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Les Nuits Secrètes 2022 : samedi 23 Juillet Spécial

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Second round. Pour décor, les Nuits Secrètes ont troqué le ciel nuageux de la veille par un soleil de plomb. Si la veille, le public se cherchait un endroit où s'abriter, il en fait de même aujourd'hui, mais pour chercher un paradis ombré.

Votre serviteur a opté pour une casquette ainsi que des baskets, histoire de se fondre dans la masse.

Ce samedi, l'affiche est peut-être un peu plus éclectique. Ce sera forcément l'occasion d'y faire des découvertes.

Commençons donc par KOKOKO ! Qui ? Oui, vous avez bien entendu : KOKOKO ! Derrière, cet idiome, se cache un collectif porté par Xavier Thomas alias Débruit, et le performeur Makara Bianko.

KOKOKO ! est un projet né à la faveur d’un tournage documentant la scène contemporaine du Kinshasa underground, ‘Système K,’ réalisé par Renaud Barret.

Deux hommes noirs sont plantés au milieu de l’estrade ? Leurs vêtements semblent coupés dans une sorte de toile de jute jaune. L'un est préposé aux percus et l'autre au synthé.

Les ambiances sonores polyrythmiques ont rapidement marqué l'identité unique du groupe. Entre world music et afro beat, les codes musicaux sont relativement impropres à la culture occidentale. Eux-mêmes définissent leur genre sous le vocable de ‘tekno kintueni’ ou ‘zagué’ en lingala.

Leur univers est assez brut et loin des configurations habituelles. Les comparses prodiguent une musique d'une modernité brute et bien loin des chants populaires.

L'univers sonore emporte les jeunes demoiselles qui se déhanchent sans vergogne ; ce qui laisse entrevoir par moment un entrecuisse bien dodu. Une musique exotique proche de l'érotisme donc. C'est chaud et endiablé dans une ambiance qui colle parfaitement à la météo. Mais, la curiosité passée et le plaisir charnel satisfait, le côté linéaire du show devient vite ennuyeux.

Le checksound provenant de la « Station secrète » attire la curiosité de votre serviteur. On y entend une batterie, une guitare et une basse. Soit des instruments aussi rares sur la plaine que les cheveux sur le crâne de Kojak.

Satchel Hart s'y produit. Le public s'est couché dans l'herbe. Substance qu'il consomme joyeusement aussi. Pupilles dilatées, fond de l’œil rouge sang et sourire bêta, c'est dans une ambiance Woodstock que le set s’ébroue.

Le leader est un jeune homme multi-instrumentistes. La légende raconte que c'est seul, dans une intrigante cabane au fond de son jardin, que Satchel Hart met au point sa pop cosmico-sexy.

Il est accompagné de quatre comparses en pleine fleur de l'âge. On dirait des ados boutonneux. L'un deux est armé d’une guitare d'un vert douteux et a enfilé une chemise sur laquelle la mappemonde a été imprimée. Une merveilleuse histoire... de goût ?

Bref, le ‘dress code’ est une chose, la musique, une autre ! Dès les premiers riffs, on est plongé au sein d’un univers psyché revivaliste qui flaire les seventies. Un climat qui colle parfaitement à l'odeur de sapin qui enivre l’odorat, 10 mètres à la ronde.

Relativement lo-fi et élégante, la musique de Satchel Hart communique une certaine plénitude. Surtout sous son angle pacifique.

La voix de velours du frontman est hypnotique, et tout particulièrement sur « Liquid Sunshine », un titre dévoilé l'année dernière qui a permis au Belgo-américain de se faire connaître auprès du grand public. Une compo qui sent bon le mojito et la feuille de menthe ! 

Bref, cet artiste parvient à fédérer en remettant en exergue une pop sulfureuse, mais singulièrement source de tendresse et de douceur.

Deux concerts se produisent au même moment. Votre serviteur doit donc se dédoubler. Go vers l'Eden pour faire connaissance avec Ibeyi. Surprise, il s'agit de Requin Chagrin.

Le combo est drivé par une gonzesse bonde platine. Marion Brunetto. C’est elle qui a fondé le combo. En 2015. Et elle a choisi son animal-totem (un petit requin présent en méditerranée à qui elle s'est identifiée) comme patronyme.

Self made woman, la nana écrit et compose pratiquement tout elle-même. Le line up du band implique également Grégoire Cagnat (basse), Yohann Dedy (clavier) et Romain Mercier-Balaz (batterie).

Si l'orientation artistique lorgne parfois vers une dream pop qui agrège rock californien et noisy-pop anglaise, le set est plutôt énergique. Métronomique, le drumming insuffle un élan à la fois synthétique et onirique.

L'exercice de style est proche de celui d'Indochine. Pas étonnant lorsque l'on sait que Marion, plus jeune, était fan de Sirkis and Co. Mais pas seulement, puisqu’on y rencontre également aussi des réminiscences de Cigarettes After Sex voire de Cocteau Twins ; à cause de ces sonorités de grattes, de cette voix troublante et de ces lignes de basse chaudes.

Caractérisé par ses riffs entêtants et profonds, « Sémaphore », hymne issu du second album, permet à la fille de fédérer un public, resté jusque-là quelque peu passif.

Si ce gentil Requin s'aventure dans une eau trouble, entre mélancolie et puissance frondeuse, son champ musical explore des chansons plutôt pop.

Une parenthèse inattendue qui ravit votre serviteur.

Diamétralement opposé, les loustics de Dropkick Murphys sont parés pour livrer leur set déjanté. Ils sont vêtus de noir et portent des lunettes fumées. On dirait de vieux mafiosos !

Originaire de Quincy, ce groupe de punk celtique américain s’est formé en 1996. Et depuis, il explore un même style musical, fruit d’un cocktail de musique irlandaise traditionnelle, punk hardcore et folk rock. Quelque chose d'assez pluriel dans son ensemble qui a connu une certaine popularité grâce à « I’m Shipping Up to Boston », morceau qui fait partie de la B.O. du film de Martin Scorsese, ‘Les Infiltrés’.

C'est à la fois étrange et curieusement intéressant sur le plan musical parce que des instruments qui, a priori, ne sont guère compatibles, créent un univers sonore particulièrement mélodieux. Une alliance sympatrique à découvrir.

N'en déplaise à certains, la musique de Dropkick Murphys reste très virile tout en tombant vite dans les travers du genre. Davantage propice aux fêtes de la Saint-Patrick, elle tisse un lien festif et bon enfant entre les humains et les genres, entre universalité et infini...

La Station Secrète accueille maintenant Social Dance. Si votre serviteur définit parfaitement la sémantique de chacune des particules, il reste fort interrogateur quant à l'association des deux.

Ils sont trois sur les planches. La trentaine à peine. Faustine, Thomas et Ange vivent et composent leur musique ensemble. Marseillais, les trois amis unis par la musique se définissent comme incarnant l'amorce qui conjure le mauvais sort à coups de pop décomplexée, mutante et parfois absurde.

Le trio vient tout juste de sortir son tout premier single « Parler », au mois de juin dernier, et a joué à fond sur la force de la communication pour le partager.

La demoiselle se charge des claviers. Un des gars se réserve la gratte. Le troisième alterne chant et clavier. Avec pour résultat, une formule hybride où chacun explore les infimes possibilités de son instrument comme le prolongement de soi.

La combinaison offre un résultat assez surprenant. Les sonorités ratissent large : de Talking Heads à LCD Soundsystem. Et lorsque l'électronique et les beats se conjuguent, la filiation à Underworld (NDR : une formation qui a marqué une étape majeure dans l’évolution de la musique électronique au cours des 90’s, par un mélange d'ancien et de neuf, et dont le « Born slippy » est devenu légendaire) s’éveille. Mais on y décèle également et étrangement un petit côté léger à la Rita Mitsouko.

Enfin, difficile de rester de glace face à cette rythmique sortie d'outre-tombe et de ces beats qui rendent fous.

Direction l'Eden, et au galop. Un duo mexicain y est programmé : Rodrigo y Gabriela. A voir la configuration de la scène, le minimaliste sera de rigueur. Et c'est un euphémisme ! Elle est lui sont simplement assis, sèche à la main. Avec une dextérité sans nom, ils pincent les cordes ensemble pour enrober les Nuits Secrètes d'une pointe latine qui sent bon la moiteur de l'été.

Leur jeu acoustique est vraiment très impressionnant. Auparavant, ils appartenaient à la scène trash-metal. Étonnant non ?

Au-delà du caractère technique, le show de Rodrigo y Gabriela devient vite gnangnan. Une dizaine de minutes d'écoute suffit amplement pour faire le tour de la question. Désolé, mais c'est casse-bonbons !

PNL sera le tout dernier concert de la journée pour votre serviteur. Cet acronyme est très éloigné de l'ensemble de techniques de communication et de transformation de soi. On parle d'un festival et non du cabinet d'un psy. Et puis, il s'agit d’un crew de rap français !

S'ils évoluent dans un premier temps chacun de leur côté, Ademo et N.O.S, de leurs vrais noms Tarik et Nabil Andrieu, forment aujourd'hui un duo qui a connu le début du succès en 2015, lors de la sortie d'un premier Ep intitulé « Que la famille », suivi d'un premier album studio baptisé « Le Monde Chico ».

Son patronyme est assez connu dans le monde judiciaire. Le père, ancien braqueur et figure importante du banditisme, a purgé huit ans à la maison d'arrêt de Poissy. Le rejeton Tarik, quant à lui, en a déjà écopé d’une à Fleury-Mérogis, pour trafic de stup. Enfin, espérons que les dérapages du passé soient bien loin derrière eux. Mais, quoi qu'il en soit, je préfère garder mon portefeuille en sécurité, on ne sait jamais, des cousins pourraient bien être venus se faire la main.

Le show s’ouvre par « Deux frères », une vision autobiographique issu d'un album éponyme sorti en 2019. Un hymne courageux dans sa sincérité.

Ce qui impressionne, ce sont les projections sur le grand écran posé à l’arrière de l’estrade. Elles sont très cinématographiques.

Le visuel sera d'ailleurs, en quelque sorte, la pièce maîtresse du puzzle. PNL a ainsi remporté le prix de la meilleure création audiovisuelle lors de l'édition 2020 des Victoires de la musique, pour le clip du titre « Au DD », morceau qui figure sur le dernier elpee. C'est dire ...

Les frangins originaires de la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, sont loin d'être des experts en communication. A ce propos, ils ont toujours mis un point d'orgue à refuser l’exposition médiatique et gèrent eux-mêmes leur marketing, en comptant sur le soutien d’une fan base qui s'enrichit au fil des albums.

Leurs compos sont parfois mélodiques, versus MC Solaar, mais plus dark. Ils décrivent généralement le quotidien de la vie des quartiers sous un angle mélancolique, sans pour autant encourager les jeunes à suivre leurs parcours. Ils y parlent d'argent, de trafic de stupéfiants et de la famille.

Si la figure de style divise le milieu, Ademo et N.O.S apprivoisent le public en proposant aussi des chansons plus douces telles que « A l’ammoniaque » où ils cultivent tout de même cette différence qui fait partie de leur ADN (‘Nous, on est tout l’contraire de Piaf’). Un public ravi qui scande des 'Je t'aime' à la lueur de la lune qui s'est invitée en guet star.

Poétiquement discutable « Onizuka », sur un air down tempo, constitue le socle du cendrier qui permet à Ademo et N.O.S de vider leurs âmes, déçus par l’humanité (‘On n'imagine pas cette vie sans remporter la guerre’).

Que l'on soit réceptif ou non face à ce genre musical dans l'air du temps, il faut admettre que le duo s'en tire bien. Des textes châtiés, à fleur de peau, un flow parfaitement maîtrisé, une projection d'images ciselées et un public fidèle qui s'identifie au travers des compos.

Une belle journée s'achève. La nuit plane sur cette bourgade du nord de la France. Le reste de l'affiche est propice au dance floor.

Les articulations de votre serviteur ne lui permettent plus de se déhancher. Une ribambelle de jeunes, boissons énergisante, à la main se préparent maintenant à veiller jusqu'au petit matin.

Il est temps de mettre les voiles et de rejoindre le plat pays. Mais avec des étoiles plein les yeux…

(Organisation : les Nuits Secrètes)

KOKOKO ! + Satchel Hart + Requin Chagrin + Rodrigo y Gabriela + Dropkick Murphys + Social dance + PNL

 

 

Informations supplémentaires

  • Date: 2022-07-23
  • Festival Name: Les Nuits Secrètes
  • Festival Place: Place du Dr Guersant
  • Festival City: Aulnoy-Aymeries
  • Rating: 7
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