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Derrière Zaïmoon se cache Simon Rakovsky, conteur bruxellois et anthropologue musical de sa cité. Amoureux éperdu de Bruxelles, il promène son enregistreur dans la capitale comme Björk capte chaque soubresaut d'un volcan. Son terrain de jeu à lui, son…

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Rock Werchter 2005 : vendredi 1er juillet

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En principe, après la pluie vient le beau temps. Ce deuxième jour de festival commence pourtant sous les pâles apparitions d'un soleil dissimulé sous d'épaisses ondées nuageuses. Il fait un peu froid, un peu gris et ce n'est certainement pas la programmation du début de journée qui nous réchauffera. Simple Plan, De La Vega, Kt Tunstall, Sioen et Jimmy Eat World se partagent le bas de l'affiche. Globalement, l'apéro est indigeste. N'est-on pas en droit d'attendre une réception plus alléchante de la part d'une manifestation du standing de Rock Werchter ? La question est posée et l'intérêt de cette édition 2005 ne se trouvait visiblement pas là. Néanmoins, une toute bonne surprise est à mettre à l'actif des organisateurs: la venue du couple théâtral The Dresden Dolls.

L'étrange duo, composé d'Amanda Palmer (piano et chant) et de Brian Viglione (batterie), en impose. Les curieux qui ont fait le déplacement ne s'y sont pas trompés. Ce concert est sans nul doute LA révélation de l'année. C'est la naissance du 'Rock Réaliste de l'Illusion', un théâtre musical épique secrètement fantasmé par Berthold Brecht. Hypnotique et attrayant, le concert mélange rock'n roll et lyrisme, émotion et sophistication. Venu tout droit de Boston, The Dresden Dolls étale son  bagage culturel sous les yeux et les oreilles d'inquisiteurs ébahis. Deux reprises, en particulier, forcent le respect: "War Pigs" de Black Sabbath et surtout, l'inattendue et irréprochable interprétation d'"Amsterdam" de Jacques Brel. La performance est millimétrée. La batterie de Brian semble répondre aux notes dispensées par le piano d'Amanda. Il est 16h45, le duo se retire sous les encouragements d'un public ébloui.

La place est torride, prête pour l'arrivée d'un autre duo: The Kills. De l'autre côté, sur la Main Stage, Shirley Manson et Butch Vig tentent vainement de réanimer Garbage, leur projet boursouflé. Sous la Pyramid Marquee, The Kills a d'autres guitares à fouetter. VV alias Alison Mosshart et Hotel alias Jamie Hince attaquent d'emblée leur dernier album par "Now Wow", titre éponyme et ravageur. Ils repassent ensuite sur "Keep On Your Mean Side" par l'entremise d'un "Cat Claw" hargneux. Planquée sous sa tignasse rebelle, VV est nerveuse, tendue, totalement insoumise aux attaques répétées des décharges électriques de son compagnon. Lui, le beau ténébreux, la regarde comme si c'était la dernière fois. Au fond, une rythmique, impulsée par une boîte à rythmes, astreint le chant alterné des tourtereaux à une rigueur de métronome. Le rock'n'roll des Kills consacre sa source d'inspiration, le Velvet Underground. Sur scène, "Good Ones", le dernier simple est rêche et sauvage. Le concert file à toute vitesse et rien ne perturbe la liesse de ces deux-là. "Fried My Little Brains" retentit dans nos tympans comme le morceau le plus corrosif de ce court instant passé en leur compagnie. Les riffs de The Kills s'estompent vers 18h15 dans une ultime reprise de Captain Beefheart, "Dropout Boogie".

Tranquillement, nous quittons la tente pour rendre une visite aux ancêtres du Velvet Revolver. Scott Weiland (ex-Stone Temple Pilots) et les pensionnés de Guns N' Roses se sont emparés de la scène principale pour un show redouté. Nos craintes sont confirmées d'entrée de jeux par papy Slash et ses potes cocaïnés. Grossis et déguisés en rock stars, ces adeptes de soli dégoulinants et de clichés affligeants singent honteusement leur prestigieux patrimoine. Les poses puent le Jack Daniel's périmé, la voix de Scott Weiland se mue en kalachnikov et flingue les malheureux observateurs postés aux premiers rangs de la débâcle. Les compères essaient de sauver la mise en balaçant " It's So Easy", "Mr. Brownstone" et "Sex Type Thing", trois classiques de feu Stone Temple Pilots. Mais rien n'y fait. C'est carrément naze: le mot est lâché. Et heureusement pour leurs poires rabougries par ces décennies de défonce que personne ne vend de cacahouètes sur la plaine… Allez hop, à l'hospice !

Le point fort du vendredi repose presque entièrement sur la venue de Green Day. Voilà un groupe qui vaut tous les déplacements du monde: plus de quinze ans de carrière dans le rétro et pas une ride en perspective ! Emmené par Billie Joe Armstrong, le trio carbure aux tubes. En 1994, le groupe ramasse le pactole en sortant l'indémodable "Dookie". Dix ans plus tard, c'est au tour de "American Idiot" de se tailler la part du lion. L'événement est donc attendu par des adolescents de tous âges en manque de sensations fortes en cette fin de journée. Et là, pas la peine de faire un dessin, le seul et unique groupe de punk-pop tient la dragée haute à tous ses concurrents. Devant la scène, c'est l'effervescence. L'attente devient longue et chacun cherche la bouffée d'air rédemptrice avant la bataille. Tout à coup, Tré Cool se pose derrière ses fûts, Mike Dirnt enfourche sa basse. Et là, c'est l'explosion: Billie Joe Armstrong déboule et arrache un "American Idiot" des cordes de sa Gibson. Une folie furieuse et tourmentée envahit alors l'assemblée. Le chanteur de Green Day court comme le successeur humanisé du lapin Duracell, il galope, trébuche et fonce vers son micro. Tout de noir vêtu, Billie Joe arbore une sympathique cravate rouge et une étoile communiste au revers de sa chemise. Nouveau disque, nouvelle chanson: "Jesus Of Suburbia" entraîne à nouveau la foule dans un tourbillon de magnitude 7 sur l'échelle de Werchter. La suite se décline en singles: "Holiday", "Knowledge" et l'inoxydable "Basket Case" se chargent de passer les troupes en revue. Le sens de l'entertainment s'incarne parfaitement dans l'idéologie du groupe. Sur "King For A Day", Billie Joe invite un fan surexcité à asperger ses congénères au pistolet à eau. On s'amuse, on s'éclate. On sue, on pue. Et en définitive, c'est génial. Le groupe de Berkeley interpelle le public à intervalles réguliers, histoire de vérifier qu'il subsiste encore quelques survivants à l'étage d'en bas. Pour certains, ce jour de fête était également un jour de gloire. Au beau milieu du concert, Green Day se fait remplacer au pied levé par trois énergumènes piochés au hasard de l'assistance. Une jeune batteuse foutrement douée, un guitariste bouleversé de se retrouver en compagnie de ses idoles et un bassiste simplet, coaché par un Mike Dirnt désabusé viennent assurer la rythmique du groupe. La chanson s'achève dans des accolades et des remerciements. Charitable rocker, Billie Joe offre sa guitare à son éphémère remplaçant. Aux dernières nouvelles, ce dernier dort debout en chantant les huit albums de Green Day et vient juste de se faire interner pour démence en compagnie de sa guitare. La formation américaine tire alors à boulets rouges sur George W. Bush, son 'adorable président' et enchaîne par "Minority". Le divertissement touche à son apogée lorsque nos facétieux enragés s'attaquent à une reprise surdosée de Queen, "Cause yes: We Are The Champion my friend !". Green Day repart, fier du boulot accompli. Mais les fans ne l'entendent pas de cette oreille. Devant un public en transe, Billie Joe revient en solo pour un (désormais) traditionnel "Good Riddance ("Time Of Your Life"). Bref, une bonne journée tient parfois à peu de chose.

Pour se remettre de toutes ces émotions, il ne reste qu'à faire un choix: les multirécidivistes Faithless ou Armand Van Helden. Pour finir, Van Helden sera la dernière attraction de ce 1er juillet. Une journée qui s'achève par un dj-set convenu (Blondie, Ram Jam, The White Stripes ou encore Felix Da Housecat passent ainsi dans l'escarcelle électronique du bonhomme) mais agréable. Néanmoins, on regrettera l'usage abusif de 'compacts discs' tout au long de ce 'poussage de disques' en règle. Toute personne susceptible de nous renseigner sur la disparition des vinyles peut nous contacter dès à présent.

 

Cactus 2005 : dimanche 10 juillet

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La troisième et dernière journée du sympathique festival brugeois débute par un temps splendide qui ne laisse augurer que le meilleur. Les Américains du Youngblood Brass Band et leur jazz teinté de hip hop se chargent d'ouvrir les hostilités. Un MC/batteur au style proche de Zack De La Rocha se charge de communiquer avec le public tandis que la large section cuivres (deux trombones, deux trompettes, un sax, un tuba) produit un son chaud et puissant rehaussé par une rythmique des plus efficaces. Le son (excellent) aide à faire passer un peu mieux les quelques improvisations jazzifiantes qui déforcent un peu le propos de cette formation originale.

Backstage, on aperçoit un vénérable Congolais d'une soixantaine d'années qui attend patiemment que les Youngblood aient enlevé leur matériel de la scène. C'est un des membres de Konono n°1, formation de Kinshasa qui va faire entrer le Minnewaterpark dans une autre dimension. Deux percussionnistes, un batteur (une caisse claire et une cymbale) et trois joueurs de caisses équipées de languettes métalliques amplifiées par des haut-parleurs de gare produisent une sorte de techno préhistorique galvanisée par les chants d'une chanteuse/danseuse et d'un chanteur qui exécute des chorégraphies étranges au moyen de deux tambourins et de son sifflet. Les énormes lignes de basses, les solos en distorsion et le groove produits par les musiciens impassibles (qui changent d'instrument lorsqu'ils commencent à s'ennuyer) vont enchanter, sans peine, l'assemblée qui réservera une belle séance d'applaudissement à un des concerts les plus étranges et radicaux auquel il nous ait été donné d'assister depuis longtemps.

Le concert de Wunmi, chanteuse/danseuse anglo-nigérienne, s'ouvre par une entrée fantomatique de cette dernière. Emballée de la tête aux pieds d'une tunique funèbre, elle exécute une danse sur un morceau de soul psychédélique exécuté par les musiciens hors pair (mention spéciale au guitariste et au batteur) qui composent son groupe. Après un début difficile, la chanteuse (NDR : elle a fait ses premiers pas chez Soul II Soul) fait monter la sauce. Lentement mais sûrement. Le show bascule progressivement dans une séance d'afro-beat fiévreuse qui se termine par la reprise du « Zombie » de Fela Kuti.

Lorsque le tour de Gabriel Rios arrive, on aperçoit des jeunes filles qui se ruent fébrilement vers la scène. Le temps de comprendre et il est déjà trop tard. Impossible de sortir des backstages, la foule est trop compacte et déjà en délire… C'est donc un peu en biais par rapport à la scène que nous sommes obligés de suivre le concert du Portoricain installé à Gand… Même s'il n'a pas encore franchi la frontière linguistique, Gabriel Rios a déjà écoulé en Flandre plus de 20 000 exemplaires de « Ghostboy », son premier album solo réalisé en compagnie de Jo Bogaert (Technotronic). Face à un public acquis à sa cause, le chanteur guitariste aligne des morceaux énergiques où le rock, les rythmes latins et des pointes d'électro se mélangent sans complexes. En espagnol et anglais dans le texte, l'homme nous réserve quelques très bons morceaux ; en outre, il est parvenu à s'entourer d'excellents musiciens, dont le guitariste des non moins excellents Fifty Foot Combo, qui ressemble à une version mexicaine de notre ami Christian Clavier. A côté de la scène, on aperçoit Balo (ancien MC de Starflam) qui s'apprête à aller balancer quelques unes de ces rimes acérées sur une des dernières chansons du set, au cours duquel on pourra aussi entendre une reprise iconoclaste du « Bad Card » de Bob Marley.

Lorsque Transglobal Underground arrive sur scène, on peut de nouveau arpenter la plaine, car le groupe anglais attire un peu moins les foules. Un batteur, une joueuse de sitar, un Mc/percussionniste et un claviériste qui ressemble à un des membres des Village People alignent leurs morceaux efficaces rehaussés par les rimes très rastafari et enflammées de leur chanteur. Leur mélange de dub, musique indienne et drum and bass manque malgré tout un peu d'âme et on s'ennuie quand même un peu… La faute peut-être à un usage un peu trop intensif de bandes sur lesquelles les musiciens jouent un peu mécaniquement et sans feeling.

Après un 'longuissime' et laborieux soundcheck, les quinze musiciens qui forment le nouveau groupe de Lauryn Hill commencent à balancer la sauce. Le set démarre fort par « That Thing », un des hits de son premier album, repris en chœur par la foule. Mais le son est mauvais. Heureusement, il s'améliore par la suite ; et la chanteuse américaine alterne les hits des Fugees, les nouveaux morceaux et les chansons issues de ces deux premiers albums solo. Les intervalles entre les morceaux sont longs. Lauryn Hill ne semble pas péter la forme et on a quelquefois l'impression qu'elle va se mettre à pleurer sur scène ; surtout lorsqu'elle joue ses très belles chansons à la guitare sèche. Coincées entre hip hop old school et les influences ragga, les nouvelles compos laissent cependant espérer la sortie d'un nouvel album assez intéressant. Le concert se termine assez vite, handicapé par les problèmes techniques et un groupe pas tout à fait en place. Lauryn Hill quitte la scène, les gens patientent encore un bon quart d'heure, en espérant un rappel qui n'arrivera jamais, tandis que les musiciens de la chanteuse exécutent derrière la scène une étrange chorégraphie avant de quitter les lieux. Une danse pour la pluie ? On espère que non...

 

Cactus 2005 : samedi 9 juillet

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Désolé pour ce que les Pays-Bas considèrent leur meilleur groupe live et l'avant-garde du mouvement 'électro-fusion', mais je n'ai pu assister au set de Zuco 103. Pourtant, il paraît que leur mélange de mélodies brésiliennes, de drum'n'bass, de triphop, de r&b, de jazz et d'afrobeats réussit à faire bouger les plus coincés, voire les plus encroûtés. Pas d'empêcher les retardataires d'arriver à l'heure. Mea culpa !

Etonnant de voir une formation française se produire lors d'un festival organisé au nord de la Belgique. Et d'y récolter un beau succès. Son nom : Babylon Circus ! Issu de Lyon, ce collectif – ils sont dix – pratique un mélange de ska, de reggae, de musette (NDR : les Négresses Vertes ?), de jazz, de dub, de punk et de musique de l'Est (NDR : pensez au film « Underground » d'Emir Kusturica) sur fond de théâtre et d'engagement sociopolitique (NDR : le pastiche du JT en est une des plus belles illustrations). Un drummer, un claviériste, 4 cuivres, un bassiste, un chanteur/guitariste et deux vocalistes spécifiques. Qui s'expriment parfois dans la langue de Shakespeare, mais le plus souvent dans celle de Molière. Ca bouge dans tous les sens, c'est festif. Le courant passe parfaitement avec le public. Auquel ils leur racontent être tenu d'écourter leur set, parce qu'il doivent se produire le lendemain dans le sud de la France. S'excusent. Exécutent une dernière compo d'une trentaine de secondes et se taillent. Sous les sifflets et les huées. Avant de revenir en fanfare. Et de démentir. Pour terminer sur les chapeaux de roues. Enfin presque puisqu'ils achèveront leur set par un exercice de style a cappella. Ovation ! Et plongée dans le public de plusieurs musiciens qui rejoignent alors la fanfare locale.

Bien que reformé depuis l'an 2000, on ne peut pas dire que les Presidents Of United States Of America aient défrayé la chronique. Ils ont pourtant commis depuis deux albums : « Freaked out and small » et « Love Everybody ». Mais ils sont totalement passés inaperçus. Faute de hit, probablement. Car les P.O.U.S.O.A. sont surtout notoires pour leurs tubes : « Kitty », « Peaches », « Lump », « Zero fighting » etc. ; ou encore leur version du « Video kill the radio star » des Bugles. Et c'est d'ailleurs par ce titre que, le trio ouvre son set. Set et fête riment chez les Presidents, une fête teintée d'humour et d'excentricité. Chris Ballew, Dave Dederer et Jason Finn multiplient les frasques (NDR : lorsque Jason frappe ses baguettes sur les planches, en se promenant à quatre pattes, on est au bord du délire) pour le plus grand plaisir de la foule. Sans pour autant oublier de soigner leur prestation, ponctuée des inévitables tubes. Adressant même un clin d'œil aux Beatles du tout début des sixties, à MC5 (la cover de « Kick out the jam ») et même à Gloria Gaynor, en rappel, pour le célèbre « I will survive ». Rien que leur présence méritait le déplacement !

Depuis qu'il a remporté la médaille d'argent au Humo Rock Rally de 2000, Admiral Freebee s'est forgé une solide réputation dans le nord du pays. Mais Admiral Freebee, c'est avant tout le chanteur/compositeur/multi-instrumentiste (NDR : il joue le plus souvent de la guitare, mais aussi du piano, de la trompette ou de l'harmonica) Tom Van Laere. Admiral Freebee est avant tout un groupe de rock. Qui puise essentiellement son inspiration dans les seventies ; et en particulier chez Van Morrison, les Faces, les Stones et Bob Dylan. En outre, Tom possède une voix écorchée, rauque (rock ?) qui sied parfaitement à ce style musical. Et puis un look d'époque : un large bandeau rouge dans les cheveux et une barbe qui lui mange le visage. Soutenu par un backing group particulièrement solide, Admiral Freebee va alterner titres puissants, électriques et ballades chargées d'émotion (NDR : qu'il interprète alors le plus souvent au piano). Des chansons hymniques que le public reprend même parfois en chœur. En fin de set, Tom se prend même pour Hendrix en jouant de sa six cordes avec les dents. Et puis nous réserve sa compo la plus élaborée « Get out of town », qui débute très doucement avant de se métalliser, puis d'éclater dans une véritable orgie d'électricité. Recueillant un très gros succès auprès du public, Admiral Freebee accordera sans peine le rappel réclamé. Personnellement ce set m'a quand même laissé perplexe. Une excellente prestation sans doute. Mais un peu trop revivaliste, sans aucun doute. Enfin, des goûts et des couleurs….

Pour effectuer sa nouvelle tournée, Will Oldham, alias Bonnie 'Prince' Billy, Palace Brothers, Palace Music ou encore Palace, a eu la bonne idée de s'entourer d'un groupe. Parmi lequel on remarquera la présence du guitariste Matt Sweeney ; un ex Chavez récemment impliqué chez le défunt Zwan de Billy Corgan. Et puis une claviériste (NDR : qui passe son temps disponible à fumer des clopes ou à prendre des photos) et un très jeune drummer. Bref une formule électrique qui dans ses meilleurs moments peut atteindre l'intensité d'un Neil Young ou baigner dans un climat atmosphérique digne de l'album incontournable de David Crosby, « If I could only remember my name ». Instrumentalement, le quatuor est plus qu'au point. Et en particulier la conjugaison des guitares opérée entre Matt et Will. Scéniquement, Will (NDR : casquette yankee vissée sut la tête et barbe en broussaille) se complait dans son monde. Régulièrement dos au public, il prend son pied sans se soucier de la réaction du public, auquel il n'adresse la parole qu'après 45 bonnes minutes. Pour dire merci. De temps à autre, lors d'un changement de tempo, il exécute un petit pas de danse, comme s'il était content de vivre cet instant de bonheur intérieur. Qu'il ne partagera jamais au cours de son set. Dommage…

Je n'avais pas conservé un souvenir impérissable du dernier passage d'Asian Dub Foundation, en première partie du concert de Radiohead à Forest National. Mais il faut leur reconnaître une intégrité intellectuelle qui mérite le respect. Depuis 2000, la formation est passée de l'engagement sociopolitique au militantisme. Un militantisme qui transparaît à travers les lyrics des deux MC's dont le rap acharné parvient à exciter la foule. Et même à la faire danser. Sur une musique qui mêle allègrement drum'n'bass, hip hop, (dub)reggae, funk, ethno et beats. Lors de leur set, l'accent a surtout été porté sur les compos du dernier album « Tank ». Mais les meilleurs moments de leur prestation se sont paradoxalement produits lors de leurs envolées instrumentales. Libérant alors une atmosphère plutôt étrange, au sein de laquelle les percus et les sonorités indiennes étaient davantage mises en évidence. Fidèle à la tradition, Asian Dub Foundation a clôturé son set par « Rebel warrior », issu de son tout premier opus, « Fact & fiction ».

 

Cactus 2005 : vendredi 8 juillet

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Le Cactus attire de plus en plus de monde. Pour preuve, la journée du dimanche consacrée essentiellement à la world était sold out. Faut dire que le cadre du Minnewaterpark est absolument superbe. Canaux et espaces verts balisent ce festival encore très familial. Des enfants (NDR : pour lesquels de multiples activités ont été organisées), des parents et des grands-parents côtoient les festivaliers dans la plus grande convivialité. Et puis une seule scène. Ce qui permet de souffler une petite demi-heure entre chaque set…

Vendredi 8 juillet

Il revenait à Dieffenbach d'ouvrir la 24ème édition du festival. Le peu de temps consacré à leur set m'a quand même permis de découvrir une formation qui accorde un très grand soin à ses harmonies vocales. Pensez aux Byrds. Sur une musique élégante, à la fois pop et psychédélique, largement influencée par la fin des 60's et le début des 70's ; mais revisitée par un très fort courant post rock. Etonnant, lorsqu'on sait que les deux premiers elpees accordaient une large part à l'électronique. Et apparemment, le troisième et dernier opus (NDR : « Set and drift ») de ce quintet danois confirme la nouvelle orientation. Un groupe à suivre, c'est une certitude…

La Scandinavie était à l'honneur, puisque après des Danois, l'affiche nous proposait des Norvégiens : Madrugada. Pas des inconnus, puisqu'ils se sont déjà produits à plusieurs reprises en Belgique et notamment lors d'une précédente édition du Cactus. Et puis la formation compte déjà 4 albums à son actif, dont le dernier, « The deep end », est paru voici quelques semaines. Pour accomplir sa tournée, le trio de base (Sivert Hoyen au chant, Robert Buras à la guitare et Frode Jacobsen à la basse) a engagé un drummer et un claviériste/guitariste. Grand, la boule à zéro, vêtu d'un gilet particulièrement seyant, Sivert dégage beaucoup de charisme. Gestes amples, arpentant toute la largeur de la scène, il entre facilement en communion avec son public. Et puis il pose littéralement son baryton profond sur les chansons généreusement électrifiées par Bob. Les cheveux en pétard, à la Rob Tyner (MC5), Robert torture sa râpe comme un vieux briscard qui aurait vécu le mouvement West Coast la fin des sixties. Ce qui n'empêche pas l'ensemble de couler de source avec une intensité blanche digne de Leather Nun (NDR : le groupe a interprété plusieurs anciennes compos), de s'enfoncer dans une mélancolie ténébreuse digne des Bad Seeds, ou encore d'épouser une forme plus allègre comme sur les hispanisant « Hard to come back » et « Stories from the streets » ainsi que le REMesque « The kids are on high street ». Et puis ponctuellement, Sivert empoigne une guitare sèche pour s'embarquer dans l'une ou l'autre ballade hymnique empreinte de tendresse. Un chouette moment !

Fondé au tout début des 90's, les Frames comptent déjà 5 albums à leur actif. Une formation irlandaise souvent comparée à dEUS. Pas étonnant, d'ailleurs, qu'ils aient déjà travaillé en compagnie de Tom Barman. Drivée par le chanteur compositeur Glen Hansard, elle peut compter sur la présence d'un excellent violoniste, un certain Colm Mac An Iomaire. Malheureusement sur scène, ce violon n'est pas suffisamment mis en évidence. Glen (NDR : les cheveux et la barbe roux carotte !), possède une très belle voix et les autres instrumentistes semblent connaître leur sujet. Pourtant le set ne décolle que trop rarement. Les quelques moments d'intensité à se mettre dans l'oreille sont rapidement dilués dans une monotonie qui suscite rapidement l'ennui. Parfois en n'entend pratiquement plus rien. Et les spectateurs en profitent pour tailler une bavette avec leur voisin ou pour aller chercher quelque rafraîchissement…

En perte de vitesse depuis quelques années (NDR : un « best of » en 2002 et un « Loco » complètement ringard en 2003), les Fun Lovin´ Criminals jouissent encore – heureusement – d'une excellente réputation de groupe 'live'. Comme d'hab., le groupe affiche un look très 30's. Même qu'ils auraient pu jouer dans la série 'Les Incorruptibles'. Il n'y manque qu'Eliot Ness ! Vêtu d'un costard (sans cravate!) digne d'un mafioso, Huey Morgan n'a rien perdu de sa dextérité à la guitare. Coiffé d'un doulos et arborant des bretelles certifiées d'époque, Mackie allie souplesse et frénésie aux drums. Quant à Fast, il continue d'assumer sobrement son rôle, partagé entre basse, clavier et trompette. Malheureusement la voix de Huey passe très mal. A croire qu'il fume 3 paquets de clopes par jour. Pourtant leur mélange de funk, de hip hop, de jazz nightclubien, de rock, de Chicago blues, de gangsta rap et de soul ne manque pas de charme. Et en particulier l'hommage à Barry White, « Love unlimited ». Empreintes de sensualité et de fun et bercées de rythmes chaloupés voire latinos, les compos restent agréable à écouter. Outre « Korean bodega », « Scooby snacks », « Where the bums go », « Come find yourself » et « 10th street », le trio va même nous réserver quatre compos issues de leur nouvel elpee « Livin In The City » (NDR : sortie prévue ce 25 juillet !) : « The preacher », « That ain't right », « Is ya allright » et le single « Mi Corazon ». Mais on a l'impression que le groupe n'a pas le feu sacré. Cessant sa prestation dix minutes avant la fin prévue de son set. Pour y revenir lors d'un pseudo rappel au cours duquel ils joueront leur hymne « Fun Lovin' Criminals »…

 

Pukkelpop 2005 : samedi 20 août

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En ce dernier jour de fête, les palabres commencent sous les tonnelles du Club où s'égosille sereinement le chanteur de Dead Fly Bukowsky. Entre psychédélisme abrupt et punk souffreteux, le spectacle offert par le quatuor anglo-saxon dépasse de (très) loin les bribes sonores déposées sur « Land of The Rough », leur premier album.

Sur la Main Stage, Danko Jones triture sa guitare, consulte dignement la foule du coin de son 'indévissable' rictus. Les déflagrations sonores sont violentes : à la croisée des riffs d'Angus Young (AC/DC) et de ceux de Ron Asheton (The Stooges). Rock'n'roll ?

Sous la Marquee, l'héritage de The Jesus And Mary Chain est de nouveau remis sur la sellette par The Raveonettes. Deux voix : celle de Sune Rose Wagner et celle de Sharin Foo. Les descentes vocales du couple se perdent dans une marée hyper distordue de rage contenue. Le nouveau disque de ces Danois de la banlieue de Copenhague vient à peine de paraître. Et déjà, de virtuels hits potentiels viennent nous chatouiller les tympans. Le concert n'est pas mauvais. Mais on sent le groupe incertain, à la recherche de nouveaux automatismes.

Laissons donc du temps aux Raveonettes et tournons nous vers la grande scène où se tient le concert de LCD Soundsystem. Il est 14 h 35. James Murphy et la bande du joyeux bruit envahissent la place. Dans la fosse, les admirateurs de boules à facettes s'interrogent : pourquoi faire jouer le LCD Soundsystem à cette heure si matinale ? James Murphy, lui-même, semble à peine tombé du lit. D'ailleurs, il ressemble à un gros nounours (Teddy Bear Murphy ?). Alors, pourquoi ne pas avoir préféré un chapiteau aux derniers sursauts de la nuit ? La réponse demeure énigmatique. Peu importe, le groupe installe une atmosphère nocturne, échafaudée dans une tanière d'Acid House, de post-punk, de rock garage et de pop psychédélique. La mixture mise au point par James Murphy défie les lois de l'évidence. Et comme pour renforcer cette sensation surréaliste, le groupe électrogène implose à l'entame du deuxième morceau. C'est la guerre ! Sur scène, la concentration vire à l'incompréhension. Pourtant, le public désire son concert et le laisse entendre. Après cinq longues et douloureuses minutes d'attentes, l'électricité fait à nouveau son apparition. Cet épisode a (légèrement) chauffé le public. Mais la voix de James Murphy s'égare et se perd peu à peu dans l'air. Pour l'occasion, le tube « Losing My Edge » se mue en « Losing My Voice ». « I was there… », soutient le chanteur: nous aussi. La boîte à tubes nous sort le grand jeu : « Daft Punk Is Playing At My House », « Too Much Love », « Movement » ou le mythique « Yeah » s'infiltrent dans les cavités pour ne plus jamais en sortir. A l'issue de ce set imparable, nous soulignerons l'inexplicable apathie collective des spectateurs, inconscients juvéniles placés aux premières loges de l'histoire.

Ensuite, la programmation du jour tombe dans un inextricable vortex, trou noir d'excitation. Ainsi, ce ne sont pas les Canadiens de Hot Hot Heat et leur dégaine hyper maniérée qui vont nous pousser à la débauche. C'est bien simple : l'année dernière, ces garçons disposaient d'une paire d'avantages. D'une part, un honorable premier album (« Make Up The Breakdown ») et d'autre part, un facétieux guitariste, le gentil Dante De Coro. En 2005, Hot Hot Heat a viré son meilleur élément et a signé un disque rachitique, pauvre en énergie, réchauffé sur la flamme d'un briquet usager. Autrement dit, il est temps de prendre ses jambes à son coup, un paquet de frites dans les mains et courir vite. Oui, mais dans quel direction ?

Pour se diriger, on suit le regard des mateurs de jupons, obnubilés par la vision de la belle Heather Nova. Certes, l'Américaine n'est plus toute jeune mais sa beauté ne prend pas une ride… Pour ce qui est de sa musique, force est de reconnaître que c'est de pire en pire. Son joli timbre cristallin d'antan laisse aujourd'hui entrevoir les stridences d'un âge adulte, sage et horriblement ennuyeux.

L'impasse artistique touche à son terme lors de l'apparition des quatre trublions de Sons and Daughters sur les planches du Club. Nos Ecossais en connaissent un pan sur la musique et ne se privent pas de le chanter. David, Scott, Adele et Ailidh vouent un véritable culte à Johnny Cash sur un fond de culture rock écossais: Arab Strap et Orange Juice en tête. Le concert impressionne les curieux, étonne les connaisseurs. C'est un fait, en quelques mois, Sons and Daughters a irrésistiblement progressé et trouvé le passage secret menant vers les cimes des charts. Un concert de très bonne tenue malgré certaines dérives vocales d'Adele dans ces périlleux duos qui font le charme du groupe.

La suite des ébats sera dansante et forcément électronique. Sous le Dance-Hall, la tension monte d'un cran : tout le monde attend Vitalic comme le nouveau messie de la scène électro. Les premiers beats retentissent et le peuple converge à l'unisson vers la transe extatique, le climax collectif. D'un seul homme la foule bondit, danse et se déhanche. Vitalic est en train d'asseoir sa popularité. « My friend Dario », « No Fun », « U and I » résonnent sous les bâches en plastique. Les corps se déplacent et se surpassent pour fêter dignement cette grande messe vaudou. Seul sur scène, le Français redore le blason 'French Touch' et en rajoute une couche, très personnelle celle-là. Ce set restera comme l'un des meilleurs de cette 20ème édition du Pukelpop : un instant inoubliable (trop court) où chacun vit un moment intense comme le dernier des bonheurs. A la fin des hostilités, les muscles relâchés et caoutchouteux divaguent à travers les détritus jonchant la verte prairie.

Dans un dernier effort, on atteint les portes du Château où Whitey règne en maître. Ce dandy chapeauté se la joue désinvolte, désintéressé. L'homme affiche un charisme à tout va. Caché sous son couvre-chef de mafieux, le garçon fume sa cigarette d'un air faussement absent. Sa musique valait pourtant le déplacement : électro-pop chamboulée de blues et de riffs hyper rock'n'roll, mélange hybride, surprenant et sincèrement interprété par un artiste à découvrir sur album de toute urgence…

Sur la grande scène, c'est le grand retour des néo-métaleux de Korn. Jonathan Davies n'a pas beaucoup changé, un peu grossi tout au plus. Amputé d'un membre suite à l'appel mystique de Dieu, Korn se débrouille avec un seul bourreau des six cordes. Et là, on se demande franchement pourquoi les Américains s'efforçaient de combiner deux guitares. Le son est puissant, féroce, dangereux comme aux premiers jours de l'aventure. Pour sa part, Korn revisite efficacement son répertoire et se fend d'une reprise vivifiante de « The Wall ». C'est une bonne surprise mais le meilleur reste à venir.

Sous le Club, très exactement, où se préparent les agitateurs de !!!. La musique de ces zigotos est indescriptible : elle n'appartient pas aux règles fondamentales des classements hiérarchiques du dictionnaire du rock. Le groupe malaxe les genres et arpente les époques pour se diriger vers le futur, un avenir utopique où le rock et l'électro seront les Adam et Eve d'autrefois. !!! construit les bases d'une nouvelle humanité musicale. Leur concert est soufflant, haletant. Les yeux ne savent plus où donner de la tête, les oreilles restent bouches bées et le cerveau déconnecte, gambade dans des contrées spatio-vasculaires hallucinatoires, divinatoires. Tout à coup, le chanteur sonne le glas de la performance et rappelle la foule à l'ordre : 'regardez derrière vous, c'est Nick Cave ! Ne le ratez pas, ce qu'il fait est vraiment excellent'. A la surprise générale, le concert du grand Nick a déjà commencé…

Un dernier regard en direction des émeutiers de !!! et les écrans géants placés de chaque côté de la Main Stage nous hypnotisent irrémédiablement vers l'objectif ultime. Nick Cave s'impose comme la tête d'affiche incontestable de cette édition en forme de gâteau d'anniversaire. Comme pour le Pukkelpop, les années se suivent et Nick Cave conserve, lui aussi, toute sa splendeur. Le grand mince aux chaussures noires alimente principalement son concert des meilleurs passages d'« Abattoir Blues », son dernier disque. Le moment vaut le déplacement. Pour beaucoup, cette rencontre avec Nick Cave était une première. Elle restera inoubliable. Espérons que ce ne sera pas la dernière… Le public en redemande mais rien n'y fait : les feux d'artifices crépitent déjà dans le ciel comme un dernier au revoir.

 

Pukkelpop 2005 : vendredi 19 août

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Tout au long du trajet qui mène à Hasselt, nous avons traversé une multitude d'orages. Plus violents les uns que les autres. A un tel point, qu'on se demandait si le festival n'allait pas connaître une situation semblable à 2003, lorsque les campeurs durent plier armes et bagages, tant il était tombé de précipitations. Le site avait même été transformé en véritable cloaque. En arrivant à Kiewit, on s'est quand même rendu compte qu'il avait plu. Mais dans des proportions raisonnables. Ce qui ne nous empêchait pas de craindre le pire. Car les ondées ont commencé à se manifester. Pour heureusement cesser vers 13 heures. A partir de ce moment, le temps est demeuré menaçant, ne distillant que quelques gouttes voire une averse de brève durée. Finalement, le soleil fera de timides apparitions, préservant ainsi une affiche vraiment exceptionnelle. A croire qu'il existe un microclimat dans cette région, car tout au long de cette journée le reste de la Belgique aura les pieds dans la flotte tant il est tombé des hallebardes. Et connaîtra même des inondations ! Auxquelles nous assisterons sur le chemin du retour, vers 3h30 du matin…

Mauvaise nouvelle, Baby Shambles a déclaré forfait. Une demi surprise, car Doherty continue de filer du mauvais coton. Pas pour rien que les Libertines ont décidé de se passer de ses services. Et même de son talent.

Résultat des courses, le set de The Coral est retardé à 13h05. Tout en avalant un sandwiche, on entend au loin la musique d'un groupe qui ressemble à celle du Clash. Elle vient du club. Au sein duquel se produit Infadels. Une belle occasion pour découvrir cette formation londonienne pratiquement inconnue en Europe. De petite taille, tout de noir vêtu et la boule à zéro, le chanteur harangue la foule d'une voix au timbre fort proche de Joe Stummer. Look années 30 (le chapeau !), le guitariste arpente tout le long de la scène. Et hormis le drummer (NDR : ce serait le fils de Bill Brudford, un personnage qui a notamment milité chez Genesis, King Crimson et Yes) les autres sont aussi agités. En particulier, le claviériste/bidouilleur qui frappe sur une cymbale comme un malade. A la croisée des chemins de Radio 4, de Midnight Runners et de The Rapture, leur cocktail de punk, de funk, de soul, de garage, d'électro et de hip hop devient rapidement épileptique tout en libérant un groove irrésistible. Leur set est, en outre, très précis, ce qui ne gâche rien. Une chose est sûre, ces Infadels devrait facilement fidéliser ( ?!?!?) un public qui aime danser et faire la fête. C'est en tout cas un groupe à suivre…

Décontractés, souriants, les membres de The Coral montent sur la main stage ; mais on a l'impression qu'ils ne sont pas très motivés. L'heure de programmation y est sans doute pour quelque chose ; mais de là à se comporter en touristes… Constituée d'une majorité de chansons issues de leur deuxième album voire du troisième, la première partie de leur show va confirmer ce sentiment de détachement et de quiétude propice à une bonne sieste. Leur mélange de rythm'n blues et de country y contribue largement. Et c'est au moment où on a failli s'endormir que le groupe s'est enfin décidé à en revenir à son style garage/psyché. On aura droit ainsi à « Simon Diamond », « Waiting for the heartaches », Don't think you are the first » (NDR : au cours duquel le claviériste souffle dans un drôle de mélodica), « The operator » (NDR : le clin d'œil à « Astronomy domine » du Floyd circa Barrett), une nouvelle compo au cours de laquelle le guitariste va se servir d'un archet et en finale le décapant « Arabian sand » (NDR : mais si peu pour la circonstance). Et 35 minutes plus tard, la formation liverpuldienne tirait sa révérence…

Bien que né en 1996, Good Charlotte n'a guère évolué. Si sur disque, son post grunge peut encore séduire les très jeunes, sur les planches c'est la guerre ! Surpuissant, le son bombarde les tympans. Aux abris : les marines nettoient une poche de résistance dans un quartier chaud de Bagdad. Et les intégristes ripostent. On ne demande qu'une seule chose : un cessez-le-feu ! Il arrivera 40 minutes plus tard. Une boucherie !

Une puissance du son que Death From Above 1979 parvient à maîtriser à la perfection. Responsable d'un excellent nouvel opus («  You´re a Woman, I´m A Machine »), le duo canadien pratique une forme de drum'n' bass sculptée dans le métal, le punk ou le blues. Sébastien Grainger chante et joue de la batterie pendant que son compère, Jesse Keeler, se réserve la basse (souvent) et les synthés (parfois). Mais en permanence distordue par les pédales, la basse est utilisée comme une six cordes. Maintenant, il faut reconnaître que les festivaliers qui n'avaient pas eu l'occasion d'écouter (NDR : et surtout de réécouter) le double album avant d'assister à leur set, ont dû éprouver de grosses difficultés pour apprécier leur concert.

Les Posies s'étaient officiellement séparés en 1998, mais John Auer et Ken Stringfellow ont décidé de reformer le groupe en engageant une nouvelle section rythmique ; et puis ont enregistré un nouvel album : « Every kind of light ». Avant de repartir en tournée. Ils n'ont plus vingt ans. Le visage émacié, les yeux exorbités, Ken semble subir davantage le poids des ans et des excès en tous genres. Mais musicalement, ils ont toujours la pêche ! La power pop  musclée, électrique, héritée en ligne droite des Byrds et de Big Star est toujours aussi rafraîchissante. Alimentée par les guitares du tandem de base et soulignées par leurs harmonies vocales soignées, limpides, leur set est énergique. Le son puissant, excellent. Tour à tour John et Ken se réservent le lead vocal, interprétant ainsi leurs propres chansons. Pour la plupart issues de leur dernier opus ; même si le combo de Seattle n'oubliera pas d'y inclure quelques classiques comme « Solar sister » ou « Dream all day ». A l'issue de leur prestation la formation s'est quand même offerte un rafraîchissement. En l'occurrence une bonne rasade de whiskey, qu'ils ont bue à la santé du public…

Depuis le temps que la presse française parle des prestations 'live' de The National en termes élogieux, je souhaitais voir ce que cette formation américaine (New-yorkaise d'adoption, elle est originaire de Cincinnati, dans l'Ohio) avait dans le ventre. Pas pour les albums, bien sûr, puisqu'à l'instar du tout dernier (« Alligator »), ils sont tout bonnement remarquables. Surprise, Padma Newsome, violoniste/claviériste et membre semi permanent du combo n'est pas de la partie. Le line up est donc réduit aux frères Dessner (Aaron aux guitares et basse, Bryce à la guitare), aux frangins Devendorf (Scott aux guitares et basse, Bryan – pieds nus ! -à la batterie) ainsi qu'au chanteur Matt Berninger. Il y a bien deux choristes qui participent au premier titre, mais passé cette entrée en matière, on entre véritablement dans le vif du sujet. Sans le concours de Padma, la musique de The National prend une coloration beaucoup plus tonique, plus électrique. Mais une électricité chargée d'émotion très palpable. Qu'accentue d'abord les frères Dessner, capables de jouer de leurs six cordes sans onglet ! Que canalise la section rythmique à la fois solide, souple et efficace. Et que magnifie le baryton profond de Matt. L'intensité des compos, tour à tour intimistes, tragiques, ou impétueuses atteint même son paroxysme lorsqu'il hurle comme un désespéré. A cet instant, on a l'impression qu'il est hanté par l'âme de Ian Curtis. Emouvant ! Pourtant, le quintet peut également évoluer dans un registre plus nonchalant, empreint d'une grande mélancolie. C'est à cet instant qu'on se rend compte du rôle du drummer, dont le jeu très riche et original (NDR : lors d'un morceau, il recouvre les peaux d'étoffe, pour rendre les sonorités sourdes) s'apparente parfois à celui d'un jazzman. Un grand moment du festival ! (NDR : voir également l'interview)

Pour occuper la scène principale à 18 heures, Zornik doit jouir d'une grande popularité en Flandre. Et vu l'accueil que lui a réservé le public, c'est manifeste. Notamment après avoir interprété ses deux singles « Goodbye » et « Believe in me ». Un accueil mérité, même s'il faut avouer que le trio ne sait pas encore trop s'il doit marcher sur les traces de Muse ou de K's Choice. Koen Buyse en est le chanteur/guitariste. Une très belle voix ! Mais, franchement son look (un hybride entre Matthew Bellamy et Brian Molko) prête quand même à sourire. Cause à effet, Phil Vinall (dEUS et Placebo) a produit leur dernier album, un disque masterisé aux studios Abbey Road. Excusez du peu ! Suffirait que le groupe parvienne à trouver sa propre identité, et il pourrait s'exporter assez facilement. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

L'ex drummer de Smashing Pumpkins a donc monté son propre groupe : le Jimmy Chamberlin Complex. Un patronyme très bien choisi. A cause de la complexité de leur musique. On se croirait même revenu à l'époque du jazz rock de Chick Corea, voire du Soft Machine de Mike Ratlege et de Hugh Hopper. Faut dire aussi que Jimmy est avant tout un batteur de jazz ; et qu'il n'est venu au rock que lorsqu'il a rejoint le groupe de Billy Corgan. La prestation des différents instrumentistes a beau être époustouflante de virtuosité, le public a beaucoup de mal à vibrer à l'écoute d'un style musical tombé en désuétude depuis plus de 30 ans…

Stéphane (NDR : notre spécialiste en métal) avait tellement dit du bien de Nightwish, que je me suis décidé à aller jeter un œil au set de ce groupe finnois. Avant qu'il ne monte sur les planches, une bande sonore majestueuse, 'wagnerienne', envahit toute la plaine. Probablement un enregistrement de l'orchestre classique Academy's of St Martin's in the Field, auquel le groupe a fait appel pour l'enregistrement de leur dernier elpee « Once », en 2004 (NDR : pour votre information, sachez que Howard Shore, le compositeur de la bande originale du film « Le Seigneur des anneaux » a également reçu le concours de cet ensemble symphonique). Puis un à un les membres du groupe pénètrent sur le podium en saluant la foule. Il faut cependant attendre quelques minutes pour voir arriver la chanteuse Tarja Turunen. Très belle fille au demeurant ; dont la chevelure de jais retombe sur une longue robe noire recouverte d'un voile jaune. Jaune comme le micro et son pied de microphone. (NDR : qui a parlé de string jaune ?) Elle possède, en outre, une très belle voix. Une voix de sirène, opératique qui domine une musique qui mélange métal, classique, prog et gothique. Dans le style, c'est même bien fichu ; et le public conquis semble apprécier le spectacle. Malheureusement les riffs âcres du guitariste rayent constamment les jolies mélodies et au bout de dix minutes, je préfère m'éclipser…

Le Marquee était plein à craquer pour accueillir la nouvelle coqueluche britannique : The Futureheads. Un quatuor issu de Sunderland responsable d'un premier album surprenant. Un opus éponyme dont les compos évoquent tantôt Gang Of Four, The Jam ou encore XTC. Dans un style déchiré entre post punk, new wave et funk blanc. Le tout raffiné par de superbes harmonies vocales. Car les quatre musiciens chantent en jouant le plus souvent sur la diversité de leurs organes vocaux. Energique, effréné, dévastateur et pourtant hyper mélodique, le set enchante les aficionados mais déconcerte le public peu averti. Les compos défilent à une allure vertigineuse, le combo épinglant la plupart des plages de leur dernier elpee ; et en particulier leur fameuse interprétation a cappella de « Danger of the water » , « Decent days and nights » caractérisé par son riff irrésistible emprunté au « My sharona » de Knack et puis une version absolument mémorable du « Decent days and nights » de Kate Bush, au cours de laquelle le groupe va faire participer le public aux canons à travers une répartition mathématique des 'ooh ooh ooh'. Impressionnant ! Et le deuxième highlight du festival …

Brian Warner cultive la polémique et la provocation. Pourtant, lorsqu'on analyse attentivement ses propos ou ses textes, ils ne sont pas aussi simplistes qu'une certaine presse veut bien nous faire croire. Suffit d'ailleurs d'écouter ses propos dans le film « Bowling at Columbine » pour en être convaincu. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il draine une cohorte de fans assez impressionnante. Fallait d'ailleurs voir cette plaine de Kiewit envahie par ces filles et ces garçons qui se maquillent, se coiffent ou s'habillent comme leur idole. Maintenant, il ne faut pas se bercer d'illusions : Brian fait intégralement partie du star system (NDR : pas pour rien qu'il est actionnaire d'une des plus grosses boîtes de crèmes glacées aux States). Aussi, c'est sans le moindre préjugé et avec beaucoup de curiosité que je suis allé voir le spectacle de Marilyn Manson. Une énorme mise en scène accueille la troupe de musiciens dont les maquillages et les vêtements sont plus excentriques et morbides les uns que les autres : des tableaux différents servent de cadre, un écran géant balance des mots issus de ses chansons ; et puis il y a cette potence à laquelle se balance un clavier. Rigolo ! Ce qui l'est moins, c'est qu'on n'entend pratiquement pas le guitariste. Que le son est pourri. La voix de Brian n'est déjà pas terrible, mais elle est régulièrement abrasée par des craquements (NDR : sinistres ?) ; un peu comme lorsqu'on écoute un vieux vinyle rayé. Brian monte sur des échasses. Peut-être pour mieux voir le public, car nous on ne voit rien. En fait, il n'y a pas grand-chose à voir. Et surtout à écouter. Pour nous le spectacle de Grand Guignol se termine à cet instant. N'en déplaise aux aficionados de Marilyn Manson. Un désastre !

Auteur d'une prestation cinq étoiles lors de son passage au Cirque Royal de Bruxelles, dans le cadre des Nuits Botanique, Arcade Fire constituait manifestement une des attractions majeures de la journée. Win Butler, Régine Chassagne, Richard Reed Parry, William Butler, Tim Kingsbury, Sarah Neufeld et Jeremy Gara ont de nouveau reçu le concours du violoniste Owen Pallett (Final Fantasy) pour accomplir cette nouvelle tournée. Hormis Sarah et Owen, qui se consacrent exclusivement à leur archet, tous les autres musiciens changent régulièrement d'instrument. Ce qui confère une coloration très diversifiée à leur solution sonore. Dès les premières notes de l'inévitable « Wake up », on sent déjà un degré d'intensité particulièrement élevé. Win, le leader se tient bien au centre de la scène. Look d'employé de banque (la plupart des hommes de la formation sont vêtus de la sorte), il joue le plus souvent de la guitare. Et assure un des deux lead vocals. D'un timbre qui rappelle David Byrne (Talking Heads). Régine se réserve d'abord les claviers. Puis au fil du set, l'accordéon, le xylophone, l'accordéon et même les drums. Jolie brunette, fluette, une fleur dans les cheveux, elle ressemble à une hawaïenne. Et puis elle dispose d'une voix très fine, aiguë, rappelant tantôt Kate Bush, tantôt Björk. Grand, cheveux bouclés, portant des lunettes, Richard Parry a le visage d'un étudiant de la fac ; c'est aussi un des deux clowns de service. Mais également un musicien talentueux. Il joue de la guitare, des percussions (NDR : il tape sur tout ce qu'il a sous la main, même sur des casques de moto), une contrebasse insolite et des claviers. Will Butler (le frère de Win) est plutôt pince sans rire. Râblé, imprévisible, un peu fêlé, il jette un froid dans le public, lorsqu'en fin de concert, il monte sur les armatures du chapiteau, avec une cymbale et son pied, à plus de 6 mètres de hauteur. Mais il est également excellent musicien. Bassiste, guitariste, il est capable de jouer du xylophone à l'envers. Et puis c'est un percussionniste aussi furieux qu'habile. Tous les musiciens assurent les backing vocaux. Et lorsque les sept voix sont à l'unisson, c'est impressionnant. Surtout lorsque le public les accompagne. Tout au long de leur set, le combo canadien va aligner la plupart des titres de son album « Funeral » : « Tunnels », « Laika », « Power cut », « Haiti », « Rebellion » ainsi que de son Ep. Et lorsque Régine interprète « In the backseat », sans doute en pensant à la disparition récente de ses proches, une larme commence à perler sur son beau visage. Emouvant ! Puis la machine se remet en route. Nonobstant, une multitude de cordes de guitares brisées et quelques petits soucis techniques, l'intensité finit par atteindre son paroxysme. Gorgées de crescendos qui finissent par s'écraser, leurs minis symphonies peuvent adopter des rythmes de new wave dansants, goûter à la simplicité folk ou à la grandeur opératique ; le tout avec une agression cathartique et une tendresse délicate. Et une nouvelle claque ! La troisième de la journée…

Pendant ce temps, le dance hall faisait le plein pour accueillir Goldfrapp. Un bassiste, un drummer et deux choristes/danseuses accompagnent le couple Gregory/Alison. Alliant discrétion et efficacité Will Grégory se charge des synthés, boîtes à rythmes et autres arrangements technologiques. Mais c'est toujours Alison qui focalise tous les regards. Très jolie, de petite taille (NDR : pas plus d'1m60 !), blonde, vêtue d'un tailleur de type Chanel et coiffée d'un superbe chapeau, elle affiche un côté rétro, cabaret, dans l'esprit de Marlène Dietrich. Vocalement, c'est tout à fait différent, puisque son timbre velouté, tendre, sensuel, campe un hybride entre Debbie Harry et Madonna. Leur électro pop avant-gardiste n'empêche en tous cas pas le public de danser. Et vu la qualité du set, il a pu joindre le plaisir des yeux et des oreilles… parfois dans un état de transe…

Je tiens à féliciter les organisateurs du Pukkelpop pour avoir choisi de placer les Pixies en tête d'affiche et non pas M.M. Pourtant, vu la différence de statut accordé par MTV à ces deux groupes, l'inverse aurait pu se produire. Et j'imagine les pressions qui ont dû être exercées pour infléchir leur position. Mais en privilégiant la qualité sur la notoriété, ce festival continue de respecter une ligne de conduite, préserve son image de marque et rend un hommage à un des groupes les plus importants des 20 dernières années. Mais venons-en au show. Les Pixies ont vieilli. Joe Santiago, le guitariste et David Lovering (NDR : affublé de lunettes il ressemble à Walter Meeuws !) n'ont plus un poil sur le caillou. Kim Deal – cigarette au bec, et regard dans les étoiles -  a le look d'une ménagère américaine occupée de préparer une pizza. Il ne lui manque que le tablier ! Finalement, seul Charles Thompson n'a pas top changé. Reformé l'an dernier, le combo s'était produit dans le cadre du festival Werchter. Et on ne peut pas dire que leur prestation fut transcendante. Faut croire qu'à force de tourner, le quatuor a retrouvé ses sensations, car les Pixies ont accordé un des meilleurs sets de leur existence en Belgique. L'osmose entre les musiciens est intacte. La voix de Francis est toujours aussi abrasive et perçante qu'en 1988. Celle de Kim aussi sensuelle. Et sa basse percutante et groovy. Mais la bonne surprise procède de Joe Santiago, dont les six cordes sont aussi tranchantes qu'au début des eighties. Au programme: « Where is my mind », "Here comes your man", « Bone machine », « Monkey gone to heaven », « Vamos », « Debaser », "Caribou », etc. Et puis quelques flips sides de singles. Un seul rappel : « Gigantic ». Pourtant, on sentait Black enclin à poursuivre le set (NDR : dans le passé et en particulier lors de ses expérimentations post Pixies, il pouvait jouer pendant plus de deux heures) ; mais Kim lui a fait comprendre que jouer 1h30, c'était suffisant. N'empêche, on venait de recevoir une claque de plus !

Quelques mots quand même d'Apocalyptica qui jouait au même moment que Maxïmo Park. Constitué exclusivement de violoncellistes, le quintet finlandais semble autant attiré par Richard Wagner que par le métal. Spécialiste, dans le passé, de reprises de Metallica, le groupe s'est enfin décidé à intégrer ses compos personnelles dans son répertoire. Au sein d'un univers scénique glauque, tapissé de crucifix lumineux, le set dégage une énergie incroyable, presque sauvage. Une sensation accentuée par les instrumentistes qui se lèvent chacun leur tour de leur cercueil, sur lequel ils sont adossés… 

Et à une heure du mat, Maxïmo Park faisait irruption au club sous un tonnerre d'applaudissements. Le public est chaud, très chaud ; et dans le premiers rangs, ça pogote ferme. Le groupe de Newcastle aligne les compos de son premier opus dont les inévitables « Graffiti », « Postcard of a painting », et puis les singles « The coast is always changing », « The night I lost my head » ou encore « Apply some pressure. Deux nouveaux morceaux également. Paul Smith, le chanteur, en rajoute une couche, se tord dans tous les sens, et ponctue la plupart des compos d'un jump explosif. Entre chaque titre, il remercie le public et boit une lampée d'eau, reposant la bouteille sur le sol sans baisser la tête, pour ne pas froisser sa chevelure gominée. L'expression qui se lit sur son visage trahit toutes les émotions qu'il essaie de faire passer. Depuis la colère à la peur, en passant par la passion et l'euphorie. Une forme d'art dramatique qu'il veut communiquer au public sur un ton théâtral. Typiquement britannique, la musique opère une sorte de fusion de l'âge d'or des eighties : depuis Wire à Gang Of Four, en passant par XTC, les Smiths et Jam. Dans un style convulsif, parsemé de brisures de rythme ou même de breaks. A gauche de la scène, look à la Graham Coxon (ex Blur), Duncan Lloyd - le guitariste - allie efficacité et sobriété. Tout comme la section rythmique d'ailleurs. Par contre, le claviériste, semble dans un état second. Non seulement, il imite les gestes d'un robot, mais emporté par son délire, il recule imprudemment au fond de la scène, percute un retour de scène, et se retrouve les quatre fers en l'air. Sans trop de mal, heureusement. Une heure plus tard, le quintet se retire. Le public est ravi, mais aussi assommé par la puissance du son. Cinq claques dans la même journée, c'est plutôt rare lors d'un festival…

 

Pukkelpop 2005 : jeudi 18 août

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Cette année, le Pukkelpop célébrait sa 20ème édition. Conviés à cet anniversaire, nous avons soufflé les bougies en compagnie de Chokri Mahassine, le grand manitou de ce rassemblement alternatif. Car en Belgique, son Pukkelpop est une référence, un mythe, une institution aventurière vouée à la découverte et aux grandes révélations. Etabli au cœur du Limbourg, la manifestation colporte la bonne nouvelle aux oreilles des festivaliers depuis ses débuts: The Jesus And Mary Chain, Wire, Faith No More, Nirvana, Pixies, Sonic Youth, Beastie Boys, Nick Cave, Iggy Pop, Afghan Whigs, Cypress Hill, Neil Young, Pearl Jam, etc. L'énumération demeure sans fin. L'évènement se poste aux premiers rangs de l'avant-garde. Et puis, le Pukkelpop s'inscrit également comme le premier festival du Royaume à intégrer un 'Dance Hall' sur son territoire. Cela peu sembler anodin. Mais en 1994, la musique électronique harnachait les traits du danger, de l'inconnu. Qui, à l'époque, aurait osé édifier un dôme à la gloire de la transe hystérique des boucles mécaniques ? Une fois encore, le Pukkelpop sera un précurseur et de nombreux festivals belges et européens entreront dans la 'dance'. Ainsi, Aphex Twin, Underworld et Tekton Motor inaugureront l'initiative. Alors, la deuxième décennie allait-elle être fatale à notre réunion récréative préférée ? Avant même de pénétrer sur la plaine de Kiewit, nous jetons un dernier regard sur l'affiche placardée sur l'enceinte clôturée. Et là, le doute n'est plus autorisé : le Pukkelpop a encore de beaux jours devant lui…

Jeudi 18 Août 2005

Le soleil brille de mille feux, les premiers pèlerins foulent la verte prairie limbourgeoise et cherchent une place aux abords de la Main Stage. Là-bas, The Subways amorce la bataille des outsiders au titre très convoité de 'confidence visionnaire' de l'année. Mais le combat livré par le trio britannique est inégal. Dès l'entame du concert, la sono part en couille et les valves distordues de Billy s'entrecoupent d'absences sonores crépitantes. C'est dommage… The Subways n'est pas jugé à sa juste valeur. Peu importe, le groupe reste solidaire et ne galvaude pas son organisation élémentaire : guitare, basse et batterie partent ainsi en quête de sensations fortes et luttent inlassablement contre les salves ravageuses de la régie. « I Want To Hear What You Have Got To Say » apporte la preuve que ces jeunots aiment le bruit et les mélodies efficaces. Pour le reste, inutile d'emprunter quatre chemins pour l'écrire : le point fort de The Subways, c'est Charlotte, la jolie bassiste. Elle bondit, chante et hurle comme une pestiférée. Les ourlets de sa robe virevoltent et Dieu sait que ce spectacle vaut tous les détours du monde Techniquement, la performance laisse à désirer mais les Anglais laisse entrevoir une énergie juvénile rédemptrice sur les singles « Rock & Roll Queen » et « Oh Yeah », réussites radiophoniques en mode binaire.

Sous le Dance Hall, Ladytron s'applique à faire monter le thermomètre. La foule ne s'embrase pas encore, la fièvre viendra plus tard…

De retour au pied de la grande scène, on assiste à l'émergence de Kaiser Chiefs. Annulés en dernière minute à Werchter, ces pensionnaires de Leeds ont crânement joué le coup (franc) au Pukkelpop. A elle seule, l'arrivée de Ricky Wilson devait susciter la confusion dans la fosse. Le chanteur débarque en compagnie de deux béquilles et d'une jambe dans le plâtre… Mais l'habit ne fait pas le moine : dès le coup d'envoi, Kaiser Chiefs rue dans les brancards, catapulte les béquilles aux cieux et décharge les hits de son premier album. Malgré sa jambe invalide, Ricky Wilson sautille comme un kangourou en tournée avec Faithless. La hype a beau faire, ces cinq petits truffions cultivent habilement l'art du rock'n'roll et des choses simples. Ce n'est pas subtil pour une livre sterling mais la lubie de Kaiser Chiefs réside dans la volonté de séduire les foules, d'offrir des refrains 'sur-mesure' à reprendre comme un seul homme. Un peu comme des soiffards supportant leur équipe préférée lors d'une énième finale dans le stade mythique (actuellement en démolition) de Wembley. Le concert est jubilatoire. Kaiser Chiefs est en train de s'imposer comme le plus grand groupe 'onomatopéen' de l'histoire du rock. 'Na Na Na', 'La La La', 'Oh Oh Oh', etc., la liste est longue. Le son est parfait, les cinq garçons en bonne santé et bien décidés à conquérir le monde par la grâce de leurs intrépides singeries !

Après ce bon moment, l'heure est au spleen baudelairien, les lueurs sombres de la musique des Editors pointent le bout de la guitare sous la Marquee. Le groupe de Birmingham, annoncé comme le nouveau messie du rock anglais, n'impressionne pas ou plutôt n'étonne pas. Editors, c'est du Interpol revu et dégradé. Pour sa défense, le quatuor peut avancer ses influences : Joy Division, Echo and The Bunnymen et toute la clique new wave enfantée par la Prude Albion aux premières heures des années 80. A la différence d'Interpol, les Editors sont Anglais et reprennent à leur compte un héritage patriotique. Mais qu'on se le dise : le patrimoine anglo-saxon s'épanouit bien mieux au cœur de la Grosse Pomme ! Surtout, ne pas s'attarder en ces lieux…

Et privilégier la vie de ‘château’ : une bâtisse qui sied particulièrement bien aux échappées aériennes de Styrofoam. Arne Van Petegem (à na pas confondre avec Peter, son homonyme cycliste !) défend les ritournelles de « Nothing's Lost », son dernier album en date. Escorté de ses acolytes, l'homme tapisse la voûte du chapiteau d'habiles superpositions sonores. La musique de Styrofoam nous saisit à la gorge alors que la chaleur ambiante achève de nous étouffer. Même le mercure d'un thermomètre ne s'adapterait guère à tel chaudron ! Derniers applaudissements, dernières sueurs : à l'extérieur, l'air frais demeure l'unique sauveur…

Les échos médiatiques d'outre-Manche nous guident alors vers le Club où se tient le concert de The Magic Numbers. A première vue, ça fait peur : deux garçons, deux filles sapés comme des cow-boys fringants nous délivrent une vision post-folk apocalyptique. En 'gros', l'arrêt sur image brosse le portrait des membres d'ABBA en version rurale et folklorique. Mais une fois que nos quatre spécimens se mettent à jouer, la terre s'arrête de tourner. Que peut-on espérer de la pop aujourd'hui ? La réponse à cette question se chiffre en féerie : The Magic Numbers. Cette formation menée par le chant jovial et hypersensible de Romeo Stodart s'installe d'emblée comme le futur simple de la pop flower-power. A la basse, sa sœur Michelle Stodart porte très haut les couleurs familiales. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu''elle est forte celle-là'! Derrière sa batterie, Sean Ganon impulse la rythmique tel un Stillwater échappé du casting d'Almost Famous. Sa frangine à lui se nomme Angela et donne de la voix sur toutes les perles mélodiques du combo biparental. Quatre musiciens, deux familles et un grand moment de musique pour cette nouvelle édition du Pukkelpop. Des tubes, comme s'il en pleuvait : « Mornings Eleven », « Forever Lost », « Love Me Like You », « Don't Give Up The Fight » (sur ce titre, les inflexions vocales de Romeo flirtent avec les intonations de Curtis Mayfield). Ce jeudi, le seul défaut des Magic Numbers, c'est la durée de leur performance : décidément trop courte…

A quelques mètres du Club, The Roots amorce son set sur la Mainstage. Le concert est très attendu. Pourtant, la fraîcheur communicative de ces nouveaux princes du hip-hop tombe rapidement dans une soupe démonstrative que n'aurait pas renié Carlos Santana. Un solo par ici, un par là, un petit à gauche, un petit à droite et comme si la tartine n'était pas encore assez beurrée, on s'en retape une couche. Sur ce coup-là, la déception nous envahit.

La solution, c'est l'exode. Partir loin, très loin : à l'autre bout du site où se tient Soulwax Nite Versions, une curiosité expérimentale. Pour l'occasion, les Fucking Dewaele Brothers nous reviennent en compagnie de leur dernier disque (« Any Minute Now ») mais n'interprètent que le squelette électro de ce dernier. A l'autopsie, l'opération tient du miracle : pitoyable dans sa version rock, c'est un Soulwax énergique, vivifiant et dansant qui nous tient en haleine. Bref, on se demande toujours comment les bastards-Dewaele en sont arrivés au rock ! Dans son prochain volet, le dictionnaire des synonymes doit en tenir compte : électronique et Dewaele, même combat…

A l'antithèse des frangins électro-belges, The Hives carbure en mode binaire. Le rock'n'roll demeure le seul et unique leitmotiv de ces cinq dandys costumés. En noir et blanc, c'est plus revivaliste. Le grand show commence sous la houlette de l'acrobate en chef : Howlin'Pelle Almqvist. Le gaillard harangue la foule de ses déclarations nombrilistes. Le sosie de Jim Carrey tire la langue quand il ne s'amuse pas de sa dernière grimace. Jeune et doué, ce type s'en fout… Pour lui, seul l'entertainment importe. Les lignes de basse du Dr Matt Destruction tabassent les fracas de batterie de l'élégant Chris Dangerous. Face au public, les deux guitaristes s'en donnent à cœur joie : Nicolaus Arson dégaine et tire ses riffs à bout portant alors que Vigilante Carlstroem maintient la mesure. 'Vous aimez les Hives ! Et vous ne pouvez rien y faire, c'est comme ça…', ironise Howlin'Pelle Almqvist. Dans la fosse, une partie du public le siffle, l'autre l'acclame. Au 21ème siècle, The Hives revêt encore une dimension subversive et mystérieuse. Vrai ou faux, ce groupe dérange. Blanc ou noir, The Hives intrigue. Leurs tubes sont des billes supersoniques catapultées dans l'urgence et la concision : « Walk idiot walk », « Two-Timing Touch and Broken Bones », « Main Offender », « Hate To Say I Told You So ». La musique des Hives est aussi simple et rapide que le montage d'un meuble Ikea. En moins d'une heure, les Hives ont démontré leur savoir-faire : Almqvist effleure sa main d'un dernier bécot en direction de ses fans chéris, c'est terminé.

Après une telle performance, les déguisements de rockers des new-yorkais de Bravery paraissent bien pâles. Chez eux, les poses tuent le naturel. Les compos transpirent la redite et l'attitude passe par le braquage de la garde-robe de l'histoire du rock. On peine à y croire...

On se frotte les yeux, on se rince le gosier et on suit le flux migratoire qui mène les festivaliers aux alentours de la grande scène. La sensation de l'année dernière est de retour en Belgique. Et cette fois, tout le monde semble au courant. C'est donc la grande foule à l'entame du concert de Franz Ferdinand. Les quatre aristocrates de la banlieue de Glasgow se plantent sur le devant de la scène. Droit comme un lampadaire, Nick McCarthy enfourche sa guitare. A la batterie, Paul Thomson a (enfin) décidé de se raser la moustache. Pour sa part, Bob Hardy tapote toujours sa basse comme n'importe quel autre morceau de bois qu'on lui aurait glissé entre les doigts. Et puis, que serait Franz Ferdinand sans Alex Kapranos ? Le chanteur charismatique de la formation écossaise est le seul à connaître le secret pour faire danser les filles. Tant mieux, elles n'attendent plus que ça… L'entrée en matière est triomphale. Les quatre garçons demeurent les têtes d'affiches incontestées de la journée. Et cela se sent. Alors, ils vont droit au but, larguent tous les singles du premier album : « Take Me Out », « The Dark of the Matinee », « Jacqueline », « 40 ft ». Les chansons du quatuor suscitent l'enthousiasme des spectateurs. Néanmoins, l'ambiance retombe dès que Kapranos et ses copains s'attaquent aux nouveaux morceaux. Alors là, interrogation : le public belge deviendrait-il mou du genou ? Pourquoi faut-il toujours appréhender les titres comme autant de tubes radiophoniques ? La fête ne peut-elle être insouciante et spontanée ? Vraisemblablement pas sur cette grande scène, pas ce soir. La Franz Mania veut son disque et attend impatiemment le mois d'octobre pour célébrer l'avènement de la nouvelle cuvée. A ce moment-là et seulement à ce moment-là, les fans apprendront les paroles par cœur : pas avant. Pour l'heure, se bouger le popotin sur les extraordinaires avant-premières 'franz ferdinniennes' semble prohibé. Le dernier simple « Do You Want To » chatouille les ondes radios. L'observation accrédite l'affirmation : le moindre hit amuse la galerie. Pour le reste, il convient de rester stoïque, de ne pas broncher : attendre le coup d'envoi du NME et la diffusion en 'heavy rotation' de MTV. Qu'importe, Franz Ferdinand a fait du bon boulot. Le groupe boute le feu, lance un bouquet final et repart le point levé : « This Fire is Out of Control… ».

Mais c'est sous la Marquee que la situation risque de devenir incontrôlable. Vingt-trois zigotos affublés d'une toge, outillés de divers instruments ou de super pouvoirs vocaux viennent d'envahir les lieux pour le plus grand bonheur de centaines d'adeptes. The Polyphonic Spree ou l'histoire vraie d'une chorale rock. Originaire de Dallas, la troupe est représentée par la figure mythique de son chef d'orchestre : Tim DeLaughter. Cet ex-Tripping Daisy ('sensation' grunge du milieu des années 90) est parvenu à ériger une fanfare congréganiste centrée sur une pop psychédélique ancrée au cœur des sixties. Le projet est ambitieux. Ils ressemblent à des hippies 'cryogénisés' mais le ridicule ne les tue pas. Au contraire, la robe au vent, les musiciens de Polyphonic Spree nous offrent un spectacle mémorable, une accolade d'harmonie, de cabrioles et surtout des chansons d'une classe imparable. Les instruments (guitares, trompette, flûte, violon, trombone, moog, orgue, basse, percussions, theremin, trompette) s'entrecroisent et se complètent doucement sans jamais sombrer dans l'ennui. Au contraire, The Polyphonic Spree constitue une des principales usines de constructions d'hymnes (à la joie ?) collectifs. « Soldier Girl » explose : c'est la folie. Comme des moines, les membres de la chorale prêchent la pop moderne et s'élancent dans d'inavouables chorégraphies. Plus tôt, « It's The Sun » s'était chargé de retourner les projecteurs vers les véritables protagonistes de cette première journée de festival. C'est miraculeusement déjanté : en cours de route, l'électron libre de la chorale, accessoirement délégué aux tambours, décide d'escalader l'armature du podium jusqu'à son sommet (avec son tambour !). A chaque seconde, ce numéro d'équilibriste improvisé frôle la catastrophe. Ce garçon est frappadingue, complètement déboussolé. En bas, le reste de la secte perpétue le délire communautaire. La grande messe s'achève sous une salve d'applaudissements, de l'eau bénite pour les disciples de cette compagnie hors du commun. Après cette vision angélique, le corps divague, les membres tremblent et les pensées s'égarent. Il faut se ravitailler…

Une fois les esprits revenus, les yeux s'ouvrent sur les décibels de Basement Jaxx. Derrière leur console, Simon Ratcliffe et Felix Buxton poussent les manettes à gogo. Devant, Lisa Kekaula (The BellRays) répond à nouveau présent. C'est foufou, ondulatoire et renversant comme la tectonique des plaques, un peu à l'image de « The Singles », dernier best-of en date.

Bon, c'est bien beau tout cela mais il y a d'autres chats à fouetter. Ou plutôt d'autres lapins ! Forcément : ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un chanteur agacé de ne pas posséder deux belles et longues oreilles. Mais pour Adam Green, tout se passe dans une zone obscure du cortex. Dès lors, se penser lapin suffit amplement pour se sentir lapin. Du coup, sur scène, la canaille new-yorkaise interprète « Bunny Ranch » en compagnie d'une jolie spectatrice, spécialement invitée sur le fronton pour se trémousser comme…une lapine ! C'est coquin et très mignon. La blague vire même au petit jeu de séduction. Au terme du morceau, Adam Green se ramasse un râteau de la lapine et un crépitement d'applaudissement du public. Dans tous les cas : c'est largement mérité ! L'adage disait : 'femme qui sourit à moitié dans son lit'. Et bien visiblement, ça ne fonctionne pas chez les lapins ! Adam Green était le prince de l'anti-folk. Désormais, il se présente comme le seul et unique militant du 'guignolo-cabaret-folk'.

Sous le Dance Hall, les gogos dancers du jeudi soir s'en donnent à cœur joie. Les Norvégiens de Röyksopp alimentent la foule de leurs rythmes digitaux. Postés devant une sorte de cabine de téléportation, les membres de Röyksopp égrènent leur répertoire avec une ferveur nordique des plus chaleureuses.

Et puis, c'est l'heure du flash spatio-temporel. The Prodigy vient, en effet, d'envahir la grande scène du festival. Ce groupe, fondé par le DJ Liam Howlett, est sorti de ses caves londoniennes au début des années 90 dans un fracas de riffs et de beats. Mais en 2005, la musique de The Prodigy se déverse dans les égouts et se vidange comme autant de mauvais souvenirs d'une époque révolue. Dans ces conditions que pouvait-on espérer des Anglais ? Plus grand-chose… Et pourtant, dans un dernier sursaut de bravoure, Keith Flint et Maxim Reality, les deux agitateurs maison, carburent une fois encore aux amphétamines. La grosse artillerie décante la plaine et électrocute les fans du siècle dernier. « Smack My Bitch Up », « Spitfire », « Breathe », « Girls » et « Firestarter », entre autres, suffisent à relancer toute une décennie « techno-punkoïdée ». Liam Howlett et les siens appartiendront bientôt à l'histoire. Mais ce soir, les turbulents londoniens ont célébré dignement cette 20ème édition du Pukkelpop.

Un dernier passage par le Château nous permet de constater que l'association des boucles électroniques à la soul Motown est foutrement originale. Il fallait y penser, Jamie Lidell l'a fait ! Cet ex-Super Collider ravive la folie du funk dans un méli-mélo de beats robotiques et de chaudes irruptions vocales. La journée touche à sa fin. Et déjà, demain nous appartient…

 

The Big Pop Circus Festival 2005

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Associer le cirque et la musique lors d'un festival n'est pas une idée neuve. L'une ou l'autre tentative a même déjà vu le jour. Mais elle n'a jamais récolté le succès escompté. Ce projet ambitieux mérite cependant qu'on s'y attarde ; mais pour le réussir, il faudra une bonne dose de persévérance. Et puis peut-être la participation de l'un ou l'autre groupe local susceptible d'entraîner ses aficionados. C'est en tout cas la conclusion que l'on peut titrer de cette première édition du Big Pop Circus Festival, dont la parfaite organisation méritait davantage que les 4 à 500 personnes qui ont assisté aux concerts de ce samedi 17 septembre (NDR : pour votre information, la journée du dimanche était exclusivement consacrée au cirque) : un superbe chapiteau, une acoustique impeccable, de la petite restauration et des prestations particulièrement convaincantes de tous les groupes à l'affiche ; sans oublier les interventions très remarquées des artistes du cirque Malter ( NDR : un bémol : l'absence de bière blanche !) En outre, la position de Molenbaix (NDR : entre le Mont Saint Aubert et le Mont de l'Enclus) permet à cet événement de briguer le statut de festival transfrontalier en attirant aussi bien le public flamand, wallon que du Nord de la France.

C'est avec plus d'une heure de retard que Willy Willy & The Voodoo Band entame les hostilités. Motif : trop peu de monde (NDR : le public arrivera peu à peu au cours de l'après-midi pour atteindre 400 à 500 âmes vers 20 heures). Et se produire devant une cinquantaine de spectateurs n'est pas forcément excitant. Pourtant, la formation flamande n'a pas failli à sa réputation. Ex Scabs et Arbeid Adelt, Willy Lambregt (NDR : il est également surnommé le Keith Richards du rock belge !) est maintenant soutenu par Pip Vreede (ex Red Zebra, ex Wolfbanes) à la guitare rythmique, Paul Brusseel (ex Mudgang et Revelaires) à la batterie et Marnix Catsyn (ex Soapstone, Revelaires) à la basse. Et leur white trash rock'n'roll implique de plus en plus de compos personnelles. A l'instar de son dernier opus, « Hellzapoppin ». Blues, rock'n roll et boogie constitueront l'essentiel d'un set fort solide, à défaut d'être original.

De La Vega (NDR : nom inspiré du célèbre feuilleton de Walt Disney, Zorro) est issu de Gand. Si le noyau de base implique le guitariste (NDR : sa six cordes est d'un vert étincelant !) JP Debrabander, le bassiste Ben Van De Velde et le drummer (NDR : sur les planches il garde presque constamment le casque sur les oreilles) David Van Belleghem, l'arrivée de la chanteuse Lize Accoe a donné une toute autre dimension à la formation. Elle possède une voix exceptionnelle, sorte d'hybride entre Dani Klein (Vaya Con Dios) et Geike Arnaert (Hooverphonic). Un timbre qui sied parfaitement à leur musique, fruit d'un mélange de dub, rock, soul, funk, (nu) jazz et hip hop. Sur scène le line up est enrichi d'une section de cuivres (deux trompettes et un saxophone), ainsi que d'un percussionniste. Et tout ce petit monde nous plonge dans une atmosphère envoûtante, sorte de trip hop survitaminée. Un set au cours duquel se manifesteront des dompteurs de boas et une très jeune contorsionniste. En fin de parcours, Lize s'aventurera même dans la boule infernale, au sein de laquelle virevoltent deux motards. Impressionnant ! Tout comme le set de De La Vega, d'ailleurs. Avec Absynthe Minded, cette formation constitue probablement deux des plus beaux espoirs du nord de la Belgique.

La naissance de Chilly Pom Pom Pee remonte déjà à 1994. A l'époque, la formation liégeoise se produisait sous la forme d'un quintet. Depuis 2002, suite au départ d'un des guitaristes, elle est donc réduite à la formule du quatuor (NDR : très mathématique tout ça !). Ces fanas de bon vieux rock'n'roll jouent la musique qu'ils aiment sans se prendre la tête et sans détour. Parmi leurs références, on citera les Rolling Stones et les White Stripes. Mais aussi le Clash. Ils rendent d'ailleurs un hommage à Joe Strummer à travers leur chanson « The missing drive ». Leur rock teinté de funk, de reggae et de punk passe en tout cas plutôt bien la rampe sur scène ; même s'il faut avouer qu'il lui manque encore de ce petit quelque chose pour faire la différence. Encore que l'intervention de l'artiste préposée aux cerceaux a donné une dimension assez particulière au show. Costard/cravate, Christophe Loyen se démène comme un beau diable, pendant que Didier Masson et Pierre Lorphèvre, respectivement guitariste et bassiste, triturent leur râpe avec fièvre et passion. Parfois, Chritophe sort un harmonica de sa poche pour insuffler un zeste de blues dans les compos. Apparemment friand de covers, CPPP nous réservera une superbe interprétation du « Debaser » des Pixies et puis en rappel leur cover incontournable du « My generation » des Who.

C'est sous la forme d'un quatuor que Mud Flow monte sur les planches. Un guitariste supplémentaire est donc venu rejoindre le line up du combo depuis le début de l'année. Enfin, du moins pour les prestations live. Auteur d'un remarquable quatrième opus, début de l'année dernière (« A life on standby »), la formation a acquis une maturité scénique étonnante. Sans oublier d'y ajouter un sens de l'esthétisme particulièrement raffiné. Le tout tapissé de projections assurées par le frère de Vincent. Tout au long de leur set, l'émotion et la sensibilité des mélodies sont très palpables. Entrecoupée de passages tendres, intimistes, l'électricité coule à flots comme à la plus belle période de la noisy (NDR : pensez à Ride !). Et la voix bien timbrée de Vincent accentue cette impression de mélancolie tour à tour douce ou  furieuse. Derrière le backing group assure. Charly Decroix aux drums d'abord (NDR : probablement un des meilleurs de sa génération ! Pas pour rien qu'il a remplacé au pied levé celui de Girls In Hawaii, l'an dernier). Et puis Blazz, dont les accès de basse mélodique font merveille dans ce contexte sonore. « The sense of 'me' », « Tribal dance », « Five against six »  et bien sûr le single « Today » constituent les points d'orgue du set. Mais Vincent (NDR : manquerait-il de charisme ?) trouve le public un peu trop amorphe à son goût, abandonne sa guitare et rejoint la foule pour tenter de la réveiller. C'est à cet instant qu'elle se rend alors seulement compte de la qualité du show. Et pour clore le spectacle, le crescendo de « New Eve » nous entraîne progressivement dans un tourbillon dantesque, digne du meilleur Mogwai… Epatant !

Jérôme Mardaga monte sur scène. A sa gauche, son bassiste Sacha Symons prend place sur un siège. A sa droite, Thomas Jungblut - un personnage atypique et plutôt de petite taille – se réserve les drums, installés de profil par rapport au public. C'est son éternel petit groupe de merde. Derrière le trio on aperçoit des machines, un clavier et autres gadgets électroniques. Jérôme est armé d'une guitare électrique. Et il ne s'en séparera que trop rarement. Son set est puissant. Il interprète ses inévitables « Tous les gens que j'aime vont mourir un jour », « Ma femme me trompe », « Moi je voudrais », « J'ai peur des Américains », et autres extraits de ses deux albums (« Un monde sans moi » et « 12h33 ») en ponctuant ses compos d'interventions pince-sans-rire dont il est coutumier (NDR : Avant d'attaquer « Je voudrais », il compare même les Diables Rouges actuels à des tapettes, plus soucieux de leur voiture de sport que de l'honneur de leur nation, sous les vivats du public). Bref, il sait mettre de l'ambiance. Malheureusement, il faut attendre trois bons quarts d'heure avant de changer de registre. Il chante alors en solo « J'ai les mains qui tremblent », dans un style qui peut rappeler Jean-Louis Aubert. Emouvant ! La présentation de ses musiciens et de son staff technique est originale. A travers un conte moderne, il les propose à feu Jimi Hendrix. Mais ce soir, Jérôme a bouffé du métal et n'est avare ni d'énergie, ni d'électricité. En fin de parcours, alors que les motos recommencent à vrombir dans la boule infernale, il s'écrie : 'On aime Motorhead' ! Au bout du compte, j'aurais davantage apprécié que Jéronimo nous propose un set plus nuancé. En incluant un zeste d'acoustique, par exemple. Attention, le show était très bien ficelé, très efficace même, mais d'une efficacité monocorde.

En final, Pillow s'est acquitté de sa prestation avec énormément d'application. On sent que l'expérience de la scène les rend plus sûrs d'eux, même si inévitablement la prestation de Guillaume, le guitariste soliste, se détache du lot. Il est cependant regrettable que le batteur continue de drummer dans un registre aussi indolent, alors que le post rock de Pillow mériterait davantage d'explosivité percussive

 

Festival du Hibou : Girls in Hawaii + Sharko

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Première édition de ce festival organisé par les scouts de Kraainem dans un de leurs locaux patronaux. Un certain nombre de groupes étaient à l'affiche, mais je n'ai pu assister qu'aux deux derniers concerts (NDR : eh oui, j'appartiens à  cette catégorie de gens qui travaillent le week-end). Et j'ai malheureusement manqué le set de Skaira dont on m'a dit le plus grand bien. Je me dois d'abord de vous décrire l'ambiance que je résumerai par les paroles d'une chanson de Nietzsche: 'Les adolescents, je hais les adolescents'. Une grosse partie du public avait beaucoup trop forcé sur les substances illicites et il faut avouer que c'était vraiment le bazar dans la salle.

Venons en au concert. Girls in Hawaii pour commencer. J'avoue : ils pourraient chanter « Tata yoyo » en version trash métal que je serais subjuguée. Pourquoi? Ils ont un talent fou. J'ai assisté à quatre de leurs sets, au cours des derniers mois. Et aucun concert n'était semblable. Que ce soit face à 50 personnes dans une salle perdue au fin fond des Flandres (Hoogstraeten) ou devant 1500 personnes à l'AB. Ils se renouvellent, explorent, détonnent. Et explosent. Un vrai bol d'air frais. Ce soir, ils nous ont gratifié, d'entrée de jeu, d'une nouvelle chanson. Qui s'inscrit dans la  lignée de ce qu'ils ont fait jusqu'à ce jour. Et leur bassiste s'est jeté dans la foule (NDR : l'influence d'Enhancer??) lors du morceau instrumental qui l'envoie généralement dans les coulisses. Sublime !

Sharko clôturait l'affiche. J'aime bien sur disque. J'aime bien en concert. J'aime bien David, le chanteur, qui a l'air déprimé au dernier degré, mais reprend toujours confiance en lui sur scène. Mais il nous sert toujours les mêmes trucs, les mêmes 'hehoooo' pendant les mêmes titres. Désolant, car il a un réel talent. Et puis surtout, ses chansons sont vraiment intenses. Surtout celles de son deuxième album. Et je pense tout particulièrement à « I get down ». Dans un futur porche, vous pourrez facilement vérifier ces propos, car Sharko accomplira une tournée des ducasses au cours du printemps.

 

Rock Werchter 2004 : dimanche 4 juillet

Après trois jours de bourlingue festivalière, les genoux fatiguent mais le cœur y est toujours, d'autant que pour la première fois à Werchter est programmé un groupe wallon : un événement en soi, qui confirme une fois pour toutes la bonne santé de la scène francophone. Il y a quelques mois, on pariait sur la venue de Girls In Hawaii à Werchter (cfr review concert AB). C'est chose faite. Certes, Venus est déjà passé par ici, mais c'était en remplacement de dernière minute… Les Girls étaient donc attendus de pied ferme, et pas seulement par les francophones de Werchter (plus nombreux semble-t-il que d'habitude) : il y avait des flamands sous la tente, preuve que le snobisme du Nord n'est qu'une invention de critiques rock en mal de scoops communautaires (votre serviteur en premier…). Ca roule donc plutôt bien pour Girls In Hawaii : à l'affiche de la plupart des gros festivals européens de cet été (des Eurockéennes à Benicassim), le groupe hennuyer est bien parti pour ravir le trône à… Venus du « groupe wallon le mieux exporté » de ces dernières années. Après Danko Jones et ses pétards rock furibards (un bon réveil matin), les Brainois se devaient d'assurer : ça commence fort par « Short Song For A Short Mind ». L'ambiance est bon enfant, les applaudissements nourris. Il faut dire que les Girls écument les salles depuis maintenant plus d'un an, ce qu'il faut de temps à un jeune groupe pour parfaire ses sets et éviter toute maladresse. A dire vrai, chaque concert des Girls In Hawaii se révèle à chaque fois de mieux en mieux. Ici, le groupe surprend par sa maîtrise et sa force de frappe. Oui, les Girls In Hawaii n'ont plus rien du groupe timide qu'on a pu voir l'année dernière à Dour… « Time To Forgive The Winter », « Found In The Ground », « Catwalk »,… Le groupe est soudé, le son excellent. Lors du dernier titre, le fameux « Flavor » et ses montées de guitares à la God Machine, le public se lâche pour de bon, et le groupe avec. Devenu au fil de leurs concerts le morceau le plus attendu par les fans, « Flavor » impressionne par sa puissance métronomique… A tel point qu'au moment du dernier accord plaqué par le groupe, la tente exulte. Et c'est parti pour un rappel, dans la plus pure tradition Girls In Hawaii : l'instrumental stoner-surf ( ?) dont le titre nous échappe (un inédit), qui finit de nous mettre sur les rotules. Un grand concert mené de main de maître. Les Girls In Hawaii ont la grande classe (NDLR : pas pour rien que Musiczine leur avait consacré une interview l'année dernière !), et leur musique est savoureuse.

Après telle claque, autant reprendre ses esprits en comatant aux abords de la tente : ça vaut mieux qu'aller fureter du côté de la Main Stage, où les affreux Zornik gueulent leur rock anal à la Muse.

Tant qu'à faire, autant rester pour le Gantois Sioen, même si son folk-rock brechtien plein d'emphase est loin de nous ravir les oreilles. Assis derrière son petit piano, Sioen hulule ses complaintes théâtrales en oubliant que le « less is more » vaut souvent mieux que toute débauche démonstrative. « See You Naked », « Cruisin' », « Wild Wild West » : des hits en Flandre, mais rien de bien subtil. On a déjà comparé Sioen à Stef Kamil Carlens : c'est une grossière erreur (cfr review Dour 2003). Sioen ne vaut pas telle éloge. D'un romantisme grossier, ses chansons boursouflées sonnent comme la bande-son parfaite d'un mauvais film avec Meg Ryan (pléonasme).

Après ces deux heures d'ennui profond, il était temps que Roy Paci nous réveille. Trompettiste au sein du Radio Bemba Soundsystem de Manu Chao, le Sicilien et sa bande de joyeux drilles (Aretuska) n'auront eu aucun mal à faire danser un public éreinté par les jérémiades de Starsailor. Leur cocktail détonnant de ska, de rythmes latino et de saynètes à la « Canto di Malavita » valaient assurément le détour : au début plutôt calme, le public se lâcha rapidement, pour laisser exploser sa joie dès le milieu du concert. Roy Paci et son groupe avait cette année la lourde tâche d'être le groupe « world » de l'affiche (une constante à Werchter, parce qu'il faut bien contenter tout le monde) : contrat pleinement rempli, avec ce concert du feu de dieu.

En face, c'était au tour de Lamb de réchauffer l'ambiance après Starsailor et ses grosses montées d'urticaire. Ce n'est un secret pour personne : Louise Rhodes et Andy Barlow aiment le public belge, qui le lui rend bien. Pour la quatrième fois à Werchter, le duo britannique n'avait donc plus grand chose à prouver : un bon prétexte pour se lâcher en proposant un set un peu différent des sempiternels best of de festivals. C'est par « Soft Mistake », étrange instrumental psyché-bobo tiré de l'album « Fear of Four », que Lamb débute son concert. Une belle introduction, sans la chanteuse, qui n'apparaît que pour le morceau suivant (« Gold »), dans une robe ravissante à la Dries Van Noten.

Mais déjà de l'autre côté s'affairent les bidouilleurs post rock de Tortoise… Un choix de programmation assez curieux quand on connaît le souci rassembleur du festival de Werchter. C'est que le rock instrumental de ces Américains n'est pas vraiment taillé pour la masse : oscillant sans cesse entre une certaine idée du free jazz et de la musique minimaliste (Steve Reich en tête), Tortoise passe souvent pour le groupe intello par excellence. Pas le genre de la maison Werchter, mais en fin de compte pourquoi s'en plaindre ? Même si le public était clairsemé (mais les spectateurs présents plus qu'attentifs), Tortoise aura livré un set formidable de précision et de profondeur, avec comme climax les fantastiques « Ten-Day Interval » et « I Set My Face To The Hillside » (de « TNT »). Et puis voir Douglas McCombs et John McEntire se livrer face-à-face à des combats de batterie ou de vibraphones, il n'y a rien à dire : ça le fait.

Voir PJ Harvey en concert s'avère toujours un grand moment : après son passage au Pukkelpop l'année dernière, l'Anglaise remet les couverts à Werchter, avec cette fois un nouvel album sous les bras, le brut et racé « Uh Huh Her ». Revenue à un son plus carré et dépouillé à la « Dry », PJ Harvey débute son concert par « The Life And Death of Mr. Bad Mouth », le titre d'ouverture de son septième album. Le son est ramassé, la belle rugit derrière son micro, vêtue d'une robe jaune vintage et d'escarpins rose flash. Après « The Whores Hustle And The Hustlers Whore », le nouveau single « The Letter » et l'irascible « Dress » (de « Dry »), la chanteuse qui jusque là semblait distraite, se détend et lâche la purée : c'est « EVOL », puis « A Perfect Day Elise », avant les splendides « Down By The Water » et « Meet Ze Monsta », de « To Bring You My Love » (son meilleur album, le plus velouté, le plus charmeur). PJ incarne l'essence même du rock au féminin : sans cesse sur le fil du rasoir, d'une puissance pleine de grâce, son répertoire ne souffre d'aucune baisse de tension. En toute fin, « Taut » (de « Dancehall at Louse Point ») et « Big Exit » achèvent l'audience de leurs refrains félins. Encore une fois, PJ Harvey fit mouche. On n'aurait pas craché sur une demi-heure de plus.

Et puis ce fût les Pixies. Le concert le plus attendu de ce festival de Werchter. De l'année. Plus de dix ans qu'on attendait ce moment : pour toute une génération, les Pixies sont le groupe qui inventa Nirvana, le grunge (etc.), en redorant le blason d'un rock qui, fin des années 80, excitait autant l'auditeur lambda qu'un plat de nouilles resté trop longtemps au réfrigérateur. Avec eux, il faisait bon de réécouter des guitares, ces fameux trois accords qui suffisent parfois pour fonder un groupe. Et quel groupe, ces Pixies ! Leur carrière aussi courte et fulgurante qu'une étoile filante aura marqué bien des esprits, de Mudhoney aux Strokes. Autant dire que les voir fouler une scène, dix ans après leur split, relevait pour beaucoup du pur fantasme à la Nick Hornby. Les Pixies ! Il y a un an à peine, Frank Black niait encore vigoureusement toute possibilité de reformer son groupe fétiche. « Plutôt avoir un cancer des testicules » (gasp), ironisait-il… Et pourtant les voilà, au grand complet : si Kim Deal a pris du poids, son jeu de basse minimaliste reste spectaculaire. Joey Santiago, lunettes noires, cheveux rares, reste imperturbable, décochant ses riffs malins l'air stoïque. David Lovering martèle ses fûts avec vigueur. Frank Black toise la foule du haut de sa bedaine, les yeux légèrement soulignés au Rimmel. En une grosse heure, le groupe balance 20 morceaux, 20 tubes (ou presque), sans fioritures ni blabla. Le son est excellent ; l'interprétation, parfaite, bien qu'évitant toute prise de risques. Qualité cds, bref 20 chansons reproduites à l'identique, comme sur disque. Mais faut-il s'en plaindre, quand on est face au groupe le plus influent des années 90, une véritable machine à tubes ? « Bone Machine », « Broken Face », « Monkey Gone To Heaven », « U-Mass », « Velouria », « Wave Of Mutilation », « No. 13 Baby », « Debaser », « Tame », « Gigantic », « Caribou », « Isla de Encanta », Here Comes Your Man », « Vamos »,… N'en jetons plus : quand les tubes ainsi s'enchaînent, c'est presque trop beau pour être vrai. Et pourtant… Kim Deal a l'air contente, souriant sans cesse face à un Frank Black imposant, qui sait l'émotion que sa musique dégage. Aux premiers rangs, on se bouscule, on reprend à tue-tête « Where Is My Mind ? » et ses « Ouh ouuuuuh » magiques. Serrés sur 20 mètres carrés à droite de la scène, les Pixies sont l'objet de tous les regards et de toutes les oreilles, et c'est bien normal : devant nous, on assiste en direct à l'une des reformations les plus spectaculaires de ces dernières années. Peu importe qu'elle soit sans doute la conséquence de préoccupations financières, du moment qu'elle ne sente pas l'arnaque (cfr The Doors, Sex Pistols). Vivement leur retour en salle !

La soirée, pourtant, ne fait que commencer, avec sous la Pyramide, les excellents N.E.R.D., bref les Neptunes (Pharell Williams et Chad Hugo, celui-ci ayant déclaré forfait pour la tournée) en plus de Shay Haley. Les Neptunes sont la paire de producteurs la plus courtisée du rap/r'n'b business, de Snoop Dogg à Justin Timberlake. On leur doit quantité de hits certifiés platine. A côté de ce boulot alimentaire, ils ont aussi leur groupe, la rencontre entre Sly Stone, Cheap Trick, James Brown et les Beatles… Rien de très hip hop, même si on y retrouve clairement cette dimension urbaine et saccadée qui remplit leur compte en banque. Entouré par un vrai groupe (Spymob), Pharell et Shay haranguent d'entrée de jeu le public venu en masse : « Brain Fly Run » et « Backseat Love » donnent le ton – rock et funky, malgré quelques problèmes de micro. L'ambiance est survoltée, les spectateurs répondant au quart de tour aux invectives des deux Américains. La machine est lancée : « Provider », repris en chœur, « Maybe », « Breakout », « Rockstar ». Le groupe est balèze. Mais c'est lors de leur single « She Wants To Move » et de « Lapdance » que la tente vraiment succombe. Gros délire, beau souvenir. Le plancher craque sous les pieds des milliers de fans qui sautent en l'air à la demande de Williams. « Say N.E.R.D., Hell Shit ! ! ! », scande le rappeur, avant de tirer sa révérence sous un déluge d'applaudissements. Très très fort.

Avant que ne débute le concert de Air, un petit détour du côté de la Main Stage avec Placebo, têtes d'affiche malgré eux (Bowie absent pour cause de nerf coincé) : pour ce qu'on en a vu, Brian Molko et ses deux compères avaient l'air d'être en bonne forme… Ce qui est bien, c'est qu'ils ont joué en toute fin « Nancy Boy », sans doute leur meilleur morceau, pourtant de moins en moins joué sur scène. Que Placebo passe après les Pixies, c'est néanmoins incompréhensible : heureusement ils n'ont pas repris « Where Is My Mind ? », qu'ils ont maintenant l'habitude de jouer en clôture de leurs concerts. Faut pas pousser bobonne, surtout quand elle a la carrure de Frank Black. 

Après tant d'émotions, rien ne vaut un petit concert de Air, le meilleur moyen pour reprendre des forces et se détendre les nerfs. Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel l'ont bien compris, en interprétant cette fois leurs titres les plus sereins et reposants. Accompagnés de Sébastien Tellier aux claviers et d'un batteur taiseux, le duo versaillais occupe le devant de la scène dans une atmosphère décontractée. Chantant tour à tour de leur accent français si « romantic » les titres de leur dernier album (« Venus », « Alpha Beta Gaga », « Cherry Blossom Girl », « Run », « Another Day »), les deux Français n'ont aucune peine à captiver un public qui accueille leur musique vaporeuse comme un cadeau du ciel. Une pommade pour les muscles. Un transat pour le cœur. De « 10.000 Hz Legend », Air n'a retenu que « People In The City », dans une version elle aussi plus cotonneuse. Mais rien ne vaut encore la chaleur diaphane de « Talisman » et de « La Femme d'Argent », avec en bonus les deux tubes « Kelly Watch The Stars » et « Sexy Boy ». Sans aucun doute l'un des concerts les plus régénérant de tout le festival, sans doute parce qu'en raison de sa dimension « chill out », il arrivait à point.

A point pour repartir de plus belle en compagnie des 2 Many DJ's, en remplacement de Bowie : certes, il ne s'agit pas d'une tête d'affiche équivalente. Les rumeurs annonçaient la venue éventuelle de stars comme Morrissey, les RHCP, Alice Cooper ou encore les Strokes. A la place, des DJ's, pour la plus grande fiesta en plein air qu'est connue la Belgique : 65.000 personnes dansant en rythme sur Alter Ego, Tiga, Donna Summer, Blur, les White Stripes, Primal Scream, Vitalic,... Et sur Bowie (« Rebel, Rebel » pour lancer les festivités, avec une petite animation pastiche sur les deux grands écrans, représentant un Bowie mal en point). Plus électro que d'habitude, les frères Dewaele auront rempli leur contrat avec succès, même si on aurait préféré Bowie ET les 2 Many DJ's. Une chose est sûre : c'était la bamboula sur la plaine de Werchter, autrement dit ce n'était pas une mauvaise idée d'inviter nos deux rois du bootleg. Il paraît d'ailleurs que Bowie les adore. On espère qu'après sa convalescence, il nous reviendra en pleine forme… Et réservera sa place pour l'édition 2005.

 

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