Le nouvel opus d’Unloved, "The Pink Album", paraîtra ce 2 septembre. Le titre de l’album est inspiré par l'œuvre de Julian House. Lors des sessions d’enregistrement, Unloved a notamment reçu le concours de Jarvis Cocker, Étienne Daho, Raven Violet et Jon…

logo_musiczine

Le second elpee du band finistérien, Baston, paraîtra ce 13 mai 2022. Il fait suite à « Primates », sorti à la fin de l’année 2019. Intitulé « La martyre », ce nouvel album est découpé en huit pistes qui font tous exclusivement référence à des boîtes de nuit…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Festivals

Mingafest 2018 : dimanche 1er avril

Écrit par

Mingawash a décidé de célébrer la release party de son premier elpee, « Imposteur », au Zik Zak d’Ittre, dans le cadre d’un festival pour lequel il a invité quelques groupes ‘amis’. Sur le website de la salle, il est indiqué que l’ouverture des portes est prévue à 19h30 et que le premier concert débutera à 20 heures. Mais en arrivant sur place, votre serviteur constate que les hostilités ont déjà commencé depuis un bon bout de temps. Depuis 15 heures, très exactement. Bring Burden, Ocean Encounters, Nhl et Better Be Dead se sont déjà relayés.

Bref, en débarquant, il y a plus de 200 âmes dans la salle pour accueillir DadaboviC, un quatuor issu de Valenciennes, découvert lors du Raismes Fest en compagnie d’Ultra Vomit, des autres dérangés de la boussole. Les textes sont barrés et bourrés de jeux de mots à se tordre de rire. Mais à prendre au second degré. DadaboviC élabore une fusion énergique et déjantée entre métal puissant et hardcore frénétique. Autrement dit, un trashcore moderne. Plus qu'à un concert, c'est à une mise en scène qu’on assiste. C’est le leader et créateur du groupe qui interprète le rôle du professeur DadaboviC, épileptique depuis de nombreuses années. Toute l’histoire racontée par le groupe DadaboviC n’est que la réminiscence exagérée de situations vécues par le patient lors de ses crises. Avec beaucoup d’humour et de recul, le Pr. DadaboviC propose donc de témoigner en public. A sa manière…

Des vidéos projetées sur un écran, placé derrière le drummer, illustrent les deux premiers titres. D’abord « Télevisse », une sorte de rockabilly découpé dans des riffs de grattes puissants et dont le tempo est imprimé par une section rythmique déferlante. Potaches et égrillards, les calembours sont dignes d’Ultra Vomit. Puis l’insidieux « Fils de Pub » qui conditionne la vente de boisson pour se soigner. « Charcuterie Plastique » tranche dans le vif (NDR : voir le clip ici).

« Harry Tmetic » (NDR : un extrait du premier elpee « Carbamazapine », le nom d’un médicament anticonvulsivant et thymorégulateur) est traité aux riffs core et stoner alors que les textes sont vociférés, mais dans l’esprit d’un rap violent. « Et Pour Le Pire » raconte l’histoire d’un vieux couple qui se supporte plus, s’ennuie et en vient aux mains. Les noms d’oiseaux volent… « Jean Pierre Pipot », JPP pour les intimes, est également victime de crises d’épilepsie. Il présente le JT avant d’aller se défouler dans les boîtes ou lors de ‘partys’. Martin et le Panda, qui serre un fût de coca-cola en mains, contribuent au spectacle et s’en donnent à cœur joie. Place ensuite à un petit concours d’‘air guitar’ qui permet à trois spectateurs d’exécuter un peu de Metallica. « Paul Pau » est le roi de la masturbation. Il est sourd et a constamment la trique. A force d’astiquer son pénis, il s’est démis l’épaule. Stoner burné, ce morceau déclenche l’un ou l’autre pogo et un timide round circle. Et le set de s’achever dans le disco punk. DababoviC se produira au ‘Telegraphe’ d’Ath, le 9 juin, et au Titan Club de Lens, le 17 novembre.

Place ensuite à Mingawash. Martin Moreau (NDR : il a milité au sein du défunt Feel et sévit chez Lemon Straw, comme drummer, mais s’est reconverti, pour la circonstance comme chanteur) et les onze personnes qui l’accompagnent sont impatients de présenter leur spectacle déjanté. Ils ont bossé dur pendant des semaines pour nous élaborer ce nouveau show. Le collectif accueille un second vocaliste qui répond au prénom de Clément. Il va ainsi appuyer la voix de Martin. Ce qui va également permettre à ce dernier de se concentrer sur la chorégraphie. Gaëtan et Max se chargent des grattes. Et elles vont faire des ravages. Echappé de l’Enfer, sanguinaire, Denis le Saxon se consacre à la basse. Et Théo à la batterie. Ses interventions sont à la fois tourmentées, sauvages et tribales. Un percussionniste se concentre sur une grosse casserole et un fût de coca-cola. Sans oublier Roy le Panda qui incarne l’image du band et le personnage central. Rien qu’en l’observant, on a des bouffées de chaleur. Un peu paumé, il cherche à attirer l'attention ; et puis surtout il souhaiterait sauver ce monde promis à un avenir peu réjouissant. Le line up est complété par de radieuses pandanettes, sorte de ‘pom pom girls’ de luxe qui déchirent.

Une intro instrumentale percussive permet au band de s’installer sur les planches. Martin est vêtu d’un costume rouge. Les sigles ‘MW’ sont imprimés dans le dos. Il se pavane en secouant des percus manuelles. C’est également la plage qui ouvre l’elpee. Les deux pandanettes sont plantées sur des estrades sises de part et d’autre des marteleurs de peaux. Elles tiennent une énorme batte de baseball. Grimées, elles défient le peuple réuni dans la fosse. Les gratteurs balancent la sauce. Pendant « Tape », Panda s’avance au bord du podium pour provoquer, à son tour, l’auditoire. Il lance ses poings terminés par des gants de boxe, dans le vide. Martin en profite également, mais de la voix, pour haranguer cette foule. En culottes courtes (NDR : il lui manque le cartable sur le dos), Clément surgit pour vociférer ou gourgousser dans le micro. Martin revient habillé en gonzesse pour attaquer « Médisant ». Panda ôte sa fourrure et dévoile un costume en latex noir, un string en toile de la même couleur et un collier à pointe autour du cou. Les pandanettes sont maintenant au nombre de quatre. Champion du déguisement, Martin a réenfilé son costume rouge avant « Bandes Organisées ». Il prévient que la troupe va parler d’eux et de nous. Panda a réendossé son pelage et refait surface un drapeau en main. Des percus électroniques amorcent « Joujou ». Un fauteuil ‘Emmanuelle’ est installé devant l’estrade réservée aux percus. Panda s’y affale. C’est le roi. Le Fou du Roi ! Martin s’assied sur ses genoux et se met à chanter. Le spectacle n’est pas loin d’un numéro de clown. Les filles s’agitent comme des poupées désarticulées. Les changements d’accoutrements se multiplient. C’est un véritable spectacle de transformistes. Torse nu, Panda est fagoté dans un pampers trop large, retenu par des bretelles. Il court sur place. Il opte encore pour une cape verte alors que Martin a choisi un costard de couleur noire. Ils doivent avoir mangé un « Champignon ». Panda fait son comeback sur un mini-vélo pour « Chope Ton Biker », un titre introduit par une musique de film western spaghetti à la Sergio Leone. Il fanfaronne fièrement dans son blouson de cuir noir pour motard. Martin l’accompagne sur le porte-bagages. « Fish-Boy » déclenche un début de ‘circle pit’ dans la fosse. Tout le team est sur le podium pendant « Aveugle », un morceau de black metal. Ils ont tous les yeux bandés. Pas évident pour les sixcordistes qui se contenteront finalement d’exécuter cette compo sur deux accords. Le show s’achève par le » single « Zoofolie », une chanson qui ne figure pas sur le long playing (NDR : pour découvrir le clip, c’est ).

Psykokondriak se charge de clôturer le festival. Du Beastie Boys à la belge. Pas trop ma tasse de thé. Il est temps de rentrer au bercail…

(Organisation : Mingawash and friends)

 

Winterfest 2018 : samedi 20 janvier

Débuts prometteurs pour le Winterfest !

Tout était parfait, sauf l'endroit. Et la météo... L'expression est lapidaire, mais elle résume bien l’impression laissée à l'issue du festival. Petit frère hivernal du plus notoire W-Festival, le Winterfest fêtait ses débuts samedi dernier, au Kompass, à Gand. Située dans un complexe industriel abandonné, cette salle accueille en général des soirées techno. Elle pourrait bien servir de cadre à un festival 'dark', un peu dans l’esprit du Rockerill ou des E-Werke en Allemagne mais ici, rien n'a été aménagé. L'eau filtre à travers les plafonds et il fait très froid, sauf dans la ‘petite’ salle, où une soufflerie a été installée.

Malgré ces conditions difficiles, le festival nous a offert un spectacle remarquable. Non moins de 17 formations se sont succédé sur les deux scènes à un rythme effréné. Soulignons ici la programmation, très bien étudiée. Des formations 'classiques', actives depuis les années 80, ont côtoyé des groupes plus récents qui ont pris le relais et prouvent que la scène 'wave' est bel et bien vivace aujourd'hui!

En raison d'embouteillages sur le ring de Bruxelles (salon de l'auto oblige!), il n’a pas été possible d’assister aux prestations de Herrnia, Mildreda, The Hermetic Electric et She Pleasures Herself. Originaire du Portugal, She Pleasures Herself est une des rares formations étrangères à l’affiche, l'essentiel du line-up proposant des artistes belges.

Quand on débarque sur les lieux, le set de Doganov tire à sa fin. On entend au lointain une adaptation du « Headhunter » de Front 242, dans un style hybride new-wave/metal assez intéressant. Un bon début !

Echo West est la première (belle) découverte de la journée. Originaire de Dortmund, le combo pratique une electro-darkwave élégante, dominée par les sons synthétiques. La voix de Dirk T. Klein (NDR : il milite également chez Intensive Care Unit et Silent Signals) est envoûtante. Il est soutenu par un percussionniste et un claviériste. Le band va livrer une prestation remarquable, rehaussée par des vidéos gothiques à souhait.

Dans la grande salle, l'Anversois Gerry Vergult présente son nouveau projet, créé suite à la dissolution d'Aroma Di Amore. Zool surprend par son style hors contexte, plus orienté post-rock, mélangeant synthés et guitares. A découvrir !

hordA peine le temps de déguster un vin blanc et cap vers la seconde salle pour retrouver, avec grand plaisir, H ø r d. Le Bordelais, Sébastien pour les amis, est un des meilleurs représentants de la vague synthwave française; mais il va bien plus loin en y intégrant des éléments techno, psyché et synthpop. Nappes de synthés cristallins, voix éthérées et mélancoliques, sans oublier les vidéos oniriques : on semble vivre au cœur d’un rêve éveillé, bien trop court, malheureusement. Les deux groupes suivants, Your Life On Hold et Ground Nero, ont certainement dû ravir les aficionados de rock gothique, mais il faut bien faire une petite pause de temps en temps…

LuminanceA 18h30, retour dans la grande salle pour Luminance, le projet de David-Alexandre (DA), notre ami français basé à Bruxelles. Multi-instrumentiste surdoué, il a explosé sur la scène 'dark' en proposant une musique crossover unique, entre synthpop, darkwave et ambient. D’entrée de jeu, DA nous gratifie de deux superbes inédits, le hit potentiel « What They See » et « Great Sinister with Silent Nails ». Tous deux figureront sur un album 'split', à paraître bientôt. Pour compléter la setlist, on aura encore droit à trois extraits de l'excellent elpee « Sans Visage », l'hallucinant « Martyr » et deux titres plus anciens, « Walk » et « Seeds ». Un set très réussi ! Dommage que le concert programmé dans la salle 2 ait commencé trop tôt, provoquant un déplacement prématuré du public.

Il est vrai que la prestation d'Enzo Kreft est, elle aussi, très attendue. Ce musicien malinois a fait sensation ces derniers mois en sortant une compilation de titres datant de 1983-84 et pas moins de deux albums de nouvelles compos : « Turning Point » et « Wasteland ». Essai transformé en 'live' grâce à un set intense et énergique.

Le marathon musical se poursuit, et en beauté, par The Breath of Life, probablement le meilleur groupe de rock gothique / darkwave, en Belgique. Actif depuis 1990, il compte à son actif quelque neuf LP. Un exemple de constance dans la qualité. Boostés par la superbe voix lyrique d'Isabelle Dekeyser, les musiciens wallons nous ont, une fois de plus, émerveillés. Envolées vocales, volutes de violon, riffs de guitare : tout concourt à créer une ambiance unique, particulièrement palpable dans les titres du nouvel opus et, bien sûr, tout au long de leur hit intemporel « Nasty Cloud », toujours aussi impressionnant, 23 ans après sa sortie. Magnifique !

Les voix restent féminines et pour notre plus grand bonheur, car c'est Simi Nah qui prend le relais dans la deuxième salle. Cette Française établie à Ostende figure également parmi nos chouchous. Flanquée de son 'partner in crime', Kenny 'KGB', elle pratique une dark synthpop teintée d'éléments EBM et d'influences françaises, Mylène Farmer en tête. Au Winterfest, le duo a livré une prestation parfaite et particulièrement émouvante. Les proches de Simi redoutent qu’elle mette fin à sa carrière cette année et se retire dans son pays natal. Il plane donc une certaine gravité sur le podium. Par moments, Simi affiche un regard quelque peu mélancolique, perdu dans les spotlights. Espérons que son prochain opus, annoncé comme le dernier, sera couronné de succès et qu'elle reviendra sur sa décision ; car franchement, on souhaite qu'elle continue ! Non moins de quatre nouveaux titres figuraient sur la setlist, dont deux inédits : « Le Chant des Loups » et « Morte et Moi ». « Chacun Pour Soi », quant à lui, est bien parti pour devenir un 'club killer'! Superbe show !

A 21h30, c'est au tour de TB Frank de grimper sur le podium dans la grande salle. Moitié du groupe belge (malheureusement disparu) Neon Judgement, le chanteur et guitariste flamand vient présenter son tout nouvel album, « Tock ! », réalisé en collaboration avec Baustein, un musicien allemand maintenant basé au Limbourg. Le côté new-wave électronique des années 80 est bien sûr toujours présent, mais l’expression sonore se nourrit également de country/folk, de rock et de reggae. On pense, tout à tour, à Johnny Cash, P.I.L., King Dude, Talking Heads ou The Prodigy. Pour satisfaire les fans, TB Frank interprètera deux titres de Neon Judgement issus de sa plume, « Fashion Party » et « Chinese Black ».

W. FlurRetour dans la deuxième salle pour découvrir une véritable légende vivante : Wolfgang Flür. Ce musicien allemand a fait partie de Kraftwerk de 1973 à 1987, soit la période dorée des pionniers de la musique électronique. Percussionniste à l'origine, c'est lui qui a développé les batteries électroniques de la formation teutonne. Après son départ, il a développé une carrière solo, concrétisée, entre autres, par l'album « Eloquence ». Sur le podium, Herr Flür est planté derrière ses 2 ordinateurs Mac et nous réserve d'excellents 'reworks' de titres de Kraftwerk, tels que « Home Computer », « Neon Lights » ou « Pocket Calculator ».

W. FlürMais également des compositions plus personnelles, pour lesquelles il a reçu le concours de différents musiciens, dont Bon Harris, le leader de Nitzer Ebb. Le show s'apparente davantage à un DJ set, agrémenté de vidéos basées sur des photos de l'époque Kraftwerk et des films plus récents. Le public est conquis par ce ‘Flürilège’ de hits électros. Un joli moment ! Musiczine publiera sous peu l'interview de Wolfgang Flür, réalisée après le concert.

Pour clôturer ce festival en beauté, The Alarm va électriser les planches de la grande salle. Considérés comme les petits frères de U2, les Gallois n'ont jamais réussi à se forger un succès comparable. Et de loin ! On se souvient du concert que le combo avait accordé en supporting act de U2, à Forest National, en 1984, et qui avait affolé les sismographes. Mais ce qui avait provoqué de terribles vibrations, ce n'était pas le set de U2, mais bien, selon nous, la basse synthé Moog Taurus de The Alarm. Ici, au Winterfest, le cadre est plus minimaliste ; ce qui n’a pas empêché le chanteur, Mike Peters, seul membre original, et ses musiciens, de mettre une très bonne ambiance grâce, entre autres, aux hits « The Stand » et « Blaze of Glory ».

winterfestAu moment de quitter les lieux, on ne peut que féliciter l'équipe du festival, Erik De Ridder, Tineke Bultinck, Franky Jodts et Pascal Vanovertveldt. Comme nous l'a confié Erik, la prochaine édition se déroulera au sein d’une salle plus appropriée et dans ces conditions, le succès devrait être au rendez-vous. En attendant, rendez-vous est pris du 16 au 19 août à Amougies, pour un W-Festival qui s'annonce d'ores et déjà légendaire.

 

Pour regarder les photos de Felicie Novy, c'est ici

Cercle Metal 2018 : samedi 6 janvier 2018

Écrit par

Située à Chapelle-Lez-Herlaimont, Le Cercle est une salle dont la gestion a été reprise par l’ASBL Hell&M Prod, en septembre dernier. Et quand une équipe est aussi motivée en Wallifornie, il ne faut pas hésiter à la féliciter. C’est si rare aujourd’hui. D’ailleurs, organiser un festival metal réunissant 10 groupes, est une belle preuve d’audace. Les formations vont se relayer sur deux podiums différents. L’endroit est sympa, le son est bon et plus de 250 personnes se sont déplacées pour assister à cet événement, dont les têtes d’affiche sont des vieux de la vieille, Tagada Jones et Drakkar, mais qui ont encore bon pied bon œil. Le reste sera partagé entre découvertes, dans des styles –métalliques quand même– différents.  

Votre serviteur débarque pendant la prestation d’Octane, sur le podium ‘Club’. Fondé en 2012, ce quatuor est issu de Laval en Mayenne. Aujourd’hui, le line up implique la jolie Morgane au micro, Laurent à la basse, Alexandre (NDR : chef d’entreprise le jour et rockeur le soir) à la gratte et au chant ainsi que Fabien aux drums. Le groupe reconnaît pour influences majeures Foo Fighters, Alter Bridge, Stone Sour et AC/DC. La voix d’Alexandre est burnée, celle de Morgane, claire, mélodieuse et haut perchée, un peu comme Lzzy Hale d’Halestorm. En outre, elle déménage sur l’estrade. De la setlist, on épinglera l’excellent « Religion », compo au cours de laquelle les deux voix brillent par leur complémentarité, le drumming est métronomique et la gratte, particulièrement sauvage. Et puis surtout « Bullshit ». On a l’impression qu’il y a des échanges entre deux six cordes, mais en fait, c’est Laurent qui joue alors de la basse comme sur une guitare. Et le show de s’achever par le lumineux (?!?!?) « I Saw The Light ».

Ithilien se prépare à grimper sur la grande scène. Se consacrant au chant, à la guitare solo et au bouzouki, Pierre Ithilien en est, bien évidemment, le leader. Il est soutenu par Tuur (gratte rythmique), Ben (basse), Myrna (violon), Davy (flûte), Jerry (drums), Hugo (cornemuse) et Sabrina (vielle à roue, nykelharpa). Cet octuor pratique le folkcore. Soit du folk à la sauce métallique. Le combo va nous réserver de larges extraits de son dernier opus « Shapin The Soul », paru en février 2017. Le set s’ouvre par le titre qui entame l’opus, « Blindfolded ». La voix de Pierre est gutturale, mais mélodique. Les instruments traditionnels apportent une coloration particulière à l’expression sonore. Parfois même, ils prennent littéralement leur envol. La section rythmique est particulièrement efficace. « Lies After Lies » monte en crescendo, ce qui permet aux différents instruments de s’emballer et même d’entretenir un climat conflictuel. « The Dive » est d’abord dominé par la cornemuse, avant que le calme ne cède le relais à la tempête. Instrumental frémissant, « Danse de L’Ours » baigne dans le punk/rock celtique. Ithilien se produira dans le cadre du festival Propulse, ce 2 février au Botanique, et le 6 avril, dans celui du Durbuy Rock. 

Cathubodua –qui signifie ‘corneille de bataille’– est le nom d’une déesse guerrière celte. C’est également le patronyme choisi par un sextuor issu du Nord de la Belgique, impliquant une chanteuse, une violoniste, deux guitaristes, un batteur et un bassiste. A son actif, un Ep gravé en 2016, « Opus I : Dawn ». A l’instar d’Epica, la formation pratique du metal symphonique et épique. Le plus souvent, c’est le violon qui domine l’ensemble de l’instrumentation. La vocaliste a du coffre, mais son chant est mélodieux. En cours de set, cette dernière agite deux ailes, tel un oiseau, et en profite pour se ventiler la tête. Et en même temps, celles des spectateurs agglutinés aux premiers rangs. Jolie chorégraphie, par ailleurs… 

Originaire de Tunisie, Carthagods grimpe sur la main stage. Né en 1997, il réunit le chanteur Medhi Khéma, le bassiste Yessine Belghitith, le drummer Mohamed Ben Hadidia ainsi que les gratteurs Tarak Ben Sassi et le Batave Marcel Coenen (NDR : il a milité chez Sun Caged et Stormrider et c’est également le producteur du band). C’est la première fois que le quintet se produit en Belgique. Eponyme, son premier LP est paru en 2015. Lors du soundcheck, on est convaincu que le combo va envoyer du lourd. Pas étonnant que son metal old school puise ses racines chez Saxon, Iron Maiden, Def Leppard et encore Judas Priest. Les deux guitaristes sont complémentaires, la section rythmique est efficace, la voix est démoniaque, mais c’est la basse –qui compte six cordes !– qui trace la ligne de conduite. Tout au long de « A Last Sight », le combo affiche toute sa maîtrise technique. Il nous réserve une reprise nerveuse et longue de 6’ de « I Am A Viking », une compo signée par le ‘guitar héro’ suédois, Yngwie Malmsteen. Bien heavy rock, « Memorie Of Neverending Pain » clôt la prestation de ces metalleux pur jus…

Retour sur la petite scène pour accueillir Baraka, des ‘barakis’ particulièrement poilants et festifs. Issus de Braine-l’Alleud, ils viennent sans doute d’inventer le frit-bier-core. Et de la bière, ils en consomment ! Déguisés, ils pratiquent un cocktail de death-hard-punk-black-metal aussi sauvage que délirant. Déjantées, les grattes dépotent et les beuglements sont gutturaux. Les textes ? Ils ne veulent pas dire grand-chose et sont à prendre au troisième degré. Même le Grand Jojo est passé à la moulinette. Ces noceurs ont la patate et sont peut-être les cousins du combo hexagonal, Ultra Vomit. Car finalement, malgré l’exiguïté de la fosse, la mayonnaise prend et la réaction du public est enthousiaste… On assiste même à la formation de ‘circle pits’ ! Après un tel boxon, il est temps de prendre un bol d’air…  

D’autant plus que c’est Drakkar, le plus ancien groupe wallon de métal, qui embraie sur le podium principal. Son speed métal est technique et mélodique. Les papys n’ont rien perdu de leur dynamisme. Le son est excellent. Le chanteur occupe tout l’espace scénique. Bref, le set est excellent, mais comme le groupe n’a rien à proposer de neuf et que votre serviteur a déjà assisté, à leurs prestations, de nombreuses fois, il en profite pour se restaurer et s’oxygéner…

Le set de Tagada Jones va débuter avec une demi-heure de retard, suite à quelques soucis pratiques. Lorsque le concert débute, il y a du monde dans la fosse. Depuis la parution du dernier long playing, « La Peste Et Le Cholera », le combo rennais n’a pas composé de nouvelles chansons. Parabellum, Les Sheriff, The Exploited, The Ramones, Bad Religion, Suicidal Tendencies et Bérurier Noir constituent ses influences majeures. Au fil du temps, la musique du groupe breton a évoluée, avant d’émarger tout simplement au punk rock. Sérieusement engagés, les textes sont chantés dans la langue de Voltaire, d’une voix rageuse, par Niko.

En live, la musique de Tagada Jones est brute de décoffrage. Mais ce soir, il manque un des guitaristes. Ce qui finalement ne va pas nuire à la prestation, particulièrement rock’n’roll. Et ce malgré les petites touches discrètes, mais judicieuses d’électro. Les riffs de gratte sont racés et incisifs. Et si les pecus jouent un rôle essentiel, la ligne de basse lui sert de tremplin. « De l’amour et du sang » coulent dans leurs veines. Tout au long d’« Instinct Sauvage » et de « Zero De conduite », les cordes de gratte tagalopent. « La peste et le choléra », titre maître du dernier LP, est un des sommets du show. Au cours duquel l’interactivité entre le groupe et la foule est totale. « Je suis Démocratie » nous rappelle l’attentat dont a été victime la rédaction de Charlie Hebdo. Un concert de Tagada, c’est de l’énergie, de la sueur, de la testostérone, de la bonne humeur et une solide ambiance...

Le Cercle Metal festival est était sa première édition. Votre serviteur a passé une belle journée métallique. A l’année prochaine !

Tagada Jones + Drakkar + Carthagods + Ithilien + Trikhorn + Innerfire + Baraka + Cathubodua + Octane + Out The Monster

(Organisaton : ASBL Hell&M Prod)

Doom Wood 2017 : samedi 25 novembre

Écrit par

En cette froide soirée de novembre, cinq formations ont décidé de convertir cette seconde édition du Doom Wood Festival en manifestation toute aussi lourde en riffs qu’en décibels. Sur l’autel : du Drone, du Doom et du Sludge. Selon leurs vices respectifs, les groupes vont proposer des sets courts mais d’une incroyable intensité, au cours desquels chaque band aura le loisir de déverser sur la fosse, la noirceur de son âme. Un chapelet de bulles opaques et crades juste comme on les aime, et que tout amateur du genre ne devait pas louper pour la circonstance. Un peu moins de cent personnes s’étaient déplacées pour cet événement. Immersion.

Tamines, petit village de Sambreville. Les rues sont plutôt calmes voire même désertiques en cette fin de journée d’automne. Un certain contraste par rapport au déferlement de décibels qui s’annonce à 300 mètres du lieu où une place de parking est disponible pour votre serviteur. En pénétrant dans la rue de la Maison des Jeunes de Tamines, théâtre des opérations du jour, impossible de ne pas tomber sur un food-truck au menu plutôt varié et alléchant. Le bougre fera son beurre ce soir, ne manquant pas d’assouvir la faim des badaud·e·s avides de musique épaisse. Quelques personnes grillent une cigarette ou s’enfilent à leur aise une bouteille de vin face au modeste bâtiment dont l’écriteau, au graphisme digne d’un des meilleurs vendeurs de kebab, ne permet pas de se tromper sur l’emplacement. Le mur de droite de la petite salle sert de présentoir aux t-shirts, cd, vinyles et autres patches et stickers des combos qui se produisent ce soir. Au fond, l’arène.

Le Passeur entame cette soirée. Costumes noirs de rigueur, les deux musiciens se font face sur le podium, assis sur une chaise. Sur la gauche, de longues notes graves sont tirées d’une guitare, torturées par les multiples pédales de distorsion. A droite, posés une petite table, une boite à effets et un bol tibétain. Le vocaliste de la formation interrompt à intervalles réguliers le bourdonnement de la gratte, tel un parolier lançant des appels à l’aide, d’avance perdus dans l’océan. On pourrait croire à une discussion schizophrénique. Bien que certains éléments perturbateurs parasitent le set, les deux musiciens parviennent à rester dans leur bulle surréaliste. Devant eux et dos au public, une artiste laisse courir un fusain (ou du moins, ça y ressemble) sur le papier d’un flipchart. La noirceur des sons traduite en traits, formant des illustrations abstraites. Après une vingtaine de minutes, la prestation atteint son point d’orgue. Les cris s’étranglent en une envolée dépressive, la guitare n’émet plus qu’un chaos sonore et tout finit par retomber. Les musiciens quittent l’estrade aussi abruptement qu’ils y sont arrivés. Les vannes sont ouvertes. Il y plane désormais une ambiance lourde et froide qui collera au mur jusqu’en fin de parcours…

Le temps de s’offrir une bière et de s’autoriser une brève prise d’air à l’extérieur, Lethvm est déjà prêt à démarrer les hostilités. Une prestation quelque peu symbolique puisqu’elle célèbre la sortie, la veille, de son premier album « This Fall Shall Cease ». L’apocalyptique et dépressif « Wandering at Dawn » entame le concert. Les rangs se sont resserrés. Beaucoup de métalleux semblent avoir fait le déplacement pour l’occasion. Les musicos prennent pleinement possession de la scène. Pendant que Ben semble hanté par la noirceur des morceaux, ne faisant plus qu’un avec sa basse, Mathieu, le guitariste, planté à l’autre extrémité du podium, conserve un visage impassible comme s’il était enfermé au sein d’une bulle musicale hermétique. En chef d’orchestre bienveillant, Tony, quand il ne martèle pas ses fûts, veille à insuffler par sa frappe ce tempo lent et hypnotique. Face à lui, Vincent se démène comme un beau diable, tout en barbe et cheveux blonds. Ses hurlements écorchés et plaintifs –très susceptibles d’évoquer ceux du chanteur de Burzum, Varg Vikerness– le traversent de part en part. Son registre vocal est incroyable ; ce qui lui permet d’ailleurs ensuite de s’autoriser des envolées plus graves et solennelles, bras tendu vers un infini, par définition inaccessible. Ou encore cet autre instant où il préfère abandonner son micro derrière lui, s’époumonant à blanc face à l’audience. Du meilleur effet ! Peine perdue de vouloir poser le pied pour reprendre un quelconque équilibre, Lethvm vous rattrape de suite par la gorge. Alors que l’ambiance s’enfonçait dans une atmosphère sombre et dépressive, « Winter’s Journey » réveille les âmes et leur colle un coup de pied bien placé, direction le purgatoire. Quelques bras se lèvent, des applaudissements émergent mais la majorité des spectatrices et spectateurs semblent être, à juste titre, happés par les morceaux. Vincent finit par sauter dans la fosse, s’empare d’une grosse caisse déposée à côté, rue dans le public et finit par se poser face à la scène, formant à présent un duo en compagnie du batteur pour clore ce set. Tous les ingrédients sont réunis pour que Lethvm monte en puissance dans les mois et années à venir. Et surtout, qu’il ne laisse plus au fond de la gorge ce goût amer de trop peu. 

Attention, ça colle aux poumons ! Atomic Trip débarque pour la première fois, en Belgique. Il a emmené dans ses bagages un OVNI instrumental, entremêlé de Sludge et de Doom. Impliquant un batteur et deux guitaristes (dont l’un des deux n’est autre que le vocaliste de Cult of Occult, programmé en tête d’affiche), le trio va dispenser, pendant une bonne demi-heure, une musique extrêmement grasse, lente, parfois minimaliste et surtout crasseuse à souhait. Les mots sont parfois difficiles et vains à placer pour décrire une ambiance. C’est le cas ici. Le plus efficace serait peut-être de vous imaginer confiné·e dans un espace clos et que les murs se rapprochent petit à petit, à vitesse égale, finissant par froidement vous broyer, sans aucun état d’âme. Une stérilité qui se traduit également sur les planches, où les musiciens ne sont pas venus pour taper dans les mains et divertir la plèbe. C’est à prendre ou à laisser. Une hallucination acide, éveillée et partagée par celles et ceux qui se montrent ouvert·e·s et fait appel à ce qui se situe au-delà des mots. Atomic Trip a proposé ce soir un voyage, toutes fenêtres ouvertes et à contresens. Seul·e·s les mordu·e·s ont continué le périple jusqu’au bout.

C’est encore sous l’épais brouillard sonore laissé par leurs prédécesseurs que débarquent les Allemands de Phantom Winter. Deux pieds de micro sont disposés en vis-à-vis, plaçant les deux vocalistes parallèlement à la scène. Vous pouvez définitivement laisser de côté les ballons multicolores, la soirée se poursuit dans la suie. Les niveaux sonores sont pour le coup montés d’un cran, conférant aux lentes et chaotiques compositions une impressionnante couche anxiogène. Face au public, les growls impassibles et martiaux répondent aux vociférations aigues et possédées, le tout noyé dans une soupe de riffs glacés et démoniaques. Il règne une tension particulière, un confluent où l’aura nihiliste du punk finit par rencontrer l’appel funéraire propre au Doom. Seule une lumière bleue foncée, posée au sol, illumine l’ensemble de la scène, conférant aux visages des musiciens des traits aussi tirés que ravagés. Une haine froide et contenue face à un déchirement sans filtre, fréquemment entrecoupée de samples déclamatoires, qu’on pourrait croire sortis d’une chaîne de news allemande. Un peu comme si la musique de Phantom Winter reflétait un négatif inversé de la réalité, ce qui se passe de l’autre côté du miroir, ce no man’s land d’où on ne peut revenir une fois la ligne franchie. Alors que le quintet arrive petit à petit à instaurer cette ambiance atypique, les rangs se déforcent graduellement, préférant aller tailler le bout de gras à l’extérieur. Dommage !

Quelque peu éméchés, certains s’amusent à faire cracher les baffles de leur voiture parquée en face de la Maison des Jeunes. D’autres vident joyeusement leur bouteille de vin ou s’enfilent un dernier hamburger avant de se prendre la tête d’affiche dans l’estomac. Ces derniers effectuent les derniers réglages. Les vibrations parviennent jusque dans la rue. Les bouchons d’oreille sont vivement conseillés, car les Lyonnais de Cult of Occult ont plutôt la main lourde sur les niveaux sonores. Quelques spots à l’arrière inondent à présent la scène d’un rouge sang. Tous encapuchonnés, les artistes s’emparent de l’espace. Alors qu’il était plutôt discret lors de sa prestation chez Atomic Trip, caché derrière un ampli, le vocaliste a désormais laissé tomber la guitare pour s’emparer du micro et venir se planter à proximité de l’audience, pied sur l’ampli, dominant d’un regard froid et déshumanisé. La machine démarre. C’est lent, très lent. Le son emplit toute l’atmosphère, pousse les murs. Un long cri guttural sature les lieux. La décadence s’est désormais invitée aux festivités macabres. Ne cachant pas son attrait pour la boisson, le vocaliste s’abreuve d’une Rochefort en deux ou trois gorgées, nourrissant sa barbe par la même occasion, avant d’attraper et de vider, quelques instants plus tard, un gobelet rempli de houblon. La trentaine de personnes encore présente dans la fosse balance lentement la tête au rythme du claquement des cymbales. Les vibrations s’infiltrent insidieusement dans le corps, tel un venin qui grappille et infecte sans interruption les cellules saines. Une petite quarantaine de minutes, hors du temps, véritable expérience misanthropique et malsaine qui ne peut que souiller l’âme et y laisser des traces indélébiles. Seule stigmate physique de ce passage infesté : les oreilles bourdonnent dangereusement. Après avoir vomi toute leur haine, les artistes dégagent un à un de la scène, laissant les baffles hurler un larsen sillant littéralement les tympans. Le chanteur finit par remonter sur l’estrade et coupe d’un geste sec les amplis. Soulagement. La tempête est passée, il ne reste plus qu’à s’en remettre.

A l’heure où la tendance se porte plus que jamais sur la musique lisse et exempte de remous, le Doom Wood Festival prend le risque de mettre sous les projecteurs des formations atypiques et parfois loin de susciter l’intérêt général. Une organisation qui a le cran d’aller à rebrousse poils et d’offrir à son public des expériences sensorielles, davantage que des classiques prestations. Un saut à pieds joints dans la flaque d’eau, et peu importe si on en ressort les pieds mouillés. Il est donc plus que jamais nécessaire de soutenir ce type de manifestation, du moins si on veut que le Metal puisse rester cet antre d’expressions multiples, certes parfois dérangeant, mais ô combien salutaire...

(Organisation M.J. Tamines)

 

 

Bozar Electronic Arts Festival 2017 : vendredi 29 septembre

Le Bozar Electronic Arts Festival fête déjà sa sixième édition ; et pour être franc, c'est un des meilleurs festivals de musique électronique en Belgique. Le lieu ? Le Bozar (le Palais des Beaux-Arts, pour celles et ceux qui ne connaissent pas Bruxelles). Cet endroit est bien entendu magique et l'organisation, impeccable, mais c'est surtout la programmation qui est intéressante. Elle combine classicisme, expérimentation et avant-garde, sans négliger un côté 'mainstream', voire même 'clubbing'. Pour les aficionados de la musique 'dark' orientée 'wave', comme votre serviteur, il y a toujours quelque chose à se mettre dans le creux de l’oreille. Les années précédentes, l'affiche était rehaussée par la présence, notamment, de Silent Servant, Regis, Andy Stott ou encore Veronica Vasicka. Pour cette édition, c'est surtout la soirée du 29 septembre qui a retenu notre attention, car elle nous réserve des concerts de Black Rain et de Ben Frost.

La soirée commence bien : dans le hall, nous croisons Alison Lewis, mieux connue au sein des milieux 'dark' sous le pseudo de Zanias, une artiste interviewée à plusieurs reprises par votre serviteur. Ancienne chanteuse de la formation légendaire de dark-pop Linea Aspera, elle incarna également la moitié de Keluar. Et elle nous signale qu’elle prêtera sa voix à Black Rain. Une bonne nouvelle !

Black Rain, c'est un des multiples projets imaginés par l'Américain Stuart Argabright, connu grâce à Death Comet Crew et Dominatrix mais surtout à Ike Yard, la formation new-yorkaise pionnière de la 'no wave'. Active depuis les années 80, Black Rain a connu une renaissance en 2012 après la sortie des « Soundtracks 1995-1995 » de William Gibson, publiées sur l’écurie britannique Blackest Ever Black. Inscrit au catalogue de labels tels que Les Disques du Crépuscule et Factory Records, le projet est largement reconnu comme précurseur pour la musique industrielle, proto-techno et post-punk.

Au Bozar, Stuart Argabright est accompagné par Soren Roi, aux synthés modulaires et à la guitare, et Otto Lindholm à la contrebasse. Argabright se consacre au laptop, au synthé et à la basse. Dans le ‘Studio’, le petit amphithéâtre du Bozar, plein à craquer, la formation déroule sa musique dark ambient teintée de rythmiques technoïdes. Les compos sont assez bruitistes, atonales et sombres. La setlist se focalise sur « Black Pool », le dernier opus en date du projet, publié l'année dernière, mais propose également des nouveaux titres. Ils devraient d’ailleurs figurer sur le prochain disque, dont la sortie est prévue pour la fin de l'année. Dans le dernier tiers de la prestation, Alison Lewis rejoint le trio pour interpréter quatre titres, dont les deux « Profusion (I et II) ». Drapée dans un superbe ensemble noir aux allures de sari, elle fascine et impressionne. Telle une diva gothique, elle alterne mélodies lancinantes et phrasés plus expérimentaux. Par moments, sa voix lorgne sur le chant lyrique de Lisa Gerrard, une des chanteuses, on le sait, qui l'ont le plus marquée dans sa vie. Un set été intense et profond, qui constitue une excellente mise en bouche avant le plat de résistance...

Ce plat de résistance nous est servi par Ben Frost. L'Australien, qui réside en Islande, est un fidèle du festival ;  il a déjà foulé les planches du Bozar en 2012 et 2014. Aujourd'hui, il est clairement devenu une 'superstar' de la musique électronique et c'est en majorité pour lui que le public a investi en masse la grande salle Henri Leboeuf. La musique de fond dispensée avant le concert se résume à un son monotonique régulier, semblable au beep d'un électrocardiogramme. Enervant mais idéal pour créer un manque et susciter le désir avant le déferlement qui va suivre.

Vers 21h40, accusant 10 minutes de retard, l'artiste prend possession de la scène, sous les fumigènes. Arborant une barbe et des cheveux longs, campé derrière une large table placée au centre du podium, sa stature de bûcheron en impose. Le light show est exclusivement composé de lumières d'un bleu électrique rappelant la pochette de « The Centre Cannot Hold », son dernier opus produit par Steve Albini qui, jolie coïncidence, sort ce jour même chez Mute Records.

Si, sur disque, la musique de Ben Frost peut paraître parfois monotone, son incarnation sur scène est, par contre, d'une puissance impressionnante. Les écarts de dynamique sont frappants : on passe des atmosphères les plus 'ambient' aux explosions soniques d'infra-basses et de synthés. On reconnaît la plupart des thèmes du dernier LP, notamment « Ilonia » et « Entropy in Blue », mais les séquences rythmiques et les modules mélodiques sont triturés et torturés en live par un Ben Frost véritablement possédé. Un autre possédé, c'est le fan lourdingue du premier rang qui, en transe depuis le début du concert, va jusqu'à monter sur le podium pour congratuler l'artiste, avant d'être fermement éconduit par un membre de la sécurité.

Les jeux de lumière sont bluffants. Les vidéos projetées sur l'énorme écran, tendu au fond de l’estrade, deviennent progressivement plus précises et représentent des nuages en mouvement ou des mousses qui se gonflent comme un Alien, le tout dans la couleur bleue obsessionnelle qui évoque Klein.

L'univers sonore ressemble à un voyage dans les tréfonds des geysers islandais. Le calme sourd, sombre et profond, avant le surgissement des forces telluriques. On pense à Autechre, The Knife, Empyset, Prurient ou Blank Mass ; mais la signature musicale de l'Australien est foncièrement originale. 

Cette symphonie tirée des abysses de la terre s’achève au bout d’une heure. Et pour ponctuer ce show époustouflant, Ben Frost vient saluer la foule, la main sur le cœur. A revoir au plus vite !

Le programme prévoit encore la prestation de Pantha du Prince et la performance ‘SpaceTime Helix’ proposée par Michela Pelusio et Glenn Vervliet. Mais la soirée a été suffisamment riche. Ce sera pour une autre fois !

(Organisation : Bozar)

Nuits Sonores 2017 : samedi 16 septembre

Après la soirée d'inauguration (voir notre chronique ici), les Nuits Sonores bruxelloises entrent dans le vif du sujet, en proposant deux nuits de musique électronique, ce vendredi et ce samedi, dans le Palais 10 du Heysel.

Pour rappel, 'Les Nuits Sonores', c'est un nouveau festival pluridisciplinaire qui s'inspire grandement de son grand frère lyonnais, actif depuis 14 ans. La Ville de Bruxelles a en effet demandé à l'équipe lyonnaise de développer une version locale de ce festival dans notre capitale, en adaptant le concept français aux lieux et aux artistes locaux.

Si la nuit du vendredi a rencontré un succès mitigé, par contre, celle de samedi a attiré la très grande foule. Le public est déjà nombreux dès l'entame du programme, à 22h, pour écouter DC Salas, la nouvelle coqueluche de l'electro bruxelloise. Il n’a suffi qu’un seul Ep, « Peru », paru en 2010 sur l’éminent label Doctor Vinyl, pour propulser DC Salas au coeur de l’effervescence de la scène électronique noir-jaune-rouge. Le Nicolas Jaar belge est parvenu à réchauffer les esprits (et les articulations) au sein d’un Palais encore transpercé par un air un peu trop glacial pour la saison.

Mais la plupart des jeunes se sont déplacés pour le prodige de l'électro à la française : Rone. Erwan Castes ne paie pourtant pas de mine : chaussé de lunettes et l’air un peu gauche, on dirait un geek. Mais qu'on ne s'y trompe pas : à 36 ans, c'est une véritable superstar. Au Palais 10, en tout cas, son arrivée déclenche une gentille hystérie. Le musicien vient se planter derrière ses machines et derrière lui, en backdrop, on distingue l'énorme reproduction du visuel créé par Michel Gondry, une évocation moderne du Metropolis de Fritz Lang. Le son est puissant : on ressent les infra-basses et les décibels! La setlist fait la part belle à « Mirapolis », le prochain LP, qui doit sortir en octobre prochain. On reconnaît « Brest », dont des extraits sont déjà disponibles sur les plates-formes de streaming. Mais c'est un ancien titre, le fameux « Parade », caractérisé par sa voix incantatoire, qui déclenche bien entendu la folie dans la fosse. Anecdote, le musicien traverse un moment de panique lorsque ses machines stoppent net le temps de deux 'glitches' inopinés : une occasion de regretter une fois de plus l'omniprésence des playbacks et autres séquences préprogrammées dans ces spectacles sensés être 'live'.

Cet incident est bien vite oublié, d'autant qu'un autre hit, « Bye bye macadam », vient mettre tout le monde d'accord. La version en live est étonnante. Pulsants, les synthés sonnent comme des orgues de barbarie. On se croirait au plein milieu d'une fanfare pour un monde moderne. A la fin du spectacle, Rone s'avance vers le public pour le remercier. Et il faut le reconnaître, ce gars incarne véritablement le rêve de tout 'nerd' passionné de musique et d'ordinateurs. Le public, en tout cas, en a eu plein les oreilles et, vous n'y couperez pas, plein les neu-Rones...

Après un (trop long) intermède rempli par la Djette tunisienne Deena Abdelwahed, il est enfin temps d'accueillir le 'boss' : Laurent Garnier. Il est 4h du matin et le hall du Palais 10 est encore rempli aux ¾ de sa capacité. Manifestement, l'artiste aurait dû commencer plus tôt et bénéficier de plus de deux heures dans la programmation. Car il n'est jamais aussi bon que lors de longues chevauchées musicales qui peuvent atteindre 5 heures, voire en mode 'All Night Long'. Qu'importe : ne boudons pas notre plaisir et profitons à 200% d'un set une fois de plus époustouflant d'érudition et d'intelligence. Pas le temps de divaguer dans l'ambient ou le jazz : la tonalité principale se révèle d'emblée techno-electro, tout en intégrant des nuances house et opérant quelques incursions dans l'EBM. Il termine d'ailleurs sa prestation par le remix de Boys Noize du célèbre « Als wär's das letzte Mal » de D.A.F.

Ce qui frappe à nouveau, c'est l'incroyable maîtrise technique du Parisien. On admire sa manière d’isoler un loop, de le faire tourner avant de l'enrichir de rythmes ou de samples, créant ainsi 'on the fly' une partition inédite. Et elle peut perdurer avant que, par miracle, elle ne glisse vers un autre track qui attendait la touche du Maître pour sortir de sa boîte. Bravo, Laurent !

En conclusion, on peut écrire que les Nuits Sonores ont réussi leur pari. Pour une première édition, c'est un succès. Mais, pour la prochaine édition, il serait sans doute judicieux de faire évoluer le concept bruxellois, pour le rapprocher du modèle lyonnais et pas seulement organiser deux nuits et un circuit. Enfin, si la combinaison entre musique électronique, arts visuels et performances constitue un objectif louable, il serait souhaitable qu’elle se réalise au sein de lieux vraiment insolites, intégrés au sein du tissu urbain.

En outre, il ne suffira plus de se contenter d’un petit débat sur l'avenir de l'Europe : il faudra créer en pratique une interaction visant à revitaliser les quartiers. Si elle n'a pas réalisé d'emblée ces objectifs ambitieux, la première édition bruxelloise constitue, en tout cas, un premier pas dans la bonne direction.

(Organisation : Nuits Sonores & Brussels Expo)

 

 

 

Nuits Sonores 2017 : vendredi 15 septembre

Après la soirée d'inauguration (voir notre chronique ici), les Nuits Sonores bruxelloises entrent dans le vif du sujet, en proposant deux nuits de musique électronique, ce vendredi et ce samedi, dans le Palais 10 du Heysel.

Pour rappel, 'Les Nuits Sonores', c'est un nouveau festival pluridisciplinaire qui s'inspire largement de son grand frère lyonnais, actif depuis 14 ans. La Ville de Bruxelles a en effet demandé à l'équipe lyonnaise de développer une version locale de ce festival dans notre capitale, en adaptant le concept français aux lieux et aux artistes locaux.

Le choix du Palais 10 comme salle de concert principale a suscité bien des interrogations. N'était-il pas trop ambitieux, voire téméraire, d'investir un espace aussi vaste (4.330 m2, quand même), et plutôt méconnu du grand public, pour héberger un festival qui effectue son galop d'essai ? Verdict : si la nuit de vendredi a rencontré un succès mitigé, par contre, celle du samedi a rassuré les organisateurs. Faut dire que les fans se sont déplacés en masse, au Parc des Exposition, pour les têtes d’affiche, Laurent Garnier et Rone.

Dans la programmation du vendredi, c'est surtout le DJ set de The Hacker qui a retenu l'attention de votre serviteur. Le musicien grenoblois, Michel Amato de son vrai nom, s'est surtout rendu célèbre grâce à son duo avec Miss Kittin'. Aux Nuits Sonores, il a accordé un set puissant, principalement electro-techno mais agrémenté de touches EBM (Electro Body Music) et Wave du meilleur acabit. Malheureusement, il n’a pas eu le privilège de se produire sur la grande scène mais à l'étage, dans la ‘Ambassador Room’, dont la curatrice n’est autre que notre amie Jane, la patronne des soirées Catclub et BlackOut. L'espace est donc plus intimiste, propice à un contact plus rapproché entre l’artiste et le spectateur. Dans sa playlist, on épinglera surtout l'excellent remix du titre « I Want U » de DJ Hell ainsi que l'extraordinaire rework de « Sato Sato », de D.A.F, par l'Allemand Westbam.

Avant lui, dans cette même salle, Jane a invité Kong, un résident du Catclub, responsable de la branche bruxelloise de 22Tracks et animateur radio à Studio Brussels. Il va dispenser un DJ set house élégant mais sans réelle surprise. Si, une bonne surprise quand même, celle d'entendre le légendaire « How Much Are They ? » de Jah Wobble en milieu de parcours ! Après lui, Haring a suscité davantage de réactions grâce à un live très house, psychédélique, à la limite de la Trance. Le musicien/producteur bruxellois cumule les bonnes références, comme celles empruntées à Max Cooper, Rone, XXYYXX ou Tycho, mais il brise trop souvent l'élan en multipliant les intros et les outros. Etonnant, si la prestation est annoncée ‘live’, elle recèle des titres de Rain and Flashing Lights et Och… En fin de set, il va s’autoriser un nouveau track. Intitulé « Brussels » il souffre de sonorités un peu trop dubstep. Mais si vous souhaitez en connaître davantage sur cet artiste, rien de tel que d’écouter son premier opus, « In Spaces », sorti en mai chez City Tracks.

Le hall principal du Palais 10 accueille Modeselektor. C’est le point d’orgue de la nuit. Malheureusement, la salle est à moitié vide (ou pleine, selon), lorsque Gernot Bronsert et Sebastian Szary grimpent sur l’estrade. En outre, le light show, annoncé comme ‘une scénographie particulièrement soignée destinée à installer un design et des light shows spécifiques dans la salle et pas uniquement sur scène’, se révèle somme toute assez classique. Seul décor distinctif : la double rampe de néons blancs disposée au-dessus de la foule.

La musique de ce duo allemand navigue astucieusement entre électronique, rap, techno et IDM. Actif depuis plus de 20 ans, il a l’art de réussir tout ce qu’il produit, y compris les collaborations. Que ce soit auprès de Siriusmo (Siriusmodeselektor) ou encore d’Apparat (le défunt Moderat). Le set aux Nuits Sonores est impressionnant, glacial, principalement atonal et parfois, carrément expérimental.

Avant cette prestation, on a découvert L'Or du Commun, un groupe de hip-hop bruxellois assez attachant. Primero, Loxley, Swing et Dj Junior Goodfellaz ont réussi à installer une bonne ambiance, grâce à leur humour et leur énergie déconcertante, malgré une salle aux 3/4 vide, en ce début de programme…

(Organisation : Nuits Sonores & Brussels Expo)

 

Nuits Sonores 2017 : jeudi 14 septembre

Les Nuits Sonores bruxelloises, c'est un nouveau festival pluridisciplinaire qui s'inspire grandement de son grand frère lyonnais, actif depuis 14 ans. Suivant une idée d'Henri Simons, le directeur de l'Atomium, la Ville de Bruxelles a demandé à l'équipe lyonnaise de développer un festival dans notre capitale, en adaptant le concept français aux lieux et artistes locaux.

L'idée originale des Nuits Sonores consiste à combiner musique électronique, arts visuels et performances dans des lieux de préférence insolites, tout en créant un débat d'idées et prônant l'interaction urbaine ainsi que la revitalisation des quartiers. Si elle ne réalise pas d'emblée cet objectif ambitieux, la première édition bruxelloise constitue un premier pas dans la bonne direction.

Durant 4 jours et 3 nuits, soit du 14 au 17 septembre, Bruxelles accueille deux nuits de concerts dans le Palais 10 du Heysel, un circuit d'activités organisé en collaboration avec plus de 20 collectifs et salles de la capitale ainsi que diverses conférences-débats.

Aujourd'hui, la journée de lancement est surtout marquée par la soirée d'inauguration au Bozar et par un circuit de concerts qui va squatter cinq lieux emblématiques de la ville. 

Dans l’'event hall' de Bozar, les sonorités subtilement 'dark' du Dj Sofa accueillent les visiteurs. De loin, le track évoque le « Venus in Furs » du Velvet: la soirée commence bien !

Le programme prévoit tout d'abord une partie officielle, consacrée aux discours et allocutions. Derrière le pupitre installé sur l'escalier, Paul Dujardin, directeur de Bozar, Philippe Close, bourgmestre fraîchement nommé et Bianca Debaets, secrétaire d'état à la Région, dressent le contexte politique et culturel du festival. Ensuite, Vincent Cary, directeur, et Pierre-Marie Oullion, programmateur, tous deux chez Arty Farty, l'équipe d'organisation lyonnaise, détaillent le programme et sa philosophie. Malheureusement, les allocutions adoptent un format 'conférence de presse' très (trop) officiel, et surtout pas du tout adapté à un auditoire qui, d'ailleurs, ne se gêne pas pour bavarder, créant ainsi une joyeuse cacophonie.

Le parcours se poursuit dans le 'Studio' de Bozar, où se produit une troupe estonienne, dans le cadre du Bozar Electronic Arts Festival, qui s'étend, lui, du 14 au 30 septembre. L’Estonie, pays pionnier dans le secteur du numérique en Europe, est en quelque sorte 'invitée d'honneur' au Bozar, entre autres par le biais d'expositions d’art vidéo numérique (« L’archéologie de l’écran »). Quant à la performance, elle a été baptisée ‘Demultiplexia’ et consiste en un spectacle multimodal, mêlant musique électronique, danse, théâtre et neurosciences. Le NeuroTheatre Collective y met en scène un danseur et une danseuse portant un casque qui enregistre leurs émotions et les traduit en sons et en images vidéo projetées sur un écran. Quatre spectateurs sont invités à participer à l'expérience, comme 'médiateurs'. L'expérience est intéressante mais manque de contenu et de scénarisation.

Après le Bozar, en route pour le ‘Circuit’ qui relie cinq lieux bruxellois : l'Ancienne Belgique, le Bonnefooi, le Brass, le Fuse et la galerie Horta. D'abord, rapide crochet par la galerie Horta, où les Garages Numériques (GN) organisent la deuxième édition de leur festival. Ils y présentent les cultures digitales sous de nombreuses formes, croisant les styles et les esthétiques dans un large espace d’exposition consacré à la musique, aux performances audiovisuelles et disposant d’une salle de conférences.

Cap ensuite vers l'Ancienne Belgique, et précisément l'AB Club, où Monolithe Noir achève son set. On a déjà eu l'occasion de dire tout le bien qu’on pense de ce projet monté par Antoine, le sympathique disquaire 'Balades Sonores'. Equipé de ses contrôleurs et de ses synthés modulaires, il déroule de superbes séquences tantôt ambient, tantôt industrial techno. La salle est quasi-pleine et réserve un très bon accueil à ce musicien-bidouilleur qui, depuis sa participation au Concours-Circuit, multiplie les concerts en Belgique.

Le temps de boire un verre de vin, de féliciter Antoine et de tailler une bavette en compagnie de deux amies françaises, et le 'Live' suivant embraie. En l’occurrence, celui, très attendu, de Raime. Ce duo londonien réunit Joe Andrews et de Tom Halstead. Ce soir, le tandem est épaulé par une drummeuse, Valentina Magaletti. Raime compte déjà deux albums dans à son actif, tous deux parus chez Blackest Ever Black, une écurie qui porte bien son nom vu qu'elle héberge des projets sombres, très sombres même... Si le premier elpee du duo, « Quarter Turns Over A Living Line », baignait plutôt dans une forme de 'dark ambient', grâce à ses pépites d'une noirceur abyssale, comme « Exist In The Repeat Of Practice », l'opus 'sophomore', comme on dit en anglais, a marqué une rupture assez radicale.

Sur le podium de l'AB Club, c'est, en grande majorité, ce nouvel avatar de Raime que nous découvrons. Oubliées, les compositions lentes, 'drone' et introspectives ; on retrouve bien sûr les infra-basses et les samples qui font la marque de fabrique du projet mais aujourd'hui, ces éléments sont intégrés dans des rythmiques plus rapides, exécutées par des machines et par la batterie en 'live' ; et, cerise sur le gâteau, Tom Hastead joue de la guitare ! L'ensemble débouche sur un univers cross-over, sis quelque part entre Vatican Shadow et... Rage Against The Machine. C'est dark, pulsant, énergique et très vite, le public ondule sous les vagues ensorcelantes de « Tooth ». Un set impressionnant, qui donne méchamment envie de (re)découvrir cet album étonnant.

Direction Fuse, pour assister au DJ set de Red Axes. Cependant, l’entrée est refusée à votre serviteur, suite à une erreur. Son nom ne figure pas sur la 'Press List'. Il ne lui reste plus qu’à rejoindre ses pénates afin de se ménager pour vivre les deux nuits prochaines, programmées au sein du Palais 10 au Heysel. Elles sont hautement prometteuses puisqu'on pourra y voir et écouter, entre autres, Modeselektor, The Hacker, Haring, Rone et Laurent Garnier... A suivre !

(Organisation : Nuits Sonores, Bozar, Brussels Expo, Be Culture ainsi qu’une vingtaine de salles et collectifs bruxellois).

Solidarités 2017 : dimanche 27 août

Écrit par

Cette cinquième édition des Solidarités confirme l’ampleur prise par ces Fêtes au sein du paysage des festivals. Record d’affluence, affiche de plus en plus attrayante, site agrandi… Une fois de plus, la Citadelle de Namur affichait toute sa splendeur afin de satisfaire tous les goûts et toutes les saveurs. Théâtre, conférences, animations pour enfants et bien sûr musique. Retour sur quelques concerts d’un festival qui pourraient marquer un tournant dans son existence…

Le dimanche commence par une injonction qui invite à flemmarder : Va à la plage ! Le quatuor mené par Julien Coene donne le ton d’une journée plutôt bien entamée. Des paroles pas forcément du plus grand raffinement, mais dans ce Maquis, sous le soleil, face à un parterre encore un peu clairsemé, la musicalité du groupe fonctionne bien. Il laisse flotter un air festif en montrant « Le chemin » qu’il faut emprunter pour une bonne journée de festival. Il est léger, judicieusement programmé en ce début d’après-midi, comme le concert d’un apéro qui se prolonge. Un bon petit moment simple de dimanche.

La suite pourrait presque déjà être qualifiée de dernière ligne droite pour ces Solidarités 2017. Quatre concerts dans des styles différents vont libérer toute la puissance de ce festival. En commençant par l’excellent Saule. Baptiste Lalieu avait déjà été une des très bonnes surprises, lors de l’édition 2015, en compagnie de son groupe Gonzo. Il va confirmer son talent de showman et de musicien. Libérant une pure énergie procurée par le contact auprès du public, Saule livre une prestation convaincante. Et c’est dans la simplicité que le chanteur belge puise sa force. Il suffit de voir son look : un jean, un t-shirt. Un costume de scène on ne peut plus quelconque. Mais pas besoin de fioritures. Saule envoie du lourd et séduit vraiment la foule. Le public reprend en chœur des chansons qu’il ne connaît pas forcément. Mais « Comme » les refrains se prêtent bien à ce genre d’exercices… Ce ‘Dusty man’ n’est pas en permanence très attendu mais se révèle toujours bien présent. La classe musicale n’est ni dans le costume, ni une tentative de démonstration vocale brute de décoffrage. Elle est parfois du côté d’un gars qui vient sur les planches pour s’éclater avec UN public, même pas forcément le sien. De toute façon, il a tellement de moments à partager et un telle envie de les transmettre, qu’ils finiront par passer…

Il y a deux ans, Cali boutait le feu à l’Esplanade ! Renvoyé sur la scène du Maquis, cette année, il revenait pour faire encore plus de « Choses défendues ». Envolé le petit décor intimiste de sa ‘chambre’ dans lequel il a effectué sa dernière tournée qui vient à peine de se terminer. Retour en compagnie de son groupe pour ce dingue de scène qui a, une nouvelle fois, transformé son concert en un des moments les plus forts de ce festival. Artiste ultra dévoué à son public, le ‘live’ est son oxygène ; et les applaudissements ainsi que les cris du public lui communiquent davantage d’énergie que ne peut contenir un seul homme. Sa folie fait trembler d’excitation la fosse… Impressionnant reste le mot qui vient en premier pour évoquer cet extraordinaire show que Bruno Caliciuri lui a de nouveau réservé. Dès les premiers pas, dès son apparition sur l’estrade, tout change. La Citadelle semble avoir été érigée pour ce conquérant pacifiste des foules. Il n’existe pas d’autre histoire qui compte que celle mise en place en compagnie de cette populace unie, ralliée à la cause de ce grand seigneur qu’il est. Et si pour les purs fans d’un artiste, les festivals ne permettent pas d’atteindre la qualité des concerts en salle, cette règle semble ne pas s’appliquer à Cali qui est d’une régularité étincelante. Il est venu pour tous, amateurs de son art ou pas. Mais s’il est capable de faire hurler au délire les aficionados, il montre aussi pourquoi il est indiscutable quand il s’agit de solidarité. Au beau milieu de ce concert, il rappelle aussi pourquoi cette valeur est si importante en demandant, et en obtenant, un silence complet afin de rendre hommage aux victimes de l’attentat perpétré à Barcelone. Mais quoiqu’il en soit, quand il affirme, chaque fois, répondant à la question « C’est quand le bonheur? », que le bonheur ‘C’est ce soir !’, il dit vrai. Une heure de pur et intense euphorie qui touche, émeut, rend dingue, gonfle la réserve d’énergie… Un regret ? Le temps trop court de son set qui ne permet pas de découvrir les facettes les plus tendres du Perpignanais, parce que cet « Amour parfait », qui ravissait lorsqu’il se produisait seul sur les planches, n’aurait pas dû prendre fin si vite. Parce qu’avec lui, c’est « La vie quoi ! ». Si ce n’est déjà fait, cet artiste est à découvrir en ‘live’ de toute urgence.

Tryo clôt la salve de spectacles sur l’estrade du Maquis, pour cette édition 2017. Cette formation colle aussi à notre quotidien, parce qu’elle s’inquiète des problèmes rencontrés par notre société. Ses qualités musicales durables et son engagement justifient donc amplement sa présence aux Solidarités. Et là aussi, l’expérience des festivals transparaît clairement. Pas de vrai code de conduite si ce n’est celui de prendre du plaisir, quitte à se charrier pendant les chansons, et d’en donner. Ils vont largement réussir à faire « Souffler » leur « Vent debout » sur le public namurois. Les générations s’y croisent, se laissent porter par ce souffle, que ce soit en étant « Désolé pour hier soir » depuis 14 ans ou en chantant l’hommage à « Watson ». Les musicos prouvent que la diversité est tellement belle. Il suffit de voir au sein même du groupe français comment les styles et les qualités varient et apportent de la richesse à l’ensemble. Alors oui, dit ainsi, on frôle le discours de Miss Monde ; ce qui n’empêche pas cet aspect rassembleur et unificateur d’être leur marque de fabrique. Par exemple, Danielito, le seul à ne pas chanter, ferait danser les plus réfractaires tant il est excellent aux percussions, quels que soient les instruments. Comme quoi il ne faut pas forcément faire du rock pour envoyer du lourd. Tryo arrivera par son talent à maintenir l’ambiance folle installée par Cali. Finalement, heureusement qu’une heure séparait les deux concerts pour recharger les batteries, reposer les mains, récupérer les voix. Et en parlant du chanteur qui a atteint « L'âge d’or », depuis son opus précédent, Mali va prendre plaisir à raconter un petit bout d’histoire supplémentaire au beau milieu du célèbre tube « Désolé pour hier soir » : ‘Et là, cette fille, elle m'a dit, je crois que je ne t’aime plus’. C’est comme s’il avait prononcé une formule magique. Réagissant au quart de tour, le public se remet à chanter comme s’il était remonté dans le temps. Tryo invite alors l’auteur original de la chanson pour en interpréter un petit extrait ensemble. Un moment inoubliable qui restera gravé dans l’histoire des Solidarités. Bref, de nouveau un concert énorme dans lequel chaque spectateur semble avoir injecté autant de fougue et d’énergie que les artistes eux-mêmes.

A peine le temps de quitter le Maquis que des ‘Alors regarde’ résonnent sur tout le site, l’affluence en mouvement reprenant déjà en choeur les refrains. C’est effectivement Patrick Bruel qui achève cette cinquième édition des Solidarités. Plus besoin de présenter cette superstar française qui rallie devant la scène de l’Esplanade toutes les générations. 22 ans que le chanteur d’origine algérienne n’a plus foulé les terres namuroises. Et il fait savoir que pour lui, c’est un manque. Il reprend surtout des grands classiques qui l’ont propulsé aux sommets de la chanson française. Si l’émotion est toujours aussi présente, l’énergie semble s’être un peu envolée, comme la jeunesse de l’artiste. Il est vrai qu’à l’approche de ses 60 balais, l’époque des révoltés « Rock, Haine, Roles » ou des nostalgiques « Musique vieille » est loin derrière lui. Il met bien du coeur pour insuffler de l’énergie à son set. Et la communiquer au public. Mais juste après la reprise, le souffle est un peu plus difficile. Il est vrai que cette mini tournée n’était pas prévue et n’a pas laissé à Patrick son temps de préparation physique habituel. Musicalement, l’expérience lui permet de gérer et d’offrir un spectacle de qualité. Un « Casser la voix » bien placé opère toujours son petit effet. « Une place des grands hommes » berce par sa nostalgie heureuse. Mais aussi des « Maux d’enfants » qui touchent. C’était le lot proposé par le grand Patrick. La connexion et la communion entre l’artiste et le public restent toujours très fortes. C’est qu'il ne fait pas que bien chanter, il sait aussi parler. Et après autant de temps sans côtoyer les Namurois, Patrick Bruel avait bien du mal à abandonner la scène belge, pays qu’il affectionne depuis tant d’années.

Un dimanche grandiose qui place la barre très haute pour les futures éditions. On regrettera cependant, la programmation de Puggy comme tête d’affiche, au détriment de Cali ou Tryo. Ce dimanche a été placé sous le signe de l’engagement d’artistes, d’échanges dingues avec le public, de confirmations ‘live’… Les Solidarités ont établi un record d’affluence de manière assez méritée tant l’organisation et l’affiche étaient excellentes. Bien sûr, à l’avenir, il reste encore quelques soucis logistiques à régler ; mais les Solidarités ont vraiment inscrit, en cinq ans, leur nom aux festivals wallons. Bref, une cinquième édition des Solidarités qu’on pourrait qualifier de ‘référence’…

(Organisation : Solidarités)

Août en Eclat 2017 : samedi 26 août

Écrit par

Treize années déjà que le Centre culturel de Soignies organise son annuel ‘Août en éclat’. Gratuit et pluridisciplinaire, il se déroule dans le centre historique de la ville.
Cet évènement fédère à lui seul une vingtaine de spectacles. Outre ceux consacrés à la musique, il accueille un village des enfants, un marché du monde et des saveurs ainsi que des animations de rue.
La température est extraordinairement chaude ce samedi. Il est environ 14 heures lorsque votre serviteur foule cette jolie place.
Les badauds déambulent, s’arrêtent songeurs devant les nombreuses échoppes avant de plonger subrepticement sur les rares sièges disponibles aux terrasses des cafés.
Nombreux sont les enfants aussi qui profitent de leurs derniers jours de congés d’été, comme pour prolonger indéfiniment cette sensation de liberté qui les envahit…

Deux scènes sont plantées. Sur la plus grande, se produit From Kissing. Le patronyme est inspiré d’une phrase qui figure dans une chanson de The Cure. Bizarre, l’expression sonore dispensée est très éloignée de celle du légendaire groupe insulaire.

Pourtant, le gars préposé à la gratte n’est pas né de la dernière pluie. Il s’agit de Massimo Panza. Il a notamment milité au sein d’un autre projet baptisé Stevenson, mais dont les ambitions étaient sans doute excessives…

Il est épaulé par Chris Willems (chant), Bastien Preaud (basse, synthé, prog, chœurs) et Timothée Hugé (batterie). Les musicos sont originaires de Mons, Nivelles et Bruxelles. Et c’est en 2013 qu’ils ont eu envie de se lancer dans cette nouvelle aventure…

L’ascension sera rapide. Publié l’année suivante, un premier Ep cinq titres est alors disponible sur différentes plates-formes de streaming, comme iTtunes, Deezer ou Spotify…

Suivi par « Get Up », produit par Anthony Sinatra (Hollywood Porn Star, Piano club) et Vince Lemineur (Suffocating Minds).

La musique du band est rageuse, insolente et dépoussière les clichés du genre. Elle est taillée pour le live ! L’énergie rock transcende véritablement le parterre et laisse préfigurer de beaux pogos entre ami(e)s.

Le singer assure à lui seul le show. Le petit bonhomme (1 mètre cinquante à tout casser), ne ménage pas ses efforts. Biberonné au ‘speed’, il rebondit comme un marsupial, et ne cesse de se mêler au public ; sa seule limite se mesurant à la longueur des câbles du micro. Ce qui débouche sur une ambiance franchement exaltante…

Sur l’estrade traînent trois masques de papier mâché. Il paraît qu’ils ont suivi la tournée du combo pour plus ou moins 70 dates. Chris choisit les spectateurs qui devront s’y coller. A voir la tête des cobayes, ces déguisements ne doivent pas sentir la rose…

Le temps de reprendre ses esprits et J.L.B Riddim embraie. Et dès les premiers accords, le set s’emballe. Trop petit, le podium a dû mal à canaliser la vitalité du quintet. Dont la musique est néanmoins très éclectique ! Si le reggae constitue le fil rouge, le genre ne néglige pas pour autant le ska, les rythmes traditionnels africains ou encore les chants folkloriques…

Mené tambour battant depuis 2008 par Thomas Jakubczyk, le line up du combo a souvent changé, avant de se stabiliser. Le leader s’inspire de séjours accomplis en Belgique et en Afrique de l'Ouest pour écrire ses compos…

C’est sur les planches que talent du jeune homme est davantage perceptible. Les concerts reflètent davantage un environnement et le disque sert de prétexte.

Frénétique, l’énergie libérée est difficilement descriptible. Thomas court, danse, se trémousse tout en posant des textes rageurs qui véhiculent néanmoins des messages de positivisme, de paix et d’amour.

C’est par la reprise déconcertante de « Li ptite gayole » (NDR : hymne wallon par excellence, popularisé par Julos Beaucarne) que Mister Thomas sonne le glas de ce qui restera un grand moment de folie dans l’esprit d’un public amusé et réceptif par autant d’imagination...

Au loin, vrombrit le sound check de Noa Moon. Les fans inconditionnels s’agglutinent en masse contre les ‘crash barrières’.

Elle est flanquée de deux charmantes musiciennes ; à sa droite, une claviériste et à sa gauche, la préposée aux quatre cordes (elle à l’air de s’ennuyer ferme). Elle sont toutes les trois vêtues d’une tenue identique : un haut blanc et un fuseau noir. Le drummer, lui, porte une chemise rayée assez classe.

Le show ne révèlera pas de grandes surprises. Les titres choisis sont essentiellement puisés au sein de son dernier opus, « Azurite », un patchwork de plages douces et sucrées.

Sa prestation lors du festival de Ronquières, bien que d’honnête facture, avait été perturbée par le trac. Elle semble plus à l’aise devant un parterre plus condensé.

Les premières gammes s’échappent. Manon De Carvalho, à l’état-civil, ne manque pas de peps et nous réserve des morceaux aux envolées délicates et sautillantes.

Si ses interventions sont mises à la sauce ‘prout-prout’ (tout le monde, il est beau et gentil), riches et particulièrement et dansantes, les compositions véhiculent de jolis accents électro/folk, presque intimistes, et soulignent une certaine modernité dans le son.

Rive, binôme sexué se prépare.

Formé en 2015, ce duo s’est rapidement illustré en décrochant des prix au dernier Franc’Off de Spa et au Bota, dans le cadre du concours ‘Du F. dans le texte’…

Si l’un et l’autre ont évolué à travers les projets plutôt rock ‘Juke Boxes et Arther’, ils sont aujourd’hui responsables d’une forme d’électro/pop aux réminiscences anglo-saxonnes.

Au centre, la belle Juliette Bossé apporte les nappes de synthé sulfureuses et pince les six cordes tout en assurant les vocaux. Blonde, filiforme, la trentenaire est vêtue classiquement de noir, pour la circonstance.

A sa droite, Kevin Mahé se charge des fûts. Véritable bête de scène, c’est plus qu’un drummer, mais un savant fou à quatre bras.

Coiffé d’une casquette sobre aux couleurs noires et blanches, il frappe ses peaux tantôt à l’aide de baguettes, tantôt de mailloches, lorsque ce n’est pas les deux à la fois, pour y trouver la caisse de résonance parfaite. Des loops intelligemment construits viennent aussi enrichir l’espace sonore.

Son regard bleu et perçant se pose délicatement sur la jeune femme afin de mesurer toute la légèreté des doigts qui ondulent allègrement sur les ivoires.

Le contraste est étonnant. Miss Bossé incarne le côté ouaté et délicat du tandem, en traçant une ligne mélodique sulfureuse épicée d’une pointe de mélancolie. Mister Mahé, entretient l’aspect tribal.

Les textes sont ciselés dans la langue de Voltaire. Le grain de voix éthéré et fragile de la donzelle passe mal sur les frontaux. Les basses dominent et il faut vraiment se concentrer pour saisir l’essence du contenu véhiculé.

C’est vraiment dommage parce qu’il ne s’agit pas que de simples mots posés ci et là maladroitement au gré d’un imaginaire narratif. Plutôt un conte aux accents surréalistes doté d’un pouvoir surnaturel qui emmène son auditoire vers une forme d’onirisme auquel il est difficile de résister.

Le résultat procure une musicalité dont la vague émotionnelle sans précédent est susceptible de suspendre le temps.

Le public reste assez frileux et semble ne pas se presser au portillon. Pourtant, ce duo cherche à écrire une nouvelle page dans l’histoire de la pop. Un livre dont la quatrième page de couverture résume à elle seule le condensé de ce qui peut se faire de mieux dans l’univers musical, aujourd’hui.

Auteur d’un premier Ep (« Vermillon »), financé par la plateforme de crowdfunding ‘Kiss Kiss Bang Bang’ (et dont l’artwork représente la symbolique du corps modelé ‘Renaissance’), la paire montre toute l’étendue de son talent à travers des morceaux comme « Rouge » et « Vogue » (le clip les a propulsés auprès du grand public en recensant plus de 115 000 vues sur Vimeo).

Les compos s’écoulent paisiblement entre trame nostalgique ou orgasmique. Si le jeu de la mise en scène est simple, il se suffit à lui-même. Le charme et l’émotion opèrent quoi qu’il en soit.

Les compères quittent les fans à l’issue de l’exécution d’un exercice de style au piano à quatre mains. La magie de la « Nuit » opère. Une dernière touche qui sonne comme un happy end joyeux…

Gageons que l’album qui devrait sortir prochainement sera à la hauteur de leurs ambitions.

Les musicos de FùGù Mango (prononcez Fou-Gou-Mang-Ô) activent les derniers réglages, sur l’estrade.  

Formé en 2013, à Bruxelles, le combo implique les frangins Lontie, Jean-Yves (guitare) et Vincent (chant et percus), tous les deux issus de feu Bikinians. Ils partagent une même passion pour le groove, les rythmes africains et l’indie pop…

Le line up inclut également Anne. Elle se réserve les backing vocals, les claviers et la basse. Et elle se plante au centre du podium. Mais également un nouveau venu. Qui s’installe à l’extrême droite. Enfin, pas un novice, puisqu’il se chargeait autrefois des bases rythmiques, auprès d’Arno. Il a désormais la lourde responsabilité de remplacer Franck Baya qui a préféré quitter le navire pour se lancer dans d’autres aventures (il a aussi prêté, dans le passé, son concours à Coffee Or Not, Sarah Carlier, Clare Louise et bien d'autres).

Ce départ précipité a contrait le combo à se servir de percussions électroniques et programmer certaines mélodies sur des machines.

En ‘live’, ils parviennent à nous faire voyager aux quatre coins de la planète, distillant ici et là des beats afro et latino sous une couche de synthés verdoyante et luxuriante. Et le tout est sublimé par les harmonies vocales d’Anne et de Vince, réminiscentes du binôme The XX, un groupe de rock londonien…

En milieu de parcours, le combo ose attaquer la cover du « Golden Brown » des Stranglers. Le plus grand succès du mythique band insulaire.

Plutôt que de se contenter d’un simple copier/coller, il parvient se rapproprier un ‘classique’, qui date quand même de plus de 30 ans…

Allez Allez est programmé à 22h30. La fatigue et cette vague de chaleur tropicale ont miné les organismes. Celui de votre serviteur, également. Qui préfère donc faire l’impasse et regagner ses pénates…

(Organisation : Août en Eclat)

 

 

Page 9 sur 57