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D Hiver Rock 2005 : vendredi 11 février

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Pour sa troisième édition, le festival D'Hiver Rock avait décidé d'élargir son programme à la musique électronique ainsi qu'à la 'lomographie'. Un courant underground de la photographie que nous propose Chad, professionnel de cet art visuel, à travers son exposition intitulée  « Une ville, deux jours, trois boîtiers » Pas de numérique, mais des instantanés qui immortalisent ( ?!?!?) notre époque avec un œil différent. Pour celles et ceux qui veulent en savoir davantage, je vous invite à vous rendre sur les sites www.lomographie.net , http://mybeautifullomo.free.fr ou encore www.lomography.com  (NDR : ce dernier en anglais). Et la liste n'est pas exhaustive. L'exposition se déroule du vendredi 11 au dimanche 20 février. Mais revenons au festival qui a donc enregistré un sold out le vendredi et une très belle assistance le samedi. Avec deux programmes bien différents, puisque si le premier jour réunissait des valeurs confirmées (Ghinzu, Hollywood Porn Stars et Austin Lace), le second a surtout valu par la découverte de nouveaux talents (Bacon Caravan Creek, Malibu Stacy). Mais nous y reviendrons au cours de ce compte-rendu.

Vendredi 11 février 2005

Il revenait au local Nil Obstat d'ouvrir le festival. J'avais eu l'occasion de le voir en concert, il y a un peu plus d'un an au Centre Marius Staquet de Mouscron. Et il faut avouer qu'il n'avait pas laissé un souvenir impérissable. Depuis, Nicolas a fait de nets progrès. A l'instar d'un Dominque A, il est seul sur scène. Et joue de la guitare en se servant de multiples pédales de distorsion, tout en s'appuyant sur un programmateur de boîtes à musique. Qu'il maîtrise aujourd'hui à la perfection. Et puis il chante. Dans la langue de Molière. Ce qui n'est pas un problème. Là où le bât blesse, c'est sa voix. Un peu trop déclamatoire, elle ne parvient que trop rarement à donner du relief à sa musique. Et Nicolas a eu beau essayé de se démener sur ses six cordes, le set ne décollera jamais.

Auteur d'un chouette deuxième album, Austin Lace pratique une pop légère aux mélodies rafraîchissantes et contagieuses. Après avoir écouté leurs chansons, on a envie de les siffloter. Et pas seulement sous la douche (NDR : faut dire que dehors, il faisait un temps de chien !). Une musique qui vous donne envie de prendre la vie du bon côté. Bien loin de tous les tracas de la vie quotidienne. Et quoique sans grand éclat, leur prestation a un côté ensoleillé qui fait du bien en cette période de l'année. Et puis, il y a Fabrice. Le chanteur/guitariste. Une très très belle voix, dont les variations de timbre sont tout bonnement impressionnantes. Et lorsqu'elle se conjugue en harmonie aux backing vocals de Fred (le drummer) et de Lionel (le guitariste), je ne puis m'empêcher de penser aux Papas Fritas. Un regret : sur les planches, les fioritures jazzyfiantes qui émaillent leur elpee (« Easy to cook »), passent pratiquement inaperçues.

Crumble Lane doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Crumble Lane n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser…

Issu de la région de Liège, Hollywood P$$$ Stars avait laissé une excellente impression lors de son passage à l'édition 2004 du D'Hiver Rock. Une bonne raison pour les réinviter cette année. Et puis, leur premier véritable elpee, « Year of the tiger » est un régal. Un disque où si la forme est encore et toujours de l'emo et de la pop, le fond flirte avec du bon rock mélodieux et fougueux, teinté parfois d'électronique. On y recèle même des titres plus calmes, mais l'essentiel réside dans ces solos aux guitares incisives qui se cherchent des noises. Et pendant la moitié du set, H.P.S. va démontrer tout son savoir-faire, développant sa sensibilité pop tout en imposant un son rageur. Toutes guitares dehors. Puis, la formation s'est lancée dans un trip semi psychédélique, semi métallique. Une défonce au cours de laquelle elle s'est fait plaisir c'est une certitude. Personnellement, ce type de voyage ne me dérange pas trop. Pourvu que l'on sache où l'on va. Or j'ai la nette impression que le groupe ne le savait plus trop lui-même. Vu les capacités d'H.P.S., l'important est peut-être qu'ils s'en soient rendus compte. Ce qui n'a pas empêché une bonne partie du public d'apprécier l'escapade…

Flatcat doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Flatcat n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser… Paraît que le groupe s'est quand même illustré en invitant une partie du public sur scène.

Ghinzu était bien la tête d'affiche du festival. Et avant même de monter sur les planches, la formation bruxelloise avait mis le public dans sa poche (NDR : faut dire que leur deuxième album, "Blow", est tout bonnement impressionnant). Très concentrés, costards/cravate à la Tarentino, les musiciens font monter l'intensité. Morceau après morceau. Un peu à la manière de Radiohead circa « OK Computer ». Calfeutré derrière son instrument, John, le chanteur/claviériste se lève épisodiquement, un peu comme s'il était secoué par une décharge d'adrénaline, avant de se rasseoir. Et puis, soudain l'adrénaline est trop forte, et John abandonne ses ivoires pour empoigner une six cordes. Histoire de faire encore monter la pression. A partir de cet instant, le set va littéralement s'enflammer. Mais avec une maîtrise digne de vieux pros. Même lorsque le guitariste se laisse porter par le public (NDR : oui, oui, comme Peter Gabriel !). Un guitariste qui passe même aux drums pour un titre de trash funk metal absolument dantesque, le batteur ayant de son côté troqué ses baguettes pour le clavier. En rappel, Ghinzu se lance dans une version particulièrement glamoureuse du « Purple Rain » de Prince. John ne tient plus en place. Il décide d'empoigner un porte-voix et vocifère à tue-tête pendant que ses comparses gesticulent dans tous les sens. Ovation ! Alors que le groupe s'est déjà tiré. Les mauvaises langues diront qu'ils commencent à attraper la grosse tête. Des bruits confirmés par certains organisateurs. N'empêche, quel concert !

 

Lokerse Feesten 2007 : dimanche 12 août

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Pour cette dernière journée des 33èmes Lokerse Feesten, les organisateurs avaient choisi l’éclectisme en programmant à la même affiche le folk irlandais des Pogues, le grunge US des Lemonheads et le punk batave des Heideroosjes.

Chez les Pogues il faut s’attendre à toutes les surprises. Parfois aussi bonnes que les sensations d’une bonne Guinness portée aux lèvres dans la chaleur moite d’un pub irlandais. Mais souvent aussi mauvaises que les dépressions centrées au-dessus de l’île verte. Ainsi, la dernière fois qu’ils se sont produits au complet en Belgique, c’était en 1991… au Pukkelpop. Probablement la pire prestation accordée par leur chanteur Shane MacGowan. Quelques mois plus tard, son propre groupe n’hésitait d’ailleurs pas à le virer. Les fans se souviendront longtemps de ce show, au cours duquel les musiciens n’avaient de cesse de fusiller du regard un MacGowan imbibé d’alcool et sous l’emprise de substances illicites. Soutenu par son pied de micro, c’est à peine s’il pouvait encore fredonner l’une ou l’autre bribe de chanson. Le combo a ensuite poursuivi sa route sans son chanteur/compositeur. Plusieurs années de suite. Et circonstanciellement, Joe Strummer est venu leur prêter main forte. Comme lors d’un festival gantois auquel votre serviteur avait assisté. De son côté, Shane avait tenté péniblement de continuer en solo. Puis flanqué d’un nouveau groupe : The Popes. Sous cette formule il s’était produit au Vooruit en 1996, lors du Schwung festival à Roulers en 1998, mais avait annulé également à deux reprises : au festival folk de Dranouter (où les Pogues auraient pu être plus logiquement programmés cette année) et lors des Nuits de l’entrepôt du Luxembourg. Il est dès lors tout à fait compréhensible que la présence des Pogues (réunis) sur notre sol belge reste un événement attendu mais en même temps très hypothétique. Hypothétique, d’autant plus que la bande de joyeux lurons irlandais sont programmés à 23h45. Ce qui leur laisse beaucoup de temps pour déguster notre bonne bière nationale en coulisses… Alors viendra (et dans quel état ?), viendra pas ? Jamais deux sans trois ! Après les deux forfaits déclarés par Shane MacGowan, à la dernière minute… D’autre part, c’est la 13ème fois que j’assiste à un de leurs sets, ce soir. Ce chiffre devait bien me porter chance…

Sur le coup de 23h45, on a de quoi être rassuré : le band débarque et son chanteur suit, titubant à peine. Dès le début du show, il est évident que toute la troupe, y compris son leadeur, est en grande forme ! Le show débute par les traditionnels « Streams of Whiskey » et « If I should fall from grace with god ». De quoi faire bouger la foule. Mais aussi fredonner en chœur les « Broad majestic Shannon » et autre « Pair of brown eyes » qui s’ensuivent. Preuve de sa vitalité, Shane MacGowan ne s’assied jamais sur le tabouret sis derrière lui, si ce n’est pour y déposer son précieux breuvage ; et il ne quitte la scène que pour céder le relais à Spider Stacey pour « Tuesday morning » ou Terry Woods dans « Young ned of the hill ». Les pogos et autres farandoles s’enchaînent, entraînant jeunes et moins jeunes, Wallons et Flamands, fans belges et venus parfois de loin… Après une bonne heure de concert, et un « Sick bed of Cuchulainn » au cours duquel l’ambiance monte encore d’un cran, le band prend congé du public. Sans trop y croire, celui-ci réclame pourtant un rappel. Les Pogues sont dans un bon jour. Et ils vont même se montrer très généreux à l’égard de l’assistance en leur réservant un bon lot de surprises. Les musiciens changent tous de rôle. Shane passe au backing vocal, et c’est le batteur Andrew Ranken qui se réserve le micro pour interpréter « Star of the county down ». Deux titres plus tard, chacun y met du cœur sur un « Fiesta » clôturant définitivement un des meilleurs concerts accordé par The Pogues à ce jour. (NDR : avis unanimement partagé sur les forums de ses fans).

Les spectateurs de Lokeren, et son cadre bucolique, n’ont rien eu à envier ce soir à la Brixton Academy et aux précédentes réunions de Noël ou de Saint-Patrick. Et les nombreux aficionados venus d’outre-Manche garderont un tout bon souvenir de leur mini-trip en Belgique, d’autant plus que le show en Suède deux jours auparavant avait été qualifié d’exécrable. En outre, la prochaine date prévue dans un festival folk anglais était déjà pressentie comme annulée. Quand je vous disais qu’avec The Pogues il fallait s’attendre à tout ! Les absents de Lokeren ont manqué ce qui risque, à chaque fois, d’être la dernière bonne occasion (vu l’état de santé de Shane Mac Gowan) de revoir le groupe de référence de punk/folk irlandais.

Set List : “Streams of whiskey”, “If i should fall from grace with god”, “Broad majestic shannon”, “Turkish song of the damned”, “Young ned of the hill”, “A pair of brown eyes”, “Boys from the county hell”, “Tuesday morning”, “Kitty”, “Sayonara”, “Repeal of the licensing laws”, “Sunnyside of the street”, “Body of an american”, “Lullaby of London”, “Dirty old town”, “Bottle of smoke”, “Sick bed of Cuchulainn”

Encore : “Star of the county down”, “Sally MacLenane”, “Rainy night in Soho”, “Fiesta”

Plus tôt en soirée, ce sont aussi des survivants que l’on n’attendait plus : Evan Dando et ses Lemonheads ont foulé les planches flandriennes. Après avoir connu une période de gloire fin des années 80 et début des années 90, ponctuée par la sortie de l’incontournable album « It's a shame about ray », le groupe avait fini par s’éteindre vers 1996. Faut dire qu’il avait longtemps surfé sur la vague grunge. Evan Dando de son côté avait entrepris une carrière en solitaire. Dix ans et quelques changements de line up plus tard, Dando a reformé son band pour graver un opus sobrement intitulé « The Lemonheads ». Sur scène, le combo arbore (consomme) un look (style) grunge. Comme à ses débuts. Les influences de Nirvana et même de Dinosaur Jr (Jay Mascis a d’ailleurs collaboré à la confection de leur dernier opus) sont très palpables tout au long du set. Si sur disque les guitares laissent parfois la place à l’acoustique et aux ballades pop-folk, ce soir, à Lokeren, le ton est définitivement noisy/grunge voir punk. Epinglant quelques tubes comme « Into my arms » ou « It's a shame about ray », mais interprétés sous une forme plus que sauvage, les Lemonheads parviennent à capter l’attention de leur public… jusqu’à une certaine heure... Car visiblement, Evan Dando a sympathisé avec les Pogues en coulisses, et semble avoir abusé de l’apéro en leur compagnie. Et autant l’ancienne bassiste responsable des backing vocals, Juliana Hatfield, était agréable à regarder et à entendre jouer, autant son remplaçant chante manifestement faux. Au fil du temps, le show devient de plus en plus brouillon. Etait-ce voulu ou pas, une chose est sûre, cette détérioration du son a gâché ce qui aurait pu être un bon concert. Evan Dando a pourtant voulu revenir sur le podium en solo ; mais les organisateurs l’en ont empêché. Une situation plutôt fâcheuse lorsqu’on tente un come-back et que cette tentative se solde par un cuisant échec…

En tout début de soirée, la prestation de Heideroosjes ne m’a pas particulièrement bottée. La formation jouit d’une réputation qui va bien au-delà de leurs Pays-Bas et du Nord de la Belgique. Une preuve ? Ils sont signés par le célèbre label yankee Epitaph aux côtés de grosses pointures du genre comme Nofx, Bad Religion ou Millencollin. L’écoute de quelques titres suffit pour comprendre que leur punk navigue encore très loin de celui pratiqué par leurs compagnons de label. Et il manque surtout de finesse. A l’instar du vocaliste qui pense avoir trouvé la bonne punk-attitude en rotant entre chaque morceau… Heureusement, si lors de certains festivals, le public est obligé d’attendre (im)patiemment la suite des événements, Lokeren offre de multiples alternatives. De nombreuses festivités connexes sont organisées au cœur de la ville. Et si vous voulez vous éloigner quelque peu des décibels, il vous est loisible de visiter la ville, de vous promener le long du canal (Durme), de fréquenter ses pubs, sa foire ou encore d’assister à d’autres concerts gratuits sis à quelques pas du site. De quoi se reposer quelque peu les oreilles, avant de revenir vous plonger dans le vif du sujet, frais et dispos…

De Heideroosjes + The Lemonheads + The Pogues

Organisation : VZW Lokerse Feesten, Lokeren

Sziget Festival 2015 : vendredi 14 août

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Le Sziget existe depuis 1993. Dès sa création, il a pris place dans un cadre pour le moins exceptionnel : une île au milieu du Danube. Celle d’Obuda, située à quelques centaines de mètres seulement du fameux parlement hongrois et des imposants ponts qui relient les deux parties de la ville. En plein cœur de Budapest, donc !
Au fur et à mesure des années, l’évènement est devenu incontournable. ‘L’île de la Liberté’ a accueilli l’an dernier pas moins de 415 000 festivaliers. Il est même considéré comme le plus grand festival d’Europe. Pour son édition 2014, il a décroché, une fois de plus, le titre de ‘Meilleur Grand Festival Européen’, octroyé par les ‘Festival Awards’ aux Pays-Bas.

Vendredi 14 août. Il faut s’activer pour arriver à temps, afin d’assister à la prestation de Lohaus, jeune groupe belge jouant à 14h15 sur l’‘Europe Stage’. Il fait extrêmement chaud en ce début d’après-midi mais heureusement la scène est excentrée et entourée de zones d’ombre. Des dizaines de personnes sont assises sous les arbres, écoutant paisiblement mais intensément leur concert. Heureusement pour le moral du band, une vingtaine de courageux se sont collés à la barrière pour danser sous un soleil presque au zénith. Le groupe est composé de trois jeunes musiciens dont un est également chanteur. Leur style est situé entre musique électronique et expérimentale. C’est parfois même un peu psychédélique. Le concert parfait pour commencer la journée : calme mais dansant. Les musicos sont visiblement ravis d’être là et on les comprend. Ayant pris rendez-vous avec eux demain, je pourrai vous en dire davantage sur l’histoire de la formation et sur l’expérience de leur premier concert en festival (et quel premier festival, le Sziget s’il vous plait!) Définitivement un combo à découvrir en Belgique pour tous nos lecteurs.

Devant la ‘Main Stage’, l’auditoire est encore clairsemé, lorsque Marina and The Diamonds grimpent sur l’estrade. On aperçoit avant leur arrivée un décor totalement extravagant : des pommes géantes et un fond intergalactique composé de planètes lumineuses. En véritable diva de la pop, Marina est vêtue d’une combinaison mauve, perchée sur d’impressionnants talons roses, assortis à sa manucure. Elle porte même un diadème sur lequel est gravé le nom de son album, « Froot ». C’est un véritable spectacle à elle toute seule. Souriante du début à la fin de son show, elle chante divinement bien. Même quand on ne connaît guère son répertoire, il est impossible de rester insensible à son univers, pop et déluré !

Après ce concert déjà haut en couleurs, place à la ‘Color Party’ sur l’estrade principale. Des dizaines de bénévoles distribuent des sachets de poudre colorée pendant qu’un décompte tourne sur les écrans de la scène. Dix minutes plus tard, les festivaliers jettent leur sachet, créant pendant quelques secondes un immense nuage multicolore au dessus de la foule. Vous imaginez bien l’état des gens et la tempête de poussière qui a suivi après coup… Assez drôle et à voir (de loin, de préférence !). 

C’est maintenant au tour de Kasabian de prendre place sur la Main Stage. Un énorme décor rose et noir dessine « 48 :13 », en arrière plan ; c’est le titre de son dernier opus. Après une longue introduction musicale, le quatuor débarque enfin sur les planches. Le public est au rendez-vous et l’espace est presque rempli. Le set s’ouvre par « Bumblebee », morceau issu de leur elpee paru l’an dernier. Les classiques ne sont pas oubliés : « Shoot the Runner » et « Underdog », notamment. C’est un véritable succès pour les stars anglaises. Cet LP recèle d’excellents morceaux, comme « Eez-eh ». Impossible d’oublier que le véritable moteur du groupe est le duo d’origine : le chanteur Tom Meighan et le guitariste/auteur/compositeur Sergio Pizzorno. Extrêmement complices, ils partagent souvent le micro. Difficile de ne pas penser aux frères Gallagher et à Oasis lorsqu’on voit leur comportement en ‘live’ (à qui ils sont souvent comparés par la presse, contre leur gré). Ils se la jouent ‘Je-m'en-foutiste’ tout en affichant une classe purement ‘british’. Tous les musiciens se donnent à fond du début à la fin et parviennent à conquérir facilement l’assistance… Excellente, leur version du « Praise you » de Fatboy Slim fait un tabac. Ils concluent par leur hit « LSF », avant de saluer et remercier longuement leurs fans. C’est définitivement un des meilleurs moments vécus au Sziget depuis mon arrivée.

Encore une fois, c’est un changement total de style que nous allons vivre ensemble. Une heure après Kasabian, c’est au tour d’Avicii d’embrayer. Finalement, la fosse n’était pas totalement remplie pour applaudir Kasabian ; il restait même de la place, vu le monde qui est encore parvenu à s’entasser. Impressionnant ! On peut même admirer la foule via les vidéos captées par des drones et postées sur les écrans du podium. Mais venons-en à Avicii… Tous les clichés d’un ‘DJ-star’ sont réunis : confettis, flammes, écrans géants, … Pour la prestation de DJ il faudra repasser. Il ne s’agit de rien de plus qu’un DJ set. En effet, les stéréotypes véhiculés sur David Guetta –qui se contente de danser pendant que sa musique tourne en boucle– sont un peu applicables ici. Bien sûr, ce n’est qu’un jugement personnel car l’ambiance était néanmoins au rendez-vous. Des dizaines de milliers de jeunes (et de moins jeunes) ont dansé durant une heure et demie sur une plaine devenue une discothèque à ciel ouvert.

En me déplaçant sur le site, je croise un spectacle féerique. Des jongleurs de feu effectuent une performance nocturne près du ‘Cirque du Sziget’. Au moins 300 personnes se sont réunies, toutes assises par terre, dans le calme, profitant de ce moment magique entre deux concerts.

On attend impatiemment Gramatik, retardé de presque une demi-heure par l’entrain des Dropkick Murphys qui ont débordé de leur ‘timing’. Les projections sur les écrans sont tout à fait originales. Quant à lui, il est toujours aussi doué. Accompagné d’un excellent guitariste, il fait danser tout le chapiteau de l’‘A38’ en dispensant ses compositions au style inimitable. Vous ne le connaissez pas ? Il mélange une multitude de genres : du blues au hip-hop, en passant par l’électro, le funk et la dubstep. Dur à croire, mais cet alchimiste parvient chaque fois à les agréger, sans aucun problème, créant des sons novateurs. Un artiste complet et moderne qui, pour rappel, semble s’adapter parfaitement à son temps, en autorisant le téléchargement gratuit et légal de l’ensemble sa discographie.

C’est sur une journée riche en découvertes et un programme pour le moins éclectique que nous nous quittons. A demain !

(Organisation Sziget)

 

Pukkelpop 2006 : Vendredi 18 août

Après une première journée sans répit, on reprend nos esprits. Mais à voir ce qui nous attend, on n'est pas encore sorti de l'auberge... (R.S.)

A peine endormi qu'il faut y retourner. Pas de temps à perdre. Archie Bronson Outfit ouvre le bal à 11h30. Ouf ! Le ciel est toujours aussi clément que la veille. On court donc vers la Marquee en maudissant le mec de la tente de droite et ses ronflements incessants. Sans oublier les deux pipelettes de celle de gauche (mais non, Max et Nico, je ne parle pas de vous. Quoique…) Archie Bronson Outfit ou le repas le plus important de la journée. Une bonne dose de « Cherry Lips », un délicieux bol de « Dead Funny » et quelques gouttes de « Dart For My Sweetheart ». Vous reprendrez bien du « Derdang Derdang » ? Pour notre part, ce ne serait pas de refus.

Requinqués, un large sourire aux lèvres, on attend impatiemment l'arrivée au Club de Psapp. Avez-vous déjà vu un chat attraper une pelote de laine, se mettre à tricoter des pulls et des chaussettes ? Faites donc écouter « The Only Thing I Ever Wanted » à votre petit chaton, vous allez halluciner... Grands gamins dans l'âme, Galia Durant et Carim Classmann s'amusent à faire de la musique amusante à l'aide d'instruments amusants. Là, je viens de griller l'intro de l'interview à paraître sur Musiczine ! (NDR : évidemment, ceci n'est pas de l'autopromo...) La scène prend des allures de cours de récré : dans un joyeux bordel organisé, la formation présente quelques titres de ses deux albums. Malheureusement, le temps est compté. Et 35 minutes plus tard Psapp et leurs 'sock pupetts' se retirent sur un chat-leureux « Everybody Wants To Be a Cat », tiré d'un film de Disney dont vous devinerez assez facilement le titre…

Toujours sous Club démarre quelques instants plus tard le show très attendu des anachronismes ambulants, The Pipettes. Gwyneth, Biquette et Roquette... euh... Gweno, Becky et Rose sont trois charmantes demoiselles se prenant pour les Chordettes ou les Ronettes. Ou presque. Leur accoutrement et leurs pas de danse se mariant parfaitement à la saveur désuète de leurs compositions, on ne peut s'empêcher de sourire et de danser comme des tapettes sur « Your Kisses Are Wasted On Me » ou « Pull Shapes ». Comme dirait l'idole des jeune(tte)s, 'on a tous quelque chose en nous de sixties' (ou un truc du genre)... On peut le dire : les Pipettes, c'est chouette (ça, c'est de la rime, dit-il, presque fier de lui) !

Chers lecteurs, si l'un d'entre-vous peut entrer en contact avec l'un ou l'autre membre de White Rose Movement, auriez-vous l'obligeance de lui ordonner de ramener illico les fesses de sa troupe dans notre petite contrée ? Comprenez : un aller-retour au camping peut être fatal. Vous vous dites d'abord que vous allez simplement chercher rapidement telle ou telle babiole sous la tente. Mais vous finissez par vous installer pour manger un bout, sans prendre garde au temps. Et là, c'est la catastrophe. Aucun You Say Party ! We Say Die ! ne pourra vous venir en aide... Vous avez bel et bien manqué un concert que vous vouliez absolument voir… Dammit !

On vous le disait déjà dans la review du jeudi, la moustache, c'est vachement hype. Si, en plus, vous faites de l'electro qui déchire, là, vous êtes indéniablement une icône. Ce n'est pas Jesse Keefe qui dira le contraire. Après avoir mis la clef sous la porte de Death from Above 1979 (le con), l'homme se consacre aujourd'hui entièrement à son projet MSTRKRFT (répétez après moi : Maaaaasteeeeer Kraaaaaft). Et il n'a pas tort, le salopiaud, parce que c'est tout aussi bon. En DJ set sous la Dance Hall, le duo a entremêlé sans relâche pendant deux heures les tueries remixées de Daft Punk, Annie et autres Juan McLean. C'était tellement bon que certains ont fini par ignorer la prestation de Carl Barat et ses potes. Oui, à ce point ! On en bave encore.

Ta-Dah ! Finalement Jake Shears a tout faux lorsqu'il chante « I Don't Feel Like Dancin' ». On pensait lui donner raison vu la programmation du show des Scissor Sisters sur la Main Stage. Même pas ! Que ce soit sur une petite ou une grande scène, le groupe parvient à foutre le feu. Sans faire le moindre effort. Il faut dire qu'avec des scuds comme « Filthy/Gorgeous », « Take Your Mama », « Comfortably Numb » ou les extraits du prochain album, ils n'ont aucun souci à se faire. Who said party ?

The Spinto Band (ou The Spino Ban pour les intimes) se présentent telle une bande de joyeux drilles. Egalement une des (nombreuses) bonnes surprises de ce festival, malgré un problème technique privant momentanément le Club de son. Mais rien de grave : la formation improvise quelques petites danses. Histoire de distraire son public avant que le jus inonde à nouveau les câbles d'alimentation. D'une présence scénique impressionnante, les six rejetons ont fait valoir leur dextérité, démontrant qu'ils sont loin d'être une bande d'amateurs. Puis, nous sommes privé de Blur et de Pulp depuis tellement longtemps… Et comme Weezer est mort, on ne leur dira qu'une chose : Nice and nicely done !

Faut pas se leurrer. Si Jack White ne faisait pas partie de The Raconteurs, le groupe n'aurait jamais intégré la programmation sur la Main Stage. Au Club, tout au plus. Cette reconnaissance est néanmoins méritée car, sans Brendan Benson et les ex-Greenhornes, Jake White, en solo, n'aurait peut-être pas obtenu sa place sur le grand podium. Au Marquee, tout au plus. Ce sont donc des entités complémentaires et de sacrés musiciens qui se sont produit devant un public emballé, reprenant en chœur « Steady As She Goes ». Rien d'exceptionnel mais un show assez entraînant.

Ah Ah Ah, la bonne blague ! Paraît que les mecs de Keane ont reporté leur tournée américaine. Prétexte : Tom Chaplin, le leader de la formation, doit entrer en cure de désintox vu son léger penchant pour les drogues et l'alcool. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux têtes d'innocents. Sans vouloir être mesquin, à voir leur show laborieux, on le comprend. Faut bien un petit remontant de temps en temps pour assurer comme il le fait, sans avoir les paupières lourdes. Il a donc du mérite, le petit gars.

'Que tous ceux qui ont affirmé que TV On The Radio n'était pas leur tasse de thé ferment leur grande gueule', dit-il en se faisant tout petit. La baffe. Que dis-je ? Le poing dans la tronche ! Cheminement mental d'un festivalier peu convaincu par TV On The Radio (version courte) :

1/ Il se dit 'Putain, c'est nul'.

2/ Au bout de trois chansons, il s'emporte : 'Bon, j'me casse, vais voir Ministry'.

3/ Un confrère mieux avisé (merci à lui), lui ordonne de rester. Comme il n'est pas trop difficile, le garçon, il obéit.

4/ Quatrième morceau : la révélation.

5/ Plus tard, pendant l'orgasmique « Staring At The Sun », il se souvient : 'Quelle honte, j'ai failli partir !' et remet véritablement en question ses goûts musicaux.

Maintenant, en voilà un qui réfléchira à deux fois avant de dire des conneries.

Bizarrement, après le set splendide de TV On The Radio, plus rien n'a de goût. Devant Massive Attack, on s'emmerde ferme. Devant Dave Clarke, on se fait chier grave. Devant Roni Size, on s'endort carrément (après avoir tenté de danser un chouïa... Quand même !). Conclusion : retour au camping pour une nuit de sommeil bien méritée. Et si le mec d'à côté ronfle encore, ce sera sa dernière nuit sur terre.

R.S.

 

Pour la deuxième journée les choix alternatifs se sont, davantage encore, révélés cornéliens ; car se n'est pas en deux qu'il aurait fallu se couper, mais en quatre… (B.D.)

Fondé en 1995, The Dears ne compte plus en son sein qu'un seul membre originel : Murray Lightburn. Normal, puisqu'il compose, chante et joue de la guitare. On devrait même dire des guitares, puisqu'il en change à chaque morceau. Quoique noir de peau, Murray possède une voix dont le timbre nonchalant évoque tantôt Morrissey, Damon Albarn ou encore David Bowie. Il interprète des chansons mélancoliques dans un style presque britrock. Etonnant pour un groupe canadien dont le line up implique également une excellente section rythmique, mais souffre du concours d'un deuxième guitariste plutôt limité (NDR : c'est le pote à Murray !) et de deux claviéristes/choristes en guise de tapisserie. En particulier la très jolie et sexy Valerie Jodoin-Keaton. Elle participe généreusement aux harmonies vocales, certes ; mais on se demande quand même si son clavier est branché. Par contre, Natalia Yanchak est un peu moins effacée. Elle partage même un duo pour « The death of all romance », en compagnie de Murray et s'investit davantage dans les chœurs. Elle assure le minimum syndical. Mais pas de stress pour elle cependant. En effet, dans le civil, elle est également l'épouse du leader. Le plus étonnant, c'est que ces Dears soient parvenus à accorder un set d'honnête facture. Et dans ces conditions, c'est une performance !

Les Baby Shambles ayant fait faux bond pour la énième fois, les aficionados des défunts Libertines attendaient les Dirty Pretty Things avec une impatience décuplée. Le concert des Dears n'était pas encore terminé que ces fanatiques commençaient déjà à bousculer les spectateurs des premiers rangs pour se réserver une place de choix au pied du podium. Cinquante minutes avant le début des hostilités ! N'importe quoi... Surtout que la bande à Barât était complètement pétée. Pas à la dope, mais à l'alcool. Imaginez donc un groupe qui d'ordinaire pratique une musique parfaitement crade, au son sale, déglingué et vintage, soit dans un état plus qu'imparfait. Je vous laisse le soin d'en tirer les conclusions. Parce qu'après trois morceaux, on ne se faisait plus d'illusions, on s'est tiré, sans attendre les conclusions…

A force d'entendre dire du bien des Dresden Dolls, il semblait judicieux d'aller voir leur spectacle. Il sont deux : la chanteuse/pianiste, Amanda Palmer, et le drummer - circonstanciellement guitariste et vocaliste - Brian Viglione. Issus de Boston, ils pratiquent une sorte de cabaret punk brechtien. Ceci expliquant leur look. Elle, culotte en dentelles, porte-jarretelles et bas rayés. Lui, chapeau melon et figure peinte en blanc. En montant sur les planches, ils jettent des fleurs au public. Et puis se lancent dans un répertoire oscillant entre ballades fiévreuses et rock gothique. Lui joue de la batterie à la manière de Bill Ward du mythique Black Sabbath. Elle, ne tient pas en place derrière son clavier. Assise sur un banc souple, qu'elle enjambe régulièrement, elle caresse un instant ses ivoires avant de les marteler comme une possédée. En chantant d'une voix dont le timbre oscille entre Marlen Dietrich, Lene Lovitch et Siouxsie Sioux. L'énergie dispensée par les Dresden Dolls est inouïe. Au beau milieu de leur show, Brian - armé d'une sèche - et Amanda - rien qu'au micro - interprètent leur incontournable reprise d'« Amsterdam » de Brel. Si sur disque, et en particulier sur leur dernier album, « Yes, Virginia », leur musique manque de punch ; en 'live', le duo est franchement impressionnant. Un grand moment du festival !

En 1995, les Frames s'étaient produits au festival Cactus de Bruges. Et il faut reconnaître que leur prestation n'avait guère convaincu. Depuis, la formation irlandaise semble avoir mieux équilibré sa setlist. On entend le violoniste. Excellent par ailleurs. Les mélodies sont contagieuses. Le public reprend très souvent les refrains en choeur. Et Glen Hansard, le chanteur compositeur, semble d'excellente humeur, plaisantant même régulièrement avec son public. Chassez le naturel, il revient au galop : en fin de parcours, les Frames sont retombés dans leurs travers, diluant les morceaux dans une monotonie suscitant rapidement l'ennui. Une fin en queue de poisson (NDR : évidemment pour des Irlandais !)

Afghan Whigs n'est plus, vive Twilight Singers. Cependant, il n'y a guère de différence entre les deux formations, puisque c'est toujours Greg Dulli qui s'y réserve le chant, la guitare, épisodiquement le piano et, surtout, la composition. Mais si la voix râpeuse, écorchée, dramatique de Greg continue d'abraser ses chansons rock-rythm'n blues-soul, son répertoire actuel n'a plus l'intensité d'un « Fountain And Fairfax » de « When We Two Parted » ou encore d'un « Gentlemen », issus de l'album du même nom. Sans oublier « Going To Town », voire « I'm Your Slave ». Sauf lors de ses reprises, exercice de style au cours duquel il continue d'exceller. Les premiers titres du set sont plutôt inconsistants. En outre, le guitariste finit par agacer, empruntant systématiquement les riffs cosmiques immortalisés par David Gilmour dans « Echoes ». Et puis soudain, Mark Lanegan débarque. Le temps de deux morceaux, la magie commence à opérer ses charmes. Grâce, entre autres, à son baryton profond et charismatique, capable d'envoûter une foule entière. Et lorsqu'il se retire, le public continue de suivre le show des Twilight Singers, espérant secrètement qu'il revienne. Mais il n'est jamais réapparu… Au fait, le prochain concert de Lanegan, c'est pour quand ?

Quelques mots quand même de la scène Wablief ? réservée aux formations du nord du pays sur laquelle se produisait la formation la plus sous-estimée de Flandre : Perverted. A l'origine baptisée Perverted by Desire, elle a réduit son patronyme, lorsque deux des membres fondateurs ont abandonné le projet. Depuis, le groupe continue son petit bonhomme de chemin. Aujourd'hui, on peut d'ailleurs parler davantage d'un projet que d'un groupe, puisque lors de l'enregistrement de son dernier album « Rope skipping for flies », Genius U, chanteur, guitariste et compositeur, a fait appel à une multitude de collaborateurs pour aboutir à un opus âpre, complexe, éclectique. Valsant du post industriel au funk blanc, en passant par la world, le reggae ou le psychédélisme. Sur scène la solution sonore est aussi expérimentale. Pour la circonstance, il a même invité quelques vocalistes, dont une chanteuse, qui, tour à tour, viennent donner de la voix…

Ministry ? Ben, on n'a vu que la fin. Pour les mêmes raisons invoquées quelques lignes plus haut par Redouane. Les dix dernières minutes. Après la claque que nous avait assénée TV On The Radio. Avant de reprendre la route. Juste pour nous convaincre d'avoir fait le bon choix. Et manifestement, c'était un bon choix.

B.D.

 

Pukkelpop 2006 : Jeudi 17 août

‘Des perturbations sont à prévoir sur l'ensemble du pays’... Et mon cul, c'est du poulet ? Craignant la drache nationale, les festivaliers sont arrivés encombrés de vestes d'hiver, de parkas et autres parapluies, sur la plaine de Kiewit. Personne n'avait prévu que les dieux aussi étaient des festivaliers mélomanes. C'est donc sous un ciel très rarement capricieux, voire exceptionnellement clément, que les milliers de 'Pukkelpoppeurs' (qui a dit poppers ?) ont pu profiter de trois journées tout aussi exceptionnelles. (R.S.)

Les seules véritables perturbations sont arrivées là où on les attendait. En effet, après avoir chamboulé la programmation et l'ordre de passage sur la Main Stage, la prestation des Babyshambles a d'abord été reportée à 00h30 au Marquee pour être, sans surprise, annulée quelques heures plus tard. Ce sacré Pete aurait eu des problèmes de passeport. ‘Et mon cul, c'est du poulet ?’, redit-il d'un air incrédule.

Les affreux Animal Alpha ayant été déplacés sur la Main Stage, c'est My Latest Novel qui ouvre les festivités de ce paradis indie. A peine sommes-nous arrivés sous le chapiteau que « Sister Sneaker Sister Soul » nous enveloppe dans un voile de bien-être. Déjà, on pressent que cette édition s'annonce hors normes. Les membres de My Latest Novel prouvent sur scène que leur formation ne constitue pas qu'une vulgaire et énième copie de The Arcade Fire. Par ailleurs, les organisateurs ont eu l'excellente idée de faire suivre My Latest Novel par les Guillemots. Combinaison parfaite. Ces derniers ont su imposer leur pop indie à un public très nombreux, étonnement motivé, reprenant même en chœur les singles « Train To Brazil », « We're Here » ou « Made Up Love Song #43 ». Un set tout aussi bon que celui livré, en mars dernier, à l'ABClub, en première partie de We Are Scientists. Par contre, ceux-ci, qui jouaient également sous la Marquee quelques heures plus tard, n'ont pas été aussi convaincants... La faute à notre ami moustachu (c'est vachement hype la moustache), Chris Cain, qui n'a pas été aussi loquace et drôle que la dernière fois. Alors quoi ? Pas assez de bière en backstage ? « You Say Party ! » dit-elle. Ce à quoi on rétorque « We Say Die, Bitch ! », un large sourire moqueur aux lèvres. You Say party ! We Say Die ! fait partie de ces formations indispensables lors de manifestations comme le Pukkelpop, permettant au public de vaquer tranquillement à d'autres occupations plus intéressantes : se nourrir, dormir, faire un tour aux chiottes ou, encore, préparer son stock de cigarettes améliorées. Ils permettent également, sans devoir opérer de choix douloureux, d'aller observer ce qui se passe sur d'autres scènes. Celle de la Dance Hall, par exemple, où le belge Jerboa fait danser la foule sur ses beats calibrés, entre hip-hop et trip-hop. On ne peut donc que remercier You Say Party ! We Say Die ! d'être aussi inconsistant.

Les Anglais de Gomez ont ouvert leur set par un « Get Miles » des plus psychédéliques. Pourtant, ils ne laisseront pas un souvenir impérissable à leur auditoire. Partagé entre les morceaux de « How We Operate » et du futur « Best Of », le concert souffre de quelques moments de flottement, conférant à l'ensemble une dimension plutôt soporifique. Pareil du côté du Club, où The Dead 60s enchaînait statiquement les titres de son album éponyme. On saluera néanmoins la conviction et les tentatives de Matt McManamon, chanteur et guitariste de la formation, pour faire bouger un public tout aussi statique. But atteint par la grâce du single « Riot Radio ». Ici, l'assistance se permettra quelques (re)bondissements.

Par contre, pas de chance pour les Infadels. Malgré sa motivation évidente et une set list à peu de choses près similaire à celle de Dour, la formation n'est pas arrivée à reproduire les mêmes vibrations festives que lors de ce dernier concert. Dommage. Ensuite, sous la Marquee Orson nous refait le coup de You Say Party ! We say Die ! Ça tombe bien, on avait faim.

Premier choix cornélien à opérer. The Magic Numbers ou The Knife ? Le duo familial étant déjà venu plusieurs fois en Belgique (et sera certainement de retour durant la saison prochaine), on opte pour les Suédois dont les apparitions live restent beaucoup plus rares. Un choix bien judicieux !

The Knife, c'est la fin de l'innocence. Entre la sortie de « Deep Cuts » et celle de « Silent Shout », Mickey n'est plus qu'un vulgaire rat d'égout, Cendrillon s'est rebellée avant de s'ouvrir les veines, Blanche-Neige est morte d'une MST et la petite sirène, junkie finie, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Les coeurs ont cessé de battre. Derrière un voile aussi sombre que le set qu'ils entament, les deux silhouettes masquées envoûtent la foule en enchaînant les perturbants « The Captain » et « We Share Our Mother's Health », précédés par un « Pass This On » quasi-méconnaissable, si ce n'était pour son gimmick. Un jeu de lumières et un visuel ahurissants sont déployés sur scène. On retiendra plus particulièrement le bouleversant « Marble House » et l'apparition de l'énorme visage en 3D d'un Jay Jay Johansson interprétant mélancoliquement le titre en compagnie de Karen Dreijer Andersson. The Knife a probablement offert au public, venu les applaudir, l'un des sets les plus authentiques et troublants du festival.

Evidemment, avec une mise en scène pareille, on ne s'attendait pas à voir débarquer José Gonzàles pour pousser la chansonnette sur « Heart Beats ». Par contre, le jeune homme ayant joué plus tôt dans l'après-midi, il aurait été inconcevable qu'il n'apparaisse pas aux côtés de Zero 7 puisqu'il prête sa voix à quelques titres de « The Garden ». Bon, évidemment, le mot 'inconcevable' est un peu fort. Après tout, les Deftones ont bien joué deux fois avant Tool à Werchter, sans que Maynard James Keenan ne se joigne à eux… Les cons. Au moins, Zero 7 sait ce qui plaît à son public et ne joue pas les avares. C'est donc en compagnie de José Gonzàles mais également de l'indispensable Sia Furler, réincarnation scénique de Roisin Murphy, que le duo balance un set reposant à souhait. C'est d'ailleurs les paupières lourdes qu'on se dirige ensuite vers la Marquee.

Cheminement mental d'un festivalier peu convaincu par My Morning Jacket mais qui décide d'aller les voir étant donné l'annulation du concert de Regina Spektor :

1/ Il regarde de travers les fans du groupe en se posant des questions sur leurs goûts musicaux.

2/ Il se dit 'j'irais bien voir Dr. Lektroluv' mais tombe sur une connaissance et n'a pas le temps de s'échapper avant que le concert démarre.

3/ Il observe le début du concert, toujours peu convaincu.

4/ Il se dit ensuite que c'est musicalement bien foutu, si on passe outre la voix de Jim James.

5/ Avant qu'il ne s'en rende compte, il applaudit le second morceau.

6/ Il commence à regretter d'avoir fixé un rendez-vous pendant le concert.

7/ Il reçoit l'appel en absence fatidique qui lui ordonne de se rendre au lieu de rendez-vous.

8/ Il regarde en arrière, triste de ne pouvoir en profiter jusqu'au bout.

9/ Il commence à se poser des questions sur ses propres goûts musicaux.

10/ Il pense ne plus jamais faire d'erreurs de ce genre mais remettra le couvert dès le lendemain avec TV On The Radio. Le con.

Beck, a.k.a. Master Of Puppets ou Puppetmasta pour les intimes, commence fort en balançant d'entrée de jeu ses gros tubes, « Loser » et « Devil's Haircut ». Accompagné de marionnettes à l'effigie de chaque membre de son groupe, Beck a l'air un peu fatigué. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui aura rendu le show intéressant. Le concert sera donc porté à bout de bras par les musiciens et, à bout de ficelles, par les marionnettes ! Se sont enchaînés « Black Tambourine », « Clap Hands », « E-Pro » ou encore de nouveaux morceaux comme « Cell Phone's Dead », extrait de « The Information », nouvel album, à paraître le 3 octobre. Au terme de la performance, une impression se dégage : si Beck avait été seul sur scène, on se serait fait chier grave...

Cette première journée s'est ensuite clôturée par l'un des deux gros dossiers de cette édition. Avant même que le groupe n'entre sur scène, tout le monde sait que le set de Radiohead sera parfait. C'est bien ça le problème de la bande à Thom Yorke. Ils pourraient faire de la merde qu'on serait persuadé que c'est de l'or en barre. Aucun défaut, aucune faille. « Everything In Its Right Place », comme ils disent. De plus, ils contentent tout le monde (sauf les fans de « Pablo Honey », mais on s'en fout) en offrant une playlist tirée à quatre épingles. « Paranoïd Android », « Idiotheque », « The National Anthem », « Fake Plastic Trees », « There There », « No Suprises », « Lucky », un « Karma Police » repris par l'ensemble du public, « Exit Music (For A Film) »… En 1h50, les légendes ont enchaîné les morceaux, dont 3 nouveaux, tout en sobriété, sans le moindre effort. On en ressort satisfait, tout en espérant que, lors de leur prochaine visite, un bon petit problème technique les oblige à improviser. Encore que, même là, ils parviendront à ne pas se planter !

R.S.

 

Lors d'un festival, il faut opérer des choix. Surtout lorsque des groupes ou des artistes se produisent au même moment sur des scènes différentes. Bien évidemment, cette remarque s'applique à cette nouvelle édition du Pukkelpop. Par esprit de contradiction ou pour une question de goût, des choix alternatifs ont dû être opérés. Il semblait donc utile de consacrer quelques lignes à ces prestations fort intéressantes... (B.D.)

Dont trois ont été accordées au club. Tout d'abord, celle des Veils. Une formation menée par Finn Andrew, le fils de Barry Andrews, ex-claviériste des mythiques XTC. Depuis son passage aux Nuits du Botanique, en septembre 2004, Finn a viré tous les musiciens de son groupe. Et a engagé une très très jolie bassiste, Sophia Burn (NDR : d'après notre collègue Jean-Claude Mondo, les filles optent davantage pour cet instrument, parce que son manche est plus long...) ainsi qu'un claviériste, Liam Gerrard. Pour partir en tournée, il s'est également adjoint les services d'un batteur et d'un guitariste. Finn se réservant également une six cordes ainsi que le chant. Et quelle voix ! Une voix dont le timbre évoque tour à tour feus David McComb ou Jeff Buckey. Lors de ses morceaux les plus bluesy, on ne peut s'empêcher de penser aux Triffids, au regretté Californien, voire à Tom Waits. En particulier sur des titres comme « Jesus for the jugular », « Pan » ou encore « Nux vomica », titre maître d'un deuxième opus, dont la sortie est prévue pour mi-septembre. Des morceaux empreints d'une telle intensité, que certaines admiratrices, postées au premier rang, en avaient les larmes aux yeux. Afin de détendre l'atmosphère, les Veils interprètent également des ballades plus pop. Comme le single « Advice for young mother to be » dont vous avez sans doute déjà pu voir le clip ou encore « One night on earth ». Bref, le set aurait pu être marqué du sceau d'une pierre blanche si le second guitariste avait donné davantage de variation dans son jeu. Mais pas la peine de bouder notre plaisir, puisque ce concert s'est quand même avéré de bonne facture. Une chose est sûre, les Veils sont à revoir. Mais en salle. Au Botanique, où leur concert est annoncé pour le 9 octobre prochain.

Sur disque, les Delays font un peu pâle figure. Pas que leur musique soit médiocre ; mais elle manque singulièrement de punch, s'adressant principalement aux jeunes adolescentes branchées (?) sur les hit-parades. Pas pour rien que leur single « Valentine » soit passé sur le défunt « Top of the Pops ». Nous avons donc été agréablement surpris par la prestation du quatuor de Southampton. Leurs mélodies soyeuses, contagieuses, hymniques, sont découpées par une électricité aussi croustillante que chez les Posies. La basse est hypnotique. Le jeu de batterie souple. Et Aaron Gilbert, le claviériste, met l'ambiance (NDR : on lui reprochera, peut-être, son look 'Boys Band'). Son frère, Greg, se démène à la guitare tout en chantant d'un timbre susceptible de rugir un instant et d'emprunter un falsetto 'cocteautwinesque' le suivant. Etonnant ! Dommage que le combo ne parvienne pas à reproduire la même solution sonore sur support. On lui consacrerait davantage d'intérêt...

Mew est un quintet danois jouissant d'une excellente réputation dans son pays. En 2003, le Danish Music Critics Award Show lui a d'ailleurs décerné les titres d'album et de groupe de l'année. Il compte aujourd'hui quatre elpees à son actif. Sur le podium, la disposition de la formation est plutôt étonnante, puisque le drummer joue en front de scène, sur la gauche et de profil. Tout au long du set, des vidéos sont projetées sur un écran placé derrière la formation. Des images mystérieuses, parfois sordides, au cours desquelles on peut voir des personnages mi-humains, mi-animaux, jouant du violon, des créatures fœtales flottantes ou encore des poupées pleurant des larmes ensanglantées. On se croirait presque dans un conte de Grimm. Toute cette ambiance sied parfaitement à cette musique atmosphérique, majestueuse, complexe, parfois spectrale, presque prog qu'on pourrait situer à la croisée des chemins de Yes, Sigur Ros et Mercury Rev. Mais en préservant un sens mélodique pop contagieux. Avec pour fil conducteur la voix fragile, éthérée, angélique de Jonas Bjerre, à laquelle répondent de superbe contre-voix. Le lendemain du concert, des compos comme « Chinaberry tree », « Why are you looking grave ? » ou encore « The Zookeeper's boy » trottaient encore dans nos têtes. Qui a dit baba cool ?

Enfin, il serait injuste de ne pas féliciter les musiciens de Snow Patrol, dont le matériel était bloqué à l'aéroport d'Heathrow et qui ont décidé d'accorder un set acoustique d'une demi-heure à l'aide d'instruments empruntés. Démontrant ainsi qu'ils n'étaient pas seulement un autre groupe de britpop ou une machine à tubes. Il faut avouer que lors de cet exercice, ils se sont montrés très convaincants...

B.D.

Dour Festival 2005 : dimanche 17 juillet

Écrit par

Formation gantoise, Absynthe Minded compte déjà deux opus à son actif ; et son dernier, « New day », avait été choisi comme album de la semaine, il y a deux bons mois. Un quintette dont la musique oscille de la pop au cabaret en passant par le jazz, la prog, le folk, le blues, le funk, la salsa et j'en passe. Une formation qui peut compter sur deux excellents instrumentistes : le contrebassiste Sergej Van Bauwel et puis surtout le violoniste Renaud Ghilbert (NDR : ce dernier accompagnait Sioen à ses débuts). Sans oublier, bien sûr, le chanteur/compositeur/guitariste Bert Ostyn. Bert possède une très belle voix, dont le timbre mélancolique, chaleureux, évoque le plus souvent un certain Mark Olivier Everett (Eels). Et sur les planches, la section rythmique ainsi que le claviériste (NDR : il dispose d'un hammond !) apportent leur pierre à l'édifice sonore. Lorsqu'Absynthe Minded interprète des chansons semi acoustiques, Bert préfère s'asseoir sur un tabouret de bar et s'accompagner à la guitare sèche. Pour les plus électriques il abandonne son siège et change de râpe en conséquence. Sergej valse régulièrement avec sa contrebasse. Renaud joue parfois de son violon comme une guitare. Ce disciple de Django Rheinhardt est également capable d'apporter une coloration tsigane voire baroque aux compositions. Et en fin de set, le drummer démontre qu'il n'et pas un manchot. Leur prestation empreinte de joie de vivre fait plaisir à voir. Et surtout à écouter. Surtout à cause de ce swing qui sent bon les années 30…

Non seulement David Gedge a remonté Wedding Present en 2004, mais il a commis un nouvel album (« Take fountain ») ; et dans la foulée est parti en tournée. En compagnie de son fidèle guitariste Simon Cleave ; et puis de la bassiste Terry de Castro ainsi que du drummer Kari Paavola. On ne peut pas dire que 'La petite maison dans la prairie' affichait complet pour accueillir le set de ce quatuor mythique (NDR : il ne faut pas oublier que la formation a décroché la bagatelle de 40 hit singles en Grande-Bretagne, entre 1986 et 1996 ; et qu'en outre elle figurait parmi les groupes les plus prisés par feu John Peel). Mais le public averti ne voulait pas manquer leur prestation (NDR : et tant pis pour les autres !). Véritable sosie de Robert Conrad (NDR : acteur principal de la série « Les Mystères de l'Ouest »), David Gedge n'a rien perdu de son phrasé de guitare caractéristique. Gratté, rapide et chatoyant, il alimente une instantanéité pop rafraîchissante. Et on comprend mieux pourquoi Simon Cleave est devenu son complément idéal aux six cordes. Un personnage qui dispose d'une panoplie de grattes assez impressionnante. Plus esthétiques les unes que les autres. Mais il joue avec une telle conviction, qu'il parviendra en en maculer deux de son sang. Terry chante sur une des chansons les plus mélancoliques : « Perfect blue » ; et ma foi, elle a une très jolie voix. David présente de temps à autre ses compos. Parfois dans la langue de Molière. En épinglant même, au passage, une toute nouvelle. Bref, à travers son set captivant, sculpté dans la noisy mélodique, Wedding Present est parvenu à nous démonter qu'il avait encore plus que des beaux restes. Et avant d'interpréter son dernier morceau absolument dantesque, Gedge a anticipé toute réaction de mécontentement, en expliquant que W.P. n'accordait jamais de rappel. N'empêche, quel régal !

Mauvaise nouvelle les Liars ne sont pas encore arrivés. On craint même qu'ils ne déclarent forfait. En fin de matinée, ild étaient encore à New York, et allaient prendre l'avion. Mais pour arriver à destination en temps utile, il aurait fallu les parachuter. En fait, il faut croire qu'ils n'avaient pas du tout envie de se produire à Dour. Des Liars quoi…

Aussi, le Babylon Circus a accepté d'avancer son heure de passage. En se retrouvant du même coup sur la scène principale. A 18h15. Et ils ont répondu à toutes les attentes, même si leur set était pratiquement identique à celui qu'ils avaient accordé, la semaine précédente, au Cactus de Bruges. D'ailleurs ceux qui les ont découverts ont largement pris leur pied.

Le hip hop, ce n'est pas trop mon truc. Mais dans le style, Sole est vraiment un trio pas comme les autres. Trois blancs. Un batteur au drumming riche, presque free jazz. Un guitariste qui se concentre exclusivement sur ses envolées atmosphériques, voire psychédéliques. Et un vocaliste qui rappe son monologue confessionnel ou ses jérémiades anti-impérialistes avec une grande habileté, en variant les flows et les cadences. Le tout balayé de samples, boucles et autres beats de circonstance. J'ai donc vu. Entendu. Et puis je suis parti.

Histoire d'aller jeter un coup d'œil au show de Desmond Dekker. Il ne faut pas oublier que Desmond Dekker est né en 1941 (NDR : ou en 43, suivant les bios). Et qu'il a appris à Bob Marley ses premiers accords de guitare. On le connaît surtout pour ses tubes "Israelites", « A it mek », "007 (Shanty Town)" et la cover de Jimmy Cliff, "You Can Get It If You Really Want". Des compos qui, remontent quand même à la fin des sixties. Rocksteady engagé, Desmond Dekker, possède une voix bien timbrée qu'il met au service du reggae, mais également du ska. Malgré une tentative de come-back opérée au début des eighties, il avait pratiquement disparu de la circulation. Et, sa présence à Dour avait de quoi surprendre. Béret d'aviateur vissé sur la tête, il affiche une présence qui contraste avec son âge. D'ailleurs, les aficionados du Jamaïcain ont eu l'agréable surprise d'assister à un set à la fois solide et bien équilibré. Que demande le peuple ?

De Jon Spencer Blues Explosion à Blues Explosion, il n'y a qu'un pas. Que Jon Spencer a franchi lors de l'enregistrement de son septième album. Ce qui ne change pas grand-chose à la musique du trio. Ni à la formule : deux guitares et une batterie. Et sur la scène, on retrouve inévitablement la même énergie et la même excitation rock'n rollienne. Ce blues à forte libido et cette attitude punk très marquée. Sans oublier ces breaks qui vous plongent littéralement dans le vide. Jon continue de nous asséner ses 'Blues Explosion' militaires. Un changement : l'absence du theremin. Les cheveux coupés courts, Jon bondit, se contorsionne, regarde son micro d'un air lubrique et s'agite comme s'il avait un saumon vivant dans son pantalon (NDR : de cuir !). A gauche de la scène, Judah Bauer (NDR : il chante quand même une compo) aligne imperturbablement ses riffs de guitare lorsqu'il ne les conjugue pas avec ceux - explosifs – de Jon, pendant que Russel Simmins martèle sauvagement ses fûts. A chaque concert, on a même l'impression qu'ils jouent comme si c'était leur première apparition sur les planches. Et en quittant la scène, Jon soulève son ampli avant de le laisser retomber sur le baffle…

Les Levellers avaient inversé l'ordre de passage avec Madrugada. 15 ans plus tôt, le folk punk celtique des Levellers apportait un vent de fraîcheur à la scène musicale pop/rock. Et en 'live', la formation mettait le feu partout où elle passait. Aujourd'hui, leur musique a mal vieilli. Les instrumentistes sont toujours aussi talentueux, et en particulier le violoniste Jon Sevink. Mais la flamme s'est éteinte. Tout comme l'inspiration d'ailleurs.

A l'instar de leur set accordé la semaine dernière au Cactus de Bruges, Madrugada s'est montré à la hauteur sa réputation. Et on leur accordera nos félicitations pour le respect qu'ils manifestent vis-à-vis du public, car pour venir jouer à Dour (NDR : 10 jours plus tôt une annulation était dans l'air) ils ont effectué un voyage de 12 heures. Chapeau ! Maintenant, le tracklist étant sensiblement identique à celui proposé dans la Venise du Nord, il ne m'a pas semblé judicieux de m'étaler davantage sur leur prestation. D'autant plus qu'il a fallu quitter les lieux une bonne vingtaine de minutes avant la fin du set pour ne pas manquer une des têtes d'affiche du festival : Killing Joke.

Assister à un concert de Killing Joke, c'est un peu comme assister à une cérémonie. A un rituel. Personnage central, leader charismatique voir shamanique, chanteur à la voix cassée, rauque, inquiétante, lyrique, capable de jaillir comme un cri de rage, Jaz Coleman monte sur scène vêtu d'une salopette bleue. S'il n'avait le visage peinturluré comme un guerrier africain, on penserait qu'il travaille dans un charbonnage. Une impression corroborée par les autres musiciens qui se sont noirci le visage. Des fantômes qui hantaient les puits désaffectés de la région de Dour seraient-ils remontés à la surface ? Image surréaliste amplifiée par la machine à feu qui exécute sa ronde infernale. Un contexte qui va donner une coloration toute particulière au set puissant et dévastateur de Killing Joke. Cause à effet, mais les sonorités du clavier n'ont jamais été aussi post industrielles. La guitare de Geordie Walker concasse, se tord, persécute, abrase, pendant que la section rythmique muscle le tout lorsqu'elle ne joue pas au rouleau compresseur. Faut dire que la basse de Youth est un groove à elle seule ! Tribale et hypnotique, la musique de Killing Joke est noire, dérangeante, primitive et intense : elle sort du ventre. Et Jazz fait son show. Il tremble de tout son être, fustige le public, l'exhorte à entrer en communion avec lui. Ses yeux vous transpercent littéralement. Devant le public pogote frénétiquement. Jazz est heureux de voir leur réaction. Il remercie l'assistance et se retire. Il est minuit trente : le temps est passé trop vite…

Pukkelpop 2004 : jeudi 19 août

Pour sa 19ème édition, le Pukkelpop a aisément confirmé son statut de meilleur festival rock de notre plat pays, grâce à son affiche pléthorique (plus de 150 groupes !) combinant valeurs sûres de l'alternatif (The White Stripes, Franz Ferdinand, The Streets, Blonde Redhead,…), stars nationales sur le retour (dEUS, Soulwax) et furieuses machines à danser (Chemical Brothers, Mylo, Scissor Sisters, Miss Kittin, Freestylers,…). 125.000 personnes ne peuvent pas se tromper… Et même si le temps n'était pas spécialement au beau fixe, pendant trois jours ne comptait finalement qu'une seule et même chose : la musique. Revue des meilleurs concerts, en toute partialité.

Jeudi 19 Aout

Il est 15h00, et l'on est bien content d'être enfin sur le site… Il faut souligner en effet les problèmes d'organisation liés à la gratuité du camping (passage obligatoire aux caisses à l'entrée du festival pour se procurer le précieux bracelet qui permettra d'enfin planter sa tente : au total, presque 2h00 à tourner en rond, alors que d'habitude il n'y a aucun souci. Conclusion : système à revoir). Pour vite nous faire oublier ce bordel intégral, rien de tel que le « surfabilly » des furieux Fifty Foot Combo : une demi-heure de déconnade à la « Misirlou », avec en bonus des danseuses topless se versant du lait sur la poitrine. On a vu pire entrée en matière…

Mais déjà sonne l'heure des choix cornéliens : Peaches et son « clit rock » chaud comme la braise, le folk-rock doux amer de Cass McCombs ou le rock électro-new wave de la nouvelle sensation british Grand National ? Va pour la hype : Grand National, au Dance Hall… Qui pour cette édition n'est pas du côté de la Main Stage, mais perdu au fin fond du site, là où d'habitude se trouvait le deuxième camping. Le Dance Hall et la Boiler Room ainsi décentrés par rapport aux cinq autres scènes (exception : la Wablief-stage, chapiteau à la programmation world et sud-africaine, en partenariat avec le festival Oppikoppi du Cap), c'est toute l'électro parquée dans un seul endroit. Certains parleront d'un festival dans le festival… Au pire de la 'ghettoisation' d'un genre, qui pourtant ramène le plus de peuple… et propose des concerts et des DJ-sets en général synonymes d'ambiance survoltée et bon enfant. 'C'est là que ça se passe' donc, avec pour commencer Grand National, combo anglais déjà remarqué sur la compile « Channel 2 » de l'excellent label Output, et dont les références ne manquent pas de titiller nos tympans de fashion victims mélomanes : en vrac les Stone Roses, PIL et… Police. « Cherry Tree » est déjà un tube : on attend d'écouter l'album, pour voir si Grand National n'est pas qu'un groupe baudruche. Bon concert, parfait pour débuter la journée en douceur tout en s'échauffant pour la suite.

La suite était réservée au punk-rock braillard des Distillers, qu'on apprécie surtout parce que Brody Dalle, la chanteuse, nous rappelle Courtney Love (ses frasques, ses cicatrices, cette voix). A part ça, rien de bien ahurissant : c'est vulgaire et grossier, bref c'est comme du Hole en moins pop, shooté aux stéroïdes.

Passons et revenons au Dance Hall, où se produisait le duo teuton Alter Ego, dont le tube « Rocker » enflamme les dance-floors de nos clubs depuis maintenant quelques semaines (cfr review Dour). « Rocker » est sans doute un des tubes de l'été, tout comme « Drop The Pressure » de Mylo et « Push Up » des Freestylers (eux aussi à l'affiche) : une déflagration post-Mr. Oizo d'une efficacité redoutable, à fredonner même sous la douche. Autant dire qu'on attendait Roman Flügel et Jörn Eling Wuttke de pied ferme, et on n'était pas les seuls : sous un Dance Hall bien rempli, les deux Allemands eurent pourtant bien du mal à faire péter l'ambiance. En cause leur science du climax en décalage total avec les attentes du public. On espérait de grosses montées d'adrénaline avant l'explosion salvatrice habituelle : on a juste eu droit à de longues constructions laborieuses, sans gros poumtchaks et bras en l'air… Bref, le moment que tout le monde attendait c'était « Rocker », rallongé d'au moins cinq minutes pour l'occasion : comme prévu grosse ambiance, et puis basta. L'important, surtout en festival, c'est que tout le monde soit content, sans se prendre la tête ni espérer la lune.

En programmant tous ces artistes, le Pukkelpop (comme Dour) permet chaque année de faire des découvertes. Exemple : Amy Winehouse, une nouvelle diva du jazz vocal qui devrait bientôt rencontrer le même succès que Norah Jones (du moins c'est tout ce qu'on lui souhaite). Entourée de musiciens hors pair biberonnés à la note bleue et aux catalogues de Stax et Motown, la jeune Londonienne aura captivé l'audience grâce à son timbre suave et sexy : une grande dame en devenir, dont les inflexions vocales renvoient aussi bien aux roucoulades sensibles de Billie Holiday qu'au flow mutin du hip hop et de la soul. Un mélange des genres plaisant pour les oreilles… et les yeux (aaah, cette minijupe !). 

Tube de l'été, deuxième, en compagnie des Freestylers : « Push Up », c'est de la bombe, un mix incendiaire de feulements à la Prince et de rythmiques funky. Le genre d'hymne sexy parfait pour les boums sur la plage, avec plein de pépettes, des Mojito et le soleil qui à l'horizon plonge ses rayons dans la mer écarlate. Pourtant, les Freestylers n'ont jamais vraiment fait dans la dentelle (traduction : du breakbeat salace et bourin, qu'on croyait mort depuis la fin du big beat, bref la moitié des nineties). N'empêche qu'en festival, ça le fait : on danse, et c'est la seule chose qui compte. Un DJ, un batteur, un guitariste, un MC et une chanteuse : les ingrédients parfaits pour une grosse bamboula, même si ici ça rime avec « ragga ». « Raw as Fuck » est le titre du troisième album des Freestylers : tout un programme, qui aura suffi aux Anglais pour retourner le Dance Hall. « Get A Life », « The Slammer » et bien sûr « Push Up » auront mis tout le monde d'accord : c'était couillon mais pêchu, en rien surprenant mais simplement festif… Ce qui, en y réfléchissant, n'est déjà pas si mal.

Quand il n'y a par contre ni ambiance, ni surprise, ni échange, ni nouveauté, ni originalité : c'est un peu triste. Urge Overkill résume donc bien ce qu'il y a de pire en musique : leur rock rétrograde et poussif, joué en pilotage automatique, n'aura plu qu'aux nostalgiques de la chose grunge (et encore !). Même « Girl, You'll Be A Woman Soon », leur seul tube (merci Pulp Fiction), n'aura pas sauvé ce concert du désastre. Zéro pointé, et vive Canned Heat.

Heureusement, juste après il y avait les Scissor Sisters pour nous remonter le moral. Qu'on aime ou pas leur électro-disco kitsch et gay, leur allure de Village People 'queer as folk', leurs ballades à mi-chemin entre le « Goodbye Yellow Brick Road » d'Elton John et le « Saturday Night ever » des Bee Gees, il faut avouer que ces New-yorkais savent y faire question pétage de plombs. Connus des clubbers depuis que le magasin Colette a compilé leur cover du « Comfortably Numb » de Pink Floyd, les Scissor Sisters sont l'une des sensations de l'année, et de vraies bêtes de scène. Jake Shears et Ana Matronic se partagent le chant tel un couple bi en pleine montée d'ecstasy : ça brame et ça roucoule, dans l'allégresse la plus totale. L'un des meilleurs concerts du festival, et la preuve par cinq (Del Marquis à la guitare, Babyddady à la basse et aux synthés, Paddy Boom aux fûts) qu'en fait il ne s'agit pas forcément d'un truc à la mode, parce que quoi qu'il arrive les Scissor Sisters, une fois sur scène, assurent un maximum. « Take Your Mama » en ouverture, puis « Tits On The Radio », « Laura », Mary »,… Même Peaches (forcément) aura montré le bout de son nez en toute fin de concert, aussi contente que nous d'assister là à l'un des live les plus délirants de la journée.

Les super-groupes, en général, n'ont rien de bien super : il s'agit souvent d'arnaque marketing qui n'ont pour seul but de permettre à certaines vieilles gloires du rock de payer leurs factures. « Contraband », le premier album des Velvet Revolver (alias Matt Sorum, Slash et Duff McKagan, ex-Guns N' Roses, ainsi que Scott Weiland, ex-Stone Temple Pilots), n'est pourtant pas si mal… Et puis voir de vraies rock stars, en chair et en os, c'est toujours excitant. Des types qui auraient déjà dû mourir dix fois, parce qu'ils vivent à fond le rock'n'roll, parce qu'ils l'ont dans les veines, sans aucune tricherie. Scott Weiland, cinquante kilos de nerfs, revenu de tout (on ne compte plus ses cures de désintox), en impose parce qu'on sent chez lui que la vie, depuis longtemps, est carbonisée à ses deux bouts. Quant aux trois autres c'est la même chose, d'autant qu'ils étaient les musiciens d'un certain groupe de heavy metal aujourd'hui légendaire. N'en déplaise à certains, à cinq (il y a l'autre guitariste, pas connu) ils nous auront mis une sacrée claque. Trois reprises des STP, « It's So Easy » des Guns, et l'essentiel de « Contraband » : en clair des soli monstrueux, ce chant caverneux, ces poses, ces regards, ces tatouages, bref du rock'n'roll qui tue, point barre. Et quel plaisir de revoir Slash tricotant sa guitare (la même !) comme à la grande époque, et Duff la cigarette au bec, ressemblant de plus en plus à un Bowie rongé par la coke. « What ever happened to my rock'n'roll ? » : il est ici, et il a encore de beaux restes.

Après tel déluge hormonal, Kelis se devait de calmer nos ardeurs : rétention, évacuation – le geste qui sauve et soulage. Pas gagné d'avance, cela dit : durant la première moitié du concert, l'Américaine, aussi sexy soit-elle, n'aura pas réussi à captiver nos hanches. Son faiblard, rythmiques un peu molles : jusqu'à « Caught Out Here », rien de très emballant. Puis la machine, enfin, prit l'allure d'un bolide, aux courbes généreuses et bien lustrées, ronronnant dans chaque virage telle une jeune chatte en chaleur. Et hop ! C'est la chemise qui vole, dévoilant sous nos yeux ébahis une svelte poitrine à peine dissimulée derrière un soutif macaron (le con). « Trick Me », « Milkshake » : dans l'évacuation soudaine, nos yeux se dilatent, notre bonheur éclate. Ouuuuiii ! C'est le moment d'une clope, et d'aller faire pipi…

Juste avant le concert des Zutons, dont le court répertoire (un album, « Who Killed The Zutons ? ») ressemble tout dit à du Coral en plus joyeux. Tout de blancs vêtus tels des savants fous perdus dans la steppe limbourgeoise, ces natifs de Liverpool mélangent allègrement la northern soul, Dexys Midnight Runners, Devo et James Brown, bref savent de quoi est fait un bon beat, un vrai. « Don't Ever Be », « Long Time Coming », « Pressure Point »,… Sympathique et sautillant, mais pas non plus démentiel. A revoir très bientôt au Botanique, dans de meilleures conditions.

A l'heure d'un premier best of en forme de mise au point, Groove Armada s'impose comme un des groupes les plus mésestimés de la sphère électro-dance anglo-saxonne. Ce soir, Tom Findlay et Andy Cato, secondés par un groupe live et les deux chanteurs Valerie M et MC MAD, auront pourtant livré un concert en tous points réussi. Une ambiance détendue et frivole qui changeait de l'hystérie habituelle du Dance Hall, et puis de bons morceaux, surtout ceux de « Lovebox », leur dernier album en date… Sans oublier les hits (« I See You Baby », « Superstylin' »), bref un concert savoureux, chill out à la bonne heure…

Juste avant la déferlante Faithless, ses hymnes pompiers et ses messages de paix, la preuve qu'avec deux doigts et beaucoup d'humanité, on peut faire sauter en l'air des dizaines de milliers de personnes comme une seule (« We Come 1 »). La musique, une religion (« God is a DJ ») ? Alors amen, et à demain, pour un nouveau jour de grand messe pop-rock-électro-rap.

 

On les a ratés (et c'est bien dommage) : Dead Combo, Peaches, Skinnyman, Cass McCombs, Delays, Kaizers Orchestra, DAAU, The Killers, Phoenix, Ash, Feist, Dandy Warhols, Everlast.

 

 

Dour Festival 2005 : vendredi 15 juillet

On ne peut pas vraiment dire que les tronches du trio Experimental Tropic Blues Band (NDR : tant qu'ils y étaient, ils auraient pu trouver nom encore plus long !) soient à l'image de leur musique. Il est même assez incroyable que des aussi jeunes gars (NDR : les filles ajouteraient certainement et beaux) pratiquent une musique aussi 'fieftiesante'. Et avec autant d'aplomb. Leur psycho boogie naturellement inspiré du Blues Explosion et des Cramps est, à l'instar du titre de leur dernier EP, de la dynamite. Sur les planches, Psycho Tiger, Boogie Snake et Devil Inferno alignent leur compos à une cadence infernale. Et le public flambe ! Psycho Tiger s'autorise même une séance de stage diving sur le ventre au milieu de la foule (NDR : bravo pour le roadie qui est parvenu à dérouler le fil du micro) alors que Boogie Snake est parvenu à cadencer le morceau final du set à l'aide de la fiche de sa guitare.

La longue tournée opérée par Frédéric Sioen passait donc par Dour. Pour la circonstance, le jeune Gantois a embarqué un backing group constitué d'un guitariste, d'un bassiste, d'un drummer et d'un violoniste. Frédéric se réservant les parties vocales et le piano ; piano qu'il délaisse parfois pour se consacrer exclusivement au chant. Et de son son timbre légèrement rocailleux, il parvient à faire passer des émotions très fortes. Le set va aligner compos issues de ses deux albums, à travers une musique qui mêle allègrement pop, rock, classique, jazz, prog et parfois même flamenco ou funk blanc. Etonnant qu'un garçon aussi talentueux passe si peu sur les ondes francophones.

Comme le déclarait Fabrice, Austin Lace gagne deux heures chaque année. Peut-être que d'ici deux ans, la formation nivelloise sera la tête d'affiche. C'est tout le mal qu'on lui souhaite. Son sens inné de la mélodie contagieuse et le soin tout particulier apporté aux harmonies vocales sont leurs principaux atouts. Des harmonies vocales purifiées par le falsetto suave de Fabrice. Il leur reste sans doute à trouver une image ; quelque chose qui leur permette de passer à l'échelon supérieur. Car comme d'habitude, leurs chansons ensoleillées font mouche. Enzo, le claviériste, va même rejoindre épisodiquement les autres musiciens, au devant de la scène, pour y jouer de la guitare sèche. Une version plus alanguie et davantage élaborée de « Wax » et un « Kill the bee » explosif seront les points culminants d'une prestation très appréciée. Et en particulier par la cohorte de fans que la formation avait déplacée. En finale, Fabrice va même inviter une vingtaine de filles (NDR : que des filles, insistera Fabrice) pour improviser quelques pas de danse et faire la fête sur « Say goodbye ».

Devendra Banhart, c'est l'artiste qui monte. Gradué de l'institut des Arts de San Francisco, ce Californien est aussi doué en peinture, en poésie qu'en musique. Découvert par Michael Gira (NDR : ex Swans et fondateur du label Young Gods), Banhart compte déjà 3 albums à son actif. Mais c'est surtout sur les planches qu'il défraie la chronique. Capable du pire (NDR : sa prestation imbibée d'alcool, accordée au Grand Mix de Tourcoing), mais le plus souvent du meilleur, il affiche un look de hippie circa 1968 (NDR : Grégory pensait même qu'il était la réincarnation du Christ). Et les 3 autres gratteurs qui l'accompagnent auraient pu également naître à la même époque, l'un d'entre eux portant même une superbe tunique indienne. Ce quartet de barbus vient s'asseoir sur le devant de la scène, passant allègrement de la guitare acoustique à l'électrique. Ils chantent aussi tous les quatre, même si le plus souvent Devendra assure le lead vocal. Une superbe voix dont les inflexions me rappellent parfois Jeff Buckley. Derrière le drummer a mis une barbe postiche bleue et porte des lunettes orange. Histoire de rester dans le ton. Tout au long de ce set, le groupe va interpréter un répertoire taillé dans le folk légèrement teinté de psychédélisme. Quittant leur siège au beau milieu de la prestation. C'est le moment que va choisir Devendra pour se consacrer exclusivement au chant. Torse nu, pantalon de velours mauve, il arpente la scène sur toute la largeur. Puis vers la fin du set, invite un artiste en herbe à venir chanter sa propre création. Lui permettant même d'emprunter la guitare d'un des membres du groupe. Et le garçon qui s'y risque s'en tire même plutôt bien. A brûle pourpoint, il ne fallait pas avoir froid aux yeux. Et avant de prendre congé de l'audience, Devendra accordera la plus belle citation du festival : « Merci, chevaliers du soleil »… Un grand moment !

Ayant sévi ou sévissant encore chez Faith No More, Mr. Bungle, Tomahawk, Dillinger Escape Pla, X-Ecutioners, et j'en passe, Mike Patton drive une des formations les plus énigmatiques de la scène underground : Fantômas. Avant que le groupe ne monte sur scène, on assiste à l'érection d'une véritable cage en acier destinée à monter la batterie et ses accessoires. Impressionnant ! Trois grosses caisses, une multitude de toms, une trentaine de cymbales de tout calibre et des percussions en tous genres y entreront. Et en live, le drummer s'y réfugie. Comme dans une cage. Ne laissant apparaître ses mains que pour tourner les pages de sa partition. Bref, un spectacle à lui tout seul ! Et pourtant, il paraît qu'il s'agit d'un remplaçant. Adossés à leurs amplis, le guitariste Buzz Osborne (NDR : imaginez la tête de Robert Smith dans dix ans) et le bassiste Trevor Dunn sculptent les sonorités de leurs décharges électriques. Et puis il y a, bien sûr, Patton. Des yeux perçants, effrayants, fantomatiques. Un claviériste, bidouilleur et surtout un chanteur capable d'inflexions de fou furieux. Mais il est surtout le chef d'orchestre. Canalisant les élucubrations sonores les plus démentielles. Ses sources d'inspiration ? Multiples ! Au hasard, je citerai Pierre Henry, Wagner, Boris Karl-Off, John Zorn, Slayer, Sinatra (NDR : et je vous invite à compléter la liste). En outre, il utilise tout ce qui lui tombe sous la main pour le mettre au service de son esprit créatif : l'orgue de Barbarie et la sirène d'alarme, par exemple. Quelque part, il me fait penser à feu Frank Zappa. Alors, Fantômas serait-il les Mothers Of Inventions du XXIème siècle ? Je suis incapable de répondre à cette question ? Ni même de dire si j'ai apprécié ou non le set. Une chose est sûre, il m'a déboussolé.

B.D.

 

Sébastien a pris le relais en soirée :

Le soleil ne désemplit pas et la foule non plus ! Pour la première fois dans l'histoire du festival, le 'sold out' est décrété en cours de journée ; et il n'est plus possible de se procurer de  ticket combi 4 jours. Hormis les fans de métal/hardcore qui pouvaient se contenter de rester devant la Last Arena, il faudra à nouveau surfer d'une scène à l'autre pour être dans les bons coups. Dommage de manquer Lofofora, Tahiti 80, Austin Lace, Walls of Jericho, Cult of Luna ou plus tard en soirée Fantômas, mais il faut bien faire des choix.

Et le premier de la soirée allait s'avérer gagnant : quoi de mieux qu'un bon groupe de folk dans le Dance Hall pour se remettre en jambes ? Le Bucovina Club Orkestar est annoncé comme un des groupes montants de la world music. Difficile d'étiqueter le mix énergétique livré par les protagonistes sur scène : imaginez une rencontre au sommet balkanique au cours de laquelle des fanfares yougoslaves, ukrainiennes et roumaines se réuniraient. Ajoutez-y une pincée 'gipsy' et vous ne serez pas loin du compte. Derrière ce cocktail harmonieux, on retrouve un Allemand, Stefan Hantel dit Shantel. Une chose est sûre, avant la prestation d'Etienne de Crecy et d'Alex Gopher (NDR : dans un autre genre), le Bucovina Club Orkestar n'a pas eu son pareil pour faire bouger la foule ; et il a fort à parier qu'on parlera encore d'eux dans un futur proche...

Autre groupe d'origine yougoslave (slovène plus exactement), mais autre style pour Laibach, programmé sur la scène principale. Et le passage d'une scène à l'autre nécessite à nouveau une certaine ouverture d'esprit : on passe d'un folk débordant de cuivres et d'énergie à un métal/indus plutôt froid et morose, même s'il s'avère captivant. Nonobstant 20 années de parcours, les occasions de voir les Laibach en 'live' sont plutôt rares. Le début du show évoque Rammstein, les feux d'artifices en moins, mais deux jolies percussionnistes fringuées à la 'Tomb raider' en plus. Assez vite, le grand public - dont la connaissance du genre musical se limite à Metallica ou Marylin Manson - commence à s'ennuyer. Ce qui peut se comprendre ; car certaines compos tirent en longueur. En outre, la langue de Goethe n'est vraiment pas faite pour alléger la solution sonore. Finalement, seuls les véritables amateurs du genre tiendront la distance.

Si les médias ne peuvent s'empêcher de faire référence à Sneaker Pimps, lorsqu'ils évoquent I am X, il faut admettre que depuis son départ, il a pris un virage à 180°. Il a donc définitivement coupé le cordon ombilical avec les autres membres du groupe. D'ailleurs, le show de ce soir n'a plus rien à voir avec celui de son défunt groupe. Des tendances électro, il reste un fil conducteur ; mais ce fil prend sa source dans la new-wave des années 80, que Chris Corner dose avec une énergie propre à I am X. Aux côtés de Chris Corner, au look déjanté et presque androgyne, on retrouve un groupe solide, tonique, qui nous balance un spectacle épatant, sémillant. Pas surprenant d'ailleurs que la 'Petite maison dans la prairie', bien loin du décorum habituel de la famille Ingalls, s'est rapidement animée.

Malheureusement le temps presse, impossible de voir l'intégralité du show. Après avoir manqué le retour de Fantômas, je ne voulais pas louper les Project Pitchfork. Au sein des survivants de la vague électro-goth, ces Allemands figurent parmi les meilleurs. Il y a plus de 15 ans qu'ils militent dans l'underground ; se produisant dans des endroits fermés comme le Steeple à Waregem ou le Cactus de Bruges. Pourtant, ils avaient eu l'occasion de brasser un public plus large en 1997. Lors de l'édition fort sombre du Dour Festival, aux côtés d'autres références du genre comme Sisters Of Mercy ou Das Ich. Mais cette année, pour les fans moins nombreux de gothic/new-wave/indus, l'ambiance est loin de cette mémorable journée de 97 où la plaine de la machine à feu était envahie de 'corbeaux' (NDR : dixit Ponpon, qui ne semble pas spécialement les apprécier ; et traduisez plutôt par 'sosies de Robert Smith' ou aficionados en tenues vampiriques ou sataniques, des expressions bien moins péjoratives). La Popbitch tent n'est remplie qu'à moitié mais les absents auront tort. Et pas seulement parce que leurs tenues de scène sont plus sobres. Confirmant l'impression laissée par leur récent album « Kaskade », bien moins ténébreux que leur précédent « Inferno ». Le groupe teuton donne toujours l'impression de vider ses tripes sur scène ; mais paradoxalement, il le fait en manifestant une sympathie et une joie de vivre assez étonnantes (NDR : il y aura une flopée de paradoxes à Dour !), compte tenu de leurs compos obscures. En outre, les beats et les percussions entretiennent un tempo hypnotique qui incite les premiers rangs à remuer allègrement. Ceux qui les ont ratés pourront toutefois se rattraper lors de leur prochain passage le 1er octobre en salle à Malines, le nouveau temple gothique.

A Dour, il y a à boire et à manger, et sous le même chapiteau j'ai failli frôler l'indigestion (NDR : et si vous me permettez l'expression, c'était à gerber !). Après avoir accordé une prestation en demi-teinte lors de l'édition 97, Anne Clark nous a infligé une parodie de concert. Les mots sont même difficiles à trouver pour qualifier la médiocrité du spectacle. Elle n'a même pas pris la peine d'engager des musiciens, se contentant  de la présence de deux DJs foireux. Ce n'est plus Anne Clark, mais Desireless opérant son come-back dans une émission de variété du samedi soir. Tenue négligée, jeu de scène inexistant (elle reste souvent les bras croisés !), elle se contente d'aligner ses tubes des 80's qui nous trottent encore en tête : « Our Darkness » ou « Sleeper in Metropolis » (NDR : elle aurait d'ailleurs mieux fait d'aller se coucher). Et là aussi un nouveau paradoxe (NDR : on vous l'avait dit !) : alors que la prestation est en toute objectivité insignifiante, il y a 3 fois plus de monde que pour Project Pitchfork. En l'absence de véritables têtes d'affiche à ce festival, le grand public, en quête de noms connus, semble s'être massé et apprécier le show d'Anne Clark. A ne rien y comprendre…

Heureusement, tous les revenants ne ratent pas leur retour : celui d'Anthrax sera plutôt gagnant ! A l'instar d'Iron Maiden, de Slayer ou autre Megadeth, Anthrax est souvent cité comme groupe de référence en matière de hard rock, tendance heavy/métal. Victime de changements de line up tumultueux, il a connu le creux de la vague début 2000. A cette époque, leur patronyme faisait d'ailleurs davantage penser aux envois contaminés par une poudre chimique, transmis par des terroristes, qu'à leur formation. Mais Anthrax avait annoncé la couleur. D'abord, parce qu'on retrouvait la formation sous sa forme originelle. Et bien sûr, Joey Belladonna aux commandes. On pouvait donc s'attendre à en prendre plein la figure. Et, Anthrax – qui vient littéralement de renaître de ses cendres - n'a pas failli à sa réputation : la voix aiguë de Joey, leurs jeans moulants, les cheveux longs bouclés et le trash des guitaristes nous ont replongés dans l'univers du bon vieux hard. Joey, en véritable frontman routinier de la scène, n'a pas son pareil pour exciter la foule. Maintenant, il faut rester réaliste. Un chapiteau aurait suffit pour satisfaire le public branché sur le métal. Pas la scène principale. D'ailleurs, en soirée, mais sur la Last Arena, Hawkwind n'a attiré que quelques centaines d'irréductibles. Faut croire que le métal psychédélique de ces autres vétérans ne fait plus recette.

Le véritable succès de foule de la journée (et sans doute du festival) reviendra à Vive la fête ! Pourtant, le groupe tourne beaucoup en Belgique, et occupe rarement le haut de l'affiche. Sur disque, on a plutôt tendance à se lasser rapidement de leurs compositions simplistes. Les lyrics quelque peu lubriques ('ne soit pas jaloux…', 'laisse-moi te toucher…') ne cassent pas des briques. Sur scène, la boîte à rythmes minimaliste fait vraiment le minimum ; et les mélodies sans grand relief ne volent pas plus haut que le « Da da da » des Trio. Alors comment expliquer que cet assemblage de bouts de ficelle déclenche un tel enthousiasme et surtout attire autant de monde ? Certes, il y a les tenues affriolantes d'Else Pynoo (NDR : elle avait opté pour un minishort et un débardeur qui avait du mal à tenir sur ses épaules). Il y a aussi le déjanté Danny Mommens (ex-dEUS) à la guitare. Faut-il aussi voir en Vive la fête ! un groupe passe-partout voir fédérateur ? Leur style simpliste mais raffiné et surtout voluptueux est en mesure de séduire un large public potentiel, aussi bien wallon que flamand ; ce qui n'est pas toujours le cas d'autres groupes belges (NDR : ainsi, Zornik ou Sttellla n'ont pas le même succès au Sud ou au Nord du pays). Toujours est-il qu'il fallait se faufiler pour approcher la Red Frequency Stage et que Vive la Fête était déjà un des plus grands 'highlights' du festival.

 

S.L.

Dour Festival 2005 : jeudi 14 juillet

Pour couvrir entièrement la 17ème édition du festival du festival de Dour (NDR : la 14ème en ce qui me concerne), il aurait fallu se couper en quatre. Même à trois ! Une manifestation dont le succès est manifestement croissant, puisqu'en arrivant vers 19 heures ce jeudi soir, les bouchons commençaient à se former pour accéder aux parkings ; et on annonçait déjà plus de 25.000 personnes (pulvérisant ainsi tous les records de fréquentation pour un jeudi !), alors que 7.000 campeurs avaient déjà planté leurs installations la veille. 200 groupes étalés sur 6 scènes et 4 jours : il sera de nouveau délicat de tout voir. Par exemple, il faudrait être présent dès 15h30 vendredi pour apprécier Tahiti 80 ou Lofofora, et rester éveillé jusque 3h du mat' pour ne pas rater les revenants de Neon Judgement ! Et dès ce jeudi, certains choix s'avèrent cornéliens : il fallait choisir entre le rock électro noisy/pop des M83, pointés à 19h45 (NDR : ils avaient effectué naguère un passage remarqué sur la Plaine de la machine à feu) et les autres Français qui montent : Luke, programmés à 20 heures. (SL)

Une chaleur torride et moite plombait déjà le Marquee lorsque les Nashville Pussy montent sur les planches. Et face à leur déferlante de rock'n roll, le public en est ressorti comme s'il venait de séjourner dans un sauna. Chez les Nashville Pussy on en a autant pour les yeux que pour les oreilles. Pour les yeux à cause des deux filles. Pantalons de cuir moulants. Poitrine généreuse bien mise en évidence dans son soutien noir échancré pour la guitariste. Body très court pour la bassiste. A côté d'elles, le chanteur/guitariste Blaine Cartwright passe pour un vétéran. Pourtant, c'est bien le mari de Ruyter Suys, la préposée à la six cordes solo. Et c'est elle qui assume l'essentiel du spectacle. D'abord, parce que sur sa râpe électrique, elle sait y faire. En véritable osmose avec son instrument, elle se contorsionne, virevolte, s'agenouille, secoue sa longue crinière blonde et bouclée dans tous les sens et termine même le set en montant sur un des pylônes du chapiteau. Pour y briser ses cordes sur l'armature. Et si le reste du groupe manifeste moins d'excentricité, il reste au diapason. Mais qu'est ce qui peut agiter ainsi ce quatuor basé à Atlanta ? Tout simplement leur rock sudiste. Un rock empreint de sexe, d'humour et d'énergie. Un rock pour lequel les Nashville Pussy donnent tout ce qu'ils ont dans les tripes. Et puis prennent congé de l'assistance, tout en nage (NDR : et nous aussi !).  

Isis, c'est le groupe d'Aaron Turner, le boss du label très alternatif Hydrahead (NDR : Converge, Pelican, vous connaissez ?). Une formation issue de Boston responsable d'une forme de post rock aux accents très métalliques. Et il faut reconnaître que dans le style, elle (NDR : la formation !) ne se débrouille pas trop mal. Pourtant, les fans de la première heure leur reprochent d'être devenus trop accessibles. De commencer à s'adresser à un public plus large. Personnellement, j'estime que leur musique est simplement devenue plus mélodique. Tout au long de leur set on a l'impression qu'Isis développe des paysages soniques, impressionnistes, paysages traversés tour à tour par la tempête, la dissonance, l'harmonie, les hurlements (NDR : extra-terrestres ?), le gothisme, l'ambient, la frénésie, la quiétude, et j'en passe. Avec une vibration sombre et parfois apocalyptique. Incluant même imperceptiblement changements de tons et de rythmes. Au centre de la scène Aaron arrache les notes de ses six cordes ; avec une telle ferveur que parfois, on a l'impression qu'elles sont occupées de pleurer…

B.D.

Arrivé trop tard pour contempler (NDR : il n'existe pas d'autres termes pour qualifier sa plastique) la guitariste des Nashville Pussy, que j'avais eu l'occasion de voir à 3 reprises (Bernard vous en parle toutefois ci-dessus), une petite mise en jambes s'imposait chez le duo franco-finlandais The Penelopes. L'atmosphère électro-punk créée par ces derniers embrase le public entassé sous le grand chapiteau central baptisé 'Dance hall', qui mérite déjà bien son nom vu les nombreux spectateurs qui emboîtent le pas. Déchaîné derrière sa boîte à rythmes (NDR : il a un look rappelant Robert Palmer !) le claviériste balance une déferlante de rythmes énergétiques, hérités en ligne droite de la new wave du début des eighties. Un scénario qui sied parfaitement au chanteur black, qui n'est pas sans rappeler un certain Maxim MC de Prodigy.

Autre chapiteau, autre style, la 'Popbitch tent' accueillait dans une ambiance tour à tour planante et énergique, les M83, dont la prestation allait confirmer les échos unanimement élogieux de leur dernier passage à Dour. Sur disque, les Français ne sont pas des plus abordables ni même des plus faciles à écouter : peu de paroles, morceaux tirés en longueur sur leurs albums « Dead cities, red seas and lost ghost s» et le plus récent « Before the dawn heals us ». A la fois sûrs d'eux mais en même temps sympas et décontractés, ils livrent un show net et sans bavure, qui n'est pas sans rappeler les groupes de la grande époque noisy comme Swervedriver, My Bloody Valentine ou Slowdive. Laissant quand même transparaître en filigrane, des affinités avec un certain Yo La Tengo. Tour à tout intimistes ou électriques, les compos de M83 nous entraînent crescendo dans un flux sonore torrentueux, propice aux passions les plus déchaînées. Le chanteur abandonne son synthé en plein milieu de certains morceaux pour empoigner sa guitare et balancer une flopée de riffs qui font monter l'ambiance. Le public applaudit à tout rompre et contribue à créer un climat propice à l'osmose parfaite : M83 est sans conteste la première grande claque de ce festival. Les absents qui ont préféré Luke ont eu tort !

Effectivement, un petit passage vers la grande scène plonge le festivalier dans un tout autre contexte. Un public plus ado est venu pour Luke, qui complétait l'affiche de Dour après une annulation. Bien que démarrant en force, le concert s'essouffle rapidement. Il faut dire que si leur discographie (NDR : « La vie presque » et « La tête en arrière ») reste agréable à l'écoute, à l'inverse des M83 elle n'est pas encore suffisamment étoffée pour tenir l'heure de prestation qui lui est attribuée. Et quand le leader Thomas Boulard parle d''Une reprise d'un groupe sans lequel nous ne serions pas là', on pense immédiatement à Noir Désir, tant les similitudes avec les Bordelais sont criardes. Raté ! C'est dans le répertoire de la Mano Negra que Luke va puiser un « Pas assez de toi » ; pas trop massacré heureusement, mais suffisamment éloigné de la version originale. Une prestation sans éclat qui ne restera pas dans les annales du festival.

Il est déjà 21h30 et on aurait aimé applaudir Hollywood P$$$ Stars qui, à l'instar des autres artistes belges à l'affiche, récolteront un franc succès. Les HPS n'ont vraiment pas oublié leur premier passage à Dour, et ils n'hésitent pas y faire allusion, on les verra sans doute encore avec plaisir une autre fois car comme bien d'autres groupes, ils semblent fidèles à l'esprit du Dour Festival. Une autre fois car le chapiteau 'Marquee' est trop étroit pour accueillir une foule de fans impressionnante. Et malgré l'heure avancée, il fait toujours aussi étouffant à l'intérieur. Après quelques titres nous déclarons donc forfait pour le reste de la soirée, histoire de garder ses forces pour les jours à venir qui promettent d'être chargés….

S.L

Rock Werchter 2005 : jeudi 30 juin

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Cette année encore, le festival Rock Werchter affichait complet. Plus de 280 000 spectateurs se sont donc pressés devant les portes du plus grand événement du genre en Belgique. Herman Schueremans, l'instigateur de ce rendez-vous annuel, peut se frotter les mains: les placards 'soldout' deviennent coutumiers de ses immenses portails. Certains noms de l'affiche aussi…

Jeudi 30 juin 2005

Chaque année, c'est la même rengaine: "Rock Werchter est devenu trop imposant, écrasant et impitoyable pour nos portefeuilles". Peut-être. N'empêche, cette année encore, c'est le même constat: nous sommes parmi les premiers à déballer nos maisons en tissus et courir à toutes jambes le kilomètre symbolique qui nous sépare des portes du bonheur: l'entrée du Rock Werchter 2005. Une fois passé de l'autre côté des immenses clôtures publicitaires, le premier (et pas le dernier) choix cornélien de la journée se pose: The Bravery ou Saul Williams ? Dans notre petite caboche, ce duel psychologique vire à l'avantage du poète Saul Williams. Le magicien noir inaugure les spotlights de la Pyramid Marquee en compagnie d'un dj arborant une belle coupe afro sur la tête. De son côté, Saul Williams a laissé tomber ses rastas pour une tignasse commode et sans fioriture, un peu à l'image de son set. Ici, rien n'est laissé au hasard. Saul déverse son discours en calquant ses mots sur des beats syncopés. Tel un prêcheur fou, il harangue la foule massée à ses pieds. Le roi du 'spoken words' exige une justice nouvelle, exhorte un fifrelin d'harmonie entre les peuples et semble se faire comprendre. Les applaudissements nourris témoignent de l'attention de son auditoire. Le début du concert demeure incantatoire. Puis, Saul Williams lâche "Black Stacey", hymne libérateur et engagé. Le pied du micro serré entre les doigts, il poursuit sa lutte, sa prophétie. Improbable croisement entre Martin Luther King et Malcolm X, cette insatiable panthère noire se met définitivement le public en poche le temps d'une superbe "List Of Demands". Cette sommation dansante marque le triomphe de l'artiste en territoire européen. La performance de Saul Williams s'achève prématurément dans l'allégeance de "Our Father". Le besoin urgent de rafraîchir les mécaniques se fait alors sentir. A Werchter, la rasade de bière vaut son pesant d'or mais elle s'avère nécessaire pour éviter toute fringale dans la terrible ascension qui nous mène vers le haut de l'affiche.

L'étape suivante nous conduit ainsi devant la Main Stage. Les connaisseurs le savent: ils ont un rendez-vous urgent avec l'histoire. Car ce n'est un mystère pour personne, les apparitions de New Order se font rares, très rares. Pour sa part, la Belgique n'avait plus connu de concert de New Order depuis 1985. Dix longues années de supplices balayées en ce jour de grâce. Il est 19h20, le quatuor investit les lieux. Sans la moindre hésitation, Bernard Summer gratte ses cordes et laisse s'échapper le fabuleux riff de "Crystal". A la basse, tel un vieux pirate abandonné par son équipage en pleine mer, Peter Hook vague d'un côté à l'autre de la scène. Dans la fosse, les gens sautillent gaiement et applaudissent chaudement cette impeccable entrée en matière. Heureux de l'accueil, Bernard Summer tente une bouffonnerie anglo-saxonne incompréhensible et repart de plus belle. Derrière ses claviers, Phill Cunningham paraît extrêmement concentré alors que la batterie de Stephen Morris ralentit quelque peu le tempo sur "Regret" et "Love Vigilantes". Curieusement, c'est "Krafty", leur nouveau single, qui relance la machine de guerre. Les spectateurs chantent à l'unisson, frappent dans les mains et entreprennent des danses saugrenues, folles et déstructurées. C'est le moment choisit par New Order pour vénérer le passé post-punk qui lui pend toujours autour du cou. Car depuis le suicide de Ian Curtis en 1980, le mythe Joy Division transpire encore. L'interprétation de "Transmission" amorce le voyage dans le temps. Il est somptueux, nostalgique à souhait. De nombreux fans sont aux anges. New Order le sent et en profite pour placer une frêle compo du dernier album, "Waiting For The Siren's Call". Quelques titres plus tard, c'est l'événement attendu par de nombreux festivaliers qui résonne sur la plaine de Werchter: "Love Will Tear Us Apart", deuxième hommage aux galaxies dépressives de Joy Division. Le titre recueille sans mal la bénédiction populaire qu'il mérite. Mais le meilleur est à venir. Puisque l'apothéose de ce concert repose incontestablement sur les quelques notes synthétiques du tubesque "Blue Monday" qui clôture de main de maître le come-back de New Order.

Pas de temps à perdre. Roisin Murphy, l'égérie de Moloko, s'épanouit en solo sous la Pyramid Marquee. Accoutrée de longs gants et d'un cotillon scintillant, la belle ne dénaturerait guère dans le décor du Moulin Rouge de Baz Luhrman. Régalant les aficionados de Moloko de son irréprochable jeu de scène, Roisin Murphy séduit et conquit un public nouveau. Mêlant son répertoire traditionnel de jazz et de funk, la dame danse et se déhanche, s'abaisse, se relève et se balance. Insaisissable, indomptable, Roisin Murphy dispose d'une voix puissante et d'un charisme à couper le souffle. Des chansons de la trempe de "Ruby Blue" conduisent notre charmante accompagnatrice vers les marches d'une gloire amplement justifiée en ce premier jour de festival.

A l'autre bout du site, les écrans géants projettent une nouvelle aventure de Snoop Dogg: histoire de cul, de drogues et de coups de flingue. Sur ce, le grand black débarque, substances illicites à sa gauche, micro profilé à sa droite. Il regarde une main puis l'autre, hésite et opte finalement pour la gauche. Aspiration maximale, expiration. Le Snoop s'éclipse sous un nuage de fumée. Face à lui, c'est du délire. La température ambiante vient d'augmenter d'une vingtaine de degrés: le public est chaud, chaud, chaud. Le chaman du sexe descend fièrement de la Côte Ouest et s'exalte. 'What's my fucking name?' interpelle le gourou du phallus. "SNOOP DOGG !!!", réplique le harem. Là-dessus, pas de doute: l'assistance connaît son patronyme. Ce type est une star, véritable étendard du gansta rap américain. Adulé ou détesté, force est de reconnaître que l'homme détient une certaine aura et un évident sex-appeal. Pendant près d'une heure, Snoop Dogg tient son public en haleine, enchaîne ses tubes en or qui brille: "Lodi Dodi", "The Next Episode", "Who Am I (What's My Name) ?" ou le bouillonnant "Drop It Like It's Hot". Malgré les sombres nuages qui planent au-dessus des têtes, chacun est bien heureux de trouver une place dans ce gigantesque baisodrome champêtre. En fait, "Signs", le duo ramolli en compagnie du sample de Justin Timberlake, restera le seul point blanc de l'époustouflante exhibition livrée par ce nouvel empereur de la culture Noire américaine.

La nuit recouvre la plaine depuis quelques temps déjà. Pourtant, dans le ciel, les coups de tonnerre se multiplient et viennent illuminer les lieux. Les premières gouttes font leur apparition. De plus en plus grosses, elles transforment rapidement toute surface praticable en une aire marécageuse ondoyante. C'est Woodstock en plein Brabant flamand. Ici et là, des festivaliers délurés plongent dans des marres aux canards improvisées, piscine précaire pour public délétère. Peu importe, le show se poursuit. D'ailleurs, l'orage n'effraie pas Tom Rowlands et Ed Simons, la paire acidulée des Chemical Brothers. Le duo branché de Manchester s'empare de la Main Stage et démarre son set en force: "Hey Boy Hey Girl" pour l'ouverture de la danse (aquatique). Abrités sous les devantures des baraques à frites surpeuplées en ces temps pluvieux, les indécis se jettent à l'eau pour la grande carmagnole électronique du jeudi soir. L'instant est hallucinatoire, irréel et puissant. Les clubbers ignorent la pluie et rebondissent en chœur dans la gadoue. Cette fois, c'est une certitude: les absents ont toujours tort. Car même si les Chemical Brothers semblent disposer d'un abonnement éternel pour le Rock Werchter, il fallait vraiment être couillon pour manquer ce concert-là ! Comme pour donner raison aux irréductibles gogo-dancers, "Galvanize" anéantit soudainement cette pluie incessante. Les frères chimiques auraient-ils appuyé sur le bouton? Ce détail n'est pas raconté dans la chanson mais la légende retiendra certainement la coïncidence. Pour le reste, "Believe" est une implacable bobinette électronique, taillée pour les foules. Les Chemical le savent et ne se privent pas de répandre la bonne nouvelle. Et en parlant de bonne nouvelle: 'les Chemical Brothers seront à l'affiche du Rock Werchter 2006'. Alors, info ou intox ?

 

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