"Overall", c'est l'évocation de l'amour ‘à l'eau de rose’, le constat d'un rêveur qui utilise les émotions de l'enfance (tout en exagérations et en clichés) pour expliquer ces travers d'adulte... Ici on joue au cow-boy et aux indiens, la tête dans les nuages…

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En octobre 2015, soit plus de 40 ans après la formation d’Alice Cooper, le propriétaire de magasin de disques et super fan Chris Penn a convaincu le line-up original du band de se réunir pour une performance très spéciale à Good Records, son magasin de…

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Sweet Jane

Une histoire de famille

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La rencontre s’est déroulée au Witloof Bar du Botanique, juste après le concert de présentation de son nouvel opus, « Time away ». Sweet Jane alias Christel Mignolet a donc attendu plus de 10 ans avant de publier ce troisième essai. « Full moon » remonte d’ailleurs à octobre 2003. Ce qui méritait des explications…

Ce n’était pas intentionnel ! Au cours de cette période, je me suis consacrée à d'autres projets. Et comme je suis entière, je m’y livre à fond. Je n'ai jamais arrêté d'écrire des chansons. J'ai toujours continué dans mon coin, dans ma chambre. Et puis à un certain moment, je me suis dit qu'il était temps de faire un peu l’inventaire. Et réunir les chansons écrites dans le passé sur un album. J’en ai également ajouté quelques unes qui occupent une bonne moitié du nouveau cd.

L'écriture de tes textes est assez pointue, mais aussi soignée. Tu es méticuleuse ?

Mon écriture est spontanée. J’utilise énormément la métaphore. J’ai plutôt recours aux images plutôt qu’au réalisme. Et pourtant, je suis également dans la réalité, en utilisant des mots simples et directs.

« Sweet Jane », c’est le titre d’une chanson du Velvet Underground que Lou Reed a transformé en tube. Mais pourquoi avoir choisi ce patronyme ?

J’ai découvert le Velvet Underground, il y a une vingtaine d'années. Et j’ai flashé sur cette chanson. A cette époque, j’étais aux Etats-Unis en compagnie d’amis qui l’écoutaient souvent. Finalement, elle est devenue une expression entre nous. Aussi, quand j’ai cherché un nom de scène, je n’ai pas dû chercher très loin. Et puis la musique colle bien au projet. Oui, je reconnais, je suis fan du Velvet Underground.

D’après tout ce que j’ai pu lire, tu es très attirée par la scène britannique. C’est une référence primordiale pour toi ?

Oui, absolument ! J’ai été bercée par la scène anglaise, parce que ma maman est néerlandaise et elle écoutait beaucoup de musique anglophone. Mon papa est francophone, et lui est chanteur/compositeur. Mon frère joue également de la musique. Mon petit frère est ingénieur du son. C'est lui qui s’est chargé du mixing ce soir. Donc, c'est une histoire de famille. On baigne dans l’univers de la musique depuis notre enfance.

Se produire en concert, c’est important pour toi ?

Tout à fait ! A cause du retour que nous procure le public. Le ‘live’ me transporte. Me fait vibrer à l’intérieur. J’essaye de donner le meilleur de soi-même. Bien sûr que pour les artistes, il est très important de monter sur les planches… 

Au Botanique, tu as joué au Witloof Bar. Pourquoi pas à la Rotonde ?

Un concours de circonstances. Le Botanique est fort booké. Quand on m'a proposé de me produire au Witloof Baf, j’ai accepté. Je suis ravie d’y avoir joué. A ce propos, je remercie le programmateur du Bota, Paul Henry Wauters. A la Rotonde, le son est magnifique. J'y ai déjà assuré la première partie de Shannon Wright, au mois de novembre 2013 ; et c'était très chouette. Et la prochaine fois que je reviens au Botanique, cela sera à la Rotonde. Maintenant, je suis vraiment contente d'avoir joué ici ce soir après 10 ans d'absence. De voir que les gens qui sont déplacés ce soir ont apprécié le spectacle. Ils étaient vraiment enthousiastes. C'est mon sentiment en tout cas. J'ai les deux pieds sur terre et la tête dans les nuages. C'est un peu dans ma nature.

A propos de première partie, dans le passé, tu as accompli celles de Calexico, Sophia et d'Echo & The Bunnymen. De bons souvenirs ?

Chaque concert laisse de bons souvenirs. Pour Calexico, c'était à la Soundstation de Liège. A cette époque là, ils s’étaient déjà forgé une certaine notoriété, mais pas encore comme celle acquise aujourd'hui. Donc c'est chouette. Echo & The Bunnymen, je les ai précédés à l'Ancienne Belgique. J'étais un peu angoissée, car la salle est très grande. A l’époque, je n’étais pas très sûre de moi. Mais après le set, le guitariste est venu me voir pour me dire qu’il l’avait apprécié. J’étais vraiment contente, alors que pourtant, pendant toute ma prestation, j'étais dans mes petits souliers. Un excellent souvenir ! Sophia, on a grandi entre guillemets ‘ensemble’. Son projet a commencé à la même époque que le mien. Robin vit en Belgique. On se connaît. J'aime beaucoup ce qu'il fait. Il fait partie de mes relations amicales.

As-tu prévu une tournée des festivals ou des grandes salles pour défendre ton nouvel album ?

En tout cas, pas pour l'instant. Pas tout de suite. J'ai encore envie de poursuivre la tournée des petits clubs, en automne. En janvier, je vais peut-être encore me produire dans des centres culturels. Je commence à bosser sur un quatrième album et après je pourrais envisager celle des festivals. Si on me sollicite, bien sûr, je ne dirai pas non. Mais pour l'instant, je me suis cantonnée aux petits clubs et c’est plutôt une formule sympa. Je trouve que le rapport entre l’artiste et le public y est vraiment direct. Je suis très heureuse d’y jouer. Des grandes scènes, j'espère oui. Mais je suis déjà très satisfaite de ce qui m’arrive actuellement.

On compare souvent ta voix à celle de PJ Harvey. Un compliment ?

Une référence importante. C’est certainement une source d’inspiration pour moi. Et pour pas mal d’autres chanteuses. Mais pas seulement pour sa voix. Pour ce qu’elle dégage. Elle a vraiment en elle quelque chose de poignant. Et que l'on me compare à elle, c'est un beau compliment.

Que représente Spain pour Sweet Jane ?

Un groupe américain que j’adore. Enfin, leur musique. Elle est particulièrement chaleureuse, intense, soul, très poignante également. C’est également une de mes inspirations majeures. De nombreuses formations issues de la scène new-yorkaise pratiquent ce style de musique. J'ai tout de suite accroché. Velvet Underground était un peu plus rock. J’étais plus jeune aussi. Puis j’ai évoluée et je suis tombée sous le charme de la lo fi. Cette musique me berce, me transporte, m’envahit…

Question que je pose régulièrement aux artistes belges : peut-on vivre de sa musique en Belgique ?

Non, il faut garder les pieds sur terre. Adamo et Arno sont professionnels et peuvent vivre de leur musique. Ils s’exportent à travers le monde. Puggy et Suarez sont certainement sur la bonne voie. Tant mieux pour eux ! Pour tous les autres qui commencent leur carrière ou dont le style musical est plutôt alternatif, ce n’est pas possible. Le téléchargement illégal est toujours d’actualité. On ne vend pas de cd, sauf en concert. En magasin, c'est fini. On ne peut pas compter sur de telles rentrées au début d'une carrière de chanteur/musicien. Aujourd'hui c'est dur. Perso, j’ai une activité professionnelle en plus de l’artistique ; et si un jour je devais lâcher mon job pour vivre de ma musique, je le ferais. Mais pour l’instant, ce n'est pas mon intention…

Leaf House

Trouver le juste milieu…

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Rencontre avec Romain Cupper du groupe liégeois Leaf House qui nous a accueilli dans son café à Liège (le Cupper Café, rue Saint-Barthélemy, un endroit très agréable où l'on peut se désaltérer et se restaurer à petit prix en écoutant une programmation musicale de qualité). Il nous a parlé du deuxième album de son groupe sorti il y a quelques jours sur JauneOrange. "LLEEAAFFHHOOUUSSEE" affine les atmosphères prometteuses des premières réalisations oscillant entre dream pop, indie rock, electronica et expérimentations sonores. Assurément une des meilleures sorties belges de 2014 qui n'a d'ailleurs pas échappée aux programmateurs des Ardentes, de Dour et du Brussel Summer Festival. Retour sur l'étonnant processus de composition et de production de cet album luxuriant.

Peux-tu nous expliquer la genèse de votre nouvel album?

On est parti enregistrer à Ibiza où j'ai de la famille. On cherchait un endroit où on pouvait s'isoler du monde pour ne nous concentrer que sur notre musique. Ce qui peut paraître bizarre, mais Ibiza hors saison, en hiver, est quasi désert. Il faut prendre trois avions pour y arriver. Il grêle, il pleut, il y a des tempêtes en permanence. Tous les magasins sont fermés, on ne croise pas un chat dans les rues. On y est partis à la fin de l'automne et on s'est enfermés dans une petite baraque. Nous y avons composé 17 morceaux. On voulait tous les mettre sur le disque. Mais JauneOrange nous a fait comprendre que ce n'était pas possible vu qu'on avait plus rien sorti depuis trois ans. Il nous ont donc proposé sortir d’abord un maxi 5 titres et de garder le reste pour un full cd. L’Ep "Allthafa" a donc vu le jour il y a un an. On a, à l'époque, sélectionné les morceaux les plus rock, les moins électroniques pour proposer deux ambiances vraiment différentes. Bénéficier d’un an supplémentaire pour travailler les morceaux restants nous a permis de gratter dans les coins, de continuer à composer, de peaufiner les transitions et autres. Et d'aller beaucoup plus loin dans la réflexion sonore.

Tous les membres du groupe participent à la composition?

Oui. On participe tous. On commence par composer en midi sur ordi, la plupart du temps sur Ableton. On jette des idées. On crée des mélodies dissonantes, horribles à l’aide d’orgues dégueulasses et des arpeggiators qui tournent en boucle. Ce qui nous procurent des bases mélodiques sur lesquelles on ajoutera plus tard des basses et des guitares. Ce sont des contraintes mélodiques qu'on s’impose. On lance des pistes au hasard, puis on conserve ce qui nous plaît et on commence à imaginer le morceau qui pourrait naître, les sons, les accords qu'on pourrait y ajouter. A Ibiza, on disposait de deux pièces séparées dans lesquelles on avait installé le même matériel et on avait divisé les morceaux. On se partageait en deux camps (deux d'un côté, deux de l'autre) et dès qu'on était saoulés par un morceau, on changeait de place. Chacun pouvait ajouter ce qu'il voulait. Du coup, 5 synthés, deux basses et autant de guitares pouvaient se retrouver sur un seul morceau. Il n'y avait pas de limite. Par la suite, on a dû décider de ce qu'on conservait ou pas.

C'est presque de l'improvisation?

De l'instinctif, de l'intuition, beaucoup de spontanéité en tout cas. Il y a même des trucs qu'on ne pourrait plus refaire. Par exemple lors des sessions d’enregistrement, lorsque le bassiste est parvenu à produire un son de fou, qui est devenu la base de l'intro du morceau, en cognant sa basse contre quelque chose, tout en allumant sa clope.

Vous avez aussi pu vérifier la transposition des morceaux en live, avant de les enregistrer ?

Non. En fait, comme au départ tout est consigné sur ordinateur, on doit ensuite apprendre à les reproduire sur nos instruments, avant de les proposer en concert.

Donc, si je comprends bien, le bassiste, par exemple, doit essayer de rejouer les lignes de basse électroniques définies par les programmes?

Oui c'est amusant, parce qu’il est arrivé qu’on ne parvienne plus à retrouver l'origine du son ni à le restituer. Parfois c'était juste parce qu'on on s'était trompé lors de l’encodage et qu'on ne savait plus dans quel programme on l’avait sauvé. Pour revenir à la question des concerts, nous n'avons pratiquement interprété que les morceaux de l’Ep pendant un an. Le public n’a pu entendre qu’un ou deux morceaux de l’album avant sa sortie. Il y a en a même qu'on a tellement joué qu'ils ont fini par nous lasser et nous ne les avons finalement pas repris sur le disque. Bref, c'est à double tranchant.

Vos compositions sont de plus en plus recherchées, luxuriantes et complexes dans les structures…

D'abord, on a disposé d’un an de plus pour travailler dessus. Cela joue. Et puis, cette évolution vient peut-être de notre processus de création, car on s'impose quelques contraintes pour le fun. Par exemple, on ne va jamais utiliser de nombres pairs dans nos structures. Il n'y aura jamais 4 coups de cymbales pour démarrer une chanson mais 7 ou 11. C'est peut-être une démarche un peu idiote, mais elle est destinée à créer une émulation entre nous, s'amuser, apporter de l'imprévisibilité. Sur "Dancing Shades", le premier morceau, il n'y a jamais deux fois la même structure.

C'est pourquoi plusieurs écoutes sont nécessaires pour vraiment apprécier vos compos. Il y a bien plus d'informations que sur un album pop lambda.

C'est vrai qu'on est parfois un peu dans la surenchère. Il y a une moyenne de 40-50 pistes sur chaque titre.

On sent que vous avez beaucoup écouté Animal Collective (NDR : le nom du groupe vient du titre d'une chanson des Américains) et que vous ne rechignez pas en effet à rajouter des couches. Y a-t-il une trame, une histoire que vous vouliez raconter?

On a voulu démarrer l'album par des morceaux un peu plus lumineux et le terminer avec des tracks plus sombres, plus noirs, plus électroniques bien que nous ayons enregistré pas mal de sons nous même. La plage finale, "Cat Mum", en est un bon exemple. La moitié des samples sont de petits sons créés avec rien : une feuille de cigarette qu'on retire du paquet, une feuille de papier qu'on déchire, une allumette qu'on casse... Pour en revenir à la trame, il y a deux brèves interludes qui servent de transition entre les trois parties de l'album. Ce sont des sortes de mini-trauma qui annoncent un changement d'ambiance vers quelque chose de plus sombre mais aussi de plus léger. Il y a beaucoup moins d'informations dans les deux dernières compositions. Un peu comme si on avait bu énormément de café pour commencer et que la caféine provoquait de moins en moins d'effet. La fin c'est un peu comme quand on émerge d'une gueule de bois.

Il semble y avoir un gros travail de production sur la voix ?

Oui on pourrait croire qu'on a abusé de l'autotune mais en fait, non. Il y a une sorte de dictature de ce correcteur en ce moment au point que toutes les nouvelles pédales en sont dotées. Du coup, on ne peut pas rajouter d'octave à sa voix sans qu'il y ait un minimum d'autotune. Nous, on a surtout énormément joué avec le pitch sur les samples de voix, elle n'est modifiée que par ce procédé. Ceci dit, c'est rare que tu n'entendes que ma voix pitchée, elle est doublée pour créer un chorus, pour donner un effet psyché plus perturbant.

Tu as vraiment pris confiance en ta voix, on dirait que tout a été composé autour d'elle, qu'elle est devenue l'élément central.

Et pourtant, la voix c'est ce qu'on enregistre en dernier. Je ne compose pas à l’aide de textes. Je ne suis pas anglophone. Je ne sais pas écrire des paroles profondes dans cette langue. Je suis plus dans l'imagé, l'instantané, des choses simples. Je n'ai pas envie de commencer à raconter des histoires. J'utilise plutôt ma voix comme un instrument à vent. Des mots par prétexte. Je me lance dans des yaourts que j'enregistre. J’écoute le résultat et ensuite, j'essaie de deviner des phrases en changeant le moins possible la mélodie et le son. Certaines phrases n'ont d'ailleurs rien à voir entre l'une et l'autre. Elles sont mêmes parfois contradictoires. J'ai besoin de laisser mûrir le morceau, son ambiance, qu'il soit quasi fini musicalement pour me l'approprier vocalement.

Serait-ce la production qui me donne cette impression, mais "Feel Save", un titre qui commence uniquement par ta voix, me fait penser à "Somewhere over the Rainbow".

C'est vrai. Cette mélodie est née spontanément dans le yaourt, sans le moindre contrôle. Quand je m'en suis aperçu, je me suis dit qu'on ne pouvait pas inclure cette intro si proche de cet énorme standard et qu’elle aurait fait débat au sein du groupe, jusqu'au bout. Pouvait-on assumer cette intro? D'autant que "Feel Save" est le premier morceau que les gens ont pu écouter. Et puis finalement, on a conclu que notre style en était tellement éloigné qu'on pouvait se le permettre pour une phrase. On n'y pense plus dès qu’il est commencé. C'est d'ailleurs une des chansons où on rencontre le plus de variations vocales.

Tu vas moins dans la voix de tête ou du moins, tu ne l'utilises en tout cas pas autant que la plupart des groupes qui pratiquent ce genre de musique.

J’adoptais cette technique lorsque j'étais plus jeune. Ma voix est devenue plus grave. Mais le plus bizarre, c'est que dans tous les albums, sans réellement le vouloir, il y a toujours un morceau ou un passage où ma voix est plus aigue. Je conserve cette option pour des moments très ponctuels. Comme dans "Feel Save". Je n'ai pas envie d'en abuser. Le gros souci c'est qu'on n'a pas un budget illimité. Dans le passé, lors des sessions, on disposait généralement des lieux pendant 5 jours, pour se consacrer à un seul morceau ; et c'était déjà un luxe. Comme je l'ai dit, les vocaux, c'est ce qu'on enregistre en dernier. Quand on a pris du retard, on les enregistrait en catastrophe, en une heure ; et je n'avais quasiment droit qu'à une seule prise. Et évidemment c'était toujours à ce moment-là que je chopais la crève. Bref, pour le premier album et l’Ep, je n'ai disposé que de deux prises par morceau pour chanter. Alors fatalement, c'est plus facile d'assumer sa voix quand tu peux recommencer autant de fois que tu le souhaites. Du coup, tu as tendance à la mettre moins en avant, à la noyer dans la reverb. Ici, on a enregistré nous-mêmes. On s'est débrouillé pour disposer du matos afin de parvenir à notre objectif et j’ai bénéficié du prêt de ce matériel, deux mois chez moi. Donc je pouvais tenter des essais, et y revenir si je ne me sentais pas en forme.

Tu as eu recours aux collages?

Oui parfois certaines notes de voix ont été enregistrées à deux mois d'intervalle. Ce qui m'a surtout permis de mieux l’assumer sur l'album, parce que j'ai pu la peaufiner, chercher d’autres tonalités. Sur "Go Outside", si on l’écoute seule, on s'aperçoit qu'elle est plus grave. J'avais fait la fête la veille, fumé beaucoup trop. On l'entend bien, mais je trouve que dans ces conditions, elle à quelque chose de plus sympa. Bref, si elle te paraît meilleure et plus en avant, c'est avant tout parce que j'ai eu plus de temps pour l'enregistrement.

Tu rêves de bosser sous la houlette d’un grand producteur, un jour?

Je t'avoue que depuis les sessions de cet album qu'on a produit de a à z, j'ai pris goût à enregistrer et mixer moi-même et j'ai envie de recommencer l’expérience.

C'est pourtant parfois intéressant de recevoir un avis extérieur?

Oui. Sans doute ; mais ce qui était bien ici, c'est qu'on a pu continuer à composer jusqu'au mastering. A mon sens, le mixage fait totalement partie de la composition. On peut véhiculer au sein d’un même morceau des ambiances complètement différentes selon que tu le mixes d'une façon ou d'une autre. Le résultat me satisfait vraiment, j'en suis très fier. Quand on avait un producteur, il faisait tout ce qu'il pouvait mais ce n'était jamais exactement le son dont j'avais rêvé. Ici, on n'a jamais été aussi proches de ce qu'on voulait. On ne cracherait bien entendu pas sur le concours d'un producteur renommé mais vu les moyens dont on disposait, on a préféré les garder pour autre chose. A la base, on devait enregistrer dans un studio, c'était le deal avec JauneOrange. Puis on s'est dit qu'on enregistrerait nous même. Et ensuite, qu'on ferait appel à quelqu'un d’extérieur pour le mixage. Finalement, on a préféré utiliser notre argent pour rester plus longtemps en studio. On n’était pas trop satisfaits du gars, donc on assuré le boulot nous-mêmes ; mais on n'osait pas l’avouer au label. Eux nous conseillaient d'attendre une année supplémentaire pour se reconstituer un budget ; mais c'était hors de question. Et puis, on ne voyait pas comment on aurait plus de tunes un an plus tard. Il nous fallait sortir cet album. On leur a soumis le produit fini en leur faisant croire qu’il avait été enregistré et mixé en studio ; et par chance, ils n'ont pas repéré que c'était de la home-production. Maintenant ils le savent (rires).

L'avantage de tester ce type de musique sur des gens qui au départ sont fans de garage… (rires)

Peut-être. En tout cas, jusqu'au dernier moment, on stressait, on craignait qu'ils nous reprochent un son dégueulasse. On était dessus depuis deux mois, on n'entendait plus rien, on ne savait plus dire si ce qui allait ou pas. Mais notre style musical nous permet aussi d'avoir un son pareil. Je ne suis pas certain que Fastlane Candies ou Pale Grey pourraient se passer d'un producteur, par exemple. C'est cohérent d'avoir un tel son ; bon c'est pas du garage, bien sûr, mais pas non plus un son hyper précis à la Metronomy. Tu en penses quoi toi?

J'ai parfois eu l'impression, quand je l'écoutais au casque d'être dans une chambre d'écho ou dans une navette spatiale ; mais c'est tout à fait cohérent dans votre musique.

C'est vrai qu'il y a beaucoup de reverb, beaucoup de delay.

Les concerts que vous avez accordés au cours de ces dernières années, ont-ils influencé vos compositions?

Oui. Totalement. Sur  le premier album, on avait énormément de beats, de structures préenregistrées, des guitares super lentes aussi. C'était plus à écouter dans un canapé ou en conduisant une voiture. La formule fonctionnait quand les gens pouvaient être assis comme à la Rotonde ; mais obliger le public à rester debout une heure à écouter cette musique planante, c'était limite. S'ils avaient trop bu la veille, ils ne résistaient pas longtemps. Elle était trop calme, trop lente. On a donc conclu que sur scène, on avait besoin de morceaux qui envoient ; des coupé/décalé, des rythmiques bien africaines, bien rock. L’Ep, c'était en quelque sorte un  contrecoup du premier album et de nos premières expériences scéniques. On s'est vraiment dit qu'il nous fallait un répertoire pour les live. Ce sont plus des compositions basse/batterie/guitare. Plus enfantines, ‘hyperglycémiques’, surexcitées, joyeuses, basiques sous certains aspects. On s'est moins pris la tête que pour le cd, c'était plus instantané. En y réfléchissant maintenant, je pense qu'on est passé d'un extrême à l'autre. On a trop voulu sonner rock. Sur ce nouvel album, j'ai l'impression qu'on est entre les deux. Le juste milieu. Il y a des titres qui sont vraiment efficaces sur scène, d'autres plus introspectifs. Maintenant, on ne compose pas non plus en voulant à tout prix être efficaces. On se rend compte, lorsqu'on compose, que certains morceaux le feront en live. Il est quand même super important de pouvoir défendre son album sur les planches de nos jours. Mais à la base, nous sommes beaucoup plus attirés par les moments plus calmes. Musicalement, il y a plus d'espace pour nous exprimer. Si tu écoutes la fin de "By The Blood", par exemple, il y a une longue phase de chant quasi monacal et un delay hyper long. On continue donc à prendre ce type de liberté, mais on alterne avec des moments plus efficaces pour ne pas lasser le public.

Vous avez eu l’opportunité de vous produire de nombreuses fois hors de Liège, notamment à Paris. De bons souvenirs?

Oui. On a trouvé un booker français qui nous a permis de jouer 5 fois à Paris dans des chouettes salles (Café de la Danse, l'International, le 114...)  Tout s’est toujours bien passé et le public semble nous avoir appréciés. On s’est également produits pour quelques concerts à Ibiza, dans des vieux squats hippies. Une fois à Maastricht, en Flandre aussi ; mais la frontière linguistique est presque plus difficile à traverser que celle de la France.

Tu m'avais confié, il y a deux ans, que vous aviez l’avantage d’être quasi les seuls à pratiquer ce genre de musique en Wallonie ; et que par conséquent, on vous invitait souvent à assurer les premières parties de groupes de dream pop.

Oui le Botanique, par exemple, a fait souvent appel à nous. J'imagine que le programmateur nous apprécie mais notre style a certainement eu son rôle. On a fait des super dates, comme celle avec Rainbow Arabia ou Active Child et plein d'autres groupes encore qu'on adore. C'est vrai qu'il existe davantage de formations dans notre style en Flandre, et qu'ils sont donc moins demandeurs, jusqu'à présent.

Ceux qu'on cite souvent, en parlant de vous, sont Beach House pour le côté dream-pop, Foals/Vampire Weekend pour une certaine africanité des rythmiques et des guitares et Animal Collective pour la volonté d'expérimentation. Une recette dans laquelle se sont engouffrés pas mal de groupes depuis quelques années. Est-ce vexant de dire que cette fusion était plus hype, il y a deux ans?  

Non, on a composé les morceaux, à cette époque. On écoute énormément de musique et on s'en rend compte. C'est le problème des musiciens. Difficile de coller au présent quand il faut autant de temps pour sortir tes morceaux. Tout le monde nous parle de notre disque alors qu'on est déjà passé à autre chose. On a déjà de nouvelles compositions en stock. Il y a toujours un décalage entre un musicien et son public.

On sent cette évolution dans les concerts?

Ce qu'on essaye de faire c'est de se projeter à long terme. On pense d'abord passer un petit temps à essayer de reproduire l'album assez fidèlement parce que lorsqu’on écoute un artiste ou un groupe, on est toujours curieux de voir s'il pourra répéter en ‘live’, ce qui nous plaît sur album. Une fois qu'on sera bien rôdé à jouer fidèlement ce disque, on va essayer de le déstructurer, de l'interpréter, de se l'approprier de manière différente et ainsi de donner un second souffle en public.

Plusieurs dates sont prévues ?

Plein. Après la fête de la musique, nous nous produirons aux Ardentes, à Dour et au Brussel Summer Festival. Et puis d'autres je suppose dès que les programmateurs l'auront entendu. Il sort normalement aussi en France en septembre. Il doit paraître sur 4 labels dont deux distributeurs. Il sera disponible dans 7 pays dont le Japon si tout se passe comme prévu. Il y aura donc plusieurs étapes.

Le NME a récemment publié un petit article à votre sujet. Une fierté?

Oui, ils ont vu le clip et ont l'air d'avoir aimé. J'avoue que je ne connaissais pas ce magazine. J'ai posté le lien sur notre page Facebook comme tous les articles qui paraissent sur nous. Ce sont les boss de JauneOrange qui nous ont expliqué à quel point NME était énorme. De toute façon, quand des anglophones apprécient notre musique sans se moquer de nous, petits francophones chantant en anglais, c’est très encourageant. Ce qui prouve qu'on est crédible, et pas seulement limité à la francophonie. Nous n'écoutons quasiment que de la musique chantée en anglais on n'imagine pas utiliser une autre langue, surtout pour le style de musique qu'on propose. Si j'étais fan de musique japonaise, je chanterais en japonais. Dans le même sens, quand on a joué avant Young The Giant au Bota, il y avait plein d'Américains dans la salle et de nombreuses personnes sont venues nous féliciter après le concert. J'étais aux anges.

Parle-nous de cette très jolie pochette.

C'est très important pour moi qui suis designer de formation. C'est un Américain qui se nomme Micah Lidberg qu'on a contacté après avoir flashé sur cette image. On a cherché sur Liège et en Belgique mais ils étaient tous 2 à 3 fois plus chers. Nous avons passé énormément de temps à choisir l'illustration et le packaging. On a même marchandé avec JauneOrange pour par exemple que l'autocollant soit à l'extérieur du plastique et pas sur la pochette elle-même afin que le recto ne soit pas altéré. On voulait un truc bien précis et on s'est battu pour avoir gain de cause.

Heureux d'être sur JauneOrange? Liège commence à receler de plus en plus de groupes très intéressants? Avec qui avez-vous le plus d'affinités?

Au début de notre collaboration, JauneOrange ne s'occupait pas trop de nous et on rageait un peu. Mais on a vite compris qu'ils avaient énormément de groupes et qu'ils ne pouvaient pas se consacrer à tout le monde en même temps. Mais dès qu’on a eu notre tour, ils ont été parfaits. On s'entend super bien avec Fastlane Candies et Thomas Medard (Dan San, The Feather). On voit moins Scrap Dealers mais je leur ai encore prêté du matos dernièrement. Hors JauneOrange, on est pote avec La Plage et Ulysse. Two Kids On Holyday sont bons aussi ; je joue un peu de gratte pour eux. De manière générale, le public liégeois nous soutient. Notre showcase était sold out et à la fin de nos derniers concerts, on a vendu entre 10 et 20 cd. Avant, un ou deux…

Electric Château

Il y a longtemps que je rêve de mettre des cuivres dans ma musique…

Écrit par

Geoffrey Hautvas, c’est le leader d’Electric Château. Dans le paysage belgo-belge, ce n’est pas un néophyte, puisqu’il sévit sur la scène musicale depuis une vingtaine d’années. Et avant de monter son nouveau projet, il a milité chez The Dallas Explosion (NDR : fondé début des années 2 000, il a publié deux elpees et un Ep). Enfin, il prête sa basse à Vismets et Antoine Chance. Une nouvelle aventure qui a commencé été 2012, lorsque le leader a posé ses valises à Londres, pour écrire de nouvelles chansons. Après avoir défendu ses compos dans les clubs londoniens, le combo est revenu au plat pays pour enregistrer un Ep 6 titres intitulé « Noblesse Oblige ». Geoffrey qualifie son style de ‘royalty rock'n’roll’. Tourné vers le futur tout en véhiculant une certaine nostalgie du passé, il puise son inspiration dans l’histoire de la pop insulaire, depuis les mods et les rockers, en passant par les dandies et la britpop. Sur un ton sarcastique, les lyrics d’Electric Château s’attaquent aux grandes fortunes, à la noblesse et à la royauté. Mais nous réservent également quelques chansons d'amour...

L'Ep a été enregistré sous la houlette de Remy Polfliet et François Vincent (Romano Nervoso, Elvis Black Star). Il a été masterisé aux RAK Studios de Londres par Doug Shearer, personnage qui a notamment bossé pour Kasabian, Gorillaz et Rémy Lebbos de Vismets. Sur les planches, Geoffrey est soutenu par Maxime Honhon à la basse, Alexandre De Bueger (David Bartholomé, Alaska Gold Rush) à la batterie, ainsi que d'une section de cuivres. C'est une semaine après leur concert exécuté au Bar du Matin, un café concert sis à Ixelles, que Geoffrey a accepté de répondre à nos questions.

Le set accordé la semaine dernière à Bruxelles était sold out. Tu le pressentais ?

Je me doutais qu’il allait y voir du monde, car on habite tous dans le coin. Dans le public, il y avait beaucoup d’amis. Des fidèles et également des journalistes. Mais également des musiciens. Un chouette public, en tout cas.

Manon (NDR : Noa Moon) y était.

Ah, bon, je ne l'ai pas vue.

Je constate qu’au sein du nouveau line up de ton groupe, il y a des cuivres. C’était important de les incorporer ?

Il y a longtemps que je rêve de mettre des cuivres dans ma musique. Et j’ai franchi le pas. Un de mes albums préférés, c'est « Sticky Fingers » des Rolling Stones. Et la présence massive de cuivres explique, certainement, le crédit que je lui accorde. 

Quel est le dernier concert auquel tu as assisté ?

Celui de Connan Mockasin, hier à l'Ancienne Belgique. Pas mal du tout ! Cet artiste donne énormément de sa personne. En fait, rien qu'en communiquant avec son public entre les morceaux, on plonge directement dans son univers…

Quel est le dernier long playing que tu as écouté ?

« Lousy With Sylvianbrian » d’Of Montreal ! C’était lors du trajet, que j’ai effectué en voiture, qui m’a conduite ici. Un superbe disque que je considère comme mon album préféré pour 2013. Sans quoi, pour l’instant je relis une biographie consacrée à Neil Young et j’en profite pour réécouter tous ses albums en boucle.

Un nouvel album en gestation pour Electric Château ?

Pas encore. Là on retourne en studio au mois de mars. On a envie de mettre en boîte cinq ou six titres. Nous disposons de cinq nouvelles chansons que l'on aime bien et qu'on a envie de mettre sur bande. Perso, j'aimerais bien sortir un single deux titres. Un 45trs partagé entre face ‘A’ et ‘B’ qui permettraient des codes de téléchargements. Certainement avant juillet.

Vous vous produirez au cours des festivals d’été ?

Nous négocions des tas de dates, mais rien n’a encore été confirmé. En fait, tout va dépendre du Propulse. Le ProPulse est un peu l'Eurosonic belge. De nombreux organisateurs de festivals vont inévitablement assister à notre prestation. On verra s'ils souhaitent nous engager ou pas...

L'Angleterre, c'est un tremplin pour toi ?

C'est un de mes pays préférés. Mais après y avoir vécu, je préfère m’y rendre comme touriste. Une fois tous les six mois, pour y séjourner un week-end, c'est très bien. Clairement, quand on joue du rock et qu'en plus, on chante en anglais, c’est un des pays les plus importants sur la planète. C’est l’endroit idéal pour entamer une carrière. J'espère y retourner bientôt pour m’y produire. Un objectif futur à court terme, en tout cas.

J’ai lu que Paul Weller et Liam Gallagher constituaient des références majeures pour toi…

Paul Weller ? Absolument ! Pourtant je n’ai jamais été fan de The Jam. Je préfère The Style Council. Et surtout les disques solos de Paul. Lui et Nick Cave ont brillamment passé le cap des 50 ans. Leur carrière est significative. Etrangement, ce sont les deux derniers albums d'Oasis que je préfère. De bons disques de rock. A contrario, je n'ai jamais tellement accroché aux premiers. Le cd de Noël Gallagher est superbe et le projet de Liam, Beady Eyes tient bien la route…

Tu joues de la basse chez les Vismets. As-tu rejoint définitivement le line up ? Participes-tu à la composition ?

C'est une bonne question. Je ne participe pas du tout à l’écriture des chansons. Je me contente de jouer de la basse. Quand j’ai intégré le groupe, les morceaux étaient déjà terminés.

Pourquoi avoir transformé votre patronyme, en passant de Château à Electric Château ?

Pour deux bonnes raisons ! Un groupe américain totalement inconnu a également choisi ce nom et publié un cd qui porte le titre de « Château ». Les plateformes comme iTunes, Deezer et Spotify ne parvenaient pas à faire la différence. On se retrouvait dans une drôle de situation. Les internautes pensaient que nous avions sorti un nouvel elpee. Alors que ce n'était pas le cas. Un vrai problème ! Nous les avons contactés pour leur demander de les engueuler. Je ne sais pas, mais la première chose à faire quand on fonde un groupe, c'est de se renseigner pour savoir si l’appellation n’a pas encore été choisie. Bref, les services de streaming musical ont fait la sourde oreille. Lorsque des acheteurs potentiels nous contactaient, on leur disait qu’on s’appelait Château. Mais une semaine plus tard, ils nous rappelaient pour nous raconter qu’hormis la sélection de vins labellisée ‘Château’, nous étions absents des moteurs de recherche. Château est un terme difficile à référencer sur internet. C’est même mission impossible. Nous voulions cependant le conserver, mais on a été forcés de le précéder par le mot Electric.

Est-il possible de vivre de sa musique, en Belgique ?

Non. J'en connais très peu, en tout cas, qui en vivent pleinement. C'est clairement un truc auquel tu ne peux pas te consacrer toute ta vie. C'est comme un sportif qui joue au tennis. Sa carrière professionnelle dure quelques années, et puis il devient entraîneur. En général, un musicien finit inévitablement par se ranger. Le statut d'artiste en Belgique est loin d’être parfait, mais il permet de survivre. C'est clairement un chômage aménagé.

La seule alternative, c’est de s’exporter ?

Oui, car tu as vite fait le tour de la Belgique. Pourtant, tu peux y décrocher de chouette cachets. Mais il est préférable de s'exporter pour pouvoir revenir en Belgique plus tard. Bien sûr, tourner à l’étranger nécessite un fameux investissement. Un groupe sur la route a besoin d’un gros Van, de techniciens. Et la note grimpe rapidement. On perd de l’argent, quand on joue hors de nos frontières…  

Ce qui est paradoxal en Belgique, c’est que la plupart des artistes francophones se produisent presque exclusivement en Wallonie, et les néerlandophones, en Flandre. Seul Bruxelles semble échapper à cette règle. Arsenal qui est à l’affiche de Werchter, remplit le Lotto Arena ou le Sportpaleis, n’est guère connu dans le Sud du pays…

On se retrouve régulièrement sur des affiches parmi des néerlandophones. Auprès de Silvering signé par Sony ou Alton Walgrave chez PiaS. On s’est produit au Sportpaleis, au Marktrock et au Pukkelpop. C'est vrai que lorsqu’on arrive en Flandre, on a l’impression de débarquer sur un autre territoire. Les artistes francophones s'exportent plus facilement en France. Les artistes néerlandophones, aux Pays-Bas. C'est une réalité. Je me débrouille pour être programmé au Nord du pays. Je parle également le néerlandais. Hooverphonic et Ozark Henry ont acquis une certaine notoriété sur tout le territoire. Cette barrière est totalement ridicule. C'est à cause de la barrière de la langue. C'est un constat, mais il faut passer outre. Et puis des organisateurs wallons programment des néerlandophones à leur affiche, et vice versa. C’est très bien. Il est grand temps !

Les prochains concerts

23.08.2014 – Bucolique Festival (Ferrières)
31.08.2014 – Festival Scène sur Sambre (Abbaye d’Aulne)
27.09.2014 – Le Salon (Silly)
20.09.2014 – Fêtes de Wallonie (Namur)

 

Admiral Freebee

Facebook ? Du tape-à-l’œil !

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Admiral Freebee vient donc d’enregistrer un nouvel album, « The great scam ». Traduisez : la grande arnaque. Il s’agit de son quatrième. Un disque enregistré sous la houlette de John Agnello, à New York ; et pour lequel il a reçu, entre autres, le concours de Steve Shelley (Sonic Youth), J. Mascis (Dinosaur Jr) et surtout de David Mansfield (NDR : au cours des seventies, il a milité au sein du backing group de Bob Dylan puis de T-Bone Burnett). Bonne surprise, ce nouvel elpee est excellent (voir chronique de l’album ici). Il méritait au moins que son géniteur, Tom Van Laere, nous en parle. C’est ce qu’il a accepté, et dans la langue de Molière. Sympa !

C’est donc John Agnello qui s’est chargé de la mise en forme du long playing. A la production et aux manettes. Pas n’importe qui, puisqu’il a notamment bossé pour Sonic Youth et Dinosaur Jr., mais aussi pris soin du dernier opus de Kurt Vile, « Wakin on a pretty daze ». C’est d’ailleurs après avoir écouté l’elpee du Philadelphien, que Tom a conclu que c’était le meilleur choix. Il s’explique : « J’aime beaucoup Kurt Vile et War on Drugs (NDR : l’ex-groupe de Vile). Et évidemment, le dernier album de Kurt. Mais John a réservé un traitement personnel au mien. J’apprécie quand un producteur sent ce qui colle le mieux au climat de tes chansons. » D’accord, mais en matière de prod, Agnello a un son bien à lui. Perso je me souviens d’une formation américaine –excellente, par ailleurs– que j’avais interviewée il y a une quinzaine d’années, et qui répondait au patronyme de Cell. Et John avait enregistré leur long playing dans une église en bois, près de Woodstock. Faut croire qu’il a un secret de fabrication… « Le secret, c’est qu’il utilise les même effets pour tous les instruments. Que ce soit les guitares, les claviers ou la batterie. » Les sessions d’enregistrement se sont déroulées à Hoboken, près d’Anvers. Amusant, quand on sait qu’il existe un autre Hoboken au Sud d’Anvers. Tom revient sur cette coïncidence : « Je lui ai raconté, mais il n’a pas vraiment compris. Par contre, c’était aussi sympa de savoir que Frank Sinatra est né à Hoboken… »

Quatre ans sans sortir d’album ! Panne d’inspiration ou envie de créer un effet de manque chez les fans ? Il se justifie : « Pas tellement une absence d’inspiration, mais oui peut-être afin de créer un manque. Cependant, quand tu enregistres un album, il faut au moins une bonne année avant qu’il ne sorte réellement. Et je suis entré en studio, à New York, en juin 2013. En outre, lors de la sortie du disque précédent, je suis de nouveau parti en tournée ; et deux ans passent vite sur la route. Enfin, il faut aussi vivre un peu ; rencontrer beaucoup de femmes et connaître de nouvelles aventures (rires). Il n’y a pas que la musique dans la vie… »

Tom a un jour déclaré qu’il était fan des erreurs brillantes. Lors d’une interview un peu folle, qui s’était déroulée en compagnie de tous les musiciens d’Ozric Tentacles, l’un d’entre eux m’a tenu le même langage. Car ces dérapages leur permettaient d’improviser. Notre interlocuteur approuve : « J’aime également les erreurs, car je suis un petit peu une erreur (rires). Si je n’aime pas les erreurs, je ne m’aime pas moi-même. Quand je me trompe, je dis toujours à mes musiciens, qu’au bout de la troisième fois, ce n’est plus une erreur… »

Le dessin est très important dans le processus de composition chez Tom. Il est étroitement lié à l’écriture. Il approuve : « Pour composer les chansons de cet album, j’ai beaucoup dessiné. Des visages. Et ces croquis m’inspirent pour jeter les bases d’une chanson que je consacre à la personne que j’ai dessinée. »

‘The great scam’ se traduit par ‘La Grande Arnaque’. Tom réagit : « C’est la traduction en français ? C’est bon à savoir ! Alors, quand je vais causer avec des journalistes francophones, je vais pouvoir leur déclarer que je suis le Monsieur de la Grande Arnaque. » Par rapport à la symbolique du titre, est-ce bien l’image, l’apparence qu’il considère comme une grande arnaque ? Ce qu’on appelle vulgairement de la com’. Très présente dans l’univers de la politique, par exemple. Afficher un visage différent de celui que nous devrions montrer ? Considérer l’authenticité comme un produit ? Mais est-ce la raison pour laquelle il a déclaré que le monde serait meilleur s’il était plus vulnérable ? Il commente : « Le plus bel exemple de tape-à-l’œil, c’est certainement Facebook. Ah oui, le commun des mortels affirme que la solution de tous nos problèmes passent par les réseaux sociaux ; que grâce à eux, tout baigne. Mais ce n’est pas la réalité. Aujourd’hui, il est de bon ton de nager dans le bonheur. C’est pourquoi j’ai écrit la chanson ‘I don’t want to feel good today’, car j’estime que quand tu n’es pas heureux, ce n’est pas grave. Tout le monde traverse des moments difficiles. Mais pourquoi simuler un état de bonheur quand on ne le vit pas ? Pour faire croire à ton entourage que tu es constamment heureux ? C’est un peu difficile de l’exprimer en français, mais l’authenticité est devenue une façade. Le paraître a pris le pas sur l’être. Et ça c’est la plus grande arnaque. Donner l’illusion que tu es sincère, alors que tu ne l’es pas. Et être convaincu de ta sincérité. Perso, j’estime qu’il est quand même préférable de savoir quand tu joues la comédie… »

Il a aussi déclaré que ses chansons étaient à la fois un testament et une résurrection. Là manifestement, on entre dans le domaine de la religion. Tom confesse : « Simplement, je ne suis pas particulièrement religieux, même si je crois en Dieu. Lorsque je regarde une femme noire très belle, je pense réellement que Dieu en est le créateur. C’est aussi comme quand j’écris une bonne chanson ; ce n’est pas moi l’auteur, mais Dieu… »

En écoutant son album, trois références me viennent à l’esprit : Ryan Adams, Chuck Prophet et Lloyd Cole. La réponse fuse : « Lloyd Cole, je l’ai beaucoup écouté. Tu es le premier qui m’en parle, et tu as raison. Mon album de chevet, c’est… il est de couleur bleue, je ne reviens plus sur son titre… » (NDR : ‘Broken Record’ ?)

David Mansfield, un ancien et illustre collaborateur de Bob Dylan s’est chargé de la mandoline et surtout de la pedal steel, lors des sessions d’enregistrement. « Il est incroyable. A l’âge de 15 ans, il tournait déjà en compagnie du band de Bob Dylan. Il était très jeune et côtoyait déjà des vétérans. Il a participé à l’enregistrement de 7 elpees de Bob Dylan, et a également bossé pour Tom Waits et T-Bone Burnett. » On suppose que c’est John qui a eu l’idée de l’inviter. « Oui, il le connaît très bien. Il travaille beaucoup avec lui. Mais le plus impressionnant, c’était sa rapidité d’adaptation. Je voulais lui expliquer les accords et lui me répondait que ce n’était pas nécessaire. Il les écoute et les reproduit instantanément. Et quasi à la perfection. Il se plante rarement… »

John Mascis joue sur un des titres de son nouvel album, « Finding my way back to you ». S’il a joué aussi fort en studio qu’en live, toute l’équipe devait se protéger à l’aide de boules Quiès… Tom précise : « Sa collaboration s’est effectuée via internet. Il ne s’est pas déplacé à Hoboken. On a d’abord communiqué via skype ou e-mail. Puis il a exécuté sa partition dans son home studio. C’était mieux ainsi, car il était loin de nous ; mais c’était déjà trop fort pour nos oreilles. » (rires)

Tom a tourné aux States, il y a un quelque de temps, en compagnie de Neil Young. Un musicien dont il apprécie particulièrement la musique. Mais comment est-il parvenu à concilier son agenda et le sien, souvent considéré comme démentiel, quand on sait que l’Anversois n’aime pas trop faire le forcing lors des tournées, pour y privilégier, notamment, le contact avec l’habitant. Tom clarifie : « Cet été je vais encore tourner avec lui. Non, mais pas de souci, je n’ai accepté que trois ou quatre dates. »

A propos de concert, votre serviteur avait eu l’occasion d’assister à un set d’Admiral Freebee, en 2005. Tom me demande : « C’était en trio ou dans un groupe avec deux ou trois guitaristes ? » C’était en compagnie d’un groupe. Il ajoute alors : « Et maintenant, c’est un nouveau line up, et il y a des cuivres. » Pour donner une coloration plus swing et r&b ? Comme sur ‘Do your duty’, un titre un peu festif, abordé dans l’esprit de la Nouvelle-Orléans ? « On va le jouer au Cactus (NDR: ce samedi 12 juillet 2014). Et la présence de cuivres nous entraîne un peu dans l’univers de la Nouvelle Orléans, un peu comme chez Dr. John. Tu connais la série télévisée américaine ’Treme’ ? Elle baigne dans ce climat musical louisianais… »

Tom chante, joue de la guitare et de l’harmonica. Or, en général, un harmoniciste est disciple d’un maître du jazz ou du blues. Tom avoue : « J’aime beaucoup le blues. Et ma référence est Little Walker. On va également se produire au festival de Peer, cette année. Pour y jouer du blues. Une majorité de compos de blues… »

 

Alaska Gold Rush

Pas facile la vie d’artiste…

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‘Les musiciens d'Alaska Gold Rush sont des chercheurs d'or qui ont troqué pelle et pioche contre guitare et batterie. Des terres pauvres du Mississippi aux déserts arides du Nouveau-Mexique, ils créent leur musique comme des villes fantômes’. Belle intro qui figure sur la bio du Bandcamp de ce duo réunissant le chanteur/guitariste Renaud Ledru et le drummer Alexandre De Bueger. Le premier possède une voix totalement atypique qui vous prend aux tripes, une superbe voix à la Peter Doherty, puissance 10, qui a probablement baigné dans le bayou. Le second est également chargé des fûts chez Crazy Lady Madrid et Electric Château. Il a aussi bossé pour David Bartholomé. Là, on est en pays connu. Une belle découverte signée Sunny Weeks Production, un petit label dynamique issu de notre plat pays. A ce jour, le tandem a publié un Ep, « Pilote Village Midnight ». Il assurait l’ouverture des 'Nuits belges' à la Rotonde, devant un public curieux et attentif. A l’issue de leur concert, Alaska Gold Rush s’est volontiers soumis au feu de nos questions.

Pourquoi avoir choisi Alaska Gold Rush comme nom de votre projet ?

Renaud : En fait, notre musique évoque les grands espaces de l'Ouest Américain. Nous souhaitions que le nom y fasse référence. Alaska parce qu'on le sentait bien. Mais  concrètement, il n'existe pas plus de lien avec l'Alaska que le Nouveau Mexique. C'est plutôt les immenses plaines du Far West que nous voulions parcourir, à travers l’esprit…

Renaud, d’où tiens-tu ta voix ?

Renaud : On ne peut pas dire que je l’ai vraiment travaillée. Elle est naturelle. Bien sûr, inconsciemment, elle a certainement été influencée par tout ce que j’écoute. Pas mal de blues et de la musique américaine traditionnelle. C’est inévitable…

Elle est pourtant différente en live et sur disque ?

Alexandre : En live, c’est plus rock. L'énergie est plus crue. Sur disque, on accentue l’aspect intimiste de nos compos.

Actuellement, vous formez un duo batterie/guitare, format que j’apprécie tout particulièrement. Mais afin d’étoffer quelque peu votre musique, ne comptez-vous pas vous servir d’autres instruments, comme par exemple la basse ou le synthétiseur ?

Renaud : au départ, on cherche à allier mes compositions au style de batterie d'Alex. De manière inédite. Qui sorte de l’ordinaire, si tu préfères. Le concept est assez roots. On débarque, on se branche et on joue. Ajouter un autre instrument, ce n'est pas prévu. C'est le concept du duo qui est original. Il ne nous viendrait pas à l'idée de changer cette formule. Sinon nous deviendrions un groupe de rock plus classique.

Question bateau : quelles sont vos influences majeures ?

Renaud : C'est dingue, il y a des trucs que j'adore et qu'Alex déteste et vice et versa. Nous ne partageons pas du tout les mêmes influences. Mais on se rejoint finalement à travers le résultat de notre collaboration, chacun y apportant sa propre vision. Ce que j'aime particulièrement ? La musique américaine : le blues des années 20 à 30, la country, l'americana, le rock'n'roll.
Alexandre : Je préfère la scène contemporaine. La musique instrumentale et plutôt radicale qui libère de l’énergie et une certaine puissance. Du rock assez dur, également. Nos influences sont différentes, mais au sein de notre projet, elles collent plutôt bien.

Entre la formation du groupe et la sortie de l’Ep, vous avez mis la gomme…

Renaud : Nous jouions ensemble depuis à peine un an. J’ai été très longtemps impliqué dans un projet solo. Au départ, nous adaptions les chansons que j’avais écrites à cette époque. Alex milite et a milité au sein d’une multitude de groupes. Ce qui lui a permis d’acquérir une belle expérience. Effectivement, dès le début, nous avons voulu concrétiser cette nouvelle collaboration. Le plus rapidement possible. Et puis choisir une image et en soigner l’esthétique. L’illustration de la pochette de l’Ep est une invitation au voyage…

Quel est le dernier concert auquel vous avez assisté ?

Renaud : Je reviens d'un voyage touristique aux Etats-Unis. Je me suis rendu au Juke Joint Festival de Clarksdale où j'ai assisté aux prestations de LC Ulmer et Robert Belfour, des octogénaires phénoménaux qui jouent tout simplement dans la rue. Une belle expérience personnelle
Alexandre : Il y a bien longtemps que je ne suis plus allé voir un concert. Le prochain ce sera Carl Et Les Hommes Boîtes, ce soir. Un excellent groupe, par ailleurs…

Quel est le dernier album que vous avez écouté ?

Renaud : Celui du Révérend John Wilkins. Nous sommes encore aux States ! Lors de mon trip à Clarksdale, j'ai pu rencontrer ce vieux prélat yankee et discuter avec lui. Je suis tombé par hasard sur son album, je l'ai écouté et c'est vraiment de la balle…
Alexandre : Le plus récent, c'est le dernier de Warpaint, quatre filles charmantes et douées, ce qui ne gâche rien.

Quand on écoute votre Ep, on est impressionné par la maturité qui en émane…

Renaud : On vieillit. Nous jouons depuis bien longtemps. Personnellement mon parcours a commencé très tôt. Dix ans déjà que nous nous produisons en concert ou enregistrons. Nous sommes déjà de vieux croulants.
Alexandre : Il y a effectivement pas mal de temps qu’on est impliqué dans la musique chacun de notre côté. Nous n’avons plus 25 ans. Même si nous avons encore du chemin à parcourir. Mais la maturité se forge au fil de l’expérience. Il est temps.

Le bayou vous inspire ?

Renaud : Pas tellement le bayou. Peut-être pour ses alligators. Mais plutôt le delta du Mississipi. Perso, j’estime que dans toute cette région la musique est complètement dingue, principalement dans la partie Nord et dans les collines, elle est un peu ‘trance’ et aux racines africaines…

Le statut d'artiste en Belgique, n'est-il pas devenu un chômage aménagé ?

Alexandre : C'est un peu compliqué. Renauld a un job. J’en suis encore au stade des démarches ; mais il est sûr que cette situation n’est pas évidente. Peu de budget est consacré à la musique. Et surtout, vu la crise, on s'en prend surtout au secteur qui ne ramène pas trop d'argent. J'avais pensé choisir ce statut, mais c'est très compliqué, pour le moment. Je vais donc devoir abandonner l’idée et essayer de trouver un vrai boulot.
Renaud : Ce qui est dommage, c'est qu’il est de plus en plus difficile de devenir pro quand on est artiste. On considère et tout particulièrement chez le musicien, qu’il exerce un passe-temps ou un hobby.
Alexandre : Si tu souhaites défendre un projet qui tienne la route, comme certains groupes qui se produisent ce soir, tu dois répéter quatre à cinq fois par semaine. Cela doit être un fool time job. Et du coup, il ne faut pas se leurrer, car pour atteindre un niveau optimal, une longue période de développement est nécessaire. Aussi, en général, seul le milieu aisé voire fortuné, en bref qui ne doit pas travailler pour se nourrir, bénéficie de toutes ces conditions pour atteindre cet objectif…
Renaud : Tu dois avoir plusieurs cordes à ton arc. Il faut bosser à côté. Tu dois un peu moins répéter et refuser des concerts, parce que tu n’es pas disponible. Ce qui complique un peu le bazar.

Renaud, tu es le seul à composer ?

Renaud : Oui, les paroles, la musique ainsi que les mélodies. En général, je débarque avec un morceau terminé. Puis nous le retravaillons ensemble. Et au final, il ne va plus du tout ressembler à la mouture originale. Alex y met vraiment sa touche personnelle. On construit le morceau, on le déconstruit, puis on le reconstruit. C'est ainsi que nous fonctionnons…

Dans l’univers du blues/roots, Roland Van Campenhout et Steven De Bruyn sont des artistes belges que Renaud apprécie ?

Renaud : Oui, Roland je connais. Je crois qu’ils ont enregistré un album ensemble (NDLR : « Fortune Cookie », auquel Tony Gyselinck a également participé). Roland, j'aime bien. Je l'ai vu plusieurs fois en concert. Il a une superbe voix. Ses albums acoustiques sont vraiment géniaux. Ils me parlent vraiment. Je l’apprécie un peu moins en live, il joue parfois en freestyle, des morceaux qui peuvent parfois durer 15 minutes. Je suis moins fan de ses solos de guitare.

Vous avez prévu une tournée des festivals à votre agenda ?

Renaud : Pour être très honnête, tout ce qui est booking est un peu bricolage maison. Donc c'est super ! Nous avons dégotté, ici en novembre, une première partie au Botanique. Nous avons été contactés pour participer aux Nuits Belges. C’est vraiment génial. On s’est produit lors de quelques chouettes concerts. Petit à petit, l’agenda prend forme. On joue au Verdur Rock fin juin et au Massif festival en septembre. Il n'y a pas une grosse tournée de prévue. On essaye, petit à petit, de grignoter des dates…

Ce n'est pas la première fois que vous jouez à la Rotonde ?

Renaud : Non, c'est la deuxième fois.
Alexandre : En tout cas au Botanique, c'est la salle qui nous convient le mieux. Et l’endroit que je préfère quand j’assiste à un concert. Il est à la fois intimiste et convivial. En outre, les artistes et le public sont très proches, tout au long du spectacle…

 

The Narcotic Daffodils

Conflit de générations ?

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The Narcotic Daffodils vient donc de sortir son second elpee, « Cellex » (Cellex, verbe Tamazight (Berbère) qui signifie ‘fragmenter’, écrit en caractère tifinagh, une écriture issue, comme l’alphabet grec et romain du phénicien, et encore en usage dans tout le Sahara, du Maroc au Mali). La plupart des morceaux ont subi leur baptême du feu en ‘live’, avant d’être immortalisés sur ce cd. Mais comme de nombreux artistes émergents, la gestation a été longue et difficile, le claviériste (et épisodiquement préposé au sitar) Simon Rigot nous en explique les raisons…

On a commencé plus tard que prévu. Quand on a parlé d’enregistrer un deuxième album, l’idée était de rentrer en studio dès octobre 2012 pour le terminer vers mars 2013, le masteriser et le sortir, avant octobre 2013. C’était le planning. Malheureusement, on a été contraints de revoir le calendrier, car le studio choisi est soudainement devenu inaccessible jusqu’en janvier 2013. Dès lors on n’a pas pu commencer avant. Et encore, il était déjà réservé dès février 2013 par Machiavel. Donc, on n’a disposé que de 3 jours pour enregistrer la basse, la batterie et le sitar. Nous l’avions choisi, car son acoustique est vraiment exceptionnelle. Aussi, vu le peu de temps qui nous était accordé pour disposer des lieux, on s’est concentré sur la section rythmique et le sitar. Aussi, on a dû chercher un autre endroit à Bruxelles. En attendant, j’ai enregistré toutes les parties de claviers chez moi, parce j’y dispose d’une panoplie d’instruments authentiques. Et notamment un piano Rhodes et un orgue Hammond. C’était finalement plus facile que de tout déménager dans un autre studio où finalement le son n’aurait pas été meilleur. Fin mars/début avril, on y a enregistré 2 sessions en 3 jours. D’abord toutes les guitares. Et puis toutes les voix. Mais le dernier morceau, « Jolyne », ne correspondait pas à l’émotion que nous souhaitions lui insuffler. Et il fallait y coller un arrangement. Notre producteur avait même évoqué la participation d’un grand orchestre. Et j’avais déjà écrit une ébauche de partition pour ce projet. Qui a finalement été abandonné, pour nous conduire dans une église. La basilique de St Hubert. Mais on n’a pu investir les lieux que fin juillet. Ensuite on a voulu donner une autre dimension à « Weathered ». A l’origine, on disposait d’un vieil harmonium datant de 1850. Une pièce magnifique. Mais il produisait un souffle épouvantable. Le producteur, lui-même accordéoniste, a alors suggéré d’essayer un accordéon… J’ai donc contacté Jean-Claude Doppée alias DJ Saucisse, une figure notoire de la nuit bruxelloise qui a également été figurant dans le film ‘Dikkenek’. Lors d’une interview accordée à la radio, lui, le rock’n’roller avait raconté les péripéties qui avaient conduit sa fille à apprendre l’accordéon dès son plus jeune âge. Luna a aujourd’hui 17 ans et en joue très bien. Dop était enchanté. Ils ont débarqué début août. Quelques jours après l’enregistrement de « Jolyne », à St Hubert. Et les essais se sont avérés concluants. On a donc réservé un studio pour l’accordéon. Mais il n’était pas libre avant fin septembre. L’histoire peut paraître rocambolesque, mais la veille du jour ‘J’, on s’est rendu compte que Luna avait oublié son instrument à l’internat de son école à Gand. Et donc, il a fallu en dernière minute, en trouver un autre en prêt. Fin septembre, tout était mis en boîte. Et on a encore pris trois mois pour le mixing. A cause de discussions internes dont je t’épargne les détails. Mais mi-décembre, nous étions enfin presque au bout de nos peines. Et là les événements se sont accélérés. On a engagé Peter De Wachter d’EQuus au mastering. C’est un des meilleurs en Belgique. Il bosse pour Stromae, Puggy et des tas d’artistes signés chez Universal. Un gars très sympa qui a vraiment mis le petit vernis qui manquait pour que le disque soit clinquant. Début janvier tout était prêt. Restait à dénicher une distribution. Pas évident. Parce qu’en Belgique, elle est de plus en plus difficile. C’est finalement Thierry Coljon du Soir qui m’a signalé l’existence de cette petite boîte namuroise qui s’occupe notamment My TV is Dead, Chloé du Trèfle, ainsi que d’autres artistes, tant de la chanson française que du rock. Il s’agit de cod&s. C’est un des derniers en Wallonie. Et il fait correctement son job, fournissant aussi bien FNAC, Media Markt que les disquaires. Ensuite on a lancé le pressage. Et on a confié l’illustration de la pochette à Valérie Lenders…

On entre maintenant dans le vif du sujet : l’absence de véritable fil conducteur de l’album. C’est ce qui rend son écoute difficile. Sur « Cellex », plusieurs titres émargent à la prog et l’intro est carrément punk. Deux courants qui s’opposent…

On a, il est vrai, étonné beaucoup de nos fans. En fait, lors de la sortie du premier album déjà, on nous avait déjà reproché de ne pas très bien voir dans quelle direction on allait. Et pourtant, le son était beaucoup plus homogène. Orienté orgue/guitare/basse/batterie. Alors que sur le deuxième, on a voulu le rendre plus contemporain. Il y a du synthé. Un microKORG, très utilisé dans l’univers de la techno. Il y a du punk. Mais aussi plus de sonorités vintage, car on y a intégré du mellotron et du piano Rhodes. J’ai même branché ce Rhodes sur une cabine Leslie, pour certains morceaux. On a donc voulu un mix entre sons classiques et modernes. C’est la raison pour laquelle Hakim, notre guitariste, préfère parler de fragmentation plutôt que de progressif. Les fans de la première heure regrettent que le Hammond ne soit plus omniprésent. Nous n’avions pas envie de graver un deuxième album qui ressemblerait au premier. Nous voulions évoluer. Il y a trop de groupes qui se contentent, disque après disque, de la même recette…

Evoluer est certainement un choix louable, mais le mélomane aime suivre un fil conducteur. Même si parfois il peut-être difficile à pister. Sur ton elpee, on est quand même particulièrement bousculés.

Oui, c’est vrai. Parce que nous ne voulons pas être sur rails. Le seul fil conducteur, c’est la chanteuse. Et encore, elle chante différemment suivant les morceaux.

Parfois ses inflexions me rappellent, et je ne suis pas le seul à le penser, à Björk, mais sans monter dans les aigus.

Absolument. Mais elle n’aime pas du tout ces comparaisons. Elle apprécie pourtant bien Björk, mais elle ne les accepte pas… 

Un exception quand même, sur le titre particulièrement prog, « Barber », où là, elle déclame à la manière de Patti Smith.

J’étais très étonné de ta remarque, et je n’y avais pas pensé. C’est vrai, mais c’est parce qu’elle déclame. Peu de chanteuses rock déclament leurs textes. Elles se contentent de chanter…

Sur ce même morceau, il y a des envolées qui rappellent le Gong de la période Daevid Allen / Steve Hillage.

Ta réflexion était tout à fait inattendue. Mais en le réécoutant je me suis rendu compte qu’il y avait une influence inconsciente. Tout particulièrement celle d’« Angel’s egg » et du titre « Flute salad ». Absolument !

Le mellotron pour « Sun of the rest », il était dans le studio ?

Non, j’avoue, ce n’est pas un mellotron. C’est un son créé par un ordinateur. Cet instrument est quasi impossible à dénicher. Alors j’ai essayé de reproduire le son qui s’en rapprochait le plus. Et je crois que le résultat est concluant.

Même que les sonorités rappellent parfaitement le « Strawberry fields forever » des Fab Four.

Oui, oui, c’était l’objectif…

Pour ma part, le début de « Shout » opère une incursion dans le british blues boom et adresse en même temps un clin d’œil au Spencer Davis Group.

Oui, le début est très blues, mais le reste alterne entre moments plus violents et plus calmes. Il y a également des chœurs éthérés et un final plus prog. Il nous a été reproché que la compo était trop courte. Qu’elle méritait un développement, un délire, au cours duquel on profiterait de cette ambiance pour développer de longs solos. Mais si nous souhaitions réaliser un morceau assez riche et complexe, nous le voulions le plus court possible. Un peu comme chez les Beach Boys. Tu sais, j’ai toujours été fasciné par leur « Good vibrations ». C’est un titre où tu n’as pas un couplet/refrain traditionnel. Il est découpé en 3 actes. Comme une véritable symphonie. Et on connaît tellement cette chanson, qu’on ne s’en rend même plus compte de sa structure. J’ai toujours été fasciné par cette idée de composer un morceau très complexe avec une économie de temps.

Au niveau des claviers, je t’en avais déjà parlé, tu apprécies beaucoup le style de Rod Argent.

Je l’ai encore vu l’été dernier à New York.

Et sur certaines compos de « Cellex », j’y retrouve un peu Brian Auger…

(Surpris et content !) Brian Auger, c’est mon pote ! Je l’ai vu à 7 ou 8 reprises. Chaque fois qu’il vient en Belgique, pas la dernière malheureusement, mais bien depuis 10 ans, je vais toujours assister à ses concerts. Il se produit souvent au Spirit of 66. Mais il est aussi venu à Anvers. Et à Bruxelles, il y a une quinzaine d’années. A Anderlecht, dans une petite salle. Il jouait avec sa première fille. Sa première fille l’a accompagné au chant, et plus tard sa deuxième. Et elles sont aussi merveilleuses l’une que l’autre. Son fils participe également à cette aventure familiale. A la batterie. Brian, c’est un monument.

« Weathered », titre cabaret. Abordé dans l’esprit des Dresden Dolls ?

Je ne connais pas du tout. C’est un duo ?

Allemand. Mixte. Piano/drums et chant.

Oui, c’est une compo qui baigne dans une ambiance de cabaret fin de soirée. Certains ont parlé d’une ambiance à la Arno. D’ailleurs à un moment, on a pensé lui proposer de partager un duo avec Irène. C’est notre producteur qui nous l’a suggéré. Et puis finalement on a laissé tomber.

Mais il est ouvert à ce type de projet.

Oui, oui, je sais bien. Si on lui avait demandé, il l’aurait probablement accepté. Au début on y a pensé, et puis au fil du temps on a changé d’avis et je crois qu’Irène n’aurait pas pu céder davantage de place sur ce morceau. Et le résultat aurait pu se solder par du remplissage.

Vous êtes tous impliqués dans l’écriture des compos ?

Tout à fait. On se partage même quelquefois la tâche. Pour « The Barber », tout part d’une improvisation totale qui a ensuite été maîtrisée. Mais en fait, on apporte une idée ou une mélodie, et puis on l’adapte. C’est dans cet esprit que je travaillais déjà, il y a 35 ans, à l’époque de Berntholer. J’amenais une suite d’accords et une idée de mélodie. Et puis Drita la chanteuse l’adaptait et créait sa propre mélodie. Je pense que c’est une méthode assez sage. Il ne faut jamais imposer à un chanteur une mélodie. Il faut lui faire des propositions et lui laisser le temps de l’apprivoiser…

Le guitariste joue en picking sur deux titres, à la manière de Steve Hackett. Un maître pour lui ?

Non, car au départ, le picking n’est pas sa façon naturelle de jouer. Il préfère mettre des effets dans sa gratte électrique, de la pédale wah wah et compagnie. Il a fait un travail formidable pour s’adapter…

The Narcotic Daffodils réunit des musiciens issus de deux générations différentes. Pas vraiment courant et évident une telle formule de line up ?

Il y a 25 ans de différence entre certains d’entre nous. Souvent ce sont de vieux briscards, qui se font accompagner de jeunes. Comme Brian Auger, qui joue avec son fils et sa fille. Les musicos de Triggerfinger ont la cinquantaine. Et il est plus facile de jouer entre musiciens de sa propre génération. Impliquer des musiciens d’une autre génération est exigeant. Parce qu’on n’a pas les mêmes objectifs. On n’a pas les mêmes sources d’inspiration. Bien qu’on serait étonné d’apprendre que malgré son jeune âge, Irène aime autant Robert Fripp que moi. Elle joue aussi de la guitare et est très influencée par Robert Fripp. Et ce feeling se retrouve dans deux des compos qu’elle a écrites, « Weathered » et « Go love yourself », caractérisées par cette suite d’accords énigmatiques, angoissants. Hakim préfère Jimi Hendrix, Led Zeppelin, mais aussi Funkadelic ou les Temptations. Merlin a beaucoup écouté les premiers Genesis. Finalement, cette barrière de générations ne se situe pas au niveau de la musique, et pas vraiment des priorités, mais des objectifs. Flupke et moi avons construit notre existence. Nous sommes mariés. Nos enfants ont déjà 20 ans. Sauf que maintenant, je viens d’adopter une petite fille. Mais c’est le hasard. Notre vie professionnelle est stable. On n’a pas d’angoisse par rapport à ce mode de vie. Nos trois jeunes ont une copine ou un copain. Mais ils ne sont pas en couple. Ils n’ont pas d’enfant. Ils n’ont pas encore de boulot, puisqu’ils sont étudiants, mais sont à l’aube de devoir s’en dénicher un. Ils ne savent pas très bien où ils vont aller. Je me souviens que quand j’ai commencé à bosser, j’ai arrêté de faire de la musique. Parce qu’il fallait s’installer dans la vie. Donc on n’a pas les mêmes priorités et c’est parfois très difficile. Et pas les mêmes réseaux. En matière de promotion, ce ne sont pas nos trois jeunes qui ont des relations dans le milieu. Même si ce n’est pas toujours un avantage. Enfin, tout dépend de l’ouverture d’esprit de ces relations. Certains nous ont mis carrément des bâtons dans les roues. Pour toute une série de raisons. Notamment, parce qu’ils estiment qu’on appartient au passé et ne comprennent pas pourquoi on monte un nouveau groupe, alors que tous les copains de ma génération, reproduisent la musique comme il y a 30 ans. Au sein des mêmes groupes qui ont vécu il y a 30 ans. En se servant du même nom qu’il y a 30 ans. C’est comme si je remontais maintenant Berntholer (NDR : voir article Wikipédia ici). Et on reprendrait la route. Ce n’est pas mon style. J’ai envie d’aller de l’avant. De m’investir dans un nouveau projet. A l’aide de nouvelles personnes, tout en développant de nouvelles idées…

En concert :

30.04  (BE) Belvédère Namur (20 Year Bear Rock), 9PM
01.05  (BE) Pianofabriek Saint-Gilles,BXL, 5PM
10.05  (BE) Japanese release party at The London Calling,9PM
17.05  (BE) Showcase Media Markt Woluwe. 3PM
21.06  (UK) Sonic Rock Solstice Festival in Builth Welsch, 6PM
12.07  (BE) The Joint - Overboelare (Geraardsbergen), 9PM

 

Triggerfinger

Comme si c’était un conte de fées…

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Interviewer Triggerfinger constitue, pour votre serviteur, du pur bonheur. Il s’agit de notre 3ème rencontre et à chaque fois cet entretien est émaillé de fous rires. Faut dire que malgré le succès phénoménal recueilli, les musiciens sont demeurés humbles et ouverts à toutes les questions. Ils préfèrent s’exprimer dans leur langue natale ou en anglais, mais acceptent volontiers de répondre en français. Chapeau ! Et jamais ils ne se dérobent face à ces questions, même celles qui sont relatives à leurs influences. Elles constituent même, pour eux, des compliments. Quelle différence par rapport à ces jeunes formations qui nient l’évidence. Bref, le trio est au complet, c'est-à-dire le chanteur/guitariste Ruben Block, le bassiste Paul Van Bruystegem alias Monsieur Paul et le drummer Mario Goossens pour parler –surtout– de la sortie de leur nouvel album intitulé ‘By absence of the sun’ qui paraîtra ce 20 mai…

Le nouvel opus a été enregistré à Los Angeles, au ‘Sunset Avenue’, et plus au ‘Sound City’, car il a été totalement transformé ; mais c’est encore Greg Gordon, dont la carte de visite mentionne la mise en forme d’œuvres d’Oasis, de Wolfmother, de Soulwax et de Slayer, qui s’est chargé de la mise en forme. Monsieur Paul prend le crachoir : « En fait, nous étions tellement satisfaits de son travail opéré sur ‘All this dancin’ around’ que nous avons souhaité poursuivre la collaboration. Nous sommes depuis devenus des amis. Il est même considéré, en quelque sorte, comme le quatrième membre de Triggerfinger. » 

‘By absence of the sun’ est un titre sombre, presque crépusculaire. Une impression qui se dégage surtout sur la première et la dernière plage de l’elpee, en l’occurrence ‘Game’ et le final ‘Master of all fears’. Rien que l’intitulé du second est évocateur. Difficile de faire plus métal. Un morceau dont les sonorités ‘drone’ sont dignes de Sun O))). Mais c’est surtout le spectre de Black Sabbath qui y plane. Ruben argumente : « Il existe différentes manières d’appréhender le titre de l’album. Quand il n’y a pas de soleil, c’est la nuit. Or, la vie nocturne peut aussi s’avérer intéressante. C’est la raison pour laquelle on aime ce titre. Il exprime une certaine dualité. Et laisse la porte ouverte à des tas d’interprétations… En ce qui concerne ‘Master of all fears’, c’est une compo que j’ai écrite pour le Soundtrack du film. J’ai été invité à l’imaginer dans l’esprit de Black Sabbath. C’est le type de morceau dont le réalisateur avait besoin. Et j’ai essayé de le rendre la plus sombre possible… »

A l’une ou l’autre exception près, le long playing est plus hard, parfois presque grunge. Pensez à Soundgarden. Il y a encore un peu de blues, comme sur le stoner ‘Perfect match’ (clip vidéo ici), qui lorgne vers ZZ Top ou encore « And There She Was, Lying In Wait », sorte de boogie revu et corrigé par Depeche Mode ; mais il s’y fait plus rare. En ce qui concerne cette impression grunge, le rôle de Gordon n’y est certainement pas étranger. Mr Paul se défend : « Nous ne cherchons pas à calquer notre style sur l’un ou l’autre groupe. Et si ça arrive, on ne le fait pas exprès. Si tu nous parle de Soundgarden c’est un compliment. Mais la manière de capter le son a aussi son importance. Greg y est habitué. Il a bossé en compagnie de grosses pointures. Nous on s’est contenté de jouer le mieux possible. On avait consacré quelques répétions avant. On était bien préparés. On a fait quelques prises. A ce stade c’était tout simple. Mais le plus dur est arrivé après. Le mixing. Parvenir à obtenir le son qui était dans notre tête. Parce que si ça sonnait bien, on savait ce qu’on voulait obtenir et ce travail a pris du temps… En ce qui concerne le blues, il n’a pas vraiment disparu. Perso, ‘Game’ c’est du blues. Même ‘Master of all fears’, parce que je joue de la slide sur la basse et Ruben sur sa guitare. Quant à ‘And There She Was, Lying In Wait’, c’est un boogie fiévreux, à l’atmosphère étrange. C’est à mi-chemin entre le blues et stoner. Très 70’s, c’est vrai… » Et Ruben d’ajouter « On a un peu adopté le rythme du ‘On the road again’ de Canned Heat. » Et Monsieur Paul de déduire : « Maintenant tu as sans doute raison de dire que le disque n’est pas explicitement blues. Ce style est sans doute un peu plus sous-jacent… »

‘Trail of love’ est un slow un peu prog. Donc qui se réfère à nouveau au seventies. Une plage au cours de laquelle la voix suit les accords de guitare. Ruben clarifie : « Cette chanson, je l’ai écrite, il y a déjà 15 ans, au moins. Mais la mélodie ne m’est venue que l’an dernier. Lors d’un soundcheck effectué avant un concert, en Allemagne (il chante cette superbe mélodie). Elle m’a immédiatement plue et hop, le tout était ficelé. » Monsieur Paul nuance : « On a quand même dû bien la répéter, car elle n’était pas si facile à exécuter. En fait, on n’était pas habitué de jouer de cette manière et il a fallu s’adapter… » Et du prog, on en recèle encore sur ‘Big hole’, mais seulement dans la voix de Ruben, qui chante un peu à la manière d’Adrian Belew époque King Crimson. Ruben en explique la raison : « C’est à cause du delay » et Mario de préciser : « C’est amusant, sur le précédent album, un tas de journalistes ont fait des comparaisons avec le King Crimson… » Et pour en finir avec cette époque, ‘Splendor in the grass’ recèle des éléments psychédéliques. Serait-ce une ouverture pour le futur ou une volonté de coller au revivalisme contemporain ? Monsieur Paul réagit : « Ce sont nos racines. » Ruben concède : « C’est à cause des petits effets sur la voix. Un plug in, je pense ». Monsieur Paul rectifie : « On a tout préparé sur deux enregistreurs, un grand et un petit. Et on a modifié la vitesse. C’est ainsi qu’on créait du ‘flanger’ à l’époque. Un millième de seconde de différence pour donner cet effet de vertige… »

Un morceau se démarque de l’ensemble, ‘Halfway there’. Il y a des chœurs. Peut-être une boîte à rythmes. Une compo plus lente aussi, truffée de bruitages. A croire qu’ils l’ont enregistrée le lendemain d’une gueule de bois pour se reposer. Une réflexion qui les a bien fait rire. Monsieur Paul clarifie : « En fait, il n’y a pas du tout de boîte à rythmes. C’est Mario qui s’est chargé du bruitage à l’aide des fiches de câbles pour haut-parleurs qu’il manipule en cadence. Et tu as raison, il y a plein d’effets spéciaux. Par exemple, du piano, enregistré à l’aide d’un vieil enregistreur à cassette, comme tu trimballais avant, et les accords sonnent un peu faux. Puis du glockenspiel. » Mario ajoute « Et enfin, des bruits qu’on avait captés lors de la tournée, dans le bus ». Monsieur Paul confirme : « On avait enregistré le bourdonnement du moteur et c’est ce que tu entends… » Autre piste un peu différente, ‘There isn't time’, plus actuelle, aux accords de guitare très clairs, doublés même… Ruben avoue : « Il ne s’agit pas de re-recording comme tu penses, mais de l’utilisation d’un sax baryton. Ce procédé marche toujours très bien quand tu dois doubler les guitares. Los Lobos y recourt également… »

Avant d’enregistrer l’album, le trio a publié un single, une reprise du ‘I follow rivers’ de Lykke Li. Faut croire que le band apprécie cette artiste. Ruben commente l’épisode qui a conduit à cette cover : « On a accordé une session à Radio 3FM aux Pays-Bas et la station impose un exercice de style. Tu peux jouer une de tes compos, mais tu dois aussi reprendre un titre du Top 30. C’est la tradition. Une aventure plutôt bizarre. Nous étions arrivés la veille pour répéter le morceau. Et Ruben a conclu que c’était une chanson qu’on pouvait tenter d’adapter. On a cherché les accords et dans la soirée, c’était réglé. Seul Mario se demandait ce qu’il allait faire. Puis finalement, il a pris une cuiller et a tapoté sur une tasse de café (NDR : voir le clip ici). 

Et le lendemain nous étions présents à 7 heures du matin pour tourner la vidéo. Le soir nous devions nous produire à Groningen, au Nord de la Hollande. Et avant de nous mettre en route, on avait reçu un coup de fil du management qui nous informait que le clip marchait du tonnerre, alors qu’il n’y avait pas de disque de sorti. Les gens le téléchargeaient sur Internet et après 2 semaines on était numéro 1 aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. Un accident très heureux. Ce n’était pas dans nos objectifs. C’est comme si c’était un conte de fées. Et c’est parce que c’est devenu un gros hit, qu’on a retardé la sortie de l’album… »

Triggerfinger se produira d’abord le 5 juillet à Rock Werchter, mais avant dans le cadre de Werchter Classic ce 28 juin, festival qui se clôturera par le set des Rolling Stones. Or le trio anversois a assuré la première partie du mythique groupe anglais à Hyde Park, le 6 juillet 2013. Finalement, ils ne les ont même rencontrés ni croisés. Monsieur Paul nous livre quand même une anecdote ‘people’ : « Par contre, lors d’une ‘private party’ en Allemagne, sa fille Gray Jagger, qui était organisatrice de cette fête, a dansé sur notre musique. C’est chouette quand même, non ?  Et puis elle est plus jolie que son père… » Ce qui n’est pas très difficile (éclats de rires)…

Pour terminer notre entretien, je leur montre la pochette sur laquelle les trois musicos sont vêtus de costards flambants neufs (NDR : comme sur la photo qui sert à illustrer cette interview). Et je leur demande s’ils ne craignent pas d’être engagés par H&M pour figurer dans leur prochain catalogue de mode. De quoi déclencher l’hilarité générale, qui va se prolonger pendant plusieurs minutes encore et se répandre sur toute la place de Brouckère…

Nouvel album ‘By absence of the sun’ : sortie le 21 avril  2014 chez Excelsior Recordings / V2

En concert :

16.04 Coutrai (B) De Kreun (Sold out)
17.04 Coutrai (B) De Kreun (Sold out)
19.04 Schijndel (NL) Paaspop
26.04 Gand (B) Jimmies Award Show
02.05 Bruxelles (B) AB (Sold Out)
03.05 Amsterdam (NL) Paradiso (Sold Out)
05.06 Paris (F) Zénith – 1ère partie de Shaka Ponk (Sold Out)

07.06 Montereau-Fault-Yonne (F) Festival Montereau Confluences
27.06 Roeser (Lux) Rock A Field
28.06 Werchter (B) TW Classic (Sold Out)
29.06 Paris (F) Solidays
04.07 Arras (F) Main Square Festival
05.07 Werchter (B) Rock Werchter (Sold Out)
06.12 Bruxelles (B) Forest National

 

 

 

Samaris

Musiczine au pays des elfes.

Écrit par

Comptant 320 000 habitants à peine et programant plus de 20 groupes chaque année sur toutes les scènes internationales, l’Islande est incontestablement l’un des pays les plus prolifiques de notre continent en matière de musique. Une politique culturelle dynamique qui ose la culture, un ‘New Deal’ artistique qui a fait de cette culture le deuxième moteur de la croissance du pays, rapportant plus ou moins un milliard d’euros par an. Près de 20% du PIB national. Un pays qui prouve, s’il le fallait, qu’il existe une vie en dehors des banques et soutient le talent de ses artistes. Un résultat surprenant, non seulement par le nombre, mais aussi par la qualité. Ses artistes inspirés nous offrent l’inédit et l’inouï : des sons originaux, loin des sentiers battus et de tout lieu commun. Une nouvelle scène ‘Inspired by Iceland’ créatrice de nouveaux talents qui contamine la musique contemporaine.

Parmi cette masse de formations et d’artistes chaque jour grandissante, le plus difficile reste encore de se démarquer. C’est précisément ce que le trio electro-pop Samaris est parvenu à réaliser très rapidement. Bien avant même la sortie de leur premier album, les trois jeunes musiciens –Áslaug Rún Magnúsdóttir (clarinette), Jófríður Ákadóttir (chant) et Þórður Kári Steinþórsson (claviers/laptop)– ont été rapidement couronnés de prix prestigieux et ont recueilli les louanges quasi unanimes de la presse britannique. Critiques passant du NME (‘Elegant and unusual’) au Financial Times (‘Rich and textured’) !

C’est dans l’intimité du café de l’Ancienne Belgique que la chanteuse et la clarinettiste scandinaves vont nous livrer, avec beaucoup de simplicité et de modestie, les secrets de "Silkidrangar", leur premier long playing qui sortira le 5 mai prochain chez One Little Indian/Konkurrent. Un album dichotomique chanté dans leur langue natale naviguant entre les fleuves glaciaux de la musique et de la poésie traditionnelle islandaise et le fracas des océans de la musique électronique contemporaine. Un magnifique voyage entre tradition et futur.

Non, vous ne rêvez pas. Dans ce pays nordique, les légendes et les croyances envers ‘le petit peuple’ (elfes, lutins, fées et autres farfadets) sont des réalités tangibles et indéracinables pour de nombreux habitants.

Dans ce pays aux terres volcaniques, aux paysages majestueux, aux sols magiques, aux couleurs irréelles et aux aurores boréales dont la splendeur chromatique vous donne le vertige et vous coupe le souffle, difficile de ne pas être poète ou musicien. Le pays a une âme étrange et féerique : il est hanté d’entités qui vivent au fond du cœur de l’homme, à la lisière du rêve. L’imaginaire s’incarne, devient réalité. 

Croyez-vous en l’existence des elfes ?

Quand on perd des objets sans raison apparente, alors même qu’on sait pertinemment qu’ils devraient se trouver à un endroit précis et qu’ensuite on les retrouve inopinément, eh bien, moi, je pense que les elfes n’y sont pas étrangers. Certains vivent dans les pierres. Je me souviens que, lorsque j’étais enfant, je jouais derrière un énorme rocher. Tous mes amis étaient effrayés et me mettaient en garde. Ils étaient persuadés que des elfes résidaient là. Un jour, bravant mes potes qui tentaient de m’en dissuader en vain, j’ai escaladé le rocher sans tenir compte de leur avis. Arrivée au-dessus, j’ai sauté par terre mais je me suis mordu la lèvre tellement violemment que je saignais abondamment. J’avais alors à peine sept ans et cet épisode m’a beaucoup effrayé. Je suis retournée à la maison en courant, persuadée que cette mésaventure m’était arrivée à cause des elfes. 

Oui, je vous crois. Je vois bien que l’album s’inspire de l’atmosphère énigmatique de l’île, de sa culture si singulière, pourtant, la musique qui étoffe le chant est de facture électro. Quelle en est la raison ?

Je pense que la combinaison propre à notre fond artistique est effectivement plutôt classique, mais nous avons été happés par la musique électronique. Au début, nous ignorions que nous mêlerions musique classique et électro. Nous voulions composer des chansons et nous avions un piano à notre disposition et, donc, le processus s’est enclenché naturellement sans trame, ni plan prémédités. C’est également ce qui s’est produit avec un recueil de poésie islandaise qui se trouvait dans le studio. Nous l’avons ouvert et, le reste a suivi : l’inspiration a fait le reste, mêlant les textes anciens à la musique d’avant-garde. Une mise en contact insidieuse entre les pôles opposés du temps, et le passé et le futur se sont court-circuités. Faire revivre ces vieux poèmes grâce aux techniques musicales nouvelles, c’était vraiment très exaltant.

Qu’est-ce qui vous distingue, en gros, des autres groupes ?

Nous produisons un son qui nous est propre, chaque membre du groupe y met son grain de sel particulier : il peut s’agir du chant, de la clarinette ou de tout autre talent qui fait la différence, confère un supplément d’âme à la musique. Ce qui n’a jamais encore été fait, ni dans notre pays, ni ailleurs dans le monde.

Quels sont les groupes islandais qui vous ont influencés le plus et de quelle façon ?

Je ne pense pas que nous ayons été influencés réellement, pas directement en tout cas, mais nous les avons écoutés souvent quand nous étions jeunes et ils nous ont marqués forcément. L’inspiration se nourrit de notre éducation, de ce que nos parents nous ont transmis, de leurs convictions, de leurs goûts musicaux, des morceaux qu’ils nous faisaient écouter. Bien sûr, quand on grandit, on cherche un son qui nous soit propre et l’on se met à écouter la musique que l’on aime vraiment et plus celle qu’on nous recommande. J’écoutais Alice Smith. Bjork ? Non. Irrépressible et bourré de pop ! Cette forme d’éducation te marque irrésistiblement, que tu le veuilles ou non.

Est-ce que la nature exceptionnelle de votre île vous influence ?

Probablement. Mais il faut se rendre compte qu’il n’existe pas de lien direct entre l’écriture et la nature. Je ne me rends pas dans un espace naturel pour composer directement : je ne perçois pas une mélodie en contemplant les arbres, par exemple, cette formule ne marche pas ; bien sûr, je n’y crois pas non plus. Les gens évoquent notre environnement parce que les groupes qui viennent d’Islande ont un style particulier. Dès qu’on révèle notre nationalité, ça y est, ils ne distinguent plus que la nature de l’île. Elle nous imprègne, il n’y a pas l’ombre d’un doute, mais l’inspiration musicale arrive bien après cette immersion. D’abord, tu composes la musique, ensuite, il se peut que l’environnement naturel s’y invite et vienne s’y poser en quelque sorte. Ils confondent un peu tout. Ils sont persuadés que les artistes puisent directement l’inspiration dans la nature. Il n’en est rien. Je pense que c’est plutôt l’inverse.      

Comment définiriez-vous votre musique ?

Électronique. Tout son qui sort de l’ordinateur. On n’utilise pas de guitares ou autres instruments à cordes, le son est synthétisé. On préfère la voix et la clarinette. Ce sont des sonorités qu’on ne peut pas reproduire à l’aide de l’ordinateur. C’est en utilisant ces deux matériaux bien distincts qu’on crée notre ‘sauce’. La phase la plus intéressante, c’est quand on assemble ces deux tendances. On essaie de suivre une ligne très mélodique. Pas vraiment le rythme : ça se répète et ça remue. Nous tentons d’obtenir une sorte de récit, de construire une histoire en se servant de notre musique.

Quels sont vos points forts et vos points faibles en musique ?

Mon point fort, c’est, je pense, écrire des mélodies ; ma faiblesse, créer des beats. Je ne pense qu’à la mélodie et aux accords. Mais ensemble, la combinaison fonctionne : chacun lègue les atouts qui comblent les lacunes des autres membres du groupe.

Pourriez expliquer le sens de vos mots à quelqu’un comme moi qui n’est pas islandais ? Pour quelle raison chantez-vous dans votre langue natale ?

Ces mots ont la sonorité que nous cherchons. Ils s’accordent bien à notre musique. Ils ont davantage de signification qu’en anglais. C’est aussi parce que ce langage nous vient naturellement. Enfin j’imagine. Et c’est plus singulier, plus insolite que de chanter en anglais. Cette langue est spéciale, très traditionnelle. Les règles de grammaire, la syntaxe, la façon de construire les phrases, tout est très différent de l’anglais. Un choix dicté davantage pour la sonorité produite que pour la beauté même du poème. C’est notre marque de fabrique. Nous essayons de transmettre un sentiment ; la poésie et cette musique fusionnent parfaitement.

Lequel d’entre vous a écrit les chansons ?

J’écris les mélodies (Jófríður Ákadóttir). J’écris les paroles et j’ajoute la clarinette (Áslaug Rún Magnúsdóttir). On aime travailler ensemble.

Comment s’est déroulé l’enregistrement en compagnie de Gunnar Tynes ?

On souhaitait juste enregistrer quelques morceaux basiques. Il ne nous en fallait pas beaucoup. Il n’a pas ajouté grand-chose de personnel dans l’enregistrement, car on disposait à peu près de tout. Nous étions rétifs aux modifications, on ne le laissait pas inflencer, nous savions ce que nous voulions et comment il fallait faire… Il a juste appuyé sur le bouton rouge.

Vous a-t-il été facile de reproduire l’album sur scène ?

Oui. On interprétait déjà les chansons de l’album en concert. Pour certains morceaux, nous n’avons pas encore décidé de quelle façon on pourrait les produire en live ou comment rendre plus vivants les sons de la musique numérique. En fait, on joue à peu près de la même manière en live qu’en studio. C’est très similaire.

Quels sont vos projets pour le futur ?

On veut étudier, aller vivre à l’étranger. Nous ne sommes pas sous pression, nous créons de la musique sans contrainte, pour notre seul plaisir.

Découvrez le clip "goda tungl" ici et le single "Ég vildi fegin verða" .

 

Anna Aaron

La musique, c’est mathématique…

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C’est en visionnant un clip d’Anna Aaron que votre serviteur s’est décidé de se rendre à un de ses concerts, et puis de lui consacrer une interview. Une superbe vidéo (voir ici ) au cours de laquelle on est immédiatement scotchés par l’amplitude vocale de l’artiste. Qui oscille de Sinéad O’Connor à Kate Bush, en passant par Lene Lovitch. Elle a bien sûr inclus cette chanson, « Stellarling », sur son second elpee intitulé « Neuro », un album dont le titre s’inspire du « Neuromancer » de William Gibson (NDR : enfin c’est ce que raconte la bio), écrivain qui a lui-même influencé le fameux long métrage « Matrix ». Pour entamer cet entretien, il me semblait donc naturel d’aborder le thème de la science-fiction sous son aspect littéraire et cinématographique…

Ce ne sont pourtant pas des sujets qui la dévorent particulièrement. Elle s’explique : « J’ai lu des extraits du bouquin, car je souhaitais acquérir un certain vocabulaire pour mieux appréhender cette matière. Et j’ai entrepris des tas de recherches pour y parvenir… » Mais c’est surtout l’aspect cyberpunk (NDR : définition sur Wikipédia ici) de ces références qu’elle creuse. Elle précise : « Une thématique parfaitement développée dans ‘Ghost in the shell’ (NDR : un manga de Masamune Shirow qui remonte à 1989), au cours duquel il y a des machines qui ont une âme presque humaine et où la femme est presque moitié robot et moitié déesse. Une approche à la fois mystique, romantique et technologique que j’ai beaucoup appréciée… » Est-ce la raison pour laquelle elle a un jour déclaré que la musique était mathématique, qu’elle nécessitait une cohérence entre le rythme et les harmonies ? Réduire la musique à des maths, n’est-ce pas la traduire en équation scientifique ? Et la réduire au solfège ? N’est-ce pas contraire au véritable esprit rock’n’roll ? Elle argumente : « Oui, j’ai fait cette déclaration, car on parle toujours de l’inspiration sous sa forme émotionnelle. Mais il existe également un côté rationnel dans la musique. Car la musique, ce n’est pas n’importe quoi. Les Occidentaux utilisent certaines tonalités ; or, elles sont beaucoup plus nombreuses dans les autres cultures. Chez nous, on s’arrête aux demi-tons. Pour bien comprendre la musique, il faut la placer dans un certain contexte. Plus scientifique. Il y a des mesures derrière… » Manifestement, les cours de piano classique qu’elle a suivis au cours de son enfance l’on plus marqués que le rock. Elle ajoute : « Mais le rythme, c’est aussi structuré, même si c’est plus simple. C’est souvent 1-2-3-4. Du 4/4 quoi. C’est métronomique. C’est mathématique… »

Si le premier elpee, avait bénéficié du concours de Marcello Giulliani, bassiste d’Eric Truffaz (NDR : qui l’a par ailleurs invitée à participer à la confection d’un de ses elpees, et à assurer le supporting act d’une de ses tournées), à la production, ‘Neuro’ a été enregistré sous la houlette de David Koster, mieux connu pour avoir notamment mis en forme des albums de Bat For Lashes et de Guillemots. Mais comment se sont déroulées les sessions auprès d’un personnage qualifié d’aussi perfectionniste ? Anna commente : « Bien. D’abord, je me suis posé des tas de questions avant notre rencontre ; et il est clair que j’étais un peu angoissée de bosser en compagnie d’un grand nom auquel je voue beaucoup de respect ; et je ne parvenais pas imaginer qu’il avait envie de travailler avec moi. Mais sur le terrain, il était nécessaire de briser la glace et d’évacuer ses idées préconçues, parce que dès qu’on entre studio, il faut être présent d’esprit, être bien lucide, prendre les bonnes décisions, gérer, diriger le processus et je ne pouvais pas perdre de temps en manifestant trop de révérence à son égard ; ce qui aurait pu nuire à la collaboration. Et puis finalement, c’est quelqu’un de très rigolo. Il a énormément d’humour, parfois même puéril ; ce qui nous a finalement permis de se détendre et même de rire aux éclats. Et le rire casse toujours la glace, comme on dit en allemand… » David a également entraîné Ben Christophers et le drummer de Cure, Jason Cooper, dans l’aventure. Quel a été leur rôle lors des sessions ? Anna répond : « Ben Christopher est venu 2 ou 3 jours. Il a assumé les parties de guitares et joué de toute une série d’instruments bizarres comme le phono phaser ou le marxophone, mais également plus anciens. Jason Cooper n’y a consacré qu’une seule journée. Mais comme le studio était trop petit, on a dû déménager une journée complète… »

Tout au long de ‘Neuro’, on est frappé par la qualité des harmonies vocales. Des chœurs, si vous préférez. Un travail technologique opéré sur sa propre voix. Elle confirme : « Oui, oui, il s’agit bien de ma voix. On a utilisé des samplings, des plugs in, des delays et d’autres trucs. Mais ce n’est pas ma voix qui est retravaillée, ce sont surtout les chœurs qu’on a mis en couches… » Lene Lovitch ? Elle ne connaît pas. Quoique manifestant beaucoup de considération pour Sinéad, elle n’aime pas trop son timbre, qu’elle estime trop atmosphérique… 

Certaines compos de son long playing adoptent un tempo binaire, dance, presque disco, d’autres sont imprimées sur un rythme plus élaboré. Le choix est-il délibéré ? Elle nous répond : « Non, pour moi, c’est très intuitif. Je suis incapable de fournir une explication logique. » ‘Totemheart’ évolue ainsi à la croisée des chemins du Floyd circa ‘One of these days’ et de Donna Summer, un morceau qui s’achève par une prière, voire une incantation mystique. Notre interlocutrice confirme que la fin de la composition est abordée comme une prière. Par contre Donna Summer, et même son célèbre ‘I feel love’, ça ne lui dit rien. Là où nos réflexions vont converger, c’est au sujet de ‘Neurohunger’, la plage le plus électro-indus de l’opus. D’abord le titre me fait penser à Sophie Hunger, une autre Suissesse, mais la compo, surtout à Nine Inch Nails. Elle corrobore mon point de vue : « C’est exact. Pourtant, je n’ai pas pensé à N.I.N. quand je l’ai composée ; mais il est vrai que pas mal de monde me l’ont fait remarquer…. »

Anna apprécie beaucoup David Eugene Edwards. Mais préfère-t-elle feu 16th Horsepower ou Wovenhand ? « Pour moi cette question est difficile. Il est clair que Wovenhand est encore en pleine évolution. Ce n’est pas un produit fini comme 16th Horsepower. En plus, chez Wovenhand, la métamorphose est toujours en cours. Entre le premier disque et le dernier, il y a une fameuse différence. J’ai eu le bonheur d’écouter le nouvel album de Wovenhand que quelqu’un du label m’a filé secrètement ; et manifestement il y a une progression marquante vers l’univers du rock, alors qu’à l’origine, la musique baignait plutôt dans le folk… »

Lorsqu’elle se produit en concert, Anna souhaite que le public devienne témoin de son set, qu’il y ait un partage entre elle et cet auditoire. « Effectivement, car je ressens sa présence. C’est très important. Il constitue un énorme corps dans la salle. C’est de la force. Et c’est cette puissance qu’elle incarne, qui est très importante pour moi. Je m’appuie dessus et c’est réciproque, je crois… »

Heather Nova

Une étoile qui brille... en toute discrétion

Vous connaissez peut-être Heather Nova. Originaire des Bermudes, cette chanteuse a connu un succès 'mainstream' dans les années '90, grâce à des hits comme "Walk This World" ou "Island". Au cours de sa carrière, elle n'a jamais cédé aux sirènes du 'star system', privilégiant la vie de famille, et en particulier son mari et son petit garçon. Aujourd'hui, après avoir publié 8 albums studio, elle jouit néanmoins d'un véritable culte, que lui vouent un contingent de fans en constante croissance. Actuellement en tournée en Europe, elle nous a accordé une interview à Louvain, peu de temps avant son concert au 'Depot'.

"J'ai été influencée par les 'songwriters' en général. Par quiconque écrit des chansons en puisant dans ses propres expériences, avec son coeur". On le voit : Heather Nova ne s'inscrit pas dans une perspective 'hype' ou 'médias'. C'est une chanteuse dans la grande tradition anglo-saxonne, celle de, par exemple, Joni Mitchell. "Oui, j'ai été influencée par elle quand j'étais jeune". Ou aussi Leonard Cohen, auquel elle porte une sincère admiration. "J'aimais aussi Patti Smith... Et Suzanne Vega! D'ailleurs, j'ai failli voir Suzanne à Hambourg récemment. Je lui ai envoyé des tweets mais comme on jouait au même moment, on n'a pas réussi à se rencontrer..."

Lors de cette tournée, Heather Nova propose des versions acoustiques de chansons issues de l'éventail complet de ses productions. "On crée une atmosphère assez intimiste, avec juste Arnulf Lindner et moi sur scène. Nous utilisons des instruments acoustiques mais nous nous servons également de quelques effets électroniques ; et puis nous changeons d'instruments et de sons régulièrement, pour varier un peu les ambiances."

L'élément visuel est également important notamment par le biais de la projection d'animations basées sur les peintures de l'artiste italien Alberto Di Fabio. "C'est un personnage que je connais depuis que j'étais étudiante à Rome. Il propose des tableaux inspirés par la microbiologie, les cellules, les neurones et l'ADN. Je me suis toujours sentie très proche de lui car nous sommes tous deux concernés par la nature, mais de façon différente." Une combinaison artistique qui fonctionne en effet à la perfection en ‘live’.

C'est une longue histoire entre Heather Nova et la Belgique. L'artiste y a accordé plus d'une trentaine de concerts au total. "Je me souviens particulièrement du festival 'Marktrock' à Louvain, sur la place. La vue quand on est sur le podium y est impressionnante !" Les tournées ne se limitent d'ailleurs pas aux grandes villes : elle aime visiter celles de province, comme Borgerhout, Heist-Op-Den-Berg, Beveren, etc.

Mais Heather Nova s'interdit néanmoins des périples mondiaux interminables. "Je me concentre sur l'Europe, et ce, depuis que mon fils est né, il y a dix ans maintenant. Je veux pouvoir passer plus de temps chez moi, à la maison. Et il m’accompagne sur la route, car j'estime que ces voyages sont une merveilleuse forme d’éducation. Les Bermudes, c'est très beau mais il n'y a pas de musées, pas beaucoup de culture. Donc, chaque fois que nous partons en tournée en Europe, nous prenons le temps de découvrir, et c'est très chouette!"

La naissance de son fils a tout naturellement causé un impact important sur la vie et sur l'inspiration artistique de Heather Nova. "C'est un changement complet de perspective. Tout devient plus important, plus poignant. On doit penser au-delà de sa propre vie, se projeter dans le futur. On se sent plus concerné par les questions du réchauffement climatique, toutes ces choses-là." Un sujet d'autant plus crucial pour les habitants d'un archipel! "En effet! Nous habitons juste au-dessus du niveau de la mer! Donc, on essaie de faire des petites choses, à notre échelle. Par exemple, notre maison n'est alimentée que par de l'énergie solaire."

L'artiste a d'ailleurs consacré un titre au problème du changement climatique: ‘Save A Little Piece of Tomorrow’, sur son dernier opus. "En général, je n'aime pas traiter de thèmes cruciaux dans mes chansons, parce qu’ils deviennent vite du prêchi-prêcha ou de la politique ; mais ici, j'ai abordé le sujet d'un point de vue émotionnel. Je pensais à mon petit garçon, qui grandit dans cet endroit idyllique et un jour, nous revenons et la maison est sous l'eau... C'est une image très forte."

Parlons d'ailleurs de ce dernier elpee, ‘300 Days At Sea’, paru en 2011. Orienté beaucoup plus pop/rock que les deux précédents, il a permis à l'artiste de retourner au son qui était le sien dans les années '90. "Je voulais revenir à ce sentiment que j'avais, au niveau de la production, quand j'ai réalisé 'Oyster' et 'Siren'. Et j'ai d'ailleurs utilisé une partie de l'équipe de l'époque pour opérer les nouveaux enregistrements. C'est donc une production 100% pop-rock." On se demande si ce retour aux origines n'est pas une manière de montrer que la boucle est bouclée ; mais Nova s'inscrit en faux: "Oh non! Je continue! Ce n'était qu'un cercle. Et j’en entame un nouveau maintenant!" Et il sera comment, ce prochain cercle? "Je ne sais pas encore. J'ai écrit beaucoup de morceaux, mais je n'ai pas encore fixé de choix concernant l'approche, la production. Mais ce sera quelque chose de différent, cette fois..."

Pour regarder l'interview complète en vidéo, c’est ici  

 

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