HEADKEYZ sortira son tout premier opus, « The Cage & The Crown : Chapter I », ce 25 novembre 2022. Album pré-apocalyptique, sombre, tourmenté, engagé et enragé, il constitue le premier volet d’un concept qui dresse le bilan d’un monde fou et instable ayant…

logo_musiczine

June Road, c'est tout d'abord l'histoire d'une rencontre au Royal Albert Hall de Londres entre deux musiciens que rien ne prédestine. Elle, Maia Frankowski est belge et violoniste à l'Orchestre du Théâtre Royal de la Monnaie. Lui, Harry Pane est anglais,…

Ki ! en question !

Ki ! est l’alias de l'auteur-compositeur et multi-instrumentiste Christian Ki Dall.…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Interviews

The Chills

Les fans des Chills sont des gens sympas…

Écrit par

The Chills est une formation néo-zélandaise qui a participé activement à l’épanouissement de la scène pop/rock de Dunedin, incarnée par le label Flying Nun. A l’instar de The Clean, JPS Experience, Tall Dwarfs, The Bats, Able Tasmans et consorts… The Chills c’est avant tout Martin Phillipps qui drive la formation depuis 34 longues années, même si son aventure a été marquée par quelques interruptions. Et il doit avoir consommé plus d’une vingtaine de ‘line up’ depuis la naissance de son band. En 2013, il avait gravé un elpee live, « Somewhere beautiful ». Car son dernier opus studio, « Sunburnt », remonte déjà à 1996. Depuis, le band n’a sorti que des Eps, des compiles et des singles, dont « Molten gold », l’an dernier. Et bonne surprise, il va publier un véritable nouvel album, pour fin 2014, début 2015. Dans le cadre du festival Boomtown, le quintet nous a réservé cinq chansons écrites récemment, en ‘live’. Martin nous en parle…

« Nous venons de terminer l’enregistrement de l’album, juste avant d’entamer la tournée. Et quand elle sera achevée, on va s’occuper de la promo. Il devrait paraître vers la Noël. Ou au plus tard, début de l’an prochain. Il s’intitulera ‘Silver Bullets’ et synthétise un peu tout ce que les Chills ont réalisé à ce jour. Et nous en sommes fiers… »

Les Chills on connu, au cours de leur histoire, une succession impressionnante de line up. Alors pourquoi ne pas penser à écrire un bouquin sur ce parcours ? Martin tempère : « Je signale quand même que le bassiste et le batteur participent à l’aventure depuis 1999. Qu’Erica nous a rejoints, il y a 9 ans, et Oli, le claviériste, en 2008. En fait, c’est le premier chapitre de l’histoire des Chills qui a vu transiter bon nombre de musiciens. Et la plupart de ceux qui nous ont quittés ne pouvaient pas faire carrière dans ce métier. Il n’y a jamais eu ni friction, ni colère. Ils sont souvent partis de leur plein gré, et à mon grand regret. »

Quand on parle de Chills, on ne peut évidemment pas passer sous silence le label néo-zélandais Flying Nun. Une écurie qui a donné naissance à The Clean, The Bats, Tall Dwarfs, JPS Experience, Able Tasmans, les Verlaines, David Kilgour et encore bien d’autres. Un label indépendant qui était finalement plutôt bien distribué en Europe, et notamment via Semaphore aux Pays-bas, jusque le moitié des 90’s. Et quand ces distributeurs on fermé boutique, le Vieux Continent a été sevré de cette scène antipodale. Notre interlocuteur confirme : « Entre 87 et 90, nous nous étions établis à Londres. Et c’est vrai que Flying Nun disposait de plusieurs excellents relais en Europe. Pas des grosses boîtes, mais surtout de petites structures efficaces. Hitch-Hyke Records en Grèce, Rough Trade en Angleterre, etc. Les ventes n’étaient pas exceptionnelles, mais honnêtes. La disparition de tous ces petits satellites a coïncidé avec un certain essoufflement de la scène néo-zélandaise. Aujourd’hui, Flying Nun a repris du poil de la bête. Et héberge à nouveau de très bons groupes et artistes… » J’en profite pour lui parler de Connan Mockasin, qui m’avait avoué ne pas connaître la scène de Dunedin. Il embraie : « Je suis aujourd’hui âgé de 51 ans ; et vu l’explosion de la scène musicale, je ne parviens plus à suivre. Et en Nouvelle-Zélande, cette vague est aussi conséquente. La plupart des groupes ou artistes n’ont même pas besoin de label, puisqu’ils traitent tout par Internet. Ils s’adressent directement à leurs fans. Cependant, Flying Nun jouit toujours d’une fameuse réputation. Et pas mal de monde leur font confiance. J’en suis ravi… Connan Mockasin, je ne le connais pas personnellement, mais deux membres de mon band, bien. En fait, l’histoire de la musique pop et rock n’intéresse plus beaucoup les jeunes. Ils ont grandi dans un monde où on entend de la musique éphémère. Ceux qui signent chez Flying Nun apprécient plutôt celle qui est authentique, intemporelle. Ils la respectent également. Et ne se contentent pas de la reproduire… » Pour en revenir à Flying Nun, une des causes principales de son succès serait dû aux femmes. Ce qui méritait des éclaircissements. « Chez Flying Nun, toutes les formations devaient impliquer au moins une fille. Et à cette époque, c’était quand même un phénomène particulier. Oui bien sûr, Patti Smith, Kim Gordon (NDR : la chanteuse/bassiste de feu Sonic Youth) et quelques autres étaient devenues des icônes du rock. Des situations que ces artistes féminines estimaient normales. Mais elles ne réalisaient pas que dans d’autres parties du monde, ce n’était pas du tout considéré comme normal… »

On a souvent établi un parallèle entre la scène de Dunedin et celle dite ‘postcard’ (Orange Juice, Aztec Camera, The Pastels, Joseph K, et même les Go-Betweens, un duo australien émigré en Ecosse). Comment expliquer ce phénomène ? Martin clarifie : « Cette synchronisation de mouvements identiques qui naissent à des endroits opposés de la planète est dû à l’essoufflement du post punk. Il fallait trouver une alternative, un nouvel élan. Roger Shepherd, le fondateur de Flying Nun était un grand fan de postcard. Et un des premiers singles paru sur son écurie est un disque de postcard. Il y en a même eu plusieurs. Donc il est en quelque sorte le détonateur de cette situation. Même les artistes adoptaient un look similaire. C’est dire ! »

Les Go-Betweens et les Chills étaient très proches. Tant musicalement qu’humainement. Martin acquiesce : « J’aimais beaucoup leur musique. Elle était excellente. On a souvent joué à la même affiche. C’était de bons amis. Nous étions assez proches. Grant (NDR : McLennan est décédé en 2006) me manque beaucoup. C’est une histoire triste. Ils bossaient énormément. Il ne collaient pas à la mode, mais cherchaient à composer de bonnes chansons. Et les deux groupes manifestaient énormément de respect l’un vis-à-vis de l’autre… »

Martin a un jour affirmé que la mélancolie était au cœur de sa création, qu’elle reflétait l’environnement de la Nouvelle-Zélande. S’il était né en Australie, aurait-elle été différente ? Il réagit : « Enormément. Il y a plus ou moins 3 000 km entre les deux terres. Et les mentalités y sont très différentes. D’une certaine manière on pourrait affirmer que la Nouvelle-Zélande est plus européenne et l’Australie plus américaine. Le peuple indigène, constitué de Maoris, n’a jamais été sous le joug de la colonisation britannique. Cette culture est demeurée très importante. En Australie, les aborigènes ont été pratiquement tous assimilés. Et la civilisation indigène a pratiquement disparue. Chez nous, nous avons conservé une grande proximité avec le peuple Maori. L’art de planter, par exemple. » Martin a pourtant vécu quelque temps en Australie. « J’y suis allé souvent. Pour la simple et bonne raison qu’on y gagne mieux sa vie. Tu as de meilleures perspectives d’avenir. Mais le racisme est omniprésent. Pire qu’en Afrique du Sud. »   

Le Velvet Underground, Wire et les Beach Boys seraient, selon certains médias, les références majeures des Chills. Un journaliste a même écrit que Martin était le Brian Wilson du post punk. Ce qui fait sourire notre interlocuteur. « Il ne faut pas exagérer quand même. Je suis bien un fan de Brian Wilson. Mes bases musicales sont très rudimentaires, pour ne pas dire pauvres. Je suis seulement apte à interpréter mes morceaux pour les maintenir à flots. Lui, il avait la musique dans la tête. Il était capable de créer des harmonies, des mélodies et des structures renversantes, étranges, au sein d’une même chanson. Pense à ‘Good vibration’, ‘Cabin essence’ ou ‘Heroes and Villains’. Et je remercie Brian Wilson pour tout ce qu’il a fait, mais je n’arrive pas à sa cheville… » En ce qui concerne Wire, je lui signale que sur son plus gros hit ‘Pink Frost’, j’y ressens une même sensibilité mélodique que sur ‘The 15th’, et que le quatuor londonien avait intitulé son premier elpee ‘Pink Flag’, devenu depuis le nom de leur label. Bref, pas mal de concordances… « C’est une coïncidence. Je n’écoute pas Wire. Je connais seulement leur chanson ‘I’m the fly’. A cette époque, je découvrais le psychédélisme garage issu des sixties. Scott Walker. Tim Buckley, le Velvet Underground, MC5… Pas vraiment la musique britannique. Ce n’est que plus tard que je m’y suis intéressée, mais pas au début des 80’s. Par contre, un des courants importants qui m’a marqué est certainement le krautrock de Can, Kraftwerk et Amon Düül 2. Pas que j’ai essayé de les copier, mais ils ont eu une influence sur mon écriture. Le but n’était pas de sonner comme eux, mais d’y puiser des sources. C’est beaucoup plus sain. Avant de trouver sa propre voie… »

Il considère Kris Knox comme un maître. Et il le reconnaît : « Oui, il incarne la plus grande inspiration dans ma vie. Il y a longtemps que je me soucie de savoir ce qu’il pense de moi. Comme si c’était mon père. Pour l’instant, il n’est pas en bonne santé. Il a été victime d’une attaque cérébrale. Il ne peut plus parler, mais son cerveau fonctionne encore. Il fait encore de la musique, mais il ne s’exprime plus très bien. Il hurle. C’est très douloureux de l’entendre… » Martin a également vécu de graves problèmes de santé. Il est atteint de l’hépatite C. « Heureusement, depuis quelques années, mon état de santé s’améliore. Bien sûr, à court terme, j’ignore comment cette pathologie va évoluer ; mais pour l’instant, l’important est de se sentir bien pour sa tournée… »

The Chills est aujourd’hui considéré comme un groupe culte. Et des tas de formations, dont les Shins, Panda Bear, I’m Barcelona ou John & Bjorn, ont repris certains de leurs titres. Martin réagit instantanément : « Non, non, je ne veux pas faire l’objet d’une vénération. Nous sommes arrivés, tout simplement, au bon endroit, au bon moment. Les fans des Chills sont des gens sympas. Et il en existe pas mal autour du monde. Ce nombre ne cesse, en outre, de croître. Certaines personnes de mon âge ont grandi avec notre musique ; et ils viennent assister à nos concerts. Mais on y rencontre également bon nombre de jeunes. Dont les parents écoutaient notre musique. Ou qui l’ont découverte à travers d’autres groupes. Il était donc judicieux de revenir en Europe pour constater l’évolution de notre popularité. Et manifestement on est sur la bonne voie. Elle décolle à nouveau… Pas mal de formations ont repris nos chansons ; et c’est un signe qu’on revient dans le parcours. Fin des nineties, je sentais que le groupe périclitait ; mais la tendance s’est depuis inversée. Beaucoup d’artistes écoutent de nouveau les Chills et nous remercient. John & Bjorn ont adapté deux de nos compos. C’est épatant. Car manifestement, de nouvelles oreilles sont attentives à notre musique… »

Merci à Vincent Devos 

 

Ozvald

Notre passion va nous conduire au cimetière…

Écrit par

Dans le cadre du festival ‘La Vie en Rock’, un événement destiné à financer la recherche contre le cancer, une vingtaine de groupes ou artistes avaient accepté de laisser tomber leurs émoluments pour la bonne cause. Dont Ozvald, une formation issue de la région du Centre. Giuseppe, le leader, et les musicos de son backing group, ont accepté de subir le feu de nos questions.

Outre Giuseppe Petolillo, le line up réunit le gratteur et doux rêveur Stéphane Panozzo (NDR : paradoxalement drummer de formation), le bassiste Fabrice Giacinto et le batteur Maxime Pasquini. Et une violoniste qui remplace intérimairement Laurence Leclercq. Une suppléante manifestement talentueuse, puisque après deux répétitions, elle s’était déjà complètement fondue dans l’ensemble. Faut dire qu’elle a suivi une formation classique. Le combo vient de graver un Ep 5 titres baptisé « United Opposites ». Et Giuseppe est évidemment le mieux placé pour nous présenter sa troupe.

Guiseppe : Ozvald est né il y a deux ans. J'ai tourné pendant une quinzaine d'années en compagnie de mon ex-groupe Al Dente ; et j’avais vraiment envie de vivre une nouvelle aventure. Ozvald est cependant né des cendres de mon ancien band. Je voulais tourner la page et notamment remplacer les cuivres par un violon. Il y a longtemps que je rêvais de ce changement. De m’investir dans quelque chose d'un peu différent. Les compos, je les avais déjà écrites et arrangées. Chez moi. J'ai rencontré Stéphane. Batteur, qui s’est reconverti à la guitare. Il m'a aidé pour réaliser les maquettes et surtout les parties de drums. Puis le bassiste, Fabrice Giacinto, et enfin le batteur Maxime Pasquini, via un intermédiaire. La violoniste attitrée, Laurence, je l’ai croisée par hasard. On a ensuite beaucoup bossé sur les maquettes ; et dès qu’elles étaient terminées, j'ai appelé les musiciens pour entamer les répétitions. On a accordé notre premier concert en septembre 2013. Il y a un peu moins d’un an qu’on se produit en ‘live’. Nous en sommes encore à nos balbutiements. L'Ep est paru en févier. C'est donc tout frais. Les musiciens sont issus de la région de Mons et La Louvière.

Une région en pleine ébullition ?

Guiseppe : Elle regorge d’excellents musiciens. C'est peut-être parce qu’on vit dans une zone sinistrée où la population trouve un exutoire dans ses passions, comme celle de la musique. Sincèrement, pour exercer ce boulot-là en Belgique, il faut être mordu. Heureusement, nous le sommes tous. Si certains membres du band ont un job alimentaire en parallèle, la musique demeure notre leitmotiv. Vivre de sa musique en Belgique est très difficile. Aussi, on cherche avant tout à se faire plaisir. Former une bonne équipe de copains qui partagent un même projet. Et comme il y a une belle entente dans le groupe, on prend plaisir à jouer ensemble.

Votre patronyme comporte un ‘z’ au lieu d’un ‘s’. Une raison ?

Guiseppe : Ce nom, je l’ai créé. Inventé, si tu préfères. Il reflète une autre face de ma personnalité. Il y a une planète au milieu de la pochette. De quoi imaginer un voyage intergalactique. En direction d’un astre quelconque qui gravite au sein de l'univers.

Es-tu un adepte de l’expérimentation ?

Guiseppe : J'adore mélanger les styles. Faire preuve d’audace. Et manifestement, dans le domaine de la recherche, il y a encore de la marge. A notre échelle, le violon apporte une touche mélancolique, classique et lyrique à nos compos. Et les guitares dissonantes s’intègrent parfaitement à l’ensemble. Mais on souhaite approfondir le concept. De plus en plus. Et j’espère que je pourrais encore me produire sur les planches, quand je serais vieux ou retraité. Pour partager ma passion. Je suis conscient que pour être bien dans ma tête et escompter décrocher un peu de bonheur, j'ai besoin de la musique. Elle m’apporte énormément. C'est ma thérapie, une addiction. Lorsque je prends une pause d’un mois, je suis à côté de mes pompes. Notre passion va nous conduire au cimetière…
Stéphane : Je partage le point de vue de Guiseppe, mais il est très difficile de survivre dans ce milieu…

Quand j’écoute vos compositions, je pense au Grand Nord, et en particulier à l'Islande ?

Guiseppe : On me l’a déjà signalé. Au sein des pays nordiques, les artistes osent davantage que chez nous. Mais leurs chansons ne sont pas diffusées à la radio. Donc des groupes novateurs, dont la musique est riche et qu’ils ne craignent pas de défendre, même s’ils ne bénéficient pas de distribution ou de support sur les ondes. Les Nordiques sont en avance sur nous dans pas mal de domaines. Leur culture est basée sur le respect. Nous avons beaucoup à apprendre d'eux. Dans ces pays, il y a moins de 'bordel' qu’ici. Tout est pensé dès le départ. L'éducation est une valeur fondamentale. Les programmes scolaires sont organisés en conséquence. Si l’enfant jouit d’une grande considération, il est également préparé au sens des valeurs humaines. Ce qui est totalement différent de notre système adopté dans notre vieille Europe.

Après avoir intégré du violon, dans votre musique, n’avez-vous pas l’intention de vous frotter aux instruments atypiques, comme la scie ou glockenspiel ?

Guiseppe : On y pense. Et peut-être aussi une harpe. Mais le violon est déjà trituré par des tas d’effets spéciaux ; ce qui plonge notre musique au sein d’un univers particulier.

Quel processus d’écriture respectez-vous chez Ozvald ?

Guiseppe : Je me réserve les textes, mais pour certains morceaux j’ai bénéficié du concours du chanteur d’un autre groupe, Frédéric Viseur. Je suis également responsable de la musique. Pour les arrangements j’ai reçu un fameux coup de main de Stéphane. Notamment ceux réservés aux maquettes. Et tout particulièrement pour les parties de batterie. On a aussi testé quelques guitaristes, et finalement j’ai demandé à Steph de s’y coller, car il s’y débrouille plutôt bien.

Question plus classique, puisqu’elle concerne vos influences…

Guiseppe : Elles sont multiples. J’ai écouté Jimmy Hendrix à l’âge de 5 ans. Il m'a marqué. Tout comme ces artistes majeurs issu des 70’s. Led Zeppelin, notamment, que mon frère aîné m’a permis de découvrir. Et puis toute cette vague progressive, dont le King Crimson de Robert Fripp. Que je considère comme un grand maître. Chaque fois qu’il s’est produit en Belgique, j’étais présent. C'est ma référence incontournable ! Malgré mes goûts éclectiques, je considère Hendrix, Fripp et Metheny comme des maîtres. Ce sont les trois références qui ont forgé mon style. Mais aujourd’hui je me suis ouvert à d’autres courants, dont l’opéra. Il y a toujours moyen de tirer parti d’autres genres.
Stéphane : Mes goûts sont assez variés, également. J’apprécie le rock, le funk, la prog et le jazz fusion. J'ai participé à l'ancien projet de Guiseppe.
Maxime : Je suis aussi très ouvert. Même au classique, au rap et au rock. Et puis comme batteur, j’ai un faible pour Muse et Red Hot Chili Peppers.
Hélène : À trois ans, j’écoutais Mozart. De la musique classique. A cause de la culture inculquée par mes parents. Et tout particulièrement ‘La Flûte Enchantée’. En double cassette. Mon violon est devenu, au fil du temps, le socle de mes influences. Puis j’ai écouté les Beatles, Michael Jackson et surtout Björk et Sting. Des artistes incontournables. Mais je ne considère pas ces artistes comme influences majeures. Simplement, ils m’ont apporté une ouverture d’esprit. Je signale quand même que je ne suis qu’une remplaçante…

La qualité du son, c’est une priorité pour vous ?

Stéphane : C’est le relais nécessaire entre notre musique et l’auditoire. Il est indispensable que l’ingé-son soit au diapason, sinon on est grillés.
Guiseppe : C'est également une marque de respect vis-à-vis du public. Il est important qu’on puisse reproduire en ‘live’, ce qu’on a démontré sur disque.

Quel est le dernier concert auquel vous avez assisté ?

Stéphane : Celui de Ben Harper au Cirque Royal, il y a un mois. Sans quoi, c’est la prestation de Fink qui m’a le plus fait flasher. La grande classe !
Guiseppe : Je dispose de moins de temps qu’auparavant, pour aller applaudir d’autres groupes ou artistes. Le peu qu’il me reste, je le consacre à mon projet. J’ai quand même eu l’occasion d’assister à un set de Balthazar. Il y a une certaine violence dans leur démarche. Elle est totalement différente de la nôtre. Je ne connaissais absolument pas ce band ; mais j’ai vraiment apprécié leur show.

Question bateau, quels ont les disques qui vous ont le plus marqués ?

Stéphane : Celui de Fink. Il existe un feeling authentique dans sa musique. Il est autodidacte et se sert d’une guitare dont les cordes sont en nylon. J'aime bien sa démarche. Il parvient à communiquer une grande profondeur à ses compos, alors que sa musique est rudimentaire. Mais d’une grande pureté…
Guiseppe : Perso, j’estime le que le meilleur album paru au cours de ces 20 dernières années, c’est le « Grace » de Jeff Buckley. Il n’est plus de ce monde, mais il a influencé un tas de monde…

Marie Warnant

Le troisième œil…

Écrit par

C’est dans le cadre des Francoflies de Spa que Marie Warnant a eu la gentillesse de nous accorder cette interview. Soit ce 18 juillet 2014. Avant de se produire en concert. Notre entrevue se déroule à la cafétéria de l'Hôtel Radisson Blu Palace. L’artiste namuroise vient de publier son troisième opus, « Nyxtape » ; un disque dont elle partage l’écriture avec le bassiste d’Arsenal et d’Arno, Mirko Banovic. Mais pourquoi donc l’avoir intitulé « Nyxtape » ?

Marie : sur la pochette de l’album, on remarque la présence d’un chat qui a une drôle de tête : il a trois yeux et deux queues. 2 et 3, ce sont des chiffres importants pour moi. J'ai eu un frère jumeau. Parfois, je ne comprends pas comment on peut pleurer devant une émission de téléréalité et la détester en même temps. Il existe donc un côté doux et un autre très fort dans ma personnalité. Je peux tour à tour manifester ma joie ou ma mélancolie. Je peux me montrer audacieuse ou très réservée. Cette dualité, je l’assume et je l’aime bien aussi. J'ai besoin de travailler en duo. En compagnie de Mirko Banovic, par exemple ; même si j'écris des chansons toute seule. Ce sont les conséquences de mon passé, de mon histoire, et notamment parce que j’ai j'ai partagé le ventre de ma mère avec un frère jumeau. Je m’y retrouve, mais j'avais envie de dépasser cette dualité. De disposer d’un troisième oeil qui me conduit non pas de « Un à Dix » ou vers « Ritournelle », soit mes histoires de famille, mes joies et mes deuils, mais vers mon futur. Regarder droit devant moi et ouvrir une nouvelle page. C’est ce que symbolise le troisième œil de ce chat. Un chat un peu bizarre qui s'appelle Nyx. En réalité il s’agit de celui de mon graphiste, Sacha. Mais Nyx est également la déesse de la nuit dans la mythologie grecque. Quand j'ai vu ce chat et que j'ai entendu prononcer son nom, j’ai été interpellé. Il existe un aspect félin dans ma façon de vivre. J'aime beaucoup la nuit. Mes compos je les ai écrites en nocturne. Au calme, quand Bruxelles s'endort ou lorsque tout est paisible. ‘Tape’ se réfère aux K7 que j'utilise en live. Des K7 audio que je mixe pour créer un tapis sonore. 'Nyxtape' est un terme également très proche de 'Mix tape'. A l'époque, je réalisais beaucoup de 'mixtapes', soit des compiles de mes chansons préférées que je mettais sur une K7 audio. Je les j'écoutais en boucle et les rembobinais à l’aide un crayon. Bref, j’ai voulu adresser un petit clin d’œil, en même temps, à cette époque-là, à mon côté double, au chat et à la nuit.

Quand as-tu rencontré Mirko Banovic ?

Marie : Lors de la tournée destinée à promouvoir mon second album. Il m'avait accompagné. Nous nous étions produits aux Francos, sous le chapiteau. Mon batteur actuel participait déjà à l’aventure. On avait déjà partagé quelques dates dans le cadre de « Ritournelle ». On s'est ensuite revus lors d'un hommage à Gainsbourg d'abord, puis à Moustaki. Nous en avions déduit que nous partagions des sensibilités artistiques plutôt compatibles. Et on s’est promis de tenter une petite collaboration ensemble. D’abord pour un titre. Et au fil du temps, on a conclu qu’on pourrait aller au bout d’un album. De fil en aiguille, nous avons partagé la composition, l'arrangement et la réalisation. Ce disque on l’a réalisé à deux. Il m'a beaucoup aidé à progresser et a enrichi ma culture musicale. Il m’a fait écouter des tas de trucs qui ne collaient pas spécialement à ma musique. Il voyait des synergies où moi forcément je n'en voyais pas. C’est quelqu'un qui multiplie les projets aussi bien ambitieux que modestes. Un type passionné et généreux. Il ne se borne pas à ta notoriété pour entamer une collaboration. Que ce soit Arno, Arsenal, X, Y ou Z, son implication est identique…

D’une certaine manière, tu te lances dans l’expérimentation…

Marie : Est-ce vraiment de l'expérimentation ? Il est vrai que j’aime prendre des risques et aller vers l'inconnu. Mais tant que je peux me baser sur des acquis. J'ai réalisé mes deux premiers albums en compagnie de Vincent Liben, le guitariste de Mud Flow. Je pense que notre coopération commençait à s’essouffler et perdait de sa fraîcheur. J’ignore si c’est l’expérimentation que je recherche, mais plonger dans l'inconnu, c’est une volonté. Dans l'inconnu, je vais au-delà de mes limites et je prends de l’envergure. C'est un peu comme dans le monde du tennis, quand tu joues contre un adversaire plus fort que toi, tu deviens plus fort. C’est le fruit de ton expérimentation personnelle. Bien sûr, je déteste les productions lisses et passe-partout. Je privilégie l'originalité. Mais ce n’est pas toujours fructueux, car il faut que le public puisse accrocher. Cependant, être différente, me plaît…

Tu collabores encore avec Vincent Liben ?

Marie : Non, plus pour l’instant. Nous avons eu Vincent et moi une coopération aussi bien artistique qu’amicale. Il est resté un ami. Mais j'avais besoin de me renouveler. Quand j'ai rencontré Vincent pour enregistrer mon premier album, il militait chez Mud Flow. Sa musique baignait dans une ambiance très rock'n'roll. Progressivement, il s’est converti à la chanson française (NDLR : il a depuis remonté Mud Flow !). J’y étais déjà et je souhaitais explorer un créneau plus alternatif. Donc nous ne pouvions plus nous apporter grand-chose. Mais vu son talent, je pense que Vincent m'écrira encore des chansons.

Hormis Mirko, quels sont les musiciens qui t'ont suivi dans l'aventure ?

Marie : D’abord Laurens Smagghe. Il a pas mal bossé pour Sharko et Sioen. Il a rejoint Arno maintenant. Puis Tom Goethals, l’ex-guitariste du groupe gantois Barbie Bangkok, une formation très électrique. Pour le son, j’ai retrouvé mon vieil ami Erwin Autrique qui avait mis en forme mon second album. On s'est retrouvé pour deux titres avant de finaliser le disque. Et il était presque terminé, lorsque Mirko et moi avons adapté un titre de Tom Jobim que j’appréciais beaucoup. Un dernier petit cadeau avant de passer à la gravure. En tournée, gravite pas mal de monde, qui ne monte pas nécessairement sur les planches. Dont l’ingé-son. Son rôle est essentiel. Aussi bien pour les musiciens que lorsque je me produis seule en ‘live’. J’ai conservé une formule en solitaire ; mais j’ai quand même besoin de mon technicien. C'est une petite famille.

Une artiste francophone qui récolte du succès en Flandre, ce n’est pas fréquent ?

Marie : En fait, c’est parce qu’en Flandre, on ne m’a pas enfermé dans un tiroir. Je débarque en affichant une certaine fraîcheur. Je joue en compagnie de musiciens flamands. La sonorité de ma musique est plus proche de ce qu’on écoute dans le Nord du pays, que de la chanson française au sens le plus strict du terme. Certaines personnes cultivent des apriorismes. Surtout à partir du moment où tu sors un troisième album. Et vous snobent. D’autres sont plus ouvertes, et font l’effort de vous écouter. De vous diffuser. J’ai pris le risque de me renouveler. Et on ne prend même pas la peine de le vérifier. Ce n’est pas très juste. Pourquoi mes chansons passent-elle plus souvent sur les radios néerlandophones que francophones ? C’est parce qu’en Flandre, on évalue la Marie Warnant actuelle, pas celle vue et entendue il y a 10 ans, en formule acoustique. Il existe une véritable ouverture d'esprit dans le Nord du pays.

Compliqué la vie d'artiste, en Belgique…

Marie : Pas facile effectivement. Mais quand on peut faire ce qu'on aime, c'est un luxe. Certaines personnes ne peuvent se le permettre. Je n’ai pas à me plaindre de ma vie d'artiste. J'ai joué sur une super scène. Je suis en charmante compagnie. On m'écoute et on respecte mon travail. Sûr que ce n'est pas simple tous les jours. On ne vit pas comme dans la téléréalité. Il faut s'accrocher. Pour obtenir un résultat, il faut miser sur le long terme. C'est un peu comme de petites graines que l'on arrose tous les jours. Et 10 ans plus tard, on se rend compte soudainement, qu’un énorme pommier a poussé dans jardin ; et on se souvient avoir arrosé les graines pendant tout ce temps. Je ne peux donc pas me plaindre.

Qu’as-tu privilégié sur ce troisième opus, la musique ou les textes 

Marie : Plutôt la musique. J'ai terminé la tournée « Ritournelle » en acoustique. J'étais assise pour gratter ma sèche. Et je rêvais être debout armé d’une guitare électrique. J'ai pensé d'abord à la scène. Mais surtout Mirko. Il y privilégie d’ailleurs le groove. Mais ce n’était pas une mince affaire de coller des textes en français sur ce style musical. En anglais, on peut chanter, à peu de choses près, la même phrase pendant trois minutes et demie. Et le texte est cohérent. Si je dis : ‘It's Raining Again’. Ok, ça sonne bien. Mais répéter ‘Il pleut, il pleut, il pleut’ ne tient pas la route. En tous cas, j'avais toujours les mélodies en tête. Puis il y a fallu mettre les textes. Certains sont nés assez rapidement. Pour d’autres, l’inspiration s’est révélée plus laborieuse…

Finalement « Nyxtape », c’est une exploration de la mythologie grecque ou une projection dans le futur ?

Marie : Je dirais plutôt un voyage vers le futur. La mythologie grecque se limite au chat et à la déesse de la nuit... Mon tempérament est tourné vers l'avant et le troisième oeil de ce chat regarde bien devant lui. Ni à gauche, ni à droite, ni derrière. Et pour la suite, j’en ai déjà prévu un quatrième…

Donc, tu as d'autres projets en chantier.

Marie : Oui, effectivement. Un duo en compagnie d’Akro (NDR : un ex-Starflam) qui m'a invité lors des sessions de son nouvel album. Il paraîtra en mars 2015 et sera canon. Il m’a proposé d’interpréter un hymne qui rend hommage aux femmes ; et je suis très honorée d’avoir participé à une plage de son futur cd. C’est un fameux personnage ; et j’ai été ravie de le rencontrer…

As-tu encore le temps d’écouter les disques d’autres artistes ? Si oui, quels sont ceux qui t’ont le plus influencé ?

Marie : Avant de rentrer en studio, j’ai beaucoup écouté Arto Lindsay. Moins de chanson française, comme avant d’enregistrer « Ritournelle ». J’écoute de la musique un peu barrée. Pas toujours immédiate et rarement commerciale. Je suis fan de David Byrne. Quand on entre la première fois dans son univers, on ressent une impression un peu bizarre. Mais dès que tu y pénètres, tu y restes. Je pense que je me retrouve un peu dans sa philosophie. Lorsque tu plonges dans mon album, tant la première que la seconde fois, tu es un peu surpris. C’est un peu comme lors de ton premier baiser. Ce n'est pas toujours canon. Il faut prendre son temps… David Byrne a apporté sa collaboration à Anne Clark et Saint-Vincent, une guitariste exceptionnelle. Damon Albarn est aussi quelqu’un que je respecte. Outre Blur et son projet solo, il a apporté son concours à de multiples artistes, dont Bobby Womack. Je suis fasciné par ce type de personnage qui ne s’enferme pas dans un carcan, refuse qu’on l’y enferme, voyage et développe des projets en compagnie de blacks ou d'autres ethnies. Pour moi, c'est une véritable liberté artistique. Toucher le public et lui plaire par cette création authentique.

Quel est le dernier concert auquel tu as assisté qui t’as le plus marqué ?

Marie : Celui de David Byrne et Saint-Vincent. C’était au Bozar de Bruxelles. Un concert à la fois classe et très chic. Sinon, lorsque Timber Timbre s’est produit dans le cadre des Ardentes. Un spectacle énorme et sexy. C'est un crooner. J'ai beaucoup écouté son disque, mais j’ignorais à quoi il ressemblait. Je n’avais pas encore mis de visage sur son nom. Et j’ai été très étonné de le découvrir en chair et en os. J’imaginais Taylor Kirk, de couleur noire. J’adore leur musique. Mais de nouveau, elle n’est pas immédiate. Il faut un certain temps avant qu’elle vous ne vous apprivoise…

Pour terminer cette interview, on aimerait connaître les trois albums que tu considères comme essentiels ?

Marie : Tout d’abord « Everyday Robots » de Damon Albarn. Ensuite le « The Bravest Man In The Universe » de Bobby Womack. Il est fabuleux. Enfin, une œuvre de Frank Sinatra ou de Nate King Cole, parce qu’elles sont classiques et intemporelles. Et surtout empreintes de romantisme. Or, je suis très sensible au romantisme…

 

 

Soldout

Exercice de style cinématographique…

Écrit par

Nous sommes le vendredi 18 juillet. Votre serviteur à rendez-vous avec Charlotte Maison et David Baboulis, du duo electro/pop Soldout, à la cafétéria de l'Hôtel Radisson Blu Palace de Spa. Ce soir la formation se produit aux Francos. Sur la scène Ice Watch. L’entretien se déroule à l’intérieur de l’immeuble. C’est une bonne idée, car dehors, c’est la canicule. Le groupe a publié, ce 7 mai, un nouvel album. Une bande originale de long métrage intitulée « PuppyLove ». Un sujet intéressant pour entamer notre conversation…

Charlotte : C'est la première fois que nous nous chargeons de toute la musique d'un film. Certaines de nos chansons avaient servi de bande sonore pour un documentaire. Mais il est vrai que se charger de l’intégralité de cette tache n’est pas banal. Nous étions vraiment très heureux que la réalisatrice ait pensé à nous pour accomplir ce projet. C'était aussi un challenge, car elle souhaitait que nous réservions aux morceaux, des scripts très différents. Elle avait des idées sur chaque titre et imaginait déjà le contexte au sein duquel ils allaient évoluer. Un bel exercice de style, pour nous.

Comment la collaboration est-elle née entre vous et la réalisatrice, Delphine Lehericey ?

David : En fait, Delphine est venue nous voir après un concert. Le scénario était encore en chantier. Mais elle avait déjà l’intention de nous impliquer. Et quand elle a exposé son projet, nous avons immédiatement accroché.
Charlotte : On a d’abord pris connaissance du canevas. Le tournage du film ne s’était d’ailleurs pas encore déroulé. En fait, elle voulait que les acteurs puissent écouter la musique, avant de passer sur le plateau. Et incorporer la musique au moment de filmer les scènes.
David : Notre job était terminé avant le premier tour de manivelle.

Vous aviez signé une compo pour un documentaire réservé à Andy Warhol, si mes souvenirs sont exacts ?

Charlotte : Deux! Mais également à un autre documentaire consacré au styliste belge Jean-Paul Lespagnard.

On en revient à Andy Warhol, c’est une référence pour vous ?

Charlotte : On s’est imprégné de son œuvre en consultant les bouquins qui le concernaient ; des livres que les cinéastes nous avaient apportés. Je pense que cet artiste majeur avait un style très personnel. Il exerçait une forme de magnétisme dans son entourage. Et il a très vite évolué. Il était conscient que sa création collait parfaitement à son époque.
David : Il parvenait à jouer sur l'image. Et dans son art, il était aussi très complet.

Pourquoi avoir repris « It's A Sin » des Pet Shop Boy, sur votre dernier elpee ?

Charlotte : Il faut poser la question à Delphine, si tu souhaites connaître la raison profonde.
David : Elle voulait cette reprise. Au départ, nous n'étions pas vraiment emballés. Mais en élaborant cette version, on s’est rendu compte qu’elle passait très bien.

Qui se charge de l’écriture de la musique et des lyrics ?

Charlotte : En fait, nos deux fonctions sont plutôt distinctes, au sein du groupe. David se charge surtout de tout ce qui concerne le son. L’instrumentation, et en particulier les synthés ainsi que les rythmes. Perso, je me consacre au vocaux, à leur aspect mélodique, mais également aux lyrics. David accorde une grande importance à la technique. Ou plus exactement à la technologie. Il a accompli ses premières armes sur Atari. Particulièrement patient, il adore les mélodies pop. Nous sommes très complémentaires et n’hésitons pas à nous intéresser à ce que les autres ne sont pas parvenus, malgré leurs moyens, à imposer…

Comment situez-vous « Puppy Love » dans le processus d’évolution de votre musique ?

Charlotte : C'est une étape dans notre développement. Le public s’est davantage intéressé au concept et les medias se sont posé plus de questions. Cet intérêt plus marqué est la conséquence de ce support qu’a constitué la musique de film. On a aussi démontré que nous étions capables de nous adapter et également de nous renouveler. Certains titres sont plus rock. Finalement cette expérience a été particulièrement enrichissante.

Charlotte, tu as reçu une formation dite classique. Qu’est-ce qui t’as poussé à t’orienter vers la  musique électronique ?

Charlotte : Le déclic c’est produit après avoir rencontré David. Auparavant, je composais et interprétais des chansons à la guitare, en m’entourant de musiciens de jazz. David baigne dans la musique électronique depuis très longtemps. Personnellement, j’en écoutais un peu, mais j’ignorais son fonctionnement.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

David : C’est un ami commun qui nous a présentés.
Charlotte : Et il a eu le bon feeling en permettant cette rencontre.

Quel est votre le concert le plus récent qui vous a le plus marqués ?

David : Un concert que nous avons accordé au Mexique. Nous avions pourtant éprouvé de gros problèmes techniques. Et pourtant, l’ambiance était incroyable. On n’est pas prêt de l’oublier !
Charlotte : On a été confrontés à des tas d’imprévus. Le son, le matos, la table de mixage, rien ne fonctionnait normalement. Et on dû se battre pour corriger le tir. Nous étions d’illustres inconnus pour les spectateurs, et pourtant leur réaction a été autant spontanée qu’enthousiaste. C'était vraiment génial ! Et j’ignore si la foule réagit toujours ainsi au Mexique. En tout cas, elle était à fond…

Vous accordez une grande importance à vos prestations scéniques ?

David : La scène est très importante pour tous les musiciens. Quand tu t’enfermes dans un studio, au bout d’un certain temps, tu commences à te faire chier. En tournée, tu as l’opportunité de rencontrer du monde, et notamment tes fans. De leur parler, de les écouter, d’avoir un contact direct avec eux…
Charlotte : Aujourd'hui, pour être reconnu, on doit tourner. C’est la meilleure manière de toucher le public. Il se souvient alors de nous. Il y a tellement d’artistes et de groupes aujourd’hui…

Charlotte, tu portes constamment des lunettes fumées. C’est pour le look ?

Charlotte : Oui (rires), elles appartiennent à mon look. Et puis sur les planches, j'aime fermer longuement les yeux. En fait, le public finirait par trouver cette attitude bizarre. Mais elle me permet, en même temps, d’ajouter un élément rock à l'ambiance électro, tout en dissimulant mon regard. En vérité, je suis plutôt timide…

Quels sont vos albums de chevet ?

Charlotte : « Is This Desire » de PJ Harvey. Ce disque constitue un tournant dans l’évolution de mes goûts musicaux…
Denis : « Violator » de Depeche Mode et « X » de Klaus Schulze.

Est-ce que vous remixez des titres d'autres artistes ?

David : Oui. Mais, c’est plutôt rare. L’exercice de style est totalement différent de la composition.
Charlotte : Là, on vient quand même de réaliser le remix d’un morceau des Girls In Hawaii. Il devrait bientôt sortir…

 

Luminance

Un espace pour rêver…

Quel bonheur de voir des artistes issus de la nouvelle génération puiser leurs inspiration dans les 70’s et les 80’s afin de remettre cette époque au goût du jour, tout en créant un concept totalement neuf. A l'instar de Gesaffelstein, Led Er Est et autres KVB, David-Alexandre Parquier (aka DA), celui qui se cache derrière le projet bruxellois Luminance, propose une musique rappelant clairement la new wave. Pensez à Depeche Mode, John Foxx ou OMD. Après avoir publié un premier Ep intitulé ‘The Light Is Ours’, distribué sous forme de cassette en 2013 et diffusé via Internet, DA a mis le turbo cette année en présentant pas moins de 3 sorties : un nouvel Ep (‘Icons & Dead Fears’), un 7” (‘Obsession/Viper Smile’), que votre serviteur considère pour l’instant comme le  single de l'année, et un split Ep que partage Acapulco City Hunters (‘The Cold Rush’). L'occasion était donc idéale de rencontrer ce musicien très prometteur… en sirotant une bonne bière à la terrasse du Plattesteen...

Les premiers souvenirs musicaux de DA remontent à son enfance vécue à Paris. Il était alors fasciné par le ‘Carmina Burana’ de Carl Orff. « J'étais très réceptif à cette œuvre ; mais aussi emporté par sa puissance, un véritable mastodonte pour un gamin de 5-6 ans ».

Et il n’en a que six lorsqu’il entre au Conservatoire, pour y apprendre à jouer de la contrebasse, formation qu'il honorera jusqu'à son terme. Huit années plus tard, il découvre des musiques plus obscures, et notamment Marilyn Manson. Il s’intéresse d’abord à la basse, puis se tourne vers la guitare et les synthés.

A 18 printemps, il découvre Soror Dolorosa, un groupe français de rock gothique ; et à travers lui, un nouveau pan de la musique 'dark' : le postpunk, la new wave et l'EBM. Son premier projet, très orienté 'black metal', il le baptise Taliesin. Une allusion au ‘Book of Taliesyn’ de Deep Purple ? « Non, le mot 'Taliesin' se réfère à un dieu barde dans la mythologie celte. Je n’ai découvert l'album de Deep Purple que plus tard, et je le considère aujourd’hui comme un de mes préférés... » Après avoir réalisé quelques démos, le combo se sépare (NDR : en octobre prochain, il renaîtra de ses cendres, afin d’accorder un concert unique à la Flèche d'Or de Paris...)

En 2009, DA débarque à Bruxelles et approfondit son intérêt pour la musique des années 80. Il est alors âgé de 20 ans. Les grosses productions 'mainstream', il les connaît déjà depuis pas mal de temps : Sandra, Kim Wilde, Dead Or Alive et l'italo-disco en général. Mais il s'intéresse surtout et de plus en plus à la new wave 'synthétique', que ce soit OMD, Human League, Depeche Mode, etc. Il apprécie moins la Minimal Synth (aussi appelée Minimal Wave, en référence au label new-yorkais). « Je déteste les bidouillages électroniques sans âme. J'apprécie lorsqu’il il y a du relief, de l'émotion, et des moments où tout explose. J'aime emprunter les codes de cette musique mais pour les transformer en quelque chose de dynamique, de foisonnant. »

De même, DA avoue ne pas être un fétichiste des synthés 'vintage'. « Ce qui m'intéresse, c'est le son, peu importe qu'il ait été produit par un clavier vintage ou par un 'plug-in' sur ordi. Je joue pas mal sur mes claviers pour rechercher des idées, mais lorsque je passe à la production, c'est principalement sur l'ordinateur. Encore une fois, je ne suis pas fan du bidouillage. Je préfère les sonorités simples ; mais le plus important, c'est la composition : il faut qu'elle puisse se suffire à elle-même. Comme dans les premiers albums d'OMD... »

Mais venons-en aux productions de Luminance. Le premier Ep, ‘The Light Is Ours’, a tout d'abord été mis en ligne sur Soundcloud et distribué sur une cassette autoproduite. Ensuite, le label texan d’Austin, Young Cubs, en a gravé 300 exemplaires. Enfin, DA vient de le publier sur un vinyle limité à 200 spécimens, à nouveau en autoproduction... Le contenu de cet essai, on le connaît bien maintenant : ce sont 6 perles de musique Synth-Pop éthérée, des plages très accessibles, mais en même temps extrêmement riches en textures sonores. Dans la chanson ‘Les Loups’, DA enrichit même le cadre électronique de sa musique en intégrant des éléments plus organiques, comme la guitare.

Le second Extended Play, ‘Icons & Dead Fears’ est paru il y a quelques mois, mais il est déjà épuisé. Il s’inscrit dans la même lignée mais marque aussi une évolution vers des sons plus bruts, intégrant de légères touches d’EBM voire de Krautrock. « 'Walk' constitue, pour l’instant, le titre le plus représentatif de Luminance », précise DA. On perçoit également l’influence d'Agent Side Grinder, dans ‘R / W / M’, une formation suédoise que DA apprécie au plus haut point.

Mais la 'bombe' incontestable de cet Ep est née de sa rencontre avec Nathalia Bruno, l'ex-chanteuse de Phosphor (aujourd'hui chez Leave The Planet et M!R!M). Pour la plage ‘Obsession’. Elle marie à la perfection l'univers sonore de DA et l'émotion sombre et gothique suscitée par la voix de Nathalia Bruno. Une pure merveille... qui a d'ailleurs éveillé l’intérêt de Weyrd Son Records, le perspicace label bruxellois. Il a ainsi décidé de publier ‘Obsession’, sous la forme d'un superbe vinyle 7 pouces.

On épinglera également la sortie d’une cassette 'split' partagée entre Luminance et Acapulco City Hunters, intitulée ‘The Cold Rush’, éditée sur le label gantois Wool-E Tapes Records. Les cinq titres de Luminance y figurent, « Plus EBM, plus 'rentre dedans' », indique DA. 

Quand on demande à DA quels sont les thèmes abordés dans ses compos, il distingue deux périodes. Tout au long du premier Ep, il a clairement privilégié la nostalgie et la glorification du passé. « J'ai toujours été passionné par les grandes mythologies et les civilisations anciennes ; et, plus récemment, par les années 50, 60, 70 et 80. L’histoire, comme les rêves d'ailleurs, constituent un refuge par rapport à l’indifférence manifestée par la société contemporaine ; mais aussi un terrain de découverte de mes origines, des fondements de l'existence. »

Sur le second Ep, DA a décidé de poser un pied dans le présent. « J'ai dû apprendre à vivre dans le monde actuel, par instinct de survie. Sur ce disque, je me montre donc un peu plus critique par rapport à la civilisation moderne en la confrontant au passé et en essayant de panser mes blessures grâce à la matière onirique.»

Et quid des projets pour l'avenir ? « Je travaille déjà sur un nouvel enregistrement de Luminance, qui sera sans doute un elpee. Il devrait sortir, d’ici la fin de l'année. Ce sera un retour aux sonorités plus organiques. Donc moins brutes et moins squelettiques. Plus proches du premier Ep. Revenir aux paysages sonores brumeux, aux atmosphères profondes, marécageuses, épiques... Je n'y peux rien : mon coeur reste irrésistiblement attaché aux musiques éthérées, qui offrent un espace pour rêver... »

Pour écouter et acheter les albums de Luminance :

         EP « The Light Is Ours » : http://luminannce.bandcamp.com/album/the-light-is-ours

         EP « Icons And Dead Fears » : http://luminannce.bandcamp.com/album/icons-dead-fears

         7'' « Obsession / Viper Smile » : http://weyrdsonrecords.bandcamp.com/album/obsession-viper-smile-7

         Split EP « The Cold Rush » avec Acapulco City Hunters : http://luminannce.bandcamp.com/album/the-cold-rush-luminance-acapulco-city-hunters-split

Luminance logo by Anaïs Mims

Ouragan Matt Jacquier

Sans domicile fixe…

Écrit par

Ouragan Matt Jacquier est un grand voyageur devant l'éternel. Là ou il pose ses valises, il invite les musiciens du terroir à participer à ses projets. C'est donc lors de son troisième concert accordé à la Chapelle de Mons qu'il a répondu à nos questions. Il fait chaud, l’ambiance est plutôt cool et c'est sur la terrasse et devant une boisson rafraîchissante que l'interview se déroule. Dans la langue de Molière, car ce Franco-canadien s'exprime aussi bien en anglais qu'en français.

Ouragan Matt Jacquier, c’est un drôle de patronyme pour un groupe ?

Au départ, il s'appelait Sidharta. Nous tournions surtout au Canada et aux Etats-Unis. C’est là que nous vivions, finalement aussi. Puis on a débarqué en Europe. Une très chouette expérience. La vraie vie rock'n'roll en groupe et entre amis. A force de voyager, tu rencontres des tas de personnes différentes. Cette envie de liberté va souvent de pair avec la maturité acquise par un artiste, en général. Mais ces rencontres, ces aventures, vécues chaque fois, je voulais qu’elles soient les plus excitantes possible. Lorsque j’étais aux States, mon backing group était constitué d’Américains ? Quand j’ai débarqué en Belgique, j’en ai conclu qu’il était naturel de me produire en compagnie de musiciens belges. C'est également une manière d’appréhender une autre culture. Et puis ce choix permet au public de découvrir une dimension différente de ma musique, et tout particulièrement lors des concerts. Chaque concert, je le souhaite autre. Et la présence de musiciens différents y contribue. Je refuse d’être prisonnier d’une structure ou d’un projet. Quand on monte sur les planches, c’est parce qu’on a envie de jouer en live. Dans ces conditions, choisir mon nom (NDR : Ouragan Jacquier) pour baptiser un groupe, n’est pas nécessairement facile à assumer. Mais c’est une façon d'être moi-même. De m’exprimer à travers les autres. Ceux qui m’entourent, participent à l’aventure. Et finalement aussi le public, qui fait partie de l’ensemble…

As-tu d’autres projets en chantier ?

Vu la formule à géométrie variable, je n’ai pas besoin de me lancer dans d'autres projets. Le but c’est aujourd'hui. Là où je me rends, il se produit des événements. Et on immortalise ces moments-là. Des moments à chaque fois uniques ; et dans ces conditions, chaque nouvelle opportunité, chaque jour, chaque concert, se transforme en nouveau projet.

Finalement, tu vis au Canada ou en Belgique ?

Pour l’instant, je suis en Belgique parce qu'on joue en Belgique. En général je vis où on se produit. On a vécu aux Etats-Unis. A Seattle, Los Angeles et New York. Au Canada. A Montréal et Toronto. En Europe. A Londres et Paris. Nous sommes en Belgique. En Wallonie. Puis nous irons en Flandre. Avant de mettre le cap sur les Pays-Bas. Et ensuite, on retourne en Angleterre. Nous sommes des nomades. Des voyageurs du monde. Comme les acteurs d’un cirque permanent. On ne sait jamais où on va débarquer le lendemain. C’est parfois stressant ; mais ce mode d’existence est très enrichissant.  

Comment décrirais-tu ta musique ?

Pour être honnête, les étiquettes commencent à me fatiguer. Je fais du rock. Et les influences, n’importe qui est susceptible de dénicher celles qui lui conviennent. Depuis Neil Young et son Crazy Horse à Tom Petty, en passant par des formations ou des artistes plus contemporains comme Nick Cave et ses Bad Seeds, les Stooges ou P.J. Harvey. Elle ne sont pas exhaustives, et c’est ce que j’apprécie le plus. Certains y décèlent même des références à Red Hot Chili Peppers. Nous n’avons imposé aucune limite. Et je gère le tout. Finalement, tout le monde s'y retrouve. Suivant l’endroit où je me trouve, la musique prend une dimension différente.

Quels sont les musiciens qui t’ont accompagné, ce soir ?

Des musiciens bruxellois impliqués dans différents projets. Et en compagnie desquels je m’entends très bien. Ils s’investissent dans le mien comme s’il était le leur. Et chaque fois qu’ils montent sur les planches, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. J’avais aussi recruté un guitariste néerlandais. Sous ce line up, on a accordé 6 concerts. Dans un futur très proche, je compte exécuter des sets ‘unplugged’. Acoustiques, si tu préfères. Et m’entourer alors de bluesmen. Ce qui permettra de donner encore d’autres perspectives à mes compositions.

La scène, est donc primordiale pour toi ?

Pour moi, c'est super important. Je fais de la musique pour jouer sur scène. Après avoir transité par le studio, c'est fondamental, car tu marques le moment. Mais, l’effet s’estompe rapidement. Quand tu as enregistré un album, tu le défends pendant des mois voire des années. Mais tu dois chaque fois le réinventer, sinon tes prestations deviennent lisses et linéaires.

Tu as un album en chantier ?

Oui, ce sera mon premier album solo. L’objectif est de communiquer notre expérience dans la musique. Et de la faire vivre dans notre univers. D'une manière tout à fait personnelle. On va le sortir sous différents formats. Des formats qu’on souhaite originaux.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

La vie tout simplement. Ma réponse est totalement 'bateau', mais c'est ainsi. Je pense qu’elle résulte de ma culture anglophone. Je chante uniquement en anglais. Je parle couramment le français et l'anglais. Mais l'anglais est ma langue maternelle Donc, je rédige plus facilement mes textes, dans cette langue. Par contre, quand j’écris des poèmes, je choisis la langue française. On n’écrit pas de la même manière en anglais ou en français. Il y a beaucoup moins de mots. Et on les utilise davantage pour la dynamique que pour la syntaxe en général. Donc, j'aime bien résumer mes idées et les illustrer. Un exemple ? « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry. C'est mon livre de chevet. J'aime beaucoup les textes de Gainsbourg et ceux de Bashung. Ils m'inspirent réellement. J’observe le monde qui m’entoure. Comment les gens se comportent. Et, à la manière d’un reporter, je relate leur quotidien. Certains artistes ou groupes sont engagés politiquement. Mon origine anglo-saxonne m’incite à relater comme un carroi (régionaliste en dialecte canadien). J'ai plus le côté 'Big Generation'. J'aime beaucoup voyager sur les routes, le road movie. J'aime être témoin. Quand j'arrive en Belgique, et tout particulièrement à Mons, je ne débarque pas forcément en terre connue. Mais j'essaye de me fondre le plus possible dans la population et voir comment elle vit. Je respecte sa culture. Et ce soir, c'est le meilleur exemple. C'est le troisième concert à Mons et les gens viennent de plus en plus nombreux. Une certaine connexion s’est établie entre nous…

Quels sont les derniers concerts auxquels tu as assisté ?

Celui de Nick Cave. Et c’est le concert qui m’a le plus marqué. J’ai aussi beaucoup apprécié celui du Fleetwood Mac de Stevie Nicks.

Qu’est ce qui te botte sur la scène musicale contemporaine ?

Franchement, actuellement, il n’y a pas grand-chose qui me donne entière satisfaction. La musique, c’est ma vie, ma passion. Mais les productions actuelles me laissent plutôt froid. Elles sont un peu trop lisses, formatées. Trop explicites également. On ne permet plus aux mélomanes de poser un choix sur ce qu’il veut écouter. On lui impose ce qu’il va entendre. Il prend tout dans la figure. Tout de suite. Et sans ménagement. Perso, j’apprécie me replonger dans les albums des Beatles. Et en particulier celui de « Sergent Pepper's ». Et j’y distingue, chaque fois, des trouvailles. Au bout de la troisième lecture, j’y découvre un nouvel instrument. Je vais être franc, récemment je n'ai rien acheté qui vaille la peine.

Bagdad Rodéo

Bien rire n’empêche pas de réfléchir…

Écrit par

Ce samedi 24 mai, se déroulait le festival ‘La vie en Rock’, dans la salle des sports sise Plaine de La Machine à Feu à Dour ; un festival destiné à financer la recherche contre le cancer. Une vingtaine d'artistes avaient accepté de laisser tomber leur cachet pour la bonne cause. C'est à cette occasion que le très sympathique groupe parisien Bagdad Rodéo a bien voulu répondre à nos questions.

Vous avez accepté de participer à la ‘Vie en Rock’. Vous êtes donc très sensible à l’organisation de tels énervements pour financer la recherche ? 

MSR : c'est une excellente initiative. Le festival est, en outre, bien organisé. Ce soir, nous sommes présents pour divertir le public et en même temps soutenir un projet dont l’objectif est de faire avancer la recherche pour combattre une maladie qui nous concerne tous. Nous connaissons tous un proche ou un ami qui traverse ou a traversé cette épreuve. Vu tout ce qu'on chope, toutes les merdes qu’on bouffe, tous les pesticides qui nous empoisonnent et les retombées radioactives qui nous contaminent, les risques de la contracter sont particulièrement élevés. Nous sommes une génération sacrifiée. Nous, on le sait. Notre modèle de société est pourri jusqu'à la moelle. Ce qui explique pourquoi ce type de manifestation nous plait.
Christobal : c'est bien. Pour une fois que des gens se mobilisent pour une bonne cause. Nous, cela nous éclate. Et en plus de se mobiliser pour faire avancer la recherche contre le cancer. On peut s'amuser dans une bonne ambiance et un bon esprit. C'est génial ; ce ne sont que de bonnes idées.

C'et la première fois que vous vous produisez en Belgique ?

MSR : oui, la première fois, comme membre de Bagdad Rodéo.

Une petite présentation du line up ?

MSR : je m’appelle MSF Delatourette. Et me charge des vocaux. Christobal (Sanchez Del Rodéo) se réserve la guitare. Parmi les gars qui bouffent là-bas, il y a Romain qui se consacre à la batterie ainsi que Houston, aux claviers et à la guitare. Yayo joue de la basse. Notre ingénieur du son, c'est le black. On l'a recueilli. Il voulait une formation d’ingé son.  C'est le fils de Bokassa Ier. En fait, c’est son père qui finance notre projet.

Bagdad Rodéo, c’est un patronyme susceptible de soulever des polémiques ?  

MSR : on avait le choix entre Bagdad Rodéo et Beyrouth Corrida. Or Bagdad Rodéo collait plus à d'actualité. Tu vois, on a voulu faire la synthèse entre un sujet dramatique et un autre plus fantaisiste. Bagdad se réfère à la guerre en Irak, conflit qui ne date pas d’aujourd’hui. Et Rodéo reflète notre côté plus drôle, plus fun. Ce qui correspond vraiment à notre musique. On tente de faire passer un message difficile sur un ton léger et humoristique…

Des textes engagés écrits dans la langue de Molière, quoi ?

MSR : absolument ! Tu as bien résumé. Les textes sont rédigés en français. Et doivent avoir du contenu. Pas la peine de parler pour ne rien dire. Par exemple, si demain je colporte que tous les flics sont des cons, ce n’est pas le reflet de notre opinion. Tu vois ce que je veux dire. Ce n'est pas une appréciation personnelle, mais notre manière de voir les choses. On aime creuser nos sujets. On évite l’observation simpliste des événements tout comme le recours à la vulgarité gratuite. Nous voulons susciter la réflexion. Et ce principe est fondamental. Sans quoi nous ne pourrions ni en rire, ni en éprouver de la satisfaction.

Qui est responsable des lyrics ?

MSR : essentiellement moi. Je les écris et les autres musiciens les corrigent. Ils me signalent quand j’ai oublié un 's'. Non, je rigole. On discute des thèmes et des sujets qui seront abordés. De la nécessité de les approfondir. De les revoir de fond en comble, quand je suis à côté de la plaque. Quand ça arrive, je le vois immédiatement à leurs gueules. Par contre, quand ils se marrent, c’est que c'est bon. Et quand ils disent tous ‘oui’, alors c’est que c'est tout bon. C'est leur manière de valider mes textes.

Et de la musique ?

MSR : on paye un mec pour composer. Un petit chinois, mais on ne peut pas le crier sur tous les toits. C'est un secret entre nous. Le type mesure 1 mètre 40 au garrot. Il est hyper doué dans l’exercice. On l'appelle Tink Ponk.
Christobal : Et moi je passe pour quoi ?
MSR : non, on est cons. C'est Christophe (Christobal) qui se charge des partitions musicales.  Pour  « Deux », il signe pratiquement toute la musique.
Christobal : Yayo (NDR : le bassiste) et Ludo (NDR : MSR) ont également collaboré. En général, on bosse en binôme ou trinôme. Sans oublier le petit chinois.
MSR : perso, dans ce domaine, je sers plutôt d'aiguilleur. J’indique ainsi qu’il est possible d’adapter un texte à la musique. Quand les structures sont trop complexes, je suis perdu. C'est plutôt ce rôle qui m’est dévolu.
Christobal : Ludo pose toujours le choix final. C'est lui qui valide ou pas ce qu’on a élaboré d’un point de vue musical. Si le morceau l'inspire, on va en faire une chanson. Dans le cas contraire, et  même si nous on reste persuadés qu’elle sera superbe, on abandonne l’idée. In fine, c’est Ludo qui entérine.
MSR : malheureusement pour moi. C’est une lourde responsabilité…
Christobal : mais l'avantage chez Bagdad Rodéo, c'est sa diversité de ton. Et puis on peut y mettre ce qu’on veut. Perso, je ne ressens aucune frustration. Si je propose un morceau de reggae à Ludo et qu’il estime que c’est de la merde, on essaie quand même d’en faire quelque chose. Parfois, sans trop savoir pourquoi, la magie peut opérer. Un album de Bagdad Rodéo, c'est un disque de rock au sens large du terme. On peut y mettre du funk, du folk ou de la country. Ou encore ce que l'on a envie. Le leitmotiv, c'est la liberté de ton. Et puis, raconter une histoire à prendre au second degré permet de nous éclater…

La musique vous en avez fait un métier ou elle reste une passion ?

Christobal : un peu des deux. On ne peut pas vivre uniquement de Bagdad Rodéo. Même si on a tracé le chemin adéquat pour y parvenir. Le business musical n'aime pas trop quand un artiste ou un groupe est libre de faire ce qu’il veut. Alors, soit tu choisis l’autonomie, soit tu payes la note. Mais on s'en fout, car nous sommes tous musiciens professionnels. Bagdad Rodéo, c'est en plus…
MSR : ces deux critères doivent rester liés. Quand tu propages les mots 'bite' et 'cul' un peu partout, tu ne récoltes pas beaucoup de tunes pour bouffer. Mais on n’a plus grand-chose à se prouver. Et on ne développe pas trop d’ego sur ce qu’on fait. On le fait parce qu'on a envie de le faire. On aime ce projet et on ne se sent pas prétentieux. Créer notre propre musique nous permet de prendre du bon temps. C’est le principal.

Développez-vous d’autres projets en parallèle ?

MSR : non, nous avons tous un job. Et il nous pompe suffisamment de temps.
Christobal : il est déjà difficile de participer à une aventure comme celle de Bagdad Rodéo et de connaître, en même temps, une vie de famille. Ce projet prend énormément de temps. Entre la maison, Bagdad Rodéo et le travail qui permet de payer le loyer, franchement, nous n'avons plus une seconde de libre. On aimerait bien, mais on ne peut pas. Plusieurs membres du groupe ont aussi des enfants.

Vous avez quand même encore le temps d’écouter des disques d’autres artistes ?

MSR : le dernier album de Stromae, il est super ! Et ce n'est pas parce que je suis en Belgique que je le proclame. Celui de Triggerfinger n’est pas mal non plus. Leur musique est coquine. Comme les bonnes frites. La classe. Je prends aussi mon pied à l’écoute de la musique des Hives. Ah non, ils ne sont pas belges ! Annie Cordy, bien. Elle chantait ‘TaTa Yoyo avec son grand chapeau’. Et la marionnette Tatayet, aussi. ‘Salut, c'est Tatayet, j'ai mal au cul’. Sans oublier la Duvel. C’est ce que le Français moyen retient de votre culture.
Christobal : perso, j’apprécie beaucoup Triggerfinger. Ils balancent un rock'n'roll de malade. La démarche de Stromae, sur disque, me plaît. Par contre, je ne suis pas prêt à aller le voir sur les planches. Il n’est pas assez soutenu par de véritables musiciens. J'aime trop la guitare et surtout en prendre plein la gueule…

Le public vous a réservé un accueil chaleureux…

Christobal : les Belges sont gentils.
MSR : ta réflexion est péjorative. Les Belges savent rigoler. Vous êtes moins tendu du cul que certains. Putain, tu connais Le Mans ? On y a joué une fois, et les spectateurs étaient particulièrement froids. Ils devaient s'enculer entre cousins et cousines là-dedans… Je ne sais pas ce qui s'est passé. Le retour du public, on y attache de l'importance. Les gens ont le droit de nous juger quand nous sommes sur scène. Mais, nous on a aussi le droit d’évaluer leur réaction quand on est sur les planches. Cela fait partie du jeu. Les Belges sont généreux aussi. Plus détendus. Nos conneries les font rire. Dès qu’on aperçoit les premiers sourires, le courant passe plus vite. Et on sait qu’on va se marrer. Tout à l’heure, j’ai décelé la présence d’un mec qui était à moitié bourré, et instinctivement je m’en suis fait un pote et un allié. On joue un peu sur l’effet 'People'. C’est arrivé pile poil sur le morceau « J'aime pas les filles ». Pour lui, sans doute, les filles sont des connasses ; mais c'est son choix, et le texte l’a fait marrer. C’est ce qui est le plus important. Les Belges ont une approche de l'humour bien plus ouverte que les Français.
MSR : (en me dévisageant) C’est pas croyable, mais tu ressembles à mon père. Vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. Ce n’est pas croyable. Je vais te montrer sa photo. Tu pourrais être son frère ! Je vais te sortir une photo. Euh, je peux t'appeler Papa ?

Ce qui explique pourquoi la scène est importante pour vous?

(NDR : le temps que le chanteur retrouve les photos de son paternel), Christobal reprend le crachoir : oui, la scène est extrêmement importante. C’est vraiment le moment au cours duquel on peut se lâcher. Tu passes des mois à composer sans pouvoir interpréter tes compos devant un auditoire. Les planches, c'est le moment du partage. Soit tu prends un râteau, soit tu établis une connexion avec le public.
MSR : c'est un moment vital pour nous. Tu y oublies tous tes problèmes. C'est pourquoi il est indispensable de se produire en live…

Vous revenez en Belgique ?

MSR : aux Francos de Spa. Quatre jours en juillet. On est programmés aux 'Vitrines des Franco'. On joue 24 heures sur 24 pendant quatre jours… Quoi cinq jours ? Et on va devoir se farcir quotidiennement 4 interviews ? Mais les organisateurs sont des tortionnaires… Tu viens nous voir aux Francos ?

 

Raider 79

De la techno, mais pas seulement…

Écrit par

Raider 79 est un jeune artiste montois qui vient de sortir « Double Face part II », un Ep au cours duquel il explore les chemins de traverse d’une Techno bourrée d’énergie destinée aux hangars gigantesques ou aux raves. Mais en ne lassant jamais grâce à un sens du détail et de la micro-variation. Entretien en compagnie de ce talent prometteur issu de l’autre patrie de la techno (la Belgique évidemment).

Quel chemin as-tu parcouru avant d’arriver à la techno ?

Mon père m’a offert 2 platines Technics, et c’est le véritable point de départ. J’ai commencé à mixer dans la région de Tournai où j’habitais à ce moment-là. Très vite, j’ai commencé à passer de la Trance, de l’Electro et de la Techno. J’y ai pris goût ; mais le vrai tournant s’est produit lors de l’achat d’une Groovebox qui m’a plongé dans la production plus que le mix. Et j’ai commencé à acheter d’autres machines pour étoffer mon son.

Quelles ont été tes influences ?

Laurent Garnier et Technasia au départ m’ont énormément influencé. Actuellement je me sens plus proche du son de Vitalic et de l’ambiance qu’il peut créer dans une salle. Comme lui, je re-travaille mes morceaux pour les Live.

Comment se déroule le processus de création de tes morceaux ?

Je travaille seul dans mon coin d’abord. A une certaine époque, j’ai bossé en compagnie des Fouck Brothers qui m’ont permis d’évoluer dans mon projet musical. Je suis isolé au moment de la composition pure, mais je n’hésite pas à solliciter le concours d’un ami pour opérer le mastering et les arrangements ; ce qui permet de prendre du recul par rapport à mon travail.

Qu’est-ce que tu écoutes pour t’inspirer ?

Principalement de la techno, mais pas seulement. Il faut s’ouvrir à d’autres styles pour se renouveler même si on ne le ressent pas forcément dans ma création. Quand ils fouillent dans ma compactothèque, mes amis sont souvent étonnés d’y repérer des disques de musique classique. Mais au moment de la composition, plus aucune influence externe ne vient me perturber. Je me coupe de toute musique autre que la mienne.

Peux tu décrire l’évolution de ton son ?

Au début, mes morceaux étaient plus carrés, plus bruts. Ensuite, j’y ai injecté une certaine souplesse, en gardant l’énergie. Je cherche constamment des variations autour d’une structure.

Comment se déroule ta vie de musicien en Belgique ?

C’est très compliqué au niveau du booking, surtout que je n’assure plus de djing pour me faire connaître, mais je vais peut être m’y remettre. L’avantage d’un petit pays, c’est la facilité des contacts et de pouvoir s’entourer d’amis.

Quel est le meilleur endroit pour écouter ta musique ?

Dans une salle sombre, grande ou dans une voiture (sourire)

Quel est le retour des gens sur ta musique ?

Ils adorent l’énergie, le côté un peu sombre qui ressort au milieu d’ambiances plus joyeuses, ce qui me motive encore plus pour mon live.

Pour écouter l'EP, c'est ici

Jane Doe & The Black Bourgeoises

Tu dois être riche si tu veux devenir musicien

Écrit par

Jane Doe & The Black Bourgeoises ! A la lecture du patronyme, on imagine être en présence d’une vocaliste à la tête d’un girl band un peu cul-cul. Ce n’est pas le cas. Oui, il y a une chanteuse : Julie Megank ; et deux choristes, Cookie G. et Cherry G. Mais pas seulement. La formation est également soutenue par quelques vieux briscards issus de la scène belge, dont les guitaristes Antoine Cannon (Super Like You) et Dave Kostman (NDR : il double également au synthé), le bassiste Dan Diaz (Driving Dead Girl) et enfin le batteur de Von Durden, Nicolas Scamardy.  Bref, en 2013, cette formation a publié un album très rock'n'roll intitulé « Angel Crash ». Le parcours du combo est antinomique : naissance, composition, studio, album et enfin concerts. C'est dans le bar du Bazanova à Houdeng, juste avant leur prestation, que le groupe nous a accordé une interview. On vous relate les réactions les plus intéressantes…   

Ben manifestement, ça rocke pas mal pour vous, les filles ?

Julie : effectivement, ça boume et ça rocke plutôt bien pour nous…

Quelques mots sur votre parcours et vos influences ?

Nicolas : j'ai rencontré Julie, il y a deux ans. Et alors que nous circulions en voiture, elle s’est mise à chanter ; et je me suis rendu compte qu’elle avait une superbe voix. Je l’ai donc invitée à participer à la confection de quelques maquettes. Puis nous sommes entrés en studio. Ce n’est qu’ensuite que nous avons fondé le groupe, puis nous avons commencé à nous produire en concert.
Julie : Et enfin on est allé manger un spaghetti. Nous avions faim.

De la table on peut donc passer aux goûts musicaux...

Dan : perso, j’épinglerai Machiavel et Slayer.
Julie : Skarbone 14, Jeanne Mas de l’époque « En rouge et noir ». Soit sa plus intéressante. Mylène Farmer pour l’aspect émotionnel qu’elle parvient inoculer à ses chansons… ( ?!?!?)
Nicolas : je vais quand même répondre un peu plus sérieusement à cette question. Je pense que tous les membres du groupe écoutent plus ou moins les mêmes artistes. De manière générale, nos goûts sont éclectiques, même si nous préférons le rock. Et si nos aversions sont souvent partagées, c’est ce partage des sensibilités qui nous permet paradoxalement de concocter une musique originale...

Remettre le passé au goût du jour, c’est un peu votre philosophie, non ?

Nicolas : wah, je comprends ce que tu veux dire !
Julie : oui, nous aimons bien le côté 'vintage' de la musique.
Cherry B. : suivant l’adage on pourrait affirmer que c'était mieux avant. Si on avait décidé de s’inspirer de One Direction ou d’autres trucs pareils, on ne ferait peut-être pas la même musique.

Quel est le dernier concert auquel vous avez assisté ?

Antoine et Julie : celui de Queens Of The Stone Age.
Dan : de Wooden Shjips.
Nicolas : Queens Of The Stone Age également, mais par téléphone ; en fait Julie y était en compagnie des autres membres du groupe. Je me suis montré sous un visage gentlemen. J’ai nettoyé la maison.
Cherry B. : je ne me souviens plus très bien, j’étais bourrée ? Je pense qu’il s’agissait d’Amine Bell.

Et le dernier album que vous avez écouté ?

Nicolas : celui de Stromae. Il a reçu beaucoup de critiques négatives. J’ai reçu ce disque en cadeau. Mais si on ne me l’avait pas offert, je l’aurais acheté. Au moins, par curiosité. J'assume ce choix. Pour l’instant, ce gars est vraiment incroyable.

Cherry B. : oui, et pourtant, il essuie de nombreuses critiques de la part de ceux qui ne supportent pas son succès.
Julie : le dernier disque acheté est celui d’Urban Voodoo Machine. Je me le suis procuré lorsqu’on s’est produit au Power festival. Leur set est à la foi complet et délirant.
Nicolas : sur scène, The Urban Voodoo Machine est une formation vraiment impressionnante. On dirait des saltimbanques qui réalisent un mélange parfait entre la musique manouche, néo-orléanaise et tzigane.
Antoine : le dernier album que je me suis payé, c’est celui de Daan.
Dan : et moi de The Black Angels.

Qui signe la musique et les paroles chez Jane Doe ?

Nicolas : je me charge des parties musicales. Les textes, ce n’est pas trop mon truc. C’est le chanteur de Von Durden et Julie qui s'en occupent. Cherry se consacre aux backing vocaux. Et elle est balaise dans le domaine des harmonies vocales. Dan et les autres amènent leurs propres idées au niveau des sonorités. Et puis finalement, chacun d’entre nous apporte sa teinte personnelle à l’ensemble. Moi, j’ébauche le canevas en noir et blanc et eux y mettent les couleurs.

Quand vous débarquez en studio, vous emmenez des partitions préenregistrées ?

Nicolas : non, nous bossons plutôt en ‘live’. On dispose, en général de démos. C’est tout. On joue du rock et on ne cherche pas à dénicher des sonorités particulières. Ce n’est sans doute pas très original, mais c'est, en tout cas, immédiat.

Ce qui explique, sans doute, pourquoi la scène est essentielle pour vous ?

Nicolas : absolument ! C'est toute notre vie. Quand on ne produit pas en public pendant trois ou quatre mois, on a l'impression de régresser. Seul le studio et les répètes permettent de garder le moral au top.
Julie : il y a un mois que l'on n'a pas plus joué en concert ; c’est comme si on ne s'était plus vu depuis une éternité.

Quel regard portez-vous sur vos fans ?

Nicolas : je n'aime pas ce concept. Il est déjà très agréable de savoir que quelqu'un achète ton disque, car tu as passé beaucoup de temps pour le concevoir. Tu as ramé, tu as dû casser ta tirelire pour atteindre cet objectif. Et une personne te dit qu’en se levant le matin, elle a écouté ta musique ; alors tu es ravi et tu as la pêche pour la journée...

Vous participez au ProPulse, la semaine prochaine. Un tremplin ?

Nicolas : ce qu’on espère c’est qu’il nous permettra de décrocher des dates en septembre. On a donc besoin d’intermédiaires qui nous aident, sans trop nous plumer. Je m'explique. Un label ou tout au moins l'éditeur est susceptible d’effectuer cette tache, à travers des clips ou en ciblant les radios, sans pour autant exiger 75 % du cachet, après coup. C’est la raison pour laquelle il existe des contrats-type. Ils nous aident et en retour ils retrouvent un peu les billes qu'ils ont investies. D’autres semblent se préoccuper de notre avenir ; mais c’est surtout leur portefeuille qui les intéresse. Et ils nous demandent des sommes indécentes. Et là, va te faire voir.

Déjà qu’il est difficile de vivre de sa musique en Belgique…

Nicolas : à qui le dis-tu ?
Cherry B. : sauf si l'on s'appelle Daan. Pas notre Dan, hein ! En fait, un musicien peut survivre en Belgique, mais il doit diversifier ses activités. Bosser également comme musicien de studio, par exemple. C’est mon cas. J’y assure ce rôle, et puis j’exécute des dj sets. M’enfin, ces rentrées me permettent de payer le loyer ; pas de nourrir son homme…
Nicolas : il ne faut pas oublier que l'on réinvestit tout ce qu’on gagne. Une chouette image circule sur le net : celle d’un iceberg. La partie visible, c’est le show ; en dessous, celle qui est immergée représente les heures de travail et d'investissement. Dan a cassé ses cordes. Tarif : 50 euros. En plus, se produire en concert implique des coûts de déplacements.
Cherry B. : des contrats, on n’en manque pas, mais tout est réinvesti dans les frais de fonctionnement du groupe.
Nico : nous nous déplaçons en train ou en voiture pour participer aux répètes, deux à trois fois par semaine. Ce sont encore des dépenses, même si elles sont personnelles.
Dan : oui, participer à l’aventure d’un groupe coûte très cher. Il faut acquérir et entretenir le matériel. Tu dois être riche si tu veux devenir musicien. Le public imagine que parce que tu te produis sur de grosses scènes, tu encaisses des cachets importants. En réalité, tout passe dans les frais. On n'a jamais eu de marge bénéficiaire suffisamment conséquente pour dire de partir en vacances.

Evidemment, s’exporter, ce ne sont pas des vacances…

Nicolas : on est allé jouer en France. Et on a adoré l’expérience. Peut-être que le ‘Pro Pulse’ nous permettra d’y retourner. Je crois que c'est une envie que nous partageons tous : partir loin tous ensemble.
Cherry B. : tout à fait ! Mais le booking doit le permette ; et surtout, encore une fois, il faut de l'argent. Pour voyager. Pour être logé. Et là on fait un appel aux âmes charitables…
Nicolas : je suis même partant pour assurer une première partie lors d’un ‘tour bus’. Des amis ont vécu ce périple en Europe, comme supporting act d’un groupe de metal. Et finalement, heureusement qu’ils se sont retrouvés en merchandising ; car finalement, si l’expérience est enrichissante, elle engendre des débours auxquels tu ne penserais même pas, au départ.

Le système Aka Starter, vous y avez pensé ? Pour organiser sa tournée, Sarah Carlier a eu recours à cette manière de recueillir des fonds via Internet…

Cherry B. : oui, je connais. Mais que ce soit Akamusic ou Akastarter, une personne sur dix-huit va tirer parti de ce système. Sans vouloir casser ou critiquer la méthode, c’est cette société qui va encaisser les bénéfices. En outre, la formule ne permet pratiquement aucune liberté de création et de production. C’est une structure intéressante pour tout artiste qui accepte le formatage et la dépendance. Vu notre souci d’indépendance, ce n’est pas la bonne formule à adopter.

 

Sweet Jane

Une histoire de famille

Écrit par

La rencontre s’est déroulée au Witloof Bar du Botanique, juste après le concert de présentation de son nouvel opus, « Time away ». Sweet Jane alias Christel Mignolet a donc attendu plus de 10 ans avant de publier ce troisième essai. « Full moon » remonte d’ailleurs à octobre 2003. Ce qui méritait des explications…

Ce n’était pas intentionnel ! Au cours de cette période, je me suis consacrée à d'autres projets. Et comme je suis entière, je m’y livre à fond. Je n'ai jamais arrêté d'écrire des chansons. J'ai toujours continué dans mon coin, dans ma chambre. Et puis à un certain moment, je me suis dit qu'il était temps de faire un peu l’inventaire. Et réunir les chansons écrites dans le passé sur un album. J’en ai également ajouté quelques unes qui occupent une bonne moitié du nouveau cd.

L'écriture de tes textes est assez pointue, mais aussi soignée. Tu es méticuleuse ?

Mon écriture est spontanée. J’utilise énormément la métaphore. J’ai plutôt recours aux images plutôt qu’au réalisme. Et pourtant, je suis également dans la réalité, en utilisant des mots simples et directs.

« Sweet Jane », c’est le titre d’une chanson du Velvet Underground que Lou Reed a transformé en tube. Mais pourquoi avoir choisi ce patronyme ?

J’ai découvert le Velvet Underground, il y a une vingtaine d'années. Et j’ai flashé sur cette chanson. A cette époque, j’étais aux Etats-Unis en compagnie d’amis qui l’écoutaient souvent. Finalement, elle est devenue une expression entre nous. Aussi, quand j’ai cherché un nom de scène, je n’ai pas dû chercher très loin. Et puis la musique colle bien au projet. Oui, je reconnais, je suis fan du Velvet Underground.

D’après tout ce que j’ai pu lire, tu es très attirée par la scène britannique. C’est une référence primordiale pour toi ?

Oui, absolument ! J’ai été bercée par la scène anglaise, parce que ma maman est néerlandaise et elle écoutait beaucoup de musique anglophone. Mon papa est francophone, et lui est chanteur/compositeur. Mon frère joue également de la musique. Mon petit frère est ingénieur du son. C'est lui qui s’est chargé du mixing ce soir. Donc, c'est une histoire de famille. On baigne dans l’univers de la musique depuis notre enfance.

Se produire en concert, c’est important pour toi ?

Tout à fait ! A cause du retour que nous procure le public. Le ‘live’ me transporte. Me fait vibrer à l’intérieur. J’essaye de donner le meilleur de soi-même. Bien sûr que pour les artistes, il est très important de monter sur les planches… 

Au Botanique, tu as joué au Witloof Bar. Pourquoi pas à la Rotonde ?

Un concours de circonstances. Le Botanique est fort booké. Quand on m'a proposé de me produire au Witloof Baf, j’ai accepté. Je suis ravie d’y avoir joué. A ce propos, je remercie le programmateur du Bota, Paul Henry Wauters. A la Rotonde, le son est magnifique. J'y ai déjà assuré la première partie de Shannon Wright, au mois de novembre 2013 ; et c'était très chouette. Et la prochaine fois que je reviens au Botanique, cela sera à la Rotonde. Maintenant, je suis vraiment contente d'avoir joué ici ce soir après 10 ans d'absence. De voir que les gens qui sont déplacés ce soir ont apprécié le spectacle. Ils étaient vraiment enthousiastes. C'est mon sentiment en tout cas. J'ai les deux pieds sur terre et la tête dans les nuages. C'est un peu dans ma nature.

A propos de première partie, dans le passé, tu as accompli celles de Calexico, Sophia et d'Echo & The Bunnymen. De bons souvenirs ?

Chaque concert laisse de bons souvenirs. Pour Calexico, c'était à la Soundstation de Liège. A cette époque là, ils s’étaient déjà forgé une certaine notoriété, mais pas encore comme celle acquise aujourd'hui. Donc c'est chouette. Echo & The Bunnymen, je les ai précédés à l'Ancienne Belgique. J'étais un peu angoissée, car la salle est très grande. A l’époque, je n’étais pas très sûre de moi. Mais après le set, le guitariste est venu me voir pour me dire qu’il l’avait apprécié. J’étais vraiment contente, alors que pourtant, pendant toute ma prestation, j'étais dans mes petits souliers. Un excellent souvenir ! Sophia, on a grandi entre guillemets ‘ensemble’. Son projet a commencé à la même époque que le mien. Robin vit en Belgique. On se connaît. J'aime beaucoup ce qu'il fait. Il fait partie de mes relations amicales.

As-tu prévu une tournée des festivals ou des grandes salles pour défendre ton nouvel album ?

En tout cas, pas pour l'instant. Pas tout de suite. J'ai encore envie de poursuivre la tournée des petits clubs, en automne. En janvier, je vais peut-être encore me produire dans des centres culturels. Je commence à bosser sur un quatrième album et après je pourrais envisager celle des festivals. Si on me sollicite, bien sûr, je ne dirai pas non. Mais pour l'instant, je me suis cantonnée aux petits clubs et c’est plutôt une formule sympa. Je trouve que le rapport entre l’artiste et le public y est vraiment direct. Je suis très heureuse d’y jouer. Des grandes scènes, j'espère oui. Mais je suis déjà très satisfaite de ce qui m’arrive actuellement.

On compare souvent ta voix à celle de PJ Harvey. Un compliment ?

Une référence importante. C’est certainement une source d’inspiration pour moi. Et pour pas mal d’autres chanteuses. Mais pas seulement pour sa voix. Pour ce qu’elle dégage. Elle a vraiment en elle quelque chose de poignant. Et que l'on me compare à elle, c'est un beau compliment.

Que représente Spain pour Sweet Jane ?

Un groupe américain que j’adore. Enfin, leur musique. Elle est particulièrement chaleureuse, intense, soul, très poignante également. C’est également une de mes inspirations majeures. De nombreuses formations issues de la scène new-yorkaise pratiquent ce style de musique. J'ai tout de suite accroché. Velvet Underground était un peu plus rock. J’étais plus jeune aussi. Puis j’ai évoluée et je suis tombée sous le charme de la lo fi. Cette musique me berce, me transporte, m’envahit…

Question que je pose régulièrement aux artistes belges : peut-on vivre de sa musique en Belgique ?

Non, il faut garder les pieds sur terre. Adamo et Arno sont professionnels et peuvent vivre de leur musique. Ils s’exportent à travers le monde. Puggy et Suarez sont certainement sur la bonne voie. Tant mieux pour eux ! Pour tous les autres qui commencent leur carrière ou dont le style musical est plutôt alternatif, ce n’est pas possible. Le téléchargement illégal est toujours d’actualité. On ne vend pas de cd, sauf en concert. En magasin, c'est fini. On ne peut pas compter sur de telles rentrées au début d'une carrière de chanteur/musicien. Aujourd'hui c'est dur. Perso, j’ai une activité professionnelle en plus de l’artistique ; et si un jour je devais lâcher mon job pour vivre de ma musique, je le ferais. Mais pour l’instant, ce n'est pas mon intention…

Page 10 sur 39