« Protocol », c’est le titre du premier elpee de Territory, une formation hexagonale dont le style oscille du shoegaze mélancolique au post punk et qui puise, notamment, ses influences chez Red House Painters, Kim Gordon, Gang Of Four, The Stone Roses,…

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En octobre 2015, soit plus de 40 ans après la formation d’Alice Cooper, le propriétaire de magasin de disques et super fan Chris Penn a convaincu le line-up original du band de se réunir pour une performance très spéciale à Good Records, son magasin de…

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Machine Head

Il n’est pas rare que la démo soit meilleure que la version finale…

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2017 arrive presque à son terme que l’année suivante se profile déjà. Et elle sera importante. Mais également intéressante. Métalliquement parlant. Et pour cause, Machine Head s’apprête, le 26 janvier prochain, à publier son neuvième opus studio, « Catharsis ». A quoi dès lors s’attendre ? Que nous a réservé la bande à Robb Flynn ? Afin de tenter d’y voir plus clair, rien de tel que de s’informer auprès du Général en personne. Comme d’habitude, ce fort en gueule ne va pas mettre de filtre.

En tournée dans toute l’Europe, afin de tailler le bout de gras auprès de la presse, Robb Flynn a largué ses amarres en Belgique, le temps d’une journée, dans une chambre du prestigieux hôtel bruxellois Radisson Blu. Son homme de confiance m’ouvre la porte et m’invite à m’asseoir. Robb apparaît dans la pièce, prend place dans un canapé à mes côtés, et entame un copieux hamburger posé devant lui. ‘Ne t’inquiète pas, je mange vite’ me confie-t-il en continuant à fixer son pain double étage. Il finit par déposer son plateau à l’arrière de la chambre et se frotte la bouche d’un revers de la main. L’entrevue peut commencer.

Les premiers mots que tu prononces sur ce nouvel elpee, ‘Fuck the World’, reflètent-ils l’état d’esprit dans lequel tu étais plongé lorsque « Catharsis » a été composé ?

Robb Flynn : (il rigole) Je ne sais pas s’ils reflètent l’état d’esprit dans lequel j’étais tout au long des sessions d’enregistrement, mais bien lors du morceau d’ouverture ! Cette chanson a été en effet écrite et enregistrée le jour de ces atrocités commises à Charlottesville (NDR : le samedi 12 août), cette fameuse date marquée par ces fêlés de la suprématie blanche. Je me souviens… je me suis senti vraiment bizarre en regardant les événements relatés à la TV. C’était juste dingue : voir cette voiture débouler dans la foule et tuer cette fille… Horrible ! Je pense que j’ai écrit ce morceau dans les vingt minutes qui ont suivi le drame. Il s’agit donc là d’une interprétation très brutale et à chaud de mon ressenti par rapport à ce qui s’est produit. Tout ce que j’ai pu y éprouver s’y retrouve.

Le titre de l’album m’interpelle : doit-on y voir ta propre catharsis via ce nouvel LP ou une forme de catharsis offerte à celles et ceux qui vous écouteront ?

Je pense qu’il s’agit un peu des deux… En ce qui me concerne, cet album –mais la musique en général– est très cathartique pour moi. J’avais seize ans quand j’ai commencé à assister aux concerts de Thrash Metal… Je me souviens encore de ce jour où j’ai vu Metallica en ouverture de Raven, devant 250 personnes. C’était mon moment Beatles à moi ! A partir de ce jour-là, j’ai empoigné une guitare et j’ai tout de suite pris conscience que la musique pouvait revêtir ce pouvoir cathartique. C’est ce que j’évoque notamment au cours d’un des morceaux : ‘la seule chose qui me maintienne sain d’esprit / la musique dans mes veines /et si ces mots sont mes poings / peux-tu ressentir ma catharsis ?’ En prenant un peu de recul, je pense qu’il s’agit vraiment d’un album très éclectique : il est d’un côté très sérieux par son approche critique, humaine et politique de la société. Mais d’un autre côté, c’est aussi un appel à la fête. ‘Fuck the World !’ On y passe souvent de la dépression à la joie, en retrouvant tout un panel d’émotions entre les deux. La catharsis est un nettoyage, elle permet de faire table rase de beaucoup de choses. C’est exactement ce qui se produit dans cet album.

C’est également votre opus le plus long : quinze morceaux pour un peu plus d’une heure et quart !

En effet ! Quinze morceaux, c’est quasi le Seigneur des Anneaux (il rigole) ! Pas mal de monde m’a demandé pourquoi je m’entêtais à réaliser des disques aussi longs alors qu’aujourd’hui, on était davantage dans l’ère du single… ?  C’est vrai, il n’y a peut-être que trois morceaux qui en ressortiront vraiment et la plupart des gens ignoreront probablement le reste. Et tu sais quoi ? Ce n’est absolument pas un problème et c’est ainsi ! Je ne vais de toute façon pas changer la façon dont les gens consomment aujourd’hui la musique… C’est notre neuvième LP, j’ai cinquante balais et je le fais comme je le sens. D’ailleurs, je le considère un peu comme un film : une collection de quinze morceaux interconnectés entre eux, qui deviennent une œuvre d’art quand tu prends la peine de l’appréhender dans sa globalité. Tu préfères n’écouter qu’une partie ? Comme tu le sens ! Mais si tu veux gratter un peu plus, comprendre le contenu plus en détail, écoute alors l’ensemble et tu verras…

J’ai aussi l’impression que plus les années passent, moins tu te soucies de ce qu’on peut penser de ton groupe et/ou de toi. Un constat qu’on retrouve dans ce choix audacieux pour votre prochaine tournée, réservant uniquement des dates ‘an evening with…’ Peux-tu nous éclairer un peu plus à ce sujet ?

L’idée remonte à 2012, une année au cours de laquelle on s’est produit dans presque tous les festivals de la terre (il rigole). Et… ça m’a vraiment fait chier. Je n’ai pas du tout aimé. Absolument aucune connexion entre le groupe et l’auditoire. Une vraie perte de temps. Ce n’était ni productif, ni bénéfique, autant pour nous que pour nos fans. On s’est mis alors autour d’une table, on en a discuté et on en a conclu qu’on fonctionnait ainsi depuis vingt-cinq ans, mais que ce n’était pas pour autant la panacée. A-t-on vendu plus de disques ? Non ! A-t-on touché davantage de monde ? Non, au contraire, on était de moins en moins en contact avec notre public ! On a donc pris une décision, celle de mettre un terme aux festivals et de laisser la place aux ‘evening with’ où on jouera entre 2h30 et 3h par soir. Point ! Je suis conscient que cette résolution peut paraître un peu insensée à premier abord, parce qu’on rencontre un certain succès… mais c’est comme ça ! Et oui, on gagnera en effet moins d’argent, parce que les festivals paient les plus gros cachets. Mais tu sais quoi ? Ces ‘evenings with’ sont vraiment plus gratifiantes car on y ressent un lien super fort avec notre audience. Et puis, c’est aussi une manière de remotiver nos fans ! Vous voulez assister à un set de Machine Head ? Rien ne sert de vous rendre dans tel ou tel festival où on ne jouera quand même que quarante-cinq minutes. Mais venez par contre nous voir en salle et vous ne serez pas déçu·e·s ! C’est un peu comme Bruce Springsteen, il n’y pas tout le temps cinq groupes qui ouvrent pour lui. C’est Bruce Springsteen, point ! Comme pour AC/DC ou les Foo Fighters ! Il existe une ancienne tradition dans l’univers du métal qui consiste à proposer des packages de groupes par tournée ou encore des affiches sur lesquelles figurent des dizaines de formations… C’est peut-être bien pour certains bands, mais plus pour nous.

Mais ces premières parties, n’est-ce pas une opportunité accordée à de plus petits combos de se faire connaître ?

(il sourit en coin) … allez, soyons honnêtes, la foule ne se déplace jamais pour les petits groupes, mais bien pour les têtes d’affiche ! Et tu sais, je n’ai rien contre les promoteurs de festival… c’est juste que pour nous, ce système ne fonctionne plus. Mais je pense qu’il demeure, par contre, très intéressant pour de plus petites formations, où elles gagnent là à être connues.

Lors d’une précédente interview accordée au magazine anglais Metal Hammer, en novembre 2014, le journaliste affirmait que Machine Head était finalement et uniquement le groupe de Robb Flynn. Partages-tu son point de vue ?

(il sourit et s’enfonce dans son fauteuil)… je sais que ma réponse peut paraître arrogante, mais oui, c’est le cas. C’est mon groupe. J’ai trouvé le nom. J’en ai dessiné le logo et je suis le seul qui fasse partie du line up originel… Donc, ouais, c’est le mien ! Et je n’ai pas honte d’en être fier ! Il y a vingt-cinq ans que je me casse aussi le cul pour ça. Mais bon… Dave (NDR : McClain, le batteur) milite au sein du line up depuis maintenant 22 ans. Phil (NDR : Demmel, le guitariste), depuis 14 ans. Il y a un bail que ces gars et moi jouons de la musique… et c’est très important pour nous de former un véritable collectif, dans le sens où on bosse tous ensemble. Tu sais, Machine Head, c’est un peu comme une bagnole : je l’ai achetée moi-même mais on a mis ensemble de nouveaux pneus et on a refait la peinture. Mais au final, c’est vrai qu’il n’y a qu’un volant et que je suis le gars qui est derrière.

En 2007, Machine Head publiait « The Blackening » et rencontre alors son plus gros succès à ce jour. Penses-tu avoir atteint ton ‘golden age’, il y a maintenant dix ans ?

Je ne pense pas avoir atteint un quelconque ‘golden age’, du moins je ne pense pas en ces termes là… C’est sûr que grâce à ce disque, on a vécu des moments de dingue. C’était un peu comme sur des montages russes, notre parcours partait dans tous les sens et à une vitesse folle. Mais je reste quelqu’un de frustré, j’ai et j’aurai toujours quelque chose à dire. Je veux donc toujours aller plus loin. D’autant plus que dans l’univers du Metal, je ne me sens pas toujours respecté. Et je voudrais changer la donne ! On n’est jamais nominé pour des ‘Grammy Awards’, par exemple ! Aucune section n’est consacrée au Metal ! On est à des années lumières de recevoir une invitation pour ce genre de cérémonie. Et pourquoi ? On écrit pourtant des chansons. On joue sur nos propres instruments. On n’arrête pas de se produire en concert. Etc. Notre style musical est moins bien que les autres ? Je pense que comme musicien qui pratique du Metal, il est nécessaire de changer son fusil d’épaule et tout faire pour toucher davantage de monde, en intéresser de plus en plus et ne pas sans cesse rester cachés dans l’underground.

… tu n’appartiens donc pas à cette catégorie d’artistes qui voient le streaming musical d’un mauvais œil ?

Alors là pas du tout, j’adore ça ! Le streaming a changé ma façon d’écouter et d’apprécier la musique ! Je passe ma vie à parcourir le monde, je ne vais quand même pas sans cesse me balader avec une valise pleine de cd ! Même mon ordinateur portable n’a plus d’entrée pour les cd, c’est dire… Tout est à présent dans mon téléphone et je dois avouer que je suis devenu un accro à Spotify. Toute l’histoire de la musique est ainsi à portée de main. Tu aimes les Misfits ? Tape le nom du groupe et tu tomberas sur 20 singles différents, des faces B, des morceaux rares, des titres live, etc. Putain, mais c’est génial quand même ! Je n’ai plus aucune utilité de me rendre au disquaire du coin, qui n’aura de toute façon pas ce que je cherche… Grâce au streaming, tu peux aussi voir ce que les gens aiment actuellement, les morceaux les plus écoutés, etc. Il faut s’y faire : on est devenu une société à la demande. Tu en connais encore beaucoup toi des gars qui vont louer des DVD ? (rires).

Revenons à votre nouvel album : lors du processus d’écriture, penses-tu déjà à l’impact que pourrait provoquer un morceau lors de son interprétation en live ? Je pense notamment à « Kaleidoscope », qui semble être taillé pour la scène !

... bonne question. Je n’en ai vraiment aucune idée. Tu sais j’écris et j’enregistre les chansons comme elles me viennent et je ne pense pas vraiment à sa transposition sur les planches. Mais c’est marrant que tu évoques ce titre car la façon dont on l’a enregistré, et tout l’album d’ailleurs, était vraiment neuf pour nous. Comme d’habitude, on a répété près du studio d’enregistrement, là où on avait notamment mis en boîte « The Blackening ». Mais dès qu’on disposait de trois pistes, on filait au studio, on les enregistrait en une prise ou deux et puis on ressortait tout aussi vite. Pas question pour la circonstance de rester enfermés des semaines entières afin d’arranger telle ou telle partie de chanson pour qu’elle sonne idéalement. En se servant de ce système, on avait à peine joué les riffs quelques fois qu’ils étaient déjà dans la boite ! Ce qui insuffle aux compos une incroyable énergie. On ne les a pas répétés cent fois avant, on fonce et on y va ! Tu sais, particulièrement dans le Metal, il n’est pas rare –voire même fréquent– que la démo soit meilleure que la version finale, car elle conserve précisément cette énergie et cette spontanéité ! Et justement, pour « Kaleidoscope », c’était la toute première fois qu’on l’interprétait en entier, notamment au niveau des paroles. Je tenais ma feuille sur laquelle figurait les lyrics en main pendant que je les chantais et c’était à peine si je savais suivre ! Et rien à faire, ce côté spontané, on le ressent ! On a essayé ensuite de la réenregistrer mais les prises suivantes n’ont rien donné du tout. On perdait alors cette tension où tout pouvait déraper. Après… c’est toujours facile de tout lisser en se servant de logiciels tels que Cubase ou ProTools. J’adore pourtant ces logiciels, mais la perfection n’entre pas dans l’esprit du Metal. On a donc ici expressément voulu laisser quelques imperfections sur cet album.

… et puis,  le Metal n’a de toute façon jamais été quelque chose de parfait !

Tout à fait ! Et justement, c’est ce qui est génial : c’est un beau bordel. Mais il n’empêche pas notre nouvel essai de bénéficier d’une grosse production. On voulait qu’il soit imposant et épique. Et aussi cinématique ! C’est un film !

Peux-tu finalement réserver quelques mots l’artwork de Catharsis ?

Une fois qu’on est tous tombé d’accord sur le nom de l’album, on a imaginé différentes manières pour l’illustrer. Il s’agit d’un concept qui n’est pas si évident à mettre en images… Après quelques recherches sur Internet, j’ai découvert une photo représentant un corps recroquevillé en sang et entouré de roses. L’idée me semblait simplement géniale ! Je l’ai donc transmise aux autres membres du band. Ils ont tout de suite aimé ! J’ai demandé au gars qui avait réalisé cette photo, s’il pouvait nous en recréer une dans le même style. Mais… il m’a répondu que si je l’aimais, je pouvais la prendre et m’en servir ! On a donc ensuite réalisé avec lui un shooting dans le même esprit, afin de compléter l’artwork. On a envoyé le tout à Nuclear Blast et les responsables du label nous ont informé qu’ils allaient imprimer un livret de 24 pages ! Ce booklet me tient à cœur. Quand on l’ouvre, on ne tombe pas simplement sur les paroles. Ce n’était d’ailleurs pas mon souhait. Je veux qu’elles soient immergées dans notre monde et qu’on la fasse voyager !

Interview réalisée le 25 octobre à Bruxelles.

Merci à Jaap (Nuclear Blast) !

RIVE

Complices dans la musique comme dans la vie…

Écrit par

Treize années déjà que le Centre culturel de Soignies organise son ‘Août en éclat’. Gratuit et pluridisciplinaire, ce sympathique festival se déroule dans le centre historique de la ville.
Un évènement qui fédère à lui seul une vingtaine de spectacles. Outre ceux consacrés à la musique, il accueille un village des enfants, un marché du monde et des saveurs ainsi que des animations de rue.
Votre serviteur se dirige tout droit vers les loges de Rive, binôme électro pop sexué, découvert en novembre 2016 à Frasnes-lez-Anvaing dans les locaux de la Cense de Rigaux, un ancien corps de ferme gracieusement réhabilité, avec goût et raffinement…
Un véritable coup de cœur !
Formé en 2015, le tandem s’est rapidement illustré en décrochant des prix au dernier Franc’Off de Spa ainsi qu’au Bota, dans le cadre du concours ‘Du F. dans le texte’…
Plutôt populaire dans le plat pays, le tandem vient tout juste d’achever une prestation dans le cadre du festival ‘Les Solidarités’, à Namur… Il reste très en verve malgré une fatigue légitime…

Vous avez l’un et l’autre évolué au sein de projets plutôt rock. On pense notamment à ‘Juke Boxes et Arthur’. Aujourd’hui, vous formez un binôme éléctro pop en proposant des textes dans la langue de Molière. C’est un sacré changement, non ?

J. : Notre projet a pris forme, fin 2015. Nous écoutions pas mal d’électro auparavant comme celle proposée par Moderat ou Breton. Virer vers ce style musical s’est opéré assez naturellement. Quant aux textes, ils sont dans notre langue maternelle, parce qu’elle est agréable autant à parler qu’à écouter. Elle offre une palette de nuances tant dans le sens, que dans l’interprétation. Je pense que c’était un bon choix. Nous n’en retirons que du positif !

Si cet idiome permet d’insuffler davantage de subtilités dans le texte et le chant, il est plus difficilement exportable que l’anglais… Est-ce une manière de privilégier l’artistique au détriment du marketing ?

J. : Je partage ton avis ! Le français permet effectivement de faire passer davantage de subtilités. Chanter dans la langue de Voltaire nous a probablement ouvert plus d’opportunités. Nous avons ainsi joué en Suisse. Les gens ont accroché assez vite au concept. C’est très agréable. Je suis à chaque fois surprise d’un tel engouement ! Nous devrions décrocher quelques dates au Québec. En France également. Il n’y a aucune préméditation de notre part. Nous avons mené à bras le corps ce projet, sans penser une seule seconde à l’aspect stratégique ou marketing. Ne perdons pas de vue que le français s’exporte aussi. Tu sais, nous ne sommes pas les seuls à avoir fait ce choix. J’ai même l’impression que, depuis quelque temps, une nouvelle scène francophone prend progressivement forme. La Femme, en est un bel exemple. Je suppose que la formation parvient à tourner dans des pays non francophones…
K. : Personnellement, je m’en fous complètement. J’ai la chance de pouvoir faire de la musique que j’aime. Le reste n’a pas d’importance…

Lorsqu’on choisit de chanter en français, il est souvent aussi difficile de trouver un compromis dans la manière de poser les sons, la musicalité et les textes. Or, à l’écoute de votre Ep, l’équilibre est atteint. La patte de Rémy Lebbos ? Comment cette collaboration est-elle née ?

J. : Nous avons coopéré sur d’autres projets auparavant. Nous avions apprécié sa vision du travail. Nous lui avons apporté nos arrangements et lui est parvenu à magnifier le tout intelligemment. Que demander de plus ? Il est très précis et rigoureux dans son approche. Il comprend très vite le niveau d’exigence des artistes. C’est aussi un personnage haut en couleur, humainement. Nous sommes vraiment satisfaits du produit fini. Et pourquoi pas une nouvelle collaboration dans le futur ?

Il y a quelques années, Kévin, tu t’es rendu en Angleterre pour y monter un projet. On ressent dans la musicalité de Rive des relents anglo-saxons. Est-ce que ce voyage a façonné la façon dont tu conçois la musique ? Cette filiation s’est-elle dessinée naturellement ?

K : J’ai découvert la chanson française pratiquement à la naissance de Rive. J’en écoutais très peu. J’ai baigné dans la culture anglo-saxonne grâce à cette sonorité particulière et l’émotion qu’elle véhicule à travers l’instrumentation. Si tu écoutes attentivement nos compositions, tu te rendras compte de la dualité permanente entre la puissance de l’électro et la douceur des mélodies. Les textes ont du sens et recèlent ci et là quelques jolies métaphores. Juliette a énormément de talent !
J. : Les textes poétiques et ouverts étaient notre leitmotiv. J’ai par contre remarqué qu’ils pouvaient connaître parfois un double sens, ce qui n’était absolument pas prémédité. Par exemple, « Nuit » parle de toutes celles qui ont mené des combats féministes dans les années 70 afin de se réapproprier la sphère publique. Pour moi, le message est très clair. J’en ai parlé il n’y a pas très longtemps dans une interview. Des amis l’ont écoutée et m’ont avoué n’en avoir pas saisi le message. Mais, tant mieux ! Au final, chacun crée sa propre histoire.

Les événements se sont précipités pour vous. Rive est né en 2015. Vous remportez douze prix au dernier Concours ‘Du F. dans le texte’ en mars 2016. Un premier Ep est salué par la critique. Est-il plus stimulant d’avancer dans un projet en réalisant des objectifs à court terme ?

K. : Participer à ce concours a été le détonateur de notre carrière. Nous venions de réaliser un titre en studio. Nous l’avons envoyé et avons été sélectionné à notre grande surprise. Même si nous en rêvions, nous ne nous y attendions pas. Nous nous sommes retrouvés au pied du mur en quelque sorte. Nous n’avions d’autres choix que d’avancer. Et pour y parvenir, il fallait bosser dur. Les efforts ont payé ! Nous avons gagné les demi-finales et ensuite la finale. Nous avons raflé douze prix au total, ce qui n’est pas mal quand même. Nous étions assez fiers de nous. Ce succès inespéré nous a encouragés à poursuivre encore et toujours dans cette voie. Ce concours nous a permis aussi de rencontrer du beau monde avec lequel nous travaillons et de te parler, par exemple, aujourd’hui. Cette aventure est merveilleuse…
J. : Aujourd’hui, la dynamique de travail que nous nous sommes fixée nous permet d’anticiper. Nos échéances restent sur le court et le moyen terme. Pas le long terme, car le monde de la musique est tellement instable qu’il est difficile de s’y projeter dans le futur. On essaie d’avoir un maximum d’actualités aussi. Ce qui nous permet au moins de rester positif par rapport à ce que l’on fait et de continuer à travailler le plus fidèlement possible !

Vous venez de m’expliquer que participer à un concours, comme celui ‘Du F. dans le texte’, sous-entend un investissement personnel important : l’enregistrement d’une démo, tenir vingt minutes devant un jury d’experts et trente pour la finale. Aviez-vous une ligne de conduite tracée en terme de dynamique ?

J. : Pour être franc avec toi, nous n’avions que peu de dynamique de travail. On s’intéressait aux sorties d’albums et aux concerts. Nous avons connu des hauts et des bas. C’est le propre de tous les musiciens, je crois. Ce qui est chouette dans ce projet, c’est que nous n’avons pas eu de temps mort jusqu’à présent. A vrai dire, nous avons toujours vécu dans l’urgence. Produire un set de vingt minutes, de vingt-cinq ensuite, de trente et enfin de quarante-cinq. Ici, on sait qu’on doit tenir au-delà d’une heure. Ce n’est pas évident. Il n’y a pas vraiment de latence. Il y a toujours du travail et du coup, on garde toute l’énergie nécessaire… 

Le contraste est étonnant. Juliette incarne le côté ouaté de la formation par la douceur dans le grain de voix, une ligne mélodique sulfureuse et une pointe de mélancolie. Et Kévin, ton drumming est plutôt tribal. Sur scène, la magie opère. Comment vous définiriez-vous l’un par rapport à l’autre ? Complices ou complémentaires ?

J. : Pour moi, il y a les deux sans aucun doute !
K. : Je pense qu’effectivement, il existe de la complicité et de la complémentarité. Ca ne fait aucun doute. Rive est un projet commun ! On compose ensemble, on s’occupe des arrangements, des mélodies, etc. Nous avons chacun un rôle à jouer sans la moindre rivalité. Juliette et moi avons vécu nos chansons en amont au moment de leur confection dans notre home studio. Tu nous as déjà vus en concert, tu as donc remarqué que c’est sur scène qu’elles s’expriment véritablement. Ma batterie me procure un côté instinctif, voire animalier. Lorsque je suis face au public, je vis pleinement les compositions. J’ai parfois l’occasion de voir mes prestations en replay, je le conçois, j’exécute de drôles de gestes. Et alors ? Ca me fait plutôt rire ! Je te rassure, dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de très calme et posé…
J. : Nous sommes assez complices dans la musique, mais aussi dans la vie. Il y a plus de dix que l’on se connaît. Ici, on vit en colocation, c’est pour te dire… On se voit donc tous les jours. Ca aide ! C’est même plutôt une chance. Nous sommes assez complémentaires aussi. Je m’attache aux mélodies, aux paroles et à l’aspect des chansons. Kévin, lui, se consacre davantage aux arrangements. Il n’y a aucune compétition entre nous. Les tâches sont bien réparties. C’est très agréable de travailler de cette manière…

A votre avis, la mouvance electro pop/dream pop dresse t-elle un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité ou alors doit-elle être perçue comme un fossoyeur du rock’n’roll ?

K. : Je ne pense pas qu’il faille voir les choses sous cet angle. C’est l’époque qui veut ça. Aujourd’hui, il y a plus de techniques et de technologies qu’auparavant. Les musiciens aiment expérimenter. Certains de nos titres regorgent d’arrangements, d’autres moins. En tous cas, nous pouvons sans problème les adapter en piano/voix.
J. : Sur les planches, il y a une batterie, une guitare et un piano. Nous restons attachés aux instruments. Nous aimons en jouer, c’est sûr ! Je partage l’avis de Kévin, quand il affirme que tenter de nouvelles expériences peut devenir très vite agréable. A la maison, nous disposons de matériel assez minimaliste qui ne nous coûte pas très cher. Juste un ordinateur et une carte son. Ce qui nous apporte plus d’autonomie. On prend le temps de chercher et de composer à notre rythme. On reste assez libre…

« Vermillon » a été financé par la plateforme de crowdfunding ‘Kiss Kiss Bang Bang’. Est-ce que le financement participatif est devenu une formule inéluctable aujourd’hui ?

J. : Non, ce n’est pas un passage obligé. Chacun finance ses projets comme il le sent. Ce métier est difficile. Des moyens financiers importants sont exigés. Pour ma part, je crois qu’il faut vivre avec son époque. J’estime qu’il faut considérer cette démarche comme une prévente, nous assurant au moins d’écouler quelques albums.
K. : Se produire en duo rend forcément la part contributive de chacun plus importante. Lorsque tu milites au sein d’un quintet par exemple, ce sera de facto plus facile parce que l’investissement par tête de pipe sera moins important mathématiquement. D’où cette idée du crowdfunding.

Sur cette plateforme, le don maximal (850€ ou plus) donnait droit notamment à un concert privé chez le donateur. Avez-vous obtenu le succès escompté ? Dans l’affirmative, combien de concerts ont été accordés sous cette forme ?

J. : Nous n’avons pas eu cette chance (rire). Le projet était encore peu connu. Nous n’avons donc pas eu le succès escompté (rire).

A propos de l’artwork, que représente la symbolique du corps modelé ‘Renaissance’ et le bateau à la place de la tête ?

J. : Il faut appréhender ces éléments sous l’angle du contraste. Le corps de cette femme au buste corseté représente l’enfermement, tandis que le bateau, lui, tend vers l’imaginaire et le rêve. Tu as envie de crier ‘Allons à l’attaque, larguons les amarres’. Une jolie manière d’aborder la vie en quelque sorte…

Le clip de la chanson « Vogue » vous a propulsés auprès du grand public en cumulant plus de 115 000 vues sur Vimeo. Le clip réalisé par Julie Joseph évoque le même contraste que la chanson. Aviez-vous des idées bien définies sur le sujet ou lui avez-vous laissé carte blanche ?

K. :  Julie était notre colocataire. Nous avons vécu ensemble et sommes restés très proches. Nous avons vraiment démarré le projet ensemble. Nous à la musique et elle à la réalisation du clip. C’était une chouette collaboration !

Vous étiez déjà bookés dans certains festivals avant même la sortie de votre premier Ep. Au final, vu la crise que traverse l’industrie musicale, les concerts ne sont-ils pas plus un environnement et le disque un prétexte ?

K. : Les programmateurs avaient écouté les morceaux préalablement. Je pense que le disque est important en tant qu’objet. Nous y avons mis tout notre cœur. Il s’agit donc d’une carte de visite à ne pas négliger. Lorsque nous jouons en live, la dynamique est différente. Les gens qui ne te connaissent pas nécessairement viennent te voir et apprécient ou pas, l’univers musical dans lequel tu tentes de les porter. Je dirais que le disque et les concerts se complètent assez bien. Quitte à choisir, nous préférons quand même la scène…

Vous êtes d’origine française ! La Belgique est souvent perçue de l’extérieur comme un pays surréaliste à bien des égards. Comment percevez-vous cette assertion ?

K. : C’est drôle que tu poses cette question parce que nous en discutions justement tout à l’heure dans la voiture. La Belgique est un pays qui accueille énormément de festivals. Le public est réceptif et sympa en général. Il existe aussi pas mal d’échanges entre les groupes. Nous avons découvert de belles choses depuis que nous y sommes. Je trouve qu’on a beaucoup de chance de vivre et de jouer dans ce pays…

La mode est aux reprises iconoclastes. Il y a quelques minutes, sur scène, vous avez formidablement repris un titre de Léo Ferré. Là maintenant, si vous deviez tenter à nouveau le coup, quelle chanson choisiriez-vous ?

K. : En ce qui me concerne, j’aimerais reprendre un titre de Françoise Hardy. J’adore cette artiste. Juliette l’ose parfois et sa version lui va très bien.
J. : Avant de reprendre un morceau, il faut déterminer ce que l’on peut y apporter. Il faut pouvoir accomplir les tâches étape par étape, sans se précipiter. D’abord l’aimer et ensuite lui apporter une plus-value, sans quoi l’exercice risque d’être inutile…

FùGù Mango

Le travail de composition doit être rapide, sinon, ça ne fonctionne pas…

Écrit par

Souvenez-vous ! Jean-Yves et Vincent Lontie s’étaient d’abord illustrés au sein de Bikinians. Deux Eps, publiés respectivement en 2008 et 2009 leur procureront d’ailleurs une critique impressionnante dans les pages d’un célèbre magazine français, qui les compare alors à Oasis et Supergrass. Les deux frangins fondent alors Fùgù Mango en 2013. En compagnie d’Anne Hidalgo (basse, percus, synthés) et Frank Baya (drums). Ce dernier a été cependant récemment remplacé par Sam Gysen. Depuis, la formation s’est davantage orientée vers une musique qu’on pourrait qualifier de cocktail subtil entre pop, afro et électro…
C’est dans le cadre de la treizième édition du festival ‘Août en éclat’ que la fratrie est venue défendre l’étrange déclamation d’amour « Alien Love », un arc en ciel brut, riche en émotions. Un entretien qui va s’avérer particulièrement chaleureux et sympathique…

Vous avez fait appel à du beau monde pour collaborer à l’enregistrement de votre premier opus, comme Luuk Cox (Stromae, Girls in Hawaii, Roscoe) et Alex Gopher. Peut-on affirmer aujourd’hui que Fùgù se donne le moyen de ses ambitions ?

V : On a beaucoup tourné pendant trois ans afin d’expérimenter les morceaux. Nous voulions vraiment marquer le coup en réalisant ce premier album. Raison pour laquelle nous nous sommes entourés des collaborateurs les plus pointus dans le domaine. A commencer par Luuk Cox, compositeur, producteur, interprète et multi-instrumentiste hollandais. Il a joué chez Buscemi et a formé Shameboy, en 2004, un projet de musique électronique éclectique. Son expérience nous a été fort utile.
J-Y : Luuk a une bonne connaissance de la musique des vingt voire même des trente dernières années. On en a conclu, que c’était une bonne idée de travailler avec lui. Nous avons enregistré à l’ICP de Bruxelles. C’était une très chouette expérience. Ce studio regorge d’instruments en tout genre : guitares, synthés, percussions classiques et autres. Luuk a l’habitude d’y bosser. Il est donc un peu chez lui (rires). On y a passé douze jours au total. Ensuite, nous nous sommes rendus en Angleterre pour le mix. Là-bas, nous avons reçu le concours d’Ash Workman qui a notamment bossé pour Metronomy, mais également Christine & The Queens. Puis, enfin, le mastering a été opéré à Paris par Alex Gopher, musicien et réalisateur artistique français de musique électronique.
V : Alex ressentait bien la pulse dans laquelle nous souhaitions nous diriger, ce mix de musique acoustique et électronique. Luuk et lui avaient déjà travaillé ensemble auparavant.

« Alien Love » est un titre surprenant pour un elpee. Par quel hasard, l’avez-vous choisi ?

V : C’est également celui d’un morceau de notre album. Sans doute le plus surréaliste. Il raconte l’histoire d’un alien qui débarque sur terre afin de suivre des cours dans le domaine de l’amour et le sexe. Au départ, il s’agit d’un délire que nous partagions auprès d’Anne (NDR : Hidalgo)…
J-Y : On estimait que la compo reflétait parfaitement le climat du disque. Ce choix nous paraissait assez évident. Ce qui me plaît dans cette chanson, c’est le mélange des genres : il y a de l’électro, beaucoup de percussions, des nappes de synthé, des claviers et des guitares. Elle est assez complète dans la sonorité. En outre, les voix de Vince et d’Anne se complètent à merveille.

Lors d’une interview, vous avez déclaré que vous étiez fans des accidents musicaux. Le départ de votre batteur attitré (Frank Baya) vous a amené à utiliser des percussions électroniques et à programmer certaines mélodies sur des machines, ce qui réduit la flexibilité au profit de la rigueur. S’agit-il d’une remise en question ou tous simplement de maturité nouvellement acquise, dans le processus musical ?

V : C’est une excellente question ! Lorsque nous avons réalisé cet LP, nous nous sommes fortement remis en question. FM devait évoluer ! Pas mal de sons samplés sont davantage disponibles aujourd’hui sur le net, ce qui élargit grandement notre champ d’action. C’est un travail de recherche qui nous a quand même pris entre six mois et un an. Le temps nécessaire pour dénicher ce qui nous plaisait vraiment. Tu parlais de maturité. Oui, je confirme ! Il en faut dans la composition et dans la maîtrise de celle-ci. Lorsque tu bosses en production, face à un ordinateur, tu es dans le ressenti. Mais quand tu crées une chanson, tu dois puiser dans ton expérience pour définir des directions ou des grooves. Certains morceaux ont bénéficié du concours de batteries électroniques. L’ICP regorge de petits bijoux technologiques. Les fûts traditionnels n’ont pas été oubliés pour autant. Au final, le rendu procure un produit assez riche et complexe…

Ces machines apportent une coloration très 80’s. Et parfois, difficile de ne pas penser à Fleetwood Mac. Une filiation que vous revendiquez ?  

V : Oui, effectivement ! C’est ce que Luuk nous a avoué de suite, au studio ICP, lorsqu’il a entendu les maquettes. Il était très content que nous l’ayons choisi parce qu’il apprécie beaucoup notre univers. Comme je te l’ai déclaré tantôt, c’est quelqu’un de pointu dans le milieu. Il nous a permis de partager son vécu en nous communiquant de belles références d’albums, et notamment « Rumours ». Personnellement, « Tango In The Night » m’a particulièrement marquée ; les sonorités de cette chanson sont géniales. Il nous a aussi conseillé d’écouter « So » de Peter Gabriel. J’ai découvert une sphère musicale qui m’était jusque là inconnue…

Si je puis me permettre, n’était-ce pas justement le jeu de Frank qui incarnait l’âme de Fùgù Mango ?

V : Frank a apporté beaucoup au groupe, c’est vrai. Au départ, c’est moi qui ai mis en place le set up de drums. Mais lorsque je les crée, les patterns ne sont pas vraiment adaptés pour les batteurs. Raison pour laquelle celui qui assure la rythmique sur FM doit faire preuve d’une grande souplesse parce que l’exercice n’est pas des plus traditionnels. Les beats sont désarticulés, si tu veux. Néanmoins, notre projet reste très ouvert et ludique. Celui qui se démerde un peu sur cet instrument pourrait facilement donner sa touche personnelle. Je ne pense pas que le gars aurait énormément de difficultés. En session live, Sam Gysen, notre batteur, a su faire preuve de tact et d’intelligence afin de conserver ce fil rouge particulier et unique.

En parlant de Sam Gysen, qui a notamment bossé pour Arno et Arsenal, comment l’avez-vous rencontré ? Est-ce que la passation de flambeau s’est déroulée sans heurts ?

V : Nous avons gardé des contacts avec Frank Baya. On ne s’est pas brouillés ! Il remplace d’ailleurs Sam dans son groupe de musiciens africains. La rencontre n’a rien de spectaculaire puisque c’est par l’entremise de notre ingé son que nous l’avons croisé. Ils sont tous deux originaires de Gand. Et le contact a été immédiatement excellent. Il était emballé par le projet. Mais outre Fùgù, il en mène d’autres. C’est un résident régulier du ‘Charlatan’, un bar à Gand. Il y mixe plus d’une fois par mois. Il est particulièrement connu en Flandre. Il aime faire danser les gens en live !

Généralement, on décide d’aller voir un groupe sur scène, après avoir écouté son disque. Le vôtre déclenche un processus contraire. De quoi être persuadé que celles et ceux qui vont l’acheter ou l’ont déjà acheté, ont d’abord assisté à un de vos concerts…

V : L’album est un aperçu de ce qu’on est. Les live sont plus vivants et énergiques. Explosifs même ! En enregistrant « Alien love », notre premier objectif était de combiner la pop des eighties à une certaine modernité. Je crois que c’est plutôt réussi ! Nous sommes assez fiers du produit fini. Il est agréable à écouter et dégage une énergie hors du commun…

Le début d’une longue série alors ?

V : Nous nous sommes remis à composer. Notre optique est la même : essayer de transmettre cette énergie d’ensemble.

Mais cet opus est-il suffisamment taillé pour le live ?

V : Il a été d’abord pensé pour le studio. Nous avons composé et enregistré dans notre home studio. La principale difficulté a donc été de l’adapter à la scène…
J-Y : Auparavant, nous travaillions de manière différente. Au début, les idées émergeaient essentiellement de jams ou de morceaux rôdés en live. Pour cet album on a été davantage dans un travail de réflexion.

Une bonne musique naîtrait de la complicité entre ses musiciens. Vous confirmez ?

V : Jean-Yves et moi, nous sommes frères. Tu dois donc te douter que ce n’est pas facile tous les jours (rires). Je pense qu’il est important de créer, d’étonner les autres, de faire plaisir et d’animer, c’est la base d’une bonne dynamique de groupe. FM est très familial. On se connaît depuis pas mal de temps, ce qui rend le déroulement des opérations encore plus intenses. Tu sais, on n’a pas forcément besoin de se parler pour se comprendre. Il serait vraiment dommage que cette connexion nous échappe un jour. Mais, pour l’instant, on avance bien dans le processus de gestion du combo. On est parvenu à exploiter au maximum les qualités de chacun. On a ainsi évité de perdre du temps. Le travail de composition doit être rapide, sinon, ça ne fonctionne pas…

Vous avez commencé vos répétitions dans une cave sans fenêtres. Pour ce long playing, vous avez emménagé dans un studio à la campagne. Le single « Blue Sunrise » reflète justement cette sensation de liberté et d’évasion. Est-ce que ce nouvel environnement de travail a influé sur le développement créatif ?

V : Absolument ! On a beaucoup travaillé l’été, ce qui a rendu les conditions de travail, plus agréables. Je dirais que cet environnement a sans doute contribué à la couleur de notre disque, même si la partie studio était forcément plus confinée.
J-Y : Bénéficier d’une vue magnifique donne des ailes effectivement. Les idées deviennent tout de suite plus simples. Je crois que c’est important pour favoriser la créativité. Lorsque tu regardes par la fenêtre, tu contemples de grands espaces. Tu te sens libre. Ce qui est sympa dans ce genre d’endroit, c’est que tu peux prendre ta gratte et riffer tranquillement sur la terrasse quand tu veux. Tu rentres dans une sorte de bulle. Une transe qui peut durer plusieurs heures…

Vous avez repris « Golden Brown » des Stranglers, un standard musical qui permet sans doute de se faire connaître plus facilement en touchant un public plus large. Est-ce qu’il s’agit d’un ‘one shot’ ou peut-on imaginer un exercice du même style dans le futur ?

V : On a déjà repris un titre de Noir and Haze qui s’intitule « Around », dans le passé. Une chanson qui avait été d’ailleurs interprétée par Solomun. Cette question est une pure coïncidence parce que figure-toi que nous venons récemment de franchir un nouveau cap. En fait, on s’est attaqué à un standard du rock français, « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin. Mais oui, ces deux reprises, on les joue parfois en soirée et elles plaisent au plus grand nombre.
J-Y : La compo de Coutin est très psyché rock. On a vraiment voulu la redynamiser. A l’instar de « Golden Brown », qui n’a rien à voir avec la version originelle. C’est cet écart qui rend l’exercice périlleux. Mais, ces versions resteront toujours une belle expérience.
V : Oui, ce sont des compos d’une puissance inégalable. C’est comme si tu étais au volant d’une voiture confortable. Tu roules et tout va bien (rires). J’aime cette métaphore !

Vous baignez dans l’univers de la musique depuis plus de vingt ans maintenant. Cette longévité vous permet-elle de prétendre à une certaine crédibilité sur la scène belge ?

V : Je dirais plutôt que cette longévité a fédéré petit à petit une masse de gens autour du projet ! Cette notoriété ne s’est pas construite du jour au lendemain. Nos tournées s’étendent aujourd’hui au-delà de la Belgique. On a un label en France et on y accomplit des tournées. Mais pas que ! En Allemagne aussi. Parmi les autres pays étrangers dans lesquels nous avons eu la chance de se produire, je citerai la Croatie, l’Italie et la Slovénie. Ces périples sont nécessaire, si tu veux vendre ton produit. En Belgique, nous avons été beaucoup aidé par Paul-Henri Wauters, le programmateur des Nuits Botanique. Il nous a ouvert pas mal de portes. Mais, une réussite n’est possible que si le projet séduit les gens. Et c’est plutôt fâcheux, dans le cas contraire…

Quelques dates d’une tournée précédente ont été assurées en présence des sœurs BINTI (NDR : elles sont égyptiennes !). Ce qui a rendus vos compos plus douces et sucrées. Envisagez-vous de remettre le couvert prochainement ?

V : Oui, je te rejoins ! Je pense qu’une des filles est retournée en Egypte récemment. Nous avons encore des contacts avec elles. Nous les avons d’ailleurs revues lors d’une fête privée, il y a quelque temps. Non, pour être honnête, ce n’est pas au programme. A l’époque, elles devaient nous accompagner pour un seul show, au Bota. Les spectateurs ont accroché, on a donc décidé de réitérer l’exercice. C’était une expérience fabuleuse, mais il était compliqué d’assimiler tous ces nouveaux paramètres, sur les planches. On s’est rendu compte aussi que nous devions concéder tout un pan de notre dynamique ; mais, je persiste à dire qu’elles possèdent un talent inné. D’autre part, je pense que nous avons suffisamment d’objectifs à atteindre pour cette année. Le premier sera le visuel que nous souhaitons mettre sur pied, dans le cadre de notre spectacle prévu à l’Ancienne Belgique, en février prochain. Nous allons collaborer avec une boîte française. On va se relancer dans le DJing aussi. Mais dans un cadre plus ambitieux que nos tentatives précédentes. On souhaite communiquer davantage de sensations. Tout en conservant cet esprit festif…

 

Death Angel

Du Thrash qui a du cœur

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Le Trix d’Anvers accueille, au beau milieu du mois de novembre, trois grandes pointures du Thrash : Testament, Annihilator et Death Angel. L’occasion de revenir sur l’actualité de ces derniers. Ont-ils prévus quelque chose de neuf sous le sapin ? Quel regard portent-ils sur leur 9ème elpee studio, « The Evil Divide » ? Quelques réactions recueillies en backstage, peu avant le lancement des hostilités.

Après un trajet en voiture pour le moins chaotique –le mois de novembre nous réservant, en cette fin d’après-midi, tout l’éventail des joyeusetés météorologiques qu’il a en stock– votre serviteur débarque enfin dans la salle anversoise en accusant un quart d’heure de retard. Le temps de passer un coup de téléphone à la ‘tour manager’, afin de lui signaler ma présence sur les lieux, elle répond, un peu confuse, devoir d’abord régler un petit problème et qu’elle me rejoindra plus tard. S’il faut patienter, alors autant lier l’utile à l’agréable et jeter un œil aux mouvements qui se produisent dans la salle de concert. Quelques roadies sont au turbin. Ils préparent la stage pour le show de Testament, la tête d’affiche du jour. Une imposante silhouette observe ce qui se déroule sur le podium. C’est Chuck Billy, le chanteur de Testament. Fidèle à son surnom, ‘The Chief’, il vérifie que tout soit en ordre. Assister au soundcheck de ce band yankee, il y a pire comme situation, dans la vie. La ‘tour manager’ finit enfin par arriver. Ce ne sera finalement pas le guitariste Rob Cavestany qui répondra à mes questions –il est encore dans les bras de Morphée– mais bien son acolyte, Ted Aguilar. On s’adaptera, ‘keep it rockin!’

C’est aujourd’hui la troisième fois cette année que vous foulez le sol belge. Les fans du groupe qui y vivent, n’ont donc pas d’excuses à faire valoir s’ils n’ont pas eu l’occasion de vous voir en concert, au cours de l’année 2017 !

Ted Aguilar : (il rigole) oui, en effet ! Et c’est aussi la seconde date à Anvers. On y était déjà passé cet été, dans le cadre de l’‘Antwerp Fest’ (NDR : qui s’est déroulé le 9 juillet) ! Mais la dernière fois qu’on a mis les pieds ici au Trix, c’était lors du ‘Thrashfest’, en 2010. Suicidal Angels, Exodus et Kreator étaient également à l’affiche.

Votre dernier long playing en date, « The Evil Divide », est maintenant sorti depuis un peu plus d’un an. Quoi de neuf à l’horizon ?

Un an et demi pour être précis ! Concernant notre prochain LP, on en a en effet déjà discuté ensemble… On a bien quelques idées, mais encore rien de concret. On va sérieusement se remettre à l’ouvrage après les fêtes de fin d’année. Quoi qu’il en soit, c’est de toute façon prévu !

Comptez-vous composer des morceaux dans le style de ceux qui figurent sur votre précédent opus ?

Ah… c’est une question à laquelle il est toujours difficile de répondre… Quand on compose, on ne pense pas nécessairement à ce qu’on a fait auparavant. On souhaite simplement réaliser les meilleures chansons possibles. D’autant plus que quand on se met à écrire, on n’a jamais vraiment une vue d’ensemble au moment présent. Du moins, en ce qui me concerne. Ce n’est que lorsque le master est prêt, que je m’assieds, je l’écoute et peux enfin conclure : ‘Ah ouais, je vois enfin ce que ça donne maintenant…’ (il rigole). Je ne suis pas le compositeur principal, je possède donc encore moins cette vision globale. Il m’est donc quasi impossible de présager ce qu’on va produire… On va écrire et puis on verra bien !

Dan le processus d’écriture chez Death Angel, vous composez d’abord la musique ou les paroles ?

La musique ! Rob (NDR : Cavestany, le guitariste principal) est généralement le premier à composer, sur base de quelques-unes de ses idées ou un squelette du morceau qu’il a imaginé. On se voit ensuite, lui et moi. On en parle jusqu’au moment où on sent qu’on tient quelque chose de concret. On passe finalement à l’enregistrement et on envoie le tout à Mark (NDR : Oseguada, le chanteur de la formation). C’est à partir de cet instant que Mark commence à prendre son stylo et du papier et qu’il se lance dans l’écriture des lyrics… Il a toujours besoin de la musique au préalable. Il est incapable d’écrire sans support. Il doit ressentir les mélodies avant que les idées ne se mettent à germer.

Dans quel état d’esprit étiez-vous lorsque vous avez composé votre dernier long playing ?

C’est une bonne question ! Je pense qu’on souhaitait un résultat davantage Heavy et un peu plus mélodique. L’album précédent, « The Dream Calls for Blood » (NDR : paru en 2013), était vraiment très Thrash. On a bien sûr conservé cet aspect rentre-dedans au niveau de la rythmique, mais musicalement, la coloration est bien plus Heavy. Mais bon, on reste évidemment un groupe de Thrash. Mais quand tu écoutes une chanson comme « Father of Lies », surtout le début du morceau, tu ressens cette petite touche propre à Black Sabbath. Et de manière plus générale dans « Lost »… Tu sais, quand Rob a écrit ce titre, il pensait à l’ambiance si particulière qui règne en festival, quand tout le monde lève les bras et crie en même temps. Il voulait vraiment que ce morceau incite les festivaliers à chanter. Je pense que nous étions dans cet état d’esprit à ce moment-là : insuffler une ambiance de festival, tout en parsemant ça et là, la compo de quelques touches de Heavy.

Te souviens-tu du groupe ou du morceau qui t’a transmis le virus du Metal ?

(il prend le temps de réfléchir) Wow, ça remonte ! Je pense que c’était du Black Sabbath… mais la période au cours de laquelle Dio était au chant (NDR : à partir donc de 79). Je n’ai vraiment découvert les compositions impliquant Ozzy Osbourne que plus tard. Je pense que c’est à cette époque que j’ai flashé sur ce qu’était le son typiquement lourd du Metal. Je me souviens aussi de l’album « Mob Rules ». Sa pochette était vraiment terrifiante. En réfléchissant, c’est un des premiers skeuds de Metal que j’ai écouté…

Le 20 janvier prochain, vous vous produirez en compagnie d’autres bands pour une soirée caritative afin de venir en aide à Sean Killian, le vocaliste de Vio-Lence (NDR : atteint d’une cirrhose, récemment diagnostiquée, il est en attente d’une transplantation). Pour vous, la solidarité n’est pas un vain mot ?

En apprenant cette terrible nouvelle, quelques groupes de la Bay Area dont Exodus, Testament et évidemment le nôtre ont décidé d’organiser un show ensemble et d’y jouer, entre autres, quelques morceaux de Vio-Lence. Toutes les recettes de cette soirée seront destinées à Sean pour son traitement. On espère du peuple pour ce concert un peu particulier et que de généreux donateurs assistent au spectacle. Je pense aussi qu’entouré de tous ses amis issus de la Bay Area, ce soutien devrait lui apporter du réconfort. On va prendre du bon temps tous ensemble…

…et vous reproduirez ce même type d’action en fin d’année, à l’occasion de votre Xmas Show, les 15 et 16 décembre prochains, à San Francisco, afin de venir en aide aux victimes des incendies qui ont ravagé le nord de la Californie, en octobre dernier.

En effet, on a décidé de leur reverser une partie des revenus issus de la vente des tickets et du merchandising. On y vendra également quelques trucs sympas du groupe, dont notamment l’une ou l’autre guitare. On fera de notre mieux !

L’espace contigu de la backstage de Death Angel, environs 8m², commence à devenir un peu à l’étroit pour quatre personnes. En effet, au cours de l’interview, le batteur Will Caroll et le vocaliste Mark Oseguada nous ont rejoints dans la loge. Ce dernier, sort à peine de la douche et ne porte qu’un essuie de bains autour de la taille. Il est d’ailleurs occupé de se brosser les dents. Un cadre quelque peu surréaliste ! Il est temps que je quitte temporairement mes hôtes du jour, pour les retrouver une poignée de minutes plus tard, sur les planches…

Interview réalisée le dimanche 12 novembre, au Trix d’Anvers.

(Merci à Nuclear Blast d’avoir permis cette rencontre !)

Archive

Nous sommes un groupe de pop/rock… expérimental.

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Le Festival de Ronquières se singularise, depuis ses débuts, par une affiche aussi populaire qu’éclectique. Il y en a vraiment pour tous les goûts : du hip-hop au folk, en passant par le rap et le rock ! Sans oublier, pour être au goût du jour, des pointures de l’électro, comme PFR ou encore Kid Noize…
Après un passage remarqué en 2013, le collectif britannique Archive est venu lui aussi fouler les planches installées près du Plan Incliné, dans le cadre de cette sixième édition, pour défendre un long playing, sans doute moins accessible que les précédents, « The False Foundation ».
Plutôt expérimental, il divise un public pourtant habitué à ses évolutions musicales. Il emprunte aussi bien au rock qu'à la musique électronique et au trip hop ; mais au fil des opus, son style est devenu de plus en plus déroutant.
Initialement prévue vers 17 heures, l’interview est sans cesse reportée, le car véhiculant le combo ayant pris énormément de retard. C’est finalement vers minuit trente qu’elle va se dérouler en backstage, en compagnie d’une des chevilles ouvrières, Danny Griffiths (NDR : l’autre, c’est Darius Keeler), passablement exténué d’une journée riche en émotions.
Les cernes sous les yeux en disent long… Votre serviteur, pourtant persévérant, comprendra plus tard pourquoi son hôte est peu prolixe ! La vie d’artiste est parfois mise à rude épreuve !
Le musicien se livre bon gré mal gré au jeu des questions/réponses dans la langue de Shakespeare.

Ronquières est un festival très diversifié. Comment appréhendez-vous votre set face à un public qui n’est pas forcément venu pour Archive ?

Ce festival propose une affiche variée, c’est vrai ! Je suis tout à fait conscient qu’une frange de la foule ne s’est pas forcément déplacée pour Archive. Ce qui ne me pose aucun problème ! C’est justement cette démarche qui est intéressante. Des gens vont découvrir un univers musical qu’ils ne connaissent pas et se charger ainsi de nous procurer une certaine notoriété, par la même occasion. C’est l’effet domino !

L’électronique est très présente dans vos compositions. Une volonté de s’éloigner du rock ?

A vrai dire, je milite au sein du groupe depuis sa création. J’en connais donc toute l’histoire et son évolution. Comparer Archive à de la simple musique électronique serait un peu réducteur ! Au travers nos différents albums, nous avons tenté, avec plus ou moins de succès, de mêler l’électronique au rock en y ajoutant une touche d’orchestration. Aujourd’hui, notre souhait est de revenir à une base un peu plus électronique. Pour nous en donner les moyens, nous avons construit un studio analogique en Angleterre et utilisé du matériel ‘old school’, lors des sessions.

« The False Foundation », votre nouvel elpee, exige davantage de maturité en terme d’écoute que les précédents. Qu’en pensez-vous ?

On peut dire qu’à l’exception d’« Axiom » (2014), de « With Us Until You’re Dead » (2012) et « Restriction » (2015), nous avions l’habitude de proposer des disques un peu plus commerciaux. « The False Foundation » est sans doute un peu moins accessible, c’est vrai ! Il s’adresse à un public qui affiche une plus grande maturité musicale. Mais cette tendance s’est développée naturellement, à vrai dire. Nous sommes issus de l’underground et la créativité est un paramètre naturel chez nous.

Vos elpees sont tous différents. La prise de risques est-elle dans vos gènes ?

C’est véritablement dans la culture d’Archive. Ne jamais se reposer sur ses lauriers ! Créer, toujours et encore. Expérimenter d’autres sons et les tester lorsque nous entrons en studio. Si tu veux continuer à exister, il est nécessaire se dépasser constamment. C’est la recette de notre pérennité. Je pense sincèrement que nous n’aurions pas pu arriver à ce stade, sans une telle dynamique de travail.

Le groupe devient-il de plus en plus expérimental au fil du temps ?

On nous catalogue, effectivement, comme un band expérimental. Pourtant, dans notre répertoire figurent des chansons plus abordables. Au final, je dirais que nous sommes un groupe de pop/rock… expérimental.

Au fond, « Fuck U », résume un peu ton analyse ?

Oui, quelque part, ce titre incarne bien Archive ! Le message véhiculé est très fort.

Archive et les voix féminines, est-ce une grande histoire d’amour ?

Absolument ! En live, comme en studio, on privilégie ce type de collaboration. C’est un peu l’ADN de la formation. D’ailleurs, nous disposons de quelques titres en préparation dans lesquels nous pourrions y intégrer des voix féminines. Nous devons encore étudier cette opportunité.

Certaines de vos compositions sont plutôt longues. Deux morceaux de plus de 7’ figurent encore sur « The False Foundation ». On est loin du format radio. Pourquoi persister dans ce type de structure ?

Encore une fois, la démarche d’Archive est tout à fait naturelle. Nous ne cherchons pas à rentrer dans un cadre radiophonique à tout prix ! Notre travail recevra toujours un écho auprès de celles et ceux qui affectionnent notre macrocosme. Si tu aimes, tant mieux. Dans le cas contraire, passe ton chemin.

Vous avez joué en première partie de Muse, au Parc des Princes. Une forme de consécration ?

A l’époque de la tournée qui a suivi la sortie de « Lights », notre agent nous a proposé d’assurer le supporting act de Muse. Nous ne pouvions évidemment pas refuser une telle opportunité ! Le trio a découvert notre univers et l’a manifestement apprécié. Nous étions très contents. Cette date a enrichi notre carte de visite !

Vous vous êtes produits à Londres en avril et en juin. Pourquoi ne parvenez-vous pas à vous faire une place au soleil au Royaume-Uni, alors que c’est votre pays d’origine ?

Il assez difficile pour un groupe comme le nôtre de percer dans de grosses villes comme  Manchester, Liverpool ou encore Southampton. Et ce, pour des raisons plurielles ! D’abord, nos chansons bénéficient rarement d’une place de choix sur les ondes radiophoniques. La culture musicale est diamétralement différente en Belgique et en France. Ces pays sont nettement plus enclins à diffuser nos compos. Je les en remercie vivement d’ailleurs ! Je me rappelle tout de même avoir entendu certaines plages de notre dernier album sur ‘Radio 6 music’, qui appartient à la BBC. Ce qui est plutôt prometteur. Mais, je ne m’inquiète pas de cette situation ! Il faut aussi relativiser ! Le contexte économique actuel est difficile. Aujourd’hui, rares sont les organisateurs qui peuvent se permettre de payer des groupes renommés. On s’est déjà produits à Londres où nous avons vécu une très belle expérience. Prochain objectif : l’Amérique !

De nombreux changements sont intervenus au sein du line up depuis vos débuts. Est-il enfin devenu plus stable, aujourd’hui ? Quelles sont les forces de la nouvelle mouture ?

La colonne vertébrale du band est constituée de Darius, Danny, Pollard et Dave, depuis maintenant quatorze années. Si pour certains, ces changements peuvent se révéler source de problèmes, en ce qui nous concerne, ils ont été bénéfiques. Aujourd’hui, comme tu peux le constater, nous existons toujours. Je crois qu’il faut considérer ces tribulations de manière positive. Les personnes qui se sont succédées au sein du band ont apporté un plus, permis d’évoluer, de se surpasser, de se remettre en question et d’explorer des styles différents. La base s’est consolidée au fil du temps. Il est maintenant stable ! J’espère ne plus connaître les avatars rencontrés à l’époque. En live, la base est immuable. Par contre, en studio, la présence d’autres musicos nous permet d’expérimenter et de disposer d’une palette de couleurs sonores plus large.

Vous avez composé la bande originale du long métrage Michel Vaillant ? Ce film s’est soldé par un échec ! L’expérience a quand même été intéressante ?

Le film était vraiment de la merde ! En bref, la bande originale était bien meilleure. Je n’avais alors pas encore rejoint la formation. Mais c’était tout de même une bonne expérience !

En début d’entretien, tu as déclaré que quelques nouveaux morceaux avaient déjà été ébauchés. Vous envisagez de graver un nouvel opus, dans un futur proche ?

Je peux juste te dire que nous sommes de retour en studio. Nous bossons en compagnie de collaborateurs que nous souhaitions impérativement inviter. Pour l’instant, il ne s’agit que d’un travail d’écriture et d’enregistrement. Il est toutefois encore trop tôt pour en parler. Nous avons aussi un autre projet destiné à une boîte célèbre de jeux vidéo. C’est tout ce que je peux te dire aujourd’hui.

 

Mat Bastard

La langue, c’est un chemin, pas une destination…

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Aulnoye-Aymeries, petite ville du Nord de la France, accueille maintenant depuis plusieurs années, un festival éclectique baptisé ‘Nuits Secrètes’, chaque dernier week-end du mois de juillet.
Il a vu défiler des artistes comme Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Neneh Cherry, Selah Sue, Vitalic, Funkadelic & Parliament, Laurent Voulzy, Alain Souchon, Deluxe, Casseurs Flowters, Julien Doré et bien d'autres.
Proposant un peu plus de 70 concerts, répartis sur trois jours, son affiche a de quoi satisfaire un grand nombre des mélomanes !
Les parcours secrets –le fleuron des Nuits– sont, bien sûr, toujours intégrés au programme. Le principe ? Grimper dans un bus, vitres calfeutrées, pour une destination et un concert dont on ignore le lieu et le nom de l’artiste ou du groupe.

Votre serviteur a fixé rendez-vous à Mat Bastard, de son véritable nom Mathieu-Emmanuel Monnaertune, une des figures de proue du mouvement punk, en France. En compagnie de potes du lycée, il avait fondé son tout premier groupe Carving, une aventure qui s’est déroulée de 1994 à 2007.
Mais, c’est grâce à Skyp The Use, un combo formé en 2008, que sa notoriété va grimper en flèche. Le band est rapidement invité à se produire dans des festivals internationaux, et assure même des premières parties pour Trust et Rage Against the Machine. Le divorce par consentement mutuel est cependant acté fin 2016.
Armé d’une batterie de nouvelles compositions et l’envie de renouer avec ses vieux démons, Mat rappelle ses vieux copains d’antan, Mike et Olive.
Plus engagé et énervé que jamais, il décide d’offrir (de s’offrir) un premier album solo sobrement intitulé « LOOV ». Percutant, il recueille une critique favorable unanime.
C’est pour causer de cette actualité brûlante, de son parcours musical et de ses rapports établis entre lui et le peuple, que ce tête à tête est prévu. Il ne durera que quelques minutes…

Skip The Use a décroché un statut jamais atteint par une formation rock régionale et rarement dans l’Hexagone. Pourtant, tu as monté un nouveau projet. La musique est-elle, pour toi, comparable à une famille ou un couple dans lequel il y a parfois des remises en question nécessaires ?

A vrai dire, je n’en sais rien. C’est très difficile à expliquer. La différence essentielle entre un couple et un groupe, ce sont les sentiments qui animent la relation. J’aime ma femme ! Quant à mes comparses, je les appréciais. C’est tout ! Il ne faut pas tout mélanger. Lorsque je crée un band, c’est par idéal et parce que j’ai envie de le fédérer autour d’un concept particulier, au moment le plus opportun. Si l’une des parties s’éloigne de l’essence même de ce partage, je ne vois pas l’intérêt de continuer l’aventure. Nous ne voulions plus simplement faire de la musique pour les mêmes raisons. Mais, jamais, je ne dirais des musiciens que je côtoyais qu’ils étaient des connards. J’ai vraiment vécu une aventure humaine exceptionnelle et j’en garde de bons souvenirs…

As-tu un besoin permanent de changement, d’expériences et de découvertes ?

La vie est une longue route au cours de laquelle chaque individu apprend de ses expériences. Au sein de STU on a vécu une belle histoire artistique et humaine. Mais, au fil du temps, je ne souhaitais plus faire de concessions. Lorsque tu joues en groupe et que tu as la responsabilité d’écrire la musique et/ou les paroles, tu dois recevoir l’assentiment des autres membres. Ce qui, en cas de désaccord, peut devenir très vite compliqué. Ce n’est pas toujours évident à gérer ! Dans ce projet, je suis seul aux commandes. J’ai forcément plus de latitude. Il m’appartient d’emprunter les bonnes directions et d’assumer mes erreurs. Est-ce que c’est mieux pour autant ? Pas forcément ! Mais, ce n’est pas un problème. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise solution en la matière. Perso, j’avais envie de vivre une aventure solo. Les autres souhaitaient travailler en compagnie de quelqu’un d’autre. Nos chemins se sont séparés de manière naturelle au bon moment. C’était une bonne décision, je pense. Je me sens moi-même dans ce nouveau projet. Mon disque et la tournée marchent bien. Que demander de plus ?

Pourtant ton single, « More Than Friends », n’est pas tellement éloigné du style proposé par STU. Le virage va s’opérer en douceur ?

Non pas vraiment ! Dans l’imaginaire collectif, j’étais juste le gars qui se concentre sur le micro et fait le mariole sur scène. Or, sans aucune prétention de ma part, j’étais la cheville ouvrière. J’écrivais les chansons. Ma plume est la même aujourd’hui, projet solo ou pas. Mes idéaux et mon combat sont identiques aussi. Tu sais, j’ai commencé la musique en 1993, au sein de Carving, un groupe punk. Une belle aventure qui a duré 17 années ! J’ai bien bourlingué quand même. Mon disque est un condensé de toutes ces années auquel j’ai ajouté les belles collaborations réalisées et tout ce que j’ai pu découvrir aux Etats-Unis. Il est donc normal d’y déceler des similitudes avec mon passé. C’est même mieux ainsi, finalement. De toute façon, à quoi bon dire le contraire ?

Le tandem électro/pop A-Vox (Anthéa et Virgile) a participé à l’enregistrement de ce morceau. Par quel hasard les as-tu rencontrés ?

J’ai également une casquette de producteur et de réalisateur. Et quand je les ai rencontrés, j’ai trouvé leur projet intéressant. Ils dégageaient vraiment quelque chose. Nous avons travaillé dessus ensemble, durant quelques mois. Nous nous sommes ensuite rapprochés ; à tel point qu’aujourd’hui, Anthéa partage ma vie. Elle est devenue mon épouse. Cette chanson raconte cette histoire étrange. Comment passer d’une relation purement artistique à une liaison plus personnelle et intime ? J’ai bien compris qu’un groupe implique souvent des concessions car il y règne une certaine démocratie et qu’il est difficile d’y imposer des règles.

Comme tu l’as souligné, par ailleurs, un projet solo permet de réaliser un travail nettement plus incisif et introspectif. Mais paradoxalement, la coopération de tes potes Mike et Olive, ex-Carving, ne traduit-elle pas le premier pas vers un travail plus collectif que personnel ?

Non, il ne faut pas voir ces événements sous cet angle. Il faut bien distinguer les différents paramètres. La réalisation, la production et l’écriture d’un disque impliquent un travail plutôt personnel, voire introspectif. Sur scène, je restitue ce résultat auprès de mes musiciens. A ce moment là, je ne suis plus seul. Nous sommes cinq en tout. Un vrai travail collectif. Plus qu’un groupe même, une famille ! C’est une notion qui est d’ailleurs très importante à mes yeux. Il me serait difficile d’agir autrement. Je connais le personnel qui m’entoure depuis des années. Que ce soit celui qui boucle les dates, les techniciens, les musicos, les gars de la maison de disque etc. Nos femmes et nos gamins respectifs se connaissent. J’ai vraiment besoin de cette filiation. Lorsque je produis ou réalise des albums, je ne change pas d’équipe, j’y suis très attaché.

Tu as passé toute ta vie artistique en groupe. Quel sentiment éprouves-tu quand tu vois ton propre nom sur la pochette d'un disque ?

Pour être franc avec toi, je m’en fous complètement. Je n’ai jamais été fan des noms sur les pochettes. C’est d’ailleurs sans doute le dernier sujet auquel je pense lorsqu’il s’agit de finaliser le disque. Est-ce que c’est la meilleure manière de considérer ce chapitre ? Je n’en sais rien… Tu n’es pas le premier à me poser cette question. C’est drôle de voir à quel point ce détail suscite autant d’interrogations. Ce qui m’intéresse, c’est la prise de position, le débat et l’échange à travers les compositions. Que le disque existe et les chansons prennent vie me suffisent amplement.

A propos de ce projet, tu as déclaré avoir ressenti l’envie d’écrire des choses. Mais, tu composais déjà les paroles chez STU. Comment abordes-tu ton processus d’écriture ?

La façon d’aborder les thématiques n’a pas vraiment changé. J’ai toujours écrit, que ce soit pour moi ou les autres. Le processus est assez identique à chaque fois. Ce qui fait la différence essentielle, c’est la culture ou le style du groupe pour lequel tu proposes ta plume. J’ai commencé à bosser sur mon projet en 2014 alors que je figurais toujours au sein de la formation. Lorsque la matière première s’est accumulée, j’en ai conclu que je disposais d’un stock suffisant pour le mettre en forme sur un support. Ces chansons étaient davantage incisives et personnelles. Elles n’auraient pas collé au répertoire de STU…

L’anglais est-il un obstacle à la francophonie ? La plupart de tes compos sont interprétées dans la langue de Shakespeare. Pourtant, le français permet de véhiculer des messages.

Du temps de STU, je voulais un jour m’adresser à la France toute entière. J’ai écrit « Etre heureux ». La seule chanson en français. J’ai réitéré cet exercice ici à travers « Vivre mieux ». Je ne pense pas que parler anglais soit vraiment un obstacle à la francophonie. Je crois que ce sont des conneries tout ça ! La langue, c’est un chemin, pas une destination ! Dans tous les cas, je ne suis pas venu défendre l’identité nationale de mon pays. Je suis fier de groupes comme Justice, Daft Punk, Phoenix ou encore un artiste comme David Guetta. Ils représentent bien la France à travers le monde. Je suis content que ces artistes décrochent des ‘Grammy Awards’ aux Etats-Unis. Sincèrement, je me tape qu’ils exercent leur art en anglais ou en français. Si c’était en chinois, ce serait pareil ! Je suis un fan inconditionnel de Brel, de Renaud et d’Arno. J’adore le texte et j’estime que les chansons sont bien plus belles lorsqu’elles véhiculent un message fort quelle que soit la langue utilisée. Je n’ai aucun souci avec ça ! Il s’agit plus de fainéantise que d’idéologie.

Au fond, l’artiste doit-il se servir de son statut pour véhiculer certains messages ?

Je ne pense pas que ce soit une obligation en soi, mais pourquoi pas ! Je respecte des gars comme Kendji ou Maître Gims qui baignent plutôt dans l’‘entertainment’. STU appartenait également à cette dynamique. Je ne dis pas que c’est mal, mais elle ne me correspond pas du tout. Encore une fois, j’aime susciter la prise de position à travers les compos. Quitte à avoir le projecteur, autant le mettre sur quelque chose et non sur quelqu’un !

Justement, tu as évoqué aussi le féminisme à outrance, par exemple. Au fond, l'artiste sait mieux que quiconque utiliser son micro pour combattre les inégalités sociétales ou mêmes politiques ?

Cette chanson a été un vecteur de débat. Les gens l’ont écoutée et entendue. C’est un exercice intéressant. Il permet l’échange et l’ouverture d’esprit. Et fait grandir…

A cet égard, les réseaux sociaux restent une bonne alternative…

Personnellement, j’utilise beaucoup les réseaux sociaux. En terme de communication et d’information, on ne fait pas mieux ! On en parle souvent à cause des dérives qu’ils peuvent engendrer. Mais, c’est simplement une question d’utilisation et d’apprentissage. Récemment, j’ai posté un article que j’estimais touchant. D’autres internautes l’ont lu et ont commenté. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice. C’est la magie du partage !

Au final, tout ne reposerait que sur des codes linguistiques ?

Je pense que le véritable obstacle à l’humanité, c’est l’obscurantisme et l’ethnocentrisme. Tantôt, tu me parlais de la langue française. Ici, nous sommes à Aulnoye-Aymeries, pas très loin de Roubaix et de Lille. Y vivent des Arabes, des Africains, des blancs, des Chinois et des Turcs. Certains parlent correctement le français et d’autres pas. Vas chercher un kebab chez un turc qui ne parle pas ta langue. Tu l’auras ta bouffe, crois-moi ! Où est le problème ? On s’en fout franchement! Il ne faut pas rechercher là-dedans une identité nationale. C’est ensemble qu’on la créée !

Au fond, Wallons et Flamands, même combat ?

Les Wallons et les Flamands ne forment qu’un sur l’échelle nationale ! Pas de communautarisme stp ! Personnellement, je considère ces querelles politiques et linguistiques complètement ridicules ! Quelle perte de temps et d’énergie ! Lorsque je me rends dans ton pays, je vais en Belgique. Point final ! Jamais je ne me spécifierai voyager au Nord ou au Sud du pays. J’ai notamment vécu à Wezembeek-Oppem et à Bruxelles et pourtant j’ai des potes issus de Charleroi et de la Louvière. Tout se passe bien, tu sais… En outre, ton pays a été pendant longtemps précurseur dans pas mal de domaines. Et j’aime le rappeler. Alors, tu sais, la langue, une fois encore, c’est un débat qui n’a pas lieu d’exister !

 

Lethvm

Un travail d’écriture vraiment particulier…

Écrit par

Lethvm : une orthographe atypique, mais surtout une formation qui gravit petit à petit les échelons de la scène métallique belge. Auteur d’un Ep en 2016, le groupe de Doom a participé cet été au ‘Loud Program’ (un concours organisé en Fédération Wallonie-Bruxelles) et a été sélectionné parmi les quatre meilleurs lauréats. À quelques semaines de la sortie de son premier elpee studio (24 novembre), « This Fall Shall Cease », les musiciens reviennent sur les débuts de leur histoire et évoquent un futur plutôt prometteur. Rencontre.

Pourriez-vous tout d’abord indiquer ce qui se cache derrière le mot Lethvm ? Pourquoi avoir choisi ce terme comme patronyme ?

Tony (batterie) : Lethvm tire sa racine du grec ‘lethal’, un mot qui désigne donc un rapport à la mort. Mais une mort plus appréhendée sous la forme d’une érosion physique et mentale. On a ensuite ajouté un ‘h’ et remplacé le ‘u’ par un ‘v’ afin de se forger une identité propre. On ne voulait pas d’un mot qui soit simplement puisé dans le dictionnaire. On souhaitait s’en emparer.

Lethvm ne compte que deux années d’existence, mais vos compositions laissent néanmoins transparaître un certain passé musical. Quels sont vos parcours respectifs ?

Vincent (chant) : j’ai transité par Death By Nature (Mathcore) et Oldd Wvrms (Doom/Sludge), avant de quitter ces bands, pour finalement rejoindre Lethvm.
Ben (basse) : Matthieu (guitare), Tony et moi, nous nous connaissions déjà auparavant. On avait déjà joué tous les trois dans un groupe de rock. On s’est ensuite séparé, jusqu’au jour où Mathieu et Tony se sont revus au festival de Dour et ont décidé de monter un projet ensemble. Je les ai finalement rejoints au sein d’Illensys, avant qu’il ne soit décidé d’opter définitivement pour Lethvm.
Tony : … mais on n’a jamais conservé de titres composés pour l’ancien groupe. Quand on a envisagé, fin de l’année 2015, de lancer Lethvm, on est reparti d’une feuille blanche. Puis notre vocaliste, Vincent, est arrivé. C’est alors que tout a vraiment démarré ; et on a enregistré un premier Ep.
Vincent : on s’est vite rendu compte que si on voulait avancer et décrocher quelques shows, il fallait proposer du concret. Soit un Ep. Il sonne très sale, mais je l’aime beaucoup (rires) ! On a ensuite continué à écrire tout au long de l’année 2016, entre quelques concerts accordés en Belgique et en France.       

Jusque mai 2017, où vous avez commencé à bosser pour réaliser votre premier LP studio, « This Fall Shall Cease ».

Mathieu : un travail de longue haleine ! On a beaucoup composé. Certains titres ont même été carrément jetés à la poubelle.
Tony : un peu comme un gros bloc de marbre qui aurait été patiemment buriné. On a éliminé beaucoup d’idées et on a supprimé pas mal de riffs.     

Ces morceaux sont un véritable mélange de styles : on y retrouve la noirceur du Black Metal, la lenteur du Doom, le côté oppressant du Sludge. Comment définiriez-vous votre musique ? Et question plus basique, quelles sont vos influences ?

Ben : c’est une question à laquelle il est difficile de répondre, car nos racines musicales sont très différentes. Je suis par exemple davantage immergé dans le Thrash. On a donc dû chercher un équilibre qui corresponde à tous. Ce n’était pas simple, mais je pense qu’on est parvenu à créer une sorte d’alchimie susceptible de plaire à toute personne qui écoute du Metal. Ou du moins, qui accepte d’ouvrir ses horizons.
Tony : quand on a commencé à écrire les morceaux de cet album, on ne voulait pas qu’ils partent dans tous les sens. On a débarqué chacun avec nos idées et on en a conclu qu’il suffisait de composer pour voir ce qui allait en ressortir ! C’est devenu un pot-pourri de Metal  (rires) !
Mathieu : c’est en effet le résultat d’un foisonnement d’influences, mais le résultat est cohérent. C’est surtout Tony et Vincent qui ont ici planché pour qu’il soit vraiment homogène. Tu sais, même les fins et débuts de morceaux ont été soigneusement ciselés, afin que tout puisse se suivre de manière fluide.
Tony : Je pense que l’album n’aurait pas du tout la même gueule si les chansons avaient été classées dans un ordre différent ! Lors des sessions, on avait toujours en tête nos enchaînements. Nous voulions que notre disque ne suscite jamais l’ennui. C’est pourquoi nos compositions vont piocher à droite et à gauche dans notre passé musical.

Utilisez-vous Lethvm pour transmettre un message en particulier ?

Vincent : non, nos compos ne véhiculent pas de messages. Je veux en effet délibérément être éloigné des mots afin de communiquer uniquement un ressenti. Aller au-delà des termes. En anglais, le chant est complètement saturé ; donc soyons clairs : en live, tu discernes mal ce qui est raconté. Et même sur disque, il faut lire les paroles pour les comprendre. J’y accorde certes une importance personnelle, mais elles n’ont pas nécessairement la même signification pour quelqu’un d’autre. Ou si elles venaient à en avoir, ce sera d’office différent de ce que j’ai pu ressentir en les écrivant. Ma voix n’est qu’un vecteur d’émotions. Pour les lyrics, je travaille avec Tony et on a une façon un peu particulière d’opérer. J’écris tous mes textes en français. Ce qui représente des pages et des pages. Tony les traduit ensuite en anglais. Je les pose ensuite sur les chansons et n’en retire que certaines phrases. Ce qui crée, au final, de nouveaux textes. Aléatoire, cette manière de fonctionner me permet d’accéder à mon inconscient. Mais il existe ainsi des éléments dans l’album qui n’ont toujours pas de sens pour moi ; cette signification viendra peut-être plus tard, quand je pourrais disposer du recul nécessaire.

Ce premier opus studio sortira chez Deadlight Entertainment. Par quel hasard avez-vous décroché un tel deal ?

Mathieu : On avait été invité au Roadburn Festival par les mecs de Doom of Occult, des amis à nous. Après avoir assisté à leur show, on a croisé Alex, le responsable de Deadlight. On a parlé de tout et de rien. Au cours de notre discussion, je lui ai demandé de jeter un œil à notre clip. Et chaque fois qu’un membre de Cult of Occult s’approchait de nous, il lui répétait : ‘Mec, si tu dois signer un groupe, c’est bien eux’…
Tony : Un gros travail a été opéré en amont avant qu’Alex nous signe. Je dois dire qu’en sortant du studio d’enregistrement, on espérait très fort un dénouement favorable.
Mathieu : … en fait, l’élément déclencheur remonte au 26 novembre 2016, lorsqu’il est venu assister à un show au cours duquel on ouvrait pour Bathsheba. Je pense qu’il a vraiment apprécié notre prestation. À la fin du set, il nous a demandé notre Ep. Il m’a filé en échange deux ou trois autocollants de son label… j’y ai donc vu un signe. Et depuis le mois de janvier, c’est lui qui est venu régulièrement me parler, en me disant qu’il attendait qu’on lui propose quelque chose.
Tony : Mais on a aussi deux autres labels ! Ce nouvel album paraîtra en effet également en cassette, chez Denses Record, une boîte indonésienne. On avait déjà sorti notre précédent Ep sous la forme d’une cassette et on trouvait l’idée plutôt fun. « This Fall Shall Cease » sera ensuite gravé en vinyle chez Dunk!records. Le premier support sera sûrement la K7, suivi du CD à la fin du mois de novembre et finalement le vinyle pour janvier 2018. Pour le vinyle, on y ajoutera une touche visuelle supplémentaire ; mais ça, c’est encore secret !

Vous avez participé, cet été, au ‘Loud Program’, un concours qui s’adresse aux formations de Metal et musique extrême en Fédération Wallonie-Bruxelles, dont les lauréats bénéficient, ensuite, d’un dispositif d’accompagnement. Un nouveau tremplin pour Lethvm ?

Vincent : En effet, dès qu’on a reçu notre mix final, on l’a envoyé au ‘Loud Program’.
Tony : quand tu participes à un concours, il est normal qu’on puisse espérer être sélectionné. Mais quand on a compris qu’on l’était parmi plus de 80 candidats… wow !
Vincent : surtout quand tu sais que certains de ces groupes ont bien plus de vécu que nous. On a vraiment été étonné, mais dans le bon sens du terme !

Cette sélection vous a notamment permis de décrocher une résidence et un coaching. Savez-vous où et qui sera votre mentor ?

Vincent : notre première réunion s’est déroulée, il y a deux semaines. On y a rencontré le responsable de Thot, Grégoire Fray. Cette résidence s’étalera sur deux jours et précédera notre concert que nous accorderons en compagnie d’Au-Dessus (NDR : c’était le 6 novembre, à Arlon). On lui a demandé de se concentrer sur le son, en façade, ainsi que de prévoir une meilleure approche des lumières. Vu que notre musique est lente, on est généralement très soft en matière d’éclairage. En guise de préparation, il nous a conseillé de bosser sur les paroles des chansons, afin de savoir quel était le message véhiculé et comment on envisageait le faire vivre sur scène. On verra comment ça se passe…

Des dates de concert sont-elles prévues d’ici la fin de l’année ?

Ben : oui, presque dix !
Vincent : on va se produire en France, au Luxembourg, puis en Belgique ; à Liège, Bruxelles, Dour, etc.
Mathieu : et puis on fêtera évidemment la parution de l’album au Doom Wood Festival (le 25 novembre à Sambreville), dont je suis le co-organisateur. On voulait initialement le sortir en mai ou en juin, après l’avoir enregistré en janvier. Mais on s’est vite rendu compte que ce timing ne tenait pas la route et qu’il serait préférable de retarder sa sortie. Et il s’est ensuite avéré qu’en accord avec notre label Deadlight, le mois de novembre serait le meilleur moment. Alors autant le faire au Doom Wood… qui va être une belle fête entre amis !

J’imagine que vous avez aussi quelques projets pour l’année 2018 ?

Vincent : on voudrait réaliser un split. On est déjà occupé à plancher sur de nouvelles compositions. Le but serait de respecter un agenda semblable à celui de cette année : enregistrer en mai pour sortir quelque chose vers septembre ou octobre.

Qui pourrait être intéressé de participer à ce projet ? Une idée ?

Mathieu : oui et non… On voudrait le sortir en compagnie d’un groupe hébergé chez Dunk ! ou Deadlight. Mais il faut encore voir si l’un d’entre eux est intéressé. On a aussi établi des contacts au Canada. Ce qui pourrait dès lors peut-être déboucher sur une tournée européenne et canadienne.

À propos de tournée, qui choisiriez-vous partager l’affiche ?

Vincent : j’avoue que si on pouvait la partager en compagnie de Cult of Luna, Neurosis et Amenra, la tournée serait plutôt sympa ! (rires)
Mathieu : Cult of Occult, certainement, mais la tournée deviendrait trop vite ingérable… et puis on est déjà vraiment heureux que le Loud Program puisse nous procurer quelques dates. On pense notamment à celle du 9 décembre au Botanique, où on devrait rencontrer pas mal de monde. Et qui sait… peut-être qu’un booker professionnel nous remarquera ?
Vincent : on ne regarde pas seulement vers le haut. Abynth est une formation qui nous suit beaucoup et on essaye de l’emmener dès que l’occasion se présente.
Mathieu : ils ont dix ou quinze ans de moins que nous, mais assurent vraiment ! Ils pratiquent une musique inspirée des premiers Black Sabbath. Du bon vieux Doom à l’ancienne ! Et puis… au niveau picole, ils assurent aussi ! (rires)
Ben : rencontrer les musicos d’Absynth a vraiment été une chouette expérience humaine ! De notre côté, on essaye de les épauler comme on peut. Et puis du leur, ils nous assurent aussi un très bon soutien ! Ils avaient notamment organisé une soirée pour la sortie de leur Ep et nous avaient demandé de jouer après eux. Tous leurs fans sont restés pour nous écouter ! Ce qui nous a vraiment fait plaisir. Ils croient beaucoup en nous. Et nous, on les voit évoluer de concert en concert. On essaye de s’entraider. On est déjà tellement peu de groupes du style, en Wallonie, alors autant ne pas se tirer dans les pattes !

(Interview réalisée à Bruxelles, le 22 septembre 2017).

Agnostic Front

Un esprit de famille, mieux même : un mouvement…

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Célébrant modestement ses trente-cinq printemps, Agnostic Front est parti en tournée à travers toute l’Europe. La règle est simple : un concert tous les soirs, pendant un peu plus d’un mois, afin de fêter en famille cette date anniversaire. L’occasion ne pouvait être mieux choisie pour rencontrer Roger Miret, le vocaliste du groupe, un des pionniers du mouvement Punk Hardcore new-yorkais, du début des années ’80.

Deux heures avant le démarrage des festivités, les alentours du Reflektor sont encore calmes. Un homme lave les vitres de la façade de la salle de concert liégeoise. En y pénétrant, votre serviteur tombe nez à nez avec Mike Gallo, le guitariste du groupe d’Agnostic Front. Je lui signifie avoir fixé un rendez-vous à Roger. Il me demande de le suivre. On traverse la salle de concert. Sur la scène, Wendy’s Surrender, une de premières parties de la soirée, effectue son soundcheck. Dédalle d’escalier. ‘Rogeeeeer, Rogeeeer’, s’égosille le musicien. On finit par tomber sur le reste du band, en discussion dans une petite salle. Le vocaliste me fait signe qu’il arrive. L’entretien se déroulera dans la pièce voisine.

Vous vous produisiez hier au Hellfest festival, en France. Comment s’est passé le show ?

C’était très bien… fantastique même ! On commence un peu à être habitués au Hellfest, c’est la troisième ou quatrième fois que nous nous y produisons… Et cette fois-ci, le show a même été retransmis par une chaîne nationale française ! (NDR : en l’occurrence Arte Concert, qui les diffuse en direct sur Internet)

Revenons un peu en arrière… En 2015, vous avez publié « The American Dream Died », votre onzième elpee studio. Rien de neuf à l’horizon ?

Oui mais nous n’en sommes qu’au début. On a profité de cette tournée pour commencer à travailler sur quelques nouveaux morceaux … On espère sortir ensuite un nouvel album. Ce sera pour l’année prochaine. Mais bon, pour atteindre cet objectif, il va falloir qu’on se magne afin de compléter le répertoire. C’est encore tout frais et donc je ne peux encore t’en dire beaucoup plus… Mais les textes seront de la même veine que ceux écrits par le passé. Nous y aborderons certains problèmes sociaux et politiques et nous ne manquerons pas de s’attaquer à cette pression que nous met sans cesse le gouvernement des Etats-Unis. Enfin, quand je dis ‘nous’, je parle des citoyens américains au sens large du terme...

En effet, les lyrics de « The American Dream Died » sont toujours autant d’actualité, même deux ans plus tard…

C’est sûr… malheureusement… Regarde comment fonctionnent les States aujourd’hui ! Tout ce qui s’y passe, tu peux le retrouver de manière plus ou moins implicite dans les paroles des compos !

Sur une des plages de cet LP, tu avoues que le vieux New York te manque. Une raison ? Quelle est donc cette image que tu gardes de cette ancienne City ?

Il s’agit du New York que j’ai connu quand j’étais jeune et qui n’existe plus aujourd’hui. Elle a célébré mes jours de gloire. C’était une ville dangereuse et imprévisible. Un endroit spécial, atypique et unique, qui a permis la naissance du Hardcore Punk. En compagnie des artistes et musiciens qui y vivaient à ce moment là, on formait une sorte de collectivité prospère. Ce mode de vie entre nous, en communauté réduite et soudée, c’est vraiment quelque chose qui me manque. Aujourd’hui, plus personne ne se connaît ! Et ce n’est évidemment pas spécifique à New York ; c’est pareil dans tous les Etats. Plus personne ne se parle, plus personne ne prend soin de l’autre. Les gens se contentent d’y vivre leur vie, point/barre.

A la fin du mois d’août sortira ton livre, « My Riot ». Qu’est-ce qui t’a motivé à rédiger cet ouvrage ? Estimais-tu être arrivé à un moment de ta vie où il te semblait nécessaire de relater par écrit ce que tu as vécu ?

Si je me souviens bien, j’ai commencé à écrire ce bouquin en 1999. J’ai ensuite perdu tout ce que j’avais sauvegardé… à deux reprises ! Tout d’abord lors du désastre du World Trade Center, en 2001, puis un peu plus tard… tout simplement en perdant mon disque dur portable… J’ai ensuite finalement rencontré Jon (NDR : Wiederhorn, journaliste musical réputé dans le milieu), qui était très emballé par ce projet. Au départ, je voulais tout rédiger en personne. Mais il a fallu se rendre à l’évidence : je n’y serais jamais parvenu, faute de temps. Entre mes enfants, mes groupes et ma vie de musicien, il était vraiment impossible de tout concilier ! (Roger marque un temps de pause). En prenant un peu de recul, je pense qu’il devrait toucher toute personne qui s’intéresse à nous. Il ne se consacrera pas uniquement à Roger Miret et à la relation le reliant à Agnostic Front, mais aussi à l’immigré cubain qui a débarqué aux Etats-Unis. Il aborde tous les combats que j’ai dû mener avant de pouvoir lancer cette formation, mais aussi ceux que j’ai éprouvés en prison. Au final, toutes ces expériences m’ont bonifiées et permis d’apprendre de mes erreurs. Tu peux en commettre, c’est sûr. Mais tu dois toujours en tirer un enseignement. Cet ouvrage débute par un des pires moments de ma vie pour finalement en arriver au meilleur. Si on veut faire court, on y retrouve en fait quatre histoires : celle de l’immigré cubain débarquant en Amérique, celle d’Agnostic Front, la perte de temps relative à mon incarcération et, finalement, la sortie des enfers et le retour à ce que je vis aujourd’hui, les moments les plus formidables de mon existence !

En parcourant ta discographie, j’ai été intrigué par le livret accompagnant l’elpee « Riot, Riot, Upstart ». On y apprend ainsi que le Hardcore Punk serait un mouvement et non deux styles de musique distincts. Peux-tu nous éclaire à ce sujet ?

Pour nous, il a en effet toujours été très clair qu’Agnostic Front s’inscrit dans un mouvement qui dépasse simplement la notion de musique. Quand Vinnie (NDR : Stigma, guitariste fondateur de la formation) a choisi le terme de ‘Front’, c’était dans l’esprit d’un mouvement, au-delà de la notion de groupe, de celle de la musique. C’est devenu pour nous une histoire de cœur qui a donné un sens à notre vie.

Ce qui explique peut-être pourquoi le groupe existe aujourd’hui depuis près de quarante ans. Te souviens-tu de ce moment où Adam Mucci et Ray Beez t’ont demandé de rallier le combo, alors que tu sortais juste de chez le barbier ?

Bien sûr que je m’en souviens ! Je m’apprêtais justement  à assister à un concert dans le coin. Je me rappelle précisément du moment où ils m’ont approché pour me proposer de chanter avec eux. J’ai tout d’abord été sous le coup de l’émotion. Je ne comprenais pas très bien pourquoi ils me demandaient de les rejoindre, alors que la dernière fois que je les avais vus, Jimmy The Russian était encore leur vocaliste. Et puis… je n’étais pas du tout chanteur ! Je me consacrais alors à la basse. Mais bon, ma copine à l’époque m’a convaincu d’accepter… Et puis voila, c’est devenu ce que c’est aujourd’hui !

Dans le livre « New-York Hardcore 1980-1990 », Vinnie Stigma déclare : j’ai imaginé le groupe et son concept, Roger en fait un business. Votre mode de fonctionnement est-il toujours pareil ?

Oui, c’est plus ou moins toujours le cas, en effet ! Vinnie est un artiste. C’est un peu la mascotte du groupe. Notre entente est parfaite. Rien ne peut la perturber. Tu sais… il a davantage de liens avec ma famille que quiconque. Vinnie n’a pas de frères, de sœurs, ni même de parents…. Sa véritable famille, ce sont ma mère et mes frères. Il en fait partie intégrante. Après avoir incorporé Agnostic Front, je me souviens avoir rencontré Vinnie et m’être rendu compte qu’un beau challenge se présentait devant moi. Il fallait alors mettre un dispositif en place pour qu’il fonctionne. Et puis, on a assez rapidement réalisé notre premier Ep, « United Blood, puis notre premier album, « Victim in Pain ». J’ai alors senti que les événements devenaient favorables et qu’on pouvait franchement se lancer…

En près de quatre décennie, j’imagine que tu as pu observer une évolution au sein de la scène Hardcore, que ce soit chez les groupes, au sein du public ou encore de la relation entre les gens et la musique. Certains affirment que c’était mieux avant. Tu partages ce point de vue ?

Je n’affirmerai pas que c’était mieux ou moins bien, mais plutôt différent. Enfin, quoique… (il réfléchit)… je pense que c’était quand même mieux avant (il rigole) ! Toutes les formations produisaient un son distinct et on pouvait aisément les reconnaître. Et puis le mouvement a fini par évoluer, grandir et charrier son lot de nouveaux bands, parmi lesquels quelques-uns sont néanmoins devenus aujourd’hui très bons ! Attention, loin de nous l’idée de ne pas se pencher sur la nouvelle scène et de ne pas être attentifs à l’évolution du son, même dans nos propres morceaux ! Agnostic Front a d’ailleurs toujours pris d’autres groupes sous son aile pendant les tournées ; et puis on a toujours été ouvert à d’autres sons… Si tu veux que cet esprit propre au Hardcore puisse se perpétuer, tu dois t’ouvrir à l’innovation et au changement. C’est inévitable. Tu te rends alors compte avoir eu la chance de connaître l’âge d’or, mais qu’il est à présent révolu. J’adore me rappeler le bon vieux temps ; ce qui ne m’empêche pas de continuer et de prendre encore mon pied maintenant !

Quand on a accompli une telle carrière, n’a-t-on pas, parfois, envie d’y mettre un terme. Où puises-tu cette énergie afin de toujours aller de l’avant ?

C’est une question difficile… Il est sûr que je commence à prendre de l’âge, mais… je ne bénéficie d’aucune retraite ! Je n’ai pas toujours fait ce que je fais aujourd’hui et je ne le fais pas tous les jours non plus. Quand je ne suis pas en tournée, je bosse aussi comme électricien ou dans la construction. Et je dois veiller à l’entretien de ma famille… donc voilà ! On est toujours resté un groupe underground, c’est ainsi. Mais parfois, quand quelqu’un vient me dire : votre musique m’a tellement apporté et vous m’avez sauvé la vie, je prends alors conscience d’avoir atteint notre objectif : celui d’apporter quelque chose aux gens et de les aider. On adore ce qu’on fait, on adore ce contact avec les êtres humains, c’est notre raison d’être.

Dans le Punk Hardcore, il existe un paramètre qu’on ne peut pas retrouver aussi fort que dans ce style de musique : le sentiment de fraternité. D’où provient-il ?

Je pense que le Hardcore puise profondément ses racines dans les liens qu’on peut entretenir avec sa famille. C’est très important pour nous. On était très peu nombreux au début, juste une toute petite communauté. On était quoi… peut-être 30 personnes à vivre toujours ensemble. Et ce noyau est devenu très fort, très soudé. Mais il a toujours été possible de nous rejoindre. On n’était pas refermés sur nous-mêmes. On est donc devenus une sorte de famille très solide. Et on considère sincèrement toutes les personnes qui nous suivent comme une famille, pas comme des fans. C’est une nuance très importante. On va toujours vers eux. Avant ou après le show, tu peux toujours nous voir traîner dans les environs. C’est simple : on traite les gens comme on aimerait qu’ils nous traitent. ‘For the family, for my friends…’, ce n’est pas pour rien ! Tout au long de ces 35 ans de carrière, on a toujours été liés par un sentiment de fraternité. C’est sûr que tout le monde ne deviendra pas des potes, mais c’est du moins l’esprit qu’on essaye d’insuffler…

(Interview réalisée à Liège, le 18 juin 2017)

Fischer-Z

La satire politique d’un comédien dans l’âme…

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Fischer-Z s’est produit dans le cadre de l’édition 2017 du W-Festival (voir review ici). A l’issue du set, John Watts a accordé une interview à Musiczine. Si musicalement les médias ont trop souvent assimilé la musique de Fischer-Z à la new wave, c’est sans doute parce que le groupe a sévi à cette époque, alors que finalement, baignant dans une forme de reggae blanc, elle était plus proche de celle de The Police, Talking Heads ou de Split Enz. D’ailleurs, au fil du temps, elle est devenue intemporelle. Donc pas à la mode. Ce qui explique sans doute pourquoi, le band n’a jamais trop récolté de succès en Grande-Bretagne…

John admet : « Au début de l’aventure Fischer-Z, on a accordé 380 concerts, dont deux en Grande-Bretagne. On a dès perdu le contact avec les Britanniques et on s’est focalisé sur l’Europe. Par contre, cette année, on y a donné quelques shows. Six en tout. C’est plus que sur mes 40 premières années de carrière… »

Une carrière au cours de laquelle, outre Fischer-Z, Watts a monté d’autres formations et tenté une carrière en solitaire. De quoi brouiller les pistes. Il confirme : « Absolument ! (rires). Quand je me produis en ‘live’, je dispose d’un répertoire forgé au cours de toutes les époques que j’ai traversées. Tu sais, il doit compter plus de 240 titres. Donc c’est un bon vivier au sein duquel je peux puiser… »

Un jour, John a déclaré qu’il écrivait des textes difficiles sur des sujets sérieux, mais en les abordant à la manière d’un clown. Est-ce l’attitude d’un comédien dans l’âme ? Il avoue : « Je le pense. Tu sais, je crois que la plupart des sujets politiques douloureux peuvent être traités avec humour. Et quelque part, un discours politique est bien plus efficace quand il est véhiculé par des chansons, plongées au cœur d’un spectacle… » Ses lyrics traitent d’ailleurs souvent de politique. Le dernier album, ‘Building bridges’ (voir chronique ), paru cette année, est un nouvel exemple. Il traite de tas de sujets qui s’y rapportent, comme les conflits dans le monde, la globalisation, les scandales bancaires, l’escalade de la violence, les médias qui font la course au buzz, l’écologie, le terrorisme et on en passe. Mais où va-t-il chercher son inspiration pour demeurer un observateur avisé de la nature humaine. En regardant la TV ? En lisant les journaux ? Des bouquins ? Des magazines ? Ou via Internet ? Il clarifie: « Tout ce qui se déroule dans le monde m’intéresse. Pas les fictions. Mes sources principales sont puisées dans les journaux. Mais également le cinéma. J’ai trouvé mon chemin : faire la satire du monde politique. C’est la meilleure façon de faire de la politique. Internet n’est pas vraiment ma source d’inspiration… »

Pour rester dans le même domaine, au fil du temps, les politiciens perdent de plus en plus la confiance de leur électeurs, parce qu’ils prennent des décisions impopulaires. Et pourtant, dès que de nouvelles élections sont organisées, ils sont de nouveau élus. Comment comprendre ces choix ? Et comment changer cette situation ? La démocratie contemporaine, est-elle arrivée au bout du rouleau ? Il réagit : « Internet et la pub vont au-delà de la réalité. Le discours prononcé n’est plus réaliste, mais virtuel. Ce qui explique les volte-face des responsables politiques. Dès qu’ils sont élus, ils doivent affronter les faits et la réalité. Prends l’exemple de Trump aux Etats-Unis. Il ne pourra pas faire tout ce qu’il a promis. Il est limité par les structures gouvernementales. Heureusement d’ailleurs. En France, Macron veut tout changer, mais il lui faudra des années avant d’y parvenir. Puis, il y a ce stupide vote en faveur du Brexit, en Grande-Bretagne. On ne peut pas diviser l’Europe. Beaucoup de compatriotes ont choisi le Brexit en pure ignorance. Certains ont même voté blanc. Finalement ce choix va emmerder encore plus de monde. Les politiciens ne comprennent pas vraiment ce qu’est la véritable démocratie. Ce référendum n’aurait jamais dû être organisé. C’était une décision ridicule. Le Brexit ne va jamais se réaliser de la manière espérée par la population. En outre, il est impossible que cette sortie se réalise rapidement. L’intérêt du Brexit n’est pas celui de l’Europe. Et certainement pas celui des individus. Des entreprises. C’est dans l’intérêt de personne. Ce processus sera lent. Un peu comme toutes les décisions prises dans le domaine de la politique. Je ne pense pas qu’il y aura une version hardcore du Brexit, mais plutôt diluée… »

Fischer-Z est retourné sur un label major ; en l’occurrence BMG. Cette situation ne va-t-elle pas devenir, à terme, contraignante et freiner la créativité ? Il répond : « En fait, il s’agit d’une boîte dont le manager n’est autre que mon fils. C’est également lui qui contrôle les budgets. BMG fait la promotion et moi je suis totalement libre au niveau artistique… »

A l’exception de drums, John a assuré toute l’instrumentation, lors des sessions d’enregistrement de son dernier elpee. Se muerait-il en homme-orchestre ? Il répond : « En fait, j’ai demandé à un musicien de mon entourage de jouer certaines partitions et à partir de là, j’ai réalisé une sorte de sampling à la manière des artistes de hip hop. Le nouvel album sera différent… » Mais en remettant au centre du jeu de quilles, la guitare, n’était-ce pas une réaction face à la musique électronique. La réponse fuse : « Pas du tout ! J’aime la musique électronique. Enfin toutes les formes de musique. Electrique, bien sûr, également. En fait, je m’intéresse davantage à la musique contemporaine que celle du passé… »

Sur le titre maître de l’opus ‘Building bridges’, le riff de guitare semble emprunté au ‘You really got me’ des Kinks. Etait-ce intentionnel ? « Parfaitement ! Et ce titre sera remixé prochainement, sous une forme différente ; ainsi le riff ne sera plus le même… »

Après 4 décennies de carrière, John se sent-il toujours à l’épreuve quand il monte sur les planches ? « Vous savez, j’aime bien quand les événements tournent mal. C’est plus amusant. Je suis un comédien. J’aime le show et dialoguer avec la foule. C’est excitant quand il y a des imprévus… » Est-ce la raison pour laquelle il a un jour déclaré qu’il ne rejouait jamais deux fois le même show ? « Effectivement. Ma set list est toujours partagée entre nouvelles et anciennes chansons. Et pas forcément les mêmes… »

Avant de se lancer dans la musique, John a bossé comme psychologue/clinicien. Il a même suivi 5 années d’études universitaires pour obtenir ce diplôme. Son bouquin devrait bientôt sortir. Une autobiographie ? Il rectifie : « Sa sortie est reportée à l’an prochain. C’est davantage qu’une autobiographie, mais plutôt un recueil d’histoires biographiques. Il relate des pans de ma vie. J’écris ma propre histoire. Ensuite j’invite ceux dont je parle à réagir sur mes propos… C’est comme un blog analogique. Mais écrit, pas digital… » Il va également rééditer son œuvre. Probablement un boxset. Mais recèlera-t-il des inédits ? Il précise : Des remixes, c’est sûr. Mais pour l’instant, je suis trop préoccupé par les compos de mon futur album. Donc, une chose à la fois… » Ce sera quand le treizième de Fisher-Z…

Fischer-Z se produira en la salle De Roma à Borgerhout, ce 14 novembre 2017

Merci à Vincent Devos.

 

Channel Zero

Les portes de l’humanité… vont bientôt se refermer…

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« Exit Humanity », le huitième opus studio de Channel Zero paraîtra ce 27 octobre prochain. Bien que s’inscrivant dans la lignée des deux précédents, le nouvel elpee s’annonce plus sombre, moins violent, même s’il recèle quelques pépites musicales qui tiennent parfaitement la route. Mikey Doling, le guitariste de la formation belgo-américaine, évoque, pour Musiczine, la récente actualité du groupe et, bien évidemment, la genèse de ce nouvel effort. Fidèle à lui-même, il n’a manifestement pas sa langue en poche…

Avant de se pencher sur votre nouveau long playing, revenons tout d’abord sur ce concert que vous avez accordé, le 24 juin dernier, en ouverture des Guns ‘N Roses, au Werchter Classic. Comment s’est déroulé ce show ? N’était-il pas trop intimidant de précéder les Guns ?

(rires) Non, pas tellement ! Enfin… si ! C’était intimidant, mais pas pour ces raisons-là ! Il y a, en effet, un an et demi qu’on ne s’était plus produits ensemble… Et crois-moi, débouler sur scène, devant 60 000 personnes, sans être vraiment préparés, c’était vraiment périlleux !

En 2015, vous vous engagiez dans un périple ‘unplugged’, aux quatre coins de la Belgique. Deux ans plus tard, quel regard portes-tu sur cette aventure un peu particulière ? Cette transition et ce calme temporaire étaient-il obligatoires voire nécessaires, afin de permettre au band de mieux débouler par la suite ?

Non, du tout ! On a juste accompli cette tournée pour se faire plaisir, c’est tout. Ce n’était en tout cas pas une étape obligatoire pour le groupe, mais juste une formule qu’on voulait tester. On avait simplement envie d’adapter quelques morceaux de Channel Zero sous un format acoustique, évaluer le résultat et le proposer à notre public. Et puis comme toujours : passer du bon temps ensemble.

Cet épisode a-t-il influencé la manière dont vous avez écrit votre nouveau long playing ?

Non, pas vraiment. On a accompli cette tournée acoustique ; c’était sympa et elle appartient dorénavant au passé. Pour ce nouvel album, on est vraiment passé à autre chose. On sentait bien que le moment était opportun pour écrire de nouvelles compos vraiment lourdes et pêchues. Cet intermède acoustique n’a donc pas vraiment eu d’influence sur « Exit Humanity », car je voulais tout particulièrement que ce disque soit dans la même lignée que « Kill All Kings » et « Feed Em With a Brick ». Mais… en même temps, qu’il reflète une évolution, et soit davantage mature et plus abouti.

… ce nouvel LP est en effet de la même veine, mais néanmoins me semble moins agressif et plus sombre. C’était le but que recherché ?

Tout à fait ! Je souhaitais donc quelque chose de lourd, non pas spécialement des morceaux plus rapides ou agressifs, mais plus profonds. Je voulais également que Franky puisse y chanter de manière un peu plus variée et davantage explorer de nouvelles mélodies, en plus graves ou plus aiguës. Quand on a commencé à composer, je lui ai dit : ‘Vas-y, lance-toi, fais-toi plaisir !’ On a abordé les parties vocales de manière différente ; et je pense que le résultat est plutôt réussi…

Que signifie le titre « Exit Humanity ? » Sur l’artwork de votre premier single, « Blood Letters », on y voit un macchabée dans une morgue, une étiquette accrochée au pied, sur laquelle on peut y lire ‘Cause of Death : Religion’. Peut-on dont en déduire que selon vous, la religion serait la source de l’extinction de l’humanité ?

Je suis en tout cas convaincu que, dans le monde actuel, les gens perdent de plus en plus leur sens de l’empathie ainsi que leur amour au sens large du terme de l’humanité. Plus le temps passe, plus on oublie ce qu’être pacifique implique. Tu sais, cette disposition à accepter tout le monde tel qu’il est, et peu importe les origines, les cultures ou les religions… L’être humain est de plus en plus dépouillé de son humanité et tout le monde semble plus ou moins s’en foutre ! Pas étonnant que la société dans laquelle on vit aujourd’hui devient si sombre et si violente… Et selon nous, la religion y joue un rôle important et néfaste. C’est ce qu’on aborde notamment dans le morceau « Blood Letters », au cours duquel on se penche sur ces écrits religieux, qu’ils soient issus de la Bible, de la Torah ou du Coran, qui ont fini, d’une façon ou d’une autre, par engendrer des effusions de sang…

… j’imagine que tu as donc été influencé par l’actualité lors de l’écriture de cet opus ?

Tout à fait ! Et notre président, Donal Trump, y est évidemment pour quelque chose. Ce mec, c’est une vraie merde. Pour tout te dire, je ne le considère même pas comme un être humain. Je ne parviens toujours pas à comprendre comment il a pu devenir le leader des Américains. Ca m’échappe complètement. Tout le monde le savait, le monde entier le savait ! Et aujourd’hui, comme Américain, je suis gêné d’avoir un tel Président. Mais bon, on pourrait encore en parler pendant des heures tellement j’ai horreur de ce gars…

Sur le fourreau en carton qui habille le disque ou sur la pochette, on peut y remarquer la présence d’une petite fenêtre blanche. Un autre message ?

Il faut la voir comme une porte de sortie. C’est par cette ouverture que s’échappe l’humanité. La pochette symbolise ce que nous devenons une fois que nous avons franchi cette porte : nous nous écrasons les uns sur les autres, entouré de murs et de buildings à n’en plus finir… c’est triste, mais c’est vraiment le reflet du monde contemporain…

 

 

L’artwork de ce nouvel elpee est vraiment sombre. En prenant un peu de recul, on se rend compte qu’on est assez loin de celui de « Feed Em With A Brick ». La disparition tragique et inattendue de votre batteur, Phil Baheux, en 2013, est-elle liée ?

Non, il n’y a pas de lien. Phil nous manque terriblement, c’était un frère. Je pense à lui tous les jours. Mais ce nouvel album n’a aucune corrélation, de près ou de loin, avec sa mort. Sauf peut-être en ce qui concerne ces quelques riffs très lourds qu’on retrouve à certains moments. Il adorait ce genre de riffs.

As-tu déjà établi la set list pour cette tournée de fin d’année ?

Elle n’a pas encore été définie… mais par contre, je peux confirmer qu’elle recèlera certainement la moitié de ce nouvel album ainsi que quelques morceaux de « Kill All Kings ». Et, évidemment, les grands classiques de Channel Zero !

Sur ce nouvel LP, on peut y entendre la voix de Sen Dog, un des membres de Cypress Hill, sur « Said and Done ». Une explication ?

En fait, au départ, j’ai écrit ce morceau pour le jouer en compagnie de Max Cavalera (Soulfy, Cavalera Conspiracy, ex-Sepultura). Quand tu l’écoutes, tu peux clairement entendre qu’il sonne comme du Soulfly (NDR : Mikey Doling figurait à l’époque au sein du line up original de Soulfly). Mais bon, comme d’habitude, Max est toujours très occupé et il n’a pu se rendre disponible. C’est un de mes bons amis, il n’y a donc pas de différent personnel. Simplement, une fois de plus, son agenda débordait. Et donc un jour, alors que je discutais avec mon ami Sen Dog sur Facebook, en lui précisant que j’étais occupé d’enregistrer un nouvel album, il m’a lâché: ‘fais-moi intervenir dessus !’ Et c’est alors que j’ai évidemment pensé à lui pour remplacer Max sur « Said and Done ». On s’est donc donné rendez-vous à Los Angeles. On est entré en studio. On a fumé une centaine de joints et on a enregistré la compo !

Huit dates sont actuellement annoncées pour la tournée prévue en fin d’année. Evil Invaders et King Hiss vous accompagnent. C’était votre choix de les associer à ce périple ?

Oui, je suis un grand fan de ces deux bands ! Ce sont des jeunes et des putains de bons metalleux. On a pensé que les emmener avec nous pour cette tournée serait vraiment un chouette package à offrir à nos fans. Les gars de King Hiss figurent parmi nos très bons potes. Ils font pas mal de bruit, en Belgique, pour l’instant… bon… mais au final on sera quand même les meilleurs sur l’affiche… cependant, on veut aussi leur donner leur chance (rires)…

Avez-vous l’intention de sortir du Royaume pour entamer une tournée internationale ? L’an prochain, par exemple.

On verra bien… quelques options nous ont été offertes, dont quelques festivals comme le Wacken Open Air en Allemagne ou le Hellfest en France. Mais on n’en sait pas plus.

Mikey, tu es également le fondateur de Snot, un groupe de Neo-Metal qui a marqué cette scène au milieu des années ’90. Il est beaucoup plus discret depuis décembre ’98, soit depuis la disparition de Lynn Strait, le vocaliste. Il n’empêche qu’il s’est quand même encore produit, ensuite, aux quatre coins du monde. Que devient le band, aujourd’hui ?

En effet, notre dernière tournée en date remonte à 2014, au cours de laquelle on a traversé pas mal de pays européens. On a rencontré un succès incroyable. Plusieurs dates étaient même sold out. On ne s’attendait pas du tout à un tel engouement ! Sans quoi on se rend au Japon, en novembre, pour y accorder quelques shows. Et on envisage également d’accomplir une tournée européenne, au tout début du printemps de l’année prochaine !

… et peut-on peut-être espérer un nouvel album ?

Non, je ne pense pas… tu sais nos morceaux étaient fortement liés à Lynn Strait. Depuis son décès, on a certes dispensé des concerts, mais on n’a pas du tout l’intention d’enregistrer un nouvel album. Snot, c’était avec lui, point. Si on recommence à jouer en ‘live’, c’est uniquement pour maintenir en vie l’esprit de Snot. Mais on n’envisage pas de composer de nouveaux morceaux. Malgré le décès de Lynn, les fans avaient encore envie de nous écouter en ‘live’. Alors on a décidé de poursuivre l’aventure suivant cette formule. Et pour info, lors de la tournée prochaine, vu que Jamie Miller est parti rejoindre Bad Religion, c’est Seven (NDR : batteur de Channel Zero) qui se chargera des drums…  

(Interview réalisée le vendredi 8 juin, à Bruxelles).

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