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Derrière Zaïmoon se cache Simon Rakovsky, conteur bruxellois et anthropologue musical de sa cité. Amoureux éperdu de Bruxelles, il promène son enregistreur dans la capitale comme Björk capte chaque soubresaut d'un volcan. Son terrain de jeu à lui, son…

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Dour Festival 2004 : dimanche 18 juillet

Il existe un groupe liégeois qui force le respect tant il nous rappelle ce que le rock a de plus excitant : The Experimental Tropic Blues Band. Et c'est avec eux qu'a débuté le dernier jour du festival (du moins le nôtre). Rock'n'roll, donc. On verrait bien ces trois types signés sur Fat Possum, tant leur blues (exploooosion !) ravive en nous la flamme d'un genre qui en Belgique n'a pas de véritables ambassadeurs. Ils sont tellement dans leur trip qu'ils font même semblant d'être les fils de l'Oncle Sam, baragouinant l'anglais entre chaque morceau (« Sorry, we don't speak French », etc.) avec un sourire en coin qui fait plaisir à voir. Vivement un album digne de ce nom, parce que ces mecs-là assurent niveau blues du bayou.

A côté, même les Japonais furibards d'Electric Eel Shock font pâle figure : de toute façon, on connaît la chanson, de Guitar Wolf à Thee Michelle Gun Elephant (du rock d'abrutis, élevé aux mamelles de Black Sabbath – ici repris avec « Iron Man » - et de Motörhead).

Par contre, il n'y a rien à redire du live de Loisirs : voilà l'équivalent français d'At The Drive In, puissant, ciselé, diablement déjanté. Groupe emocore du label Dora Dorovitch (déjà chroniqué en ces pages), Loisirs mélange l'agressivité du punk aux mélodies de la pop (synthé en prime). Il paraît que leur album (l'excellent « Glamoroso ») n'est pas distribué chez nous : il serait grand temps de réparer cette injustice.

Après telle claque, les Gantois de De Portables avaient fort à faire. C'était sans compter sur l'excellence de leur indie rock teinté d'électronique (« Girls Beware ! », leur dernier album, magistral) : en live, c'est sans aucun doute plus nerveux que sur disque… Mais leurs refrains limite EMO se prêtent bien à l'ambiance des festivals. Après leur tubesque « Anal Intruder » (sans doute le meilleur morceau indie belge de ces derniers mois) et un rappel, les quatre musiciens encouragent le public à les accompagner aux Gentse Feesten : ça serait pas de refus, mais il reste encore pas mal d'artistes à voir…

Dont l'histrion rap James Deano et toute sa clique de Bulldozer Productions, les excellents Ultime Team. Avec ses hits « Branleur de Service » et « Esclaves du Système », Deano incarne la relève du rap belge : sur des beats de velours, le Bruxellois pose son flow décomplexé et pas bégueule, osant même appâter le spectateur lambda par de petits sketches intermédiaires (un fan des comiques à l'Américaine ?)… Entouré d'Orfeo, des choristes Riz et Mag Tyson, James Deano impressionne le chaland par sa gouaille à la Michel Audiard (le « Bebel des banlieues » ?).

Quant à ses potes d'Ultime Team, on leur prédit à eux aussi un avenir en cinémascope : leur premier album, « Umoja », vient de sortir, et c'est du bon boulot. A la fin du concert, c'est même la vraie nouba : tout le monde investit la scène (Deano, Ultime Team, OPAK – un autre excellent groupe de rap, qui jouait juste avant – et même Akro de Starflam), pour un freestyle à fond les boulons. Moralité : à Bruxelles et ailleurs se développe une scène rap féconde et authentique, qui n'a rien à envier à celle de Tox City. Il est grand temps que tous ces rappeurs, encore dans l'ombre, reçoivent eux aussi « de l'amour »… Au lieu de rester confinés dans leur « secteur » et ne jamais connaître que le respect d'amateurs trop éclairés, à la vision forcément réductrice.

Tant qu'à faire dans les ‘big up !’, saluons également la prestation du collectif Quannum, rendu célèbre parce qu'en son sein on trouve un certain… DJ Shadow. Après trois-quarts d'heure de « turntablism » virevoltant mais convenu (par le choix des plaques), Lyrics Born et Life Savas déboulent sur scène pour foutre le souk, dans une ambiance bon enfant. Si l'on peut avoir été déçu du caractère monochrome de leurs nombreux titres, l'entrain avec lequel les deux MC's ont tenté de leur donner souffle mérite qu'on les pardonne. Après une bonne heure et demie de concert (mix compris), la fête à Quannum prendra fin sur un pamphlet anti-Bush : une belle manière de clôturer les (d)ébats, avant la tornade… Cali.

Parce qu'il faut bien l'admettre : on aime beaucoup Cali, ses chansons d'amour et de rupture, son beau visage d'écorché vif, ses gestes saccadés de suicidé de la vie. Comme « mourir d'amour n'est plus de son âge », le Français préfère le dire en vers à la Vian : cela donne des tubes émouvants comme « Elle m'a dit » ou « C'est quand le bonheur », repris ici en chœur par un public pendu à ses lèvres. Cali est un fan des Waterboys, et ça s'entend : à part sur « Différent » (plus rock), il jongle avec l'allant du folk à l'irlandaise, le corps parcouru de spasmes et le sourire gigantesque, si heureux d'être là. Il aime la foule, qui le lui rend bien. On aura même droit à un nouveau titre, dédié à son grand-père mort durant la guerre d'Espagne… On aimerait pourtant dire que sa musique nous donne du baume au cœur, mais ses histoires d'amour déchu nous foutent un peu le cafard : c'est bizarre de voir toutes ces filles chanter à tue-tête, alors qu'il parle dans ses textes de divorces insoutenables. Il n'empêche que Cali est une belle bête de scène, et ce n'est pas du chiqué, ni de la variété. C'est tout simplement la meilleure chose qui soit arrivée à la chanson française depuis belle lurette (on l'a interviewé ! Voir à la Une !).

On aime beaucoup Sole, aussi. L'un des membres fondateurs du collectif Anticon, sans doute la meilleure chose qui soit arrivée, cette fois, au rap US. Mieux : au rap tout court. Flanqué d'un batteur et d'un guitariste, l'Américain au look de bûcheron (barbe rousse, bien enveloppé – on pense à son pote Sage Francis, qui aurait dû être là, d'ailleurs…) rappe plus vite que son ombre. La recette d'Anticon ? Du rap, de l'électro lo-fi et un flow mitraillette : bienvenue chez les mutants. Le public, déchaîné, ne s'y trompe pas : ovation. Que ceux qui ne connaissent pas encore Anticon se précipitent sur les albums de Sole, d'Alias, de Themselves, de Why ? et de Passage : de la bombe, sans édulcorant ni putasserie. Du grand art, qui nous change des kadors du gangsta FM. Le futur du rap, c'est chez eux que ça se passe.

Le passé du punk, par contre, c'est aussi en direct, sur la Last Arena avec les Misfits. Qu'on aime ou pas leur accoutrement grand-guignolesque, The Misfits furent parmi les premiers à faire du punk dans les années 70 : ce n'est d'ailleurs pas un hasard si on retrouve à la batterie Marky Ramone himself, bientôt le seul rescapé de la bande à Joey, si l'on en juge par l'état de santé de Johnny, de plus en plus précaire. « Die, die, my darling » : jamais le tube de ces skeletors du « one, two, three, four » n'avait sonné de manière si prémonitoire...

Heureusement, il y a les champions de Belgique d'air guitar pour nous remonter le moral : les bien nommés Air On Maiden, qui en vingt minutes nous auront prouvé qu'on peut jouer des standards du heavy metal (AC/DC, Metallica, Deep Purple,…) avec les mains, mais sans les instruments. Drôle (surtout le batteur et le… roadie) mais totalement absurde : il n'y a qu'à Dour qu'on voit des choses pareilles.

Même le collectif Trash et Traditions a de quoi être jaloux… Ils nous auront quand même fait croire à la mort de Johnny (Hallyday, pas Ramone), mais on leur pardonne : grâce à eux, on aura repris goût aux slows de notre jeunesse (‘Comme le disait Herman Hesse, rien ne vaut mieux qu'une bonne caresse’ : tu l'as dit).

Alors qu'Amp Fiddler jouait à Stevie Wonder au ClubCircuit Marquee, suivi de Ty, enfin un rappeur britannique qui vaut le détour (avec Roots Manuva et l'écurie Grand Central), sur la grande scène se produisait, deux semaines après Werchter, les stoner fous de Monster Magnet. Si Dave Wyndorf et ses potes chevelus n'ont pas failli à leur réputation de rockeurs grassouillets avides de larsens, l'ambiance, elle, fût plus calme qu'à Werchter. En cause la fatigue, et un set quasi identique, même si plus long. Il n'empêche qu'un concert de Monster Magnet, ça reste un plaisir mâle tout à fait jouissif…

Sûr qu'à côté, le Flamand Stijn passe un peu pour le gringalet de service. Mais l'entrain avec lequel il bidouille ses machines le sauve de tout reproche facile : il est d'ailleurs le seul, en Belgique, à pouvoir se vanter de faire de l'électro qui passe en radio, grâce à des tubes comme « Sexjunkie » ou « Wrong ». Seul sur scène, l'électro-Prince flamand aura mis rapidement le public dans sa poche : on danse, et c'est bien la seule chose qui compte.

Une fois toutes les pubs retirées de la Plaine de la Machine à Feu (c'était stipulé dans leur contrat), les Bérurier Noir pouvaient débuter leur show, devant des milliers de fans trentenaires surtout venus de France. C'est qu'à part aux Transmusicales de Rennes et au Québec, les Bérus n'ont donné aucun autre concert depuis leur reformation fin de l'année dernière. D'où l'attente fébrile du public de Dour en cette fin de festival : la fiesta bérurière, enfin, allait commencer. Fanfan et Loran ont l'air toujours aussi fringants, et dès les premières notes de « Lobotomie », c'est gros pogo dans les premiers rangs. Côté sécurité, les Bérus avaient prévu leur propre équipe de videurs, mais c'est dans une ambiance plutôt sereine que le concert se déroulera, pendant près d'une heure et demie. Les tubes y passent : « Vive le Feu », « Salut à Toi » (en final), « Petit Agité »,… Sur scène c'est carnaval (costumes, confettis, jongleurs,…), et dans le public c'est la fête, aussi. Il est clair que ces hymnes pompiers, plaqués sur trois accords, sans batterie, ont mal vieilli. Mais c'est joué dans un tel délire et avec un tel bonheur qu'on finit par se prendre au jeu. En fin de compte, on ne pouvait rêver mieux comme clôture du festival. On aurait certes préféré les Stooges (longtemps pressentis), mais au final on aura vu, toutes proportions gardées, d'autres légendes. Vivement l'année prochaine, pour une autre fiesta ‘dourière’ ! ! !

G.E.

 

Et Sébastien a retenu de cette dernière journée…

Les premiers bilans dressés ce dimanche lors de la conférence de presse accordée par Carlo Di Antonio annoncent plus de 120.000 entrées : record de fréquentation battu ! Pas d'incident majeur (NDR : même pas ceux craints lors du concert de Sniper, lisez plus haut), hausse du nombre de festivaliers flamands,… Et plus de 30.00 personnes sont annoncées rien que pour cette journée de dimanche qui, avouons-le présentait dans son ensemble l'affiche la plus riche (à moins que vous ne lisiez la moins pauvre) des 4 jours, où tous les styles musicaux allaient encore se bousculer…

Quoi de mieux pour se réveiller vers 14h que le son du groupe Loisirs ! Il ne s'agit pourtant pas d'un groupe américain susceptible de séduire les fans d'At the Drive In ; mais bien d'une formation issue de l'Hexagone. Leur rock pur et dur, sans concession, évoque le défunt Sloy, qu'on a pu voir à trois reprises à Dour.

Si le soleil continue à être généreux, The Real McKenzies l'est tout autant. Il est pourtant aussi difficile d'imaginer qu'ils sont canadiens (et non écossais), que les Dropkick Murphys sont bel et biens américains (et non irlandais). Ce sont d'ailleurs les aficionados de ce dernier groupe, accompagnés de ceux des Pogues, qui se pressent devant les barrières de la grande scène, alors que le groupe chante déjà et picole tranquillement en coulisses. Il ne faut que quelques accords de cornemuse, épaissis par une guitare résolument punk, pour faire remuer la foule. Leur cocktail explosif de folk/punk/hardcore amorce les premiers grands pogos de la journée (mais pas les derniers !). Ne ménageant pas leur énergie et leur joie de vivre, les Real McKenzies entraînent une grande partie de la foule à entonner leurs chants traditionnels, enchaînant plus d'une heure de concert et n'hésitant pas, dans un style bien anarchiste, à dépasser le timing qui leur était imparti Quant à la question de savoir ce qu'ils portaient sous leurs kilts ? La réponse est : rien du tout ! Comme le chanteur le prouvera en cours de concert !

Dans la vague du rock revisité à la Vines, Strokes ou encore John Spencer, les Soledad Brothers prennent ensuite le relais, dans un style qui leur est propre, très rythmé. Et le déchaînement de leur drummer n'y est pas étranger…

Si on retrouve chaque année un public fidèle à Dour, certains groupes le sont tout autant. La Ruda, par exemple. Sympas et généreux, ces skamen français feront également mouvoir la foule de leurs hymnes à la tolérance, rythmés par des cuivres impeccables. Les textes sont toujours résolument anti-racistes, anti-fachos,… comme sur leur titre « Orange » : pratiquons l'ouverture, un logo qui conviendrait bien au festival de Dour, tiens !

Vous me pardonnerez l'impasse faite sur la chanson française de Cali et Tarmac, tous deux programmés sous la tente étouffante de la ‘petite maison dans la prairie’. Si le premier manifeste une certaine énergie et une joie de vivre, le second, musicalement irréprochable et dont le set reste très proche de son CD, est toujours aussi froid sur scène. Bref un Tarmac plutôt glacé que torride.

Après une courte averse (le festival aura été bien épargné), place à des revenants sur la scène principale : les Misfits qui, à l'image des Damned, n'ont pas gardé grand-chose de leur line up d'origine si ce n'est le charismatique et balaise Jerry. Qu'importe, la présence de Dez (Black Flag) et surtout de Marky Ramone à la batterie, (NDR : qui étaient déjà tous deux passés à Dour en compagnie de leur formation respective) ajouteront encore plus de tempo et de prestige à leur set. Une prestation qui démarre sur des chapeaux de roues, épinglant au passage des titres mythiques comme le traditionnel « I wanna be a New-York Ranger » ou « Monster mash ». On retiendra également quelques reprises des Ramones dont le fameux « Blitzkrieg Bop », Marky n'hésitant pas faire hurler la foule du légendaire cri du cœur « Hey, ho let's go ! ».

Le ton s'alourdit ensuite d'un cran avec Monster Magnet et Aqme. Si les premiers sont américains et n'ont plus rien à prouver après 15 ans de carrière ponctuées de fréquentes visites chez nous, les seconds, bien que drainant une grande foule d'ados, auront plus contentés les fans de Pleymo ou autre Vegastar. Par rapport aux autres éditions, les amateurs de goth/indus sont un peu restés sur leur faim.

Outre London After Midnight, assez perturbés par les problèmes de matos le vendredi soir, ils pouvaient toutefois se rabattre sur la présence de Skinny Puppy, quelques années après celle de Ministry (NDR : en compagnie desquels une tournée est annoncée pour cet automne) ou encore d'Einsturzende Neubauten. Quel parcours du combattant que celui de Skinny Puppy ? Notamment depuis le départ de Wilhelm Schroeder, parti fonder Frontline Assembly au milieu des années 80, et remplacé par Dwayne Goettel, décédé 10 ans plus tard. Mais en quelques minutes, on se retrouve plongé dans une ambiance ténébreuse où les fumigènes, la boîte à rythme lourdingue et la voix ténébreuse de son chanteur, déguisé en sorte de Predator, rappelle la grande époque des années 80. Dour, un peu à la manière de l'Eurorock, a cette magie de faire revivre ces groupes dont on se demandait s'ils existaient encore. Et tant pis pour les spectateurs qui ne sont pas coutumiers de ce genre d'atmosphère ou qui jugent le jeu de scène et les déguisements outranciers. L'écran vidéo où se succèdent des images apocalyptiques en tout genre sur des tubes comme « Smothred hope » ou « Immortal » (NDR : qui les caractérise bien d'ailleurs) continuent à capter l'attention. Il ne manquait d'ailleurs qu'un public plus typé, comme celui de 1997, lorsque les goths au look de vampires ou autres sorcières avaient envahi la plaine de la machine à feu.

Non, non, vous ne vous êtes pas trompés d'année, vous êtes bien en 2004… Plus d'une décennie après l'affiche du Dour 1991, consacrée intégralement au rock alternatif français, les fers de lance de ce dernier mouvement étaient bien là : les indémodables Bérurier Noir. Il y a plus de 15 ans qu'on avait plus entendu parler d'eux, mais leur esprit et leur graphisme continue à planer dans le milieu du rock ou sur les T-shirts des fans. Les plus jeunes d'entre eux n'étaient même pas encore nés à leurs débuts en 1983 ! Mais par quelle magie ce genre de groupe arrive-t-il à perdurer ? Surtout en se coupant de toute médiatisation (NDR : pas de TV ni de radio commerciale !), n'hésitant pas à cracher sur les multinationales du disque (NDR : et même sur leur label bondage en fin de parcours !). On ne sait même pas à quoi ils ressemblent ! Serait-ce ce qu'on appelle (ou on a appelé ?) le rock alternatif ? Plus qu'un style de musique prédéfini (NDR : difficile de coller une étiquette sur la Mano ou la Souris déglinguée, qui n'ont rien de comparable au VRP ou autre Tétines noires), il s'agit bien là d'un mouvement indépendant, d'une approche que les Bérus nous faisaient revivre ce soir de manière intègre et intégrale. Le concert n'est pas encore commencé qu'on les sent déjà arrivés : les Bérus font retirer les banners publicitaires autour de la scène, participent au montage du matériel et restent abordables en backstage, malgré un stress visible avant de monter sur les planches. Il est presque minuit lorsque les lumières s'éteignent et que l'écran vidéo géant s'allume pour afficher «1989», prélude à la diffusion d'images marquantes de cette année. Ils auraient très bien pu choisir « Non, non rien n'a changé, tout a continué… » comme intro tant les tubes qui s'enchaînent nous replongent dans l'univers Béru : « Lobotomie », « Petit Agité », « Scarabée », « Le Renard » ou encore « Ibrahim ». Une chose est sûre : il est toujours aussi difficile de comprendre les paroles de Loran et ses compères. Musicalement les compos demeurent assez basique : boîte à rythmes, lead guitare de François et saxo pour Masto… Tout au long du spectacle c'est incontestablement le jeu de scène qui prend le dessus. Des mises en scène théâtrales, burlesques ou parfois effrayantes, nous rappelant vaguement l'Orange Mécanique de l'époque ! Impressionnant de voir à une telle heure, et après 4 jours de festival, autant de monde qui gigote et reprend en cœur le traditionnel « Salut à toi ». Il faut avouer que de nombreux Français avaient fait le (parfois long) déplacement en terre boraine, pour assister à ce concert exclusif. La seule date programmée, après un détour par le Québec !

S.L.

 

Cactus 2004 : vendredi 9 juillet

Écrit par

Le festival Cactus en est déjà à sa 23ème édition. Et il se déroule dans un cadre de verdure tout à fait remarquable : le Minnewaterpark de Bruges. L'équipe de Musiczine y était présente. Johan les deux premiers jours (voir reviews sur le site ne néerlandais), Bernard le vendredi et Grégory le samedi. Non seulement le cadre est remarquable, mais le personnel qui y travaille est aussi accueillant que sympathique. Une seule ombre au tableau : la pluie ! Surtout le vendredi. Deux averses qui n'ont pourtant pas refroidi un public multi générationnel particulièrement enthousiaste.

Vendredi 9 juillet

Auteur d'un superbe deuxième album (« Det er mig der holder traeerne sammen », chroniqué en ces pages), Under Byen (NDR : voir également interview) était invité à ouvrir la manifestation. Pas une mince affaire, puisque la première drache s'est abattue juste avant que la formation danoise ne monte sur les planches. J'avais eu l'occasion d'assister à une petite demi-heure du set, lors de leur passage au Grand Mix de Tourcoing en mai dernier. Et nonobstant des problèmes de balance liés à un test checking opéré dans la précipitation (!!!!), j'avais ressenti chez eux la flamme d'un futur super groupe. Toutes les conditions étaient donc réunies pour montrer ce qu'ils avaient dans le ventre. Et franchement on n'a pas été déçus. Les musiciens sont bien en place. La section rythmique et le pianiste/claviériste posent la trame. La violoncelliste y brode des accents graves. Le violoniste des accents aigus. Et leur trip hop tour à tour atmosphérique, symphonique ou cinématique peut atteindre une intensité phénoménale. Surtout lorsque ce violoniste joue de la scie. Avec un archet. A cet instant, il flirte avec le psychédélisme 'hendrixien'. Sans la moindre guitare. Une sensation accentuée par la performance du percussionniste. Effacé au début, il devient impressionnant au cours du concert, apportant même une impulsion 'wagnerienne' à l'expression sonore. A charge d'Henriette de canaliser les émotions. De sa voix éthérée, sensuelle, 'bjorkienne', tour à tour intimiste ou impétueuse. La formation en profite pour épingler l'un ou l'autre titre de son nouvel opus (NDR : dont la sortie est prévue pour la fin de l'année), et puis se retire après 50 bonnes minutes, le devoir accompli… alors que les premières gouttes de pluie recommencent à tomber…

Déjà que la musique de Macy Gray ne me botte pas trop, mais comme au cours des vingt premières minutes de son set, il tombait des hallebardes, j'ai préféré rester à l'abri. Mais que d'eau ! Ah oui, le concert ! Macy possède une superbe voix. Un hybride un peu écorché entre Lisa Kekaula (Bellrays) et Tina Turner. Beaucoup de présence sur scène, des musiciens balèzes, quatre filles dont deux claviéristes et deux choristes. Mais le mélange de soul, de pop, de r&b, de hip hop, de funk et de jazz, que la formation pratique, m'est assez insupportable. Désolé, mais j'ai pris davantage de plaisir en avalant un excellent sandwiche et une (NDR : peut-être deux, ou même trois) blanches de Bruges. Après tout ce qui venait de verser, je n'allais quand même pas me mettre à l'eau.

A 57 balais, Patti Smith n'a jamais été aussi en forme. Pour preuve, son dernier album « Trampin' », dont la critique est unanimement élogieuse (NDR : voir également en ces pages). Et puis à cause de la prestation qu'elle a accordée ce vendredi soir. Un set qu'elle entame par le titre maître de son dernier opus. Au piano. Et sa voix est déjà impressionnante de précision et d'émotion. Puis la machine se met en marche. Faut dire que derrière elle, le backing group assume. Un backing group au sein duquel on retrouve les fidèles Jay Dee Daugherty (aux drums) et Lenny Kaye (à la guitare). Un line up complété par un bassiste et un claviériste qui se mue épisodiquement en guitariste. Et lorsque Patti empoigne également une six cordes, on se croirait alors en plein trip crazyhorsien, ryhtme tribal à l'appui. Faut dire que l'essentiel de sa prestation va libérer une intensité électrique phénoménale (NDR : il ne manquait plus que Neil Young pour faire une jam !). Une bonne partie du répertoire de son dernier elpee est interprété, avec pour point d'orgue un « Ghandi » proche de l'envoûtement. C'est d'ailleurs une longue ovation qui va ponctuer l'interprétation époustouflante de ce qui risque de devenir un nouveau classique. Classiques qui n'ont d'ailleurs pas été oubliés. Et notamment « Horses », « Dancing barefoot », « Because the night », sans oublier l'hymnique « People have the power ». Patti en profite alors pour faire passer ses messages de paix et de solidarité dans le monde, en particulier pour les enfants. Elle n'a pas changé ! Sur scène elle se démène, dialogue avec la foule ou la harangue comme une prêtresse. Parfois elle avale une lampée d'eau, qu'elle recrache sur les premiers rangs du public (NDR : je l'avais dit, faut pas boire de l'eau quand il a plu ; elle aurait dû commander une blanche de Bruges…) Et en rappel, nous accorde un « Gloria » dévastateur, avant de se retirer. Une claque !

 

 

 

Pukkelpop 2004 : samedi 21 août

Grande nouveauté cette année au Pukkelpop, et petite fierté communautaire : non pas un, mais deux groupes wallons à l'affiche ! A commencer par Ghinzu, dont le « twist from Brussels » aura diverti un club bondé, sans doute conquis d'avance (des francophones ?). Trente-cinq minutes, c'est juste assez pour le rock déjanté de ces cinq Bruxellois : au-delà, John Stargasm et ses sbires ont souvent tendance à lorgner dangereusement vers le progressif (riffs interminables et synthés adipeux). Set concis et parfait, plein de tubes (« Do You Read Me », « Blow ») et d'ambiance… Le meilleur de Ghinzu depuis… Depuis ?

Au Château, la nouvelle signature du label électro Warp : Gravenhurst, alias Nick Talbot… un songwriter folk entre Nick Drake, Codeine et Third Eyed Foundation (il vient de Bristol). Warp se diversifie, et c'est tant mieux… Surtout que « Flashlight Seasons », le deuxième album de ce jeune folk-singer, est une splendeur. En live, c'est plus noisy : comme si Nick Talbot voulait prouver qu'il en a aussi dans la culotte… Et parce qu'en festival il sait qu'il vaut mieux brancher les guitares plutôt qu'espérer le calme monacal. Recueillement, concentration, hypnose : même durant ces flashes shoegazing, le public est captivé. Un bon concert, et une découverte de plus !

Girls In Hawaii, par contre, on connaît. Sur le bout des doigts même, pour les avoir vus déjà dix fois en l'espace de quelques mois. Pourquoi dès lors s'obstiner à chaque fois les revoir ? Parce qu'ils s'améliorent de set en set, même si ceux-ci sont espacés de trois semaines. Encore une fois donc, ils nous ont épatés. Qu'il existe des gens qui les snobent parce qu'ils ont trop (?) de succès relève de la pure idiotie. Girls In Hawaii le méritent. Certes, ils n'étaient pas initialement au programme (ils remplacent Oi Va Voi), mais qu'importe : à l'affiche de tous les festivals d'été (de Belgique et d'ailleurs), ils sont occupés de devenir le groupe wallon le plus populaire de ces dix dernières années. Petite fierté (mais de là à huer le journaliste qui les présente en flamand…), grand concert (« The Fog » : déjà un classique). Comme d'hab', mais en mieux. Jusqu'au prochain. Mais où s'arrêteront-ils ?

Déjà présents l'année dernière, The Kills sont de retour pour notre plus grand bonheur. Un couple (VV et Hotel), une guitare (voire deux), une boîte à rythmes, et du rock'n'roll comme on l'aime : crade, puissant, féroce, sans compromis. Ca vous rappelle quelque chose ? Les White Stripes, en tête d'affiche de ce dernier jour de festival. Sauf qu'avec les Kills, c'est encore plus bestial. L'électricité entre VV et Hotel, Bonnie and Clyde du nouveau millénaire, se ressent à chaque riff décoché, et de la tête aux pieds. Pas d'esbroufe à la Jack White, ni de panoplie blanc-rouge comme label déposé : ici c'est noir de chez noir, sans aucunes afféteries. A priori c'était le même concert qu'il y a un an (un ou deux nouveaux titres en bonus), sauf que le couple semblait encore plus fusionnel, et VV moins timide, de plus en plus carnassière. On les adore : ils sont le rock d'aujourd'hui, et meilleurs en live que leurs cousins de Detroit.

Et c'est parti pour presque sept heures de rock non stop : après The Kills, les stars de 2004, Franz Ferdinand. Groupe, disque, single de l'année : quelques mois seulement après la sortie de leur premier disque, les Anglais cartonnent partout dans le monde. A Werchter, ils avaient livré le meilleur concert du festival, dans une ambiance de feu. Autant dire qu'on n'allait pas rater leur retour, ici au Pukkelpop. Las : pendant plus d'un quart d'heure, la sauce ne prend pas. En cause : le son (approximatif) et le public (mou). Il aura fallu patienter jusqu'aux premières notes libératrices de « Take Me Out » pour qu'enfin la plaine de Kiewit s'enflamme et chante à tue-tête. « Matinee », « Michael », « Darts of Pleasure » (et tout le reste, puisque ces jeunes gens ne pondent que des tubes) : grosse fiesta, mais moins qu'à Werchter. Vivement qu'ils passent en salle !

Après l'intermède Graham Coxon (l'ex-Blur chante comme un cave mais trousse de bonnes mélodies), le groupe que tout le monde attendait (au tournant) : Soulwax, dont la dernière prestation scénique sur nos terres remonte à 2000 (Werchter)… Et pour cause : depuis lors, les frères Dewaele, alias les 2 Many DJ's, sont devenus les rois du bootleg, et leurs DJ sets des classiques de festivals (encore ce soir), qui se monnaient très cher. Pas étonnant dès lors que le successeur à « Much Against Everyone's Advice » se soit tellement fait attendre… Et c'est avec un certain stress que les deux frères déboulent sur scène, suivi de leurs musiciens (Soulwax, c'est d'abord les Dewaele). « We will play mostly new songs. I hope you'll like it ». Nous voilà prévenus, d'autant que les premières critiques de leur nouvel album, « Any Minute Now », sont loin d'être dithyrambiques (« Hang the DJ's », peut-on lire dans le dernier Q, 5/10 dans le NME, 1/5 étoiles dans le Mojo,… : c'est pas gagné pour Soulwax à l'étranger, malgré le succès des 2 Many DJ's). Le set débute sur un beat : c'est « E-Talking », un trip sous acide qui prouve bien qu'à force de mixer de tout depuis quatre ans, les frères Dewaele se devaient d'offrir du neuf au sein de leur groupe… Sauf qu'à force de fréquenter James Murphy, Trevor Jackson (la pochette) et tout ce petit monde branché de l'elektroklash mondiale, ils en ont oublié d'écrire de vraies chansons. « YYY/NNN », « Dance 2 Slow », « Miserable Girl », c'est d'abord  du gros son : la forme prend le pas sur le fond. Impression confirmée au moment des vieux tubes (« Much Against… », « Conversation Intercom », « Too Many DJ's »… en final, forcément), à côté desquels ces nouveaux titres manquent cruellement de consistance. Ils avaient de quoi stresser, puisqu'ils viennent de rater leur come-back, devant un public qui tout le long se sera ennuyé, en essayant de faire paraître le contraire.

Un bon McLusky, et heureusement ça repart : « Lightsabre Cocksucking Blues » d'entrée, ça fait d'ailleurs très mal. Une heure de rock noisy explosif, sans cesse sur le fil du rasoir, d'une violence rare : aux premiers rangs c'est la folie, pogos à gogo. McLusky est sans aucun doute l'un des meilleurs groupes rock de ces dernières années. Des Pixies en plus colériques, du Shellac en plus concis et incisif. Une heure leur suffit pour balancer presque la moitié de tout leur répertoire (surtout « Do Dallas » et leur petit dernier, « The Difference Between Me And You Is That I'm Not On Fire »). Andy Falkous, au chant et à la guitare, gueule les dents serrées, tandis que derrière lui Jack Egglestone, l'air mauvais, martèle ses fûts sans ménagement. Jon Chaple, lui, a tout l'air d'un malade mental. C'était le concert le plus défoulant de tout ce festival (avec celui des Dillinger Escape Plan), et le meilleur de McLusky sur nos terres, rien que pour l'ambiance.

Après une telle claque, le gangsta rap de pacotille du copain à Eminem faisait bien pâle figure (sans jeu de mot xénophobe) : 50 Cent, c'est du show à l'américaine, sponsorisé par MTV, en play-back (le rappeur pose son flow paresseux sur la version enregistrée de ses titres !), et dont le seul but est de ramener du blé à la maison. Derrière 50 Cent, une banderole « G Unit », son label : Lloyd Banks, son petit protégé, est même de la fête, pour chanter son single et nous exhorter à l'acheter. Encore une fois le rap amerloque s'est foutu de notre gueule, et par là fait de l'ombre à de vrais artistes pour qui le hip hop n'est pas qu'une affaire de tiroir-caisse. « P.I.M.P. » ? Tu l'as dit, bouffi…

Est-ce que Wayne Kramer, l'une des légendes encore vivantes du garage rock des seventies, se la pète, lui ? Et pourtant son MC5 a changé l'histoire. Comme il y a deux ans en invitant les Stooges (sans Iggy), le Pukkelpop accueillait donc cette année d'autres rockeurs émérites : Kramer (guitare), Dennis « Machine  Gun » Thompson (batterie) et à la basse Michael Davis (Fred « Sonic » Smith et Rob Tyner étant morts). Mark Arm de Mudhoney et Johnny Walker des Soledad Brothers se chargeant de les accompagner au chant. Et à la deuxième guitare, Nick Royale des Hellacopters. Du beau monde, pour célébrer en grandes pompes les beaux restes de ce MC5 (MC3 ?), et balancer des titres comme « Shakin' Street », « Kick Out The Jams » ou « Call Me Animal ». Bien interprété, sans bavures, comme à l'époque : c'est sans doute pour ça qu'on n'osera pas trop dire du mal de ces quinquagénaires. Ils font ce qu'ils peuvent, et ils le font bien. Trop bien sans doute… Comme un juke-box.

Ce que pourrait devenir (à court, moyen, long terme ?) les White Stripes, qui en gros se voient bombardés tête d'affiche sur base d'un riff, un seul, aussi fantastique soit-il, celui de « Seven Nation Army ». Un riff tellement puissant et fédérateur qu'il est devenu l'hymne de toute une génération : le riff qui tue, et qui sans doute tuera le couple de Detroit. Parce que les dizaines de milliers de personnes amassées devant la Main Stage en cette fin de Pukkelpop n'attendaient finalement qu'une seule chose : ce riff. Le reste, elles s'en tapent. « Jolene » (Dolly Parton), « I Just Don't Know What To Do With Myself », « Hotel Yorba », « Dead Leaves and the Dirty Ground » sont en gros les seuls autres tubes que Jack et Meg auront joué pendant plus d'une heure. Une heure de soundcheck, Jack White triturant sa guitare comme un vieux bluesman possédé par le diable… Et Meg tapant nonchalamment sur ses fûts, toujours en retard ou en avance (il paraît que c'est ce qui fait son charme). Constatation : qu'ils jouent devant 300 ou 60.000 personnes, les White Stripes restent intègres. Il n'empêche que le public aura très rarement marqué son enthousiasme… Rappel : « Seven Nation Army ». Le peuple exulte. Quel meilleur tube planétaire pour clôturer un festival ? De là à dire que ça suffit, c'est une autre paire de manches. Rouges ou noires ? Peu importe : la musique, ce n'est pas qu'un riff et des couleurs binaires. Et ça, peu de gens ce soir semblaient l'avoir compris.

G.E.

 

Lors de la sortie d'« Efflorescence », premier album d'Oceansize, nous avions le sentiment profond que Manchester, berceau du baggy (NDR ; n'oublions pas les Happy Mondays !) et de la britpop (NDR : pensez à Oasis !), venait d'enfanter un quintette atypique mais à l'immense potentiel. Leur éblouissante prestation dans un club, malheureusement moins rempli qu'à l'habitude, a conforté cette impression. Exploitant à merveille la brutalité du métal, les vertiges du psychédélisme, l'intelligence de la musique progressive, la complexité du rock baroque et les caresses de la noisypop, le quintette a conquis en moins d'une heure l'esprit des inconditionnels de Muse, My Bloody Valentine et Sigur Ros. Et ceux de Jane's Addiction voire de King Crimson également. Résultat ? Un rappel dûment mérité mais difficilement accordé par les organisateurs du festival. Reste au chanteur androgyne et très charismatique Mark Vennart à convaincre ses compagnons de penser à leur look. A revoir absolument en salle !

J.D.

 

Le club était plein comme un oeuf pour accueillir le set de Blanche, une formation issue de Detroit dont tout le monde parle, mais que personne (ou presque) ne connaît. Et pourquoi faire un tel tabac, alors que leur premier album vient juste de sortir ? Parce que Jack White des White Stripes en dit le plus grand bien. Bien sûr Dan et Tracee Miller ainsi que Jack ont joué dans le même groupe, Goober & The Peas, et sont demeurés très amis. Jack a même participé à l'enregistrement de « If we can't trust the doctors ». En outre ce dernier a repris une de leurs chansons, « Whos's to say », qui figure sur la flip side du single « I don't know what to do with myself ». Enfin, les critiques des concerts accordés par la formation sont tout bonnement dithyrambiques. Bref, on allait voir ce qu'on allait voir ! Première constatation : les musiciens ont un look pas possible. Dans un style rétro qui ne manque pas d'élégance. Un peu comme s'ils étaient sortis d'un film tourné dans les années 30. Et puis Tracee, la chanteuse, est très jolie. Ses longs cheveux roux tombent sur une robe noire, corsetée de blanc, généreusement décolletée. Une taille de guêpe, un visage angélique : un régal pour les yeux ! (NDR : j'ai dit les yeux, hein !). Bon, faudrait quand même penser à parler musique. Et là, surprise ! Alors que l'album est relativement paisible, sur scène le groupe a une pêche d'enfer. Sa country alternative crache les flammes de l'enfer. Costard noir, cheveux noirs, lunettes noires, le regard sombre, le joueur de banjo assume comme un vieux briscard. Episodiquement, il troque son instrument contre une sorte de harpe portable. A la pedal steel, Feeny ne se contente pas d'étaler toute sa virtuosité, il libère un feeling qui sort littéralement de ses tripes. Parfois, il empoigne un mélodica pour donner plus de coloration aux compos. Derrière les fûts : une drummeuse. De très petite taille. Probablement une indienne. Extrêmement timide, elle se révèle d'une redoutable efficacité. Si les yeux sont souvent braqués sur Tracee, qui se charge de la basse et des backing vocals, Dan Miller incarne vraiment le personnage central du combo. Les filles le disent beau gosse. Ce n'est pas le sosie de Hugh Grant (acteur principal du film mythique « 3 mariages et un enterrement), mais presque. Doué d'une superbe voix, nasillarde, dans un registre proche de Stan Ridgway, il affiche des mimiques très théâtrales et manie l'humour corrosif avec un aplomb hors du commun. 'Faut il faire confiance aux docteurs', nous balance-t-il ? Ou invite le public à taper du pied sur la cover du Gun Club, « Jack on fire ». En fin de concert, Feeny empoigne le micro pour échanger un duo avec Dan. Les deux personnages gesticulent, déambulent dans tous les sens, sous les regards hilares des autres membres du groupe. On frise le délire. Et le public se prend au jeu, accordant une ovation phénoménale à la prestation de Blanche. Rarissime à cette heure au club, le groupe accordera un rappel, Dan et Tracee se retrouvant alors, le temps d'une chanson, dans la peau de Lee Hazlewood et de Nancy Sinatra. Epatant ! Et un grand moment du Pukkelpop 2004…

Le dernier album d'Archive ne casse pas des briques. Mais leurs dernières prestations accordées en 'live' avaient reçu d'excellents échos. Notamment, lorsqu'ils se sont produits lors des dernières Nuits du Bota. Il faut croire, qu'à cette époque, ils étaient encore sous le charme de leur presque excellent opus « You all look the same to me », parce que leur set n'a pas vraiment convaincu. Pourtant, les premiers morceaux auguraient les plus belles espérances. Leurs trois premiers titres naviguant au sein d'une trip hop cosmique particulièrement intense. Malheureusement, la suite s'est égarée dans une forme de prog pompant généreusement les clichés les plus éculés du Pink Floyd circa « The final cut », voire du Barclay James Harvest  lorsque Stewart Wolstenholme avait tiré sa révérence. Suffit pas de disposer d'un matos impressionnant pour faire la différence ! Et puis, faudrait peut-être mettre des maracas dans les mains d'un des trois claviéristes. Plutôt que de les agiter (ses mains !) inutilement, il pourrait peut-être apporter une note un peu plus percussive. Une grosse déception !

B.D.

 

On les a ratés (et c'est bien dommage) : Seelenluft, Buck 65, Luciano, Lambchop, LCD Soundsystem, The Bronx, Mike Patton & Rahzel, Felix da Housecat, Miss Kittin, Plaid, Boo !, Arsenal.  (G.E.)

Les Nuits Botanique 2004 : du 7 au 15 mai

Ca y est, c’est fini ! Les Nuits Botanique 2004 auront en tout cas tenu toutes leurs promesses… Et passé avec succès l’examen printanier : ce changement de date qui coïncide avec l’arrivée du beau temps se révéla, en fin de compte, diablement judicieux. Plusieurs sold out (Miossec, Bénabar, Blonde Redhead, les Skatalites, et bien sûr la Sacrée Nuit), une affiche toujours plus éclectique et alléchante, une ambiance conviviale,… Désormais les Nuits Botanique serviront d’excellente mise en jambe pour tous les festivals d’été. Compte-rendu forcément subjectif, forcément personnel, de neuf jours de folie.

Même si Bashung s’est déjà produit au Cirque Royal il y a seulement quelques mois, son retour ne pouvait qu’attiser, une nouvelle fois, les passions. Réduit d’une heure pour des raisons de programmation, le show du poète n’aura laissé personne de marbre. Vêtu de noir et les cheveux grisonnants, Bashung en impose. Le concert débute par " Tel ", premier morceau de " L’Imprudence ". Sur les deux écrans latéraux défilent des paysages arides, ces " grands espaces " qui donnent leur titre à la tournée, et participent à suggérer l’ambiance : sépulcrale, cotonneuse, surréaliste. En plein trip subliminal (ces films, c’est du Wenders, du Tarkovski ?), le public garde son calme, sans doute gagné par l’hypnose de ces textes récités dans un élan fragile, fourbes de sens mais si captivants… Quel est cet homme aux mimiques gainsbourgiennes, qui délie la langue française pour mieux la débaucher ? Que raconte donc ses rimes pleines d’" aqueducs ", de " mercure " et d’" amphores " ? L’a-t-on vraiment vu " dans le Vercors, sauter à l’élastique " ? Mais peu importe qu’on n’y comprenne peau de balle : l’univers de Bashung, heureusement, n’est pas que verbe. C’est aussi l’un des univers sonores les plus atypiques de la chanson française, qui emprunte au rock, mais également à la musique contemporaine, au reggae, au jazz, à la world. Musique d’ambiances lourdes, de gueules d’atmosphère. Autour de lui, en V, sept musiciens s’appliquent à rendre vivante cette palette d’étranges harmonies. Pour l’unité du spectacle, certains titres sont parés d’une électricité nouvelle, d’un manteau de velours aux reflets obscurs (" Fantaisie Militaire ", " Samuel Hall ", " Ma Petite Entreprise "). Le son, moite, parfois sourd, étouffé, donne des sueurs froides. La part sombre est donnée à " L’Imprudence " (" Faites Monter ", " Mes Bras ", " L’Irréel ", " Faisons envie ", duo sensuel avec sa femme Chloé Mons) et à " Fantaisie Militaire " (" Malaxe " en rappel, " La Nuit je mens ", " Aucun Express ", " Sommes-nous ",…). Puis c’est " What’s in a bird ", " Vertige de l’amour ", " Osez Joséphine " : " tel Guillaume Tell ", Bashung décoche ses flèches, remet son chapeau, tourne le dos et disparaît dans l’espace en mouvement. Impressionnant.

En première partie, la cold wave neurasthénique de Piano Magic et le rock âpre et ténébreux de Mud Flow auront eu le mérite de nous mettre dans l’ambiance. Noire, donc. Pesante. Comme un dimanche d’orage ! Glen Johnson de Piano Magic est sans doute un grand fan des Cure période " Faith " et " Seventeen Seconds " : cette batterie tribale, ces synthés frigorifiques, cette voix traînante, en apesanteur au-dessus des menaçants cumulus. Il s’agit bien de cold wave. Mais d’une cold wave sans les tics romantiques, qui a su retenir les leçons du shoegazing (Slowdive) et laisser ses oripeaux gothiques au placard. En à peine une demi-heure, Piano Magic aura su captiver l’attention, grâce à ce savant mélange d’ambiances pesantes et de rythmiques poisseuses (les excellents " Saint Marie ", " I Am The Teacher’s Son ", " The End Of A Dark, Tired Year ", du dernier album, " The Troubled Sleep Of Piano Magic ", paru il y a quelques mois). Quant au concert de Mud Flow, quelle claque ! Constatation : les cinq Bruxellois assurent comme des bêtes. Sans doute un des meilleurs groupes live du moment, toutes catégories confondues. De " Sacrés Belges " ? De sacrés musiciens et ‘mélodistes’, point barre. Qu’ils aient pris la tangente et préféré jouer seuls, sans devoir être associés à une quelconque ‘fraternité’ communautaire et musicale, c’est leur choix… Cela n’enlève rien à l’excellence des chansons jouées ce soir : en ouverture, " The Sense of ‘Me’ "/ " Chemicals ", 10 minutes de rock tendu et aérien, bien loin des déflagrations noisy de leurs premiers faits d’armes. Puis tout le reste (ou presque) de cet " A Life On Standby ", album miraculeux : " Five Against Six ", " Today ", " Tribal Dance ", " Unfinished Relief ", et pour clôturer ce set de toute beauté, hanté par les fantômes d’And Also The Trees et de Sad Lovers & Giants (cfr l’interview), l’hypnotique " New Eve " et ses cinq bonnes minutes de martèlement rythmique. Du grand art !

Samedi, direction les Grandes Serres pour la totale drum’n’bass, avec Roni Size et sa nouvelle muse, Tali. En première partie, le collectif Ninja Tune Pest, dont l’ébouriffant premier album, " Necessary Measures ", est sorti l’année dernière. Un mélange détonnant d’acid jazz, de funk, de trip hop, de reggae et de hip hop. Trompette, basse, batterie, guitare, platines/samplers, rap. Dommage qu’à 20h00 pétantes, la tente soit encore loin d’être remplie… Mais la bonne humeur de ces Anglais contaminera rapidement les quelques dizaines de spectateurs arrivés à l’heure. Un amuse-gueule pétillant et groovy avant la prestation remarquée de Tali, jeune Néo-zélandaise au physique de mannequin, entourée de deux choristes et de trois musiciens. " Lyrics On My Lip ", son album, renouvelle le genre d’n’b en le frottant au r’n’b le plus salace : chaud comme la braise, et diablement efficace. Des titres comme " Blazin’ ", " Gonna Catch You " et " Lyric On My Lip " n’auront aucun mal à déchaîner une foule de plus en plus nombreuse. De la bombe, bébé ! Facile dès lors pour Roni Size de faire péter l’ambiance, à coups de breakbeats ravageurs : sans doute un des concerts les plus festifs de ces Nuits Botanique, avec celui des Skatalites… Des hits (" Brown Paper Bag ", " Who Told You ", " Railing Pt. 2 ",…), des inédits de haut vol (avec MC Dynamite), et le support de Tali, en remplacement d’Onallee. Dommage que l’Anglais et ses potes n’aient pas joué une demi-heure de plus : une fois lancée la machine, difficile et frustrant pour nos guiboles de ralentir la cadence…

Heureusement qu’il y a DJ Mandrak (des soirées Dirty Dancing) au Witloof Bar : de quoi continuer le fête jusqu’à deux heures du mat’, dans une ambiance elektroklash surchauffée. " Hello, is there anybody in there ? " ! ! !

Dimanche, lendemain de la veille, se produisaient le Canadien Rufus Wainwright et les floydiens Archive, dont le succès (consensus ?) en Belgique (surtout en Wallonie) ne fait que grandir (attention, quand même, à l’" effet Placebo "). Seul au piano (ou à la guitare) pour des raisons strictement budgétaires (" Achetez mon disque ! Comme ça la prochaine fois je pourrais venir avec mon groupe "), Rufus Wainwright revisitera son répertoire personnel avec l’emphase et l’humour d’un Oscar Wilde pop. Dommage que notre bonhomme, à chaque respiration, chuinte comme un crooner atteint de rhino-pharyngite : un coup de langue baveuse à la fin de chaque syllabe (" chhhhhchhhswwwlurp ! "), ça vous salope un morceau en moins d’une minute. Le temps qu’il nous aura fallu pour enjamber trois rangées de fauteuils, direction le bar pour commander une bière. Mais que cette anomalie buccale ne décourage personne d’aller jeter une oreille aux albums du bonhomme : " Want One ", le dernier en date, malgré d’évidentes boursouflures à la " Bolero " de Ravel (véridique), vaut mieux que toutes ces histoires de salive. A la vôtre !

Dès l’entrée sur scène d’Archive, c’est déjà la folie. Peu importe si leur prog-rock lorgne méchamment du côté de Pink Floyd et de King Crimson : ces mecs sont au point, et le public l’entend bien. Vêtus de noir parce que leur musique n’est pas des plus rêveuses, les sept membres du groupe s’appliquent à rendre au mieux les atmosphères étouffantes de ce " Noise " atrabilaire. Du bruit, ces types en font. Mais avec suffisamment de talent pour laisser l’auditeur pantelant, comme pris en otage par ces rythmiques assourdissantes et ces nappes de synthé ramassées. Craig Walker n’évite pas toujours les mimiques du rocker habitué aux stades (pourtant, Archive est loin d’être prophète en son pays), mais il chante comme un dieu. Pour autant qu’on aime ce genre de gargarises évangéliques à la U2/Coldplay. Le public, lui, adore. Se lève, enfin, lors d’un " Fuck U " magistral. Suivent d’autres perles, tel ce " Waste " dépressif et teigneux, qu’on écoutera en boucle après chaque déception sentimentale. Archive est un groupe facile à aimer, parce que sans surprises ni prise de risques : derrière ces paysages désolés se cache en fait un rock plutôt lisse, qui ressasse à l’envi les mêmes clichés romantiques, empruntant aux plus grands (Radiohead, My Bloody Valentine, Pink Floyd) leurs recettes miracle, pour mieux les copier sans même les pervertir. " Again ", en final gargantuesque, ne nous convaincra pas du contraire, même si Craig Walker casse (méthodiquement) sa guitare. Méthodiquement : c’est bien là le problème.

Tout le contraire de Matthew Herbert, qui lui ne s’embarrasse d’aucun schéma préfabriqué : sa musique n’a rien de prémâché, puisque à chaque moment elle subit les accidents de l’instant, détourne les clichés du jazz en sa faveur, questionne nos attentes ‘spectatorielles’ en jouant sur la surprise. On connaît Matthew Herbert pour ses exercices post-modernes de manipulations électroniques en temps réel : le cri d’un spectateur ravi peut ainsi servir d’armature rythmique à l’un de ses morceaux – comme ce fut le cas ce soir, parmi bien d’autres divertissements sonores. Entouré de 17 ( !) musiciens (un vrai big band, au sens noble du terme), l’Anglais aura donné ainsi sa propre version du jazz Nouvelle-Orléans : une relecture passionnante à l’heure du tout laptop, qui convoque aussi bien les fantômes de Duke Ellington et d’Ella Fitzgerald (Dani Siciliano en vocal guest, qui assurait déjà la première partie) que l’esprit tutélaire de Noam Chomsky et de Jean Baudrillard. Au-delà de l’esbroufe visuelle et sonore, c’est toute une réflexion sur la mémoire, le recyclage musical et les abus de notre société consumériste qui se profile à l’horizon. La suite logique du fameux " Acid Brass " de Jeremy Deller, qui reprenait 10 standards de l’acid house (KLF, 808 State, Derrick May,…) en version fanfare de luxe. Inventif et malin.

D’autant qu’en " support act ", on retrouvait avec bonheur Die Anarchistische Abendunterhaltung (DAAU), quatuor néoclassique flamand (clarinette, violon, violoncelle, accordéon) dont le nouvel album, " Tub Gunrnard Goodness ", vient de sortir. Accompagné sur quelques titres par le groupe dub français Ez3chiel (notamment lors de l’impeccable " Piano Dub ", avec Angélique Wilkie de Zap Mama au chant), DAAU a prouvé une fois encore que la " musique classique " peut elle aussi s’improviser pop (voir aussi Boenox). Empruntant autant au folk qu’à la world, DAAU est finalement au classique ce que Matthew Herbert est au jazz : un leurre, qui n’offensera que les puristes (en rappel, le fameux " Gin & Tonic "). Ainsi soit-il !

Le concert sold out de Blonde Redhead était l’un des plus attendus du festival, et pour cause : le dernier album des New-Yorkais, " Misery is a Butterfly ", est un chef-d’œuvre éthéré de chansons mélancoliques, qui lorgne davantage du côté de Gainsbourg période " Melody Nelson " que des zébrures noisy de Sonic Youth. Pas étonnant dès lors que les plus acharnés des fidèles aient été déçus par la prestation vaporeuse de Kazu et des jumeaux Pace… Il fallait pourtant s’y attendre : Blonde Redhead n’est plus ce groupe qui martèle ses guitares en gueulant son mal être. La rage, cette fois, se veut davantage insidieuse, à l’image de morceaux comme " Elephant Woman " ou " Messenger ", plus subtils dans leur inquiétude larvaire que n’importe quel refrain juvénile à base de riffs no wave et de batterie qui claque. Blonde Redhead a mûri. Demande qu’on ne fume pas dans la salle. Tourne le dos au public pour mieux se concentrer sur ces nouveaux arpèges délicats, moins accrocheurs mais en fin de compte plus mémorables. Plus d’inimitié : à la place, de la sérénité. Du moins en apparence. C’est sans doute là tout le nœud du problème… Mais les guitares qui crissent sont-elles forcément synonymes de colère ? Blonde Redhead vaut bien plus que cette image de pseudo Sonic Youth dont se contente le fan indie approchant la trentaine… Y a pas de mal, mais affirmer que " c’était mieux avant " relèverait ici de l’aveuglement pur et simple.

Avant cet excellent concert, une découverte : Cocorosie, duo féminin de Brooklyn adepte d’un folk mutant, plein de bruits campagnards (le cocorico, donc) et de voix de souris cachées dans le foin. Etranges ces comptines, récitées sur un ton d’opéra (pour l’une) ou sans les amygdales (pour l’autre). Parfois, un piano, une harpe, venant rehausser ces histoires de " Maison de rêve "… Drôle de baraque, quand même : un troisième pensionnaire y a d’ailleurs élu domicile. C’est un rappeur, qui joue les beatbox en l’absence de toute structure rythmique. Parfois aussi, il rappe, en français, et on dirait MC Solaar (gasp !)… Portrait d’une petite famille déjantée, mais qui porte la culotte ? Mangent-ils des omelettes en écoutant Vashti Bunyan, Björk et Cat Power ? Drôles de coco, c’est peu dire… En vente au rayon bio de votre épicerie communale, entre la Vache qui Rit et le carton d’œufs de poules élevées en plein air.

Autre donzelle, autre genre : Miss Kittin, dont les cheveux repoussent, venait soi-disant présenter aux Nuits son premier album solo (" I Com "), qui sort fin de ce mois. Sauf que la Française déteste le ‘live’ : c’est mixer qu’elle préfère. Pas de stress, on la sait balèze question pitch et poumtchak. Deux heures durant, la Miss nous aura donc délivré un mix incendiaire ; ponctuant en rappel et pour se faire plaisir, le " Question of Time " de Depeche Mode. Très fort, malgré un public plutôt statique.

Et puis vient " la " Nuit. La " Sacrée Nuit ". Sold out depuis des plombes. Rendez-vous incontournable de toute la scène rock wallonne et bruxelloise. Plate-forme musicale éclectique (rock, pop, électro, mais pas de hip hop) dont l’objectif est de mettre en lumière les nombreux talents que compte notre communauté française. Evénement-locomotive dont le principal mérite est de fédérer un public francophone autour d’une multitude de groupes (dix-sept au programme) qui n’ont pas à rougir face à leurs homologues flamands. Preuve que le rock en Wallonie peut lui aussi remplir des salles (amorcé par le sold out de Girls In Hawaii, Sharko et Ghinzu à l’AB en hiver dernier). Sorte de label déposé qui met tout le monde d’accord (maisons de disques, associations professionnelles, musiciens, public, presse, politiques), malgré le danger d’une ‘ghettoïsation’. Car il ne faudrait pas que ce genre de manifestation, aussi essentielle soit-elle, ne rogne les ailes de groupes qui ramènent du peuple lorsqu’ils se mettent ensemble, mais peinent encore à trouver leur public en solitaire… C’est le revers de la médaille, mais loin de nous l’idée de croire qu’ils n’y arriveront pas. Il suffit de voir l’engouement que suscitent des groupes comme Girls In Hawaii, Jeronimo ou Ghinzu, d’abord en Wallonie mais aussi en Flandre et en France… Belle Nuit que celle-ci. Convainquante par son affiche. Moins dans la pratique : des files incessantes à l’entrée et aux bars, des bouchons entre les salles, et puis cet horaire plutôt mal foutu (impossible de tout voir, forcément). D’où une certaine frustration, malgré l’ambiance de " fête nationale ". Premier concert auquel on assiste, après une heure de surplace à la pompe à bière et devant la rotonde : celui d’Austin Lace, de " band van Nijvel ", dont le deuxième album est prévu pour la rentrée. Ambiance sympathique. Aux samplers, Marieke de John Wayne Shot Me, en remplacement d’Enzo Porta, qui s’est pris un ampli sur le doigt (le pauvre). Mais il en faut plus aux Nivellois (émigrés depuis lors à Bruxelles) pour se laisser abattre. Et c’est parti pour une grosse demi-heure de pop survitaminée, entre Pavement, Gorky’s Zygotic Mincy et Tom et Jerry (la voix de puceau de Fabrice Detry). Des tubes comme " Wax ", " Kill the Bee " et " Menagerie " prouvent que le groupe a gagné en vigueur ce qu’il a perdu en nonchalance. Tant mieux ! Même que la section de cuivres d’Hank Harry viendra les rejoindre sur " Accidentally Yours " : une grande famille, qu’on vous dit… Confirmation lors de la reprise de leur " Deserve " quelques dizaine de minutes plus tard par… Hank Harry, accompagné comme toujours de son Lovely Cowboy Orchestra. Sans doute l’un des ‘sacrés’ groupes les plus explosifs sur scène : difficile en effet de résister aux tubesques " Anyway ", " Hot Summer " et " Turnaround ", ici revu à la sauce Pet Shop Boys/Elvis (" Always on My Mind ", avec en guest les membres… d’Austin Lace). Que du bonheur ! A noter également une nouvelle version (‘orchestre’ oblige) de " Scary Movie"  (de l’album " Rodeo "), et la cover du " Drop Out " d’Urge Overkill… Après un tel moment de fête, Ghinzu avait tout intérêt à ne pas nous décevoir. " Blow " met directement les pendules à l’heure : voilà bien l’un des singles les plus épatants de ces derniers mois, plein de tiroirs et de virages en épingle. Dommage que Ghinzu se lance parfois dans d’interminables digressions prog-rock, parce que c’est dans la concision qu’on les préfère (" Jet Sex ", " Do You Read Me " et l’insoutenable " ‘Til You Faint ", en final). Il n’empêche que ces types sont de vrais entertainers, à l’instar d’Hank Harry et de ses cow-boys mais en plus rock’n’roll. Il est presque 1h00, et le Bota commence enfin petit à petit à se désemplir. Mais la fête continue au Witloof Bar avec aux platines DJ de Pierpont, vieux briscard de la cause AC/DC. Y a plus de jeunesse ! Rendez-vous l’année prochaine, en compagnie de nouveaux groupes ? D’ici là, espérons que tous ceux présents ce soir auront connu d’autres succès mérités, en solo et sans ce ‘sacré’ épithète…

Le lendemain, moins de monde, forcément : Minimal Compact aura d’ailleurs eu bien du mal à remplir les Grandes Serres, tout comme Luke, Deportivo et Kaolin au Musée. Mais c’est bien normal, puisqu’il y avait les Liars et McLusky à l’Orangerie (rires). Les trois Gallois de McLusky viennent de sortir un album dantesque (interview dans ses pages), " The Difference Between You and Me Is That I’m Not In Fire ", encore une fois produit par Steve Albini. Leur punk-rock tendu et tranchant comme le fil d’un rasoir aurait certes mérité une demi-heure de plus, mais bon, c’est déjà bien comme ça. D’autant qu’ils débutent par " Lightsabre Cocksucking Blues ", morceau d’une rage absolue. McLusky est sans doute ce qui est arrivé de mieux au punk-rock depuis ces trois dernières années. " Collagen Rock ", " What We’ve Learned " et " To Hell With Good Intentions " sont des tueries (de l’album " McLusky Do Dallas ", 2002). Le reste vaut lui aussi son pesant de larsens (notamment ce " Slay " d’anthologie en final, très Shellac – tu m’étonnes). On adore.

Les Blood Brothers, eux, font encore moins dans la dentelle : voilà du punk-hardcore des plus agaçants. Les deux chanteurs hurlent comme des chats qu’on étrangle. Mais des petits chats, qui miaulent leur maman de façon plutôt crispante. Une claque, et ils la ferment. Traduction : ça gueule dans l’aigu, et c’est assez casse-couilles. D’autant qu’aux instrus (guitares, basse, batterie, synthés), ça tronçonne pas mal entre deux ruptures de rythmes. Traduction : ça se veut très couillu, et c’est assez casse-tête. Mais à force de nous saouler ainsi, les Blood Brothers, bizarrement, nous captivent. Paradoxal ? Certes.

Mais pas davantage que le live de leurs amis les Liars : alors qu’on attendait d’eux un trip punk funk somme toute abordable, voilà qu’on se prend dans la tronche une heure de no wave tribale, dont l’effet sur le cerveau s’apparente à l’ingestion de mescaline. Castaneda, es-tu là ? Mais que se passe-t-il ? Les gens se barrent. Ne restent que les plus défoncés, voire les plus masos, qui se demandent encore si une bière, en fin de compte, ne les sortirait pas de cette torpeur abyssale. On n’est pas loin des prestations d’Oneida, voire de Noxagt (combo scandinave pratiquant un punk-rock instrumental et famélique, totalement hypnotique). On voudrait bien comprendre, mais notre cortex semble anesthésié par une puissance vaudou. " On est entré dans une zone de chocs. Phénomène des foules, mais infimes, infiniment houleuses. Les yeux fermés, on a des visions intérieures. Des milliers et des milliers de points microscopiques fulgurants, d’éblouissants diamants, des éclairs pour microbes. (…) De l’extrémisme dans la lumière qui, éclatante, vous vrille les nerfs, de l’extrémisme dans des couleurs qui vous mordent, vous assaillent, et brutales, blessantes, leurs associations ". L’infini turbulent (Henri Michaux).

Le marathon prend fin. Vendredi 14. Iron and Wine, alias Sam Beam, nous délivre enfin du sortilège de la veille avec ses chansons country-folk d’une apaisante sagesse. Secondé par un guitariste à l’allure taciturne, le barbu enchaîne les perles dans un calme admiratif. Après le superbe " The Creek Drank The Cradle " sorti il y a deux ans, le voilà donc de retour avec un nouveau disque, le tout aussi magique " Our Endless Numbered Days ". On écoute. On savoure ce bref moment de langueur acoustique. Une cover de l’excellent " Such Great Heights " de Postal Service nous ramène à la vie.

On est prêt pour Timesbold. Instants magiques. La voix fragile de Jason Merrit rappelle celle de Will Oldham. A cinq, ces types de Brooklyn parent l’americana de ses plus beaux atouts : banjo, harpe, harmonium,… On reste pantois face à la beauté lumineuse de ses hymnes du bayou (" Bone Song ", " Sometimes The Water, " Wings on a Girl ", " Gini Win ",…), interprétés avec la grâce et la générosité d’un groupe qui vit sa musique à l’abri des modes. Le public ne s’y trompe pas, et lui réserve un accueil chaleureux…

Même si Timesbold n’a rien à voir avec Explosions in the Sky, quatuor texan spécialisé dans le post-rock épique, dont ce concert est le dernier avant le retour au pays. D’où la promesse d’un live furieux, pendant lequel, promettent-ils, " ils donneront toutes leurs tripes ". Et c’est vrai que ces types savent y faire question post-rock cyclothymique : on est proche ici de GY !BE et de Mogwai, sans l’emphase intello des premiers ni la frime des seconds. Explosions in the Sky se veut plus terre à terre, en somme, et ce n’est pas plus mal – en privilégiant l’évidence, les Texans nous évitent d’attendre vingt minutes avant… l’explosion, justement. Pas très original ni très subtil, mais redoutablement mélodieux. Un parfait épilogue à ces Nuits Botanique de haut vol, qui nous aura réservé pas mal de surprises, et surtout très peu de déceptions. Mais qu’allons nous faire, maintenant, durant le mois de septembre ?

G.E.

 

Controverse…

Rien ne traîne chez Blonde Redhead. Aucune nouvelle pendant 4 ans. Puis un album éblouissant débarque. Embrayant dans la foulée par une tournée. La magie n’est pas encore retombée que cette date programmée dans le cadre des Nuits du Botanique de Bruxelles nous est brutalement lâchée en pâture. Concert affichant complet depuis belle lurette, le bouche à oreille a manifestement fait ressortir le groupe des discothèques et tous se sont retrouvés, avides de confronter la ‘simplissime’ beauté du dernier bébé à son homologue scénique. Consentants et conscients d’assister à un moment unique, entassés dans la salle la moins originale du festival. Bande de petits privilégiés, va... Evidemment lors de l’entrée du trio sur scène, le public est acquis à sa cause. Tout le monde les attend. A la limite, le groupe n’aurait pas joué, que l’unique possession du sésame d’entrée suffisait à rendre béat les ¾ du public présent dans la salle. A l’entame, Blonde Redhead pioche 4 titres de "Misery is a butterfly". Et là, stupéfaction : la sauce ne prend pas... Indulgent au départ, j’attends patiemment que le groupe reprenne ses esprits et fasse s’envoler ces merveilleuses chansons. Rien n’y fait ! Après cette parenthèse, qui aurait dû être enchantée ou tout au moins sensée nous redonner espoir dans l’énergie que le groupe peut encore dégager, je suis brutalement plaqué au sol par un titre plus noisy, mal dégrossi et mal joué. S’ensuit une nouvelle fournée, au cours de laquelle la plage titulaire du dernier cd est littéralement sabordée. Ecœuré, je pense vider les lieux après 25 petites minutes... Je vous passe la suite qui ne fait que dupliquer ce schéma jusqu’au rappel. Un mauvais concert ne donnant jamais un bon rappel, je me décide donc à quitter la salle. Que s’est-il donc passé ? Les arrangements brillent par leur absence. Livrées brut de décoffrage, les chansons du dernier album perdent toute leur finesse et leur émotion, même si Kazu insuffle suffisamment de vie dans ses titres chantés. Amédéo, par contre, n’est pas dans le ton, livre une interprétation plate et sans nuances. Il faut dire que les cordes emmenaient très haut les envolées lyriques et musicales, pour ensuite faire flotter dans l’air le bien être jusqu’à la remontée suivante. En clair, vous êtes en apesanteur et à aucun moment vous ne touchez le sol. Une vraie bulle de savon. En ce 13 mai, vous étiez écrasés constamment, les semelles plantées dans la plancher. Et on se met à rêver d’une prestation plus intime, où les cordes auraient leur place sur scène. A la sortie, les avis étaient presque unanimes : une grosse désillusion...

J.B. et Céline.

 

Epilogue…

Les Delays ayant déclaré forfait, c’est la formation belge Atticus qui avait été chargée d’ouvrir le denier volet des Nuits à l’Orangerie ce samedi 15 mai. Vu les énormes problèmes de parking rencontrés à Bruxelles au cours de cette soirée, il ne m’a été possible d’assister qu’aux applaudissements nourris auxquels ils ont eu droit.

Issus du Nord de l’Angleterre, les Cribs viennent de commettre un premier album. Un disque pour lequel ils ont reçu le concours de Bobby Conn aux manettes. Sur plusieurs titres. Ce qui leur a valu une étiquette de garage pop sixties comparable à celle des Strokes. Sur les planches, le moteur du combo ne carbure pas au garage (NDR : déjà qu’il était déjà difficile de trouver un emplacement de parking !), mais à la power pop. Une power pop spontanée, furieuse, frénétique, rafraîchissante, mélodique, contagieuse et naïve qui doit autant aux Buzzcocks qu’à Ash. Et si le set du trio n’est pas toujours léché, il a au moins le mérite de déménager. En outre le guitariste et le bassiste, frères par ailleurs, possèdent des voix très complémentaires. Dommage qu’ils ne chantent pas plus souvent en duo et que leurs compos soient un peu trop linéaires. Accoutré d’une parure glamour, le batteur n’hésite pas à monter sur ses caisses pour marteler ses peaux, sur un tempo tribal. Au fil du set, le groupe semble pris d’une frénésie. On a parfois l’impression que les deux gratteurs sont complètement éclatés. Le soliste joue même du botleneck à l’aide d’une bouteille de bière ou lime sensuellement ses six cordes contre l’ampli. Bref, on s’est bien amusé… à les voir prendre leur pied…

Taxés de formation néo britpop, les Veils viennent également de commettre leur premier opus. Intitulé " Runaway found ", il a reçu des critiques plus que controversées. Certains prétendent que le groupe aurait dû naître voici une bonne dizaine d’années. Et qu’ils auraient alors récolté un franc succès. Dans une division au sein de laquelle militaient Strangelove, Marion et Geneva. D’autres estiment que leur emphase lyrique est laxative. Mais les plus optimistes voient en eux de futures stars. Une chose est sûre, ce quatuor insulaire aime Bowie et les Smiths. Et puis, il est drivé par un chanteur/compositeur/guitariste charismatique : Finn Andrews. Il possède une belle voix. Une très belle voix. Dont le timbre évoque tantôt Morrissey, tantôt Thom Yorke, tantôt Brett Anderson (Suede). Mais surtout affiche une présence incroyable sur scène. Qui me fait penser à celle de Jeff Buckey. Physiquement, on dirait un étudiant longiligne, les cheveux en bataille. Lorsqu’il chante, son âme semble possédée. Il tremble de tout son être. Parfois, il se met à chuchoter, puis soudainement emprunte des inflexions éraillées. Il est dans un autre monde… Une bande sonore diffusant de l’opéra introduit le band sur les planches. Qui entame son set en dispensant des ballades semi-acoustiques, de manière indolente. Puis l’intensité électrique monte d’un cran. Et Olly Drake, le guitariste, commence à lâcher ses impulsions électriques. Dans un style fort proche de l’ex Verve, Nick Mc Cabe. L’énergie devient incendiaire. Elle éclate même en fin de parcours. Sur la composition " More heat than light ". Le fil du micro enroulé autour du cou, Finn ne tient plus en place. La section rythmique fait le ménage et le soliste se lâche dans un trip psyché/torturé totalement dévastateur. En 45 minutes, les Veils ont totalement convaincu. C’était quand même un peu court, même si Finn revient chanter en solitaire, armé d’une guitare électrique, en guise de rappel ; puis prend congé du public en nous donnant rendez-vous au cours de cet été. Probablement au Pukkelpop.

B.D.

 

Festival Music In Mind : Mercury Rev - Un monde imaginaire...

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Dans le cadre du "Music In Mind", un festival qui s'inscrit dans la lignée des Nuits du Bota, De Nachten ou accessoirement du Domino, Mercury Rev clôturait l'édition 2004 au Concertgebouw de Bruges. Une salle dans laquelle je n'avais jamais mis les pieds. Mais quelle salle ! Un véritable forum à l'architecture moderne qui en dit long sur la santé financière de la Venise du Nord. Davantage destinée aux concerts de musique symphonique que de spectacles rock, elle a l'avantage (ou le désavantage) de ne disposer que de places assises. Maintenant, il est vrai qu'à l'écoute des derniers albums de la formation américaine, le choix était sans doute plus judicieux qu'on ne pouvait l'imaginer.

Grand Drive en assurait le supporting act. Un trio britannique emmené par les frère Wilson, qui puise essentiellement ses influences de l'autre côté de l'Atlantique. Depuis Simon & Gardfunkel aux Walkabouts en passant par South San Gabriel. Encore que le timbre de la voix du lead singer me rappelle celui de John Power des La's. Les La's, une formation qui a aussi certainement dû influer sur ce band. Tout comme les Turin Brakes. Mais trêve de références, sans quoi, on risque de ne plus s'y retrouver. Semi-acoustiques, leurs compostions sont caractérisées par un soin tout particulier apporté aux harmonies vocales. Paisible mais agréable, leur set manque cependant de relief ; et il faudra attendre leur dernière chanson, une remarquable adaptation du « No One Knows » des Queens of The Stone Age, pour voir enfin l'ambiance monter d'un cran. Avant que le groupe ne se retire sur la pointe des pieds…

Mercury Rev monte sur les planches. Jonathan Donahue s'excuse déjà pour les éventuelles imperfections qui pourraient survenir lors de leur set. Car ils ne sont qu'au début de leur tournée. Il n'y en aura pas. Le sourire malicieux, se frottant régulièrement les mains, il scrute le public de son regard envoûtant. Il empoigne son pied de micro torsadé d'un serpent factice, puis entame « Little rhymes ». Son backing groupe est plus qu'au point. A gauche, la section rythmique impressionne par son efficacité et son inventivité. Le drummer se mue épisodiquement en percussionniste, alors que le préposé aux quatre cordes (NDR : quel look !) se comporte parfois comme s'il était le soliste. A droite, Grasshopper martyrise sa gratte, lorsqu'il ne lui extorque pas des gémissements astraux. Certains diraient psychédéliques. Derrière, Jeff se balance derrière son clavier comme si la fluidité de ses notes le faisait chavirer. Les compositions s'enchaînent naturellement. Pour la plupart issues des albums « Deserter's song » et « All is dream » elles nous entraînent dans un monde imaginaire peuplés d'anges, de démons, de dragons et même d'araignées et de mouches (« Spiders and flies »), un moment au cours duquel, on a presque pensé que Jonathan allait s'envoler… Faut dire que son expression théâtrale a quelque chose de magique, de fascinant, d'extra-terrestre. Tel un chef d'orchestre, il dirige l'ensemble de la voix. Une voix claire, envoûtante, fragile, qu'il est impossible d'effacer de sa mémoire. Parfois, il s'assied derrière un clavier, sur lequel est posé une lampe qui change de luminosité, à une cadence de métronome (NDR : toutes les trente secondes !), pour y jouer de la guitare sèche. Une nouvelle composition a été insérée dans le track list et nous donne un avant-goût de ce que sera le « The secret migration », le prochain opus. Au beau milieu du set, Mercury Rev s'enfonce dans deux longues compos complexes, nous rappelant qu'à l'origine la formation pratiquait une musique très expérimentale. Et paradoxalement, ce seront les rares moments au cours desquels on retombera quelque peu sur terre. Ah oui, et lorsqu'il évoquera les moments difficiles inhérents à la réélection de Bush. Après une longue ovation,  le groupe revient jouer deux derniers titres : « Goddess on a highway » et un magistral « The dark is rising », reflet de la beauté pure du romantisme. Un grand moment ! Le charme de Mercury Rev avait encore opéré ; à un tel point, qu'on avait l'impression que le temps de ce spectacle, la terre s'était arrêtée de tourner…

 

Pukkelpop 2006 : samedi 19 août

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Dernier jour. Déjà. Sniff. On souhaiterait que ce festival exceptionnel dure éternellement mais comme le veut l'adage : 'toutes les bonnes choses ont une fin…' Saloperie d'adage…

13h. Nick Oliveri et son Mondo Generator prennent d'assaut la Main Stage. En grande forme, l'ex-Queens of the Stone Age hurle au micro ses dernières compos, issues de l'EP « III » ainsi que des titres de son ancienne formation. Rien de transcendant… Ce qui ne sera pas le cas de Midlake, énième bonne surprise de cette édition du Pukkelpop. « The Trials of Van Occupanther » est une petite merveille scénique. Comme quoi, y a pas des ploucs au Texas. On en oublie même la Joan. Celle qui se prend pour une 'fliquette', en s'égosillant au Club. On s'était pourtant promis d'aller lui faire un petit coucou… Tant pis !

Les cieux s'étaient retenus trop longtemps. La musique des Eagles Of Death Metal ne devait pas être à leur goût. Car c'est lors de leur concert qu'ils ont choisi d'ouvrir les vannes. Pourtant, leur set n'était du tout désagréable. On s'était même permis de chanter à tue-tête « I Only Want You », « Speaking In Tongues » et « I Want You So Hard (Boy's Bad News) », en essayant désespérément d'esquiver les gouttes. En vain.

Le club s'est donc improvisé abri de fortune pour de nombreux festivaliers mais notre présence était surtout motivée par le prochain et très attendu concert de ce chapiteau : les subjectivement merveilleux Cursive. Ces derniers figurent parmi ces groupes qui balancent toute la sauce en 40 minutes. En outre, ils n'ont pas besoin d'en remettre une couche pour conquérir le plus récalcitrant des publics. Le groupe dispense ses meilleurs morceaux d'une traite, avant de se retirer sagement, quittant les spectateurs, pour la majorité heureux et satisfaits. 'Que du bonheur !', comme ils disent…

Et du bonheur, il n'a pas fini d'en pleuvoir. Ca tombe bien, le ciel est à nouveau au beau fixe. Etape suivante : s'installer sous le Marquee et ne pas en bouger avant l'arrivée des dieux du jour. Non, pas Daft Punk. Les vrais dieux du jour : !!! (!). Excité comme une puce, le public attend sa décharge d'electro-funk orgasmique. Ils débarquent sur scène. Déjà, c'est la folie. Partout, sous le chapiteau, on danse et on sautille. Les sourires sont sur toutes les lèvres. Les nouveaux messies, dans une forme olympienne (comme d'habitude), enchaînent les rouleaux compresseurs. Une version survitaminée de « Pardon My Freedom », un « Intensify » encore plus intense que le titre ne l'indique, un tout nouveau tout beau « Sweet Thing » (ou un truc du genre) et un « Dear Can » en apothéose. Plus jouissif qu'une partie de jambes en l'air. D'ailleurs nos guiboles en tremblent encore. Vivement leur retour.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent après cette intervention divine. On en oublierait presque le passage de Panic! At The Disco sur la Skate Stage. Pratiquant de l'emo-pop, le nouveau genre qu'il est cool de détester, la formation était venue présenter l'album « A Fever That You Can't Sweat Out ». Un disque que d'aucuns (n'est-ce pas Massimo ?) auront carrément taxé de 'début de la fin de la musique'. Ceux-ci n'ont manifestement pas écouté Fall Out Boy. Cependant, on n'attendait pas grand-chose du combo qui a effectivement rempli son 'contrat-fadeur' sur scène. Si certains (oui, oui, j'avoue) apprécient l'un ou l'autre morceau sur disque, ce live misérable aura balayé leurs dernières illusions. Allez, on s'en refait un petit dernier ? Ok : cheminement mental d'un festivalier appréciant Panic! At The Disco et souhaitant les voir malgré l'avertissement de ses potes :

1/ Il prend leur défense avant de se rendre à la Skate Stage : 'Mais qu'est ce que vous leur reprochez, bordel ???'

2/ Il observe religieusement le début du concert. Quelle chance, ils jouent d'abord sa chanson préférée. 'Mais qu'est ce qu'ils leur reprochent, bordel ???' répète-t-il ?

3/ Après celle-ci, ses jambes commencent à devenir lourdes. Ses paupières davantage.

4/ Il se dit 'Bon. Il n'y a pas grand chose qui se passe...'

5/ Quelques morceaux plus tard, il s'en va déçu. Il est surtout écoeuré de donner raison à ses potes. Une véritable remise en question de ses goûts musicaux s'impose, de toute urgence.

Et Arctic Monkeys ? Ils se défendent pas mal les petits, là-haut, sur la Main Stage. Pourtant, il est bien plus agréable de les voir se produire dans une petite salle. Ici, les compos n'ont pas l'effet escompté et le résultat est d'une platitude à se jeter sous un train. On leur préférera donc le set electro tonitruant de Justice sous la Boiler Room qui, vu le brio du duo, portait son nom à merveille.

Paraît qu'il pleut à nouveau. Pas grave, on est à l'abri sous le Marquee, prêt à recevoir Karen O et sa paire masculine. A l'arrivée, petite déception. Décidément pas très couillus en live, les Yeah Yeah Yeahs nous refont le coup de leur show au Botanique. Alternant un peu trop souvent chansons pêchues et moments plus calmes, on ne sait pas trop sur quel pied danser. La formation a la mauvaise habitude de faire grimper la tension pour la relâcher immédiatement après. Pas très judicieux.

Tant pis, on finira leur set au Club, du côté des Hot Chip. Et bon dieu, quelle merveilleuse idée ! Habituellement fadasses en live, le combo a prouvé qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. C'est effectivement devant un public réduit qu'il donne le meilleur de lui-même. A commencer par la démonstration de son capital dansant sur le single « Over & Over ». Une tuerie ! L'euphorie est à son paroxysme lorsque le groupe enchaîne par « No Fit State » (et ses vocalises à la Chris Martin (!)). Comment ça, déjà fini ? Aaargh, Karen O, je te hais. Tant pis. De toutes manières rendez-vous est pris le 1er octobre à la Rotonde du Botanique, en comité encore plus réduit ! Tous en chœur : 'Who said party ?'

L'abus d'alcool nuit à la santé. Et à la mémoire. Par conséquent, tout ce qu'on pourrait vous rapporter des prestations de Broken Social Scene et de Erol Alkan serait monté de toutes pièces.

Place enfin au second et dernier gros dossier de cette édition. La foule attend impatiemment les deux hommes aux combinaisons de robots. Le retard s'accumule. La tension est palpable. Soudain, la pyramide de lumière déployée à l'arrière de la scène s'éclaire. Les basses sont littéralement crachées hors des baffles. « Robot Rock » fait son effet. L'intégralité de la foule se laisse aller. De l'avant scène jusqu'au fond de la plaine, personne ne résiste. Sur le podium, tout ce que l'on distingue de Daft Punk, ce sont deux ombres postées devant un light show époustouflant et derrière une gigantesque table de mixage. Etrangement, on a comme un doute sur l'utilité de cette dernière. Les titres s'enchaînent à une vitesse déconcertante. La foule est dans un état second et ne se doute à aucun instant du leurre. Petite devinette : Guy-Manuel de Homen Christo et Thomas Banglater participent à un festival. Guy-Manuel s'écroule à terre, mort bourré. Qui reste-t-il ? L'imposture n'aura cependant rien retiré à l'excellence du show. De « Da Funk » à « Aerodynamic » en passant par le Para One Remix de « Prime Time Of Your Life », le (faux) duo a transformé la plaine de Kiewit en gigantesque Daft Club. Jubilatoire.

Et voilà. Trois jours de pur plaisir inoubliable touchent à leur fin. La larme à l'œil, on démonte la tente avant de se mettre en route vers la gare. Dernier regard en arrière puis retour à la réalité. L'horrible réalité. L'affreuse et sordide réalité…

 

Les Ardentes 2006 : vendredi 7 juillet

« Liège ». C'est le titre d'un des morceaux de Para One, sur son album « Epiphanie ». Pas étonnant dès lors qu'en ouverture des Ardentes, on retrouve les joyeux drilles de TTC, fans de la Cité Ardente et de son atmosphère toxique. Nous sommes aux bords de la Meuse, coincés entre un énorme hangar technoïde et les arbres d'un parc (l'Astrid) qui nous rappelle le Cactus. Une longue allée dédiée aux plaisirs de la gastronomie festivalière s'étale entre ces deux lieux de concerts et, surtout, de DJ-sets. On se croirait presque à l'heure du midi, lorsqu'on attend dans la file du buffet. Mais non : il est 20h00, et Liège s'éveille. La foule hétéroclite se balade gentiment en consommant des bières.

Quand TTC débarque sur scène pour y mettre le souk, l'ambiance n'est donc pas très ardente : après le quart d'heure de digestion réglementaire, le sang finit quand même par monter à la tête, et l'on crie 'Bouge ton gros cul, pute, fais-le rebondir !', en souriant bêtement. Les tubes s'enchaînent, l'ambiance est à son comble pendant « Catalogue » et les inévitables « Girlfriend » et « Dans le Club », traînés en longueur pour faire durer le plaisir. Surtout celui des trois rappeurs, qui ne se lassent décidément pas de l'accueil du public belge, toujours fort amical. Les TTC sont des stars à Tox City, et pour remercier leurs (jeunes) fans (en pull-over Etnies) de montrer tant leur amour du beat 'ben fé', ils offrent un nouveau titre, « Paris, Paris », changé en… « Liège, Liège » pour l'occasion, et un bon vieil a capella de « Leguman », le tube qui les a fait connaître. Aucune compo, par contre, de « Ceci n'est pas un disque », mais pas mal de freestyle de CuiziCuiz, le 'pimp' façon Gloubiboulga, alias Cuizinier, « laisse-lui donc te dire ASS », etc., qui s'émancipe avantageusement depuis la sortie de ses deux « street tape », « Pour les filles, vol. 1 & 2 ». Au menu de l'intermède, « Saute sur ma musique », « J'aime bouger ça » (un bootleg démentiel d'« I Like 2 Move It »), « Va t'asseoir », et bien d'autres fantaisies machistes et tape-à-l'œil. Mais on est là pour rire.

Rien de surprenant à ce que les deux Allemands de Modeselektor succèdent à nos b-boys mi-thugs mi-nerds, puisqu'ils sont à l'origine de « Dancingbox », cette tuerie électro 'featuring'… TTC (et que Thom Yorke himself adore). C'est un tube, que les deux pensionnaires de Bpitch Control n'oublieront pas de faire péter, avec Teki Latex traînant dans les parages.

Une bonne mise en jambes avant l'ouragan Sven Väth, qui n'a rien perdu de sa verve BPM : on se croirait presque à la Love Parade de Berlin il y a dix ans, le million de personnes et le soleil en moins (il fait noir, et il bruine).

Après, tout est question d'énergie et d'endurance face aux invectives EBM de Blackstrobe. On dirait de plus en plus du Front 242 remixé par Fischerspooner. Parti l'Ivan Smagghe, ne reste plus qu'Arnaud Rebotini, sa mine patibulaire de Des Esseintes indus, deux trois hits underground, tout au plus.

Heureusement, dans le hall 'Minimal', il y a Reinhard Voigt, de l'écurie Kompakt. L'espace est un peu exigu et la chaleur quasi insoutenable, mais le beat moite et pesant de l'Allemand (un de plus) fait du bien aux neurones, cramoisis par la rythmique soutenue qui les tenaille depuis déjà 5 heures.

Tenir, il faut tenir jusqu'à Oxia, le pote à The Hacker (l'excellent « Domino », sur Kompakt justement). Il faut tenir… ten… Oufti, il est déjà 6h00 ! Il faut rentrer chez soi et reconstruire sa flore intestinale. La vie de clubber ? Demandez donc à votre pharmacien.

 

Indie Roots 2006 : Centro-Matic + Willard Grant Conspiracy + Clearlake + JohnRoderick + Sleepingdog

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Soirée consacrée aux groupes roots et americana, ce mardi 16 mai, à l'Ancienne Belgique de Bruxelles. Encore que ce mini festival se soit achevé par la formation de britrock Clearlake et qu'il ait été entamé par Sleepindog, le nouveau projet électrofolk minimaliste de Chantal Acda. Un regret, le manque de public qui au plus fort de l'événement, n'a jamais dépassé les 400 âmes.  

Jolie, sexy, Chantal Acda entame donc le spectacle à l'AB Club. Devant le podium, une partie du public est assise sur le sol ; il y a même une dessinatrice qui exécute quelques croquis de la chanteuse. Derrière la scène, un écran reçoit des projections d'images arty ou de la Flandre maritime : plage, sous-bois, etc., le plus souvent parcourus par des chiens. Des chiens heureux de courir dans la nature. Ce qui explique le nom du projet. Chantal possède une très belle voix, claire, cristalline, qui peut évoquer Joan Baez. Une voix qui colle parfaitement à ses compos atmosphériques, vibrantes, visionnaires, carillonnantes, dont on retiendra surtout « Times », « Wheelchair » ou « Blue flower » Elle s'accompagne tantôt à la guitare sèche, au vibraphone ou a piano. Pour la circonstance, elle a reçu le concours d'une collaboratrice. Préposée aux bruitages elle s'essaie de temps à autre au xylophone. Elle semble peu à l'aise ; et ses interventions n'apportent pas grand-chose à la musique de Sleeping Dog. A la limite, les McIntosh disposés sur la scène frappent davantage l'imagination. Et franchement, elle aurait pu s'abstenir. Ce qui n'empêchera pas Chantal de séduire un public apparemment conquis d'avance. Issu du nord du pays, c'est une certitude. Ses explications entre chaque titre, formulées exclusivement en néerlandais, en sont la plus belle démonstration. Maintenant, si elle souhaite vraiment passer la frontière (et pas seulement linguistique), elle aurait peut-être intérêt à avoir aussi recours à la langue de Shakespeare ou de Molière. En prenant exemple sur An Pierlé. D'autant plus que Chantal possède suffisamment de talent pour attaquer la scène internationale. A suivre, donc, et de très près.

Le Willard Grant Conspiracy est venu sous sa forme la plus épurée. Il y a bien Robert Fisher, le leader, mais il n'est flanqué que du bassiste Eric Van Loo et du guitariste Jason Victor. Ce dernier militant habituellement au sein du Miracle 3 de Steve Wynn. Robert accompagne d'ailleurs la tournée de l'ex Dream Syndicate. Un Wynn qui va d'ailleurs monter sur scène lors du dernier morceau de leur prestation, « Flying low ». Uniquement aux backing vocaux. Un set remarquable mais beaucoup trop court. A peine une demi-heure ! Pourtant, en peu de temps, le trio (NDR : donc une basse et deux sèches !) est parvenu à conjuguer talent et émotion. De son timbre de baryton, Robert nous envoûte de ses mélodies hymniques, tout en grattant ses six cordes. De temps à autre, il souffle dans un harmonica monté sur un rack. Jason joue en picking, alors qu'Eric donne du relief aux compos. « The trials of Harrison Hayes », « The ghost of the girl in the well » et une majorité de titres issus de son dernier opus, « Let it roll » vont ainsi défiler. Trop rapidement. Et on est resté sur sa faim…

John Roderick, le leader de Long Winters, se produit en solitaire. Mais franchement uniquement accompagné de sa guitare électrique, il remplit tout l'espace sonore. Certains lui reprocheront peut-être de réaccorder sa râpe entre les morceaux. Mais chaque fois, c'est pour sortir une vanne. Et comme il parle l'anglais à la perfection, on partage avec lui cette bonne humeur contagieuse. Il possède en outre, une voix sinusoïdale, oscillations vocales qui flirtent avec les accords plaqués mais très intenses qu'il administre à sa guitare. En fin de set, il abandonne son manche pour aller s'asseoir derrière le piano qui est resté sur scène après le set de Chantal. Et il s'y montre encore plus convainquant, récoltant d'ailleurs un rappel…

La dernière fois que j'avais assisté à un set de Centro-Matic, c'était en 2001. A l'AB, également. Il y a bien eu le projet South San Gabriel qui était à l'affiche du Pukkelpop, en 2003 ; mais je n'avais plus assisté à un concert du quatuor texan depuis 5 ans. Hormis le multi-instrumentiste Scott Danborn, les autres musiciens ont changé de physionomie. Will Johnson ne porte plus de lunettes, mais des lentilles. Mark Hedman, le bassiste, n'a plus du tout cette silhouette filiforme qui le caractérisait ; et en se laissant pousser les cheveux, Matt Pence, le drummer et ingénieur du son, ressemble de plus en plus à John Anthony Helliwell, le saxophoniste de Supertramp, lorsqu'il était jeune. Nonobstant le début de set quelque peu perturbé par une balance défectueuse, on sent que le quatuor de Denton est en forme. Scott se multiplie aux claviers, à la guitare ou au violon. Mais la sauce a du mal à prendre. Lorsque soudain, Scott décide de reprendre la basse à son compte et refile la six cordes à Mark. A partir de cet instant, la prestation va prendre une toute autre dimension. On entre alors dans un univers électrique, intense, tour à tour garage, 'crazyhorsien' ou même réminiscent du Paisley Underground. Et au cœur de cette débauche d'énergie rock'n rollesque, pourtant pavée de mélodies contagieuses, la voix de Will, dont les inflexions se font très proches de Paul Young, en deviennent bouleversantes. Le public est ravi et réclame un rappel que le quatuor lui accordera à travers une chanson écrite en 1997, une compo au cours de laquelle Will a abandonné sa guitare et affiche une attitude théâtrale qu'on ne lui connaissait pas. Il se met même à siffloter. Etonnant !

Désolé, mais franchement, après avoir lu toute une série d'articles consacrés à Clearlake, je me suis demandé si ce soir, j'étais en présence du même groupe. Apparemment oui, même si la moitié du line up a changé depuis deux ans. D'abord, le claviériste et membre fondagteur, Sam Hewitt, a tiré sa révérence ; et puis le drummer James Butcher a été remplacé par Toby May. Reste donc le bassiste, David Woodward, et l'autre membre fondateur, le guitariste/chanteur Jason Pegg. Surprise, car à l'origine, la formation insulaire concoctait une musique qui puisait essentiellement son inspiration chez Vandergraaf Generator, Talk Talk et la soul 'motownesqu'e. Alors oubliez tout ce que je viens de vous raconter, car aujourd'hui Clearlake pratique une sorte de funk blanc directement inspiré par Gang of Four. Encore que les mélodies rappellent plutôt Radiohead. Le claviériste a d'ailleurs été remplacé par un deuxième guitariste. Qui assure les backing vocaux. Et lorsqu'il conjugue sa voix avec celle de Jason, le résultat est digne des Posies. Les guitares claquent, déchirent, crépitent, se muent en véritables déflagrations électriques. Le son est puissant. Mais, Toby May parvient à canaliser toute cette énergie à l'aide de son drumming à la fois solide qu'efficace. Une caractéristique visuelle ? La taille des musiciens. Particulièrement minces, ils doivent tous approcher le mètre nonante. Et dans leurs costards, ces Britanniques sont vraiment élégants. Euh, il fait froid là-haut ?

Festival de St Brieuc : The Rakes + Katerine + dEUS + Yeah Yeah Yeahs + Happy Mondays

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Tout au long de cette  journée ensoleillée à St Brieuc, le festival art rock mettait le rock à l'honneur. Des guitares, des mélodies imparables … C'est ce qui nous attendait pour cette seconde soirée du festival.

C'est devant une place Poulain-corbion à moitié remplie que les Britanniques de The Rakes entament leur concert. Des morceaux comme « Open book » , « Man with a job » se révèlent simples mais efficaces. On voit apparaître dans l'assistance les premières gouttes de sueur. Les Anglais nous offrent une prestation des plus électriques à grand renfort de rythmiques fougueuses et de riffs imparables. La formation quitte la scène après une bonne heure de show et revient pour un rappel salutaire, visiblement heureux d'être présente.

Fleur dans les cheveux, grosses lunettes de soleil, colliers à perles, polo bleu moulant, c'est maintenant au tour de Katerine de fouler la scène de Poulain-corbion. Entre mélodies entraînantes et textes second degré, le quintet invite le public à dandiner du train arrière et celui-ci ne se fait d'ailleurs pas prier ! Katerine et la secte machine semble être un équipage bien rodé, comme en témoigne ce moment du concert où ils s'arrêtent net, restent immobiles pendant presque une minute, pour finalement repartir de plus belle ! On passera durant une bonne heure de mélodies simples  (« Le train de 19h ») aux rythmes dansants (« 100 %vip »). L'apothéose du concert se produira dès l'entame du tube « Louxor j'adore ». Dans l'assistance, on tape des mains, on danse allègrement et on reprend à tue-tête le refrain…

Beaucoup moins décalé, dEUS investit les lieux. Après de nombreux changements de line-up, le collectif est maintenant composé de 5 membres, dont le leader est toujours le charismatique Tom Barman. Sur scène, les Belges jouent leur rock hypnotique, parfois pop, souvent fougueux mais toujours génial ! Des morceaux du nouvel album tel que « Pocket revolution » ou encore « Stop start nature » se révèlent être très bons en live, plus violents. Au sein du public, on semble être heureux d'assister à cette expérience. On peut cependant regretter le son, parfois vraiment médiocre qui nous empêchera d'apprécier entièrement le génie de ces Belges. Certaines personnes n'hésiteront d'ailleurs pas à partir avant la fin du show, visiblement abasourdies…

C'est maintenant au tour du groupe le plus attendu de la soirée à en juger par l'enthousiasme de l'assistance et l'affluence. On parle ici des New-yorkais de Yeah Yeah Yeahs drivés par la sulfureuse Karen O. Le groupe expédie d'entrée « Way out ». Les superlatifs ne suffisent plus pour qualifier la chanteuse : charnelle, sensuelle, majestueuse... Par sa voix et son attitude, elle électrise la place toute entière ! Les New-yorkais nous offrent un concert de grande qualité, enchaînant les morceaux énervés comme « Gold lion », « Pin » et les titres plus calmes tels «Maps », des moments qui se révèlent géniaux en 'live'. Il est vrai que Karen O n'est pas une grande bavarde, mais la communication s'opère d'abord par la musique. Et puis son grand sourire témoigne de sa joie d'être présente sur cette scène. Le groupe conclut le concert par le très intense « Date with the night ». Dans le public, on danse, on saute partout et on transpire à grosses gouttes.

Après un concert d'une telle intensité, on aurait pu croire la tâche de conclure la soirée difficile pour les Happy Mondays. Et même s'il est vrai que Shaun Ryder a pris quelques kilos, braille plus qu'il ne chante et ne bouge pas énormément, la performance reste à la hauteur de la légende. Le public semble avoir du mal à répondre aux invitations de Bez Ryder. Cependant, on se laisse volontiers entraîner par des morceaux du calibre de « Playground superstar ». Leur musique, mélange d'electro, de dance et de rock tapageur était donc parfaite pour clôturer la soirée.

 

 

 

Les Nuits Botanique 2006 - La Nuit de la Fnac

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Première grande soirée des désormais traditionnelles 'Nuits Botanique', 'La Nuit de la Fnac' a fait le plein de spectateurs et de bons moments…

Régie par un principe fort agréable (un ticket donnant accès à toutes les salles), cette nuit Fnac n'a pas déçu… Déjà bondé d'ordinaire en pareille occasion, le Botanique a cette fois-ci menacé d'exploser, vomissant son trop plein de spectateurs dans des jardins saturés de poussière, d'effluves de kebabs, de couscous, de nems et de frites en tous genres. Mais alors que dehors les felafels volaient au milieu d'une foule proche de l'émeute, c'est dans une Orangerie quasi déserte que les membres de Two Star Hotel ont commencé leur concert sur le coup de 20h00…. Manifestement peu impressionnés par l'ambiance glaciale régnant dans l'enceinte, les Liégeois ont offert un set carré, rock and roll et bondissant à souhait. Tenants originels d'un disco-punk entre-temps devenu hype, serrés dans leurs désormais traditionnelles combinaisons de latex, les 5 membres ont sué sang et eau pour finir vainqueurs aux points d'un maigre public conquis par tant de conviction…

Une fois le concert fini, direction la Rotonde où Troy Von Balthazar était censé se produire 5 minutes plus tard. Arrivé à l'entrée, un constat s'impose : il va falloir se battre pour pénétrer dans ce qui ressemble désormais plus à une boite de Pilchards aux tomates qu'à une salle de concert. Prenant appui sur les épaules du molosse gardant l'entrée, il faut ensuite se hisser sur les gradins au moyen de contorsions dignes des gymnastes d'ex-RDA pour enfin finir par apercevoir ce sacré Troy qui, c'est un comble, a déjà commencé. Grrrrr… Néanmoins, il ne faut pas bouder son plaisir. L'ex chanteur de Chokebore assure et on retrouve déjà, après 30 secondes, les ambiances séduisantes de son premier album solo. Plaisantant avec le public, usant et abusant du petit séquenceur lui permettant de jouer seul ce qui nécessiterait 4 musiciens dans une autre configuration, Troy Von Balthazar alterne petites ballades pop et titres plus bruitistes pour finir par quitter, après 40 minutes, un public compressé mais néanmoins heureux.

Kids are alright

Retour à l'Orangerie et début d'hallucination. On n'est plus aux Nuits du Botanique ? Docteur Spok, vous nous avez transférés chez Jacques Martin ? Mais qui sont donc ces jeunes prépubères s'échinant sur leurs instruments comme des clones mal embouchés de Stephen Malkmus ? Spinto Band ? Ils sont américains, vous dites, et ils ont déjà sorti… Combien ? 7 albums ?! C'est pour rire ou quoi ? Ils n'ont même pas 20 ans… Et puis, au fil du concert, il faut se rendre à l'évidence : la révélation de la soirée, c'est eux… Oui, ces petits boutonneux en chemise à carreaux mal ajustée sont en train de donner la leçon aux aînés. Le public, d'ailleurs, ne s'y trompe pas et offre une véritable ovation à ces gamins tenants d'une indie pop ultra mélodique et diantrement énergique. Les rumeurs dans la salle laissent entendre que, sur album, c'est moins bien… Peut être… Mais quel concert…

Enfin, pour clôturer la soirée après cette orgie de déflagrations sonores, quoi de plus naturel que d'aller s'envoyer un bon petit Stuart A. Staples sous le chapiteau. Echappé pour un petit moment de ses désormais légendaires Tindersticks, l'homme à la voix la plus maniérée de la scène pop/rock nous offre ainsi l'occasion d'apaiser nos oreilles et, par la même occasion, notre cœur, à l'écoute de ses chansons tristes et romantiques. Bien sûr, il y aura quelques voix chagrines pour nous répéter que 'Stuart, c'est chiant en concert…!' Nous, on s'en fout… Si la beauté est chiante, eh bien oui, c'était un concert chiant au possible… Il suffit de jeter un œil aux couples amoureusement enlacés, un sourire aux lèvres, pour comprendre que notre homme, passablement saoul par ailleurs, a marqué les esprits, durablement….

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