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Rock Werchter 2003 : vendredi 27 juin Spécial

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Commencer la journée du vendredi par les Polyphonic Spree était une bonne idée : leur pop psychédélique de bazar met la pêche, et en plus c'est assez drôle. Imaginez 21 illuminés en robe blanche sautant dans tous les sens, possédés par une force cosmique digne des tribus sectaires les plus délirantes. Un peu comme si Raël et les Compagnons de la Chanson s'invitaient chez les Muppets, et déliraient sur du Mercury Rev en sniffant du poppers. Au milieu de ce joyeux fatras, un homme, Tim DeLaughter, le gourou qui mène tout ce beau monde à la baguette : c'est lui qui donne le « la », distribue les bonnes notes, bref joue le chef d'orchestre. « Good Morning ! ! ! », criera-t-il à maintes reprises, alors qu'il est 15h00… Sans doute que pour ces joyeux drilles, le temps n'a pas de prise : The Polyphonic Spree, c'est un peu la quatrième dimension du pop-rock le plus orchestral. On voudrait comprendre leur tintamarre, mais on reste coi, les pieds trop accrochés à la terre ferme. Eux s'en donnent en tout cas à cœur joie : ça pète dans tous les sens, ça n'a ni queue ni tête, à vrai dire c'est un peu gadget. Ce fatras de trompettes, de flûtes, de guitares, de voix, … DeLaughter ne sait pas où donner de la tête, perd parfois le contrôle de ses sbires extasiés ou qui feintent l'extase. Ces gens n'ont peut-être que rien de fantasque. Peut-être pointent-t-ils dans leur bureau du lundi au vendredi (sauf aujourd'hui). Peut-être ont-ils été « castés » par une maison de disque en mal de sensations fortes. A part lors de 2/3 morceaux (« It's The Sun » au début, « Soldier Girl » à la fin), la sauce n'aura pas vraiment pris du côté du public. « Too Much », diront certains. C'est clair que ça sent un peu l'arnaque, fashion oblige.

Tout autre chose avec la world music de Susheela Raman au Marquee : cette Londonienne d'origine indienne a gagné le Mercury Prize pour son premier album, « Salt Rain ». Elle revient aujourd'hui avec « Love Trap », même condensé épatant de world, d'électro, de folk et de pop. Ce multiculturalisme musical a le mérite de proposer autre chose que les sempiternels groupes de rock qui squattent en général l'affiche. Cette année, Werchter aura ainsi fait preuve d'un éclectisme surprenant, en programmant (enfin !) plus de hip hop et plus de world (reggae compris). Les points forts du concert : l'excellent « Bolo Bolo », l'enjoué « Love Trap », et puis ce solo de tablas d'Aref Durvesh, fidèle musicien de Susheela qui nous prit par la main, direction « la jungle indienne, ses plages de sable fin et ses couleurs chatoyantes ». Autre invité : un type de Guinée-Bissau, venu tout droit de Couleur Café pour nous chanter une petite histoire sympathique et remuante. Un beau concert, loin de tous les clichés qui collent à la world music, souvent confinée aux ambiances exotiques des bars à tapas et des magasins de meubles de la rue Haute.

Le cas Interpol est devenu une habitude dans ces colonnes : après le Pukkelpop, l'AB Club et l'ABBOX (voir les différentes reviews), les New-Yorkais étaient à nouveau de retour chez nous, pour ce qui ressemblait fort à une consécration. En un an, le quintette est passé du statut d'outsider de la nouvelle scène rock à celui de valeur sûre. L'accueil chaleureux du public amassé sous la pyramide en sera le plus beau témoignage. Malgré un son de batterie saturé pendant le premier quart d'heure, Interpol aura de nouveau prouvé qu'il est un des groupes les plus solides du revival post-punk/cold wave, à défaut d'être vraiment singulier. Il y a du Joy Division (« Roland », « Untitled »), du Smiths (« Say Hello to the Angels »), du Television sous cette chape de riffs éthérés et de rythmes plombés. Mais cette musique qui côtoie les anges se savoure mieux en club, dans une ambiance tamisée, et pas en plein après-midi devant 5000 personnes. Comme Black Rebel Motorcycle Club l'année passée, Interpol aura surtout convaincu par la manière forte : c'est le sort des groupes qui montent, dont la popularité (surtout francophone) oblige à jouer toujours plus fort et plus vite, parce qu'ils n'ont plus vraiment d'autre choix.

Depuis quelques mois, The Roots cartonne sur les ondes avec « The Seed (2.0) », une tuerie soul-hip hop signée en fait Cody ChesnuTT, dont le premier album (double !), « The Headphone Masterpiece », est un des chefs-d'œuvre oublié de ce début d'année.

Après leur passage remarqué à l'AB en avril dernier, la bande à ?uestlove prit d'assaut la Main Stage, devant l'indifférence quasi générale. C'est qu'en live, les Américains n'hésitent pas à noyer leurs morceaux dans d'interminables solos de basse (balèze Leonard Hubbard, dit « Hub ») et de batterie, comme si le P-Funk et Jimi Hendrix étaient toujours d'actualité. En tout, à peine 7 morceaux, dont les excellents « Next Movement » et « Water », et bien sûr « The Seed », seul véritable moment de communion avec le public. Pourtant, The Roots est une des rares formations cataloguées « hip hop » qui joue live avec des instruments, ce qui devrait contenter les amateurs de rock…

Mais il faut dire qu'au même moment se produisait Grandaddy au Marquee, ces cow-boys skaters à la pilosité effrayante, dont les complaintes country-space pop séduisent toujours autant de fidèles, malgré ce décevant « Sumday » depuis un mois dans les bacs. Heureusement, Grandaddy puisera aussi dans ses précédents albums (« Hewlett's Daughter », « The Crystal Lake », « Chartsengrafs » de « The Sophtware Slump », « AM 180 » et « Laughing Stock » de « Under the Western Freeway »), et puis ces images à l'arrière, c'était plutôt sympa. Quand le scarabée plante sa boule de caca sur une épine et qu'il se démène pour l'en faire sortir (« Microcosmos » ?), le suspense est à son comble : réussira, ne réussira pas ? Oui ! ! ! C'est l'ovation, le délire, au nez et (surtout) à la barbe de Jason Lytle et de ses gentlemen farmers.

On rigole, et pourtant la suite est à pleurer, à cause d'un type qui s'est mis dans la tête que faire du rock de djeunes allait lui valoir tous les honneurs, alors qu'on le connaissait pour ses prises de risques et ses délires d'égocentrique autiste. Tricky a vendu son âme au business, en préférant se fourvoyer dans une bouillie infâme de métal et de reprises cul-cul (« Lovecats » de Cure, « Dear God » d'XTC, sans parler de ce « You Don't Wanna » piqué au « Sweet Dreams » d'Eurythmics, quelle finesse !) que tenter d'encore nous surprendre, comme c'était toujours le cas lors de ses précédents faits d'armes (de « Maxinquaye » à « Juxtapose »). Et puis cette chanteuse, une fan qu'il a engagée après l'avoir vue dans les premiers rangs de ses concerts en Italie : une copie conforme de Martina, mais sans sa classe ni son assurance. A peine si elle sait quand et comment chanter : une vraie poupée sans personnalité, juste contente d'être sur scène avec son idole. Pffff… Tricky n'est plus que l'ombre de lui-même, comme sa musique, qui a gagné en violence ce qu'elle a perdu en charme et subtilité. Ca cogne, ça gigote, mais depuis quand pogote-t-on à un concert de Tricky ? Nous serions-nous trompés de scène ? Est-ce le syndrome Cypress Hill (plus de guitares, plus de bruit) qui gagne peu à peu tous les artistes trip hop de Bristol, après 3D voire Roni Size ? Ca déménage, certes mais ce n'est plus du Tricky : juste du rap-métal rouleau-compresseur qui mise sur l'efficacité, plus sur la sensibilité. Quelle désillusion ! Comme quoi fumer des joints à longueur de journée, ça vous grille les neurones plus vite qu'on ne le pense.

Après cet entubage splendidement marqueté (« Mon nouvel album va écraser toute la concurrence », a-t-on pu lire ailleurs : tu parles), Moby avait intérêt à nous remonter le moral. Facile quand on est comme lui une usine à tubes : suffit de jouer tout « Play » et quelques autres classiques techno-bobo, et c'est la « pérave ». Quelque chose, pourtant, nous turlupine : comme la Star'Ac et Milli Vanilli, Moby l'endive semble jouer en playback… A part les voix, tout semble préenregistré. Suffit d'appuyer sur… « Play » (ben tiens !), et c'est parti mon kiki pour un 'best of' lisse et sans accrocs, plein de bons sentiments et d'applaudissements ravis. Moby, en tout cas, pète toujours autant la forme : il court de gauche à droite, fait semblant d'un peu jouer de la guitare, puis fait semblant d'un peu pianoter sur son synthé ou de taper sur des tam-tams… C'est bien calibré pour plaire au plus grand nombre et aux concessionnaires Renault. Pour couronner le tout, une reprise de « Creep » chantonnée de sa voix chevrotante, de quoi avoir définitivement le public dans sa poche : ce comportement de fayot est d'une indigence rare. Heureusement, un petit « Feeling So Real » remettra les pendules à l'heure : ce classique acid un brin daté fait toujours plaisir à entendre. Décidément, Moby a du talent pour se faire aimer par (presque) tout le monde : les vieux, les jeunes, les ringards, les branchés, les rockeurs, les clubbers, les publicitaires, les anti-Bush (« Je suis une Américaine mais je pense que j'ai une idiote pour président »), les fans de Radiohead et les végétariens. Mais où reste Eminem ?

La nuit est déjà tombée sur le site quand Massive Attack entre en scène ou plutôt 3D et ses musiciens au look d'androïdes, genre T-1000 dans la Matrice. D'entrée, « Future Proof » plombe l'ambiance : c'est glacial et sans reliefs, ça fout le bourdon en même pas trois minutes. La voix de 3D est à peine audible, noyée dans les reverbs et les basses menaçantes… Derrière lui, un écran géant affiche des données qui nous concernent : « Vrijdag 27 juli, Werchter, België, 100th Window »… Pendant tout le concert, nos yeux resteront rivés à cet écran pixellisé d'une sophistication renversante ($$$) : toutes ces informations nationales défilant à vive allure (+ l'Irak)… Massive Attack aurait-il consulté pour ce concert un spécialiste du Ministère de l'Intérieur ? Heureusement qu'il y avait cela pour nous distraire, parce que la musique, elle, était franchement insipide. Après la débâcle Tricky, le somnifère Massive Attack : décidément, cette journée aura été celle des désillusions bristoliennes. A peine aura-t-on vu Daddy G et Horace Andy, qui avaient eux aussi l'air de s'ennuyer ferme. Quant à Debbie Miller et Dot Allison, elles n'auront pas non plus fait remonter la température. Même « Unfinished Sympathy », « Teardrop », « Safe From Harm », pourtant des classiques, sonnaient faux dans cette ambiance frigorifiée. On vous a déjà dit ce qu'on pensait de « 100th Window » (voir chronique) : ce concert en sera la triste confirmation. Quand même : tout cela fout un peu les boules. Allez vite au lit, et qu'on oublie tout ça !

 

Informations supplémentaires

  • Date: 2003-06-27
  • Festival Name: Werchter
  • Festival City: Werchter
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