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Les Nuits Botanique 2003 : du 17 au 28 septembre

Sur les marches descendant vers le parc verdoyant du Botanique, des centaines de badauds mélomanes tapent la discute en attendant que ça commence. A leur droite, les grandes serres, une tente censée, par la transparence de ses parois, donner une vue imprenable sur l'architecture du bâtiment. A peine les plus petits pourront y admirer, de l'intérieur, un bas de mur un peu crade, et les autres la cité administrative, juste en face du boulevard. Le son est infâme, mais l'ambiance est souvent à la fête. Dans les couloirs, entre le Musée et l'Orangerie, c'est aussi l'affluence. Cette année, les Nuits Bota auront donc fait le plein, malgré une programmation assez (trop ?) pointue et un déficit évident de têtes d'affiche. De ces 11 nuits chaudes et amicales, voici quelques souvenirs totalement subjectifs. En avant la musique !

Le premier jour, il y avait tout d'abord Sharko, songwriter atypique qui n'hésite jamais à mouiller sa culotte pour donner à son public des concerts mémorables. Pour la présentation de son nouvel album, « Sharko III », David Bartholomée s'était donc dit qu'il fallait faire quelque chose de spécial. Au programme : des ballons tombant du ciel, des cabrioles, du karaoké, une jolie casquette de policier, des amis (Black Nielson, la première partie, du pop-rock honnête) reprenant en cœur « It's a sad sad planet » d'Evil Superstars, le bain de foule habituel, et surtout, de bonnes chansons servies avec panache et bonne humeur, à défaut de perfectionnisme. C'est que Sharko n'est pas taillé dans le bois avec lequel on fait des flûtes : la routine, il connaît pas, et ses chansons sur scène ne sont jamais les mêmes. Ca change tout le temps, parce que Sharko n'aime pas s'ennuyer, clown au cœur léger (parfois triste) qui prend sa musique à bras le corps mais refuse de la servir pré-mâchée. C'est parfois bancal, mais ça fait partie du show : notre ami ne reste jamais en place, et sa tête fourmille d'idées qui donnent envie de le suivre en tournée comme un con de groupie. « Spotlite », « Excellent », « President » sont en tout cas des hits, qu'on espère bientôt téléchargeables sur notre gsm, pour frimer à la cour de récré…

Moins drôle mais quand même pas mal : les Mancuniens (applaudissements !) de I Am Kloot. Il y a deux ans nouveaux fers de lance de la vague « New Acoustic Movement », John, Andy et Peter reviennent avec un nouvel album éponyme, qui s'il ne devrait pas déclencher un raz-de-marée médiatique, plaira aux amateurs de chansons pop-folk bien troussées. C'est sans prétention, il n'y a pas de solos de guitares à la Darkness, mais faudra faire avec… En concert, c'est charmant : sans se prendre la tête mais blaguant de bon cœur comme trois étudiants un peu attardés, Andy, Peter et John s'appliquent joliment à leur interprétation de « To You », « Morning Rain », « Twist » et « Dark Star », petits hits de l'époque qu'on se remémore avec plaisir, comme une vieille copine qu'on aurait perdue de vue. Les nouveaux morceaux, « From Your Favourite Sky », « Cuckoo », « Life In A Day », ne piqueront sans doute pas la pole position aux White Stripes et aux Strokes dans le cœur des midinettes fashion victims, mais qui s'en soucie ? I Am Kloot n'est ni glamour ni tendance, mais tient quand même bien la route parce que ses pneus sont rodés et son volant équipé d'un air bag.

Au lieu de faire des métaphores sportives à deux balles comme Sharko [voir l'interview], passons au jour suivant : Davide Balula, NLF3 Trio et Tim Keegan, une petite soirée sympa placée sous le signe des musiques passerelles, entre folk, jazz et électro. Davide Balula fait partie d'une petite confrérie électronique en passe d'acquérir une reconnaissance des plus méritées : Active Suspension, label parisien au catalogue impeccable, lointain cousin d'Acuarela, Anticon et Planet Mu, où comment mélanger les genres en évitant le gloubi boulga prétentieux. Pour vous faire une idée, une compile indispensable : « Active Suspension vs. Clapping Music (NDR : un autre label, en fait plus ou moins le même) », qui réunit des gens comme TTC, Encre, Colleen, dDamage, Domotic, Hypo, Odot Lamm et bien d'autres. Davide Balula pratique un folk drakien passé à la moulinette électronique, parsemé de cris d'oiseaux, de souffles lascifs et de silences même pas gênants. C'est beau et délicat, et tout à fait singulier. Le public, clairsemé mais attentif, réservera d'ailleurs à notre ami chanteur (murmureur) et guitariste (accompagné d'un préposé aux machines) un accueil des plus chaleureux, jusqu'à réclamer un « bis »… Rendez-vous était pris pour le lendemain, aux Halles Saint-Géry, pour un petit concert improvisé totalement foireux mais d'une générosité folle.

La suite avec un autre label, Prohibited, puisque les trois zigues de NLF3 Trio en sont les patrons, mais font aussi de la musique. Et quelle musique ! Du rock (post, kraut), du jazz, de l'électro, tout ça à la fois, la transe en plus. C'est dans cet interstice, et celui de l'impro, que le trio évolue, avec grâce et concentration, comme si Faust, Tortoise et Ravi Coltrane s'étaient tous retrouvés à la Rotonde du Bota, sans rire.

Quant à Tim Keegan, leader des méconnus Departure Lounge, il aura clôturé la soirée dans une ambiance délétère (il était tard, et le public encore moins nombreux), rajoutant au charme de ses chansons pop-folk composées sur un nuage. Au programme, quelques classiques de son groupe et beaucoup de nouvelles chansons (à paraître sur son prochain album solo), dont une ode à la pomme de terre de toute beauté, qui nous ferait presque culpabiliser de manger des frites.

A noter également qu'en raison du manque de public venu voir Jay Alanski et Fred Poulet, il était permis de passer de la Rotonde au Musée. L'électro parisienne d'Alanski est prétentieuse et stérile.

Quant à Fred Poulet, il aura bien plu (du moins au début) : ses chansons pleines de jeux de mots rappellent Gainsbourg, Fersen, Thiéfaine et Kat Onoma. Ca fait beaucoup, mais c'est tellement gratifiant d'étaler sa culture… Un peu comme Poulet d'ailleurs, qui s'amuse avec les mots mais n'évitera pas la blague de mauvais goût (« J'aime bien Bruxelles, c'est comme à Paris : il y a plein d'Arabes »)… Euh! Oui, ben, euh!… Froid. A la fin, il réclame un rappel pour « faire un triomphe ». Sympa, le gars. Dommage qu'il n'y avait que 30 personnes. Et pas d'« Arabes ».

De toute façon, ce n'est pas bien de se battre : on est ici pour faire la fête. Parfois, c'est dur : y a personne, le son est pourri (les Grandes Serres) ou la musique n'est pas très dansante. C'était le cas, vendredi, d'Oval/So, Jan Jelinek, Pole et Four Tet. L'électro au laptop, en live, n'est jamais très marrante : il n'y a rien à voir si ce n'est un type scrutant son Apple en fronçant les sourcils. Pas très rock'n'roll. Pourquoi ne pas utiliser une souris lançant des lasers ou un écran géant avec des femmes à poils ou des déguisements ridicules ? Jan Jelinek, c'est bien : un peu dub, à la Pole. Le problème chez ces types, c'est qu'on aime bien leur musique mais on ne sait pas trop quoi en dire.

Markus Popp, lui, avait au moins ramené une copine, Eriko Toyoda, une Japonaise à la voix fluette mais charmante, genre Tujiko Noriko. A deux (So), ils viennent de sortir un bel album éponyme, pop dans l'attitude. Alors que son électro abrupte sous le nom d'Oval peut parfois laisser poindre un certain ennui (l'expérimental passe mal en live), en compagnie de Toyada l'Allemand se lâche et perd ses tics de bidouilleur un peu snobinard. Oval/So : c'est joli et mélodieux, même si sur scène cela reste encore un peu hésitant.

Heureusement, il y avait Kieran Hebden alias Four Tet, dont le set carré et boombastic nous aura permis, enfin, de nous dérouiller les jambes. Beaucoup moins subtil que sur disque (l'excellent « Rounds »), Four Tet balance la sauce sans faire le précieux. D'accord, c'est parfois facile (ces beats poids lourd), mais à minuit, après trois heures de laptoperies statiques, on ne demande pas son reste et on danse, « to the underground ».

Samedi, on passe au rock. Noyés sous une chape de bruit compacté et malmenés par le son de leurs instruments qui leur ricochent sur la gueule, les Américains de The Sights n'auront pas eu la tâche facile. Il est 20h00 tapantes, et le rock garage prend ses quartiers dans les Grandes Serres, alors que dehors tout le monde boit des bières. The Sights, c'est efficace, mais mineur : des groupes de garage au look chevelu tendance Mick Jagger il y a trente piges, on en a déjà vu défiler ces deux dernières années (des Soledad Brothers à Vue). N'empêche que c'est un bon hors-d'œuvre, avant Guided By Voices et Spiritualized.

Il y a avait aussi Mew, cinq types qui font du My Bloody Valentine pour les jeunes. L'incroyable : le chanteur, à la voix de castrat. Sur disque, on aurait juré que c'était une fille. Ben non. Reste que ces mecs font de la musique sympathique, à défaut d'autre chose. Le raccourci « Kevin Shields » est peut-être grossier, mais écouté du fond de la tente, où ça sonne vilainement aux tympans (cette acoustique !), on reste un peu coi.

Idem pour Guided By Voices, malgré la pêche de Pollard. Beaucoup de chansons, beaucoup de tubes, mais que personne ne connaît. On a beau les avoir vu dans un clip des Strokes, qui ne jurent paraît-il que par eux, on ne peut s'empêcher d'être triste. Parce qu'ils méritent eux aussi leur part du gâteau. Pollard est un mélodiste hors pair, qui gâche parfois son talent. A trop écrire. A trop vouloir tirer de plans sur la comète. A trop s'épancher sur des albums fourre-tout qui auraient pu être terribles deux fois plus courts. Ce type est un stakhanoviste de la guitare et du refrain pop-rock qui tue, et pourtant il pointe au bureau de chômage du music business. Triste. Jason Pierce, lui, vend plus de disques, même si la grande époque, celle de « Ladies and Gentlemen… », est bel et bien révolue.

On se souvient d'un concert des Spiritualized à l'Orangerie, aux Nuits, il y a six ans. Fantastique. Des gens tombant dans les pommes. Pas d'évanouissement cette fois : juste quelques bonnes chansons (dont « Come Together » en ouverture, « I think I'm in love »), mais sans psychédélisme. Jason Pierce est maintenant un type sevré, recyclé dans le gospel et buvant de l'eau ferrugineuse. Assis dans un coin, il faisait même un peu pitié. Le nouvel album, « Amazing Grace », n'est pourtant pas mauvais. Plus calme. Plus réservé. Toujours illuminé, mais d'une lumière filtrant non plus par l'entrebâillement des Portes de la Perception, mais d'une porte d'église. A confesse, le Jason ! Ses fidèles, en plus, étaient mal debout : c'est que le sol n'est pas droit, et tout poussiéreux. L'année prochaine, il faudra remédier à ce problème, qui donne mal au dos et donne trop de boulot de cirage.

Dimanche, rebelote : cette fois, on a mis nos baskets les plus pourries pour aller voir Broadcast et Peaches. La musique feutrée et paysagiste de Broadcast aurait sans doute été mieux lotie à l'Orangerie : dans les Serres, la voix de Trish Keenan perdait de sa délicate saveur, et de son mystère. Et le reste, forcément, d'en pâtir. Résultat : le grand concert qu'on espérait n'eut pas lieu, et l'on se retrouva à boire des bières à l'extérieur en attendant que notre désespoir se tasse. « Haha Sound », s'intitule le dernier (et excellent) album de Broadcast. Pour l'occasion, on le rebaptisera « Caca Sound », même si ce n'est pas drôle…

De toute façon, c'était surtout pour Peaches qu'on était là, parce que la voir en concert est une expérience limite mais inoubliable. Peaches respire le sexe. Elle cultive l'ambiguïté (homo, hétéro, bi ?). Les hommes l'aiment pour ses longues jambes et ses poses suggestives. Les femmes aussi. C'est la reine du « queer » : qu'on soit gay ou pas, homme ou femme, on est troublé par Peaches. Seule sur scène, elle prend pourtant toute la place. Une véritable entertainer, qui sait comment séduire son public, et le mettre à genoux. La musique : des riffs de guitares, des beats, une structure rythmique des plus binaires. Et des cris félins, qui suintent la testostérone, la cyprine et les phéromones. Parfois, deux femmes à (fausse) barbe (et faux pénis) l'accompagnent dans ses ébats électro-rock, la ligotant, la caressant, la provoquant. C'est du chiqué, mais ça se regarde (et s'écoute) quand même avec plaisir. Peaches magnétise tous les regards, même si beaucoup sont là pour la performance, pas pour la musique. Pourtant, des titres comme « Shake Your Dix », « I U She » et « Stuff Me Up » sont de véritables bombes (sexuelles). Sur « Kick It », Peaches chante même avec Iggy Pop, présent presque pour de vrai, sur un écran derrière elle. Un sacré show, sacrément chaud. A la suite, un dj-set d'Unkle, efficace mais pas très fédérateur. C'est qu'après Peaches, tous nos sens étaient en compote. Ouah, où est la sortie ?

Moins sexe, Das Pop : les tenues de joueurs de tennis seventies ont l'air pourtant de plaire aux filles, puisque Das Pop est un des rares groupes belges à posséder une base solide de groupies, toutes mignonnes dans leur T-shirt « I Love »… Il faut dire que les Gantois, sur scène, assurent pas mal : depuis Werchter, ils ont fait d'énormes progrès, et leur show est réglé comme du papier à musique. La setlist est donc toujours la même (jusqu'à la cover d'« Abracadabra » du Steve Miller Band, qui clôture chacun de leurs concerts), et pourtant cela reste percutant. Les Das Pop sont mésestimés par beaucoup de gens, parce qu'ils sont trop « clean », parce que leur pop est soi-disant inoffensive, parce qu'ils ressemblent à un boys band éprouvette sponsorisé par Bjorn Borg. Des ragots pulvérisés par des prestations impeccables, comme celle-ci et tant d'autres.

On ne peut pas en dire autant des Fun Lovin' Criminals, qui courent après l'inspiration depuis leur excellent premier fait d'armes il y a plus de sept ans (« Come Find Yourself »). De cette pièce maîtresse, quelques reliques auront été jetées en pâture à un public plutôt clairsemé (« Scooby Snacks », forcément, « King of New York »,…). Les New-yorkais, aujourd'hui, tronçonnent dans le bois punk-rock le plus vulgaire : de ce qui plaisait chez eux avant (ce mélange des genres, rock, soul, rap, funk) ne subsistent que des traces, en pointillé. Les FLC vivent et jouent dans la certitude que tout leur est acquis. Mais à force de trop s'imaginer que le public suit, bientôt il n'y aura plus personne. A ce moment-là, Huey et ses deux potes ressembleront un peu au Pumpkin du film de Scorsese : de gros pantins bien cons, jouant leur musique sans saveur devant un grand poster mural sur lequel serait reproduit, dans les moindres détails, un public chaleureux et réceptif, applaudissant à tout rompre leurs idoles de toujours. Brrrr.

Dernier jour, dimanche : un peu de hip hop décomplexé et d'électro pour chiennes de gardes. Hanin Elias est la copine d'Alec Empire. Déjà tout un programme. Comme son ami (amant ?), elle aime faire du bruit. Son dernier album, « No Games No Fun », casse un peu les oreilles mais peut s'écouter quand on est fâché. Sur scène, la diablesse joue aux ingénues, coincée dans sa petite robe de bal et lançant sourires et clins d'œil aux mâles de la salle. Elle est toute petite, Hanin Elias, mais elle n'aime pas qu'on la sous-estime. Elle le gueule, d'ailleurs, tandis que derrière elle, des images sanguinolentes sont projetées, de Takashi Miike à ses propres clips, petits films gore de série Z. Il n'empêche qu'elle a beau sortir ses griffes, elle ne nous fait pas vraiment peur. Au contraire on regarde ses crises d'un air détaché, comme un père accompagnant sa petite fille à un concert de Marilyn Manson.

La suite n'avait rien à voir : d'abord Buck 65, Canadien qui fait du rap à la Tom Waits, bref qui braille d'une voix caverneuse des trucs marrants sur des beats costauds, puis l'incroyable Sage Francis, dont le flow et la hargne laissent pantois. Avec ses airs de bûcheron famélique, Sage Francis fait un peu peur. D'autant qu'il parle de choses stupéfiantes, avec ou sans beats, notamment d'Apocalypse et de la planète Mars. En primeur, il aura dévoilé quelques morceaux de son nouveau projet, Non Prophets, sur Lex. Voilà deux artistes qui font du hip hop inventif et jouissif, intelligent et festif, sans tomber dans les travers de leurs collègues d'MTV, qui ne sont assurément pas du même monde… (G.E.)

Le retour de Tuxedo Moon en live ! Il y a vingt ans que les plus fidèles aficionados attendaient cet instant. C'est d'ailleurs ce qu'une spectatrice clamera plusieurs fois au cours de leur set. Pourtant certains musiciens du groupe s'étaient déjà réunis, épisodiquement, pour travailler ou retravailler l'un ou l'autre projet. Et puis, il ne faut pas oublier, qu'à une certaine époque, ils vivaient tous à Bruxelles. Mais si Blaine Reininger, Steven Brown, Peter Principle et Luc Van Lieshout sont bien au poste, Winston Tong a décliné l'invitation. Et le public semble connaisseur, car lorsque la formation monte sur scène, il le réclame. En vain, puisque ce seront Blaine et Steven qui assureront les parties vocales. Blaine s'est coupé les cheveux. Il ressemble de plus en plus à Willy Deville. Il dialogue avec le public entre chaque morceau, et n'a pas perdu son sens de l'humour si particulier. Enfin, s'il se réserve toujours le violon avec une dextérité et un feeling contagieux, il assure également les parties de guitare. Des six cordes très électrifiées qu'il entraîne parfois dans le psychédélisme. Peter libère de sa basse des sonorités pulsantes, palpitantes, un peu comme s'il était le cœur de l'ensemble. Steven passe alternativement des claviers à la clarinette, tout en alliant sobriété et efficacité, pendant que Luc cuivre le tout de sa trompette (parfois bouchée) aux accents jazzyfiants très prononcés. Et le tout évolue au gré de cette boîte à rythmes si particulière, presque mystérieuse mais toujours aussi envoûtante. Bruce Geduldig est bien sûr de la partie. Mais s'il joue toujours sur les effets d'ombre et de lumière, la danse et l'expression théâtrale ont pratiquement disparu de la circulation. Bref, maintenant venons-en au concert. Tuxedo Moon y a présenté son nouvel album (NDR : il devrait sortir au printemps prochain). Des titres d'excellente facture, mais qui vu leur complexité n'accrochent pas immédiatement. Normal pour une musique dont la démarche est volontairement intellectuelle. Ce sont donc les standards qui ont fait vibrer le plus la salle (« Desire », « Waltz », « St John », « In the manner of speaking », et un « Egypt » au cours duquel Luc est passé à l'harmonica) atteignant même des moments d'intensité exaltants. Bref, du bonheur ! Deux rappels ont ainsi ponctué un tout grand moment des Nuits Botanique. Et tant pis pour celles ou ceux qui n'y étaient pas… (BD)

Des Nuits, qui, encore une fois, se terminent en beauté, malgré le froid des derniers jours, malgré la concurrence (les autres salles de concert), malgré la banqueroute de certaines programmations (notamment celle avec « rinôçérôse » au Cirque Royal, déménagée au… Musée). A l'année prochaine, comme d'habitude ? (G.E.)

 

Rock Werchter 2003 : jeudi 26 juin

4 jours, 53 groupes : pour sa trentième édition, on peut dire que le festival de Werchter a su mettre les petits plats dans les grands. A un tel point que le Beach Rock a même dû annuler son édition, faute de têtes d'affiche… toutes présentes sur le terrain gazonné d'Herman Schueremans, devenu imbattable en organisation de concerts. Cette surenchère pourrait à terme éclipser toute concurrence, et faire de plus en plus mal au portefeuille. Le prix du combi-ticket-4 jours à 108 euros, sans compter le camping (14 euros !), n'a pourtant pas freiné les amateurs de rock, puisque Werchter était déjà complet un mois avant son coup d'envoi… Avec ses 280.000 spectateurs et son affiche maousse costo, Werchter s'impose donc une fois pour toutes comme l'événement rock qu'il ne fallait pas rater. On y était, on a vu, on l'a vécu. Résumé de quatre jours de folie musicale, avec nos tops et nos flops.

21h45 : tandis que des milliers de festivaliers sont encore coincés dans les embouteillages ou agglutinés tel du bétail devant les portes étroites de l'entrée principale, les premières notes de « Hunter » retentissent sur la Main Stage, devant un parterre de fans attentifs. Affublée d'une paire de lauriers verts qui lui donnent l'air d'une femme-nénuphar, Björk fait déjà mouche. Suivent « Pagan Poetry » et « Joga », alors que des feux d'artifice déchirent le ciel et provoquent les premiers frissons. Voilà qui commence bien ! Malheureusement le plaisir fût de courte durée, et ces feux de Bengale fendant les nuages, devinrent rapidement … des pétards mouillés. En cause : ces morceaux de « Vespertine » sans rythme ni fantaisie, qui s'enlisent dans un magma de bleeps agaçants et de loops somnifères. A force de trop vouloir prendre le taureau pop par les cornes, l'Islandaise oublie l'élément essentiel qui faisait tout le charme de ses précédents albums : ce mariage détonant entre mélodies sucrées et avant-garde précieuse, refrains fédérateurs et souci de l'expérience. Ici, la recherche a trop pris le pas sur l'évidence : ne reste plus que la réflexion, rarement synonyme d'exaltation. « Cocoon », « Heirloom », « An Echo, A Stain » : du vent, qui fait tourner sa couronne de nénuphar, mais pas notre tête… Quant aux trois nouveaux morceaux divulgués presque avec gêne tant ils manquent de consistance, ils n'augurent pas du meilleur… A la fin, Björk reprendra quand même ses esprits, le temps d'un mini-best of bien trop court pour lui pardonner ses errements du côté obscur de l'electronica la plus chiante. « Hyperballad » (feux d'artifices), « Bachelorette », « Pluto » et « Human Behaviour » (feux d'artifice) : c'est peu quand on connaît le répertoire de la dame. Et puis tous ces pétards qui cassaient nos oreilles durant les seuls moments où ce concert valait la peine : c'est bien joli, mais on n'est pas à Disneyland.

Il est 23h30, et la plaine est bondée : l'ambiance commence à surchauffer. Le problème, quand on commence directement avec une tête d'affiche, c'est le temps d'acclimatation : quasi nul. Voilà sans doute l'une des raisons de la distraction du public lors du concert de Björk, sans compter que ses morceaux casse-tête se digèrent mal en apéro. Avec Radiohead, les choses prendront une toute autre tournure. Attendus à chaque apparition comme les messies depuis le raz-de-marée OK Computer, les cinq d'Oxford n'auront pas failli à leur réputation de groupe rock le plus important de ces dix dernières années. Avec un nouvel album en poche, le très beau « Hail To The Thief », Thom Yorke et sa bande n'avaient qu'à se baisser pour ramasser les louanges d'un public depuis longtemps acquis à sa cause. Il est presque minuit, le groupe arrive sur scène. Les deux guitaristes Jonny Greenwood et Ed O'Brien entament un combat de tambours hypnotiques, les faisant résonner dans toute la plaine devant 70.000 personnes silencieuses. C'est « There There », premier single de « Hail To The Thief ». Le son est limpide. Thom Yorke s'installe devant son micro, concentré. C'est parti pour 1h30 d'un concert grandiose, sans temps morts, parfait de bout en bout. « 2+2=5 » voit les Anglais revenir à un son plus brut, comme à l'époque de « The Bends », toutes guitares dehors, avec un Thom possédé qui hurle à la lune. Puis c'est la première accalmie : « Morning Bell » de « Kid A », et le bluesy « Talk Show Host », que l'on retrouve sur la BO de « Romeo + Juliet »… Après seulement quatre chansons, l'impression générale est déjà plus que positive : Radiohead maîtrise à la perfection son répertoire, en s'autorisant quelques dérapages et variantes qui prouvent son ouverture et sa volonté de prendre des risques. Peu de groupes pop-rock ont cette stature. Cette envie de ruer dans les brancards tout en restant fidèles à cette idée de la chanson pop. Björk, es-tu là ? Et puis Thom Yorke sourit ! Rarement l'a-t-on vu si content d'être là : il paraît que le groupe a lui-même demandé à Schueremans de pouvoir jouer à Werchter… « Lucky » confirme notre bonheur, et le leur, puis c'est « Kid A » et l'agité « National Anthem », avant un cataclysmique « The Gloaming », dont les bleeps énervés marqueront la fin d'une première partie irréprochable. Parce qu'ensuite ça se calme, avec les superbes « Sail to the Moon » et «  Where I End and You Begin ». Derrière son piano, Thom, comme un poisson dans l'eau, donne quelques directives à ses quatre compères : on voit qui est le chef, même si Radiohead semble être l'un des (trop) rares groupes à fonctionner vraiment en démocratie. Accroché à sa guitare tel un marin à son mât en pleine tempête, Ed O'Brien tisse le squelette rythmique du morceau, aidé par la frappe subtile de Phil Selway et la basse ronronnante de Colin Greenwood, toujours en retrait (34 ans ce jour-là !). Quant à Jonny Greenwood, s'il ne tricote pas son manche, c'est qu'il triture ses Ondes Martenot, ses vieux transistors et son laptop, en bonne cheville ouvrière du groupe, spécialiste des tâches ardues et des bruits en tous genres. L'ambiance, quasi-religieuse pendant ces deux slows radioactifs d'une beauté imparable, s'embrase avec les classiques « Fake Plastic Trees » et « Just », puis se détend lors d'un « Go To Sleep » raisonnable et d'un « I Might Be Wrong » routinier. « Paranoid Android » remet le feu aux poudres : voilà une chanson incroyable, aux tiroirs dans lesquels on pioche sans cesse, sûr d'y découvrir encore de nouvelles merveilles. L'atmosphère, électrique et survoltée, prend à la gorge. Radiohead n'a jamais si bien joué, et Thom n'a jamais autant souri… « Idiotheque », « Everything in it's Right Place » : que ceux qui faisaient la moue à l'écoute de « Kid A » et d'« Amnesiac » fassent leur mea culpa ! Un concert d'une qualité pareille oblige les indécis à revoir leur copie : va falloir se faire une raison ! Et ce n'est pas « Exit Music (For a Film) » qui nous fera dire le contraire : quelle claque ! En rappel, les lancinants « Sit Down, Stand Up » et « Pyramid Song » prolongeront notre plaisir, avant l'apothéose « Karma Police » et son refrain repris en cœur par 70.000 fans, seuls avec Thom Yorke, exultant comme un gamin. « For a minute there, I lost myself ». Le temps, suspendu pendant 1h30, reprend peu à peu ses droits, et nous notre esprit. On n'est que jeudi, et déjà on est sûr d'une chose : la prestation brillante de Radiohead restera dans les annales du festival ; et on voit mal qui pourrait les détrôner durant ces quatre jours.

Pas Underworld en tout cas, qu'on a connu plus convaincants: il y a dix mois au Pukkelpop, Karl Hyde et Rick Smith avaient mis le feu à Kiewit. Ici, ce n'était pas la forme olympique, même s'il faut avouer qu'Underworld en festival, cela reste l'occasion rêvée de jumper les bras en l'air. Le set débuta en douceur par « Rez », « Cowgirl » et « Pearls Girl », puis le duo accéléra la cadence (« Two Months Off », « Dinosaur Adventure 3D »), avant le climax « King Of Snake » et bien sûr « Born Slippy », l'un des rares classiques électro à mettre tout le monde d'accord, rockeurs et clubbers, fans de boum-boum et fidèles de James Hetfield. Karl Hyde bondit toujours sur scène comme un faux djeune qui boit du jus de tomates, et Smith s'affaire toujours à la besogne informatique (surtout depuis le départ de Darren Emerson), mais à part ça, pointaient chez les deux compères une certaine fatigue. Ce n'est pas sérieux quand on a 40 ans... Un peu mou donc, même lors de l'explosif « Moaner », leur morceau pourtant le plus éprouvant pour les guiboles. Sur la fin, on est donc parti dormir, tandis que retentissaient en rappel les premières notes du relaxant « Jumbo », comme si Underworld avait compris que seuls nous importaient maintenant la douceur des bras de Morphée. Zzzz (et ce n'est que le début).

Rock Werchter 2003 : vendredi 27 juin

Commencer la journée du vendredi par les Polyphonic Spree était une bonne idée : leur pop psychédélique de bazar met la pêche, et en plus c'est assez drôle. Imaginez 21 illuminés en robe blanche sautant dans tous les sens, possédés par une force cosmique digne des tribus sectaires les plus délirantes. Un peu comme si Raël et les Compagnons de la Chanson s'invitaient chez les Muppets, et déliraient sur du Mercury Rev en sniffant du poppers. Au milieu de ce joyeux fatras, un homme, Tim DeLaughter, le gourou qui mène tout ce beau monde à la baguette : c'est lui qui donne le « la », distribue les bonnes notes, bref joue le chef d'orchestre. « Good Morning ! ! ! », criera-t-il à maintes reprises, alors qu'il est 15h00… Sans doute que pour ces joyeux drilles, le temps n'a pas de prise : The Polyphonic Spree, c'est un peu la quatrième dimension du pop-rock le plus orchestral. On voudrait comprendre leur tintamarre, mais on reste coi, les pieds trop accrochés à la terre ferme. Eux s'en donnent en tout cas à cœur joie : ça pète dans tous les sens, ça n'a ni queue ni tête, à vrai dire c'est un peu gadget. Ce fatras de trompettes, de flûtes, de guitares, de voix, … DeLaughter ne sait pas où donner de la tête, perd parfois le contrôle de ses sbires extasiés ou qui feintent l'extase. Ces gens n'ont peut-être que rien de fantasque. Peut-être pointent-t-ils dans leur bureau du lundi au vendredi (sauf aujourd'hui). Peut-être ont-ils été « castés » par une maison de disque en mal de sensations fortes. A part lors de 2/3 morceaux (« It's The Sun » au début, « Soldier Girl » à la fin), la sauce n'aura pas vraiment pris du côté du public. « Too Much », diront certains. C'est clair que ça sent un peu l'arnaque, fashion oblige.

Tout autre chose avec la world music de Susheela Raman au Marquee : cette Londonienne d'origine indienne a gagné le Mercury Prize pour son premier album, « Salt Rain ». Elle revient aujourd'hui avec « Love Trap », même condensé épatant de world, d'électro, de folk et de pop. Ce multiculturalisme musical a le mérite de proposer autre chose que les sempiternels groupes de rock qui squattent en général l'affiche. Cette année, Werchter aura ainsi fait preuve d'un éclectisme surprenant, en programmant (enfin !) plus de hip hop et plus de world (reggae compris). Les points forts du concert : l'excellent « Bolo Bolo », l'enjoué « Love Trap », et puis ce solo de tablas d'Aref Durvesh, fidèle musicien de Susheela qui nous prit par la main, direction « la jungle indienne, ses plages de sable fin et ses couleurs chatoyantes ». Autre invité : un type de Guinée-Bissau, venu tout droit de Couleur Café pour nous chanter une petite histoire sympathique et remuante. Un beau concert, loin de tous les clichés qui collent à la world music, souvent confinée aux ambiances exotiques des bars à tapas et des magasins de meubles de la rue Haute.

Le cas Interpol est devenu une habitude dans ces colonnes : après le Pukkelpop, l'AB Club et l'ABBOX (voir les différentes reviews), les New-Yorkais étaient à nouveau de retour chez nous, pour ce qui ressemblait fort à une consécration. En un an, le quintette est passé du statut d'outsider de la nouvelle scène rock à celui de valeur sûre. L'accueil chaleureux du public amassé sous la pyramide en sera le plus beau témoignage. Malgré un son de batterie saturé pendant le premier quart d'heure, Interpol aura de nouveau prouvé qu'il est un des groupes les plus solides du revival post-punk/cold wave, à défaut d'être vraiment singulier. Il y a du Joy Division (« Roland », « Untitled »), du Smiths (« Say Hello to the Angels »), du Television sous cette chape de riffs éthérés et de rythmes plombés. Mais cette musique qui côtoie les anges se savoure mieux en club, dans une ambiance tamisée, et pas en plein après-midi devant 5000 personnes. Comme Black Rebel Motorcycle Club l'année passée, Interpol aura surtout convaincu par la manière forte : c'est le sort des groupes qui montent, dont la popularité (surtout francophone) oblige à jouer toujours plus fort et plus vite, parce qu'ils n'ont plus vraiment d'autre choix.

Depuis quelques mois, The Roots cartonne sur les ondes avec « The Seed (2.0) », une tuerie soul-hip hop signée en fait Cody ChesnuTT, dont le premier album (double !), « The Headphone Masterpiece », est un des chefs-d'œuvre oublié de ce début d'année.

Après leur passage remarqué à l'AB en avril dernier, la bande à ?uestlove prit d'assaut la Main Stage, devant l'indifférence quasi générale. C'est qu'en live, les Américains n'hésitent pas à noyer leurs morceaux dans d'interminables solos de basse (balèze Leonard Hubbard, dit « Hub ») et de batterie, comme si le P-Funk et Jimi Hendrix étaient toujours d'actualité. En tout, à peine 7 morceaux, dont les excellents « Next Movement » et « Water », et bien sûr « The Seed », seul véritable moment de communion avec le public. Pourtant, The Roots est une des rares formations cataloguées « hip hop » qui joue live avec des instruments, ce qui devrait contenter les amateurs de rock…

Mais il faut dire qu'au même moment se produisait Grandaddy au Marquee, ces cow-boys skaters à la pilosité effrayante, dont les complaintes country-space pop séduisent toujours autant de fidèles, malgré ce décevant « Sumday » depuis un mois dans les bacs. Heureusement, Grandaddy puisera aussi dans ses précédents albums (« Hewlett's Daughter », « The Crystal Lake », « Chartsengrafs » de « The Sophtware Slump », « AM 180 » et « Laughing Stock » de « Under the Western Freeway »), et puis ces images à l'arrière, c'était plutôt sympa. Quand le scarabée plante sa boule de caca sur une épine et qu'il se démène pour l'en faire sortir (« Microcosmos » ?), le suspense est à son comble : réussira, ne réussira pas ? Oui ! ! ! C'est l'ovation, le délire, au nez et (surtout) à la barbe de Jason Lytle et de ses gentlemen farmers.

On rigole, et pourtant la suite est à pleurer, à cause d'un type qui s'est mis dans la tête que faire du rock de djeunes allait lui valoir tous les honneurs, alors qu'on le connaissait pour ses prises de risques et ses délires d'égocentrique autiste. Tricky a vendu son âme au business, en préférant se fourvoyer dans une bouillie infâme de métal et de reprises cul-cul (« Lovecats » de Cure, « Dear God » d'XTC, sans parler de ce « You Don't Wanna » piqué au « Sweet Dreams » d'Eurythmics, quelle finesse !) que tenter d'encore nous surprendre, comme c'était toujours le cas lors de ses précédents faits d'armes (de « Maxinquaye » à « Juxtapose »). Et puis cette chanteuse, une fan qu'il a engagée après l'avoir vue dans les premiers rangs de ses concerts en Italie : une copie conforme de Martina, mais sans sa classe ni son assurance. A peine si elle sait quand et comment chanter : une vraie poupée sans personnalité, juste contente d'être sur scène avec son idole. Pffff… Tricky n'est plus que l'ombre de lui-même, comme sa musique, qui a gagné en violence ce qu'elle a perdu en charme et subtilité. Ca cogne, ça gigote, mais depuis quand pogote-t-on à un concert de Tricky ? Nous serions-nous trompés de scène ? Est-ce le syndrome Cypress Hill (plus de guitares, plus de bruit) qui gagne peu à peu tous les artistes trip hop de Bristol, après 3D voire Roni Size ? Ca déménage, certes mais ce n'est plus du Tricky : juste du rap-métal rouleau-compresseur qui mise sur l'efficacité, plus sur la sensibilité. Quelle désillusion ! Comme quoi fumer des joints à longueur de journée, ça vous grille les neurones plus vite qu'on ne le pense.

Après cet entubage splendidement marqueté (« Mon nouvel album va écraser toute la concurrence », a-t-on pu lire ailleurs : tu parles), Moby avait intérêt à nous remonter le moral. Facile quand on est comme lui une usine à tubes : suffit de jouer tout « Play » et quelques autres classiques techno-bobo, et c'est la « pérave ». Quelque chose, pourtant, nous turlupine : comme la Star'Ac et Milli Vanilli, Moby l'endive semble jouer en playback… A part les voix, tout semble préenregistré. Suffit d'appuyer sur… « Play » (ben tiens !), et c'est parti mon kiki pour un 'best of' lisse et sans accrocs, plein de bons sentiments et d'applaudissements ravis. Moby, en tout cas, pète toujours autant la forme : il court de gauche à droite, fait semblant d'un peu jouer de la guitare, puis fait semblant d'un peu pianoter sur son synthé ou de taper sur des tam-tams… C'est bien calibré pour plaire au plus grand nombre et aux concessionnaires Renault. Pour couronner le tout, une reprise de « Creep » chantonnée de sa voix chevrotante, de quoi avoir définitivement le public dans sa poche : ce comportement de fayot est d'une indigence rare. Heureusement, un petit « Feeling So Real » remettra les pendules à l'heure : ce classique acid un brin daté fait toujours plaisir à entendre. Décidément, Moby a du talent pour se faire aimer par (presque) tout le monde : les vieux, les jeunes, les ringards, les branchés, les rockeurs, les clubbers, les publicitaires, les anti-Bush (« Je suis une Américaine mais je pense que j'ai une idiote pour président »), les fans de Radiohead et les végétariens. Mais où reste Eminem ?

La nuit est déjà tombée sur le site quand Massive Attack entre en scène ou plutôt 3D et ses musiciens au look d'androïdes, genre T-1000 dans la Matrice. D'entrée, « Future Proof » plombe l'ambiance : c'est glacial et sans reliefs, ça fout le bourdon en même pas trois minutes. La voix de 3D est à peine audible, noyée dans les reverbs et les basses menaçantes… Derrière lui, un écran géant affiche des données qui nous concernent : « Vrijdag 27 juli, Werchter, België, 100th Window »… Pendant tout le concert, nos yeux resteront rivés à cet écran pixellisé d'une sophistication renversante ($$$) : toutes ces informations nationales défilant à vive allure (+ l'Irak)… Massive Attack aurait-il consulté pour ce concert un spécialiste du Ministère de l'Intérieur ? Heureusement qu'il y avait cela pour nous distraire, parce que la musique, elle, était franchement insipide. Après la débâcle Tricky, le somnifère Massive Attack : décidément, cette journée aura été celle des désillusions bristoliennes. A peine aura-t-on vu Daddy G et Horace Andy, qui avaient eux aussi l'air de s'ennuyer ferme. Quant à Debbie Miller et Dot Allison, elles n'auront pas non plus fait remonter la température. Même « Unfinished Sympathy », « Teardrop », « Safe From Harm », pourtant des classiques, sonnaient faux dans cette ambiance frigorifiée. On vous a déjà dit ce qu'on pensait de « 100th Window » (voir chronique) : ce concert en sera la triste confirmation. Quand même : tout cela fout un peu les boules. Allez vite au lit, et qu'on oublie tout ça !

 

Rock Werchter 2003 : samedi 28 juin

Samedi, journée du rock costaud. Les hostilités démarrent en trombe par les jeunes Hollandais de Krezip, peu connus de ce côté-ci de la frontière linguistique, mais de véritables stars en Flandres. Le public, déjà bien présent malgré l'heure matinale, leur réserve un bel accueil. Pourtant, rien de neuf sous le soleil du rock le plus mainstream : des morceaux gentiment heavy cèdent la place à des ballades, et ainsi de suite. Sur « I Would Stay », tube flamand d'il y a trois ans, les jeunes fans des premiers rangs reprennent les paroles en chœur : émouvant. A noter : la chanteuse s'appelle Jacqueline. Pas super glamour, mais comme elle a des gros seins, ça compense.

Festival flamand oblige, Werchter invite toujours les gloires provinciales du Limbourg et d'ailleurs. On a beau ne rien comprendre à l'accent West-Vlaams des rappeurs de 'T Hof van Commerce, il n'empêche qu'ils mettent un beau souk à chacune de leur apparition sur scène. Buzze, Flip Kowlier et DJ 4T4 n'auront donc eu aucun mal à faire bouger la plaine, à coup de « Kom Mor Ip » et de « Dikkenekke » festifs et malins. 4T4 balançant la sauce en mixant vieux hits de Dre et galettes persos, c'est toute la communauté néerlandophone qui était à la fête. « Buzze Buzze… Zonder Totetrekkerie, yo ! ».

Comprendra qui pourra, mais tant qu'à faire, mieux vaut ça que le vilain metal de Stone Sour, le groupe de Corey Taylor, chanteur des Slipknot. « I just woke up, I'm still drunk but I'm ready to have a really good time », grogne-t-il dans son micro : pas nous, plutôt dégoûtés par ses sales manières et sa gueule de serial killer. Il aurait mieux fait de garder son masque.

De l'autre côté, il y avait Janez Detd, sympathique quatuor de punk-rock du nord de la Flandre (encore). « Vier simpele jongens uit vier simpele dorpjes », mais dont la sympathie et l'humilité ont touché le public, qui leur a réservé un formidable accueil. Sans doute que Janez Detd n'en attendait pas tant, et nous non plus : on venait là en dilettante, on est parti enchantés, sûr d'avoir assisté là à l'un des concerts les plus chouettes de tout le festival. En même pas une heure, Janez Detd aura retourné la pyramide comme une crêpe avec ses mini-bombes à la Blink 182, « Raise Your Fist », « Anti-Anthem », « Beaver Fever », « Classe of 92 ». Quelle ambiance, mes amis ! Pendant tout le week-end, ce sera d'ailleurs sous la tente que se dérouleront les concerts les plus chauds et acclamés. Et celui-ci, assurément, en aura fait partie, à la grande satisfaction de Nikolas et de ses potes, qui, selon leurs propres dires, ont joué « le concert de leur vie ». Après deux années de galère (problèmes de cœur, de groupe, de matos, de maisons de disques), Janez Detd aura prouvé qu'il ne sert à rien de baisser les bras, mais au contraire de « lever le poing » et de continuer coûte que coûte. Une belle leçon de vie, traduite ici avec maestria par des riffs canons et des reprises furibardes (« Mala Vida », « Who's the King », « Take on Me », « Walk This Way » : la fête). A la fin, l'adrénaline au bord de l'explosion, Nikolas fera un bond de trois mètres ( !) de la scène jusqu'au public : un miracle qu'il ne s'écrase sur les barrières. Comme quoi, le bonheur donne des ailes. Impressionnant !

Succéder à telle claque ne devait pas être une mince affaire… C'était sans compter sur le talent des Saïan Supa Crew, cinq rappeurs de Paris qui manient la langue de Voltaire comme les Samurais leur épée – la référence au Wu Tang n'est pas tout à fait fortuite. Sans matos sur scène, juste leur micro et une bonne dose d'humour et d'énergie, les Saïan ont réussi à charmer un public pourtant majoritairement flamand, grâce à ces bons vieux « Everybody screaaaams ! » et « Raise your hands in the air ! », deux jaugeurs d'ambiance plutôt faciles mais toujours efficaces. Ca bouge, ça groove, SSC est dans la place : cinq voix, cinq flows, cinq fois plus de plaisir. Leurs textes, débités à la vitesse vv', parlent de ségrégation, de faits de société, mais aussi des filles, du rap et d'autres choses moins clichés. Le moment fort du concert : lorsqu'un des cinq rappeurs, seul sur scène, aura décliné ses talents de human box pendant 10 minutes, jusqu'à reprendre « Voodoo Chile » rien qu'avec la langue et par quelques contorsions buccales. Big up !

Xzibit en congé de l'Eminem Family, le voilà à nouveau sur nos terres venu botter le cul (« kick some ass ») des petites pépettes et des b-boys qui rêvent d'Amérique. « X to the mothafuckin' Z » ne fait pas dans la dentelle : son rap West Coast se la joue gros bras, même si ses histoires de fric, de drogue et de « drive boy shooting », ça n'impressionne personne. Pour lui faire plaisir, on fera donc semblant d'être apeuré par ses manières de gangster… Et on hochera la tête sur « Front 2 Back », « DNA », « Spit Shine » (de la BO de « 8 Mile »), « Bitch Please » et « Multiply ». Tous ces potes, 50 Cent, D12, Obie Trice, Dr Dre, bref le posse au blanc-bec Mathers : qu'ils viennent, on leur déroulera le tapis rouge. Qu'ils pensent seulement qu'ils sont les plus forts, en baise, en a-fonds (« Alkoholic »), en hip hop, en muscu, en gueule. Ca ne nous empêchera pas de croire que derrière un bar, à Bruxelles, n'importe quel mec les enterrerait après trois bières… Ouais ! ! ! Et on croise nos avant-bras sur « X », en pensant à la biture que se prendrait ce fier-à-bras s'il savait ce que « boire » veut dire. Va prendre tes pilules et parader dans tes clips de gros branleur : tu ne perds rien pour attendre.

« Wok'n'woll ! », dirait Sean Bateman (voir « The Rules of Attraction ») s'il voyait The Datsuns : quatre Néo-Zélandais qui singent AC/DC, The Stooges, Thin Lizzy et Motörhead avec une belle morgue, comme s'ils étaient tombés dans la marmite seventies quand ils étaient petits. Si Christian et Phil Datsun passeront en revue toutes les poses ridicules de l'histoire du hard rock (ne manquait plus que le solo de l'un sur les épaules de l'autre, façon Angus Young), Dolf, lui, gueulait comme un Richie Blackmore en pleine mue… « Like A Motherfucker From Hell ! ! ! » : yeah, « wok'n'woll ! ». Une heure de pure magie rock, blues, heavy : les Datsuns sont jeunes, et pourtant ils sonnent comme un bon vieux disque de Deep Purple. Le public était chaud, répondant au quart de tour à ces riffs sexy et ces appels à la luxure : « Lady », « Harmonic Generator », « What Would I Know », « In Love »,… En final, un « Freeze Sucker » d'anthologie, pendant lequel on pouvait voir sur scène les fantômes de Bon Scott et de Dave Alexander taper le bœuf à côté d'un Dolf survolté, qui finira par tout casser. The Datsuns ont beau être des anachronismes vivants, coincés dans une faille spatio-temporelle qui les fait croire qu'il n'y a plus eu de nouvelle (et meilleure) musique depuis « Back In Black », il faut dire qu'ils assurent. N'empêche, mieux vaut ne pas abuser de ce genre de spectacle un peu rétrograde : on finirait par se laisser pousser la moustache.

Les Queens of The Stone Age aiment Werchter, et ils nous le rendent bien : l'année dernière, Josh Homme et ses amis stoners avaient laissé bouche-bée la plupart des festivaliers, grâce à de nouveaux titres poids lourd, une technicité renversante, et surtout à la poigne monstrueuse de Dave Grohl, invité-surprise d'un concert aujourd'hui inscrit à tout jamais dans les annales du festival. Pour leur troisième passage à Werchter, les QOTSA n'avaient donc qu'à balancer leur rock costaud (mais finaud) sans faire de chichis : on serait là pour les applaudir, et lever du poing en remuant la tête – voilà du vrai « wok'n'woll », puissance mille. Malheureusement, il arrive parfois aux « meilleurs groupes rock live du monde » d'être fatigués, de céder à la routine, de se reposer sur leurs lauriers. C'était le sentiment qui planait lors de ce concert, même si un QOTSA en roue libre vaut toujours mieux que 10 Good Charlotte qui pètent la forme… Le public non plus n'était pas des plus réceptifs : en cause sans doute le soleil et le sommeil, et ce mix approximatif qui bourdonnait à nos oreilles. Mais on reste quand même subjugué par la voix terrible de Mark Lanegan (Aaaah, l'hénaurme « Song for the Dead »), et cette rythmique implacable qui fait toujours des étincelles : à la fin, un excellent « Regular John » revisité (de leur premier album) et un medley « No One Knows/Feel Good Hit of the Summer » finiront par réveiller la foule tétanisée. Un peu tard quand même pour pardonner, à la fois au groupe et au public, son manque d'enthousiasme…

Mais ce bon vieil Arno allait leur montrer ce que « réveiller les morts » veut dire, à tous ces jeunes ! Introduit sur scène par Lux Jansen (Studio Brussel) comme le « vrai Roi des Belges » (Le Prince Laurent était présent dans les backstages), Arno aura livré, comme d'habitude, un set habité et concis, privilégiant les ambiances éthyliques et électriques aux ballades romantiques (exception faite du très beau « Les Yeux de ma Mère »). Au démarrage assez bordélique, l'Ostendais se rattrapera joliment en enfilant tube sur tube, par un final grandiose (« Les Filles du Bord de Mer », « O La La La » et « Putain, Putain ») qui fera se déhancher toute la plaine. « Dank u Godverdomme » : au contraire des QOTSA, Arno n'aura pas failli à sa réputation d'entertainer bourru mais tellement sincère. Putain, putain, c'était vachement bien !

On ne peut pas en dire autant de The Streets, alias Mike Skinner, dont le premier album, « Originate Pirate Material », révèle pourtant un talent hors du commun pour mettre en son l'Angleterre fish and chips. Comme à l'ABBOX en novembre dernier, Skinner aura déçu par sa nonchalance : se baladant sur scène comme s'il était à Knokke-le-Zoute (ce short de touriste !), le rappeur n'aura donné de lui-même (et de ses chansons) que le minimum syndical, accompagné d'un copain qui s'occupait des refrains mais dont la voix manquait de justesse. Sur « Geezers Need Excitement », cette association de malfaiteurs ressemblait presque à du Starsky et Hutch : un peu mous du genou, les deux compères roulaient des mécaniques mais en restaient aux préliminaires, laissant le batteur et le sampler faire tout le boulot, tandis qu'eux buvaient leur bière. « I can do more than Xzibit », se vantera Skinner pendant « Too Much Brandy » : d'accord, mais est-ce si difficile (relire plus haut) ? Heureusement, « Let's Push Things Forward » suivi de « It's Too Late » remettront les pendules à l'heure, prouvant à l'arraché que Skinner est moins plouc qu'il n'en a l'air (sur scène, tout au moins).

Le problème, quand on joue en même temps qu'une grosse tête d'affiche, est qu'au fur et à mesure de votre concert, tout le monde se barre : en plus d'être un peu mou, le concert de The Streets aura eu l'autre malchance de rivaliser avec celui de Metallica, dont c'est le grand retour après (plus ou moins) cinq ans d'absence. « Today is a great day to be alive », grogne James Hetfield en début de concert, avant de balancer un « Battery » d'une brutalité à faire peur : oui, Metallica is back, et ça va faire mal ! Un nouveau bassiste (le balèze Robert Trujillo, vu et entendu chez Suicidal Tendencies, puis chez Ozzy), un nouvel album (« St Anger », trash mais longuet), une nouvelle jeunesse : autant d'éléments qui augurait d'un concert solide, qu'on soit fan ou pas de ce metal carnassier qui vous prend aux tripes. Les quatre chevaliers de l'Apocalypse étaient très en forme : pas une minute de temps mort, sauf bien sûr sur « Nothing Else Matters », repris en cœur par des milliers de fans exultant (certains faisaient le pied de grue tout devant depuis 11h00 du matin !). Interprétant seulement deux nouveaux morceaux (« Frantic » et « St Anger »), Metallica préféra livrer un set best of, loin de toute contingence promotionnelle. Sans doute pour remercier les fans, toujours aussi fidèles et nombreux malgré le départ de Newsted et le bide de « Load » et « Reload ». Au programme, que des classiques, donc : « Master of Puppets », « Harvester of Sorrow », « Sanitarium », « From Whom the Bells Tolls », « Sad But True », « No Remorse », « Ride the Lightning », « Creeping Death », et en rappel « One » et « Enter Sandman » sur fond pyrotechnique, bref que du trash haute tenue, celui d'avant la période creuse (après le Black Album). Contents du formidable accueil de leurs fans belges, Hetfield, Hammett, Ulrich et Trujillo iront même saluer les premiers rangs après l'apothéose finale, de tapes amicales en distribution d'onglets pour les collectionneurs.

Pendant ce temps, le duo norvégien Royksopp terminait péniblement sa besogne, après une heure d'un set sans grande innovation (si ce n'est la reprise élégante du « Clocks » de Coldplay, chantée par une belle inconnue) : on avait déjà vu les deux amis plus inspirés, et surtout plus dansants. Il est temps pour eux de s'atteler à la suite de leur excellent « Melody AM », faute de quoi on se lassera vite de leurs apparitions multiples. Il est tard, et demain nous attend la dernière ligne droite. Alors que quelques traînards scandent le « One Nation Army » des White Stripes devenus en trois jours l'hymne du festival, nous rentrons au camping pour un gros dodo, qu'on espère bien réparateur.

Festival Domino 2003 : du 7 au 16 avril.

Pour sa septième édition, le Festival Domino organisé par l'Ancienne Belgique aura fait le plein et proposé une belle brochette d'artistes atypiques en marge de la pop. De la cold wave tamisée d'Interpol à l'électro-jazz tarabiscoté du big band norvégien Jagga Jazzist, dix jours de musique inclassable et moderne, d'effervescence salvatrice et d'expérimentations sonores sans complexes. Malgré quelques temps morts et de légères déceptions, Domino n'aura donc pas failli à sa réputation : celle d'un festival incubateur de nouvelles tendances, plate-forme tête chercheuse du meilleur de la pop, du rock, du hip hop et de l'électro d'aujourd'hui et de demain.

C'est un groupe belge, et wallon de surcroît, qui aura ouvert les festivités (lundi 7 avril) : Girls In Hawaii, dont on attend avec impatience le premier album. En conjuguant mélodies bien ficelées et chant anglophone sans accent, ce tout jeune groupe de musiciens déjà aguerris aura séduit le public, pourtant majoritairement néerlandophone. C'est qu'il s'agit là d'un exploit : de mémoire, on n'avait plus vu de groupe wallon sur la scène de l'AB depuis belle lurette… Pour l'occasion, le chanteur n'aura de cesse de remercier le public en flamand dans le texte : sympathique. « Found In The Ground », leur premier single, est déjà diffusé en boucles sur les ondes… francophones. Sûr que leur passage à l'AB leur ouvrira d'autres portes, d'autant qu'on les compare déjà à dEUS… signés eux aussi, alors que personne ne voulait d'eux, sur un label « wallon » (Bang !, en l'occurrence). Un seul hic : les chansons laissent un goût d'inachevé, comme s'il manquait un couplet/refrain pour vraiment nous accrocher. Une affaire de temps et de répétitions, mais d'ores et déjà on tient, avec Girls In Hawaii, un futur grand groupe.

Ed Harcourt, lui, n'a plus grand chose à prouver : ses deux albums (« Here Be Monsters » et « From Every Sphere ») sont d'une qualité irréprochable – de la pop orchestrée à la manière d'un Brian Wilson, céleste et envoûtante. Pourtant, son concert n'aura pas répondu à toutes nos attentes, en cause sa voix un peu rauque et fatiguée (« C'est parce que j'ai léché des chats hier, à Amsterdam… »), et surtout ces conditions live, qui noient la finesse habituelle des arrangements dans un volume sonore plus qu'approximatif. En ouverture, un vieux morceau au piano, « Whistle of A Distant Train » augurait pourtant du meilleur. « All of Your Days Will Be Blessed », certes plus pop-rock, confirmait cette belle entrée en matière… Mais déjà l'on sentait, après le premier refrain, un certain essoufflement : Ed Harcourt aurait pu faire de ce titre un tube sur lequel remuer la tête et taper gaiement du pied… Il le chanta avec une telle paresse qu'on applaudit poliment, au lieu de crier « Encore ! », un grand sourire barrant notre visage. La suite fût du même tonneau, avec quand même quelques éclairs de génie : « Apple of My Eye » et « Late Night Partner » (une nouvelle chanson, jouée en solo) en rappel, l'amusant « Ghost Writer » aux allures de ballade à la Tom Waits, « Something In My Eye » et « She Fell Into My Arms »,… Bref que des anciens morceaux, ou presque. Les titres de « From Every Sphere » manquaient soit de punch, soit d'élégance. On avait déjà connu Ed Harcourt plus en forme, même si le bonhomme aime toujours autant prendre le public à partie et faire le pitre, comme lors du titre « Jetsetter », à la fin duquel il demanda aux gens d'aboyer au lieu d'applaudir. Décidément, ce type fait une fixation sur les animaux domestiques : ce soir, il fût davantage bouledogue que lévrier.

Le lendemain (mardi 8 avril), autre soirée pop-rock, en fin de compte pas plus marginale que celle de la veille : le festival Domino, si l'on s'en tient à sa volonté de défrichage hors-pistes, débute donc gentiment, sans vraiment remplir son cahier des charges. Qu'importe : Interpol et Dead Man Ray restent suffisamment originaux pour faire semblant d'être ‘en marge de la pop’, le credo de Domino. C'est aux Anglais (Brighton) de British Sea Power qu'il revint la tâche, difficile, de débuter la soirée. Leur rock déjanté quoique balourd n'aura pas fait de vagues : imaginez The Beta Band et Motörhead batifolant en plein Summer of Love, mais sans leur classe. Anecdotique, si ce n'est leur accoutrement (cagoules, casques, oiseaux empaillés,…).

Dead Man Ray, comme d'habitude, aura laissé planer une impression douteuse : entre élans soniques indomptables et impros blues-rock impénitentes, les Anversois auront soit subjugué, soit ennuyé. Parce que pour les apprécier, il faut aimer le bitume, la grisaille urbaine, le blues des grandes métropoles. Parce que leur rock moderne semble taillé pour l'écoute en voiture, « Sur la route ». Pour ce concert, Dead Man Ray aura surtout joué des morceaux de « Cago », en égratignant au passage Studio Brussel, qui refuse de passer leur nouveau single, « Need », sous prétexte qu'il n'est pas radiophonique… Daan était en méchante forme, dédiant leurs chansons aux « chevaux dans la salle » (« Horse »), « à ceux qui croient à demain mais pas à après-demain », « à Maurice (Pialat ?) qui est mort », tout en se félicitant de ne pas avoir évoqué l'Irak (une gageure il est vrai). Voir Dead Man Ray sur scène, c'est toujours une expérience intéressante…

Tout comme Interpol, dont c'est déjà la troisième venue chez nous en quelques mois. On a déjà dit ce qu'on pensait de leur musique : une féroce relecture de Joy Division, des Smiths et de Television, des refrains imparables, une classe mortelle,… Encore une fois les cinq New-Yorkais auront fait mouche, surtout qu'on sent maintenant la machine bien rodée. Même le français de Paul Banks (le chanteur) s'améliore. Côté musique, que du bon, entre colère rentrée (« Roland » en ouverture, « PDA ») et envolées vers les anges (« Untitled », « Hands Away »). Certains leur reprocheront ce style trop appuyé : une marque de fabrique qui les sert autant qu'elle les ligote. Nous, on aime, et tant pis si leur cold wave/post-punk sent parfois le renfermé. Ils n'inventent rien, ce qui ne les empêche pas, bien au contraire, de nous impressionner. Pour finir cette soirée, un peu d'électro gentillette avec Tujiko Noriko, énième émule, cette fois nippone, de Björk. Pas de bol : son laptop en berne, on n'aura pas retenu grand chose. Quelques bribes de Fennesz (ces clicks and cuts), des mélodies colorées et une voix retravaillée en direct : bien sympa, mais quand la machine déraille, l'électronicien se trouve toujours bien dépourvu.

Jeudi 10, soirée hip hop avec le label Definitive Jux : d'abord Cavemen Speak, combo avant-hop de Courtrai (trois Belges, deux Suédois) aux rimes intelligentes et au tapis de beats subtils et soyeux. Leurs albums (« Wooden Cast » et le récent « Shadowanimalssolos ») se composent de longs épisodes rappés qui se suivent comme autant de chapitres d'une même histoire, peuplés de personnages fantasques aux noms biscornus (dAn&theiDIOt, Homesick Nomad, The Boring Siaz, Spleenventer, Radical,…). A suivre de près.

Quant à Beans, échappé en solo de (feu) Anti-Pop Consortium, son électro-hop squelettique aura davantage interloqué que convaincu. Seul avec son lecteur CD portable, le rappeur n'eut en effet pas peur du ridicule : plus DIY que ça, tu meurs. Au moins, ça évite les notes de frais en roadies : suffit d'appuyer sur « Play » et de rapper tranquille, comme sur le disque. Plus fort encore : sans musique, genre spoken word sans chichi. Extrême, sans doute. Un peu facile aussi.

Heureusement pour les amateurs de hip hop grognard et plus scénique, il restait El-P et Murs (+ le Dj de Cannibal Ox aux Platines), qui se partagèrent le show avec poigne et une bonne dose d'humour noir. Sans cesse sur la corde raide entre rap couillu et beats de haut vol, les deux compères de Def Jux réussirent à mettre le feu au public de l'ABBOX, pourtant clairsemé. Au programme : diatribes anti-Bush, exhortations bombastic et « battles » violentes, dans le plus pur esprit old school. Amusant mais déconcertant : on croyait assister à un concert de hip hop aventureux (écouter les disques)… On a eu droit à du gros son plus festif que vraiment inventif.

Pendant ce temps, au Club : Erlend Oye et son « Ful Effect Show », bref accompagné de vrais musiciens, venus tous ensemble défendre l'album du jeune blanc bec de Kings Of Convenience, « Unrest ». Contrairement à son récent passage à Namur, Erlend s'est donc donné pour tâche ici de rendre le plus fidèlement possible les chansons électro-folk qu'il a composées à travers le monde ces deux dernières années, de New York à Berlin. Au final, on retiendra pourtant une envie furieuse d'orienter encore davantage ses morceaux du côté du dance-floor : des titres comme « Sudden Rush » ou « Like Gold » faisaient ainsi la part belle aux gros BPMs, s'étirant sur plus de cinq minutes pour laisser le loisir au public (ravi) de se lâcher « à donf ». Mais celui qui s'amusait le plus, c'était encore Erlend, sautillant comme un ado attardé, sur scène ou dans la salle. Le concert, à maintes reprises, prenait alors des airs de surboum d'annif, avec le Norvégien en clown à grosses lunettes (mais cette fois sans moustache). Quelques inédits, une version allumée de « Remind Me » et un « Everybody Party Has A Winner And A Loser » seul à la guitare en clôture, et Erlend pouvait rentrer chez lui satisfait : la fête a battu son plein, tout le monde s'est bien marré, il pourra revenir l'année prochaine.

Samedi 12, rendez-vous était pris avec The Mars Volta, le nouveau groupe d'Omar Rodriguez et de Cedric Bixler, ex-At The Drive-In. Leur album sort en juin, et l'on peut déjà dire qu'il sera une vraie bombe, à en juger par les morceaux joués ce soir, d'une puissance et d'une inventivité au-delà de tous soupçons. The Mars Volta joue du rock apocalyptique, sans cesse sur le fil du rasoir, avec violence et emphase. Mais pas seulement : dans des titres comme « Drunkship of Lanterns » (téléchargeable sur leur site, www.themarsvolta.com), on entend aussi du dub, du krautrock, du prog, de l'électro, du hardcore, du punk. Comme si King Crimson, Led Zeppelin, Fugazi, Captain Beefheart et Pink Floyd s'étaient réunis dans un même studio et avaient tapé le bœuf pendant des heures. En live, c'est encore plus fracassant : Bixler et Rodriguez sautent comme des dératés, tandis que les trois musiciens qui les accompagnent (un batteur molosse, un claviériste possédé, un bassiste concentré) tentent à peine de calmer le jeu. Sans doute que Mars Volta est la plus impressionnante artillerie live qu'on ait vu depuis belle lurette… Jamais stagnante, leur musique ne souffre d'aucun temps mort, la rapprochant en cela d'une certaine définition du free jazz. Fantastique !

Juste avant, à l'étage, Radian déroulait ses rythmiques hypnotiques et cliquetantes devant un parterre de fidèles. Ce trio (basse/batterie/laptop) originaire d'Autriche était déjà venu à la soirée Thrill Jockey des Nuits Botanique : à l'époque, on était resté sceptique. Cette fois, notre impression fût toute autre : rares sont en effet les groupes qui peuvent se targuer d'être tout à fait marginaux, presque seuls au monde… comme Radian. Le plus incroyable chez eux, c'est ce perpétuel décalage des résonances : le batteur frappe, et l'impact se ressent quelques secondes plus tard, filtré d'abord par le laptop. Sorte de post-rock plein de loops, la musique de Radian semble mourir à chaque instant pour mieux renaître, tourner sur elle-même mais pas tourner en rond, comme une implosion sonore capturée live et rembobinée à l'envers.

Hangedup est un duo canadien abrité par le label Constellation, maison de Godspeed You ! Black Emperor. Geneviève Heistek (violon) et Eric Druven (percussions) font d'ailleurs presque autant de bruit que leurs compagnons, et seulement à deux… Mais de bruit, Hangedup ne retient que la puissance, le retentissement : ainsi leurs pièces néo-baroques sonnent comme de véritables cathédrales de sons, construites sur la répétition et la surenchère (toujours plus vite, toujours plus fort), jusqu'à l'explosion, libératrice. Devant de telles montées d'adrénaline, difficile de rester calme. Comme on dit, « ça fait du bien par où ça passe ».

Un festival qui s'appelle « Domino » ne pouvait qu'accueillir le label du même nom pour une soirée-événement (dimanche 13) : les dix ans de cette maison londonienne toujours à l'affût des nouveaux talents, au catalogue impeccable et à l'esprit frondeur et conquérant. Au programme : Clearlake, Stephen Malkmus et Four Tet.

Les Brightoniens de Clearlake, malgré la très bonne tenue de leur deuxième album « Cedars », n'auront pas retenu l'attention du public. Dommage : leurs mélodies balèzes et leurs refrains accrocheurs rappellent le meilleur Go-Betweens, croisé avec la puissance de feu de QOTSA et la fraîcheur de la brit-pop d'il y a 7-8 ans. D'abord calme et timide (« The Mind Is Evil », « Keep Smiling ») puis davantage rouleau compresseur (« Come Into The Darkness », « Can't Feel A Thing »), la power-pop de Clearlake ne sait, en live, sur quel pied (nous faire) danser : voilà sans doute la raison de l'indifférence des gens présents ce soir, plus attentifs à l'heure qui passe qu'aux perles jetées en pâture par ce quatuor d'exception.

C'est que Stephen Malkmus traîne derrière lui une cohorte de vieux fans élevés à l'indie-pop, du temps où le chanteur dégingandé faisait encore de bons disques. Pensez donc que les « support acts », comme on dit, ces gens-là s'en lavent les mains… Pourtant, osons le dire, au risque de nous faire des ennemis : Malkmus sans Pavement, c'est comme du pain sans levure : ça ne prend pas. Son deuxième album solo, « Pig Lib », le confirme : finies les mélopées nonchalantes, vive les soli à la Eagles… Heureusement, l'ex-Pavement a gardé son humour (noir) : pendant tout le concert, on aura ri avec ses blagues à deux balles et ses prises de becs (avec sa compagne-bassiste Joanna Bolme), sans parler des pitreries de John Moen (le batteur). Entre chaque morceau, place donc à la discussion entre potes, de l'éloge de la Zélande (« Zeeland is lekker ») aux explications surréalistes des titres. Côté musique, « Jenny and the Ess-Dog », « (Do Not Feed the) Oyster », « Dark Wave » et l'inédit « Troubbble » auront été les plats de résistance.

Quant au reste… Four Tet, alias Kieran Hebden, termina la soirée en beauté, avec son électro-folk de haut vol. Son troisième album, « Rounds », sort début mai : un mélange réussi d'instruments acoustiques, de beats impressionnistes et de bruits du quotidien, servi ici sous la forme d'un mix abrasif plutôt dance-floor. On en reparle.

La soirée du mardi 15 fût sans doute la plus consistante, du moins si l'on s'en tient au discours en marge prôné par Domino (avant-gardisme et découvertes). Si Kim Hiorthoy était présent in fine durant tout le festival, à travers une expo de ses travaux réalisés pour les labels norvégiens Smalltown Supersound et Rune Grammofon, c'est en live qu'il frappa le plus notre esprit et nos oreilles. Parce que ce Scandinave aux allures de nerd n'est pas qu'un designer de talent : c'est aussi un électronicien doué, dont les deux albums (« Hei » et « Melke ») n'auraient pas à rougir d'une comparaison avec, au hasard, Boards of Canada. Sur scène pourtant, Hiorthoy n'hésite pas à durcir le ton, rajoutant à ses vignettes bucoliques de sautillants BPMs, jusqu'à parfois se lancer, hilare, dans une drum'n'bass incendiaire.

Mais la grande claque vint de Jagga Jazzist, un big band (10 musiciens !) électro-kraut-jazz (avant-lounge ?) d'une classe inouïe. Et d'une technicité époustouflante, à l'image du batteur-leader Martin Horntveth, au jeu de baguettes complètement déjanté. Du côté des influences, on pourrait citer Tortoise, Aphex Twin, John Coltrane, Squarepusher, Motopsycho, Herbie Hancock,… Mais on serait encore loin de la réalité. A la fois organique et sophistiquée, la musique de Jagga Jazzist ne cesse de surprendre, ne prévenant jamais l'auditeur de la tournure que prennent, à chaque instant, les beats, les cuivres et les percussions. Sans arrêt en déséquilibre et en renouvellement, les dix musiciens de cet orchestre extra-terrestre semblent ne faire qu'un, tout en laissant le hasard, fruit des plus belles idées, enrayer la machine. Jagga Jazzist est le seul groupe du festival à s'être fait ovationné pendant plus de dix minutes, laissant le public émerveillé : la preuve qu'il est encore possible d'emprunter des sentiers musicaux jusqu'ici vierges de toute empreinte humaine, sans pour autant laisser l'auditeur sur le bord de la route.

La soirée de clôture (mercredi 16) aura plutôt déçu : terminer par de la musique triste (mais pas sinistre) n'était sans doute pas une bonne idée. On aurait préféré fêter ça dans la joie et l'allégresse ! Mais non… Le blues, donc. Comme un lendemain de veille. D'abord avec Friends of Dean Martinez, trois gaillards aphones frappant leurs guitares (et leur batterie) dans l'autisme le plus obscur, pour qu'en sortent de longues plaintes instrumentales, entre Ry Cooder et Calexico, mais sans le soleil et la tequila. Un peu tannant… Surtout que dehors, il fait beau.

Et ce n'est pas Jackie-O Motherfucker qui va soigner nos maux de tête, et calmer cette envie tenace d'aller voir ailleurs (sur la terrasse d'un café, pour tout dire). Pourtant, à y écouter de plus près, on s'accroche à ce post-rock arthritique plus qu'expérimental, presque silencieux. En une heure et trois morceaux, ces Américains auront repoussé avec langueur les limites du rock, tout d'un coup plus proche de Sun Ra et de Steve Reich que de n'importe quoi d'autre.

Dehors, il commence à faire noir. Les nuages finissent par cacher le soleil. Le moment idéal pour savourer la sublime country-rock de Songs : Ohia, dont le dernier album, « The Magnolia Electric Co », est un chef-d'œuvre. Que s'est-il donc passé lors de ce concert, d'une banalité affligeante ? Les bières 33cl du bar de l'AB auraient-elle engourdi nos neurones, ou celles de Jason Molina, pour que celui-ci nous balance ses morceaux comme de vulgaires pastiches de Willie Nelson ? Entre les splendeurs de l'album et leur interprétation sur scène, on cherche encore le rapport… Certes, Songs : Ohia s'est parfois fendu de quelques riffs forts en gueule, et Molina n'a pas son pareil pour décocher des paroles d'une noirceur éclatante, mais il manquait à ce concert la foi et l'ardeur, comme sur les disques. Sans parler de l'ambiance, mortifère. Faut dire qu'avec Molina et ses sbires, on ne pouvait s'attendre au concert le plus folichon du festival. Mais au plus habité, oui. Domino s'est donc terminé sur une fausse note, au grand dam de ses organisateurs. Qui nous ont quand même fait découvrir de sacrés bons groupes, comme d'habitude. Rendez-vous est déjà pris pour l'année prochaine, avec une soirée de clôture on l'espère autrement plus printanière. 

Festival Les Inrocks 2003 : vendredi 7 novembre / The Sleepy Jackson + Martina

Chaque année, l'Aéronef de Lille accueille le Festival des Inrocks, pour le plus grand bonheur des mélomanes et de leur portefeuille (4 groupes pour le prix d'un). Cette année, beaucoup de rock'n'roll, revival oblige… sauf ce soir, où l'on aura pu voir à la fois de la soul-trip hop sensuelle, de la pop décervelée, du psychédélisme enfumé et du ska-northern-soul-rock-pop-et-quoi-encore-difficile-à-dire-avec-ces-types-de-The-Coral.

The Sleepy Jackson : en fait un type, Luke Steele, entouré pour l'occasion de tout un groupe au look improbable (un bassiste qu'on croirait échappé d'un groupe de métal, un choriste chevelu sorti de nulle part). Steele, lui, a une belle moustache, mais c'est aussi à la mode (cfr The Darkness et Kings of Leon). Quant à sa musique, elle est sympathique, à défaut d'être originale : de la pop joliment troussée, emprunte parfois de folk, de country et d'envolées hippies, preuve que notre ami a passé beaucoup de temps dans sa chambre à faire des Top 5 en écoutant des tonnes de vinyles. Parce que sa musique, donc, n'a rien d'exceptionnel : du recyclage, encore une fois, de Gram Parsons aux Flaming Lips, de Midnight Oil (il est australien) au Velvet Underground, des Beatles à Iron Butterfly. C'est bien emballé, cela dit, et sur scène ça en jette : « Good Dancers », Vampire Racecourse », « Miniskirt »,… Le reste n'est qu'une question de setlist, dont il est toujours difficile de se souvenir, surtout après deux heures de route, quelques bières et une mémoire de plus en plus défaillante à force de concerts et de décibels. Pfft ! C'est pas bien ce que je dis, mais c'est ce que m'inspire ce pseudo-groupe super chouette dont la destinée semble déjà toute tracée : on en parle partout, mais dans un an on ne s'en souviendra même plus, parce qu'il y en aura bien d'autres, des moustachus, avec des chansons cool et tout le reste.

Martina Topley-Bird, elle, peut au moins se reposer sur une carrière déjà bien remplie aux côtés de Tricky, son ex qui a viré rock'n'roll comme tout le monde et y a perdu son âme. En fin de compte, elle a bien fait de tenter sa chance en solo (« Quixotic »), tranquillement et sans esbroufe : toujours reléguée au second plan d'un univers moite et sordide qui lui devait pourtant beaucoup (« Maxinquaye », « Pre-Millenium Tension », deux chefs-d'œuvre), la voilà qu'elle se révèle à nous d'une autre façon, plus soul, plus languide, plus féminine. Sur scène, Martina n'a en tout cas rien perdu de son mystère, de cette aura sensuelle qui attise les regards et trouble nos hormones. Si ses compositions s'offrent à nous telles de douces sucreries, elles n'ont rien perdu, une fois déchiré l'emballage et le caramel fondu dans la bouche, de leur intrigante noirceur. On danse, mais sans joie, plutôt portés par un réflexe moteur qui réagit aux basses… Comme si cette fille usait de ses charmes vocaux (et physiques) pour nous hypnotiser, avant de nous sucer le sang et de nous étreindre dans un dernier soupir. Brrr ! Vite, au bar, qu'on reprenne ses esprits après telle dérive hallucinatoire. Quelqu'un n'aurait pas du hachisch ? Ben oui, après c'est les Warlocks…

G. E.

Une claviériste, un bassiste, deux drummers et trois guitaristes dont un chanteur : les Warlocks montent sur scène dans un halo de fumée et sous un light show de couleur rouge. Un peu comme lors d'un concert de Cure. Si bien que tout au long du set, on ne distinguera pratiquement que les silhouettes des musiciens. Dont les longues chevelures retombent sur des tenues sombres, probablement en cuir. Et les premières compositions surprennent par leur accessibilité. On se croirait presque à un concert des Dandy Warlocks. Pardon, des Dandy Warhols, tant les mélodies sont hymniques. Mais progressivement, les sonorités s'épaississent et font alors place à un univers cosmique, ténébreux, psychédélique, hallucinatoire. Un trip dense, intense, hypnotique, auquel il est impossible de résister. Seule, la voix nasillarde, gémissante, sorte d'hybride entre Shaun Ryder, Iggy Pop, Tim Booth et Mark E. Smith s'élève de cet éther sonique au cours duquel l'électricité ondoie, oscille, se consume, scintille ; bref nous envoûte. A charge de Corey Lee Garnet, le soliste, de jouer de ses pédales pour nous tourmenter, nous torturer davantage l'esprit. Tour à tour les images du Velvet Underground, de My Bloody Valentine, de Jesus & Mary Chain, de Joy Division et de Slowdive traversent votre subconscient. Et en apothéose le groupe déposera la cerise (NDR : cerise ?) sur le gâteau, en interprétant un « Hurricane heart attack » absolument dantesque. Le bonheur ! Et dire que le son était pourri !

Curieux, alors que j'avais assisté au set de The Coral, en première partie de Blur, à l'Ancienne Belgique, j'éprouve encore quelques difficultés à cerner leur style musical. Faut dire qu'entre leurs deux albums, la différence est sensible. Et que sur les planches, on a l'impression que leur premier opus éponyme sert davantage de ligne de conduite. Pas que le groupe écarte les plages issues de son nouvel elpee (« Magic & medecine »), mais parce qu'il les interprète avec l'esprit du précédent. C'est à dire un psychédélisme teinté de New Mersey Sound. Pensez aux mythiques Teardrop Explodes et à Wah ! (NDR : à vos encyclopédies !). Encore que parfois, on a l'impression que leur musique est hantée par l'excentricité 'scally' des Charlatans, voire d'Inspiral Carpets. Donc mancunienne. A cause de ce recours aux claviers rognés. Etonnant pour un groupe issu de Liverpool. Et lorsque ce psychédélisme se teinte de country/folk, c'est plutôt aux Bluetones qu'on se met à penser. Maintenant revenons au set. Etonnant de maturité pour un groupe aussi jeune. D'ailleurs, derrière ce vernis espiègle et juvénile, ils affichent une technique irréprochable. Mais empreinte de fraîcheur. Epaulé par de superbes harmonies vocales angéliques, acidulées, James Skelly impose son timbre de crooner. Capable même d'épouser les inflexions de Neil Diamond. Encore plus étonnant pour ce visage de poupon ! Parfois il empoigne les maracas, puis ferme les yeux, comme s'il était sur pilotage automatique. En final, The Coral s'aventure dans un périple sonore interstellaire, magique, tempétueux, hallucinatoire. Un peu comme si leur voyage dans le passé était réalisé à l'aide d'une machine à remonter le temps. Mais nonobstant ses incessants clins d'œil au passé, leur musique se conjugue bien au présent. C'est sans doute la raison pour laquelle, il n'y a pas eu de rappel…

B.D.

Festival Les Inrocks 2003 : samedi 8 novembre

Écrit par

Ayant déclaré forfait à la dernière minute, les Black Keys ont été remplacés par les Domestics, une formation issue de la région lilloise qui jouit d'une certaine réputation sur la scène locale. Un emploi du temps trop chargé ne m'a pas permis d'assister à leur set. Mais d'après les échos recueillis, ils se sont plutôt bien débrouillés. A voir ou à revoir donc…

Les Bellrays s'étaient produits à l'Aéronef en février dernier. Une prestation dévastatrice qui m'avait agréablement surpris. Depuis le quatuor californien a changé de drummer et commis un nouvel album (« Grand Fury »). Mais en prenant soin de ne rien changer à sa musique. On y retrouve toujours l'urgence et la fulgurance de leur soul punk. Un cocktail aussi étonnant que détonnant, fruit d'un croisement hypothétique entre MC5 et Tina Turner. Parce que les Bellrays possèdent une chanteuse noire au timbre vocal exceptionnel : Lisa Kekaula. Un timbre qui évoque tour à tour Janis Joplin, Aretha Franklin et bien sûr Annie Mae Bullock. Elle est un peu plus enveloppée, mais son jeu de scène est aussi sauvage, félin, sensuel et instinctif. Derrière le trio de blancs déverse sa lave de rock'n'roll basique, lorsqu'il ne manifeste pas des accès de blues tribal, venimeux. Lisa en profite alors pour agiter son tambourin, un peu comme si elle voulait reproduire le sifflement du serpent à sonnettes… 

Pour accomplir leur tournée, les Raveonettes ont engagé un second guitariste et un drummer. Si le premier s'est beaucoup déhanché tout au long du set, le second a surtout brillé par son efficacité. Pas seulement parce qu'il conserve constamment un casque sur les oreilles. Mais parce que son drumming robotique (NDR : et son look kraftwerkien !), irréprochable, correspond parfaitement au style pratiqué par le duo danois. Un style fondamentalement noisy, hypnotique (NDR : les mauvaises langues diront répétitif), glacé (NDR : …glacial), monocorde (NDR : … monotone), ténébreux (NDR : … nébuleux) qui doit autant à Jesus & Mary Chain que My Bloody Valentine. A cause de cette électricité constamment distordue, trempée dans le feedback, angulaire. Puis de ces harmonies vocales atonales, échangées entre Sune Rose Wagner et Sharin Foo. Enfin de ce fil mélodique attaché viscéralement au si bémol. Parce que l'attitude est totalement différente, visiblement inspirée de films de série B tournés au cours des fifties et des sixties… Enfin, c'est le message que les Raveonettes essaient de faire passer. Et la reprise du « C'mon everybody » d'Eddie Cochran en est la plus belle démonstration. Mais l'attention du public (NDR : masculin, bien sûr !) est surtout focalisée sur Foo. Elle est très belle. Comme on colle aux affiches ! Aussi belle que Debbie Harry aux débuts de Blondie. C'est peu dire. Bon et le concert alors ? Ben, je confesse avoir partagé une même polarisation que le public… masculin, bien sûr !…

Il appartenait à Hot Hot Heat de clôturer le festival des Inrocks, édition 2003. Un quatuor canadien. De Victoria, très exactement. Un groupe qui a commis son premier album cette année (« Make up the breakdown »), mais dont le succès procède essentiellement de son hit single : « Bandages ». Et la formation a eu le bon goût de ne l'interpréter qu'en fin de concert. Histoire de démontrer que son répertoire ne se limite pas à un single. Steve Bays, le frontman, est un personnage assez pittoresque. Très mince et pourtant à l'étroit dans ses jeans trop serrés, la chevelure abondante et bouclée, il se réserve à la fois le chant et les claviers. Le plus souvent il en joue de la main droite en tenant son micro de la gauche. Parfois il se balance au-dessus de son instrument, lorsqu'il ne se cache pas derrière. Mais lorsqu'il n'en joue pas, il arpente la scène de long en large en haranguant le public, pour l'inviter à danser. Ou à frapper des mains Parfois aussi, tous ses membres tremblent, un peu comme le Prince du début des eighties. Et en chantant ou plus exactement en opérant ses arabesques vocales, il lui arrive de tirer la langue. Un peu comme dans les marionnettes du Muppets Show. Pendant ce temps, les trois autres musiciens assurent leur rôle. Très sobrement, mais surtout très efficacement. Dans un style new wave/power pop contagieux, convulsif réminiscent d'XTC, même si parfois les mélodies ne sont pas sans rappeler Dexy's Midnight Runners. Alternant morceaux issus du dernier opus et de leur précédent EP, Hot Hot Heat accordera même un rappel, au plus grand bonheur du public définitivement conquis par leur prestation.    

Pukkelpop 2003 : jeudi 28 août

On avait dit qu'il ferait chaud cette année à Kiewit, vu la canicule qui frappa notre plat pays pendant presque deux mois… C'était bien entendu une prédiction d'amateurs, puisque durant ces trois jours de fiesta musicale, il y a eu de la pluie… La première nuit, ce fût la tornade : heureusement, notre tente n'en aura pas trop souffert… Pas comme celles de certains (environ 600 campeurs), qui auront du dormir tant bien que mal dans un entrepôt des usines Phillips. L'année prochaine, promis, on ne jouera plus aux apprentis météorologues ! Il n'empêche qu'on s'est bien amusé, et qu'avec chance la boue ne transforma pas le terrain en merdier impraticable.

Pourtant, tout commença dans l'ambiance la plus estivale, le soleil au rendez-vous et The Coral sur les starting blocks : les six gamins (le plus vieux n'a que 21 ans) d'Angleterre n'auront pourtant pas convaincu les quelques centaines de festivaliers venus les applaudir, sans doute agacés par ce jam à rallonge pendant " Goodbye ", qui dura 15 minutes sur un set… d'une demi-heure. Avant cette démonstration en roue libre de leur talent d'instrumentistes hors pair, The Coral aura juste eu le temps de bâcler quatre chansons (" Bill McCai ", " Calendars & Clocks ", " Skeleton Key ", " I Remember When "). C'est un peu fort de café pour un groupe qui avait la dure tâche d'inaugurer les festivités sur la Main Stage… Les fans de " Dreaming of You " en auront eu pour le frais. A ceux-là, on conseillera de revenir les voir en première partie de Blur dans deux mois (mais, hum, c'est déjà complet).

Après les jeunes, les moins jeunes : avec DAF dans le Dance Hall, on pouvait s'attendre à quelque chose de puissant, malgré la nostalgie. C'est que Gabi Delgado Lopez (le bras dans le plâtre) et Robert Görl (caché derrière son synthé) ne sont pas nés de la dernière pluie : leur électro-pop tourne dans nos lecteurs depuis vingt ans, surtout depuis que l'elektroklash les a rappelés à notre bon souvenir. Normal qu'avec tous ces pilleurs de tombe, le duo allemand revienne au devant de la scène pour montrer qui sont les chefs. Un nouvel album, et ce concert-événement, bien que d'un ennui profond : à part " Der Mussolini " et " Alles Ist Gut " (et encore), ce live de DAF n'aura eu pour seul impact que nous convaincre d'une seule chose – que la langue allemande c'est bien moche et que l'EBM c'est pour les ringards.

En ces temps de rock'n'roll revival, mieux valait se taper Electric Six, les seuls Américains qui osent se moquer de Bush (le clip de " Gay Bar ") et pratiquer du disco-rock sans tomber dans le ridicule. " Fire ", le disque, est une vraie bombe. En concert, c'est pareil, même si le son est rarement à la hauteur de leurs compos farfelues. Dick Valentine hurle comme un Mike Patton castré, et ces copains moulinent comme des dératés. Dans le public, la sauce prend bien, surtout lors des fameux " Danger ! High Voltage " et " Gay Bar ". Le feu, la guerre nucléaire, les femme, la danse, les gays, le rock : Electric Six, c'est le mauvais goût pratiqué avec classe. Une autre preuve ? La reprise de " Radio Gaga " de Queen, même pas pathétique. Ces gars-là sont très forts.

Quid de Alien Ant Farm, Damien Rice, The Teenage Idols, Donna Summer ? 1/ Ces blaireaux d'Alien Ant Farm ont bien de la chance d'avoir pour ami un certain Michael Jackson : sans cette reprise rigolote de " Smooth Criminal ", sûr que ces tâches n'auraient jamais connu le succès. Leur musique est laide, le chant est atroce, les refrains d'une pauvreté insondable. Suivant.

2/ Damien Rice, pas vu. De loin, en passant. Cet Irlandais chante des chansons tristes, à l'instar d'un Tom McRae ou d'un Ron Sexmith. C'est beau, mais sous une tente à moitié vide (le Marquee, trop grand, faute de Club cette année), ça fout un peu les chocottes. On n'est pas venu ici pour se taper une grosse déprime (et d'ailleurs ce genre de folk intimiste se prête rarement aux festivals). Suivant.

3/ Sur album, The Teenage Idols impressionne, bien que leur garage-rock n'ait rien d'exceptionnel… Sur scène, c'est autre chose : avec ses rouflaquettes et son ventre bedonnant, le chanteur donne plus l'impression d'être un clone bon marché d'Elvis qu'un rockeur scandinave fan des Hellacopters. Et puis ces ululements font tellement penser aux Cramps et au JSBX qu'on préfère aller voir ailleurs, là où ça sent moins le papier carbone et l'arnaque marketing. Suivant.

4 / Donna Summer. Ce type (Jason Forrest, en fait) est fou. Il mixe tout et n'importe quoi sur de la drum'n'bass assourdissante (un peu comme DJ/Rupture), en bondissant comme un taré. Chaud. En même temps, il y avait DAF. La prochaine fois, on saura qui aller voir. Suivant.

Cex : l'un des grands moments de ce festival. Vous l'avez raté ? On vous en a sans doute parlé… C'était ce grand échalas en slip kangourou qui sautait dans tous les sens au milieu d'un public éberlué, les yeux noircis de Rimmel et les cheveux en pétard. Sans parler de ses platform boots à grosses tûtes, qu'il balançait ça et là avec un rictus de dément. La musique ? Du hip hop coriace débité à la mitraillette, sur un tapis de beats électroniques à la limite de l'industriel (certains morceaux ressemblaient à du NIN). Pendant trois-quarts d'heure, Cex (Riyan pour les intimes) sera resté dans le public, à provoquer les plus récalcitrants. Grandiose ! Voilà un type qui ne se pose pas de questions et rétablit l'équilibre entre l'artiste et ses spectateurs, sans se prendre pour une star indigeste qui toiserait son monde avec son grunge-métal de merde (qui a dit Staind ?). Big up !

L'élément scénique, voilà le problème du Pukkelpop : si certains se l'accaparent avec humour et sans aucune gêne, d'autres s'y perdent faute d'habitude et de repères. Que faisaient les Texans de Sparta sur la Main Stage ? Certes, leur prestation de l'année dernière en avait soufflé plus d'un… Mais leur place était-elle sur cette grande scène, devant un public de fans de Staind ? Qu'importe, finalement, parce que les Américains auront de nouveau prouvé, par leur puissance et leur rage, qu'ils valent (plus) que ces têtes d'affiche à la noix pour ados attardés. Malgré les nuages, malgré l'indifférence générale, Jim Ward et ses potes auront fait de leur mieux pour acquérir leur " Artist Pass Unlimited " au Pukkelpop. Rendez-vous est déjà pris pour l'année prochaine, avec normalement un nouvel album à défendre, que l'on espère aussi bon que ce " Wiretap Scars " de haute volée. Seul bémol : s'ils étaient venus deux jours plus tard, on aurait pu rêver en la reformation ponctuelle d'At The Drive In… L'espoir fait vivre, non ?

Après la ‘Gigolo Review’ et juste avant DJ Hell, Ladytron avait plutôt intérêt à réchauffer l'atmosphère, un peu triste sous ces nuages pesants et cette pluie par intermittence. Difficile quand on fait de l'électro-pop un peu figée et maniérée, malgré les hits (" Seventeen ", " Blue Jeans ", " Playgirl "), malgré le joli minois des deux chanteuses. Ces refrains synthétiques n'auront finalement que refroidi davantage l'ambiance, mais qu'ils soit tous pardonnés : n'est pas Electric Six qui veut (et d'ailleurs ça n'a rien à voir).

Pour être vraiment surpris, c'est au Château qu'il fallait encore une fois se rendre : après Cex et Super Numeri (des Russes mélangeant Jagga Jazzist à Tortoise), c'était au flamand Arne Van Petegem, alias Styrofoam, de nous séduire sans peine avec son indietronica splendide. Signé chez le prestigieux label Morr et copain de tournée des Notwist, Styrofoam a sorti cette année le merveilleux " What's There to Show That Something's Mising ", notre " Neon Golden " à nous. Sur scène, il est entouré d'un batteur et d'un guitariste (le chanteur d'Orange Black), voire d'un rappeur, qu'on a déjà pu entendre chez Pole (Fat John). En mélangeant shoegazing à la Slowdive et bleeps bucoliques à la Fennesz, Styrofoam mérite sans peine le titre de " meilleur ambassadeur électro " de Belgique. L'avenir nous le dira, mais après tel concert…

Mais voilà qu'est venu le temps d'aller voir les bêtes de foire de ce festival (pas Jackass, ils ont annulé), l'happening pop à la Warhol (le fameux " 15 minutes of fame " revu à la sauce elektroklash), la plus belle arnaque médiatique (et musicale) de ces dernières années (mais revendiquée comme telle) : tadaaaaa….. Fischerspooner ! ! ! Eh bien oui, c'était donc vrai : les deux zouaves, dont l'un (Casey Spooner, le chanteur) déguisé en grande folle peroxydée, font bien du play-back, leurs danseuses aussi, la " choré " est digne de celle d'un " prime " de la Star Ac', et " Emerge " reste le plus grand tube pop à avoir… émergé de la scène elektroklash. Tout le concert tendait vers cet instant ultime : " Emerge ", grandiose, magique, démentiel. Les confettis volent. La folle se lâche (après un stage diving grandiloquent). Le public exulte. " Me-dio-cri-ty " ! ! !, gueule-t-il avant de perdre le contrôle de ses membres et de se trémousser sans retenue devant ce spectacle ahurissant (d'artificialité) mais tellement jouissif. Mémorable, même si les puristes de la chose " live " auront sans doute crié au scandale. C'est qu'ils n'aiment pas danser et donc qu'ils n'aiment pas " Emerge ", bref qu'ils sont soit fous, soit sourds.

Changement radical avec les six " lads " de Mogwai, tête d'affiche du Marquee alors qu'il y a six ans ils jouaient à 12h00 dans le Dance Hall. Depuis cette époque, beaucoup de choses ont changé pour les Ecossais : érigés en maîtres d'un post-rock cyclothymique dont ils sont pratiquement les seuls survivants, ils sont depuis passés par tous les stades de la dépression musicale… Du classique " Young Team " aux de plus en plus calmes " Come On Die Young " et " Rock Action ", la discographie de Mogwai témoigne d'une homogénéité exemplaire, sans surplace ni changement de cap bouleversants. Leur dernier né, " Happy Songs For Happy People ", laisse ainsi la place à davantage de synthés et d'ambiances cold wave, se rapprochant petit à petit du Cure période " Faith ". Dommage qu'en festival, il s'avère souvent impossible d'apprécier leur musique à sa juste valeur : trop de bruit, trop de gens… Une ambiance qui se prête difficilement à ces tempos lents et ces explosions inattendues, qu'il faut écouter avec attention et confort pour en profiter pleinement.

Mieux vaut dans ces cas-là privilégier les trucs plus lourds et sans prétention, genre ces Fat Truckers et leur électro-punk bon marché : au moins ça dérouille les guiboles et ça fait rire les plus crevés. Fat Truckers, donc : trois rigolos de Sheffield dont l'objectif est de faire du Cabaret Voltaire version clown, avec synthés gras et refrains niais (" Anorexic Robot ", " Superbike ", etc.). Drôles et je-m'en-foutistes, ces types ne vont certes pas révolutionner le langage musical… Mais pour terminer la soirée, c'était plutôt bienvenu…

Et Massive Attack, alors ? Eh bien le groupe (sic) avait l'air plus en forme qu'à Werchter (rythmique plus ciselée, ambiance plus électrique… Même Horace Andy semblait revigoré). Tant mieux pour tout le monde, mais il est clair que ce n'était pas bien difficile…

Pukkelpop 2003 : vendredi 29 août

Malgré la pluie qui s'abattit sur le site toute la nuit, on échappa au déluge boueux de l'année dernière… Cette journée fût clairement placée sous le signe du rock, avec une affiche sans faute au Marquee, d'abord avec les Soledad Brothers : trois mecs de Detroit qui connaissent la discographie des Stones sur le bout des doigts, mais qui sont encore jeunes et ne s'habillent pas en collant de fitness. Très chouette, même s'il est clair qu'ils n'ont pas inventé l'eau chaude.

Ensuite, dans une veine plus blues, The Black Keys : un chanteur-guitariste et un batteur… Tiens, ça ne vous dit pas quelque chose ? Ben tiens ! Signés sur l'excellent label de (néo-) blues Fat Possum (RL Burnside), ces deux jeunots sonnent comme un bon vieux disque de Robert Johnson, sauf qu'ils sont blancs et qu'il leur arrive aussi de péter un câble façon Black Sabbath. De sacrés musiciens, en tout cas, à ne pas rater lors de leur prochain passage chez nous, à l'Ancienne Belgique.

Les gars de Cave In nous ont quant à eux laissé plus de marbre : il faut dire que leur dernier album, " Antenna ", nous a laissé comme un sale goût, celui de la trahison. Sorti chez une major et tristement limé aux entournures, " Antenna " n'a pas la rage de ses prédécesseurs, bien plus hardcore et sans concessions. Maintenant, c'est de la power pop à la Foo Fighters (" Antenna " a été produit par… Dave Grohl), bref c'est un peu lisse. D'où ce drôle de concert, alternant nouvelles compos pour midinettes et machins trash d'une autre époque, comme si sur scène se tenait devant nous un groupe complètement schizophrène. Bizarre.

Mais pas plus que Hot Hot Heat, qui finalement nous pompe un peu l'air (voir chronique du concert au Bota) : à force de singer Robert Smith tout en prenant des poses springsteeniennes, la chanteur de ce combo canadien finit par agacer. Ce côté " Eye of the Tiger " version pop-cold wave a certes ses bons côtés (" Bandages ", " Get In or Get Out "), mais pas non plus de quoi crier au génie. Dans un an, on n'en parle plus.

Tout comme The Raveonettes, d'ailleurs : la bassiste Sharin Foo est charmante, c'est vrai… Mais quelle monotonie ! Forcément, quand on compose seulement avec trois accords, toujours en " si " bémol majeur et sans cymbales, ça restreint le champ d'attaque. Le public ne s'y est pas trompé, boudant les Danois, que l'on aurait de toute façon mieux vus au Marquee… Seuls " Attack of the Ghost Riders " et " Beat City " (en final), bref leurs titres les plus corsés, nous auront fait tapé du pied.

Le vrai pied, justement, c'est avec The Kills qu'on l'a pris : exécutant leurs chansons à la structure rythmique squelettique (une boîte à rythmes, une/deux guitares) et leur morgue splendide, VV et Hotel incarnent le rock à l'état pur. Entre eux, le courant passe, électrique, extatique : rarement aura-t-on vu un couple aussi soudé par l'amour et la musique, aussi tendu vers le même objectif – celui de vivre, tels Bonnie and Clyde, en brûlant la vie par les deux bouts. " Fuck The People " est une de leurs magnifiques rengaines : cette " fuck attitude " est d'une beauté troublante, surtout quand il n'y a plus de pudeur, juste de la colère, des nerfs à fleur de peau. VV et Hotel sont beaux, et leur musique est l'une des seules aujourd'hui qui prend ainsi aux tripes.

Si le rock est partout en cette journée maussade, c'est aussi parce qu'il y a des changements d'horaire qui nous ont fait rater pas mal d'autres trucs : Danger Mouse & Jemini par exemple, qu'on a juste vu 5 minutes parce qu'ils n'ont pas joué à l'heure indiquée… Pas cool : ces Américains ont sorti un des meilleurs albums de l'année.

Tout comme The Majesticons, même si ce qu'on en a vu n'était pas vraiment à la hauteur… Après l'électro d'hier, c'était donc au tour du rap d'envahir le Château (exception faite du Youngblood Brass Band, une fanfare concédant devant plus à Frank Zappa qu'au tonton de Marcinelle jouant du trombone à l'Amicale des Zèbres). Demain, le punk funk.

Entre-temps, The Polyphonic Spree semait sa bonne parole (" Smile ! ! ! ") au Marquee, et Gus Gus, en retard, balançait son trip-hop fade à un public qui de toute façon n'en avait rien à foutre.

Parce qu'à côté, à la Boiler Room, il y a avait LFO, mythique groupe de techno du début des années 90, aujourd'hui réduit au seul Mark Bell, plus connu pour son travail récent de producteur chez Björk et Depeche Mode. Une chose est sûre : LFO n'a rien perdu de sa force de frappe, malgré les années (sept ans qu'on attend un nouvel album ! Il arrive fin septembre). L'ambiance est torride, le son est bien corsé, les BPMs martelés. Du délire !

Moins délirant : la nouvelle coupe de cheveux de Beck, sorte de permanente à la David Hasselhof qui ferait presque passer le petit génie de la pop pour le sosie " djeune " d'Helmut Lotti. Dans ces conditions, dur dur de rester objectif : la moumoute était telle qu'on ne voyait plus que ça, et la musique de paraître bien fade face à ce système pileux sponsorisé par Loréal. Mais qui est responsable de ce relookage façon Tom Jones ? Résultat : " Mixed Bizness ", " The New Pollution ", " Loser " et " Devil's Haircut " auront eu du mal à nous convaincre une fois chantés par un type arborant une coupe de tarlouze ignoble… comme si les cheveux du songwriter le plus accompli de sa génération nous empêchaient d'émettre le moindre avis distancié. Que les choses soient claires : les trois morceaux de " Sea Change " étaient magnifiques, tout comme ce " Nobody's Fault But My Own " fragile et bancal… Même le reste, interprété plus " à la coule " qu'auparavant, n'était pas mal non plus. Mais Beck a vieilli, et ses goûts capillaires avec. Et ça, c'est pas cool.

Après telle surprise (surtout visuelle), Alison Goldfrapp se devait de nous remonter le moral : y a-t-il une vie après la permanente ? Attifée telle une diva gothique, jouant avec son theremin comme avec son clitoris (véridique), la Goldfrapp nous aura mené par le bout du nez, jusqu'à nous faire oublier tous nos problèmes d'apprentis coiffeurs. Le dernier album de Goldfrapp, " Black Cherry ", profite du revival eighties avec sans doute trop d'arrivisme… Mais pourquoi bouder notre plaisir face à ces tubes en chaîne (" Train ", " Twist ", " Tiptoe ",…), mélanges coquins d'électro rétro et de parfait glamour ? Alison, quand tu nous tiens !

Décidément, Suede n'a pas de bol : après avoir joué la " première partie " des Guns 'n' Roses l'année dernière, voilà que le groupe de Brett Anderson se retrouve à nouveau en seconde tête d'affiche, devant des milliers de fans de Foo Fighters qui n'attendent plus que Dave Grohl. Brett a beau se démener comme un beau diable, balancer son micro et haranguer la foule, rien n'y fait : la britpop, dont Suede était l'un des plus fiers étendards, n'intéresse plus personne. Un best of sort bientôt. S'agit-il d'un signe avant-coureur de séparation ou de remise en question ? A voir la réaction du public, mieux vaut pour Anderson qu'il s'intéresse à cette question, et fasse le bon choix. Parce que dans l'optique actuelle, Suede ne passionne plus que les fans purs et durs. Et ils sont de moins en moins nombreux.

Avec " Sumday ", les modestes skateurs de Grandaddy n'ont certes pas réitéré l'exploit de " Sophtware Slump " (mais comment auraient-ils pu ?)… Toujours est-il qu'en concert ils restent une valeur sûre : le show est bien rôdé, les morceaux s'enchaînent avec naturel, Jason Lytle est bien sympathique (et remercie le public pour son accueil formidable). Un bon concert, équilibré, où il y a autant de chouettes trucs à voir (l'écran) qu'à écouter (les hits)…

Mais les plus attendus de cette journée, c'était bien sûr les Foo Fighters, numéros 1 en Flandre, grands gagnants du référendum (tout le monde pouvait envoyer, via le site, un top 5 des artistes qu'il souhaitait voir à l'affiche), bref des gars qui cartonnent, mais restent étonnamment humbles et sympas. Autre fait remarquable : Dave Grohl a chanté. Pour de vrai ! Parce que d'habitude, il gueule comme un taré, à se demander si finalement c'est vraiment lui qui enregistre les parties vocales sur chaque album du groupe (le fameux syndrome " Milli Vanilli "). Ca commence fort par un " All My Life " dantesque, malgré la pluie qui tombe maintenant depuis une bonne demi-heure. Les hits s'enchaînent : " The One ", " Times Like These ", " My Hero ", " For All The Cows ", " Learn To Fly ", " Low ", " Everlong ", " Tired of You " (un slow ?), " Breakout " (repris en cœur par des milliers de fans),… Incroyable comme ces types-là ont composé des hits : à la pelle. En final, l'excellent " Monkey Wrench ", ponctué de deux/trois bons " Oh Yeah ! ! ! " dont seul Dave Grohl a le secret… La pluie tombe de plus belle, mais qu'à cela ne tienne, il y a Richie Hawtin à la Boiler Room, et comme d'hab', ça déchire (un album de Plastikman est prévu pour octobre). Aaargh, cette pluie ! Demain, c'est le rhume assuré.

Pukkelpop 2003 : samedi 30 août

Dernière ligne droite, et à peine le nez qui coule : heureusement, Arsenal devrait rapidement nous réchauffer avec son trip-hop limite lounge de très bonne tenue (le beau " How Come ? " en clôture). " Mr. Doorman " ramène même le soleil, malgré le fait que la chanteuse et le rappeur aient déclaré forfait (à la place, des samples).

Mais la première vraie bonne surprise du jour, et même du festival, viendra juste après, au Château, avec les Américains d'Ima Robot (prononcez " I Am Robot ") : du punk funk comme on l'aime, avec des musiciens de Beck et un chanteur au beau bagout. Ca groove, tendance PIL (la voix) et Gang of Four, et le répertoire recèle quelques tubes en devenir comme ce " Dynomite " dansant à souhait. L'album sort mi-septembre, et c'est clair qu'il faudra y jeter une oreille…

Entre le rétro-futurisme d'Apparat Organ Quartet (des synthés cheap à la Add N To X), les relents stoniens (encore) de The Vue et le nu-métal sans odeur d'Adema (" le groupe du frère du chanteur de Korn "), on n'aura pas choisi… Préférant attendre Matthew Herbert et son Big Band, parce qu'on aime l'originalité du bonhomme, et sa démarche : cette fois, pas de morceau housy à base de samples de boîtes de Coca concassées et d'hamburgers broyés (Herbert n'aime pas l'impérialisme), mais un orchestre de cuivres et d'autres musiciens, live, avec l'artiste aux laptops… Le résultat ? Intéressant, en rien tape-à-l'œil, quoiqu'un peu statique.

Dans un tout autre genre, The Blood Brothers, programmés au dernier moment, auront eux aussi fait très fort : leur mélange de guitares hardcore, de ruptures rythmiques proches du free jazz et de vocaux hystériques n'est certes pas des plus reposants, mais peu importe, ça défoule… Ecoutez leur " Burn, Piano Island, Burn ! " tous les matins au saut du lit, ça vous met la patate pour le restant de la journée.

A contrario de South San Gabriel, sous peine de rester au pieu jusqu'au coucher du soleil… Si l'Américain brille dans un registre " alternative country " proche de Sparklehorse et de Lambchop, difficile de rester éveillé à l'écouter marmonner des histoires tristes seul sur scène…

D'autant que sur la Main Stage, les affreux Pennywise martèlent leur punk bourrin avec une sacrée énergie, poussant les V.U. dans le rouge, et le vice jusqu'à en remettre une couche (les jeunes aiment ça, et ils en redemandent).

Mais la palme de la ‘couche de trop’ est attribuée à Michael Franti ! Ce type joue tellement les gars ‘positifs’ qu'il finit par paraître ridicule : le pire, c'est quand il s'en prend à Bush et sa guerre contre le terrorisme (ok), en prônant plutôt la guerre contre le militarisme (sic)… Euh, oui mais Michael, ça reste quand même une guerre, non ? Et c'est pas bien non plus, comme les gens qu'on enferme dans des cachots, parce que eux aussi ils " méritent de la musique " (" Everyone Deserves Music "), et mon voisin aussi, qui m'emmerde le dimanche quand il tond sa pelouse, et même ce con de Bush, tiens, parce qu'il faut s'aimer et s'entraider, c'est même pour ça qu'à un moment t'as demandé aux gens de se tenir par l'épaule, comme à un grand rassemblement hippie, en chantant " Taxi Radio ", ton nouveau tube qui s'appelle comme ça parce que " c'est deux mots que tout le monde comprend dans le monde entier ". Merci, Michael ! Parce que grâce à toi, tout le monde il est content et heureux de vivre, et c'est le principal. Trop cool, quoi !

Plus costaud, Radio 4 au Château : pour leur troisième passage en Belgique, les New-yorkais ont frappé fort – rythmiques d'enfer, riffs tournoyants, percus extatiques, tubes à la pelle… Devant un public surchauffé, ils auront prouvé une fois pour toutes qu'ils comptent bien rester, malgré la hype qui les entoure, malgré ce machin (le " punk funk ") auquel ils sont sans cesse affiliés. C'est vrai que leur musique groove comme un bon vieux PIL, rocke comme du Clash, transpire comme du Section 25. Ce concert fût le meilleur des trois : nos gars sont bien en place, balançant la sauce avec maîtrise et habileté. Même les titres de leur premier album, passé inaperçu faute d'être " tendance ", sonnent comme de vrais hymnes à la danse, et n'ont pas à rougir face à ces tueries que sont " Our Town ", " New Disco ", " Save Your City " et bien entendu l'immense " Dance To The Underground ", qui clôtura ce concert avec panache, sous un déluge d'applaudissements amplement mérités.

Tout le contraire des Mars Volta, qui pourtant furent eux aussi à l'origine d'un des meilleurs live de ce Pukkelpop : les 5 Texans (dont deux d'At The Drive In, rappelons-le) n'ont certes laissé aucune place aux manifestations bruyantes (sans blanc, pas de " hourra ! "), mais leur prestation n'en fût pas moins des plus époustouflantes. Sur une heure de concert, seulement deux morceaux : " Roulette Dares (The Haunt Of) " et " Cicatriz Esp ", de leur excellent album " " De-loused In The Comatorium " (l'un des albums de l'année). Sur le CD, ça dure en tout 20 minutes (pile !)… En live, ça dure une heure. Comprenez : The Mars Volta ne fait pas de l'emocore (At The Drive In est une bien vieille histoire), mais du punk progressif (du " Punk Floyd "). Un peu comme au temps de Yes et de King Crimson, la rage en plus. Certes, Cedric Bixler (le chanteur) singe parfois Jim Morrison ou Robert Plant, et Omar Rodriguez-Lopez (le guitariste) lui aussi en fait trop (quel virtuose du manche !)… Mais ces gars-là sont dans un trip total, façon seventies et tout le toutim ! Ne pas prendre le temps de comprendre leur démarche et de les accompagner dans leur délire peut évidemment très vite agacer. Ce qui expliquait les mines décaties de certains spectateurs pas habitués à ce genre de spectacle. La musique de Mars Volta ne se zappe pas : elle s'écoute de l'intérieur, et ça passe forcément par une attention sans failles, malgré ces quelques digressions théâtrales, malgré ce décorum prog parfois pompeux…

Ceux qui préféraient moins se casser la tête (nous ça va, merci) n'avaient qu'à aller voir PJ Harvey, qui ne sort pas de disque mais venait juste pour chanter qu'elle existe toujours. Ca commence fort avec le splendide " To Bring You My Love ", du tout aussi splendide album du même nom. Puis " Rid Of Me ", " 50Ft Queenie ", " Big Exit ", " Good Fortune ", " Me-Jane ", " The Whores Hustle And The Hustlers Whore ", " Working For The Man ",… Autant de tubes qui rappellent que la PJ fait partie des plus grands songwriters de ces 15 dernières années. Vêtue d'une robe blanche " elvisienne " plutôt courte et entourée de ses fidèles compagnons Mick Harvey (basse) et Rob Ellis (batterie), PJ Harvey n'aura levé le voile (c'est une image) sur son nouvel album (à paraître cet hiver) qu'un seul instant, le temps d'une petite bombe punky à la " Dry " qui parle de ses… cheveux. En final (10 minutes trop tôt), un " Man-Size " d'une puissance impressionnante achèvera de nous convaincre que PJ Harvey est bel et bien de retour, et qu'elle n'est pas contente. Chouette !

Mais le summum de cette soirée déjà parfaite, c'était du côté du Château (encore !) qu'on allait le connaître, avec les quinquagénaires punks de Wire. De retour après plusieurs années d'absence avec un album incendiaire (" Send "), les quatre Anglais ont mis le public, composé à la fois de vieux fans et de nouvelles recrues un peu ‘fashion victims’ (punk funk revival oblige…), à genoux. Ce mélange d'électronique hypnotique, de guitares incisives et de lyrics post-situ, interprété avec une rage 100 fois supérieure à celle de tous les groupes de la Skate Stage réunis, aura prouvé que l'âge dans le rock n'entre pas en compte, et qu'on peut toujours sonner actuel malgré une carrière déjà bien longue. Terrible !

Après une telle claque, Limp Bizkit n'avait qu'à bien se tenir… Après Axl Rose l'année dernière, Fred Durst, la plus grande tête à claque du music business, que personne n'aime, parce que : 1/ Pour les puristes nu-métal, ce gars-là est un vendu ; 2/ Il se tape Britney Spears ; 3/ Il a tellement la grosse tête que son guitariste, qui tenait le ménage et composait presque tout, s'est barré. En live, cela se traduit par : 1/ des canettes balancées avec vigueur sur sa tête de gros frimeur ; 2/ des doigts levés et des gens qui dorment (ou vont voir Pretty Girls Make Grave, excellent combo rock de Seattle, entre Magnapop, The Slits et les Strokes). Il n'empêche que Limp Bizkit, à une époque pas si lointaine, incarnait avec Korn le futur du métal, avant d'être récupéré par des marques de casquettes et de boissons pétillantes. Fred Durst était alors notre compagnon (de beuverie, de baston, de déprime) fidèle, et des titres comme " Nookie " et " Break Stuff " rythmaient notre quotidien de leurs riffs puissants et de leurs scratches hip hop. Aujourd'hui, Limp Bizkit n'est plus que l'ombre de lui-même, malgré les derniers hits de " Chocolate Starfish… " (" Hot Dog ", " My Generation ", " My Way ", " Take A Look Around ", tous joués ici), malgré le fait qu'en live, cela reste une belle machine rock bien huilée (décor, pyrotechnie, show de Fred Durst, dont l'égocentrisme vire tout doucement à la mégalomanie). " Faith " (la cover de George Michael) en final (20 minutes trop tôt !) et dédicacé à " toutes les filles ", c'est avec amertume qu'on tire un trait sur ce Pukkelpop grande cuvée. Il y a eu la pluie. Il y a eu Fred Durst (aurait-il voté pour Bush ?). Il y a eu des annulations (Aaah, Jackass…). N'empêche, c'était quand même drôlement bien. Rendez-vous l'année prochaine, avec on l'espère, le grand retour d'Axl.

 

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