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Manu Chao - Bau-huis
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Mathieu Peudupin, alias Lescop, est issu de Châteauroux, en France. C’est au cœur de l’Indre, dans le Centre. Avant d’embrasser une carrière individuelle, il a milité chez Asyl. Comme chanteur. Ce 6 mai 2013, il se produisait dans le cadre des Nuits Botanique. Nous l’avons interviewé, à l’issue de son concert. Dans sa loge. Autour d’un verre de whisky, en compagnie de mes amis Vincent et Valéria, qui m'ont présenté à l'artiste. Il est détendu et souriant…

« Je suis alternatif, mais pas confidentiel », nous confie d'emblée Lescop en répondant aux critiques sur son côté pop mainstream. « Je n'aime pas trop le côté élitiste de certains artistes qui gravitent dans l’univers de la musique underground. Si j'ai finalement écouté les grands groupes alternatifs comme Einstürzende Neubauten ou Joy Division, c'est parce que j'avais découvert Depeche Mode, New Order ou même Indochine à la TV. Ces formations se sont fondues dans une culture populaire qui proposait des filtres pour entraîner les gens à emprunter une autre voie. » Ce pari, rendre populaire une musique plus alternative, Lescop est clairement occupé à le gagner. Sa ‘pop wave’ minimale, qu’il chante dans la langue de Molière, évolue quelque part entre Daho, Taxi Girl, Indochine et Joy Division. Teintée d'éléments 'dark', elle rencontre un beau succès, notamment grâce au hit lumineux ‘La Forêt’, qui a révélé au grand public un artiste talentueux et réservé.

La musique de Lescop est particulièrement influencée par le cinéma, surtout à travers les réalisateurs Jean-Pierre Melville, Fassbinder et Schlöndorff. Le titre ‘La Nuit Américaine’ en est une preuve évidente, même si Lescop nous assure qu'il n'avait pas encore vu le long métrage de Truffaut, quand il l'a écrite. Etonnant! « En fait, je l'ai composée après avoir regardé 'Gilda', qui met en scène Rita Hayworth. J'avais des images de ce film dans la tête. J'aime bien ce vieux cinéma américain en noir et blanc ; son côté un peu emprunté. C’est un peu comparable à mon approche de la chanson. Mes paroles, par exemple, ont l'air d'être simples, mais en fait elles ne le sont pas. Elles sont légèrement décalées, un peu étranges. Je les aborde quelque part dans l’esprit d’un Jean-Pierre Léaud, le comédien de Truffaut : il jouait faux mais en même temps, c'était juste, car il causait volontairement un décalage. De manière à susciter l'attention du public. J'essaie aussi de créer une tension, une ambiguïté qui invite à tendre l'oreille. »

Dans son processus de composition, Lescop prend comme point de départ une phrase ou une 'punchline' un peu mystérieuse et ensuite la développe. « D'abord, je saisis une phrase un peu bizarre, puis je bâtis une histoire autour, et quand je l’ai terminée, je bosse sur la musique. Pour 'La Forêt', par exemple, je disposais de ces quelques mots : 'La Forêt soudain qui frémit, Puis s'installe le silence...' et j'ai construit le texte à partir de cela, au fur et à mesure des rimes. »

Comme il évoque ‘La Forêt’, je ne résiste pas à l'envie de lui poser à nouveau la question concernant la ressemblance, troublante, entre sa chanson et celle de Dernière Volonté, ‘Cran d'Arrêt’. Toutes deux traitent d'une forêt, d'un pistolet et évoquent une ambiance menaçante. Lescop répond qu'avant que je ne lui en parle, en octobre dernier, il ne la connaissait même pas. « En fait, ce sont des influences communes que nous partageons, c'est le fruit d’un imaginaire collectif. Son thème est assez universel : jalouse, une fille tue son bien aimé dans une forêt. Je suis sûr qu'il doit exister des Chinois ou des Africains qui ont imaginé des histoires semblables. »

Au sein du label Pop Noire, Lescop côtoie une autre nouvelle sensation de la scène 'dark', le groupe Savages, emmené par Camille Berthomier aka Jehnny Beth. « Il y a 15 ans que je connais Camille. Elle est dans une période de sa vie où elle a compris un truc ; et son projet est en train de décoller. Elle a beaucoup travaillé. Elle a mis du temps pour y arriver. Quand je l'ai rencontrée, elle était âgée de 13 ans et avait déjà vachement envie de réussir dans la musique. » Lescop n'est d'ailleurs pas peu fier d'avoir contribué à l'éducation musicale de Camille: « C'est moi qui lui a fait écouter Joy Division pour la première fois! », annonce-t-il à notre grand étonnement! Je m'écrie: 'Voilà un scoop!' Un 'Lescoop' ajoute mon ami Vincent, à l’humour typiquement 'darkomique' (les initiés comprendront cette 'private joke')... Lescop rit également car, curieusement, ce calembour ne lui avait jamais été signifié. Il a fallu qu'il vienne en Belgique pour entendre un tel jeu de mots ! 

En poursuivant notre conversation relative à Savages, Lescop nous confie aimer le côté ‘violent’ de leur musique. Parce que la notion d’agressivité est absente. « On peut être violent sans être un trou du c**. J'aime cette violence. Elles l’assument. Rien à voir avec cette paranoïa qui me saoule. La violence, c'est bien ! Ce qui n'est pas bien, c'est cette agressivité manifestée à l’égard d’autrui. Tout ce qui est important est violent. Les musiques importantes sont violentes et ce n'est pas une question de décibels ! Si tu prends l’exemple de Nico, quand tu écoutes "Chelsea Girl", sa musique est douce, mais en même temps, hyper violente ! Tomber amoureux, c'est violent. Faire l'amour, c'est violent. Ce que je dis, ce que je fais, c'est violent. Mes chansons, aussi. Ce sont des lettres d'amour violentes. II faut ressentir ces émotions capables de te flanquer des frissons partout. S'il n'y a plus ça, c'est fini... »

Quand on évoque ses projets, Lescop avoue avoir envie de diversifier ses activités. « Je vais écrire pour d'autres et bosser sur le scénario d’un film. J'ai besoin d'interrompre ce cycle concerts/album/concerts, etc. C'est pas bien, la routine. Le système qui régit la scène musicale a tendance à te robotiser. Je n'ai pas envie d'adopter ce mode de vie professionnel. Il faut conserver une envie, une fraîcheur... »

Au moment où l'interview s’achève, Lescop se lève soudain et propose : « Si on allait boire un coup ? » Tout comme il y a 6 mois, nous l'avons emmené au Café Central, haut lieu bruxellois de la musique alternative, où nous avons savouré un peu trop de délicieuses bières belges jusqu'au bout de la nuit... Parce qu'ici, Leschop, elles sont bonnes... OK, je sors...

Pour écouter l'interview complète en audio sur Youtube, c’est ici 

(Merci à Mathieu, Vincent, Valeria, Cédric et Antoine!)

Organisation du concert: Botanique

Pour lire la chronique du concert de Lescop, accordé dans le cadre de l’édition 2013 des Nuits Botanique, c’est .  

(Photo : Xavier Marquis)

Le monde a découvert Bauhaus en 1982, grâce au clip d'introduction du film culte "Les Prédateurs" ("The Hunger"). Le groupe y interprétait "Bela Lugosi's Dead" derrière un grillage, lors d’une soirée postpunk décadente. Au cours de sa brève carrière, la formation créée en 1978 à Northampton par Peter Murphy, Daniel Ash, Kevin Haskins et David J, a jeté les bases d'un genre musical nouveau, le rock gothique, en combinant le punk et le glam-rock, tout en n’oubliant pas d’y coller un côté théâtral et cinématique sombre inspiré des films de vampires des années 30. Après la séparation du groupe en 83, Peter Murphy a formé un duo éphémère (Dali's Car) en compagnie de Mick Karn, le bassiste de Japan ; mais s’est surtout concentré sur une carrière solo au succès inégal, publiant huit albums consacrés à un éventail de styles musicaux beaucoup plus large. Bauhaus a reformé brièvement le combo. A deux reprises. Tout d’abord, en 1998 pour le besoin d’une tournée. Et puis entre 2005-2006, pour un autre périple, accompli en compagnie, entre autres, de Nine Inch Nails ; mais également pour graver un elpee proposant de nouvelles compositions, "Go Away White".

Les dernières apparitions de Bauhaus en Belgique remontent à 2006. Lors d’un très bon concert accordé à l'Ancienne Belgique, mais également d’une prestation décevante octroyée aux Lokerse Feesten, en raison d’évidentes dissensions qui avaient éclaté entre les musiciens du groupe. C'est donc en affichant un grand intérêt et une grande curiosité que nous attendions ce concert de Peter Murphy, organisé dans le cade d'une tournée d'hommage (Mr Moonlight Tour) destinée à célébrer les 35 ans d'existence de la formation.

Lorsque le chanteur charismatique monte sur l’estrade, il est accompagné de Mark Gemini Thwaite, son fidèle guitariste (ex-The Mission), du bassiste/violoniste Emilio Chine et du batteur Nick Lucero. Vêtu d'une veste bordée de fourrure et d'un pantalon en cuir, il arbore un look 'dark glam' parfaitement de circonstance. Bien sûr, il accuse ses 55 ans, arborant un début de calvitie mais tant au niveau des prestations vocales que dans son attitude, il assure un maximum! La formation entame le set, en douceur, par "King Volcano", une valse quasi-acoustique interprétée dans la pénombre. Elle embraie par "Kingdom's Coming", une compo également dominée par la guitare à douze cordes, évoquant évidemment une des références majeures du chanteur, David Bowie.

Mais ce calme relatif est de courte durée, car place ensuite au rouleau compresseur: "Double Dare". Un morceau caractérisé par son riff de basse saturé carrément metal, rappellant Killing Joke, voire Black Sabbath. La salle de l'Ancienne Belgique n'est pas complètement garnie, mais on sent déjà que la température monte d'un cran. Particulièrement sauvages, les parties vocales de ce brûlot sont exécutées à la perfection par Murphy. Sa maîtrise est étonnante et il accorde une attention permanente au son, donnant régulièrement des instructions aux ingénieurs responsables, sis sur le côté de la scène. Sa manière de faire varier la distance entre le micro et sa bouche, en fonction de la puissance des sons émis par sa voix, est très caractéristique... Et quelle voix ! Un baryton profond qui vous glace le sang dans les basses et explose de puissance dans les aigus. 

Plus tard, « In the Flat Field » constituera, pour le public, la première occasion de manifester son enthousiasme, et on décèle déjà, ça et là, les prémisses des premiers pogos. Murphy va ensuite puiser dans des titres un peu moins connus de Bauhaus pour en tirer des perles comme « God in an Alcove », « Boys » et surtout le magnifique « Silent Hedges ». Après « Too Much 21st Century », le seul titre tiré de l'album réunion « Go Away White », on a droit au second grand hit du groupe : « Kick in the Eye ». La basse quasi funky/disco d'Emilio Chine communique un groove irrésistible au morceau et Murphy se déhanche avec une belle élégance.

Peter nous accorde ensuite sa première composition 'solo', en l’occurrence la très jolie chanson « A Strange Kind of Love », que le chanteur interprète en s’accompagnant à la guitare sèche. La mélodie instrumentale n'est pas exécutée à la trompette comme sur la version studio mais, très belle surprise, par Chine au violon ; et en fin de parcours, Murphy chante un extrait de « Bela Lugosi's Dead » sur les accords de cette ballade. Transition toute logique pour introduire ce chef-d’œuvre de 9 minutes, qui est considéré comme la première chanson ‘gothique’ de l'histoire de rock. On attendait évidemment les musiciens au tournant sur ce titre et le résultat est tout bonnement époustouflant. En fermant les yeux, on aurait pu croire que Bauhaus renaissait de ses cendres. Le public tout entier chante à l'unisson avec Murphy : ‘White on white, translucent black capes, back on the rack... Bela Lugosi's Dead’. Un superbe moment, rehaussé d'un light show de toute beauté. Regardez la vidéo là 

A partir de cet instant, les hits imparables se succèdent, dont le lumineux « The Passion of Lovers », au cours duquel Murphy virevolte comme un derviche, et surtout, l'extraordinaire club-killer « She's in Parties », un hymne incontournable pour toute soirée 'dark' digne de ce nom. La rythmique est irrésistible et lors du refrain, Murphy oriente le micro vers le public, qui chante avec délectation. Au moment du break, Murphy va se placer à côté du batteur pour jouer du mélodica et l’accompagner aux percussions, tout en criant ‘Rastafari’ : on est en plein dub-reggae ! Revivez ce moment ici   

Si « Stigmata Martyr » nous crucifie sur place, « Dark Entries » déclenche instantanément un pogo, aux premiers rangs. Murphy y joue également de la guitare électrique. Curieusement, Murphy ajoute une reprise de Dead Can Dance, « Severance », comme dernier morceau du set, un choix discutable, car l'ambiance retombe malheureusement d'un cran à ce moment clef.

Lors du premier rappel, Murphy nous réserve le très beau « All We Ever Wanted Was Everything », sur lequel Emilio Chine utilise son violon comme une contrebasse, puis son deuxième morceau solo, « Subway », une chanson atypique, plutôt planante, dominée par de superbes nappes d'un synthé Roland Jupiter 80, sur lequel Murphy fait mine de pianoter, même si de toute évidence, cette partie est reproduite par un séquencer. Quoi qu'il en soit : c'est une bien belle chanson, qui montre toute l'étendue de l'inspiration de cet artiste polyvalent. Enfin, l'explosion finale nous viendra de « Ziggy Stardust », ce morceau de Bowie auquel Bauhaus avait donné une seconde vie.

Le second ‘encore’ est entamé par une version a capella de « Cool Cool Breeze », ce titre 'caché' tiré de l'Ep « Recall » de Peter Murphy (1998) et surtout, divine surprise, une de mes chansons préférées de Bauhaus, le lancinant « Hollow Hills ». Dans l'obscurité presque complète, la son de la basse se répand, rond et menaçant. Murphy chante et en même temps joue un jeu d'ombre et de lumière à l’aide d’un néon portable qu'il tient dans la main. Encore un moment magique, qui flanque la chair de poule ! Regardez la vidéo  

Pour clôturer ce concert d'anthologie, Peter Murphy et son band nous gratifieront encore un excellent « Spirit », extrait de « The Sky's Gone Out... » (1982). A l’issue du concert, on n’entendait que des louanges. Des louanges répercutées sur les réseaux sociaux. ‘Superbe concert !’ ou encore ‘Murphy is undead !’ ; et force est de constater que le fascinant chanteur a réussi son pari. Musicalement, c'était parfait et surtout, ce ‘godfather of goth’ a démontré qu'il avait l'énergie et la motivation pour ressusciter le moribond Bauhaus de si belle façon ! Pas de doute, Peter Murphy est toujours le Prince des Ténèbres...(voir section photos ici )

En première partie, Kiss The Anus Of A Black Cat (voir section photos ), la formation belge emmenée par Stef Heeren, a enchanté le public. Sa musique folk/darkwave aux accents tribaux évoque 16Horsepower pour la voix habitée à la David Eugene Edwards et Sisters of Mercy pour les superbes parties de guitare. Le groupe, dont le patronyme est tiré d'un rituel de sorcellerie, gagne clairement à être vu et entendu dans le cadre d'un concert complet, même si sa présence scénique pourrait être améliorée. Par le biais de vidéos, par exemple!! En tout cas, une très, très belle découverte. Regardez la vidéo du morceau « Take My Word As Gospel » ici 

(Organisation : AB)

 

mercredi, 08 mai 2013 03:00

Quelque part dans les étoiles…

Vous ne connaissez pas SX ?Dommage ! Issu de Courtrai, ce groupe emmené par Benjamin Desmet et Stefanie Callebaut est un des plus grands espoirs belges, dans le domaine de la musique pop-rock alternative. Révélés en 2011, lors d’un concours organisé par Studio Brussel (Vibe On Air) et par un superbe premier titre, « Black Video », ces petits génies ont publié l'année dernière un premier album intitulé « Arche ». Une pure merveille ! Après avoir accordé de nombreux concerts, en Belgique et à l'étranger, en première partie de dEUS –excusez du peu !–, ils reviennent à l'AB en tête d'affiche. Une consécration fulgurante, même si c'est l'AB Box, la salle sans les étages, qu'ils ont remplie sans problème.

En première partie, Mittland Och Leo, le duo anversois constitué de Joke Leonare Desmet et Milan Warmoeskerken est invité à chauffer la salle. Le patronyme de la formation est né d’une contraction entre ‘mon pays’ en langue suédoise et les noms des deux membres du tandem. La musique électronique instrumentale très 'vintage' de Mittland Och Leo (NDR : la paire est équipée exclusivement d'instruments analogiques, dont un vieux Crumar) évoque Kraftwerk et Jean-Michel Jarre, mais en plus moderne. Une agréable entrée en matière qui a charmé l’auditoire. (section photos ici )

Au moment où SX se prépare à monter sur le podium, on entend un synthé jouer le premier accord de "Gold", créant une ambiance très psychédélique, à la Pink Floyd ; et c'est en effet par leur plus récent single que le groupe courtraisien entame son show. Benjamin Desmet s’installe à gauche, près de ses synthés, sa guitare Fender Stratocaster et son ampli Fender Chorus. Au milieu, tout de noir vêtue, Stefanie Callebaut se plante derrière son clavier ; et à sa gauche, Jeroen Termote siège derrière ses drums. Une grande plaque circulaire brillante trône en hauteur, derrière les musiciens, évoquant la sphère reproduite sur la pochette de leur album.

La musique est fascinante. C'est une dreampop hypnotique et magnétique qui s'inspire d'un éventail très large de styles pour créer un concept neuf. On pense à Beach House pour la voix et les atmosphères éthérées mais aussi à M83, Animal Collective et surtout à MGMT. L'influence de la musique soul est perçue dans la voix de Stefanie Callebaut, une voix de soprane, capable d'atteindre les notes les plus hautes mais aussi de produire un volume, grâce à un coffre typiquement soul, évoquant parfois Grace Jones. Dans "Aurora", ses tonalités mystérieuses, plus 'dark', la rapprochent aussi de Zola Jesus, Austra et Kate Bush. Au début, le mixage ne met pas assez en valeur cet organe, mais ce problème sera bien vite résolu par la suite.

La setlist se concentre bien entendu sur le premier opus du groupe, « Arche ». Le mot grec 'αρχή' signifie 'début' mais aussi 'principe' ou 'fondation'. Une fondation solide car que ce soit la plage titulaire ou "Beach" et "Graffiti", on se rend compte, en les regardant jouer sur l’estrade, de toute la puissance de ces compositions. Stefanie Callebaut chante et joue avec beaucoup de passion, prolongeant son feeling dans des gestes et des déhanchements soutenus. On se surprend à rêver qu'elle quitte sa place derrière les claviers pour donner libre cours à son extraordinaire expressivité.

Comme si elle m'avait entendu, elle s'avance au bord de la scène. Elle s'accroupit et nous livre "Strange Fruit", une toute nouvelle chanson interprétée quasi a capella, uniquement soutenue par quelques accords de synthés à l'arrière-plan. Sa voix exceptionnelle de puissance et de précision s'élève au dessus de la foule, dans un silence religieux. Stefanie met tout son cœur dans cette compo aux accents très soul et on redécouvre une voix capable de rivaliser avec les plus grandes chanteuses, d'Amy Winehouse à Victoria Legrand (Beach House). Elle en fait même juste un peu trop à la fin du morceau, mais on lui pardonnera cet excès, dû à sa jeunesse... Regardez ce moment exceptionnel ici

Ensuite, le band enchaîne par le complexe "Midnight Hour" et le lumineux "Pearls", avant de nous livrer un second inédit, "The Disc". Très prometteur, même si, à mon humble avis, les sonorités de basse étaient trop puissantes. Enfin, c'est le moment tant attendu par les fans: "Black Video", le hit qui les a révélés au public, malheureusement uniquement dans le Nord du pays, pour l'instant. L'interprétation de ce morceau d'exception est parfaite ; et en fin de parcours, Stefanie ose une improvisation vocale ahurissante, déchirant littéralement sa voix dans les dernières mesures. Impressionnant! Perso, ce morceau aurait dû clôturer le concert mais le groupe ajoute un dernier titre, en guise de rappel: "The Future", moins énergique, mais parfait pour finir en beauté.

Au final, trop court (moins d'une heure), ce concert s’est révélé très percutant et plein de vigueur et d'intensité. Je le répète. Il serait souhaitable que Stefanie Callebaut se libère de ses claviers et prenne sa place de 'frontwoman', afin de donner libre cours à sa mobilité physique et à son sens inné de la communication avec le public. Une chose est sûre, la dream pop céleste de SX nous a propulsés quelque part dans les étoiles… Aucun doute, ces musiciens sont appelés à devenir des stars... (section photos ici)

Regardez l'interprétation de "Black Video" ici 

Et pour lire l'interview réalisée l'an dernier lors du showcase au Planetarium de Bruxelles, c’est

 

 

La SABAM, la société belge qui gère les droits d'auteur, assigne en justice les trois principaux fournisseurs d'accès Internet belge, BELGACOM, VOO et TELENET dans l'espoir d'obtenir le paiement d'environ 30 millions d'EUR de droits d'auteur par an. C'est ce qu'a annoncé Christophe Depreter, directeur général de la SABAM, lors d'une session d'information sur les droits d'auteurs en ligne, qui s’est déroulée ce lundi 29 avril 2013, au siège de l'organisme.

On savait que la SABAM était en discussion avec les fournisseurs d'accès Internet. Elle estime en effet que ces derniers doivent payer pour la mise à disposition d'œuvres protégées sur internet. La SABAM avait adressé une lettre leur demandant de payer l'équivalent de 3,4% du prix de leur abonnement Internet. Belgacom, entre autres, avait réagi négativement. Elle estime s'acquitter des droits d'auteur lorsque c'est nécessaire, comme par exemple, dans son offre Deezer et pour le reste, son rôle se limite au transport de contenu ; réclamer de tels droits pour le simple fait de transporter des données est, selon l'opérateur, aussi idiot que de demander à La Poste des droits d'auteurs pour l'envoi d'un livre dans une enveloppe timbrée.

Aujourd'hui, il semble que le ton de ces discussions ait monté d'un cran. Faute d'avoir pu obtenir un accord négocié, la SABAM a décidé de s’adresser à la Justice pour obtenir gain de cause. Selon nos informations, cette assignation sera délivrée officiellement dans les tout prochains jours.

Ces actions ont pour but de faire face au changement de paradigme de l'industrie musicale, qui devient de plus en plus virtuelle avec le téléchargement, le streaming mais aussi le 'cloud' et le piratage. Christophe Depreter a précisé que la SABAM doit faire face à une diminution de 54% des droits perçus entre 2002 et 2012 via les supports physiques, ce qui équivaut à un manque à gagner de quelque 16 millions d'EUR que la hausse des perceptions via Internet (+ 225%), soit 0,9 million EUR est loin de compenser.

Contrairement à d'autres pays, comme la Suède, par exemple, où la proportion de droits perçus via Internet peut atteindre 34%, la Belgique est clairement à la traîne, avec seulement 8 à 9% de droits perçus via Internet.

Il s'est également élevé contre les pratiques commerciales de géants tels que Google ou Apple, qui abusent souvent de leur position dominante. Ils imposent par exemple des clauses de non-divulgation (NDA) dans leurs contrats afin de renforcer l'opacité des conditions et vont même jusqu'à exercer du chantage dans le cadre des négociations. Tout cela afin de nier l'importance des droits d'auteur ou de les limiter à des proportions ridiculement faibles.

Mr Depreter voit cependant deux signes positifs pour l'avenir : la chute du marché de l'industrie musicale au niveau mondial (supports physiques et virtuels confondus) semble être terminée ; et cette année, pour la première fois, on a enregistré une hausse de 0,3%, hausse très faible, certes, mais symbolique. Enfin, il remarque qu'énormément d'acteurs majeurs du marché, y compris les 'venture capitalists' investissent massivement dans des plates-formes de distribution musicale (voir le lancement récent de Google Play), ce qui est de bon augure pour l'avenir...

De notre point de vue, il serait en effet grand temps qu'un modèle commercial puisse se mettre en place afin de permettre une juste rétribution des artistes via Internet car, pour l'instant, la perception de droits y est ridiculement basse. Pour un téléchargement, un artiste perçoit en moyenne 0,07 EUR et pour une écoute sur Spotify, par exemple, il ne gagne que 0,01 EUR! Mais pour arriver à un accord, il faudrait d'abord que les différents acteurs de l'industrie et les pouvoirs politiques se parlent plutôt que de s'invectiver par le biais de la presse ou de la Justice. Sinon, au final, ce sont les auteurs qui vont réagir et attention à ceux-là : ce n'est pas du lait qu'ils iront déverser devant le Parlement, le Berlaymont ou Google Mons, mais, bien un déluge de décibels! Pourquoi pas du Death Metal pendant tout une journée? Ca ferait peut-être bouger les choses...

 

Est-il vraiment utile de présenter Steve Hackett ? Car il est tout simplement un des meilleurs guitaristes de l'histoire du rock. Il a d’abord milité chez Genesis, le légendaire groupe de rock progressif, entre 1971 et 1977, et a contribué à la confection d'albums qui sont autant de chefs-d’œuvre, depuis "Nursery Cryme" jusqu'à "Wind And Wuthering". Sa carrière solo a été très prolifique, mais ne lui a pas permis de renouer avec le succès de masse.

Il y a quelques mois, il publiait le second volume de son "Genesis Revisited". Un ambitieux quadruple LP (2xCD) enregistré en compagnie de pointures comme Steven Wilson, Michael Åkerfeld, John Wetton, etc. Au cours d'une interview, Hackett a déclaré qu'il estimait intéressant de ‘réinterpréter des morceaux comme "Can-Utility And The Coastliners" ("Foxtrot") 40 ans plus tard, en utilisant les techniques actuelles et en tirant parti de son expérience acquise comme musicien et producteur’.

J'attendais donc, très impatiemment, la transposition ‘live’ de cet opus. Et je n'étais pas le seul ; l'Ancienne Belgique affichait, en effet, ‘sold out’! Etonnant mais, en même temps, révélateur de l'extraordinaire aura dont bénéficie toujours Genesis aujourd'hui. La nostalgie est un refuge bien utile dans cette période de vide créatif abyssal…

Soudain retentissent les premiers accords de "Watcher Of The Skies" et une intense clameur monte de la foule. On va probablement assister à un événement d'unique. Et en effet, il sera unique. Plus de 2 heures de musique. Et des compos exclusivement issues du répertoire de Genesis. Soit un florilège de véritables joyaux, à l’instar de "The Chamber Of 32 Doors", tiré de "The Lamb Lies Down On Broadway", un titre qui montre bien toute l'étendue du spectre musical de Genesis. C'est orchestral, puissant et d'inspiration classique mais également jazzy, burlesque, entrecoupé de passages carrément folk. ‘C'est juste une petite chanson que j'ai composée en venant ici’, ironise Hackett.

Sur les planches, Hackett est flanqué de Roger King, le claviériste américain qui est à ses côtés depuis les années 90, Rob Townshend à la flûte et au saxophone soprano, Gary O'Toole, son fidèle batteur ainsi que Lee Pomeroy (The English Rock Ensemble, Archive) à la basse. Mais le grand point d'interrogation, c'est bien entendu le micro. Qui Hackett a-t-il choisi pour interpréter les parties vocales, exceptionnelles, de Peter Gabriel et de Phil Collins? L'heureux élu est un certain Nad Sylvan, le chanteur du groupe prog anglais Agents de Mercy (ex-Unifaun). Au niveau technique, il se débrouille pas mal ; il a une voix assez proche de celle de Gabriel, mais un peu trop nasillarde à mon goût. Le maquillage noir autour des yeux, les longs cheveux blonds et la longue redingote : son look est plutôt gothique, mais son attitude est un peu trop théâtrale. Il a tendance à sur-jouer, se permettant même un geste déplacé sur "The Musical Box". Dans l'ensemble, le show est dépouillé. Pas de décors ni de déguisements, juste un superbe lightshow et quelques vidéos discrètes.

Un des grands moments du concert est sans nul doute "Dancing With The Moonlit Knight", au cours duquel public entonne la mélodie hyper connue : ‘Can You Tell Me Where My Country Lies...’ Pendant le break instrumental, on découvre l'exceptionnelle technique de Hackett, qui est un des inventeurs du 'finger tapping'. Popularisée par Eddie Van Halen, elle consiste à venir frapper le manche à l’aide des doigts (NDR : de la main droite pour Steve), en hammer-on/pull-off pour dispenser des séquences très rapides de notes. Hackett a élaboré cette méthode en regardant certains bluesmen et de jazzmen (surtout Emmett Chapman, le créateur du 'Stick'). Le tout premier 'finger-tap' figure probablement dans l'intro de "The Return Of The Giant Hogweed", paru sur "Nursery Cryme", en 1971!!

Refermons cette parenthèse musicologique... Après "Fly On A Windshield", sur lequel Gary O'Toole prend en charge des parties vocales, place à un autre moment très attendu: "Firth Of Fifth". Au milieu du morceau, le très célèbre passage instrumental n’est pas joué à la flûte traversière, mais au saxophone soprano par l'excellent Rob Townshend. Ensuite, Steve Hackett prend le relais pour accorder un solo exceptionnel, dans un style inimitable, puissant et très fluide, tout en 'sustain', qui se répand dans la salle comme la plainte d'une mélancolie insondable. On a la gorge serrée en assistant à ce moment exceptionnel…

L'introduction de "Blood On The Rooftops" (extrait de "Wind And Wuthering") nous donne l'occasion d'écouter le virtuose à la guitare classique, un instrument qu'il maîtrise également à la perfection. C'est Gary O'Toole qui reprend ici les parties vocales de Phil Collins. Ensuite, le groupe s’accorde une petite pause afin de résoudre un petit problème technique. De claviers, très exactement. Mais il est bien vite de retour pour interpréter trois titres supplémentaires de "Wind And Wuthering", dont le très beau et lancinant "Afterglow". Embrayant par l’hypnotique et particulièrement jazz-rock "Dance On A Volcano", suivi du bouleversant "Entangled".

Pour clôturer le concert, Steve Hackett nous propose ensuite le plat de résistance: "The Musical Box" et "Supper's Ready", deux chefs-d’œuvre ultimes de Genesis. Ici, à nouveau, on frise la perfection musicale. Pendant l'instrumental joué à la flûte, au cœur de "Supper's Ready", Hackett et Sylvan constatent, étonnés et admiratifs, que la mélodie est reprise en chœur par des voix masculines venues du public : on en a la chair de poule...

Lors du rappel, la formation revient pour un "Los Endos" très jazz-rock et très puissant! A la fin du morceau, l'ambiance est indescriptible. On a l'impression que l'AB va exploser. Le public réclame un second ‘encore’, mais en vain, car les lumières se rallument. On quitte l'AB la tête remplie d'une musique magnifique et on remercie Steve Hackett d’avoir donné une seconde vie à la période la plus inspirée de Genesis, même si quelques aspects du spectacle, comme le choix du vocaliste, sont sujets à discussion. Maintenant, imprégné de ces vibrants moments, je pars vite me replonger dans les versions originales de ces compositions d'anthologie, pour m’en délecter ! Si tout le monde en fait autant, Steve Hackett aura parfaitement rempli sa mission...

Setlist

        Watcher of the Skies

        The Chamber of 32 Doors

        Dancing With the Moonlit Knight

        Fly on a Windshield

        Firth of Fifth

        Blood on the Rooftops

        'Unquiet Slumbers for the Sleepers...

        ...In That Quiet Earth

        Afterglow

        Dance on a Volcano

        Entangled

        The Musical Box

        Supper's Ready

        Rappel:

        Los Endos

(Organisation : AB + Live Nation)

 

jeudi, 28 mars 2013 02:00

Le petit Prince est de retour...

IAMX, le projet de Chris Corner (ex-Sneaker Pimps), inaugurait sa tournée ‘Animal Impulses’ à l'Ancienne Belgique, le 28 mars dernier. C'est la 4ème fois en 4 ans que la formation réserve cette salle mythique bruxelloise au cours du mois de mars : une belle régularité! Cette tournée sert à promouvoir le cinquième opus du groupe, "The Unified Field", sorti le 15 mars.

Mais c'est d'abord Moto Boy qui ouvre les hostilités. Oskar Humlebo est un bellâtre suédois un peu efféminé qui chante des mélodies douces d'une voix touchante et quasi-religieuse, proche de Jeff Buckley... Que ce soit soutenu par une bande-son ou seul à la guitare, il parvient à attirer l'attention du public, surtout au moment où, délaissant son micro, il vient se planter au devant de l’estrade pour chanter sans amplification. Une découverte intéressante.

Pour son nouveau spectacle, IAMX a disposé, sur le podium, trois écrans vidéo. Un à chaque extrémité et le troisième derrière devant une grande toile qui sert également aux projections. On remarque également la présence d’un fût de bière au milieu du jeu de quilles. Serait-ce un clin d'œil adressé à une des spécialités de notre beau pays ? La clameur du public devient insistante et derrière la scène, on aperçoit l'ombre de Chris Corner qui se sert un verre de vin. Jolie entrée en matière! La formation monte sur les planches pour entamer "Animal Impulses". Un choix étonnant, car la chanson n'est pas vraiment un hit. Egalement tiré du dernier opus, "Sorrow" permet à l'ambiance de monter d'un cran, surtout au moment du superbe refrain. En plus de Janine Gezang, la fidèle complice, aux claviers et au chant, Corner est accompagné de Richard Ankers à la batterie, Alberto Alvarez à la guitare et d'une très jolie blonde aux claviers : Sammi Doll. Le son est excellent et la voix de Corner, forte et cristalline. Par contre, le groupe nous a malheureusement choisi un light-show très minimaliste. Ainsi, la plupart du temps, le spectacle est plongé dans l'obscurité.

Soudain retentit le riff de basse synthé de "Kiss + Swallow" et toute la salle s'embrase. Ce hit imparable date de 2006 et n'a pas pris une seule ride. Chacun se surprend à chanter à tue-tête ‘Echo, Echo, I know it's a sin to Kiss and Swallow’. L'intensité se prolonge sur "Kingdom of Welcome Addiction" et "Tear Garden", au cours duquel Corner se déchaîne aux percussions. Après le très beau "My Secret Friend" et le plus terne "Trials", c'est un nouveau moment phare du concert : "The Unified Field", probablement le titre le plus efficace du nouvel album éponyme. Un beat électro irrésistible, un riff de synthés et des mélodies accrocheuses. Tout y est! La réaction du public est enthousiaste (NDR : voir ici)

Ensuite, le groupe aligne une succession ininterrompue de hits, jusqu'au dernier morceau du set : "The Alternative". Mais IAMX revient bien vite pour trois titres supplémentaires: "I Come With Knives" (NDR : à regarder ), une chanson forte et hypnotique incluant un poème en allemand chanté par Janine Gezang et Sammi Doll, suivi de l'incroyable et très burlesque "President", avant de finir par un "Nightlife" (NDR : à découvrir encore ici) très bien enlevé, qui se termine a capella, à l'unisson avec le public.

Dans la setlist, on remarque l'absence de certains titres phares comme "Spit It Out" ou "After Every Party I Die" mais dans l'ensemble, c'est une bonne combinaison de nouveautés et de 'classiques'. Le groupe est en pleine forme et semble même avoir reçu une nouvelle impulsion grâce au nouvel opus. Evidemment, on regrette la folie qui animait les premiers concerts de Corner en 2006-2007, mais le musicien a mûri et reste quoi qu'il en soit un des meilleurs singers/songwriters des 10 dernières années. Multi-instrumentiste, chanteur, compositeur et producteur, il a réussi à développer un univers musical étonnant, qui combine avec bonheur des éléments new-wave, funk, dance et indie-pop, soulignant le tout de paroles intelligentes et extrêmement sexy. Le petit Prince est de retour et il assure grave!

Setlist:

Animal Impulses
Sorrow
Kiss + Swallow
Kingdom
Of Welcome Addiction
Tear
Garden
My Secret Friend
Trials
The Unified Field
Cold Red Light
Walk With The Noise
Music People
The Alternative

Rappel :

I Come With Knives
President
Nightlife

(Organisation : Nada Booking & AB)

 

jeudi, 28 mars 2013 02:00

Delta Machine

Le titre de ce 13ème album du trio de Basildon donne le ton: "Delta Machine". Il évoque le côté ‘blues’, celui du delta du Mississipi et le côté synthétique, pour ‘Machine’. En plus, jolie trouvaille, les initiales ‘DM’ correspondent à celles du groupe. Sorti près de quatre ans après "Sounds Of The Universe", "Delta Machine" a été enregistré l'année dernière en partie à New York et aussi à Santa Barbara. Il a été produit par Ben Hillier et mixé par Flood.

Il est toujours ardu de chroniquer le nouvel album d'un groupe très connu. Il faut pouvoir faire abstraction de ses propres attentes et de la 'machine' de marketing qui matraque ses messages subliminaux. Il faut se concentrer sur la musique, uniquement la musique. Et de ce point de vue, "Delta Machine" est un très bon album. Plus direct, plus organique, plus pop que "Sounds Of The Universe", qui était, lui, très cinématique. "Delta Machine" renoue avec les ambiances de "Violator" (surtout "Personal Jesus") et de "Songs Of Faith And Devotion". On y retrouve ce mélange de blues, de thèmes liés au sexe, à la religion et à l'amour, le tout rehaussé par des sonorités et des mélodies très accrocheuses.

"Welcome To My World" commence en douceur, contaminé par des accents dub. On imagine que DM a viré dubstep ou lorgne vers ce style de musique comme Muse mais non, ce n'est qu'un clin d'œil car la chanson se développe dans un style typiquement synth-pop lent, débouchant sur un très beau refrain chanté en harmonie par Gahan et Gore. On connaissait déjà "Angel", un morceau quasi gospel articulé autour de textures synthétiques très incisives, quasi industrielles. "Heaven" est une des plus belles compositions de Martin L. Gore, un classique basé sur une descente au piano ‘lennonesque’ et sur une mélodie qui évoque aussi Radiohead ("Karma Police"). "Secret To The End" est ici la première composition écrite par Dave Gahan en collaboration avec Kurt Uenala, un musicien/ingénieur du son d'origine suisse et le résultat est ma foi fort bon. C'est un titre typiquement synth-pop, très bien construit, presque archétypique de Depeche Mode.

Changement d'ambiance pour "My Little Universe", qui sonne très assez trip-hop et on pense évidemment à Portishead. Le chant est assez discret, façon crooner et la plage se termine en une construction 'minimal techno' très expérimentale : fun! A nouveau, un virage à 180 degrés et c'est l'intro carrément bluesy de "Slow", à la guitare. Ici, le rythme est louvoyant, très sensuel et le chant est ouvertement sexuel. Une bande-son à essayer pendant la galipette!

Dans "Broken", Dave Gahan démontre à nouveau qu'il est parfaitement capable de composer un classique de Depeche Mode. Tout y est : la rythmique, les harmonies et les mélodies. Le plus étrange, c'est que cette composition sonne plus ‘old school’ que celles de Gore, sensées apparaître comme plus ‘modernes’, plus expérimentales. "The Child Inside" est la ballade calme 'habituelle' chantée par Martin Gore, ici enrichie de jolis motifs synthétiques. "Soft Touch / Raw Nerve" est direct et sans fioriture : une rythmique saccadée, des vocaux libérés et au final, un hit imparable. "You Should Be Higher" est signé Gahan. Dès les premiers accords, on est immédiatement accroché par la base rythmique très sensuelle, qui évoque "Closer" de NIN et le refrain est tout bonnement sublime, aérien et hypnotique : une merveille! 

L'intro et les arrangements de "Alone" évoquent John Foxx And The Maths, surtout dans les arpèges synthés galopantes et les nappes éthérées. La chanson commence en douceur mais se muscle au fur et à mesure pour se clôturer sur un tapis de séquences analogiques. Ensuite, place à "Soothe My Soul", un hit absolu pour pistes de danse. Un beat electro irrésistible, combiné à des mélodies 'catchy' et vous vous surprendrez à monter le volume, puis d'improviser un pas de danse dans votre salon... Ce titre a d'ores et déjà gagné sa place dans la playlist de mon prochain DJ set! En point d'orgue du CD, la boucle est bouclée sur un ton bluesy dans l'intro et le couplet de "Goodbye". Par contre, le refrain est une réelle surprise. Très sixties, il lorgne carrément vers les Beatles voire les Stones ("Goodbye, Ruby Tuesday"). On peut s’attendre à voir le groupe inviter le public à le chanter en boucle, à la fin d’un concert!

En bonus, sur le double Cd et le double LP, figure la seule chanson composée ensemble par Gore et Gahan: "Long Time Lie". C'est un morceau lent, ensorcelant dominé par un refrain très mélodieux et des sons électroniques analogiques très crus. "Happens All The Time", issu de la plume de Gahan et Uenala, s’inscrit dans la même veine ; mais la programmation est un peu moins bien réussie. "Always" est une nouvelle ballade chantée par Gore et le tout dernier titre, "All That's Mine", qui était déjà inclus sur l'Ep "Heaven", prouve la qualité des compositions de Gahan/Uenala. J’estime même qu'il méritait mieux qu'un morceau 'bonus'.

Au moment de tirer les conclusions, on se doit de reconnaître que cet album est une vraie réussite. Les compositions sont brillantes, les arrangements audacieux et inventifs et le son, résolument moderne. Après 30 ans de carrière, les vieux complices n'ont rien perdu de leur inspiration et semblent très heureux d'être ensemble et de repartir sur la route. Pas de doute, Depeche Mode est toujours à la... mode!

Tracklisting :

1. Welcome To My World
2. Angel
3. Heaven
4. Secret To The End
5. My Little Universe
6. Slow
7. Broken
8. The Child Inside
9. Soft Touch/Raw Nerve
10. Should Be Higher

11. Alone
12. Soothe My Soul
13. Goodbye  

Bonus sur le 2CD Deluxe et le 2LP

14. Long Time Lie
15. Happens All The Time

16. Always
17. All That's Mine

La version Deluxe propose aussi un très beau livre de 28 pages de photos réalisé par leur collaborateur artistique historique Anton Corbijn.

 

jeudi, 28 mars 2013 02:00

The Unified Field

Il existe des groupes ou des artistes pour lesquels il est toujours difficile d’être objectif. IAMX appartient à cette catégorie. J'ai toujours été un grand fan d'IAMX, et plus précisément depuis le jour où j’ai assisté à leur set, à Dour, en 2006. Je m’étais déplacé pour applaudir Archive, mais IAMX m'a tout simplement explosé la tête. Chris Corner (ex-Sneaker Pimps), le fondateur et leader de cette formation, est extrêmement talentueux. Multi-instrumentiste, chanteur, compositeur et producteur, il a réussi à développer un cross-over musical étonnant, qui combine avec bonheur des éléments new-wave, funk, dance et indie-pop, soulignant le tout de paroles intelligentes et sexy. Au final, ce sont des chansons d'une beauté incroyable. Et leurs concerts sont tout simplement dingues.

Intéressant : pour produire ce 5ème opus, Corner a lancé une campagne de 'crowdfunding' via pledgemusic.com, afin de lever des fonds. La réaction des fans a été hallucinante : une heure plus tard, le groupe avait déjà atteint 100% du montant escompté. Le jour de la sortie du long playing, les promesses d'achat culminaient à 800%! Un signe du lien incroyablement fort qui lie cette formation à ses fans.

Jusqu'à présent, Corner avait produit ses albums lui-même, mais cette fois, il a fait équipe avec Jim Abbiss, un Britannique qui a mis en forme le "Becoming X" des Sneaker Pimps ; mais il est surtout connu pour son travail opéré chez Arcade Fire, Adele et Ladytron. Cet elpee, enregistré à Berlin, dans le propre studio ('Turmwerke') de Corner, offre donc un éventail beaucoup plus large d'arrangements que les productions précédentes. ‘Jim a contribué à libérer ma créativité’, a déclaré Corner. C'est pourquoi vous retrouvez ici des instrumentations plus diversifiées, dont le dulcimer, le violon, la flûte, le vibraphone ou le glockenspiel.

Les thèmes des paroles, par contre, n'ont pas changé. Le sexe, la mort, l'amour, l'ivresse narcotique, la décadence, la religion, la politique, l'aliénation et la société moderne sont toujours au cœur des lyrics. Corner avait déjà publié trois vidéos avant la sortie du disque : "The Unified Field", un hit électro très accrocheur, "I Come With Knives", une chanson forte et hypnotique incluant un poème en allemand chanté par Janine Gezang, et "Quiet The Mind", une très jolie berceuse.

Sur l’album, on trouve d'autres plages puissantes et rythmées comme par exemple, "Sorrow", une ode magnifique à la mélancolie et "Walk With The Noise", dominé par un superbe riff de piano ; mais l'ambiance générale est plutôt dans les tempos mi-lents, voire lents. "The Adrenalin Room" propose une atmosphère trip-hop, 'ambient', et identifie beaucoup d'effets sur les voix, tandis que "Screams" se distingue par des sons mystérieux au dulcimer et un refrain aux vocaux très aigus. Une guitare acoustique berce une magnifique ballade intitulée "Under Atomic Skies". Quant à "Come Home", il est très susceptible de vous flanquer des frissons partout. Enfin, "Land Of Broken Promises" évoque une valse aux accents burlesques, qui virevolte au son de percussions folkloriques et de violons manouches.

Pas de doute: ce nouvel opus d'IAMX est à nouveau un chef-d'œuvre. Je vous avais prévenus: je ne suis pas objectif. La seule chose qui manque, c'est un hit comme "Spit It Out", publié en 2007 ; mais vu le soutien de ses nombreux fans dispersés partout dans le monde et le genre de vie qu'il mène à Berlin, je ne pense pas que Chris Corner ait vraiment besoin de retrouver ce succès 'mainstream' éphémère et tellement factice. Achetez ce disque: c'est un ‘must’!

 

Il y a quatre ans, Steven Wilson, le fondateur et cerveau de la formation anglaise de métal prog Porcupine Tree, s'est lancé dans un projet en solo pour donner libre cours à sa boulimie créatrice et étendre son horizon à d'autres styles musicaux comme le jazz-rock, le trip-hop, l'industriel, le dark ambient mais surtout la musique progressive des années 70 ; et en particulier l’univers de King Crimson, dont il a remixé les albums. Le premier opus de Wilson, "Insurgentes", constituait un effort à 100% solo. Après avoir publié la deuxième plaque, "Grace For Drowning", il décide de former un nouveau groupe et accomplit une première tournée en 2012, au cours de laquelle il accorde un concert exceptionnel à l'AB de Bruxelles. Lors de l’enregistrement de son troisième long playing, "The Raven Who Refused To Sing (And Other Stories)", il reçoit le concours de Monsieur Alan Parsons en personne. Il s’agit donc de la première production solo de Wilson créée pour un groupe et avec un groupe. Et franchement, c'est un vrai succès !

C'est donc avec une grande curiosité que nous attendons le début de ce concert, donné dans la magnifique salle Arenberg à Anvers. Après une introduction 'ambient' et la projection d'une vidéo inspirée du visuel lunaire de la pochette du dernier opus, qui contribuent déjà à créer une atmosphère sombre et mystérieuse, le combo monte sur les planches. Il réunit le batteur allemand Marco Minnemann, le bassiste Nick Beggs (NDR : il a joué pour Steve Hackett et... chez Kajagoogoo, le claviériste Adam Holzman (NDR : il a côtoyé Miles Davis), le flûtiste/saxophoniste/clarinettiste Theo Travis et un nouveau guitariste, Guthrie Govan. Dès la première chanson, "Luminol", les sons sont carrément jazz-prog et nous sommes replongés 30 ou 40 ans en arrière, à l'époque de King Crimson, Pink Floyd, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autres Van der Graaf Generator. Pieds nus suivant son habitude, Steven Wilson se plante au centre de son nouveau super-groupe tel un chef d'orchestre, soulignant les impulsions majeures et stimulant en permanence les musiciens. Ce premier morceau est un véritable tour de force qui mélange différents styles et ambiances avec une maîtrise étonnante.

Avant la deuxième chanson, Wilson salue le public et confie qu'il a eu peur de jouer dans une salle vide à cause de la neige! Il s'assied armé de sa guitare acoustique. Une ovation s’élève de l’auditoire, lorsqu’il attaque "Drive Home", un extrait de "The Raven ..." Cette douce ballade, caractérisée par son intro à la Camel, rappelle aussi Genesis ; mais à l’issue du break, la guitare jazzy et la clarinette lorgnent carrément vers Sting et Branford Marsalis. S'en suit un fantastique solo de guitare dispensé par Guthrie Govan. Son style est très fluide, un peu comme celui d'Alan Holdsworth, le légendaire guitariste du groupe insulaire.

Après "The Pin Drop", abordé dans l’esprit d’Anathema, et "Postcard", ‘une preuve que je peux aussi composer des chansons conventionnelles de moins de 5 minutes’, place au premier point culminant de la soirée: "Holy Drinker", une autre nouvelle compo accueillie par les acclamations du public. Et pour cause, ce chef-d'œuvre progressif est nourri de guitares puissantes et de séquences complexes qui évoluent vers un refrain psychédélique en accords mineurs joués au mellotron ; et son final tragique est soutenu par de sonorités de 'drones' ténébreuses et des riffs de guitare hypnotiques. Un grand moment. Ensuite, Adam Holzman entame au piano la magnifique intro de "Deform To Form A Star", tiré de "Grace For Drowning": des frissons nous parcourent l’échine durant cette superbe composition digne d’une perle oubliée sur un vinyle de King Crimson.

A ce moment, un voile transparent descend entre la scène et le public et une vidéo, reproduisant le visage d'un vieil homme, est projetée. La mise en scène est destinée à "Watchmaker". De beaux arpèges joués à la sèche, comme à l’époque du Genesis de l’Archange Gabriel, ouvrent cette chanson mélancolique. Ils se transforment en improvisation jazzy et s’achèvent dans une frénésie prog à la Yes. Le rideau ne disparaîtra d'ailleurs qu'après la chanson suivante, "Index". Le set embraie par deux compos relativement calmes du premier long playing. Tout d’abord "Insurgentes" et surtout "Harmony Korine", qui met en cause un metteur en scène américain que Wilson décrit comme ‘tordu’... L'enthousiasme du public est grand et non sans raison car il s'agit d'une chanson parfaite, presque ‘mainstream’. Malgré l’intro de guitare à la U2 et une mélodie réminiscente d’"Exit Music For A Film" de Radiohead, elle porte la marque indélébile de Wilson. Ici, comme c'est souvent le cas, l’adaptation live a beaucoup plus de punch que la version studio.

Après le bouleversant "No Part Of Me", Wilson exhorte ses musiciens à ‘explorer tout l'espace de la salle en se servant de leurs improvisations jazzy, mais pas trop jazzy’... Cette déclaration précède "Raider II", probablement le morceau le plus ambitieux écrit par Wilson. Un kaléidoscope musical consacré au tueur en série américain Dennis Rader Lynn (BTK pour "Bind Torture Kill"). Quelques notes très graves au piano, des bruits de film d'horreur joués en quadriphonie envahissent l’espace : l'atmosphère est sombre comme l'enfer et on entend les mouches voler. Puis, la chanson se développe pendant 20 minutes dans une succession d'ambiances oscillant du jazz au heavy metal en passant par le prog, le doom et le dark ambient. A nouveau, le final provoque une véritable explosion. Sur scène d'abord et, juste après, dans le public.

Changement total d'ambiance lors du dernier morceau. Une chanson douce. En l’occurrence le titre maître du dernier opus, "The Raven..." Wilson a révélé dans une interview que c'était probablement le plus beau morceau qu'il ait jamais composé ; et je suis tenté de lui donner raison. Lors de l'interprétation, un très beau film d'animation montre l'histoire déchirante d'un vieil homme qui a perdu sa petite sœur quand ils étaient jeunes (voir la vidéo ici ). L'ambiance dans la salle est tout simplement magique et pendant les dernières notes de piano, tout le monde se lève pour une ‘standing ovation’ qui va durer plus de 10 minutes.

Pendant le rappel, le groupe ne reprendra pas l’ancien morceau de Porcupine Tree, "Radioactive Toy", à l’instar des précédents spectacles de la tournée, mais jouera un très joli medley de deux chansons signées Wilson: "Remainder Of The Dog" et "No Twilight Within The Court Of The Sun". Ici encore, tous les avatars du prog-rock sont revisités de main de maître. L'intro hypnotique au piano évoque "Carousel" de Happy The Man et les guitares, "Voyage Of The Acolyte" de Steve Hackett, qui joue d'ailleurs sur l'enregistrement studio de "Remainder...".

Au sortir de ce véritable spectacle audiovisuel, il est clair que Wilson a formé autour de lui une équipe de grands virtuoses et que l'alchimie fonctionne à merveille. Wilson a confié dans une interview que deux ans au moins seront nécessaires avant qu'il n'envisage de reformer Porcupine Tree ; mais cette projection n'a plus guère d'importance pour votre serviteur. Cette nouvelle formation, très à l’aise pour interpréter les magnifiques compositions de Wilson, marque une évolution très positive tant sur disque qu'en concert. Ce n'est pas seulement une musique progressive, c'est aussi une musique qui progresse... Le "Roi Wilson" continuera d'être l'un des artistes les plus influents sur la scène rock et c'est ce qui compte après tout ... ‘Je gagnerai cette difficile bataille: chacun doit comprendre que ce n'est pas un 'side project', c'est la chose la plus importante que j'aie jamais faite.’ On ne peut être plus clair...

Setlist:

Luminol
Drive Home
The Pin Drop
Postcard
The Holy Drinker
Deform to Form a Star
The Watchmaker
Index
Insurgentes
Harmony Korine
No Part of Me
Raider II
The Raven That Refused to Sing

Rappel

Medley avec Remainder of The Black Dog et No Twilight Within The Court Of The Sun

Organisation: Arenberg (en collaboration avec Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici
vendredi, 22 février 2013 17:15

Déséquilibre orthographique…

Scorpion Violente, c'est un groupe issu de Metz, qui pratique une musique trance-disco-psyché-indus complètement hypnotique et hallucinante. La formation a littéralement explosé le Café Central à Bruxelles lors de la release party de son dernier Ep, ‘The Rapist’, le 15 février dernier. Nous avons profité de l'occasion pour discuter avec la bête à deux têtes....

Il y a d'abord ce nom, 'Scorpion Violente', très intriguant: "Il s’inspire des films policiers de série B italiens", raconte Thomas Violente. "Particulièrement d'un long métrage qui s'intitule 'Rome Violente'. On a donc pensé à 'Scorpion Violent', mais c'était plus marrant en y commettant une faute d'orthographe. Elle crée une tension, un déséquilibre." Et cette tension et ce déséquilibre, on les retrouve dans le son, à cause du clash permanent entre une rythmique minimale obsédante, des synthés indus lancinants et des rares voix délayées dans des réverbs et delays ; le tout baignant dans une atmosphère glauque, crade, très sexuelle. Les références mises en avant sont bien sûr Suicide, D.A.F. mais aussi Throbbing Gristle. "Oui, Throbbing Gristle, je suis tombé dedans à pieds joints", précise Thomas. "Je n'ai écouté qu’eux pendant deux ou trois ans. Dans l'ensemble, on aime surtout les musiques des années 60, 70, jusque 80. Après, on ne connaît pas trop. On ne s’intéresse pas aux productions actuelles." Pour Scott Scorpion, "c'est surtout Suicide : je suis un grand fan. Et puis les groupes krautrock comme Can ou Neu!"

Sur scène, le projet est minimal sous tous ses aspects. Il y a très peu de matériel. Juste un vieux Korg Poly61 pour les basses, un Caravan R6, un vieil orgue italien des années 70, pour les nappes et les lignes mélodiques façon scie sauteuse ; et, enfin, une boîte à rythmes Yamaha RX11. Sans oublier les effets vintage comme les réverbs à ressorts ou les sound stretchers paramétriques. "Au niveau du jeu, l'idée était de n'utiliser que 4 doigts au total (2 x 2) pour jouer. Et le côté minimal, on l'applique aussi aux moyens : pas de voiture, les déplacements sont effectués en train, on aime le côté 'à l'arrache' de ce genre d'organisations", rappelle Scott, en affichant un sourire carnassier.

Mais si les moyens sont 'minimaux', le résultat est, lui, sans limite. Ces sonorités obsédantes s'insinuent de façon très insidieuse dans votre esprit et provoquent une sorte de transe. "On aime bien le côté psyché, voire psychobilly. On reprend d'ailleurs ‘Strychnine’ des Sonics. Tout est mélangé à une musique plus froide. Principalement instrumentale... sur des morceaux de 5 à 6 minutes..." Leur tout dernier titre-phare, ‘The Rapist’, s'étale, lui, sur plus de 10 minutes, et son adaptation ‘live’ a clairement été un des tout grands moments du concert, au Café Central.

Au niveau des ambiances, vu la région d'origine du duo, on identifie bien sûr un côté postindustriel. Mais aussi une dimension sensuelle très marquée. On se croirait dans une boîte SM... "C'est vrai, il y a un côté sexe dans notre musique, mais c'est plus du désir que du sexe consommé", corrige Scott. "Comme si tu avais quelqu'un qui transpire un peu, son odeur t'attire mais il n’est pas sûr que tu rentres avec elle (ou lui) le soir. Et en plus, on vient de Metz, une ancienne région minière. C'est un peu comme à Bruxelles : le temps est gris 200 jours par an ; donc l’ambiance est particulière".

Leur musique affiche une forme très trance, très dansante. Au concert, nous avons été très étonnés par la moyenne d'âge des fans, qui oscille autour des 20 ans. Ce sont des jeunes qui viennent d'un univers techno, electro, absolument pas goth ni dark. "En fait, on est vraiment le cul entre plusieurs chaises, placé entre différents styles musicaux... Au début, c'était en effet orienté 'dark', mais maintenant on a un pied dans plusieurs zones. Pour moi, en montant Sorpion Violente, je voulais couper avec une scène expérimentale où je commençais vraiment à m'emmerder. Je voulais créer une musique que j'ai envie d'écouter, qui m'éclate la gueule... Donc forcément, il y a cet aspect dansant, viscéral, body : c'est délibéré. C'est pour se faire plaisir. C'est la musique que je souhaitais entendre dans un club."

Les albums de la formation sont publiés exclusivement en format vinyle: "On aime les vinyles pour le son, mais surtout pour l'esthétique des pochettes, qui claquent quand même beaucoup plus en format 33 tours qu'en Cd." Comme le nom du groupe, les graphismes se réfèrent également aux films vintage de série B. "Sur le premier maxi, la photo est de Maurizio Merli, le comédien qui joue dans 'Rome Violente'...", précise Thomas. "C'est un flic à la Dirty Harry, un 'Justicier Dans La Ville', mais sans le côté moralisateur... On a trippé grave sur ce film et on a déniché cette image, où Merli a un putain de look... Pour ‘The Rapist’, on a repéré le cliché par hasard. On cherchait des illustrations sur internet en utilisant des mots-clés comme viol, etc. et je suis tombé sur un film japonais très sérieux et cette photo d'un japonais très malsain et ses fleurs… On en a conclu qu’elle collait bien avec le titre."

Le dernier Ep est d'ailleurs déjà complètement épuisé, quelques semaines à peine après son lancement. Le label, Teenage Menopause, se démène pour faire connaître la formation en Europe et même sur les autres continents. Jusqu’à présent, leurs tournées ont couvert la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne et bien sûr l'Italie... 'Rome Violente', joué en Italie, c'était en somme logique! Au chapitre des projets, Scorpion Violente participe à l'album d'hommage à Snowy Red que prépare le nouveau label Weyrd Son. Une compilation où une quinzaine de formations alternatives européennes et américaines reprennent des titres de ce génie belge de la new-wave et de la new beat, malheureusement disparu trop tôt, en 2009. "On reprend ‘Euroshima (War Dance)’, se réjouit Scott. "C’est une copine qui m’a permis de découvrir ce titre, il y a deux ou trois ans. Il est excellent. Puis j'ai approfondi le reste. Quand on nous a proposé de réaliser une reprise pour le 'Tribute', on a tout de suite accepté et on a vite imaginé une manière d'adapter le morceau à notre son, sans le dénaturer… Il y a des points communs clairs entre Snowy Red et nous, notamment ce côté répétitif et hypnotique. On est resté assez fidèle à l'original. Le son est un peu crade. On a utilisé un 4 pistes pour obtenir ce résultat... Ca va le faire, je pense..."

Ensuite, Scorpion Violente a l'intention de graver des nouveaux titres sur un maxi via le label Bruit Direct et dans un avenir proche, d'enregistrer de nouveaux morceaux plus ambient en studio, à l’aide d’un matériel plus important. "Jusqu'à présent, on a toujours accompli nos projets de façon brute, dans l'urgence. Là, on va prendre le temps. Ce sera une musique pour voyager, pour faire des trips... On va se servir d’un matos qu'on ne pourra pas emmener en tournée, etc..  On va tenter ce challenge, mais ça donnera peut-être de la merde..." (rires)

Page de Scorpion Violente sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Scorpion-Violente/203358213043181?ref=ts&fref=ts

 

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