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TORRES perdue dans une salle immense…

TORRES (le nom de scène de l'artiste new-yorkaise Mackenzie Scott) publiera son nouvel elpee, « What an enormous room », ce le 26 janvier 2024. La chanteuse américaine propose également son premier single/vidéo, « Collect ». Parallèlement à cette annonce,…

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Bernard Dagnies

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lundi, 28 février 2000 04:00

L art de respirer dans le même rythme...

Issu de Manheim, en Allemagne, Mardi Gras BB a été fondé par Reverend Krug, un vétéran qui a joué avec le mythe Guru-Guru, non pas à la fin des sixties ni au début des seventies, mais à l'aube des années 80. Une époque au cours de laquelle le groupe avait, suite à l'arrivée d'une chanteuse, repris quelques couleurs. Avant de replonger dans un certain anonymat qui permet quand même à cette légende du krautrock de continuer, aujourd'hui, à tourner dans les clubs ou les festivals de la région. En 1994, le Révérend passe un coup de fil à Docteur Wenz, et lui propose de rejoindre son groupe, un brass band à coloration New Orleans. Le docteur a commencé à jouer à l'âge de 14 ans. C'était déjà en 1979. Il a sévi dans quelques groupes punk, dont le dernier impliquait justement une section de cuivres. Souvent à caractère soul revivaliste. Ce qui lui a quand même permis de se forger une certaine expérience dans le domaine. L'idée semble beaucoup lui plaire, puisqu'il décide de se lancer dans l'aventure…

En fait Reverend avait un but bien précis : rendre hommage, à travers son groupe, à tous les gens qui vivent à la Nouvelle-Orléans. Les noirs, les blancs, toutes les ethnies qui ont participé au développement culturel de cette ville portuaire. Et en particulier musical. Ce qui explique pourquoi il a choisi pour nom de groupe Mardi Gras, jour le plus important de l'année dans cette ville. Mais pourquoi BB ? Les petits coquins penseront sans doute à Brigitte Bardot, alors qu'en toute logique musicale, BB correspond aux initiales ‘brass band’. Le docteur a une toute autre explication : " En fait, BB est simplement le code des crayons de couleur noire ; et ceux qui contiennent le plus de graphite portent cette appellation ".

La Nouvelle-Orléans ! Le Révérend y était en 1992, lorsqu'il a eu l'idée de monter ce projet. Une idée qui ne l'a plus jamais quittée. Et lorsqu'il est retourné en Europe, il a juré qu'il ne ferait plus jamais que de la musique avec des cuivres ; dansante, aussi bien pour lui que pour le public. " La scène est alors devenue notre objectif. Et lors de chaque concert nous avons commencé à jouer pour et dans le public. Mais il nous fallait un chanteur, c'est pourquoi j'ai contacté le Docteur… On a ainsi commencé à développer ce son acoustique, en privilégiant la cohérence, plutôt que la virtuosité. On n'avait pas besoin d'un John Coltrane dans notre groupe, mais simplement tout mettre en œuvre pour jouer à l'unisson, faire battre les cœurs au même moment ". Une philosophie qui n'est quand même pas facile à cultiver, surtout lorsqu'on compte autant de musiciens. Plus d'une dizaine ! Le Doc est du même avis. Pas au point de déléguer un chef d'orchestre, comme c'était le cas au cours des seventies, pour des formations telles que Blood Sweat & Tears ou Chicago. Mais simplement pour maintenir une certaine discipline. Et c'est un peu le rôle que jouent le Révérend et le Doc. Et ce dernier d'ajouter : " Cette discipline, est innée chez tous les Allemands. Ce n'est un secret pour personne. Et cette combinaison de cette discipline avec une approche toute particulière de l'esprit vaudou donne de la consistance au groupe. En fait, le but est de respirer dans le même rythme. C'est à dire comme si on jouait dans un seul corps. Plusieurs personnes qui respirent en une seule. C'est un peu comme dans le sport. En aviron, tout particulièrement. Il faut absolument respirer en même temps, dans le même rythme, si tu veux gagner… "

Reverend Krug joue du sousaphone. Pas un instrument pour extraterrestre, mais une variété de tuba plus facile à manipuler et surtout à transporter. Un instrument qui est d'ailleurs utilisé dans les fanfares pour majorettes. Le Révérend s'en sert, lui, pour canaliser le groove de la musique du combo. Il s'explique : " Il est impossible de jouer un phrasé de groove sur un sousaphone, si tu ne peux pas le sentir et adapter ta respiration en conséquence. Et c'est la même chose pour tous les cuivres. La respiration y tient une place primordiale… Tu t'en rendras compte lorsque tu nous verras sur scène. Le groove est quelque chose de très important, c'est lui qui stabilise nos chansons. " Mais la caractéristique originale de la musique de Mardi Gras. BB procède de la présence d'un DJ : DJ Mahmut. Le Révérend raconte : " C'est notre producteur, Gordon Friedrich, qui nous a permis de le rencontrer. Il voulait améliorer le concept du groupe. Y apporter un plus. Il a ainsi été invité à participer à l'enregistrement de notre premier album, ‘Alligator soup’, pour lequel il a commis quelques scratches sur un titre. Et puis il est parti en tournée avec nous. Depuis, il est devenu un membre du groupe à part entière, et a participé à l'intégralité des sessions du nouvel opus, ‘Supersmel. " Oui mais, vu le contexte musical contemporain, l'engagement de ce DJ n'était-il pas prémédité ? Au Doc de se justifier : " Personnellement, je n'ai jamais eu le sentiment que son arrivée était préméditée. Elle est plutôt le résultat d'une expérience qui s'est bien passée. Et aujourd'hui, nous ne voudrions plus nous passer de lui ". Et le Révérend ajoute : " DJ Mahmout a une énorme culture dans le domaine du funk et de la soul. Il nous a apporté énormément d'idées de samplings. Et de son côté, il s'est dit qu'il serait sans doute intéressant de vivre une telle expérience avec un brass band ".

Le Doc se réserve donc le chant. Une voix plutôt écorchée qui fait même penser à Tom Waits ou à Captain Beefheart. Une comparaison qui ne le dérange pas du tout, puisqu'il apprécie beaucoup ces deux musiciens. M'enfin, il pense plutôt qu'il s'agit d'une coïncidence due au fait qu'il parle, plus qu'il ne chante sur la mélodie. Et puis que sa voix est aussi éraillée. Et d'expliquer : " On ne fait pas du bel canto, je dispose plutôt d'un baryton cassé enclin à raconter des histoires ". Les deux compères ont beaucoup d'admiration pour Dr John. " Parce qu'il représente l'esprit de New-Orleans ", motive le Révérend. Ainsi que pour feu Screamin Jay Hawkins. Sur les traces duquel ils marchent peut-être. Et le Doc d'avouer " Oui, nous avons adopté, quelque part, son jeu de scène, sa manière de présenter les musiciens. C'est même devenu un élément déterminant au sein du groupe. Ce maître est décédé l'an dernier. Et comme nous sommes toujours vivants, nous essayons de perpétuer son héritage… "

(Version originale de l'interview parue dans le n° 89 - janvier/février 2000 du magazine Mofo)

 

lundi, 31 janvier 2000 04:00

Virage à 180°

Trio norvégien, particulièrement talentueux sur les planches, Motorpsycho vient de prendre un virage à 180°, en enregistrant, " Let them eat cake ", son nouvel album. En d'autres termes, il vient de passer d'un style progressif, inspiré par les seventies, à une démarche plus contemporaine ; toujours aussi élaborée, mais à l'instar d'un Flaming Lips ou de Mercury Rev, fruit de la rencontre entre la pop/rock, la technologie moderne et la musique symphonique. C'est Hans Magnus Ryan alias Snash, le guitariste, qui s'est chargé d'expliquer la raison de cette métamorphose…

Pourquoi ce changement radical de style ?

Nous avions besoin de relever un défi. Faire autre chose. Ne plus se satisfaire de la formule du power trio, dont nous avions assez longtemps testé l'efficacité. Au départ, notre démarche exigeait un certain type d'instrumentation et de feeling. On a donc dû se remettre en question. Sortir de ce carcan. Nous voulions que nos chansons soient plus légères. Et on a multiplié les arrangements. A un tel point que les compositions sont devenues plus complexes et totalement différentes des albums précédents.

Avez-vous l'intention de jouer ce type de musique " live " ?

Jouer 'live', c'est quelque chose qu'on a en nous. Mais réaliser un album, c'est autre chose. D'autant plus que pour la toute première fois, nous avons pris tout notre temps pour l'enregistrer. Nous avons évolué en tant que compositeurs et musiciens. En alignant des albums dont la ligne de conduite avait toujours reposé sur un son véritablement heavy. Pour ce nouvel opus, nous avons eu une autre approche, un autre toucher, un autre feeling de nos chansons. Cela nous a demandé des mois de travail. Parce que nous souhaitions que le groove soit coulant et surtout pas hard. Nous ne voulions plus le traiter comme le métal. En fait l'enjeu n'était pas de faire quelque chose en plus, mais de faire éclater le concept du power trio…

Où avez-vous enregistré cet album ?

A Horten, dans un bled du sud de la Finlande, à deux heures de route d'Oslo. Aux studios 'Analog'. Un immeuble particulièrement spacieux, équipé d'une salle d'enregistrement en bois, et doté d'un étage aménagé en appartements, avec chambres, salon, etc. On y vit toute la journée. C'est un superbe endroit pour travailler. Une petite ville où on a l'impression d'être coupés du monde. Il est très important pour nous de vivre au sein d'un tel environnement, pour créer de la bonne musique. Dans les grandes villes, il est tellement plus facile de se laisser distraire. Nous y perdons notre énergie. Et nous n'avons plus assez de concentration pour travailler correctement.

Ce qui explique sans doute pourquoi, on ressent une certaine quiétude, tout au long de ce disque ?

C'est peut-être aussi parce que nous sommes nés dans un endroit calme. A Trondheim. D'ailleurs, dès que nous aurons bouclé nos tournées, nous y retournerons. C'est notre retraite. Nous avons besoin de cet isolement. Ce qui nous permet de retrouver l'inspiration. Nous évitons de nous mêler au business. Question de rester nous-mêmes. Simplement en essayant de progresser au jour le jour…

Avez-vous réellement fait appel à un orchestre symphonique, pour enregistrer ce disque, ou vous êtes-vous simplement contentés de samples ?

En fait, il s'agit d'un quatuor à cordes et d'une section de cuivres. Nous avons également utilisé un huit pistes et le mellotron. Mais ce mellotron, nous ne l'avons pas employé comme sur l'album " The tussler ". De manière à produire une énergie frictionnelle entre tous les éléments. Une technique de prise directe qui exige des arrangements complets et de qualité…

Est-ce que Mercury Rev et le Flaming Lips constituent, pour Motorpsycho, des exemples à suivre ?

Oh oui, absolument ! Ils sont les précurseurs de cette approche musicale, de cette rencontre entre les cordes, les cuivres et le rock classique. Ce sont des groupes formidables. Et sincèrement nous avons beaucoup d'affinités avec ces formations…

Une formule qui permet de mieux communiquer les émotions ?

D'une certaine manière. Lorsque tu travailles avec des cordes et des cuivres, tu dois rester conscient de ce que tu fais. Le problème, ce sont les stéréotypes. Si tu te contentes de faire ronronner la chanson, c'est sans intérêt. Il faut toujours essayer de capturer cette énergie frictionnelle. Qui elle-même servira de base aux arrangements. J'ignore si nous avons réussi dans notre entreprise. Seul l'avenir nous le dira. Mais on l'espère. De toutes façons, nous recommencerons l'expérience…

Vous avez intitulé votre album " Let them eat cake ". Le prochain ce sera " Let them drink tea " ?

(Rires) Pourquoi pas ? En fait, en poussant la plaisanterie, nous aurions pu l'intituler " L'histoire de Marie-Antoinette " (NDR : ah bon !). C'est simplement de l'ironie. Nous avons pris un risque, en enregistrant cet album. Parce qu'une frange importante de notre public nous a toujours considérés comme un groupe de hard rock (NDR : du côté des doigts de pied alors !). Et les fans les plus radicaux, risquent d'être quelque peu déçus. Mais je pense, que nous ne devons pas extrapoler sur leur réaction. Il est préférable de se concentrer sur ce qui se passe ici et maintenant. Et tant pis si ce public ne veut pas changer. Mais il reste seul juge. S'il estime que nous avons manqué notre cible, nous en prendrons acte…

Sur ce nouvel album, figure une composition un peu différente : " A song for a Bro' ". Plus jazz, plus blues, elle constitue, je suppose, un hommage aux Allman Brothers Band. Pourquoi l'avoir incluse sur cet album ?

C'était en quelque sorte, prémédité. En fait, cet hommage aux Allman Brothers Band est encore un nouveau type d'expérimentation opéré par Motorpsycho. Un exercice de style au sein duquel on se trouve assez à l'aise. C'est une très bonne chanson dotée d'un potentiel pour la jouer sur scène. C'est une composition qui s'accroche à des concepts musicaux propres à ceux que pratiquaient les groupes des seventies. Nous sommes un peu des nostalgiques, des romantiques, si tu préfères, de cette époque. Et nous trouvons génial de transposer ce type de musique, dans le temps présent. Parce que c'est la musique qu'on aime…

Avez-vous l'intention de tourner un clip avec une des chansons de ce nouvel album ?

Oui. Chaque fois que nous nous produisons sur scène, des amis filment nos prestations. Nous disposons déjà d'un stock d'images assez conséquent, que nous pourrons utiliser dans le futur. Mais c'est vrai que nous avons tourné une vidéo pour " The other fool ". En 16 mm. Nous avons rebondi sur un trampoline pendant des heures et des heures. Des exercices qui ont été fixé sur la pellicule, mais à grande vitesse. De manière à obtenir un effet de ralenti. Nous ne l'avons pas encore visionnée. Mais je suis sûr qu'elle sera percutante. Parce que son réalisateur, avec qui nous collaborons étroitement depuis un bon bout de temps, est la même personne qui s'occupe du concept des pochettes de nos albums.

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 80 - janvier 2000 - du magazine Mofo)

 

dimanche, 31 décembre 2000 04:00

Hanté par le falsetto de Jeff Buckley...

Depuis la sortie de " Showbiz ", en octobre 1999, album qui a dépassé la barre de 250.000 exemplaires vendus à travers le monde, Muse n'a jamais cessé de tourner. Le trio de Teignmouth, une petite cité balnéaire du sud de l'Angleterre, a bien gravé quelques singles depuis, mais rien de vraiment très neuf à se mettre dans l'oreille. Pourtant, Matthew Bellamy, Dominic Howard et Chris Wolsenholme ont composé un tas de nouvelles chansons au cours de ce long périple, répertoire qui devrait leur permettre de graver un deuxième opus…

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres, puisque depuis leurs débuts, qui remontent officiellement à 1998, le combo s'est fixé une ligne de conduite draconienne. Matt (qui tient le plus souvent le crachoir) s'explique : " Nous n'entrerons pas en studio simplement parce que nous avons trouvé le temps d'enregistrer. C'était clair depuis le départ. Nous nous y rendrons lorsque nous pourrons offrir quelque chose de radicalement différent et de meilleur que le précédent. Si nous devions nous rendre compte que ce n'était pas le cas, même après l'avoir enregistré, nous ne le sortirions pas. Et ce sera chaque fois pareil ! " La barre est donc placée très haute, puisque ‘Showbiz’ était déjà d'excellente facture. Un disque qui leur avait valu moult comparaisons avec Radiohead, dans la presse spécialisée ou non. Ce qui peut s'expliquer en partie, lorsqu'on sait que c'était John Leckie, notamment responsable de la mise en forme de ‘The bends’, qui en avait assuré la production. Des comparaisons que les musiciens ne dérangent pas du tout. Ils les trouvent même flatteuses. Matt pense d'ailleurs que ces réactions sont dues au fait qu'aussi bien Thom (Yorke) que lui-même vouent une grande admiration à l'œuvre de Jeff Buckley ; et surtout à la force émotionnelle qu'elle était capable de libérer. Il considère même que Buckley est une influence majeure pour Muse. Lorsqu'il chante, il a parfois l'impression que son falsetto le hante. Brrr… ! Matt apprécie également beaucoup Tom Waits. A cause de son sens de la mise en scène. D'ailleurs il considère ‘Blue Valentine’ comme la chanson qui le décrit le mieux. En 1994, en assistant à un set de Rage Against The Machine, accordé au Reading, il a eu la confirmation que le rock devait être une expérience corporelle et pas seulement une nourriture pour l'âme. Ce qui explique sans doute pourquoi leurs concerts sont aussi urgents et intuitifs. Il s'intéresse cependant à d'autres courants musicaux. La musique espagnole notamment. Et en particulier les arrangements orchestraux de Villa Lobos. La musique symphonique également. Berlioz en tête de liste ( !?!?) ; parce que sa muse ( ?!?!) libère une intensité et une puissance incomparables. Le blues, par contre, c'est pas trop son truc, même s'il reconnaît que ‘Falling down’ en a des connotations. " En fait, la presse m'a déniché des racines blues, parce que j'ai un jour déclaré que Robert Johnson était un de mes compositeurs favoris ". Paradoxalement le groupe n'est pas tellement attiré par la britpop des Oasis, Blur et consorts. Mais plutôt par la musique américaine. Nirvana et Smashing Punmpkins en particulier. Parce que leur musique est un conducteur idéal pour libérer des émotions.

Fils de musicien qui a sévi au cours des 60's chez les Tornadoes, Matt est incontestablement la figure de proue de la formation. Normal, puisque non seulement il chante et joue de la guitare, mais aussi et surtout écrit les paroles des chansons. " Sur le premier album, il y a des choses qui sont inspirées par des expériences personnelles. Dorénavant, j'écrirai davantage à ce qui ressemble au monde. La face sombre de la nature humaine. Ses angoisses, ses douleurs, enfin tout ce qui appartient au quotidien. En fait, toute cette énergie négative vient de la ville d'où nous sommes originaires. Beaucoup de nos amis sont allés à l'université ou sont devenus des dealers. Si je ne m'étais pas investi chez Muse, je serais probablement devenu une personne détestable et violente. La musique me libère et véhicule mes émotions. " Quelque part, on pourrait imaginer que la frustration est un des thèmes principaux de ses chansons. Et ses chansons reflètent cet état d'esprit. " Il s'agit davantage de confusion que de frustration ", réplique-t-il. " La confusion au sujet de la vie, de l'existence".

Muse possède la particularité de disposer de six contrats différents à travers le monde. Aux USA, ils ont signé chez Maverick, le label de Madonna, en France, chez Naïve, en Allemagne chez Motor et en Grande-Bretagne chez Mushroom. Une situation qui peut paraître assez compliquée au départ, et même devenir à terme un handicap. Mais qui est finalement devenue la force du groupe. " En fait, cela nous permet de choisir où on va. Nous avons le contrôle total de notre production. Cela nous permet de choisir l'endroit où on veut jouer. En outre, si tu n'es signé que par un seul label, s'il te vire tu te retrouves sans rien. Dans notre cas, si un label nous lâche, nous en avons encore cinq de rechange, et on peut continuer. C'est une forme de stratégie. Et ce n'est pas aussi compliqué que tu penses à gérer. Nous avons engagé des managers compétents pour s'occuper de nos affaires… "

 

 

jeudi, 31 août 2000 05:00

Groupe pépère?

Dans l'univers de la pop et du rock, Grandaddy est vraiment un cas à part. Ses musiciens sont d'abord capables de prendre du recul par rapport à cet univers. Et puis de privilégier la qualité de la vie sur les contraintes liées au succès. Pas étonnant qu'ils vivent dans un petit patelin perdu au fond de la Californie, dont vous n'avez peut-être jamais entendu parler : Modesto. Une philosophie qui sied très bien à leur leader, chanteur, compositeur et guitariste, Jason Lytle. Un personnage capable de poser un regard critique sur l'évolution du monde contemporain, à son goût beaucoup trop dépendant de la machine. Et ce regard critique, Jason le traduit à travers ses lyrics. Mais également le discours qu'il nous a tenu tout au long de cette interview…

Dans son esprit, ce qui est essentiel aujourd'hui sera dépassé demain. " J'ai parfois l'impression que le monde est perdu au fond d'un énorme trou. Un vide d'idées, bourré de choses inutiles, qui génère une trop grande quantité de déchets. Et c'est vraiment malheureux. A cause de cette situation, les être humains sont incapables d'apprécier les choses les plus simples, trop occupés à produire des choses superflues et à gaspiller. Et ils ne s'en rendent même pas compte. Plus grand monde n'est capable de jouir des vertus de la simplicité. De rencontrer le bonheur à travers la simple promenade dans un bois, à l'écoute du bruissement des feuilles d'un arbre ou du chant des oiseaux. Les êtres humains sont vampirisés par des gadgets qui font bip bip, clic clac, etc. Je pense qu'il est temps que quelqu'un leur rappelle qu'ils doivent relativiser, rester cool. Le pire, c'est que ces valeurs n'ont plus cours, et devraient, à mon sens, être réenseignées… " Si dans une de ses chansons, Jason conseille de ne pas trop faire confiance à la machine, dans une autre il dresse des analogies entre le système électronique et les êtres humains. Un paradoxe que reconnaît Jason : " J'adore les contradictions. Elles font partie de ma personnalité. C'est sans doute dû au fait que j'ai peut-être tendance à faire de grandes généralisations. " Comme par exemple lorsqu'il compare son nouvel album à l'image d'un endroit où le rêve de la fin du XXème siècle va mourir. Et la réponse de fuser : " Peut-être que si le XXème siècle était bourré, alors le XXIème aura la gueule de bois. Je suis un peu fataliste, mais au fond de moi-même, j'aimerais bien qu'il subsiste encore de l'espoir… "

Jason Lytle se défend avoir voulu enregistrer un concept album. Parce qu'il ne s'en est vraiment rendu compte qu'au fil des sessions d'enregistrement. C'est à dire lorsque le disque a pris de la forme et de la consistance. En fait, ses idées étaient tellement précises et représentatives de ce qui se passait autour de lui, à ce moment là, qu'elles nécessitaient un fil conducteur. " Mais franchement, ce n'était pas intentionnel ! ", ajoute-t-il. L'enregistrement de cet opus n'a pas été réalisé dans un studio de haut standing, vous vous en doutez ; ce qui ne l'empêche pas d'être superbement produit. Mais comme le rappelle si bien Jason : " J'évite de travailler dans des studios coûteux, parce qu'ils ressemblent à des hôpitaux et que le son qui en est tiré est trop clinique… " Soucieux de liberté d'action, Jason est capable d'enregistrer 24 heures d'affilée. Il déteste le saucissonnage dans le temps. Il veut bénéficier d'une disponibilité constante. A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il aime cette capacité d'adaptation. Enregistrer est même, pour lui, devenu une drogue. " On y devient facilement accro ", avoue-t-il. " Et tout le travail de production et d'engineering n'est que du blablabla. Il y a suffisamment longtemps que j'exerce ce boulot pour savoir de quoi je parle. "

Depuis la sortie du précédent opus, Grandaddy a intégré deux nouveaux musiciens. Un guitariste et surtout un claviériste. Enfin, pas tout à fait, puisque ce dernier, qui répond au nom de Tim Dryden, participait déjà aux tournées. Ce qui explique pourquoi le climat du nouveau CD, ‘The sophtware slump’, est beaucoup plus atmosphérique. Et Jason va même encore plus loin : " L'apport du clavier dans notre musique permet de donner davantage de variété et de couleur dans le son, d'offrir plus de possibilités et d'aptitudes à exprimer des idées. Unidimensionnelle, la guitare a beaucoup plus de limites. En fait, chez Grandaddy on cherche à varier les images à partir des fréquences et des sons. Une technique qui est assez compliquée et pas facile à assimiler dans le monde de la musique pop. Et le clavier nous facilite cette tâche… "

La chanson ‘Jed the humanoid’ opère une comparaison entre un ami mort et un computer ; à moins que ce ne soit l'inverse. Elle méritait, en tous cas une explication un peu plus précise. " En fait, c'est une histoire à propos de l'alcool. Un problème que j'ai beaucoup de mal à surmonter. Mais je n'avais pas envie de me morfondre à ce sujet et de me faire passer pour une andouille. En fait cette chanson est un peu une thérapie. Un message envers moi-même. Qui m'est soufflé par Jed. Me rappelant que le mélange entre l'alcool et l'électronique n'est pas très bon. Et j'ai écrit cette chanson comme un conte de fées abordé sous un angle futuriste, surnaturel. Mais il est exact qu'on y ressent cette forme de tristesse douce-amère dont je suis très friand. "

Jason aime des tas de styles musicaux. Pas trop la dance. Parce qu'on sait où elle va. Mais bien la musique classique. Car elle permet à l'esprit de dériver, de déborder les frontières. Elle est idéale pour explorer. Et essayer de produire ce genre de son dans le carcan de la musique actuelle, est pour lui un grand défi. Et un défi qu'il apprécie. Pourtant, il n'est pas enclin à jouer en compagnie d'un orchestre symphonique : " J'aime autant disposer d'un clavier capable de représenter un orchestre. " Curieusement, le nouveau concept imaginé par Flaming Lips ne semble pas trop correspondre à sa sensibilité. Parce que dans le contexte de la musique pop contemporaine, ils ont trop tendance à rendre leur chanson la plus expansive possible… Mais il a beaucoup d'estime pour Howe Gelb. Ou plus exactement pour ce qu'il fait : " C'est vrai que ses idées volent parfois un peu trop haut. Que ses spectacles sont assez imprévisibles, et parfois même inaudibles. Mais c'est probablement le musicien le plus passionnant et le plus saisissant de notre époque. J'ai ainsi appris qu'il aurait mis en forme deux albums en un jour. Il crée toujours de la matière intéressante. Personnellement, j'aime cette idée de battre le fer tant qu'il est chaud. D'être sûr de pouvoir s'occuper de tout dans un temps imparti. Profiter de l'instant présent. Et je crois qu'il se conduit de la même manière depuis bien longtemps… "

Si Jason apprécie également Jeff Lynne, c'est avant tout pour ses compétences d'arrangeur et de producteur. Quant à Neil Young, il admire son intégrité, une philosophie de vie qu'il a toujours respectée et qui est digne d'intérêt. " Lorsque je lis des articles, dans des magazines, sur des groupes qui n'ont strictement rien d'intéressant à raconter, qui ne mènent pas une existence intéressante, et qui pour se rendre importants racontent des mensonges, j'en suis malade. Il faut avoir vécu l'aventure, avant de pouvoir écrire quelque chose à votre sujet. Et je crois que Neil correspond fidèlement à cette image. C'est pourquoi nous essayons de mener une vie intéressante… "

Merci à Vincent Devos

(Version originale de l'interview parue dans le n° 88 - Décembre 2000 - de Mofo)

Fondé en 1995 par le compositeur, guitariste et leader spirituel, Tom Cullinan et le bassiste, Sean Newsham, Quickspace a perdu en chemin son Supersport, puis tous les autres musiciens. Qu'ils ont remplacé assez facilement, il faut le souligner, mais sans que la musique ne souffre de ces changements de line up. Sean est, en outre, propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Un atout supplémentaire pour ce toujours quintette londonien, qui mériterait un autre statut que celui de culte underground. Et leur dernier album, " Precious falling ", sorti l'an dernier, en est la plus belle illustration. Tom et Sean à l'interview, c'était donc plus qu'un choix, mais une nécessité…

Pourquoi Quickspace a-t-il perdu son épithète Supersport, en 1996 ?

S : Parce qu'il était grand temps de l'éliminer. De toutes manières, les journalistes l'auraient fait, un jour, à notre place. Les gens ont une tendance naturelle à raccourcir un nom dès qu'il leur semble un peu trop long…

T : Au sein du groupe, on devisait rarement de Quickspace Supersport, mais plus simplement de Quickspace. En fait, cette épithète ne servait rien. Le nom était trop élaboré. Mais ce que je n'ai jamais trop bien compris, c'est pourquoi le public ne l'a pas laissé tomber avant nous…

Qu'est-ce qui a fondamentalement évolué au sein du groupe, depuis deux ans ?

S : Notre âge. Nous avons deux ans de plus. Mais nous avons aussi enregistré le remplacement de quelques musiciens, ce qui a inévitablement entraîné une évolution de notre style musical.

T : Le premier line up a donné tout ce qu'il avait dans le ventre. Nous affichions des attitudes différentes, notamment au niveau des besoins et des ambitions. Aujourd'hui, nous sommes passés au chapitre suivant. Au départ, on a imaginé Quickspace comme un ensemble solidement défini, par une structure de base, autour de laquelle des tas d'invités pourraient se joindre, au gré des circonstances. Un peu comme un groupe à géométrie variable. Finalement, ce projet a toujours été plus solide que nous ne le pensions. Mais ces changements de line up ne sont pas toujours faciles à gérer, même s'ils se révèlent, au bout du compte, plutôt enrichissants pour permettre à une formation d'évoluer…

S : Nous avons eu de la chance, car ces perturbations ont été très bénéfiques ; surtout à l'esprit d'équipe…

The Faith'n Healers était le groupe précédent de Tom, un groupe à vocation plus métallique, plus heavy, à la limite du grunge. Avec le recul, comment évalues-tu cette période ?

T : On s'amusait beaucoup, rien qu'à brancher une guitare et à en tirer le meilleur parti possible. On faisait tout ce qu'on voulait. Enfin, presque. Le plus possible, quoi. Mais au bout d'un certain temps, on doit pouvoir s'arrêter et se remettre en question. Sans quoi on tombe dans la routine…

Comment réagissez-vous face aux fréquentes comparaisons, effectuées dans la presse, entre la musique de Quickspace et celle de Stereolab ?

S : Ce sont les élucubrations de journalistes stupides…

T : C'est vrai qu'on en a marre de toutes ces comparaisons primaires. Je suppose que c'est par fainéantise que les journalistes cultivent ce type de comparaison. Et nos copains de Stereolab partagent certainement notre avis, à ce sujet… Il s'établit souvent une certaine sympathie entre les groupes qui appartiennent au même label. Autrefois, nous les rencontrions régulièrement. Mais aujourd'hui, nous ne nous voyons presque plus. Nous sommes cependant toujours en bons termes avec eux. Mais en général, lorsqu'ils sont en studio, nous sommes en tournée, et vice versa…

Peut-on dire que la musique de Quickspace est à la fois psychédélique, cosmique et visionnaire ?

T : Ca fait beaucoup de choses à la fois ! Je ne pense pas qu'elle soit visionnaire, même si je reconnais qu'on y voit beaucoup de choses (rires)…

Lesquelles ?

S : En fait, nos observations sont plus hallucinatoires que visionnaires. Nous ne sommes pas des prophètes. C'est un exercice difficile, parce qu'il exige un travail à la limite du monde au sein duquel on vit. Visionnaire veut dire voir quelque chose, à moins que quelqu'un d'autre devine ce que vous pressentez. Je sais ce que je veux dire, mais je parviens difficilement à l'exprimer. En fait, c'est un sentiment qui vous tombe dessus sans crier gare, et lorsque vous vous en apercevez, vous en faites ce que bon vous semble. Finalement, c'est un peu l'antithèse de la perspective visionnaire. Nous avançons à tâtons, en espérant qu'une idée émerge. Et lorsqu'elle n'est pas bonne, nous l'écartons et remettons notre métier sur notre ouvrage…

Apparemment, vos textes n'ont qu'un rôle secondaire au sein de vos chansons. Une explication ?

T : C'est exact ! Pour nous, ils doivent simplement enrichir les mélodies, pas les supplanter. Si on met trop l'accent sur les paroles, ils volent la vedette à la mélodie. Ce qui est judicieux pour Bob Dylan, Léonard Cohen, et ce type de chanteur, ce n'est pas notre truc. Ce qui nous intéresse le plus, c'est le son des instruments dans leur ensemble. L'orchestration si tu préfères. Ni les paroles, ni l'instrumentation ne peuvent devenir envahissantes. Nous recherchons la complémentarité de toutes les composantes de notre musique, y compris les parties vocales…

Quelle place réservez-vous à l'improvisation dans votre musique ? Live ? Et en studio ?

T : L'improvisation est une technique merveilleuse. Mais en général, nous n'y avons recours que " live ". En fait, lorsque nous improvisons en studio, c'est pour écrire de nouvelles chansons. Mais en public, nous apportons un plus à la chanson, plutôt que de la transformer. Pour être honnêtes, nous ne sommes pas des experts dans ce domaine. Nous avons besoin de structures ; l'impro se résume à donner la répartie instrumentale. Mais en général, nos standards, sont assez figés.

S : Disons que nous improvisons endéans certains paramètres bien définis…

Pourquoi y a-t-il deux versions différentes de " Quickspace happy song ", sur votre dernier album ? Est-ce un exercice de style ?

S : Non, non, ce ne sont pas deux versions différentes d'une chanson. Ce sont deux chansons différentes !

Pourquoi le mot " mountain " revient régulièrement dans le titre de vos chansons ?

T : Parce qu'il s'agit de la même chanson interprétée différemment. Que ce soit " The precious mountain ", " The mountains wolves " ou " Goodbye mountain ". La mélodie est identique. La première composition est la version originale. Plus lente, la deuxième se déroule comme une bande son, avec des cordes superposées aux claviers. La troisième est une adaptation folk un peu loufoque, que Shaun et moi même avons agrémentée de petits gadgets insolites, et notamment des clochettes…

Est-ce que la deuxième version de " Precious mountain ", enregistrée en 1997, est un hommage à Enio Morricone ?

T : Oui, on aime beaucoup la bande sonore cinématographique, et en particulier celle d'Enio Morricone.

Pas encore eu l'idée d'en composer ?

S : Si, mais jusqu'à ce jour, nous n'avons pas eu de proposition concrète pour y être associée.

Vous avez participé à l'émission de John Peel en octobre 98. Une bonne expérience ?

T : Pour être honnête, pas vraiment ! Nous adorons John Peel, c'est quelqu'un de formidable, mais cette aventure fut loin d'être une réussite.

Pourquoi ?

S : En fait, nous souhaitions réaliser quelque chose de nouveau. Mais nous sommes beaucoup trop habitués à évoluer dans notre studio. Aussi, lorsque nous ne sommes plus dans nos meubles, nous avons d'énormes difficultés à tenir la rampe…

On ne doit donc pas espérer de " Peel session " consacrée à Quickspace ?

S : Non, le résultat était nettement insuffisant, et puis surtout le son était trop terne. Cette expérience reste pour nous un échec…

Les illustrations de la pochette de votre album sont exclusivement consacrées à des arbres. Vous avez un message écologiste à faire passer ?

T : C'est assez long à expliquer. En fait, tous les membres du groupe rêvent d'un monde plus clean. Mais paradoxalement, nous continuons à utiliser des camions, camionnettes ou empruntons des avions pour nous déplacer. On aggrave, en quelque sorte, la pollution. Nous sommes des consommateurs, et par conséquent nous serions hypocrites de nous proclamer de purs écologistes. Evidemment, nous souhaitons, au plus profond de nous même, que le monde soit moins pollué. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait que les gens au pouvoir se préoccupent sérieusement du problème. A notre niveau, nous n'avons aucun pouvoir. Nous aimons les arbres et la nature. Quickspace est en quelque sorte un mélange de nature et de consumérisme…

Sean tu es le propriétaire du label Kitty Kitty Corps. Tu le réserves uniquement à Quickspace ?

S : Non, non. Novak et Ligament viennent d'ailleurs d'enregistrer un nouvel album en nos studios. Des disques qui devraient sortir début 99. Tout comme celui de Penthouse, d'ailleurs, un groupe qui après avoir transité par quelques labels est finalement atterri chez Kitty Kitty Corps. Au départ, la raison d'être de ce label était de soutenir Quickspace; mais au fil du temps, nous avons changé notre fusil d'épaule, en y adjoignant d'autres formations, en leur permettant de travailler dans nos studios, en enregistrant leur création, en sortant leurs disques, en faisant leur promotion, en leur donnant des conseils, et en assurant le suivi. Tout ce que nous pouvons faire pour les aider. De manière à ce qu'ils puissent réaliser leur objectif. C'est une réelle satisfaction pour nous de pouvoir aider d'autres artistes. Parce que chaque disque a sa valeur intrinsèque, ses propres mérites. Et j'en suis très heureux.

Pas trop difficile de cumuler les fonctions de manager, de production et de musicien ?

S : Ce job est full time, et on a absolument intérêt à bien gérer son temps. Heureusement que je peux compter sur Tom. Lorsque je me consacre à un groupe qui travaille en studio, Tom vaque à d'autres occupations, comme par exemple celle de préparer la sortie de l'album. On se relaie constamment en apportant mutuellement notre propre expérience. Une anecdote ? Lors de l'enregistrement de l'album de Novak, il se tapait la cuisine…

Quelques réactions bien tranchées :

Tortoise ? Bon, jazzy.

Labradford ? Connais pas !

Mogwai ? Dynamique.

Spacemen 3 ? Une réelle source d'inspiration !

Sonic Youth ? De la merde, pardon, de l'art rock !

La new age ? De la musique pour néo hippies !

Neu, Can, Faust et le " krautrock " en général ? Germanique !

Merci à Vincent Devos

(Version originale de l'interview parue dans le n° 71- mars 1999 - de Mofo)

 

vendredi, 30 avril 1999 05:00

Une combinaison à quatre secrets...

Après avoir lu tout ce qu'on a pu raconter sur ses prestations scéniques, il était assez facile d'imaginer que ce quatuor écossais cultivait une image de groupe punk pur et dur. Dans l'esprit de Manic Street Preachers circa " Generation terrorists ". Après avoir écouté leur deuxième album, " Hope is important ", et surtout rencontré le guitariste, Rod Jones, puis le chanteur lyriciste, Roddy Wooble, il a fallu revoir, ce qui n'était finalement qu'une accumulation de préjugés. Rod et Roddy, pourtant méchamment grippés, se sont d'ailleurs relayés pour chasser de notre esprit, tout ce qui aurait pu encore nous permettre d'en douter…

Idlewild symbolise-t-il, quelque part, le futur du punk ?

Rod : Je ne pense pas que nous soyons un groupe punk. Mais plutôt pop. Noisy pop, pour être pus précis. Enfin, pour l'instant. Parce que nous sommes toujours aussi incapables de prédire l'avenir. Faudrait voir comment nous allons évoluer et surtout à quoi ressemblera notre prochain album…

Franchement, j'ai du mal à voir Idlewild dans la peau de My Bloody Valentine ou de Jesus & Mary Chain !

Rod : A nos débuts, nous véhiculions l'image d'un groupe dévastateur, incapable de jouer sur plus de trois cordes. Je crois que c'était un peu exagéré. Il est exact que nous ne faisions pas dans la dentelle, mais nous avons toujours accordé beaucoup d'importance au sens mélodique. La mélodie, pour nous, a toujours été primordiale, même lorsqu'elle est sculptée dans le bruit. Car il est excessivement rare de composer une bonne chanson, si au départ, on ne dispose pas d'une bonne mélodie…

Roddy est le responsable des lyrics ; mais qui s'occupe de la musique, au sein du groupe ?

Rod : Pour l'enregistrement de cet album, je me suis pointé avec les mélodies échafaudées à la guitare, et Roddy y a mis les mots. Bob a ajouté les parties de basse et Colin les drums. Chacun joue en quelque sorte sa propre partition. Ou plus exactement, nous fonctionnons comme une combinaison à quatre secrets. C'est ainsi que nous élaborons nos chansons. Faut dire que nous avons tous des sensibilités musicales différentes. A l'origine, nos influences gravitaient autour de quatre axes. Sonic Youth, dEUS, Nirvana et Pavement. Mais comme elles ont évolué, notre musique a également évolué. Parce que nous apportons tous notre propre contribution au processus d'écriture. C'est peut-être également la raison pour laquelle, nous ne sonnons pas nécessairement comme un autre groupe. Si nous écoutions tous les mêmes artistes, il est probable que nous leur ressemblerions

Pourtant, dans un magazine britannique, j'ai lu dernièrement que votre musique était très proche de celle d'un Fugazi qui aurait mangé de la viande. Je suppose que vous n'êtes pas végétariens ?

Rod : Non, pas du tout !

Que penses-tu de cette allusion ?

Rod : Rien ! Je trouve à la fois bizarre, mais en même temps flatteur d'être comparé à de bons groupes. Surtout, lorsque nous les apprécions tout particulièrement. Mais sincèrement, je ne vois pas du tout l'utilité de ce type de comparaisons.

Qui est ce 'captain', régulièrement évoqué dans vos chansons ?

Rod : Notre producteur…C'est son surnom !

Etes-vous angoissé par l'incertitude du futur, comme le sous-entend la chanson " A film for the future " ?

Rod : Nous sommes plutôt en prise avec le temps présent. Si tu es perpétuellement tracassé par tout ce qui peut t'arriver, tu risques de devenir fou. Le futur n'est pas, pour nous, une obsession. Personnellement, je me concentre sur le quotidien. A chaque jour suffit sa peine…

En intitulant votre album " Hope is important ", vous accordez quand même de l'importance à l'espérance, donc à l'avenir. Mais qu'attendez-vous réellement du futur ?

Rod : Nous souhaitons enregistrer de bons albums. Et j'espère que le prochain sera meilleur que celui-ci. Mais j'aspire surtout que nous progressions, afin que notre aventure, en tant que groupe, puisse se poursuivre le plus longtemps possible…

Et si on parlait un peu de Roddy (NDR : d'autant plus qu'il n'est pas encore arrivé, et que le stock de questions commence à s'épuiser…) En écrivant " Paint nothing ", pensait-il nostalgiquement aux copains qu'il avait fréquentés à l'école des beaux-arts ?

Rod : Oui, je le crois. Roddy a notamment composé plusieurs chansons sur cet album, consacrées à des aventures qui sont arrivées à des personnes qu'il côtoyait. Il tient cependant à rester le plus vague possible dans ce domaine, de manière à permettre à chacun de pouvoir en avoir sa propre interprétation.

Pourquoi une chanson est un mensonge magnifique (NDR : par référence à la chanson " A song is beautiful lie ") ?

Rod : Je n'en sais rien, il vaut mieux écarter cette question… (NDR : heureusement Roddy Wooble arrive. Juste le temps des présentations d'usage, de reformuler la question, et l'entretien peut se poursuivre…)

Roddy : Il s'agit simplement d'une locution, comme en trouve des tas dans nos chansons. " I am a message " en est une autre. Et tu as certainement dû également te poser le même type de question, à son sujet. En fait, chacun est libre d'en retirer sa propre signification. La plupart des lyricistes imaginent souvent que ce qu'ils disent a valeur d'évangile. Pour nous, pourvu que nous puisions faire passer un feeling, une émotion, peu importe que nos textes aient une signification différente chez l'auditeur.

Roddy, est-ce que ton journal intime est une source d'inspiration pour tes lyrics ?

Roddy : Non, il s'agit plutôt d'un aide-mémoire. Je ne m'en sers pas pour écrire les chansons. Enfin, pas directement. En fait, ce journal ne sert qu'à consigner mes observations personnelles sur tout ce qui se passe autour de moi. Tu penses qu'il serait intéressant de plaquer de telles annotations sur des accords ?

Tu es également attiré par l'art en général. La photographie et le dessin en particulier. Considères-tu la musique comme un tremplin pour ces activités artistiques ?

Roddy : Lorsque tu fais partie d'un groupe, tu as l'occasion de te frotter à tout ce qui touche à l'art. Aussi bien en dessinant une pochette qu'en prenant des photos, en réalisant une vidéo, en écrivant des lyrics ou en composant de la musique. C'est ce qui m'intéresse. Parce que lorsque tu écris un bouquin, tu ne vois pas la réaction des gens. Tandis que lorsque tu sors un disque, celle des auditeurs est immédiate…

Au cours de ta jeunesse, tu as vécu successivement en Amérique et puis en France. Est-il exact que tu refusais de fréquenter l'école ?

Roddy : En fait, à l'époque, j'étais très jeune. Et le système de scolarisation ne me convenait pas. Et c'est ma mère, qui était prof, qui s'est alors chargée de me dispenser les cours…

Ce séjour aux States explique-t-il ta passion pour la musique country ; et en particulier pour des groupes ou des artistes tels que Tom Waits, Gram Parsons, Smog ou Will Oldham ?

Roddy : Pas vraiment. Lorsque j'ai vécu aux Etats-Unis, je ne prêtais pas tellement attention à la musique. A la limite à l'une ou l'autre chanson populaire. En tout cas, cela n'a pas trop dû me marquer. J'aime la musique country parce que je la ressens au plus profond de moi-même. Plus tu écoutes cette musique, plus tu te sens capable de séparer le grain de l'ivraie ; et lorsque tu parviens à en faire le tri, tu cherches à te l'approprier…

En tant que grand fan de REM, que penses-tu de leur dernier album ?

Roddy : J'aime beaucoup REM. En plus de 20 années d'existence, il a toujours fait preuve d'une qualité constante. Le dernier album est différent, c'est vrai. Mais je l'aime autant que les autres. Parce qu'il est avant-gardiste et exige une certaine tournure d'esprit pour véritablement être apprécié. Une faculté d'adaptation pas toujours évidente à acquérir…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n°72 - avril 1999 - de Mofo)

 

 

lundi, 31 mai 1999 05:00

Un éloge de la joie dans la mort?

Michaël John Sheehy, Andrew Park et Laurence Ash sont des personnages à la fois ouverts, cultivés et intarissables. Ils viennent, en outre, de sortir leur deuxième album, " In the cold light of morning ". Un disque fort intéressant, dont l'éclectisme peut pourtant se révéler dérangeant. Dream City Film Club ? C'était également le nom d'un cinéma pornographique de Londres, qui a brûlé, voici déjà quelques années. Mais pourquoi avoir opté pour un nom pareil ?

Michaël : Ce n'était pas à Soho, mais à Smithfield, dans le vieux Londres, près de Saint Paul et de la London City des banques. Une ancienne halle aux viandes de l'époque Henry II et de l'église St Bartholomé qui abritait un cinéma et un club porno, exclusivement réservés aux hommes. Probablement un truc gay. Il a été incendié par un type qui s'était fait jeter dehors. Et pour se venger, il est revenu balancer un cocktail Molotov sur l'immeuble. Tout a cramé, et personne n'a pu échapper au brasier… pas même ceux qui ont essayé d'éteindre les flammes… la queue en main… Cette tragédie a inspiré le choix du nom de notre groupe. D'abord, parce qu'en exerçant une sorte de fascination X, il collait bien aux chansons de notre premier album. Ensuite, parce que notre musique épouse un profil cinématographique qui pourrait convenir à la musique d'un film. Enfin, parce que Dream City Film Club est un enchaînement de mots, qui dans notre esprit, définissait le mieux la nature du groupe : les rêves, la ville, les films et les clubs.

Andrew : As-tu déjà entendu parler de l'écrivain Italo Calvino. Tu lui ressembles (NDR : ah bon !). Il est l'auteur des " Villes invisibles " (NDR : un bouquin publié en en 1972). Dream City Film Club compose des nouvelles assez brèves, qu'il aurait pu écrire

Le booklet de notre nouvel album est illustré par des photographies d'animaux morts, probablement empaillés. Y a-t-il un message symbolique derrière ces images ?

M. : Oui, celle des dinosaures du rock'n roll dont le regard mélancolique est resté figé… Le lapin, le chevreau ou le vison ont tous la même expression dans le faciès… Comme si c'était des natures mortes. Et nous pensons qu'elles sont belles.

Lawrence : C'est un peu comme s'il elles avaient rencontré la béatitude. Une célébration, une fête, un éloge de la joie dans la mort…

Le line up du combo me semble un peu élastique. Vous étiez quatre à vos débuts, trois lors de l'enregistrement d' " In the cold light of morning ", et de nouveau quatre pour accomplir cette tournée. Y a-t-il une explication à cette géométrie variable ?

A. : A l'origine, nous étions quatre, dont un deuxième guitariste. Mais il n'était pas très bon, et nous l'avons remercié. Bien que nous ayons fait appel à un violoniste, un saxophoniste et aussi à des choristes, le deuxième album de Dream City Film est à mettre au crédit du trio. Et l'excellent soliste que tu as pu voir ce soir est un musicien de studio que nous avons choisi pour accomplir cette tournée…

Votre nouvel opus est partagé entre compositions métalliques, presque punk, dans l'esprit de l'urban rock du Detroit de la fin des sixties, une ligne de conduite que vous semblez d'ailleurs privilégier " live ", et d'autres beaucoup plus atmosphériques, comme hantées par la musique country. Pourquoi une telle variété de styles pour un seul groupe ?

M. : Ces formations qui coulent invariablement leurs chansons dans un même moule à la con, me font chier. Tout comme les médias britanniques qui n'accordent pas aux groupes le droit de changer de style. Parvenir à élargir ton champ de vision, en te montrant plus éclectique, c'est quand même plus excitant, non ?

A. : Il est exact qu'on se reconnaît dans le son de Detroit. Mais ce n'est pas restrictif. Disons avec du noir et blanc dans les cheveux, qu'on secoue… (rires)

Le NME déclarait récemment que les comparaisons établies entre le DCFC et Joy Division ou Nick Cave étaient évidentes, mais pas nécessaires. Que pensez-vous de cette réflexion ?

M. : Je connais très mal Joy Division. J'ai peut-être eu l'occasion d'entendre deux ou trois de leurs chansons. Mais je ne vois vraiment pas ce qui nous rapproche de ce groupe. Par contre Nick Cave a certainement eu, quelque part, une influence sur notre musique. Il a puisé au sein de styles différents, et notamment dans la country, le gospel, le blues et le jazz, pour créer quelque chose de personnel, et surtout susceptible d'évoluer. Nous partageons cette manière de voir les choses. Iggy Pop est également quelqu'un d'important pour nous, parce que c'est un blanc qui s'est toujours exprimé à travers une musique noire. Enfin presque. Il est plus agréable d'être comparé à des artistes de cette trempe, plutôt qu'à Stereophonics, ou des groupes de cet acabit. Chez DCFC, nous voulons aller au delà de cette dimension, en y apportant notre touche personnelle. Nous avons choisi un style. Une façon de véhiculer ce style. Une façon de le concevoir. Et une manière de l'exprimer. Propre à nous trois. Parce que nous sommes nous-mêmes.

En écrivant " Stooge ", vous vouliez donc rendre un hommage à Iggy Pop, lorsqu'il était encore flanqué des frères Asheton ?

M. : Oui, c'est exact. Mais aussi parce que nous avions envie de prendre notre pied, en studio. Malheureusement, cet épisode a déclenché un flot de critiques. En fait, on nous a reproché de vouloir piller le passé d'Iggy Pop. N'importe quoi ! Nous l'avons fait pour le fun. Alors, je n'arrive pas à comprendre pourquoi on a fait un plat de toute cette affaire ?

A. : D'autant plus que d'autres avaient déjà opéré le même exercice dans le passé. Mais parce que c'était DCFC, ce n'était pas bien. Ces réactions nous ont vraiment foutu les boules…

Les rythmes tribaux d'Iggy et de ses Stooges, doivent vous toucher au plus profond de vous même, et en particulier Laurence, le drummer ?

L. : Ouais ! Notre musique flaire le sexe. La baise, quoi. En fait, copuler est un des instincts basiques de l'être humain. C'est pour cela que notre musique recèle des aspects tribaux. Elle te prend en dessous de la ceinture. Notre musique est à la fois une affaire de cul et de cœur. Et de tout ce qui se trame entre les deux. N'importe quel bon musicien ou bon artiste est déchiré par ce combat perpétuel entre le haut et le bas (NDR : traduction littéraire : entre le corps et l'esprit). Et la façon dont il l'exprime. C'est cet esprit que nous essayons de préserver. Celui qui nie cette évidence contribue à l'extinction de la race humaine. Or nous voulons qu'elle survive…

A. : Et ce n'est pas l'apogée des ordinateurs qui y changera quelque chose. Car, un jour, ils seront dépassés, à leur tour. Mieux, ils péricliteront. Tant qu'à faire, il vaut mieux empoigner une gratte sèche, s'asseoir derrière des drums et dénicher l'un ou l'autre instrument acoustique, quitte à jouer 'à l'arraché'…

L. : Nous n'avons recours aux amplis que par nécessité…

M. : Il y a des gens qui pensent que l'électronique a une âme. Nous pas. Il n'y a rien d'humain dans une machine. Ce qui ne veut pas dire que nous n'y avons pas recours. Mais avec circonspection. En fait, lorsqu'un effet technologique ne contient pas suffisamment d'âme, nous l'éliminons. Nous sommes des gens qui privilégions l'émotion. Il y a des groupes qui peuvent compter sur de très bons musiciens, mais qui travaillent en pure perte. Lorsqu'on monte sur scène, c'est pour faire passer quelque chose, un feeling au public. Je crois qu'il est surtout important de rencontrer les bonnes sensations. C'est à quoi nous voulons arriver. Avec ce deuxième album, nous sommes parvenus à atteindre de nouvelles émotions, une certaine grandeur d'âme, alors que sur le premier opus, on n'était nulle part. Et c'est en reconstruisant sur notre merde qu'on est parvenu à un résultat…

Lorsque vous avez écrit " Billy chic ", vous vouliez faire une ode à la cocaïne ?

M. : Non, pas du tout. La cocaïne n'est pas une drogue créative. Elle permet simplement aux mecs d'avoir l'illusion d'être Dieu, lorsqu'ils sont sur scène. Ce n'est pas du tout un produit que j'ai envie d'essayer. Parce que si j'atteins un jour la spiritualité ultime, ce ne sera pas avec de la came. En fait, celui qui en prend n'est pas bien dans sa peau. N'a guère confiance en lui. Estime qu'il est piètre chanteur ou mauvais musicien. J'ai un bien meilleur opinion de moi-même. Ce qui explique pourquoi je pense pouvoir arriver à cet état d'élévation de l'âme, sans avoir recours à ces artifices. " Billy chic " n'a rien à voir avec un quelconque éloge de la drogue, et de la cocaïne, en particulier. Il s'agit en fait, d'un état des lieux des médias en Angleterre. La cocaïne, est un voyage très onéreux destiné à te réduire à l'état d'épave. C'est de la merde, de toutes façons. Et une épave est incapable de créer, tombe dans la dèche, n'est plus qu'un pauvre type sans talent, dont on a même oublié l'existence. Et cela, c'est la pire des choses qui pourraient m'arriver.

Qu'est ce qui est gothique chez Dream City Film Club ?

A. : Rien ! Et si tu penses que nous sommes gothiques, alors on va se chamailler !

M. : Ce matin, nous nous sommes réveillés à Gand. Une ville dont l'architecture est gothique. Leurs architectes bâtisseurs étaient gothiques. Les artistes des années 80, qui jouaient du phaser, en ajoutant un peu de reverb derrière, n'avaient rien de gothique. Nous ne croyons que dans le gothique d'il y a 800 ans. Donc, quand tu me parles de gothique, c'est à cet art que je pense…

Pourtant, DCFC a une tendance à explorer la face la plus sombre, la plus pessimiste de la nature humaine ?

M. : Oui, mais c'était dans le passé ; et en particulier sur le premier album. Notre volonté est de se débarrasser le plus rapidement possible de cette image ténébreuse. En fait, il est plus facile d'écrire au sujet de choses tristes. C'est comme un trou noir qui vous aspire. Notre prochain album sera plus éthéré, davantage enclin à une forme d'élévation de l'âme…

Vous préférez sans doute troquer cette image noire contre de l'humour noir, je suppose ?

M. : Evidemment, parce que les gens prennent tout trop au sérieux. Ils sont horrifiés par ce qu'on raconte, car ils prennent tout au premier degré. Et cette situation nous amuse…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 73 - mai 1999 - de Mofo)

C'est vrai qu'il est complètement casse-cou d'aller réaliser l'interview d'un groupe sans avoir pu, préalablement, écouter leur dernier album. Mais connaissant l'histoire du groupe, ayant décortiqué les articles de presse qui lui étaient consacrés depuis ses débuts ; et puis surtout, ayant assisté à leur concert, juste avant de rencontrer leur porte-parole, nous étions en droit d'espérer ne pas nous planter. Heureusement, l'entrevue avec Steven Drozd, guitariste, batteur, claviériste, fut particulièrement riche et intéressante ; ce qui a pu nous permettre de mieux comprendre la nouvelle philosophie musicale des Flaming Lips. N'empêche, on ne nous y reprendra plus à travailler dans de telles conditions. Qu'on se le dise ! Ah oui, si vous voyez l'album, faites nous signe…

Existe-t-il un symbole derrière la marionnette articulée par Wayne, live ?

Les spectateurs essaient toujours de trouver une signification à la présence de cette marionnette qui mime le chant de Wayne. Elle n'incarne aucun symbole particulier. Elle est simplement là pour qu'on se marre. Pour passer un bon moment. Elle ne sert qu'à amuser le public. Le but est strictement visuel. Maintenant, si quelqu'un veut en tirer une signification quelconque, tant mieux pour lui.

Ce show, c'est un peu du théâtre ?

En quelque sorte. Quelque chose que le public peut voir, regarder, susceptible d'attirer son attention. Je ne sais pas si le terme théâtre est approprié, mais il existe effectivement une composante dramatique sur scène…

Un peu comme lorsque vous projetez des films vidéo sur grand écran ?

En fait, c'est Wayne qui réalise le montage de la vidéo. Et ces images ne servent que de support au son. Lorsque vous voyez la bombe atomique qui explose, vous entendez en même temps une détonation. Elle rend la musique plus poignante qu'elle ne l'est en réalité. Amplifie sa portée. Mais, il n'y a pas davantage de message à comprendre. Il faut savoir que très souvent, les gens ramènent tout à leurs propre univers. Et lorsque nous disons que la guerre, ce n'est pas bien, l'image ne sert qu'à amplifier cette réflexion. Or, les gens ont envie d'y voir un message. Mais pour nous, il n'existe pas de message profond. Nos fans sont apparemment très créatifs, puisqu'ils fabriquent eux-mêmes le message…

A propos de cette vidéo, n'est-il pas trop difficile de synchroniser l'image avec la batterie ?

Non, non, pas du tout. Cette technique est toute simple. On a capté le son et l'image en une seule prise. Il suffit donc de placer la bande dans le magnéto et de la laisser jouer. La partition va dans la table de mixage et sort pat les haut-parleurs, alors que l'image est dirigée vers le projecteur vidéo qui la reproduit sur grand écran. J'ai assuré les parties de batterie qui sont filmées, alors que Wayne s'est chargé des samples. Nous les avons enregistrées à l'aide d'un caméscope. Puis on a transféré la bande vidéo vers un programme informatique. Lorsque vous voyez l'image, vous entendez le son en même temps. C'est logique. Mais quoiqu'il y ait sur la bande ou quoique il y aura, on la joue de toutes façons en direct. Par exemple, si la batterie et le piano figurent sur la bande, la guitare, la basse et le chant sont joués 'live'. Cette technique est assez facile à appliquer. Beaucoup plus facile qu'on pourrait l'imaginer. Ai-je répondu à la question ?

Absolument !… Vote style est en évolution constante. Mais aujourd'hui, nous avons l'impression qu'il s'inspire de plus en plus de la musique symphonique. Exact ?

Effectivement, notre style a évolué. En fait, le groupe a très longtemps fonctionné avec un guitariste. Le dernier nous a quittés en 1996. Aussi, lorsqu'il est parti, nous nous sommes demandé comment nous allions nous débrouiller pour en dénicher un autre de sa valeur. Mais en même temps, nous commencions à en avoir marre de toutes ces parties de guitares. En fait, nous avions envie d'avoir recours aux sonorités symphoniques. Telles que sections de cuivres, de cordes… Et à l'époque, nous écoutions des tas de choses différentes, tout en essayant de nous extirper de la routine guitare. Et les samples nous ont aidés à créer ces sonorités symphoniques composées de cuivres, de flûtes, de cordes, de timpanis, de gongs, et j'en passe. Or, en studio, nous sommes capables de reproduire tous ces instruments à l'aide d'un clavier. Et le plus frappant, c'est qu'on croirait vraiment que nous sommes accompagnés par un grand orchestre. On s'est alors décidé de supprimer les parties de guitare. Et on a vraiment plus envie d'y revenir. Car ce que nous avons réussi à l'aide des samples est très beau. Chargé d'émotion. Dans le futur, nous allons essayer d'atteindre un niveau plus structuré, plus sophistiqué et plus simple à la fois. Cette réflexion peut vous paraître singulière. A vous et à moi. A nos épouses. Même à ma mère. Mais même ma mère apprécierait. Nous souhaiterions que notre musique passe à la radio. Ce qui explique pourquoi nous nous libérons progressivement de la guitare en la remplaçant par davantage de piano et de claviers…

Est-il exact que les Flaming Lips sont capables de sonner comme neuf groupes différents, en même temps ? Et lesquels ?

Cette idée me séduit. En fait, comme tout le monde, nous écoutons les autres, empruntons aux autres et puisons des influences tous azimuts. Ce qui explique sans doute pourquoi, parfois on sonne comme Led Zeppelin, Frank Sinatra, Pink Floyd, Sonic Youth ou quelques autres… Il y a tellement de choses qu'on a écoutées, qu'on aime, et dont on voudrait s'inspirer. Dernièrement, nous sommes tombés sur un spot publicitaire diffusé sur MTV. Il projetait des extraits de concerts de Led Zeppelin mélangés à d'autres de Frank Sinatra. Le message était clair. Leurs musiques ne collaient pas ensemble. Mais à cette époque, nous travaillions sur un morceau que nous voulions sis aux confins de Led Zeppelin et de Frank Sinatra. Couplant des batteries jouées très haut et des sections de cordes. Merde alors, s'est-on dit, c'est justement ce qu'on essaie de réaliser…

Y-a-t-il des artistes ou des groupes que tu aimes plus particulièrement ?

Il en existe tellement qu'il m'est impossible de tous les citer. J'aime un peu tous les styles. Depuis la soul au rock classique, en passant par le jazz, le classique, l'indie rock, la bande son de film… (le concert de Silverchair couvre de plus en plus nos voix, et Steven s'arrête quelques instants en tendant l'oreille…) Pas ce genre de musique par exemple…

Est-il cependant possible d'apprécier les Dead Kennedys et Diana Ross en même temps ?

Je crois que beaucoup de gens manquent d'ouverture d'esprit. Tu vois, nous concoctons des compiles pour écouter sur la route. Des chansons ou des musiques que nous aimons. Mais nous veillons à mette sur la bande Neil Diamond auprès de Chrome, les Stooges à côté de Roberta Flack. Et lorsqu'on écoute toutes ces choses, on a l'impression que les uns sont les réponses des autres. Lorsqu'on prête l'oreille à quelque chose de mélodieux, puis de plus dingue, ce qui est plus fou, te paraît encore plus cinglé qu'en réalité. Et en même temps, si tu écoutes quelque chose de cinglé avant quelque chose de doux, la douceur  te paraîtra encore plus moelleuse. C'est ce qu'on essaie de traduire à travers notre musique. On la rend jolie, puis vilaine… 

Pourquoi les meilleures chansons des Lips ont toujours dégagé une tristesse désespérée, négative ?

Parce que c'est la vérité. Un point final. Et tant pis, si c'est négatif !

Penses-tu vraiment que l'être humain peut vivre seulement dans ses rêves ?

En vérité, je ne suis pas encore mort dans un rêve. Si vous pensez mourir dans un rêve, vous mourrez. J'ai presque déjà vécu cette sensation. Tu parles probablement d'une de nos chansons qui évoque la vie après la mort. Mais existe-t-il une question plus profonde que celle de l'existence après la mort ? Vous comprenez ce que je raconte ? Mais lorsque tu atteins 120 ans, à un certain moment, tu te dis, laissez moi mourir en paix ! Cela me paraît, somme toute, sensé…   

Est-il exact que les longs titres de vos chansons émanent d'influences surréalistes puisées chez Salvatore Dali ?

C'est Wayne qui écrit les textes. Il est passionné par l'œuvre de Salvatore Dali. Nous sommes allés visiter son musée en Floride. Wayne adore toute son imagerie. Il aime également d'autres peintres et artistes. Tels que Klimt. En fait, il écrit les lyrics de ses chansons comme s'il utilisait des mots pour peindre. Dali, c'est un monument…

Peut-on affirmer que les Flaming Lips créent de la musique tridimensionnelle pour un monde unidimensionnel ?

C'est comme si tu te trouvais dans une pièce grise et que tu te demandais s'il serait judicieux de mettre un peu de couleur sur les murs. Dans la musique rock si tout le monde jouait dans la même catégorie, elle deviendrait ennuyeuse. Nous, nous voulons nous faire plaisir en tentant de communiquer ce sentiment à d'autres. Nous essayons de mettre le plus de couleurs possible sur les murs de cette pièce grise…

Que penses-tu de ce que fait aujourd'hui, votre premier guitariste, Jonathan Donahue, chez Mercury Rev ?

Ils sont devenus aujourd'hui très populaires. Je les aime bien en tant qu'êtres humains. Ils sont vraiment hyper sympas. Mais je n'ai pas tellement apprécié leur dernier album. Je trouve qu'ils font toujours la même chose. Mais ne mentionnez pas ce que je viens de dire au sujet de leur disque, dans cette interview ! Nous avons tourné deux semaines ensemble en Angleterre et en Ecosse. Nous assurions leur première partie.

Merci à Vincent Devos.

mardi, 30 juin 1998 05:00

La vision panoramique de Gomez

Ils sont jeunes. Très jeunes, même. Et nous viennent du Nord de Liverpool. De Southport, très exactement. Un quintette qui compte, à son actif, quatre singles, dont le remarquable " 78 stone wobble ", et puis un premier album, " Bring it on ", qui a été très bien reçu dans toute la presse spécialisée. Excellents musiciens, les membres de Gomez ne sont cependant pas très loquaces, surtout lorsqu'ils doivent assurer une interview, préférant, soit éluder les questions, soit les tourner en dérision…

La pochette.

Le graphisme du booklet interpelle immédiatement. Des gravures très réussies, mais aux coloris ténébreux et aux motifs torturés qui vous flanquent instantanément une impression troublante de claustrophobie, de désenchantement. Une impression qui pourrait facilement s'expliquer par la situation économique du Merseyside, en proie à un taux de chômage effrayant. Et puis, par l'attitude du multi-instrumentiste, Tom Gray, le moins taciturne des cinq. Il a, en effet, participé aux marches organisées en faveur des mineurs en Angleterre. Maintenant, lorsqu'on lui rappelle cet épisode, il imagine qu'on le charrie. Et si on lui demande si Billy Bragg, régulièrement impliqué dans ce type de manifestation, est pour lui un modèle, il nous rétorque être davantage sensible à l'engagement social et politique de Woodie Guthrie. Mais revenons au graphisme du booklet. En couverture, un homme se pince le nez. Pourquoi ? Paul Blackburn, le bassiste, mais également le responsable de ces fresques n'aime pas trop voir analyser son art pictural. Ses répliques cinglantes corroborent ce point de vue. " Qu'est ce qui pue ? C'est l'haleine de Tom ! "  Et Tom d'en remettre une couche : " Oui, oui, c'est vrai, elle est tout à fait toxique ! "  En ouvrant le dernier feuillet, on découvre un bâtiment lugubre, blafard, jouxtant un autre tableau aussi sinistre, illustré par un visage en détresse, qui contemple cinq traits verticaux biffés d'une ligne horizontale. Est-ce le symbole d'un camp de concentration ? Le cri de détresse d'un détenu qui compte les jours qui lui restent à passer à l'ombre. Paul se défend de véhiculer de semblables desseins. " La tronche du personnage ne transpire pas le bonheur, c'est vrai ; mais le bâtiment n'est ni une prison, ni un camp de concentration ; c'est une usine. J'ai simplement voulu faire passer un message. Celui de l'allergie au travail. C'est tout ! "  (NDR : si on veut bien !)

Le style.

Difficile de comprendre comment de si jeunes musiciens, dont la moyenne d'âge est de vingt-deux ans, ont pu assimiler des styles aussi peu contemporains que le blues, le rythm'n blues, de l'école " Stax " en particulier, le psychédélisme de la fin des sixties ou la country ; et reconnaître pour influences majeures des artistes tels qu'Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Canned Heat, les Doors, le Floyd, Flying Burrito Brothers, Robert Johnson et même Ornette Coleman. Leur éducation musicale a-t-elle été tracée par leurs parents ? Tom réagit instantanément. " Pas du tout ! Nos parents n'écoutaient certainement pas Marvin Gaye ou Otis Redding. Un style beaucoup trop sensuel, lubrique pour eux (rires). Ils préféraient se brancher sur une musique plus douce, plus décente. Si nous reconnaissons ces influences, c'est parce que ce sont les disques que nous écoutons depuis notre plus tendre enfance. En fait, nous fréquentions régulièrement les disquaires. De vrais accros. Et dès qu'un vinyle était à notre goût, nous l'achetions. Ce qui explique pourquoi nous possédons une vision aussi panoramique de la musique. Il y a beaucoup d'espace et de volume dans ce que nous faisons. Nous nous intéressons à tous les courants musicaux, pourvu qu'ils correspondent à notre sensibilité. Nous ne nous limitons pas à parcourir un seul style, à adopter une seule formule. Nous élargissons notre paysage sonore, en mélangeant les sonorités les plus diverses. Cela nous permet d'accomplir notre propre voyage sonique, d'affirmer notre propre identité…" Une philosophie partagée par des artistes américains et surtout contemporains tels que Fun Lovin' Criminals, Cake et surtout Beck. Ben Ottewell, chanteur ou plus exactement crooner au timbre vocal aussi rocailleux que Tom Waits concède : " Cake est un très bon groupe. Leur dernier album n'est peut être pas très consistant, mais il recèle d'excellents morceaux. Cependant, je dois admettre ne pas suffisamment connaître ce groupe, pour pouvoir me prononcer à leur sujet. " Tom revient à la charge : " Les comparaisons, on s'en fout. Il faut bien que les médias trouvent matière à disserter. M'enfin, il vaut mieux être comparé à Suede qu'à Slade ! "  (NDR : on voit pas le rapport !) " Je ne vais quand même pas en faire une maladie parce que le groupe est bombardé de références. A priori, elles ne nous dérangent pas, mais il y en a tellement, qu'il faudrait un camion pour pouvoir les transporter ". Intervention soudaine de Ian Ball, le guitariste/harmoniciste : " Je n'aimerais pas que nous soyons comparés à Barbara Streisand ou à quelque chose dans le genre… " Finalement, il est à se demander si Gomez n'incarne pas la réponse britannique au funk post moderniste yankee des Fun Lovin' Criminals, et surtout de Beck. Encore que, côté groove, Gomez semble plutôt marcher sur les plates-bandes de Primal Scream. Et c'est loin d'être une critique négative. Ce qui n'empêche pas Ben de réagir : " Primal Scream ? Ils ont presque tout piqué aux Stones. Même le feeling de 'Gimme Shelter'. Enfin, nous ne sommes pas contre, surtout lorsque c'est bien fait. Leur dernier album m'a, en tout cas, beaucoup plu… " Et nous aussi !

L'identité.

Gomez est un nom qui colle bien à la formation. Parce qu'intrinsèquement, dans sa musique, on y ressent des influences latines, comme la bossa nova. Pourtant, aucun des musiciens n'a d'ancêtre espagnol, brésilien ou mexicain. En fait, Gomez est tout simplement le nom de famille d'un de leurs potes. Jason. Asiatique de surcroît. Mais alors, pourquoi diable, cette sensibilité latino ? Ben confesse : " Il n'y a rien de secret là-dessous. En fait, le rythme a beaucoup d'importance dans la structure de nos compositions ; et lorsque nous interprétons une chanson, un feeling latin domine instinctivement, naturellement, le tempo. Ce n'est pas le fruit du hasard. Ce sont des effets que nous recherchons. Et si c'est un hasard, c'est un hasard heureux. "

Une flopée de labels souhaitait signer le combo. Mais c'est finalement Hut, dont le catalogue épingle notamment Smashing Pumpkins, Verve et Placebo, qui a coiffé tous ses concurrents sur la ligne. (NDR : avec ou sans doping ?). Tom conteste l'idée reçue que le groupe aurait choisi cette firme de disques, en fonction de la notoriété de son catalogue : " Non, non, nous n'y avions pas pensé. Nous avons simplement signé ce contrat, parce que les gens qui travaillent dans cette boîte son sympas. Tout comme le boss, Dave Boyd, d'ailleurs. Et puis, nous sommes libres d'être aussi fous que nous le souhaitons, et aussi pop que nous le désirons… "

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 65 - Août 1998 - de Mofo)

 

Du line up initial, fondé en 1982, il ne reste plus que Marc Robbie, mieux connu sous son pseudonyme Stephen Pastel. Prophète effacé de la noisy, ce groupe glasgowégien a influencé une pléiade de formations. Entre autres, Jesus & Mary Chain, Wedding Present, Primal Scream, Vaselines et bien d'autres. Pourtant, malgré ses 16 années d'existence, un soutien inconditionnel de la presse spécialisée britannique, mais surtout un style aussi rafraîchissant qu'agréable, les Pastels continuent de végéter dans la zone crépusculaire de l'underground. Nous avons essayé de comprendre cette situation, pour le moins paradoxale, en compagnie de Stephen…

Les Pastels incarnent-ils l'antithèse du rock'n roll ?

Nous avons toujours refusé d'être complices d'un système, de nous conformer à des règles, à des traditions. Nous avons essayé de modifier la conscience du rock'n roll, en la dotant d'un nouveau vocabulaire, en suscitant de nouvelles idées ; parce que nous pensons qu'il a trop longtemps abusé de clichés, qu'il s'est évertué à faire l'apologie du business en érigeant un mur entre les artistes et le public. Les Pastels ont toujours voulu rester proches de leur public, en partageant des attitudes, en entretenant une certaine confidentialité…

Tout comme Aztec Camera, Orange Juice, voire James, les Pastels appartenaient, au cours des eighties, au mouvement " Postcard ". Par la suite, on vous a même affublé du sobriquet " anorak ". Pourquoi toutes ces étiquettes ?

A départ, nous étions influencés par Orange Juice. Personnellement, j'estime que c'était le meilleur groupe issu de la scène de Glasgow. Une formation réellement novatrice. Il faut croire que certaines personnes ont décelé certaines affinités entre eux et nous, car, lorsque les Pastels ont débuté, le mouvement " Postcard " s'était déjà éteint. Le terme " anorak " visait notre tenue vestimentaire de l'époque. Mais au fil du temps, il est devenu une insulte…

Vous ne les avez pas portés longtemps, alors ?

Pendant quelques années ; puis je m'en suis débarrassé, car les gens riaient de moi ? Aujourd'hui, il me viendrait plus à l'idée de me fringuer de la sorte…

Pourquoi avoir adopté une perspective féminine dans vos compositions ?

Probablement parce qu'au sein du line up, on y retrouve deux femmes. En fait leur concours tempère mes excès et permet un meilleur équilibre des morceaux…

Crois-tu que la musique permet de conserver la jeunesse éternelle de l'esprit ?

Absolument ! A chaque concert, à chaque enregistrement, nous sommes transportés par l'enthousiasme ; comme si c'était la première expérience. Nous recherchons constamment de nouvelles teintes sonores, de nouvelles harmonies, défrichons tout ce qui nous tombe dans l'oreille. Notre but n'est pas de sortir des disques à une cadence infernale, de respecter un planning imposé par tel contrat ou telles obligations. Nous voulons simplement mettre au monde quelque chose de bon, d'intemporel. A cet égard, nos disques reflètent l'image du groupe. Ce qui explique sans doute pourquoi nous bénéficions d'une jeunesse d'esprit unique, par rapport aux autres groupes…

Quelle place accordez-vous à la fragilité de l'être humain, à l'angoisse de l'adolescence, dans vos chansons ?

Une place très importante. C'est une forme de naïveté qui est restée au fond de mon âme, et que j'essaie de transposer dans la musique…

Ecrire des chansons plongées dans la mélancolie et l'amour de la nature écossaise, est-ce traduire ta propre façon de décrire la beauté ?

D'une certaine façon. Nous essayons de capturer un certain feeling de notre environnement. Prend l'exemple de Glasgow. C'est une ville à l'âme mixte. D'un côté, il y a cette dureté ; mais de l'autre une architecture élégante, de magnifiques arbres, etc. C'est également ce que je tente de faire passer dans la musique…

Tu as déclaré que les idées étaient ce qu'il y avait de plus important. Ne penses-tu pas que leur concrétisation l'est davantage ?

Je pense que les mauvaises idées qui ont été bien réalisées et les bonnes idées qui ont été mal exécutées, c'est du pareil au même. Dans cette optique, je partage ton point de vue…

Les Pastels ont toujours eu bonne presse. Mais malgré ce soutien médiatique, vous ne vendez pas beaucoup d'albums. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Difficile à dire. Il est possible que, dans le passé, nous ayons sorti une chanson qui aurait pu plaire au grand public ; mais que celui-ci n'ait pas lu ces articles. A moins que le fait de ne pas jouer suffisamment " live " annihile la capitalisation de ces échos. Autre explication plausible, notre passé peu ambitieux. Une raison qui donne peut-être l'illusion à la presse de nous avoir beaucoup soutenus. C'est vrai que nous faisions l'objet de bons papiers, mais jamais la couverture des magazines. Beaucoup de groupes reçoivent ou ont reçu de bonnes critiques. Et ils ne vendent pas ou n'ont jamais vendu tellement de disques. Tout dépend de la manière dont les événements se déroulent…

Oui, mais le groupe existe depuis 1982 ?

Pas vraiment. Nous avons enregistré notre premier disque en 1982. Mais nous n'existions pas vraiment. Je venais juste de quitter l'école. C'était simplement un hobby partagé entre amis. Nous ne sommes devenus un véritable groupe que depuis 1990, lorsque Katrina nous a rejoints. Depuis, nous avons travaillé beaucoup plus sérieusement, et depuis trois ans avec assiduité…

Kevin Shields participe à l'enregistrement de votre dernier album, " Illumination " ; une bonne expérience ?

Oui. Mais il n'a pas joué. Il a simplement mixé et mis en valeur une des compositions de l'album. Mais c'était une bonne expérience, parce que j'ai toujours voulu savoir comment les Pastels sonneraient s'ils se mettaient dans la peau des Valentines. Et le résultat est excellent. Pour moi, ce groupe est très important, c'est un de mes préférés. J'ai adoré la plupart de ses disques…

Hormis l'une ou l'autre participation à des sessions de studio, les musiciens de My Bloody Valentine se montrent plutôt discrets. Toujours pas de nouvelles de leur nouvel opus ?

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Je pense qu'ils vont enregistrer un disque cette année. Enfin, on verra…

Leur dernier album remonte certainement à plus de cinq ans ?

Et même plus, il date de 1991 !

Pourquoi la musique des Pastels a autant d'affinités avec les groupes néo-zélandais du label " Flying nun ", tels que les Chills, Clean, JPS Experience et autres Verlaines ?

Vous n'êtes pas les premiers à me faire cette réflexion. Je pense que c'est à cause de la manière rafraîchissante avec laquelle on aborde le psychédélisme…

Jonathan Kilgour joue sur ton album ?

Oui, mais cela n'a rien à voir avec les Kilgour néo-zélandais. Jonathan et son frère Gordon sont issus d'Edimbourg ; et je ne pense pas qu'ils aient un jour été de l'autre côté de la planète. Mais c'est vrai qu'ils possèdent un fameux nom de famille !…

TV Personalities et les Membranes, toujours des influences majeures pour les Pastels ?

Non ; d'ailleurs, je ne pense pas que nous ayons été un jour été influencé par ces deux groupes. Peut-être le message colporté par TV Personalities. Mais il est vrai que j'aimais beaucoup leurs disques, la manière dont ils faisaient vibrer leurs chansons. Pour les Membranes, c'est une toute autre histoire. Nous aimions partager l'affiche de leurs concerts. Parce qu'ils étaient très amusants. Live, c'était un de mes groupes préférés. On y prenait chaque fois notre pied. Leurs prestations viraient même parfois à l'émeute. Ce sont d'excellents souvenirs. Je suis toujours en contact avec le guitariste, John Robb… Beck a un jour déclaré avoir été influencé par les Membranes. Je ne suis pas tellement étonné… S'il existe un groupe qui nous a beaucoup inspiré, c'est Sonic Youth. Il a remis en question la technique de la guitare; tout en conservant l'esprit de la pop. Depuis 1982, la formation n'a jamais cessée d'aller de l'avant, de développer de nouvelles idées, d'expérimenter, elle a véritablement bousculé l'écriture de la musique contemporaine...

Un peu comme le faisait le Velvet Underground à son époque ?

Ils m'ont appris l'alphabet de la musique. Ce fut un point de départ. Cependant, aujourd'hui, je me sens très loin de leur inspiration ; mais c'est vrai que j'ai toujours aimé ce groupe ; comme j'ai aussi toujours aimé ce que faisaient Jonathan Richman et les Modern Lovers…

Par contre, tu n'as pas tellement l'air d'apprécier les Go Betweens ?

Pourquoi ? Je ne suis pas un inconditionnel de leur musique, mais ils ont écrit de bonnes chansons. Je pense qu'ils ont réalisé des choses intéressantes, mais la communication entre nous n'a probablement jamais été de bonne qualité. J'apprécie la musique des Go Betweens. J'ignore pourquoi on s'est toujours évertué à nous monter l'un contre l'autre…

A contrario, les musiciens de Jesus & Mary Chain vous apprécient énormément et reconnaissent les Pastels comme influence majeure. Est-ce important pour vous, ou préféreriez-vous avoir plus de succès et gagner plus d'argent ?

Le succès et l'argent !

Un jour, dans un article du Melody Maker, Everett True a rapporté que les Stone Roses considéraient les Pastels comme le meilleur groupe du monde. Mais, un peu plus tard, lorsque ce journaliste vous a demandé si vous connaissiez un meilleur groupe que les Pastels, vous avez répondu les Stone Roses. C'était une boutade ?

En effet, à une certaine époque, Everett avait la manie de parler de nous dans la plupart de ses articles. De sorte que tout le monde pensait que nous étions ses amis. Lorsqu'il parlait de nous à ses interlocuteurs, ils répondaient chaque fois : " Oui, oui, ils sont bons ". Ce qui débouchait finalement sur des situations ambiguës et tronquées, puis le rendait agressif…

Stephen, est-il exact que si ta voix n'est pas toujours en harmonie, c'est parce que tu essaies de chanter comme les grands chanteurs de rythm'n blues ou de soul ?

Je reste un grand admirateur d'Otis Redding, d'Aretha Franklin, de Maxime Brown, d'Archie Bell et d'autres vocalistes noirs issus des sixties. La plupart de ces illustres personnages sortaient littéralement de l'harmonie, pour extérioriser tout leur talent de chanteuse ou de chanteur. Je suis très loin du compte et ne serais jamais une star de ce calibre. En fait, je suis incapable de chanter autrement…

Merci à J-B Ducrotois

(Version originale de l'interview parue dans le n° 63 - mai/juin 98 - de Mofo)