logo_musiczine

Le nouvel opus de Death Bells (NDR : c’est d’abord le projet de Will Canning et Temy Veselis), « Between Here & Everywhere », paraîtra ce 29 juillet. Ce long playing dresse la carte du désordre qui règne à Los Angeles, ville d’adoption du groupe australien…

Un box pour Bert Jansch

Earth Recordings sort une édition limitée de 4LP/8CD consacrée à Bert Jansch enrichi d’un…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Festivals

Pukkelpop 2007 : jeudi 16 août

Écrit par

La vingt-troisième édition d’un des festivals les plus importants de Belgique a réussi à concilier impératifs commerciaux et curiosité musicale. Le temps de déposer deux campeuses à l’entrée et on entre dans le vif du sujet.

Trois jours d’un marathon musical que votre serviteur entamera en allant assister au concert des Bonde Do Rolê. Ce trio brésilien jouit pour l’instant d’un solide intérêt médiatique. Découverte par Diplo, un des dj de Coldcut, la formation vient de sortir un album pour le compte du prestigieux label Domino. Une fille et deux garçons responsables d’un mélange de hip hop old school (les beats d’Afrika Bambaata et les guitares heavy des premiers Beastie Boys) et de rythmes issus du nord du Brésil. Les Bonde commencent peut-être un peu tôt pour que leur musique festive et dansante fasse bouger les popotins. La faute peut-être à l’odeur encore fraîche (et peu agréable) d’engrais envahissant le chapiteau ‘dance hall’ ou alors au son un peu cacophonique dispensé par notre trio d’enfer. Ils se produisent sous une formule hip hop (un dj et deux m.c.’s) et assènent les petites bombes pour les pistes de danse qui parsèment leur album : « Soltan O Frango », « Marina do Bairro » ou encore « Geremia ». Sur le paillard « Divine Gosa », la chanteuse Marina expose son arrière train généreux sanglé dans un collant fuscia qu’un de ses collègues essaiera vainement d’enlever. Après quelques samples de « The final countdown » (« Our favourite song from de eighties ») et de Daft Punk, il est déjà temps de quitter les lieux pour aller voir ce qui se passe ailleurs…

On entend de loin le punk balkanique et clownesque de Gogol Bordello, un des pires noms de groupe jamais entendu. Drivée par l’ukrainien Eugène Hutz, la tribu de bouffons (un hommage à Bérurier Noir ?) essaie d’enflammer les esprits, mais sans grand résultat… Il faut dire aussi que ce punk mâtiné de reggae n’est pas particulièrement inspiré et les déguisements ridicules du groupe n’arrangent pas les choses.

On s’arrête un instant pour contempler la sculpture argentée qui trône sur la plaine : des rectangles rappelant les affiches des années précédentes. Le tout tourne au gré du vent grâce à un axe central et votre serviteur aperçoit le nom Ned’s Atomic Dustbin sur l’affiche de 1993… Ceux et celles qui se rappellent, une larme nostalgique à l’œil, de ces victimes de la grande bataille du rock sont autorisés à envoyer une carte postale souvenir à la rédaction.

Avant d’aller voir le résultat des travaux en solo de Baloji, ancien emcee de la formation hip hop liégeoise Starflam, pourquoi ne pas tendre une oreille distraite à la techno minimale du biologiste allemand Dominik Eulberg ? D’autant plus qu’il y propose quelques unes de ses productions dans la ‘Boiler Room’, tente consacrée aux sets de d.j.’s.

Soutenu par un ensemble au grand complet ainsi que deux choristes, Baloji vient présenter « Hôtel Impala ». Un premier album ambitieux concocté avec l’aide précieuse de pointures ; et en particulier Gabriel Rios, les Glimmers, Marc Moulin et Amp Fiddler. Expatrié à Gand, le Liégeois s’est fendu d’un opus autobiographique tout en abordant des sujets comme l’Afrique dont son Congo natal. Vêtu d’un costard beige plutôt classe, Balo ouvre son set par la version musicale d’un slam qu’on avait eu l’occasion d’entendre lorsque notre homme avait ouvert le concert d’Abd Al Malik, au Botanique, l’an dernier. L’ambiance est bonne et le groupe prend un plaisir visible à jouer ces titres fortement teintés de soul, de funk, d’un peu de reggae et même de rumba congolaise. Une prestation empreinte d’une belle énergie positive. Dommage que la voix soit sous-mixée ; car il est parfois difficile de comprendre les rimes conscientes et soignées d’un des m.c’s les plus doués du (défunt ?) collectif hip hop liégeois. On épinglera ainsi une reprise du « Personnal Jesus » de Depeche Mode dédiée à l’Afrique et libellée sous cette forme : ‘En Afrique on croit en Dieu et les traditions avant de croire en nous et c’est pour ça que l’Afrique reste en arrière’. Une remarque qui suscite la réflexion tout en aiguisant la curiosité vis à vis d’un album dont on va sûrement beaucoup parler.

La capricieuse météo belge semble pour l’instant vouloir épargner le festival. On en profite donc pour aller voir et entendre les Eagles of Death Metal sur la grande scène. Les morceaux de rock’n’roll du groupe de Jesse Hughes possèdent, sur disque, un charme très particulier. L’apport artistique de Josh Homme (Queens of the Stone Age) et de Tim Vanhamel (Millionaire) n’y est sûrement pas étranger, tant leur absence se fait ici cruellement ressentir.

Ce rock’n’roll moustachu et un peu lourdaud ne parvient pas vraiment à décoller et nous incite à nous rendre dans la tente baptisée ‘Château’ pour nous gaver du rock bruitiste et cinglé des Liars. Installé à New-York, le quatuor hésite entre transes percussives traversées de vocaux aigus et cavalcades noisy punk du plus bel effet. Une musique sans concession qui leur procure une cohorte de fans transis à travers le monde. On comprend mieux pourquoi à l’écoute de leur musique, car les aficionados de pur bruit rencontrent ici une synthèse furieusement rock’n’roll des travaux des Swans, Spacemen 3, Jesus & the Mary Chain ou encore de Can. Un assaut sonore entretenu par deux guitares grinçantes, un sampler et une batterie tribale qui en laissera plus d’un(e) groggy. En ce début d’après-midi le tracklist est partagé entre morceaux issus d’un nouvel album, dont la sortie est prévue fin août, et anciens titres. Le chanteur assène ses paroles comme des slogans et se démène comme un lion en cage. Il entraîne sa troupe vers une chanson finale apocalyptique. Elle aura certainement fait siffler plus d’une paire d’oreilles et vaudra peut-être aux organisateurs du Pukkelpop quelques plaintes pour acouphènes permanents. Le chanteur prend congé du public tétanisé mais ravi, tout en l’exhortant à aller voir Iggy & the Stooges programmés un peu plus tard sur la grande scène.

Après avoir vécu cette expérience limite, un peu de britpop ne peut que remettre les esprits en place. Précédés d’une réputation favorable, les Pigeon Detectives joueront le rôle de l’habituel groupe anglais persuadé de son importance. Le chanteur se pavane comme un coq. Leur power pop ne suscite pas d’adhésion particulière. Un profond ennui nous envahit rapidement et on décide alors d’aller se verser une bonne rasade de rock pompier.

S’il existait dans le monde une école pour apprendre à pondre du rock héroïque, Bono et Jim Kerr y donneraient sûrement des cours et les Editors feraient partie des élèves les plus assidus. Les jeunes gens de Birmingham prennent d’assaut la grande scène avec l’assurance de battants. Il faut dire que leur single « Smokers Outside The Hospital Doors » trotte dans toutes les oreilles depuis quelques mois et risque de les catapulter au firmament du rock. S’enfonçant dans un grotesque pastiche vocal de Ian Curtis, le chanteur multiplie à l’envi les poses de rocker torturé tandis que le groupe mouline des ballades new wave entendues mille fois auparavant. Au rayon des imitations ridicules de Joy Division, ils arrivent à surpasser Interpol ; mais au vu de l’immense degré de satisfaction manifesté par le public présent, on risque de se coltiner ces gaillards pendant toute l’année prochaine. Courage !

Histoire d’oublier ces tristes sires, The Go ! Team semble représenter la meilleure solution. En cours de route, on résout un débat concernant l’achat d’un t-shirt des Liars en y renversant par inadvertance une bière et on aperçoit le début du concert d’I’m From Barcelona.

Une poignée de gros ballons roses flotte dans la tente ‘Marquee’ et la grande confrérie entonne ses chansons chorales. Etrange groupe que les Go ! Team. Ce rassemblement de personnalités à priori antinomiques a produit une musique totalement intrigante. Un mélange d’exhortations hip hop old school, d’indie pop sautillante et de soul des années soixante. Un mur du son emmené par une chanteuse survitaminée, qui malgré son bandage au genou gigote comme une enseignante d’aérobic sous l’emprise de psychotropes. On suit le concert le sourire aux lèvres. On apprécie les morceaux déjà classiques du dernier opus et on découvre en même temps les titres du prochain, conçus dans le même esprit.

Nous demeurons dans les parages pour assister à un autre des événements marquants de cette première journée. Le rimeur anglais Dizzee Rascal s’est fendu d’une belle prestation en alignant les nombreuses tueries figurant sur son nouvel elpee « Maths+English ». De « Excuse Me Please » à « Pussyole » en passant par la drum and bass de « Da feelin’ » ou encore « Temptation » qui sample les Arctic Monkeys. Sans oublier le plus mercantile « Bubbles » qui vante les pompes récemment ‘designées’ par Dizzee pour le compte d’une multinationale du sport... Accompagné d’un M.C. et d’un d.j. hallucinant qui scratche de la main gauche et bouge le crossfader avec son menton, l’ami Dizzee a confirmé son grand talent de conteur urbain et d’entertainer. Bref un bon moment caractérisé par la grande clarté du son et surtout des voix, des propriétés importantes pour le bon déroulement d’un concert hip hop.

Rock’n’roll now ! Car c’est l’ami Iggy Pop et ses vieux compère des Stooges (plus Mike Watt des Minutemen à la basse) qui se produisent ensuite sur la grande scène. Authentiques légendes du rock, ces messieurs commencent à afficher un âge respectable. Une situation qui se ressent sur quelques titres plus faibles ; mais dans l’ensemble le band fournira un set de bonne facture. Une soirée peut-être spéciale puisque c’était l’anniversaire du batteur Scott Asheton. Il n’avait cependant pas l’air d’afficher une forme olympique. Les jambes écartées tout au long du concert, Mike Watt constitue un remplaçant de luxe au défunt bassiste Dave Alexander. Plus cabotin que jamais, Iggy passe en revue les morceaux des deux premiers albums des Stooges ainsi que quelques autres issus du dernier opus. Une belle prestation ‘best of’ parachevée par une invasion assez amusante du public invité à monter sur les planches, lors de « No Fun ». Un stage manager vêtu d’une chemise mauve essaie tant bien que mal de contenir l’anarchie produite par une centaine de personnes gesticulant comme des singes sur scène. Après que le dernier envahisseur ait été bouté hors de scène, les Stooges rappellent qu’ils sont des rockers fans de jazz puisqu’ils s’autorisent une version très ‘free’ et bruitiste de « Funhouse ». Un saxophoniste y participe même. James Osterberg hésite quelques secondes à nous montrer ses fesses avant de renoncer à ses desseins. Le groupe a déjà vidé les lieux et l’Iguane minaude encore quelques minutes sur le podium avant de prendre congé du public.

Après cette bombance de décibels, l’envie nous prend d’aller nous relaxer à l’écoute des doux accords de guitare de Devendra Banhart. Car en concert, le Vénézuélien cosmopolite a un don indéniable pour nous charmer. Hélas, on a dû vite déchanter. Venu interpréter les titres de son nouveau disque, l’homme (avec un  petit air de Charles Manson ce soir là) paraissait un peu désorienté sur scène. Il a passé pas mal de temps à essayer de faire fonctionner une guitare qui refusait de sortir le moindre son. Ensuite le tracklisting s’est limité à ses nouvelles compos. Difficile d’émettre un avis sur ces primeurs oscillant entre rock psychédélique et rythmes latins... Une chose est sûre, elles ont été alignées sans grand entrain et au sein d’une atmosphère tristounette... Arrive ensuite le moment habituel au cours duquel Devendra Banhart invite un spectateur à venir chanter un morceau sur le podium. Une espèce de clone débarque alors pour chanter un titre d’une banalité affligeante. Pas fou pour un sou, il balance au micro son adresse MySpace pour que le bon peuple aille écouter ses œuvres musicales. C’est à peu près à ce moment là qu’on décide d’oublier ce concert navrant en procédant à une petite séance de zapping de scènes, le festival constituant le lieu rêvé pour ce genre de pratiques.

Un petit tour au ‘dancehall’ nous permet de jauger la Sri-lankaise M.I.A.. Elle beugle, d’une voix pâteuse, être à la recherche de compagnie pour la soirée : ‘hey Belgian boys, I’m single !’ Juste avant d’enchaîner sur un titre qui sample une vieille chanson des Clash. C’était la fin du set.

On échoue au ‘Château’ où les Balkan Beat Box s’apprêtent à entamer les hostilités. Ce collectif newyorkais opère un vigoureux mélange des genres : musique des Balkans, reggae, ragga, électro. Un emcee/percussioniste (il chante en arabe et anglais) chauffe le public. Le début des opérations est plutôt convaincant ; mais au fil du temps, l’expression sonore s’enfonce de plus en plus dans une lounge sans saveur, abusant de samples et de notre patience. Elle commence d’ailleurs à payer les neuf heures de musique ininterrompues de la journée.

On décide d’aller se détendre en écoutant la musique contemplative de Low. Fondé par le couple chantant Alan Sparhawk et Mimi Parker, respectivement à guitariste et drummeuse, le trio américain est responsable d’une musique empreinte de désespoir. Le groupe est venu défendre l’album « Drums and guns », sorti il y a peu pour le compte de Sub Pop ; une œuvre qui couronne treize ans d’existence de la formation. Mimi chante et joue de la batterie debout et l’impassible bassiste prend une pose qu’il ne changera plus jusqu’à la fin du concert. Alan Sparhawk égrène des notes graves de guitare et chante son spleen d’une belle voix claire. Malgré une certaine froideur initiale (‘Thanks for coming, I hope you won’t fall asleep’), on ne s’ennuie pas et une ambiance particulière et recueillie nous enveloppe. La musique de Low touche des territoires sonores connus mais explorés d’une façon inhabituelle de nos jours. Elle met le doigt sur un certain malaise contemporain (et occidental) mais sans l’emballer dans les poses adolescentes. Après un titre dédié à Iggy Pop, le concert prend sa vitesse de croisière, privilégiant, hormis quelques incursions plus rock et bruitistes, le registre intimiste. Mais en imprimant toujours aux compos un tempo particulièrement indolent ; ce qui a valu au groupe d’être taxé de ‘slowcore’. Mais au delà des étiquettes, c’est la découverte musicale qui compte et ce concert en fût une très belle.

Et on termine cette copieuse première journée par la prestation des Australiens d’Architecture in Helsinki. Cette formation à géométrie variable pratique une sorte d’humour pince sans rire à la Monty Python et semble parodier différents courants de la musique pop des années 80. Tout y passe, de l’électro funk à la pop kitsch. Même si les titres ne sont pas toujours mémorables, le groupe peut se transformer en vrai machine à danser et est parvenu à rallier à sa cause la foule qui peuplait alors le ‘Château’.

Pukkelpop 2007 : vendredi 17 août

Écrit par

Le programme de cette deuxième journée semble moins intéressant. Nous arrivons cependant sur la plaine de Kiewit assez tôt pour y voir les Anglais d’Art Brut balancer la sauce. Leur punk rock ironique n’ayant jamais suscité un intérêt profond chez votre serviteur, une nouvelle séance de zapping s’impose.

Malgré l’heure matinale, les Shameboy parviennent à bien remplir la ‘dance hall’. Faut dire que leur électro est saturée de lignes tracées au cœur de synth-bass funky. Mais ce n’est pas encore le pied.

En déambulant sur le site, on perçoit les accords rock’n’roll des Gantois Van Jets qui essaient d’enflammer la grande scène. Tâche ardue pour ce début de journée plutôt calme.

On finit par se décider à aller voir ce que les Bedouin Soundclash ont à proposer. Leur single, « Beautiful Day » est une sympathique comptine reggae rappelant Toots & the Maytals. Mais le trio basse-batterie-guitare est décevant. Influencé par The Police et The Clash, ces jeunes gens issus de Toronto pratiquent du mauvais reggae comme seuls les punk rockers peuvent en faire. On a l’impression d’entendre des chutes de studio de l’album « Sandinista » et on s’ennuie ferme. On voudrait cependant leur laisser une chance, mais après une bonne moitié de concert, les Bedouin n’ont toujours pas joué le moindre morceau digne de ce nom.

On quitte donc les lieux pour aller zieuter la fin du set des Anglais de Reverend and the Makers, groupe en odeur de hype de l’autre côté de la Manche. Le peu qu’on en verra est effectivement intéressant. Leur disco lente et psychédélique bénéficie de la présence d’un chanteur à l’attitude arrogante, dont le timbre plutôt chouette rappelle un peu Ian Brown et l’allure celle de Richard Ashcroft. Il s’inquiète même des éternels problèmes linguistiques vécus en Belgique. Aurait-il pris des cours de rock pompier chez Bono ??

Le premier bon moment de la journée procédera des Anglais de Fujiya & Miyagi (‘lustrer, frotter’, rappelez-vous de Karate Kid). Trois gaillards assez simples et au look passe-partout. Le trio a sorti, il y a peu, un opus qui touille dans le krautrock, l’indus (Krafwerk ?) mais surtout l’électro-funk. Chant susurré, guitare funky, rythmiques programmées, basse métronomique et une nuée de claviers vintage s’unissent pour créer une musique dansante et hypnotique. Elle agitera les têtes et les bassins de l’assistance. Malgré une présence scénique presque inconsistante leur musique libère un haut potentiel explosif. Et elle est plutôt drôle. Surtout quand on voit le claviériste au look de programmeur COBOL exhorter la foule en chuchotant « Sock It To Me ! ».

C’est sous le chapiteau ‘Wablief ‘ que se déroule le très bon concert des Prima Donkey, super groupe flamand emmené par l’ex-dEUS Rudy Trouvé à la guitare et Gunter Nagels à l’accordéon, moitié vocale de Donkey Diesel. Impliquant des membres de DAAU, Laïs et des Seatsniffers, ce projet musical est très intéressant. Leur musique est très filmique et richement orchestrée : theremin, guitare, accordéon, cuivres, claviers. Le tout enrichi par les voix très country de deux charmantes choristes. Sans oublier celle de Rudy Trouvé (il a l’air très déprimé) et de Gunter Nagels, dont le timbre est très proche de Tom Waits. Et c’est précisément aux territoires hantés de ce dernier que l’on pense à l’écoute des Donkeys. Différence ; quoique l’approche est peut-être un peu plus légère (toutes proportions gardées). Au delà de très bons morceaux originaux du groupe, deux reprises sortent du lot. Une superbe version du « Ghost Rider » de Suicide et une cover country & western de « Jesus Built My Hot Rod », le morceau le plus connu de Ministry chanté par Gibby Haynes des Butthole Surfers.

Sorti du chapiteau, on entend le public de la ‘Boiler room’ scander ‘Master ! Master !’ On se croirait presque en Allemagne sous le régime hitlérien. Ce n’est heureusement pas le cas. En fait, il s’agit simplement de la manifestation de satisfaction de la foule consécutive au dj-set de MSTRKRFT.

Direction la ‘Dance Hall’ pour arriver au début du concert de Cansei de Ser Sexy. Ce groupe a bénéficié d’une certaine hystérie médiatique sans qu’on sache vraiment pourquoi. Un combo disco de plus emmené par une chanteuse dont la voix insignifiante éprouve toutes les difficultés du monde à passer au-dessus de la musique.

En passant devant le ‘Château’, Skream balance son dub électro pour hooligans. Pas le temps de s’arrêter car, car il est judicieux de se placer idéalement pour bien profiter de la furie rock’n’rollienne des Hives. Les Suédois viennent présenter leur album « Black and White ». Un concept appliqué à la lettre puisque tous les instruments sur scène sont en noir et blanc, à commencer par la superbe batterie ‘Premier’ qui trône au milieu de la scène. Authentique machine de guerre, les Hives balancent leur rock’n’roll jouissif. Quarante-cinq minutes qui s’écouleront en un instant. Alternant tubes et morceaux de leur nouvel opus, ils récoltent l’adhésion totale de la foule et préviennent que ‘there wil be other bands tonight, but it doesn’t matter !’ Le pire, c’est que la prophétie se réalisera presque, tant le reste de la soirée rivalisera d’insipidité.

Après une telle claque, c’est comme passer directement de la vision de ‘Pulp Fiction’ au nouveau James Bond : tout à l’air un peu fade et moins drôle. C’est un peu le cas des Noisettes, trio anglais précédé d’une bonne réputation et auteur du très chouette single « Don’t Give Up ». On a du mal à entrer dans le concert, mais il faut reconnaître la charge charismatique de la très sexy Shinga Shoniwa. Coiffée de plumes d’Iroquois, elle bouge dans tous les sens et donne du relief au garage rock sans concession pratiqué par la formation insulaire…

On prend une petite pause en contemplant un vieil homme éponger une impressionnante plaie au genou : un trou béant d’où s’échappe une quantité inouïe de pus. On espère pour lui qu’il ne fera pas de septicémie. Chris Cornell s’époumone au loin sur « Rusty Cage »…

Mais on a opté pour Patrick Wolf. Il arbore une cape argentée en guise de tenue de scène. Une de ses violonistes ressemble furieusement à la Castafiore. Mais on a bien du mal à entrer dans son univers baroque et pompeux, né d’un croisement hypothétique entre Lord Byron et la Gay Pride.

Tentative d’incursion sous la tente où le Dj Jazzy Jeff passe ses disques. Certains d’entre vous se rappelleront du bonhomme pour avoir tenu le rôle du meilleur pote de Will Smith dans la série le Prince de Bel Air. C’était le type qui se faisait toujours éjecter par l’oncle Phil… Au delà de cette image de pitre, l’homme est en fait un producteur notoire (Jill Scott notamment) dans la nu-soul et le hip hop. On aurait aimé écouter les galettes qu’il allait mixer ; mais c’était peine perdue : la foule débordait de partout et rendait impossible l’entrée dans la surchauffée ‘Boiler Room’. Même chose pour Laurent Garnier : accès impossible à la ‘Dance Hall’ pour cause de surpeuplement.

Mieux valait donc rejoindre la grande scène où Arcade Fire prépare son spectacle. Le combo canadien est passé en peu de temps du statut underground à celui de gros vendeur. Une transition qui doit être difficile à négocier. Le line up de l’ensemble implique une petite section de cuivres, trois violons, un orgue d’église, sans oublier la formation de base rock. Les neuf membres attaquent le concert de manière énergique. Mais le chanteur est en petite forme. En outre, il semble rencontrer d’incessants problèmes de retour. Le collectif possède une armada de chansons déjà bien entrées dans l’inconscient. Une preuve ? Votre serviteur ne possède aucun disque d’Arcade Fire ; et pourtant une bonne partie de ces morceaux m’étaient familiers aux oreilles. Arcade Fire possède tous les atouts pour devenir un groupe capable de remplir les stades ; mais cette réussite fulgurante est à double tranchant. En fait, Arcade Fire risque fort de passer chez les stars pompeuses. Lors de ce set, le manque d’humour était patent et le lyrisme exacerbé des chansons flirtait dangereusement avec le mauvais goût. Néanmoins, (et c’est l’essentiel), le public a repris en chœur ces mélodies quasi celtiques qui évoquent des mondes mythiques et des forêts enchantées où des farfadets idéalistes préparent une révolution marxiste.

On passe rapidement par le Marquee où Dinosaur Jr se produit sous son line up originel. Mais son rock est gâché par les solos de guitare indigestes de Jay Mascis. Il faut dire qu’on a mieux à voir puisque notre curiosité a été aiguisée par une horde de jeunes gens habillés de la même manière.

Veste en jeans et rouflaquettes rock’n’roll, ils relèvent de la confrérie des Turbojugend. Fans absolus du groupe norvégien de glam métal Turbonegro, ils se déplacent en groupe pour aller voir les concerts de leurs artistes favoris. Il existe, à travers le monde, plusieurs sections locales de Turbojugend, garantissant ainsi à Turbonegro une énorme base de fans acharnés. Le terme ‘turbonegro’ fait référence à une pratique sexuelle qui consiste à mettre son poing dans l’anus de quelqu’un pour aller y chercher de la matière fécale… La ‘shock value’ semble être l’arme absolue du groupe qui pratique un punk-métal rappelant un peu Judas Priest. L’autre originalité du groupe consiste à s’amuser de l’imagerie homosexuelle dans un milieu connu pour son homophobie. C’est un peu pour toutes ces raisons qu’on se rend à la ‘Skate stage’ pour voir si le spectacle peut être drôle. Fréquentée par un public plus jeune, cette scène est caractérisée par le nombre élevés de verres de bière qui s’élèvent dans les airs. Alors que statistiquement l’objectif soit impossible à atteindre, une quantité anormalement élevée de ce liquide atterrit sur la tête du rédacteur de cette chronique qui se retourne comme un vieux plouc pour tenter de déceler le coupable de cette vilenie. Les Turbonegro finissent par arriver et le contraste est frappant entre le frêle guitariste (50 kilos tout mouillé) et Hans Erik Dyvik Husby, l’énorme chanteur. Une sorte de gros Viking décadent qui se ballade torse nu, en tenant à la main une canne surmontée d’une pomme argentée. Il porte un gilet court aux couleurs du drapeau américain et se démène comme un beau diable. C’est assez drôle et pas sérieux pour un sou, même si musicalement le résultat n’est guère mémorable. A propos, si vous êtes intéressé, sachez qu’il existe en Belgique des sections locales des Turbojugend…

 

Pukkelpop 2007 : samedi 18 août

Écrit par

La dernière journée du Pukkelpop commence en douceur par The Bony King Of Nowhere. Derrière cet étrange nom, se profile le jeune Gantois Bram Vanparys, grande promesse qui s’est révélée au public lors d’un concert de Devendra Banhart. Le jeune homme est ainsi sorti d’un relatif anonymat et a, par la suite, remporté un concours rock (De Beloften), joué à l’occasion des défricheuses soirées Rock&Brol et figure à l’affiche du prestigieux festival Domino à l’Ancienne Belgique. Et croyez-nous, ce garçon ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Sa musique épouse la douceur de Nick Drake qu’il mélange aux inquiétudes de Thom Yorke. Mais Bram Vanparys possède son propre style et a d’ailleurs reformé un combo pour se produire sur scène. Une formule qui fonctionne très bien, surtout que tous les musiciens possèdent de bonnes voix et solidifient le timbre fragile de Vanparys. Même si le set rencontre une baisse de régime au cours de sa deuxième partie, la qualité des vocaux et des mélodies impressionne. Si la formation passe près de chez vous, ne les manquez surtout pas.

Après une écoute distraite de l’électro-rock de Home Video, on décide d’imprimer une saveur pop et mélodique à ce début d’après-midi. C’est ce qui nous incite à fendre une foule de plus en plus importante pour aller écouter Albert Hammond Jr. Le guitariste des Strokes vient de sortir un album solo empli de mélodies pop-rock subtiles et sans prétention. Un disque à l’image de ce concert tout simple où l’homme vêtu de jeans blanc enchaîne de manière décontractée des ballades pop-rock suscitant la sympathie. L’homme ne tente pas de révolutionner la musique et se contente de nous faire passer un bon moment. Ce qui est déjà très bien. On aura même droit à « Old Black Dawning », une reprise d’un titre du premier (et excellent) premier opus solo de Franck Black, (ex) chanteur des Pixies.

Toujours plongé dans un univers pop, on se laisse conseiller par le programme du jour. Il mentionne la présence de Soapstarter, groupe formé par d’anciens membres de dEUS, Soulwax et Vive La Fête. La scène est envahie de plantes vertes. Une riche idée pour illustrer la pop ensoleillée de ces gaillards. Leur musique est assez proche de celle des Français de Tahiti 80. Une solution sonore très mélodique puisant son inspiration dans la soul et le funk le tout saupoudré d’un zeste de reggae. Vraiment très intéressant ! On attend impatiemment leur album « Naked Wheelz » pour se forger une meilleure idée de leur potentiel.

Toujours dans le rayon belge et pop, on décide d’aller assister à la prestation des Tellers. Ce duo pop folk wallon a connu une ascension très rapide. Remarqués par le label bruxellois 62TV, lors du concours radio hebdomadaire Pure Demo, les Tellers sont invités à enregistrer quelques maquettes de leurs titres dans un local de répétition. Le résultat est tellement probant qu’il est publié illico sur un huit titres dont le succès rencontré est plus qu’honorable. « More » tourne beaucoup sur la bande FM et une multinationale photographique décide d’utiliser « Second Category » pour son spot publicitaire européen. La suite logique se traduit par la sortie d’un premier album dont la sortie est imminente : « Hands full of Ink » sera distribué dans toute l’Europe par COOP, filiale alternative de V2. Une ‘success story’ qui a déjà fait jaser les esprits chagrins ; et pourtant leur réussite est totalement méritée. La voix est excellente et les compos très mélodiques rappellent parfois Bob Dylan dans ses moments les plus pop. Le tout abordé avec un esprit plus rock’n’roll qui doit beaucoup aux Anglais. Le charme opère aussi au Pukkelpop : après de multiples essais non concluants, les gaillards semblent avoir trouvé un line up qui tient la route. Leur set totalement rafraîchissant accentue l’ambiance pop empruntée par le festival, en ce début d’après-midi.

Vu la dose de bruit et de fureur prévue pour la fin de soirée, on évite The Streets qui enchaîne tubes et reprises (« I Love Rock’n’Roll », « Goin’ Out Of Space ») sur la grande scène.

Et on se rabat sur une session acoustique des rockers liégeois Hollywood P$$$ Stars. Installés dans une tente sponsorisée par un géant du monde bancaire, ils nous proposent les titres de leur nouvel opus « Satellites », dont la sortie est également toute proche. Les titres accrochent moins instantanément que ceux de leur précédent elpee. Cependant, au fil des écoutes, on recèle des qualités qu’on n’avait pas soupçonnées après une première écoute rapide du disque. Les Liégeois joueront ces mêmes morceaux et quelques autres un peu plus tard dans la soirée. Minés par quelques problèmes techniques, ils proposeront un set très rock, limite métal au cours duquel le single « Andy » se détache du lot, dans un style très proche de Millionaire.

Après avoir zappé le space rock bancal des norvégiens de 120 Days, on décide d’aller admirer CocoRosie. Admirer parce que les photos de presse des sœurs Cassidy ne laissaient pas imaginer que l’une d’elles (celle qui porte de longs cheveux noirs) était fichtrement sexy dans sa tenue blanche, à cheval entre le bikini et le pyjama d’été. L’autre sœur (la moustachue) tape moins dans l’œil, même si elle a revêtu un gilet fluorescent de la sécurité routière. CocoRosie vient de concocter un album très inspiré par le hip hop, et cette coloration se ressent aussi beaucoup sur scène. Une basse, des claviers et des jouets. Sans oublier un ‘human beat boxer’ aux hallucinantes capacités techniques qui balance des beats hip hop avec sa bouche tandis qu’une des sœurs Cassidy rappe dessus. En contrepoint, l’autre frangine se lance dans des vocalises évanescentes proches de l’opéra. Une musique aussi agaçante que fascinante et qu’on a bien du mal à appréhender. Un subtil sentiment de malaise émane de ces mélodies faussement enfantines mais vraiment désespérées… comme un mauvais rêve qui n’en finit pas. Très original et osé en tout cas ; dommage cependant que parfois on frise le grand n’importe quoi.

Il est temps de relater le meilleur set de ce festival : celui des New-yorkais de LCD Soundsystem. On ne se lancera pas dans de vains discours ; il suffit de savoir que ce concert dynamisé par les basses tonitruantes nous a enthousiasmés. Une énergie énorme et constante a transporté la foule dans l’extase. Les morceaux des deux albums ont souvent été interprétés sous leurs versions longues. Des versions qui doivent autant à l’électro (Krafwerk ?) qu’au punk goguenard (The Fall ?) A l’issue du concert on en est encore tout fébrile, et on va se préparer une petite camomille pour se remettre des vibrations basses, coupables de nous avoir retourné l’estomac et fait claquer les dents.

On terminera ce compte rendu marathon (je félicite et remercie celles et ceux qui les auront lu jusqu’au bout) par la prestation des Sonic Youth. Toujours intègres, les vétérans du noise rock viennent jouer l’intégralité de « Daydream Nation ». Un double album sans concession, paru en 1988 et devenu culte pour les nombreux fans qui s’entassent sous la tente ‘Marquee’. Thurstoon Moore et Lee Ranaldo nous font la version rock de la ‘Guerre de Etoiles’ en organisant une lutte de manches de guitares avant de mettre à mal nos oreilles pendant une heure et demie. Un délire de larsens et de distorsion où les mélodies délavées et les paroles étranges tentent d’émerger du magma sonore. Un concert complètement fou, d’autant plus respectable que ces Yankees pratiquent ces joyeusetés depuis bientôt trente ans. Prenez-en de la graine et rendez-vous l’année prochaine pour un bon entretien général des acouphènes !

Amicalement

Enzo

Esperanzah 2007 : du 3 au 5 août

Écrit par
Une fois de plus, les organisateurs d’Esperanzah ont eu de la chance. Avec le temps, d’abord, puisque le soleil a élu domicile dans le ciel de l’abbaye de Floreffe durant les trois jours, réveillant les sourires de toux ceux qui avaient cessé de placer le moindre espoir en ce mois de juillet grisâtre. S’il y a bien un festival qui doit sentir bon le soleil pour faire passer ses messages et entretenir sa sacro-sainte bonne humeur générale, c’est bien celui-là. Bingo, donc. Autre coup de bol : Manu Chao qui, à quelques jours de l’événement, fait part aux organisateurs de son envie de venir faire un petit tour dans le coin. Et hop, une super tête d’affiche inattendue qui titille quelques oreilles supplémentaires, même si les 8 000 places disponibles pour le lundi (une date ajoutée en dernière minute ‘pour l’occase’) s’écouleront en très peu de d’heures.

La machine est huilée. Il ne reste plus qu’à la faire carburer à plein tube. Et là, pas question de chance, ni de don des cieux. Il faut assurer. Dès le vendredi, les campings se remplissent avec frénésie et chaque festivalier dresse sa Quechua en un minimum de temps (c’est d’ailleurs conçu pour ça… le plus dur, c’est de la replier) afin de gagner le site de l’abbaye au plus vite. Après quelques concerts de mise en bouche d’une qualité irréprochable, le sommet est déjà atteint par Sidestepper et sa drum’n bass latino, qui mélange la salsa, les rythmes afro-colombiens et l’électronique sans le moindre temps mou. Juste après ce set, en guise de clôture d’une première journée prometteuse, le Shantel & Bukovina Club Orkestar réalise le pari de faire encore mieux, en obligeant nos jambes à s’exciter sur ses beats balkans et sa disco russe. Un concert enflammé, sautillant, fiévreux… Bref, fatiguant. Il est où, déjà, ce camping ?

Samedi, on a chaud et on est… fatigué. Certes, on aurait pu dormir la nuit. Mais où ? Dans le camping ? C’est cela, oui… Bonne nouvelle pour les organisateurs et les associations présentes sur place : la journée est sold out. On s’en doutait : ça grouille de monde. D’ailleurs, entre parenthèse, il faudrait parfois qu’on fasse des ‘sold out’ avec un peu moins de monde. Mais ce n’est qu’un avis. La musique ? Ah oui, la musique… Une fois n’est pas coutume, on se prélasse tranquillement côté gazon quand les musiciens d’Afro Yambi Jazz émettent leurs premiers accords. Et là, tout de suite, on comprend pourquoi on a choisi de venir à Esperanzah. Pour l’ambiance (j’ai déjà dit ça, non ?), mais aussi pour l’armada de bons musiciens qui s’y délectent. C’est doux, sophistiqué, enjoué… C’est excellent. Les gars d’Atomic Leaf, pareils à eux-mêmes, ne font que confirmer notre sentiment : ces libertaires aux revendications ska-punk-guinguette ont du tempérament à revendre. Et du coup, nous aussi. Bien sûr, plus tard, vers 22h, c’est Salif Keita que tout le monde attend. Et il ne décevra personne. Tantôt bouleversant, tantôt éclairant, cet infatigable prêcheur de la fraternité et de l’amour livre une prestation exemplaire, devant un public qui n’oublie pas que la musique peut à la fois être faite de… fête et de réflexion. Lors du dernier morceau, le Prince de l’Empire Mandingue invite les corps enivrés à le rejoindre sur scène, histoire de clôturer ce rassemblent humain dans la joie la plus sincère. Waow ! Ce coup-ci, on n’a pas envie de rentrer au camping. Et si on s’embrassait tous ?

Après une nuit aussi courte que très courte (est-ce que ça ferme parfois les yeux, un joueur de djembé ?), la dernière journée se profile déjà sur un horizon toujours aussi bleuté. Inutile d’y aller par quatre chemins : direction la ‘cour’ pour applaudir ces inimitables chauffeurs de salle que sont les gars de Peas Project. Fou, décalé, déglingué, arrogant et frais : le show est évidemment efficace et, comme d’habitude, on en ressort les orteils écrabouillés. Et comme il fait de plus en plus chaud, il ne reste plus qu’à aller se ravitailler. Une bière ? Non, allez, soyons fous, c’est le dernier jour : va pour un enchaînement et… une sieste. Au réveil, c’est l’angoisse. La musique de fond était agréable, mais impossible de se souvenir qui la délivrait. Et je vais raconter quoi, moi, dans mon compte-rendu ? ‘Ben que la musique était géniale’, me suggère-t-on. Pas mal. En plus, c’est sûrement vrai, puisque jusque là, tout était parfait. La Troba Kung-Fu et leur mélange inédit de dub, de reggae, de tango, de salsa et de… plein de bonnes choses libèrent tous les sens des festivaliers. Désormais, c’est clair, il ne peut plus rien nous arriver de mal. Vers 22h, Groundation nous emporte carrément dans un autre monde, là où il semble faire encore plus chaud et où personne ne peut déranger la quiétude du lieu. Du reggae. Du putain de bon reggae, même. Des rythmes authentiques, apaisants et enivrants se jettent dans notre cerveau comme des merveilles à la mer. Une apothéose grandiose. Un final exaltant qui, curieusement, ne nous fait même pas regretter de devoir repartir sans avoir vu Manu Chao. De toute façon, Manu Chao, ce sera sûrement nul. Et il pleuvra, c’est évident. Bon, les gars, on rentre ? Une dernière bière équitable ? Allez, d’accord… Mais après, on va dormir, hein… Jusqu’à l’année prochaine, d’ailleurs.           


Nuits du Soir : mercredi 26 septembre 2007

Écrit par

La sixième édition des Nuits du Soir se déroulait, à nouveau, au Cirque Royal de Bruxelles. Organisé conjointement par le quotidien Le Soir et le Botanique, cet événement est destiné à mettre en avant le talent d’artistes ou de groupes belges. Et il était à nouveau sold out !

Lourde tâche d’ouvrir ces ‘Nuits du’ Soir devant une salle encore à moitié vide. Début de programme, donc, face à un public clairsemé ; mais il en faut plus pour impressionner les dIPLOMAT. Distribution de flyers de présentation, ouverture remarquée par une bande de petites hôtesses habillées tout en blanc. Les dIPLOMAT proposent un rock brut et énergique pimenté d’une voix aux accents pop ; et même si le set est ‘un peu court’ -aux dires de Fabrice, leur chanteur- il ravit le public du Cirque Royal. La salle finit quand même par se remplir, et les retardataires accrochent immédiatement. Groupe à suivre pour la qualité de ses prestations scéniques, et sur album, puisque la rumeur colporte qu’ils ont désormais signé un contrat chez un label.

Après l’excellent accueil réservé à leur premier album, les Tellers continuent à tourner. Sur scène, les deux guitaristes sont rejoints par un drummer et un bassiste pour donner plus de rythme à leurs compos, et par Fabrice, le ‘grand frère’ ; sans oublier la chorale de potes conviée lors du morceau qui clôt le concert. Attitudes de jeunes stars Rock ‘n’ Roll ce soir pour Charles et Ben, qui nous avaient habitués à plus de désinvolture. Le public est constitué, en majorité, d’adolescents. Profitant du congé du lendemain, celui-ci étonnamment calme par rapport à la réaction suscitée par certaines prestations précédentes du combo. Le nouvel album « Hands Full Of Ink » complète cependant très bien les titres de l’EP qui a fait connaître les Tellers : les chansons « More » et « Second Category » sont déjà des classiques de la formation.

Depuis la sortie de ”Music and chocolates”, un large public commence à s’intéresser à Joshua. Présentant leur spectacle comme une invitation à danser (mais ils devraient davantage montrer l’exemple…), leur prestation programmée à la suite des Tellers ne peut que faire bouger le Cirque Royal, maintenant plein comme un œuf. Un show enlevé, comme toujours, ponctué d’une reprise du « Riders on The Storm » des Doors, et qui s’achève, comme il se doit, par le hit « Kill Your Own Army » scandé devant une foule de bras levés. Les sons funky et hip-hop de Joshua ne renient jamais le caractère rock qui est à la base de leur musique.

Arid se trouve, aujourd'hui, à la veille d'une nouvelle aventure : après une séparation et la reformation suite au concert 0110 de Gand, le premier single « Words » vient d'être édité, et il précède la sortie prochaine d’un nouvel elpee. Ensemble à la croisée des chemins, Arid propose un tracklisting composé de nombreux tubes. Leur énergie et les envolées vocales de Jasper Steverlinck sont maîtrisées de bout en bout, et le public ne s’y trompe pas : il est conquis par le groupe ‘belge’ de la soirée. Et il se surprend même à danser au son de leur pop-rock, qui par moments évoque Keane. Surtout en ‘live’ ; ce qui, pour ceux qui ont pu les voir, signifie un compliment…)

Hollywood P$$$ Stars constituait manifestement le clou de cette Nuit du Soir. Comme ils le définissent eux-mêmes, leur style passe du ‘pop-indie’ au ‘rock guitare’. Il capture immédiatement l’audience. Forts de leur dernier album « Sattelittes », les Liégeois ouvrent dans une relative douceur avant d’asséner leurs hits les plus énergiques. Puis ils laissent retomber la pression, le temps que le public reprenne son souffle ; mais ce calme augure la tempête, car ils terminent en force. Excellents sur disque, les Hollywood P$$$ Stars n’en demeurent pas moins des bêtes de scène. A voir absolument en ‘live’.

Org: Botanique et Le Soir, Bruxelles

Festival Les Inrocks 2007 : vendredi 9 novembre

Écrit par

La vingtième édition du festival des Inrocks passait donc par Lille ces 9 et 10 novembre. Comme d’hab’ me direz-vous. Ben non, puisque l’an dernier elle s’étalait sur quatre jours et impliquait également la Maison des folies de Wazemmes. Gros embouteillage sur Lille en soirée ; ce qui explique sans doute pourquoi, lors de l’ouverture des hostilités, à 19h30, le public était plus que clairsemé. Et que votre serviteur est arrivé un bon quart d’heure en retard. Mais si la salle se remplira au fil du temps, il faut reconnaître qu’il n’y a jamais eu la grande foule pour applaudir les quatre groupes programmés ce soir (New Young Pony Club, Yelle, Jack Peñate et The Go Team !), à l’Aéronef.

Le set de New Young Pony Club est déjà commencé depuis 15 bonnes minutes, lorsque je rejoins un parterre de spectateurs plus que clairsemé. La formation londonienne semble ne guère se soucier de cette situation et manifeste un enthousiasme qui fait plaisir à voir et à entendre. Un quintet réunissant trois filles et deux garçons. Une chanteuse de petite taille habillée de rose bonbon (Tahita Bulmer), une claviériste dont les sonorités ‘vintage’ semblent avoir été empruntées aux B52’s et une drummeuse qui a la pêche. La basse (tenue par Igor Volk, elle dessine des lignes ténébreuses, probablement inspirées de Peter Hook) et la guitare -souvent funkysante- sont dévolues aux mecs. Musicalement, leur expression sonore oscille entre le punk funk et la ‘new rave’. Des références ? Les B52’s (je l’ai signalé ci-dessus,) Talking Heads, Blondie et Salt’n Pepa. Hormis un petit problème de basse, plus du tout en harmonie avec la mélodie en fin de parcours, le NYPC peut être crédité d’une prestation ensoleillée, pétillante et très excitante. A revoir, c’est une certitude…

De son véritable nom Julie Budet, Yelle est française. Elle est née à Saint-Brieuc en Côtes-d'Armor, et a été découverte par le biais de MySpace. Pour ce set, elle est accompagnée d’un drummer et d’un programmateur/bidouilleur/claviériste. Ils sont vêtus de vêtements identiques. Et notamment de chemises sur lesquelles sont reproduits des dessins d’os. Yelle joue la carte de la féminité décomplexée. C’est ce qu’elle déclare. Mais franchement, manifester cet engagement sur ce type d’électro basique est totalement ridicule. Je me suis même demandé si on n’avait pas transféré le Club Dorothée à la ‘Bush’ d’Esquelmes (NDR : si vous ne connaissez pas, c’est que nous ne sortez jamais en boîte). Oser comparer ce groupe de bal à Lio ou à Air serait même faire injure à ces derniers. En plus, je n’ai jamais trop aimé les chansons d’Alain Chamfort. Alors pensez, une reprise d’« A cause des garçons » dans la set list… D’autant plus que, comble de l’infantilisation, le trio nous a offert en finale, une démonstration de langage des signes. Mais on n’a rien compris…

Franchement, en le voyant accoutré ainsi, on pourrait imaginer que Jack Peñate est un Yankee issu de l’Amérique profonde. Imaginez un type plutôt trapu portant une casquette de base-ball et une chemise à carreaux. Un article de presse insulaire le comparait même à un pasteur branché. Pourtant, c’est un Londonien de descendance britannique et espagnole. Deux musiciens l’accompagnent sur les planches : le drummer Alex Robins, placé à la gauche de la scène et le bassiste Joel Porter. Et dès le premier morceau, « Spit at stars », auquel il joint l’expectoration à la parole, Peñate entame une danse aussi excentrique que spasmodique. Un titre imprimé sur une sorte de tempo skiffle. Il ne l’interrompra que lors de l’interprétation d’un titre un peu plus lent, intitulé « Run for your life ». Jack sourit constamment, comme si un rictus était figé sur son faciès. Il s’adresse au public entre les chansons et semble heureux d’être là, alignant les « Second, minute or hour », « Torn on the platform » ou encore la cover de « Dub be good to me » du Beats International, pour le plus grand plaisir de l’audience enchantée d’une telle prestation. Swing, rockabilly, groove et funk blanc semblent faire bon ménage au sein du trio qui me rappelle quand même parfois Orange Juice (NDR : oui, oui, celui d’Edwyn Collins), surtout dans l’approche la plus postcard de ses compos.

The Go ! Team s’était déjà produit dans le cadre du festival des Inrocks. En 2005. A cette époque, Nicolas avait beaucoup apprécié. Moi pas. C’est donc avec beaucoup de méfiance, que j’ai assisté à leur retour sur les planches de l’Aéronef. Le groupe se présente toujours sous la forme d’un sextet. Mais avec deux batteurs. Enfin un drummer et une drummeuse. Tout un petit monde, dont trois anglo-japonaises, qui se partage une foule d’instruments : les guitares, le banjo, la basse, les claviers, le mélodica, la flûte, l’harmonica, les samplers et bien sûr les drums. Même la chanteuse attitrée, Ninja, siège parfois derrière les fûts. C’est d’ailleurs à cet endroit que je la préfère, car elle a beau gigoter dans tous les sens et mettre l’ambiance, sa voix de rappeuse old school fait un peu tache d’huile dans l’ensemble. Par contre, le timbre vocal de Kaori Tsuchida est absolument superbe et d’une précision chirurgicale. Et puis, lorsque les interventions aux six cordes de Ian Parton (c’est le leader, et il est partagé entre cet instrument et la batterie) décollent, on frôle l’univers de My Bloody Valentine. Cette formation issue de Brighton est bourrée d’idées ; en outre elle, a fait d’énormes progrès. Mais son cocktail d'électro, de jazz, de psychédélisme, de rock et de je ne sais tout quoi est encore trop bordélique pour faire la différence. Un peu plus de discipline et surtout une meilleure attribution des rôles devrait leur permettre de faire la différence. Tout en continuant de faire la fête. C’est très important pour The Go ! Team…

Organisation FLP et Aéronef

 

Festival Les Inrocks 2007 : samedi 10 novembre

Écrit par

Il y a déjà bien du peuple pour assister au premier set programmé lors de la deuxième soirée des Inrocks à Lille. Un public qui va gonfler au fil du temps, pour finir par remplir (NDR : ça rime !) complètement la salle, lors de la prestation des très attendus Editors. Mais auparavant, place à Elvis Perkins, Los Campesinos et The Noisettes.

Elvis Perkins n’est pas un rigolo. C’est le moins qu’on puisse dire. Faut dire qu’atteint du SIDA, son père (Anthony Perkins, célèbre acteur américain) est décédé d’une pneumonie, alors que sa mère est disparue tragiquement lors des attentats du 11 septembre 2001, à New-York. Photographe, Berry Berenson était à bord du deuxième avion qui s’est précipité sur les Twin Towers. On peut donc le comprendre. Physiquement, il ressemble à un Mark Oliver Everett (NDR : alias E, c’est le chanteur d’Eels), mais barbu et en plus négligé. Il monte seul sur le podium et interprète sa première compo, en s’accompagnant à la guitare acoustique et à l’harmonica, qu’il a posé sur un rack. Une connaissance, derrière moi, lance un ‘Encore un clone de Bob Dylan’. Puis un trio de musiciens le rejoint sur les planches : The Dearland. C'est-à-dire Brigham Brough à la contrebasse, Wyndham Boylan-Garnett à la guitare et aux claviers ainsi que Nicholas Kinsey, un sosie de Régis Laspalès (mais portant des lunettes épaisses), aux drums. Toute une équipe qui va prendre un malin plaisir à changer d’instruments tout au long du set et même à en ajouter : l’harmonium, l’orgue, le piano, les cloches, la trompette et les percus. Ils sont même tous capables d’assurer des backing vocaux. Mais le boute-en-train du spectacle est assurément le batteur. Il vient régulièrement jouer du tambour en bandoulière, arpentant toute la largeur de la scène, tout en agitant des percussions qu’il a enfilées autour du cou, comme un collier, lorsqu’il ne cumule pas fûts et harmonica en même temps. Et sans jamais esquisser le moindre sourire, à la manière d’un Buster Keaton. Un véritable pince-sans-rire doué pour mettre une ambiance de feu. En fin de set, on n’était d’ailleurs pas loin d’entamer une farandole, à la manière des Pogues. C’est dire ! Et la musique alors ? Chouette, très chouette même. Pourtant, malgré son talent, Elvis a tendance, à refroidir l’ambiance, en intercalant des chansons introspectives et mélancoliques. Une chose est sûre, si sur disque (l’album « Ash Wednesday »), la musique de Perkins évoque Nick Drake, Dylan ou encore Vic Chesnutt, en ‘live’ le cocktail de styles est totalement explosif. Le répertoire glisse ainsi indifféremment du folk au jazz, en passant par le rock, la country, le dixieland et même le flamenco. Et on a même eu droit à un rappel. La meilleure surprise du festival !

Los Campesinos n’est pas une formation issue de la péninsule ibérique, mais du Pays de Galles. De Cardiff, très exactement. Sept jeunes qui semblent sortir tout droit de l’université. Mais qui ont probablement troqué leurs bouquins contre des instruments. Le premier album sortira début 2008 et un EP 6 titres, produit par Dave Nefeld de Broken Social Scene (« Don’t tell me to do the math(s) », est paru en avril dernier. Le line up implique un chanteur (Gareth) et une chanteuse (Aleksandra). Le premier (il porte un t-shirt à la gloire de Sleater-Kinney) possède une voix proche de Jarvis Cocker. La seconde (NDR : sa chevelure est d’un roux flamboyant !), un timbre d’une limpidité bouleversante. Les deux se partagent également claviers et xylophone. A droite de la scène, Harriet se charge du violon, parfois des claviers. Deux guitaristes, un drummer (torse nu !) et une très jolie bassiste vêtue d’une robe rouge à pois blanc (elle pourrait poser pour les magazines de mode !) complètent le line up. Leur set est allègre, contagieux, amusant, très rafraîchissant, mais un peu brouillon ; à la croisée des chemins de Magic Numbers, Pavement, Yeah Yeah Noh et New Model Army (la touche gaëlique !). Bref, si la prestation est plus qu’encourageante, le groupe doit encore bosser pour passer en première division…  

Avant que The Noisettes ne monte sur scène, un roadie prépare le terrain. Montage du matos, soundcheck et câblage : il fait tout absolument seul. Un véritable homme-orchestre. Et durant le show, il est attentif au moindre détail. Un homme très précieux, assurément. The Noisettes ? Un trio constitué d’un drummer (NDR : ce n’et pas Hagrid, dans Harry Potter, mais Jamie Morrison), un guitariste (Dan Smith) et une chanteuse (Shingai Shoniva). De peau noire et de petite taille, vêtue d’une robe échancrée (NDR : en cuir et de couleur jais) et de collants jaune, la tête surmontée par un chapeau de plumes (brésilien ? maya ?), elle joue aussi de la basse (souvent) et de la guitare (parfois), mais surtout se révèle une showwoman d’exception. Mélange de sensualité et de sauvagerie, elle bondit d’un côté à l’autre de la scène. Et chante, hurle, gémit, d’un timbre qui peut rappeler tantôt Billie Holiday, tantôt Siouxsie Six. Le guitariste est techniquement très doué. Il a manifestement bien assimilé la technique des Hendrix, Page et consorts. De temps à autre, il participe aux backing vocaux. Enfin, le drummer pilonne ses fûts avec une dextérité et une violence inouïes. Il doit casser une vingtaine de baguettes par set. Le show est très physique et impressionnant et la musique rappelle quelque part les White Stripes, mais en plus frénétique. Pas la voix, bien sûr. The Noisettes récolte un franc succès, mais on n’entre jamais dans un véritable climat, parce que trop absorbé par les prestations individuelles de chaque musicien.

La tête d’affiche était bien sûr les Editors, et la salle était pleine à craquer lorsque le quatuor de Birmingham monte sur les planches. Tom Smith, le leader, possède un baryton (peut-être proche du leader de Tea Party, Jeff Martin) à vous flanquer des frissons partout. Il présente très souvent ses chansons dans la langue de Molière. Parfois, il s’assied derrière son piano (NDR : pour les chansons les plus romantiques), tournant même autour de cet instrument, tout en entraînant son micro avec lui, sur « When anger shows ». Le guitariste, Chris Urbanovicz, déchire l’univers sonore de ses notes tintinnabulantes à la manière de Mark Burgess (The Chameleons) ou de Simon Huw Jones (And Also The Trees), pendant que la section rythmique impose ce tempo ténébreux et manifestement cold wave. Et les dénégations du groupe à ce sujet, ne changeront pas mon point de vue. Le light show composé de lasers jaune et bleu colle parfaitement leur musique dont les mélodies mélancoliques et contagieuses entraînent très souvent les spectateurs à fredonner ou à chanter en même temps que Smith. Lors du rappel, Tom, monte sur son piano tout en brandissant sa râpe comme une arme. Puis, la formation quitte la salle complètement conquise. Et votre serviteur également, même si ce que les Editors proposent n’est pas vraiment neuf, leur manière de le dispenser est tout à fait convaincante. Ils reviennent le 25 novembre au Rockhall de Luxembourg, le 9 mars au Hof ter Lo d’Anvers, et le 10 du même mois au Vooruit de Gand.   Setlist : Lights – Bones – Bullets – An end has a start – The weight of the world – Blood – Escape the nest – All sparks – When anger shows – The Racing rats – Munich
Rappel : You are fading – Smokers outside the hospital door – Fingers in factories

Organisation FLP et Aéronef

 

Concours Circuit (rock dur). Finale

Écrit par

Les fanatiques d’orgies métalliques et les curieux s’étaient donné rendez-vous au Botanique. A l’abri du froid nordique qui gèle la capitale, ce public était venu pour apprécier les joutes infernales qu’allaient se livrer six formations de la Communauté Française. Objectif : décrocher les prix offerts par le concours devenu référence pour les musiciens du sud du pays. Pas de « Lay Lady Lay » ici, c’est du son pour les brutes qui va se déverser toute la soirée entre la Rotonde et l’Orangerie.

Ever Grey Sky ouvre les hostilités. La plupart des membres du groupe porte un short. Il faut dire que la salle est bien chauffée. Ces jeunes gebs pratiquent une musique qui rappelle beaucoup le punk hardcore américain des années 80. Leurs morceaux sont tous construits sur l’alternance de passages archi-gueulards et de moments plus calmes et mélodiques. Le son en salle est beaucoup trop fort et même si la musique est bien exécutée, elle n’est guère originale. Vu que mon ostéopathe m’a dit conseillé d’être davantage à l’écoute de mon corps, je décide de suivre ses conseils et je quitte de la Rotonde.

Kill My Doll embraie à l’Orangerie. Ils ont accroché une banderole, illustrée par des rictus grimaçants, derrière la scène, et attaquent un set impeccable, dans le même style qu’Ever Grey Sky. Mais la qualité est bien meilleure. A cause d’une plus grande maîtrise instrumentale. Puis de leur vocaliste. Lors des intermèdes chantés. Dont les inflexions funkysantes à la Suicidal Tendencies se marient à la perfection avec le timbre proche de Franz Treichler (Young Gods). Mais pourquoi donc, ne se contente-t-il pas de chanter ?

Ambiance seventies chez The Chargers (of GSM ?), qui attaquent un set de hard à l’ancienne en lorgnant manifestement vers AC/DC, Motorhead et ZZ Top. Deux énormes pots d’échappement phalliques placés devant la batterie déversent une épaisse fumée blanche, tandis que les membres du groupe appuient leurs pieds sur des tabourets noirs comme l’enfer. Le chanteur qui ressemble à un redneck enragé de l’Alabama balance des riffs assassins à la guitare. L’originalité cède le pas à la compétence instrumentale mais on décernera aux Chargers notre coup de cœur, pour le concert le plus mélodieux de la soirée.

Plus hystérique, le chanteur d’Amadeus intrigue par son agitation frénétique. Il clame qu’‘il est ici chez lui !’. On en déduit donc que son groupe est bruxellois (NDLR : ben non il est liégeois !) Au vu des impeccables crinières des membres de la formation, on croirait qu’ils sont sponsorisés par une marque de shampooing. ‘Je vois que vous êtes chauds, comme ça le prochain groupe pourra s’amuser !’ On est décidément dans une logique de confrontation qui semble lasser le public. Le problème est que malgré un certain charisme, le chanteur manque de voix et oublie quelquefois de mettre sa bouche devant le micro. Il prend donc des poses de prophète pendant le titre « Smells Like Armageddon » ; mais on n’entend pas un mot de ce qu’il raconte. Après une dédicace à la formation hip hop Mr Spartako, il est temps d’aller voir ailleurs ce qui se passe.

Si les frères Taloche se mettaient au ‘brutal death metal’, le set ressemblerait sûrement à du Black Bleeding. Ces trois hurluberlus issus de la province du Luxembourg balancent des blagues hilarantes, jouent des morceaux de bal musette et tirent des bières de leur ampli basse transformé en frigo. Ils font rire le public pour mieux le précipiter dans le plus grand effroi. Car leur musique est tout simplement effrayante. Une pure émanation maléfique qui plonge le public dans un puits sans fonds de désespoir. Un mot quand même sur leur look bourré de contrastes. La tête complètement rasée, le chanteur/guitariste est vêtu d’un costard taillé pour les employés de banque. La forme de sa guitare est plutôt curieuse et le manche se termine en forme de fourche diabolique (brrrrr…) Pire encore, coiffé d’une casquette légèrement de travers, le bassiste est tellement maigre qu’il pourrait postuler un rôle dans un film consacré à des zombies. Du type « Le retour des morts vivants ». Mais mention spéciale au batteur qui se produit en caleçon et manifeste une dextérité technique impressionnante. Bref, ce groupe hors norme gagne à être connu.

Cette soirée avare en surprises s'achève par la prestation très pro de Suicide of Demons. Une formation speed metal qui rappelle le Metallica des débuts. Le guitariste possède une technique incroyable. Il parvient même à inverser les mains sur son manche. Manquait plus qu’il la mette à l’envers… Comme le hip hop, le heavy métal est un genre musical qui place les compétences au dessus des idées et de l’originalité. Suicide of Demons en est un parfait exemple, le groupe possède les ‘skills’ et l’énergie, mais pour l’originalité on repassera.

Et on termine donc cette soiréen riche en ‘negative vibes’, en attendant le vote du jury… A toi Bernard. (E.P.)

Un jury qui s’est réuni dans une ambiance très conviviale ; sans le moindre heurt. Et qui malgré certaines divergences de vues, a trouvé les consensus et les solutions sans la moindre difficulté. Rien à voir avec les tensions vécues l’an dernier, ni celles qui taraudent la formation d’un gouvernement en Belgique.

Au bout du long parcours du Concours Circuit, Suicide Of Demons a remporté la finale ce 15 décembre au Botanique. Black Bleeding termine deuxième. Au-delà des nombreux prix attribués au vainqueur, d'autres récompenses ont également été décernés aux finalistes.

En bref :

Premier prix : Suicide Of Demons

Deuxième prix : Black Bleeding

Prix Sabam : The Chargers

Prix des auditeurs de Pure FM (the rock show) : Amadeus

Tous les finalistes seront présents sur une compilation offerte par 3.14 (B.D.)

 
Pour plus d'infos :  http://www.concourscircuit.be

 

 

 

 

Radio Soulwax-Mas Party 2007

Écrit par

Le 22 décembre 2007 est un peu un jour particulier à Gand. Sur la place de la gare, un nombre impressionnant de jeunes se réunissent. On pense immédiatement à la fin des examens ; mais cette explication ne concerne que les plus jeunes d’entre eux. Les autres profitent d’une dernière soirée avant les blocus. Et quelle soirée ! Les trams et les taxis sont bondés. La ville est en liesse. Et ces teenagers se déplacent par dizaines au Flanders Expo pour participer à l’évènement de cette fin d’année 2007 : le réveillon des frères Dewaele et de leurs deux acolytes de Soulwax. Mais pas pour déguster du foie gras ou du saumon. C’est un réveillon clubber : Soulwax, 2 Many Dj’s, Erol Alkan, Justice,Tiga, Goose, Boys Noize, Rub’n Tug,… Tous ont accepté l’invitation et décidé de nous en mettre plein la vue, plein les oreilles. La nuit sera longue…

Visite des lieux oblige ! Les deux frangins plein d’humour n’ont pas lésiné sur les moyens. Rien n’a été laissé au hasard. Bouffe, alcool, sofa et même des stands d’auto-tamponneuses. Cinq salles, 25 dj’s et groupes et pas des petites pointures. Parmi eux un ‘Very Very Special Guest’. On n’en sait pas plus. Bon allez ! Un petit verre pour s’échauffer et direction 1st floor, histoire de rôder les oreilles pour cette nuit de folie.

L’Anglais Die Verboten propose un petit dj set plutôt sympa. La salle n’est pas remplie mais c’est tant mieux, on a de la place pour danser.

Ça y’est ! 1 heure du mat’. La soirée commence pour l’ensemble des bons clubbers. Direction Hall 4 : The Ringo Room. Curieux de voir le special guest. Il accuse trente minutes de retard. Le public commence à s’impatienter et la tension est palpable. Au même moment, deux chariots élévateurs disposés à chaque extrémité de la scène s’élèvent et laissent apparaître… oh non ! Milk Inc. Duo archi populaire en Flandre. Techno de ducasse avec une chanteuse fort familière à Cascada. Quelle blague ! Heureusement ils ne s’attardent pas plus de dix minutes. Néanmoins, la tension se dissipe. Er le public devient de plus en plus chaud (NDR : voir leur site http://www.milkinc.be)

Il est maintenant l’heure de passer aux choses sérieuses. Vêtus élégamment de costumes blancs, les membres de Soulwax débarquent ! Et comme ils l’avaient affirmé, les remixes seront joués en live. Im-pres-sion-nant ! Une maîtrise parfaite et le corps bouge instinctivement. Les meilleurs remixes sont joués en direct :  « Phantom Part II », « Dare », « Gravity’s Rainbow », « Standing in the way of control » pour finir par une superbe combinaison entre « Soulwax is playing in my house » et « NY Excuse ». Cinquante minutes de remixes époustouflants. Comment parvenir à tenir jusqu’au bout de la nuit? C’est la question que l’on se pose à la fin de cette prestation.

Pas le temps de chômer, on se dirige au bar histoire de récupérer. Et on enchaîne immédiatement par Boys Noize. La claque ! Le technicien teuton ne tient pas compte de la fatigue physique endurée durant le show des Belges. Dévoilant son tout récent « Oi Oi Oi », l’Allemand propose un spectacle de deux heures, aux beats révolutionnaires. Et lorsque le « My Moon, My Man » de Feist retentit, c’est une salle entière qui danse comme un seul homme.

Vite. On se précipite Hall 2 : The Paul Room, pour assister au superbe dj set à 4 mains de 2 Many DJ’s. Entre flashs, lasers, strombos et fumigènes, on les distingue assez mal. Mais qu’importe ! C’est leur musique qui compte et encore une fois ce soir, ils ont bien prouvé qu’ils étaient l’un des meilleurs duos du moment.

4 heures ! Déjà ! Justice s’empare des commandes pour une prestation qui aura sans doute déçu beaucoup de fans. Rien à voir avec l’album, ils ont programmé des morceaux qu’ils aiment. Mais bon sang ! Les deux Parisiens ont du talent.

Deux salles plus loin, d’autres nordistes. Courtraisiens cette fois ! Goose. Pour un show des grands soirs. Public plus jeune mais la qualité toujours aussi bonne. Ces petits gars c’est sûr, ont de l’avenir devant eux. Et vu la qualité de leur spectacle, on espère qu’ils iront loin.

La soirée touche à sa fin et un dernier brin d’underground ne peut faire que du bien. On retourne à la case départ, c'est-à-dire au 1st Floor. Et quel honneur de pouvoir assister au show des New-Yorkais de Run’n Tug ! Pas de remixes de !!! ou du label DFA mais un set old-school mémorable qui restera un superbe souvenir ce cette nuit.

6 heures du mat’ les jambes sont tremblantes, le cœur palpite encore et les yeux sont mi-clos.

Une nuit d’orgie somptueuse. Un rendez- vous qu’il ne fallait pas manquer. On connaissait les frères Dewaele pour leur musique et leur humour. L’espace d’une soirée, ils se sont improvisés organisateurs. C’est une réussite. Décidemment, ils savent tout faire. Et pour une fois, j’ai envie d’être chauvin. Ces deux mecs là sont belges !

Impressionnant !

 

Festival D'Hiver Rock 2008 : vendredi 8 février

Pour cette sixième édition, tous les ingrédients nécessaires au déroulement d’un bon festival étaient à nouveau réunis. Après le lapin à la tournaisienne, le menu proposait donc un festival rock à la sauce locale. Prenez une bonne dose de groupes hétéroclites. Ajoutez-y un public tout aussi diversifié. Mais en sélectionnant principalement la tranche 15-25 ans. Complétez par quelques vieux rockers fidèles de la région. Arrosez copieusement le tout de bonnes bières régionales. Et la touche finale : disposez le tout dans les salles agréables de la Maison de la Culture. La décoration et les accessoires avaient été particulièrement soignés. Ainsi, dans le hall principal, un jeu de son et lumière plongeait les spectateurs dans un univers surprenant. Et la musique alors dans le jeu de quille nous rétorquerez-vous ?

Pas eu le loisir d’assister au concert d’ouverture accordé par la formation locale Sioban. Dommage, car apparemment depuis le changement de line up, leur musique aurait évolué vers un style plus contemporain. Ce n’est que partie remise…

On connaissait Delavega, maintenant il y a Z. A croire que les aventures de Zorro constituent une nouvelle source d’inspiration pour choisir un patronyme. Auteur, compositeur et chanteur, Jean-Michel Distexhe est le leader de cette formation bruxelloise dont on a vu la fin du show. Tout d’abord en compagnie de son groupe incluant notamment section de cuivres et contrebasse ; et puis en solitaire. Manifestement l’univers très chanson française de Z est susceptible d’inviter une multitude d’autres styles : depuis le blues au rock en passant par le jazz et le r&b. La démarche est plutôt originale, mais manque encore de précision dans les arrangements. Cependant, lorsque Jean-Mi décide de chanter a cappella en portugais, on est franchement impressionné. Pas étonnant qu’il reconnaisse pour influence majeure Joao Gilberto. En outre, il a enregistré un album (« Chaos et fantaisie Z ») sous la houlette de Rudy Coclet. Mais allez comprendre pourquoi pratiquement personne n’en a parlé…

Responsable d’un excellent album en 2006 (NDR : « We Are Electric », et c’était leur quatrième !) Hitch est issu de la région de Courtrai. Un trio guitare/basse/batterie qui doit puiser ses influences chez At The Drive In, les Pixies, mais aussi et surtout chez une des plus célèbres formations de funk blanc ayant sévi au cours des seventies : Gang of Four. Ils jouissent déjà d’une solide réputation de l’autre côté de la frontière linguistique. Certains ‘west-flandriens’ se sont d’ailleurs déplacés pour les applaudir. La voix du chanteur est savoureusement déchirée, la section rythmique particulièrement solide, l’intensité électrique tour à tour contenue, aride, spasmodique ou décapante. Un des meilleurs moments du festival…

Changement de salle et de style en compagnie de Mr Roux. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son patronyme, il ne s’agit pas d’un one-man show, mais d’un trio. Et aucun de nos 3 hommes n’affiche la coupe de Tom Sawyer. ‘Mais il est où le roux ?’ hurle à leur arrivée, une personne déjà déchaînée dans le public. Côté tendance, nous baignons plutôt dans l’univers de la chanson française voire de rue à la Trio ; à moins qu’il ne s’agisse de cabaret, renforcé par la présence d’une contrebasse tenace (NDR : ça rime !) Côté influences, on décèle des traces de Bénabar et de Mano Solo. Leur dernier opus « Ah si j'étais grand et beau » décrit différent profils (« Petit Rasta », « L’homme ordinaire », « Ta femme »…) où chaque texte raconte une petite histoire ou décrit un personnage. L’ambiance est plutôt bon enfant dans la foule. Les plus jeunes déclenchent d’ailleurs une farandole qui s’allonge progressivement pour finir par envahir près de la moitié de la salle. Mais manifestement, Mr. Roux gagnerait à se produire dans un petit café-théâtre ou chapiteau de taille réduite.

Bon vent nous prenne, nous ne traînons pas (encore du moins) au bar, et nous dirigeons sans transition vers l’une des belles surprises de la soirée. Vingt années que Grimskunk roule sa bosse. A ce jour, il compte d’ailleurs huit elpees à son actif. Cet ensemble montréalais est devenu culte au Canada. A cause de sa capacité à mélanger les genres (NDR : et notamment le punk, la prog, le métal, le reggae, le hip hop et la world, parmi d’autres), tout en n’hésitant pas à utiliser différentes langues pour interpréter ses chansons (français, anglais, espagnol, grec et même arabe). Mais à l’issue du show, Sébastien et Bernard ne partageaient pas la même impression. Sébastien estime que ces Canadiens nous ont asséné une véritable claque. Imaginant un mirage rencontré en plein désert au cours duquel une danseuse du ventre ultra-sexy serait admirée sous toutes les coutures. Un spectacle à lui seul ! On passe sans problème de Beastie Boys à Yes. La plupart des spectateurs ont du mal à apprécier ces variations sur la longueur et quittent peu à peu la salle. Mais la cinquantaine de fidèles qui restent jusqu’au bout applaudissent chaleureusement ce qui est indéniablement la révélation de ce vendredi. Au cours de leur set, les compos ont été uniquement interprétés dans la langue de Voltaire et de Shakespeare. Chanteur principal, mais également guitariste (il joue assis), Franz Schuller possède une superbe voix. Claire, pure, profonde, bien timbrée. A tomber sur le cul ! Et second chanteur, le claviériste est le complément idéal de son partenaire. En outre, le duo est bien soutenu par les backing vocaux des autres musiciens. L’équilibre entre tous les instruments frise même la perfection. Mais pour Bernard, la solution sonore est beaucoup trop contaminée par la prog des seventies pour revendiquer un quelconque espace sur la scène contemporaine.

On vous parlait de bar et de bières régionales. La convivialité nous pousse inévitablement à nous enliser de plus en plus au sein du hall central et à délaisser quelque peu les derniers concerts. Mais un rapide (et dernier) coup d’œil s’impose quand même aux Blérots de Ravel. Ils constituent, il ne faut pas le nier, une tête d’affiche, même si ce D’hiver Rock ne défend pas une politique de vedettariat. Déjà présents deux ans plus tôt dans la grande salle de la Maison de la Culture, les Blérots semblent cette fois-ci plus à l’étroit sur le podium. Il faut dire que compter une petite dizaine d’artistes (musiciens, chanteurs, danseurs confondus) prend de la place. Le show en tant que tel n’a pas trop changé. On reste proche de l’univers des Ogres de Barback. Un spectacle qui fait encore recette ; car sur les 400 spectateurs recensés ce vendredi, la plupart sont venus applaudir les Français. La plupart, sauf vos serviteurs mais vous leur pardonnerez bien cette petite liberté.

Lors du dernier festival de Dour, Les Anges s’était fendu d’une excellente prestation. La ravissante, féline, excentrique et toujours aussi sexy Sandra Hagenaar focalise toujours tous les regards. A cause des accès de claviers rognés (le hammond of course !), qu’elle inocule dans la musique. De ses poses excentriques. Puis de sa longue robe noire au dos nu. Et plus on la regarde, plus elle nous fait penser à Uma Thurman, qui avait marqué de son empreinte le film ‘Pulp Fiction’… Elle se sert aujourd’hui d’un theremin, comme chez le John Spencer Blues Explosion. Les trois autres musiciens continuent d’entretenir un rock crade, nerveux, tendu, boosté aux amphétamines, proche de Queens Of The Stone Age, souligné par la voix tour à tour tendre ou rageuse de Renaud Mayeur et balayé de ses riffs de guitare ravageurs. Un véritable ouragan ! Un reproche, si c’en est un : le son était quand même un peu fort…

On n’est pas resté longtemps pour regarder et écouter Amsterdam Klezmer Band. Une formation batave. Un sextet pour cuivres, accordéon, basse et percussions rehaussé, pour la circonstance, par la présence d’une chanteuse. Leur musique juive d’Europe de l’Est est manifestement influencée par le Gipsy et la musique des Balkans et évoque tantôt Emir Kusturica flanqué de son No Smoke Orchestra ou l’Orchestre International du Vetex. Cependant, seule une partie du répertoire du groupe est constituée de morceaux traditionnels. L’essentiel est issu de la plume des membres du groupe. Mais bon, c’était le groupe de trop et on avait plutôt envie d’aller rejoindre les bras de Morphée plutôt que de se farcir un collectif qui aurait pu faire un malheur lors des défuntes danses folkloriques de Tournai.

Page 58 sur 58