. Humour bien punk… mais finalement une des plus belles surprises du festival…

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(Organisation W-Festival)

Brussels Summer Festival 2019 : vendredi 16 août

Ce vendredi 16 août, on est déjà à mi-parcours de l’édition 2019 du BSF. L’affiche de cette soirée propose un joyeux patchwork entre vieilles gloires des années 90, programmées sur la main stage, du rap, sur la scène du Mont des Arts et des futures stars à la Madeleine, en compagnie de Inüit et Whispering Sons. Focus d’abord de Lina sur les deux concerts principaux qui vont se dérouler sur la Place des Palais, ceux de Manic Street Preachers et Hooverphonic.

19h00, les premières notes de « Motorcycle Emptiness » crissent sous le ciel morose de ce début de soirée. Le public, certes épars, semble déjà tout acquis à la cause de nos Gallois préférés et certains spectateurs motivés sautillent déjà de bonheur dans la fosse. Le groupe qui fête cette année les 20 ans de son mythique album, « This is my truth, tell me yours », gratifie l’audience d’une setlist reprenant ses plus grands succès tout en faisant la part belle à cet elpee. Les hits s’enchainent à une folle allure : depuis « You love us » aux relents punk, à la ballade contestataire « A design for Life Bradfield ». La voix de James Dean Bradfield est intacte, malgré le poids des années (NDR : le band est né en 1986 !) et le bassiste Nicky Wire a toujours ce look bien punk très caractéristique… Le show est court, intense et sans surprise. Comme chaque année, le combo s’autorise une reprise. Après avoir adapté une compo de Rihanna et une autre de Cure, Manic Street Preachers s’attaque au « Sweet Child Of Mine » de Guns N' Roses. Version un peu molle, il faut l’avouer. On aurait largement préféré hériter d’un titre de plus de son répertoire. Dans la foule, on remarque la présence d’un fort contingent de compatriotes du groupe. Et de leur drapeau qui s’agite et claque au vent de la nostalgie… Le concert s’achève par « If you tolerate this, your children will be next »…  Signe qu’il est impératif de se tourner vers le futur…

Le temps de se désaltérer et la foule commence à s’agglutiner face au front stage. Les premières gouttes de pluie commencent à tomber… Mais serait judicieux de déjà se placer idéalement pour assister au concert de Hooverphonic. En ce qui concerne cette formation, la question n’est plus de savoir quels seront les titres joués mais bien qui les interprètera. Après avoir vu se succéder toute une série de vocalistes, c’est aujourd’hui la très jeune Lukas Cruysberghs qui se consacre au micro. Elle a vécu un véritable conte de fées pour en arriver là. En 2017, elle se présente au télécrochet ‘The Voice van Vlaanderen’ en interprétant « Mad About You ». Dans le jury, Alex Callier, tête pensante du groupe la remarque et lui offre la victoire sur un plateau. Il lui propose alors la place tant convoitée de chanteuse. Plutôt sceptique, la voix de la donzelle sur album m’avait conquise. Fallait donc vérifier sur les planches ! Et bien, Lukas semble déjà se comporter comme une artiste chevronnée. Elle chante, danse, se change en un éclair, passant du noir au rouge, et s’approprie du haut de ses 18 printemps les succès du band, les réinvente et leur donne de nouveau cette dimension un peu trip hop de ses débuts.  Son interprétation est toute en émotion par rapport à la voix puissante de Geike. Elle ouvre le concert tel un chaperon rouge, plus tard réapparaît dans une combinaison noire cintrée et bottée, avant d’adopter la cape pailletée. Elle est phénoménale sur « Mad About You », communique un côté bien plus léger à « The night before » et revisite « Jackie Kane » avec un petit côté espiègle sûrement dû à sa jeunesse. Un bien beau concert et une bien belle soirée !

Pendant ce temps, Liesbeth est déléguée pour assister aux concerts qui se déroulent en la salle de la Madeleine. La distance entre les deux points de chute, ainsi que les horaires qui se chevauchent, nécessitent, en effet, d’opérer un choix. C’est aussi la soif de découverte et la curiosité qui la guide jusqu’à la Madeleine. Inüit s’y produit. Ce jeune groupe nantais fait la part belle aux percussions sur fond de claviers électroniques, rehaussant certains de ses morceaux de cuivres. Son dernier album, « Action », est paru l’an dernier, un premier elpee qui fait suite à « Always Kevin », un Ep publié en 2017. Le set de la formation est varié et nous réserve des rythmes et mélopées tribales ainsi que de la dance sur fond de mélancolie. La prestation s’ouvre par « Body lies ». Coup de cœur immédiat ! La chanteuse, Colinne Rio, éclabousse la salle de sa fraîcheur. Elle bondit d’un côté à l’autre du podium ou va prêter main forte à l’un des percussionnistes. Colinne incite également le public à participer au show. Et tout particulièrement tout au long de « Dodo mafusi » ou encore sur une chanson revendiquée comme engagée contre la politique de Trump (« We the people »). On regrettera juste l’éclairage trop tamisé, dans le style d’une discothèque underground berlinoise. Un light show qui complique le travail de notre photographe, mais nous empêche aussi d’admirer les nombreux musiciens en arrière-plan. Mais n’empêche, une énergie (positive) est libérée tout au long du spectacle, énergie très susceptible de rappeler les fins de concerts de Foals.

Changement d’ambiance ensuite en compagnie de Whispering Sons. Son premier opus « Image », paru en 2018 a été salué par la critique. Et malgré leur jeune âge, ces Limbourgeois ont aligné les dates à une cadence impressionnante, aussi bien lors des festivals qu’en salle. Aussi serait-on tenté de dire qu’il ne s’agit plus d’une découverte. Le groupe, aujourd’hui rôdé, nous réserve un set impeccable. Même si le show et le climat qu’il entretient sont davantage captivants au sein d’espaces plus petits. Résultat des courses : le spectacle me transporte beaucoup moins que lors de précédentes prestations accordées au Salon de Silly ou à l’Eden de Charleroi, par exemple. Faut dire aussi que l’auditoire réunit beaucoup moins d’aficionados du post-punk, et un peu plus de bobos bruxellois. A mon humble avis, pas sa meilleure prestation, même si elle est techniquement irréprochable. Fenne n’a pas été époustouflante. Maintenant, est-ce dû à l’effet de stupéfaction face à la découverte du prodige qui s’est estompé ou parce que le set et la gestuelle scénique sont à présent parfaitement au point ?

De l’avis unanime, l’éclat de ce site, la convivialité des lieux et sa facilité d’accès constituent les points les plus forts de ce festival. Au final 57 000 spectateurs seront comptabilisés sur les 5 journées, de quoi réjouir les organisateurs et les 545 bénévoles qui ont contribué à cette édition.

(Organisation : BSF)

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Inüit + Whispering + Manic Street Preachers + Hooverphonic.

Park Rock 2019 : jeudi 15 août

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De nouveau-né, le Park Rock est aujourd’hui devenu un bel adolescent de seize ans. Alors, en guise de cadeau, les organisateurs ont misé sur une pléiade de covers bands tentant de réincarner Iron Maiden, Guns N' Roses, Led Zeppelin, Motörhead et Thin Lizzy, mais également des artistes pluralistes émergents ou confirmés.

On ne peut pas dire que le public se soit pressé au portillon, en ce jeudi du 15 août, pourtant jour férié. Une affiche trop éclectique ? La pluie venue jouer les troubles fêtes ? C’est vraiment dommage !

C’est à la suite des prestations de Fitz, Stand for et Dr Voy que votre serviteur débarque sur la plaine du parc de Baudour, un endroit superbement boisé et verduré.

Une seule scène trône au milieu du site. Des jeux pour enfants ont été dispersés afin de laisser papa et maman s’en foutre plein les portugaises sans avoir le fiston sur le paletot. Fûté quand même !

Les personnages en jupons noirs qui se produisent à ce moment-là ne sont pas des gonzesses, mais Les Black Tartans. Gros bras, tatouages, et poils sur le menton, constituent grosso modo le profil type de ces musicos.

Des habitués des lieux, puisqu’ils avaient déjà été programmés, lors d’une précédente édition. Un changement dans le line-up a été opéré en 2017. Une première pour le batteur, aujourd’hui, qui semble avoir focalisé la dizaine de paires d’yeux sur sa personne...

Les BT sont à la musique, ce que Maïté est à la cuisine, un savoureux mélange de punk rock mélodique épicé par des instruments traditionnels celtiques. Vous secouez le tout et vous obtenez un punk rock explosif et particulièrement remuant, histoire de réveiller la vitalité des plus réceptifs...

Quitte à rester dans le bruit, autant y aller à ‘donf’ en compagnie des métalleux de Bukowski. Ils nous viennent d’outre-Quiévrain. De Paris exactement. Le patronyme se réfère, bien évidemment, à Henry Charles Bukowski, romancier et poète américain.

Survolté, le combo livre un rock aux accents stoner mais également hardcore. La fougue démentielle manifestée tout au long de « Brother forever » ne draine hélas que quelques courageux, le temps d’un pogo sans précédent…

A charge de Z-Band de calmer quelque peu les esprits.

Fondé en 2015, il réunit le drummer Jerry ‘Jay’ Delmotte, le guitariste Morgan ‘Dweez’ Tuizir, le bassiste Michel Vrydag et le chanteur Matthieu Van Dyck.

Le combo est venu défendre son second opus, « Apocaliquids », tombé dans les bacs depuis quelques mois déjà, un disque qui succède à « No Loose Behavior », essai qui avait été propulsé dans le top 50 belge.

Camouflé par un ersatz de bonnet sur la tête surmonté de cornes estampillées ACDC, le guitariste s’en donne à cœur joie. Quant au bassiste, ses cheveux longs et ses yeux complètement révulsés en disent long sur son degré d’implication dans le set.

Déjà à l’affiche, lui aussi, il y trois ans, le groupe puise ses influences majeures au sein des 90’s, aussi bien dans le rock, le funk que le métal, Alice in Chains, Audioslave, Incubus et Extreme, en tête. Et « Yyyy’Id » en est une belle illustration. Cependant, il est également apte à torcher des compos plus douces mais sulfureuses, comme « Do Need Love ».

Autre style et autre ambiance pour Blond, responsable d’un electro/rock survitaminé. Mais la faim commence à tenailler l’estomac de votre serviteur depuis quelque temps déjà. Il est donc urgent de se remplir la bedaine et de se désaltérer au sein de l’espace VIP, situé derrière la grande scène.

La pénombre s’invite doucement pour LYS. Logique lorsqu’on sait que la programmation accuse environ trente minutes de retard.

Quatuor breton, LYS jouit maintenant d’une authentique crédibilité outre-Manche. Un premier long playing remarquable lui a permis de se produire en Europe, et notamment à Londres, mais également aux Etats-Unis, au travers de grands festivals comme le SXSW d’Austin ou le CMJ de New York, en 2013, ainsi qu’en Chine au MIDI de Shanghaï et Beijing, en 2014.

Cerise sur le gâteau, le dernier LP en date a bénéficié du concours du fameux producteur anglais Paul Corkett (The Cure, Björk, Nick Cave, Radiohead, Fiction Plane, Placebo…) ainsi que de Craig Walker (Archive, The Avener).

Repéré par une grande marque de vêtements qui a sorti une ligne à son nom (‘LYS by IKKS’) en 2012, il a profité de cette opportunité pour se produire en showcase dans les magasins de cette enseigne ; ce qui lui a valu d’élargir encore un peu plus sa cote de popularité.

Le line up a beaucoup changé depuis ses débuts. La préposée à la basse, qui attirait autrefois tous les regards, est désormais remplacée par (la charmante) Manon. Brunette et toute menue, c’est la troisième à se consacrer au plus long manche, depuis la constitution du groupe, en 2008. Que les fans se rassurent, après 2013, les musiciens sont… plus ou moins les mêmes…

Autant y aller tout de go, c’est essentiellement Steve Hewitt (ex-batteur emblématique de Placebo), derrière les fûts, qui polarise la curiosité des spectateurs. On dirait, à s’y méprendre, un cousin de Biolay !

Les premiers riffs de « Redbud » baignent au sein d’un climat festif et communicatif ; une musique plus rock et plus mature que sur le précédent opus.

La capacité à concocter des hymnes pop/rock bien ‘british’ est confirmée par « One Day », dont la ligne mélodique est proche de celle tracée par Placebo. Et si LYS en devenait le digne successeur ?

Très loin des premières répétitions dans ce vieil hangar breton, les compos interprétées dans la langue de Shakespeare sont biberonnées au rock alternatif, aussi bien issu des années 80 que contemporain, et se distinguent par leur rythme obsédant (« Look in your ass », « Last night ») ou ses mélodies très pop (« Falling Apart », « The mistake »).

Armé de sa gratte électrique, Anthony communique à l’ensemble une couleur particulière et chaude, tout en cherchant à créer une certaine intemporalité dans les sons et les arrangements, comme chez les valeurs confirmées insulaires auxquelles ils se réfère…

Un set trop court qui s’achève par « In my mind », premier jet prometteur du leader, Nicolas, qui venait tout juste, sans le savoir, de hisser le drapeau tout en haut du mât.

Au tour de Romain Humeau et sa clique de poindre le bout du nez. Il y a enfin du peuple ! A vue de nez, il doit y avoir 2 ou 3.000 personnes à tout casser. Pas assez, pour un band de cette envergure. Mais, n’est-ce pas suffisant finalement ? Ne vaut-il pas mieux jouer devant une poignée de passionnés que face à 150 000 pèlerins dont les trois quarts sont bourrés ? La messe est dite !

« Stupor machine », le dernier elpee d’Eiffel –dont le patronyme est inspiré d’un titre (« Alec Eiffel ») qui figure sur l’album « Trompe le monde » des Pixies– est paru en avril dernier. Il a quand même fallu attendre 7 longues années avant qu’il ne se décide à enregistrer son septième opus. Une longue absence qui a alimenté bien des rumeurs, dont celle de l’arrêt définitif de l’aventure du band.

Durant tout ce temps, Humeau ne s’est pas assis sur ses lauriers, gravant trois albums, malheureusement moins médiatisés, son nom restant sans doute associé à celui de l’ensemble.

Son leader charismatique porte une marinière complètement démodée, tandis que sa comparse à la ville et à la scène, Estelle, arbore une chevelure en forme de poulpe. C’est la préposée à la basse.

Bien entendu, la formation est venue défendre son dernier LP.

L’électrique « T’as tout, tu profites de rien » donne le ton d’une prestation qui restera dans les mémoires. Un jeu où guitare survoltée et basse puissante viennent épouser à merveille une rythmique tonitruante sur une ligne mélodique soignée et des lyrics pour le moins engagés. Y en a dans le pantalon !

« Il pleut » (doux euphémisme), incarne à lui seul le talent d’écriture de Romain, digne de la bonne chanson française. Espérons toutefois qu’au vu des nombreux nuages sombres qui menacent, il ne transforme pas l’eau en « Cascade ».

Caractérisé par son sifflotement à la Micheline Dax, « À tout moment la rue » entraîne l’auditoire dans une sorte de ‘(chasse) Spleen’ pour le moins déroutante. Les puristes se souviendront que Bertrand Cantat assurait les chœurs dans la version studio.

Chez de nombreux artistes émergents, les chansons se construisent, en grande partie, en fonction des arrangements. Chez Eiffel, le renouvellement ou la modernité ne passe pas par l’outil mais par la manière dont on s’en sert. Le tubesque « Chocho » en est la preuve la plus éloquente.

La formation évoque tour à tour des thématiques fortes et incisives. Quel est le propre de l’artiste aujourd’hui ? Conscientiser, bousculer ou simplement divertir ?

Que ce soit par les sonorités acides et les textes surréalistes de « À tout moment », « Abricotine », « Le Quart d'heure des ahuris » ou encore « Stupor Machine », une compo qui décrit notre mode de vie tout en peignant en sombre notre avenir, le combo continue à entretenir la flamme chez les fidèles aficionados…  

Aucun doute, Eiffel et son poète maudit, entre passion et idéologie, est fin prêt pour grimper sur le haut de la tour.

Les Fatals Picards ont la délicate charge de clôturer cette édition. Fondé en 2000, ces joyeux lurons mêlent humour au second degré et engagement, en se servant d’une multitude de genres musicaux, oscillant de la chanson française au punk, en passant par le rock.

Un genre qui passe mal chez votre serviteur. Il préfère prendre ses jambes à son cou plutôt que s’infliger cette (mauvaise) plaisanterie.

Bref, un festival qui n’aura certainement pas brillé ni la présence du soleil, ni par celle de sa programmation trop légère et disparate, malgré quelques moments forts, s’achevant fatalement (ou tristement selon) par un candidat à l’Eurovision de 2007…

(Organisation : Park Rock)

Fitz + Stand for + Dr. Voy + Black Tartans + Bukowski + Z-Band + Blond + Lys & Steve Hewitt + Eiffel + Les Fatals Picards

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