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Veruca Salt

Les cuisses féminines...

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Veruca Salt est un quartet yankee (Chicago) drivé par deux filles, Louise Post et Nina Gordon. Un ensemble dont le succès a pris à la fois les médias, le public et même le groupe de vitesse. Un seul album à son actif. Mais très susceptible d'être découpé en hits potentiels. Pensez à "Seether" matraqué depuis quelques semaines sur toutes les ondes radiophoniques. La moitié du groupe, en l'occurrence Nina et son frère James, s'est pliée, et de bonne grâce, à l'épreuve de l'interview. Nina a fait ses études à Paris et les accorde volontiers dans la langue de Molière. Pour introduire le débat, je lui ai montré la version française du roman de Roald Dahl , "Charlie et la chocolaterie", et plus particulièrement le chapitre relatif à Veruca Salt, petite bourgeoise gâtée, pourrie par ses parents...

Nina : Veruca Salt, une petite fille gâtée par ses parents. C'est moi!

L'attitude du groupe s'inspire-t-elle de ce livre?

N. : Dans une certaine mesure. Pas seulement pace que mes parents m'ont accordé tout ce que je désirais. Mais à cause des projets qui germaient dans ma tête depuis mon enfance. Et rien n'aurait pu m'arrêter pour les concrétiser.

Tu sembles particulièrement fascinée par ton enfance?

N. : Tout à fait! Les chansons écrites pour cet album sont les premières à avoir été gravées sur un disque. Il était donc tout à fait normal qu'elles se rapportent à cette période de mon existence. Mais dans le futur, j'aborderai sans doute d'autres thèmes...

Toujours aussi autobiographiques?

N. : Pourquoi pas? C'est dans mon tempérament. Je ne me vois pas éplucher des situations politiques. Ce qui n'exclut pas une autre source d'inspiration. Mais pour l'instant, j'écris ce que je ressens. Mes compositions sont personnelles. J'imagine donc que quelque part, elles sont autobiographiques. Je compose des chansons pour moi-même. Pour mieux me connaître. Et, si elles répondent aux aspirations du public, c'est tant mieux. Mais je ne prétends pas interpeller l'humanité.

Ce qui explique pourquoi tu détestes les décortiquer?

N. : Absolument! Les paroles de mes chansons sont suffisamment explicites. Je ne vois donc aucune raison d'en rajouter. A la rigueur pour clarifier une idée plus abstraite, plus difficile à saisir. Mais pas analyser les émotions, les sentiments qui entrent dans sa préparation. C'est une pratique complètement absurde. Parce qu'elles ont été conçues suivant une trame poétique, pas analytique. Lorsque tu décortiques une chanson que tu aimes, tu la détruis. Je refuse de le faire, même pour d'autres artistes. Je laisse le soin aux autres, et en particulier aux journalistes de décrire ce qu'ils éprouvent en découvrant mes textes...

Le miroir de ton existence est-il très important?

James : Je le pense réellement!

N. : (embarrassée) Oui.

J. : Très important!

N. : C'est quelque chose de difficile à avouer. Car je donne l'impression d'être narcissique. Or, ce n'est pas vrai. J'ai des amis. Je suis capable d'échanger des idées. D'écouter les autres. De m'intéresser aux autres. De vivre en harmonie avec quelqu'un. Je ne suis pas tout à fait auto obsédée. Toute petite, je vivais dans mon propre monde. Lorsque je me regardais dans le miroir, j'imaginais des tas de fantasmes. Et cette attitude m'a permis de me libérer de moi-même, du monde clos au sein duquel je vivais. Il était très important pour moi de me découvrir dans un miroir, comme aujourd'hui de chanter ou d'écrire. Dans ma tendre enfance, j'étais épouvantée par l'orage. Et ma grand-mère m'a conseillé de crier le plus fort possible pour chasser ma peur. Et j'ai hurlé jusqu'à m'époumoner. J'en ai donc déduit que ce comportement avait du bon et pourrait me servir dans le futur. Notamment pour faire face à des situations difficiles auxquelles je serais confrontée. Une méthode que j'oublie de temps à autre. Mais que j'essaie de ne pas oublier. Parce que tu vois, une petite fille bien élevée, doit être douce, gentille, calme et surtout ne pas crier. Et j'ai compris qu'il était important pour moi de ne plus accepter ces valeurs éducatives préétablies. De me réaliser. De me fixer des objectifs. De les atteindre. De devenir forte.

Est ce que tu te sens souvent angoissée?

N. : Pas toujours. Lorsque j'ai écrit certaines chansons de cet album, j'étais angoissée. Mais aujourd'hui ma vie a changé. A l'époque, j'étais amoureuse d'un gars. C'était bien. Mais cette relation était devenue de plus en plus difficile à supporter. Je m'y suis complètement perdue. En écrivant ces chansons, j'ai accompli un effort pour me chercher, me retrouver. Et aujourd'hui, je découvre une vie tout à fait différente. Je suis la même personne, mais je suis beaucoup moins angoissée...

Penses-tu que pour l'instant, Veruca Salt est occupé de vivre un conte de fées?

N. : Mmmh! Oui et non! Oui parce que j'ai toujours rêvé de mener cette existence. De gagner ma vie par la musique. Parce qu'il y a souvent loin de la coupe aux lèvres. Et ce que nous vivons aujourd'hui peut être considéré comme un cadeau du ciel. Mais il ne faut pas croire que tout soit féerique. Nous travaillons énormément. Accomplissons sans arrêt des tournées. Une conjoncture beaucoup plus difficile à gérer. Mais je n'ai pas à me plaindre, car, ces événements, je les ai voulus. En fait, ce qui me chagrine le plus, c'est le temps qui me manque pour écrire. Car l'écriture, c'est ce que j'aime par dessus tout! Et je n'ai plus beaucoup de temps à y consacrer pour l'instant.

Une situation qui entraîne inévitablement des conflits. Sauf lorsqu'ils appartiennent à la nature d'un groupe comme Veruca Salt. Mais sont-ils propices à l'émulation?

J. : Les querelles appartiennent à la nature du groupe, c'est vrai!

N. : Mais on ne peut pas dire qu'elles soient idéales pour l'émulation. Au contraire. Lorsque tout le monde émet des avis divergents, il faut faire face à un véritable blocage. Parfois même pour des détails sans grande importance.

Mais qui prend la décision finale alors?

N. : En dernier recours Louise et moi. Parce que le coeur du groupe nous appartient. Enfin, nous recueillons toujours les opinions de James, de Steve, des managers, etc. Mais la décision finale nous revient.

Vous n'êtes pas effrayés par le succès foudroyant rencontré par le groupe?

N. : Absolument. Enfin, selon les circonstances. Parfois, je suis très sereine. Mais à d'autres moments, l'inquiétude m'envahit. Parce que ce mode de vie est difficile. Parce que j'ai peur d'être critiquée, d'être jugée. Par le public, par mes amis, par mes parents. Parce qu'il est difficile d'interpréter une composition devant une audience, des chansons que j'ai écrites pour moi-même et pour personne d'autre. De les dévoiler au public. C'est pourquoi, ce succès est à la fois devenu rêve et cauchemar...

Es-tu particulièrement sensible aux critiques émises par la presse?

N. : Plus aujourd'hui. Il y a six mois, je l'étais encore. Mais j'ai appris à relativiser les choses. Parce qu'il est impossible de croire tout ce qui est écrit à notre sujet. Même une critique favorable est une arme à double tranchant. Nous nous sentons flattés au fond de nous mêmes. Mais en même temps, nous sommes devenus conscients des dégâts que la douce euphorie peut nous causer.

Ne penses-tu pas que Veruca Salt soit arrivé au moment propice. C'est à dire dans une période où l'Amérique fait preuve d'un engouement considérable pour les ensembles rock féminins?

N. : Exactement! Nous l'avons compris en jouant dans les clubs de Chicago. Nous ressentions qu'il existait un besoin pour notre musique. Et que les médias voulaient nous pousser vers l'avant. Je ne sais pas trop pourquoi. De plus en plus de filles fondent des groupes de rock'n roll aux States. Et de plus en plus de monde souhaite voir des femmes dans le monde du rock. Mais j'ai toujours eu la foi dans mes chansons. Et j'imagine que dans n'importe quelle autre situation, elles auraient fini par obtenir du succès. Je sentais que le moment était opportun...

Sur votre dernier single, vous avez repris la composition la plus controversée des Pistols, "Bodies". Avec une idée derrière la tête ou simplement par goût personnel pour la chanson?

N. : C'était une idée de mon frère James. Il l'appréciait beaucoup et estimait que nous pouvions l'adapter dans une version très dure, très rock. Et puis, on s'est penché sur les lyrics, des textes un peu controversés. Drôles et ridicules à la fois. Comment peut on mépriser une femme parce qu'elle a eu recours à un avortement? Pourquoi la comparer à un monstre lorsqu'on ignore les raisons qui l'ont poussée à cet acte désespéré?

Le titre de votre album a été emprunté à une ligne de "You shook me all night long" d'AC/DC. Mais les "American Thighs symbolisent à mon avis une image de l'Amérique et de ses spectacles avec ses majorettes et ses pom pom girls. Une autre explication?

N. : D'abord, ce titre est extrait de cette chanson d'AC/DC. Ensuite, il évoque les cuisses féminines. Une partie du corps très complexe chez la femme. Elles ne sont jamais satisfaites de leurs fesses, de leur cul. Jamais (rires). C'est une réaction à la fois triste et frustrante, voire misérable. Moi-même, je suis victime de ce complexe. Pourtant, il est totalement ridicule. Mais nous ne pouvons y échapper. Parce que la société nous a inculqué des critères de minceur, de sveltesse et de séduction...

Si les Pixies n'avaient pas existés?

N. : Mon écriture en souffrirait beaucoup. Je serai privée de références indispensables pour écrire et pour élaborer les mélodies. En particulier dans le domaine de la progression des cordes. J'ai beaucoup écouté les Pixies au cours de mon adolescence. J'ai toujours adoré leur musique. Je pense vraiment que Charles Thompson (NDR : alias Black Francis) est un génie. Il a enregistré cinq albums extraordinaires...

 

 

 

 

 

 

Dig

Impossible de rester à Los Angeles sans se faire bouffer par le système...

Écrit par

Dig était présent au 'Pukkelpop' de Hasselt en août 1994. En une demi-heure, il est parvenu à mettre le public dans sa poche. Son premier album date pourtant de l'année dernière. Une oeuvre dont la texture mélodique se trame dans les fibres électriques les plus savoureuses des House of Love, My Bloody Valentine, Radiohead, Smashing Pumpkins, Pixies, Sugar et du psychédélisme floydien de Syd Barrett. Un opus aux textes torturés, sarcastiques, hallucinants. Pour mieux comprendre la nature de Dig, il était indispensable de rencontrer une des deux têtes pensantes de Dig. Scott Hackwith de préférence. Parce que chanteur, guitariste et compositeur, il est devenu en un temps record un producteur demandé...

Si je ne m'abuse, Dig est un groupe relativement jeune, puisqu'il s'est formé en 1993. Mais auparavant, quel était l'emploi du temps de ses musiciens?

Nous avons vécu au jour le jour, exercé de petits boulots journaliers, séjourné au sein de groupes sans importance. Affronté les aléas de l'existence. Acquis une certaine expérience de la vie. Personnellement, j'ai participé au tournage de plusieurs films comme acteur de second plan. Des choses finalement banales par rapport à ce que nous sommes occupés de vivre avec Dig.

Vous venez de San Diego, une ville située à la frontière mexicaine. Or, là-bas, il me semble que la musique qui y est pratiquée trempe essentiellement dans le 'tex mex'. Une explication?

Non, nous sommes originaires de Los Angeles. Mais nous avons vécu un certain temps à San Diego. Disons que la genèse du groupe lui appartient Ce qui explique pourquoi nous ne sommes pas des adeptes du 'tex mex'. En fait les circonstances ont voulu que le groupe se soit formé là-bas. Cela aurait pu être ailleurs, puisque nous voyageons énormément.

Exemple votre séjour prolongé à Boston?

Impossible de rester à Los Angeles sans se faire bouffer par le système. Un groupe qui y végète deux ans est systématiquement récupéré par le business. Tu sais, L.A. est encombré de clubs où il ne vaut mieux pas mettre les pieds. Ils sont à la solde de l'industrie musicale. Nous sommes allés à Boston pour y jouer nos premiers concerts. D'excellents souvenirs! Et avec le recul, je pense que c'était la meilleure solution pour préserver notre indépendance.

Tu aimes la scène de Boston? Pourtant j'ai lu que tu étais surtout attiré par la musique sudiste. Que représente le Paisley Underground pour Dig?

Oui, la scène de Boston nous branche. Les Pixies, Frank Black aujourd'hui, les Breeders, et tous ces groupes du Massachusetts comme Dinosaur Jr. Parce qu'ils ont exercé et exercent encore une influence considérable sur l'évolution du rock américain. La musique sudiste aussi. Aussi bien celle des seventies que des eighties. En particulier Lynyrd Skynyrd qui demeure encore et toujours à nos yeux un symbole. Le Paisley Underground? Ce n'est vraiment pas notre truc! Par contre, nous avons beaucoup de respect pour ce qu'a fait Hüsker Dü. Il a permis à la scène indépendante américaine de se forger une identité. Nous sommes également attirés par tous ces groupes de guitares qui ont fleuri en Grande-Bretagne, en pleine période noisy, comme Swervedriver et Ride...

Pourtant, en comptant trois solistes dans votre line up, nous serions plutôt tentés de croire que vous érigez un mur de guitare comme chez Band of Susans?

Non certainement pas un mur de guitares. Nous accordons trop d'importance à la texture et à la profondeur de nos lignes mélodiques. Hormis le nombre de guitaristes, nous n'avons aucun point commun avec Band of Susans et tous ces autres groupes new-yorkais.

Comment interpréter tes lyrics? Comme un message social? Un exercice de style surréaliste. Ou un épanchement d'ironie pure?

Je ne me considère pas comme un écrivain ou un poète. J'aborde des thèmes qui m'intéressent et surtout qui m'émeuvent. J'essaie de composer de bonnes chansons. En général, l'inspiration vient assez spontanément. Je me vois mal passer des heures à sécher devant une feuille vierge. Tout dépend de mon état d'esprit. Je ne pense cependant pas que mes textes adoptent un ton systématiquement ironique. Mais il est exact que je les aborde, en général, sous un angle humoristique. Quelquefois, je suis même le seul à comprendre mes propres plaisanteries... (rires)

Tu as produit le dernier album des Ramones. Une fameuse carte de visite, non?

Au départ, j'ai pensé que c'était une blague. Tu imagines toi produire les Ramones? D'autant plus que je n'ai pas de bagage technologique extraordinaire. Mais sincèrement, il n'a pas fallu beaucoup me pousser pour accepter. Pourtant, je n'ai compris le mobile de leur choix qu'au cours des sessions d'enregistrement. En fait, ils recherchaient tout simplement un dépaysement, tout en bénéficiant de bonnes conditions de travail. Prendre leur pied dans une ambiance très cool. C'est primordial pour eux! Ils sont beaucoup trop expérimentés pour recevoir des conseils. Finalement, n'importe qui aurait pu prendre ma place. Je pense que de plus en plus d'artistes essaieront de trouver des producteurs susceptibles de les ressourcer. C'est en tous cas mon point de vue.

L'intérieur de la pochette est illustré par différentes photographies d'un chien. Une raison particulière?

C'est mon chien. Un phénomène! Je lui ai consacré quelques lignes dans la chanson "Mothership". (NDR: il s'appelle Frampton, mais rien à voir avec Peter Frampton!).

Tu as un jour déclaré que les drogues étaient une partie de ta vie. Que simplement refuser en Amérique n'était pas concevable. Peux-tu préciser ta pensée?

J'ai eu recours aux drogues. Cette consommation faisait partie de mon existence. Mais il est difficile d'en parler pour tout le monde... Mes anciens amis et moi-même formions un cercle très fermé, décidé à fuir et à contester la triste réalité du monde. Il nous arrivait de fumer un joint au cours de ces réunions... Mais au fil du temps, tous ces potes ont trouvé du boulot, se sont mariés, ont eu des enfants, ont renoncé à ces rencontres. Personnellement, je ne me sens pas prêt à entrer dans ce monde d'adultes. Et si je devais m'y jeter, ce serait contre ma volonté...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 27 - septembre 1994 - de Mofo)

Kevin Ayers

Le psychédélisme? De la musique porno!

Écrit par

Musicien aux talents multiples, parolier à l'humour sarcastique, à la nostalgie douce-amère, au goût prononcé pour toutes les formes de désuétude, de décadence, voire de 'non sens', cet adepte du psychédélisme sous sa forme la plus pure a réalisé un come-back très remarqué en 1992. Après plus de cinq années de silence, il est sorti de sa résidence dorée d'Ibiza pour graver un nouvel album "Still life with guitar". Et depuis, cet ex membre fondateur du Soft Machine a repris le chemin des tournées. La plupart du temps en duo... Rencontre d'un personnage mythique, à la personnalité fascinante qui pousse la gentillesse à nous accorder, comme Peter Hammill, son interview dans la langue de Molière et accepte d'évoquer un passé pourtant encore douloureux...

Avant de sortir "Still life with guitar", en 1992, tu es demeuré cinq ans sans donner signe de vie. Y-a-t-il une explication à ce long silence?

Pas vraiment ! Dans la vie on n'a parfois plus rien à dire. Lorsque tu composes, l'inspiration ne vient pas sur commande. Lorsque tu te réveilles le matin, tu es incapable de savoir si tu vas écrire quelque chose d'intéressant. Tu peux avoir l'intention de le faire. Travailler toute la journée et toute la nuit, mais sécher devant une feuille vierge. L'écriture n'est pas une discipline automatique. D'ailleurs, l'étincelle peut jaillir n'importe où, même aux toilettes... (rires)

"Still life with guitar" est donc un titre chargé de significations?

Oui, mais en anglais, il a un double sens. Il se traduit également par nature morte. Disons que c'est un équilibre entre les deux significations...

Un CD de Kevin Ayers est sorti voici deux ou trois mois. Je suppose qu'il ne s'agit pas d'un nouvel album? Pourquoi ne bénéficie-t-il d'aucune promo?

Ce n'est pas un nouvel album, mais une compilation qui inclut des sessions d'enregistrement 'live' réalisées pour l'émission radio de John Peel. C'était très intéressant. Mike Oldfield y a participé. On avait plein d'idées, et on a travaillé sans la moindre contrainte. Le problème de promo n'est pas de mon ressort. C'est effectivement ennuyeux, mais la distribution est hors de mon contrôle...

Je constate que Mike Oldfield répond toujours présent lorsque tu fais appel à lui. Est-ce que tu comptes encore reconduire la même équipe pour concocter ton prochain opus?

Ce serait difficile, puisque Olie Halsall n'est plus de ce monde. Je sais que sa disparition n'a pas fait grand bruit, mais elle était à l'image du personnage. Discret, énigmatique, il n'a jamais voulu suivre le chemin normal du rock'n roll. Il a toujours voulu côtoyer des gens bizarres comme moi, et il est parti sans faire de bruit. Mais tu peux demander à n'importe quel guitariste ce qu'ils pensent de lui, et tu recevras invariablement une réponse élogieuse à son sujet. Parce que c'était un personnage extraordinaire. Sa disparition m'a beaucoup affecté...

Sur "Still life with guitar", on a l'impression que tu concentres toute ton énergie sur les guitares acoustiques. Est-ce un nouveau credo ?

Non, puisque j'ai commencé dans ce style ; et finalement, c'est celui que je préfère. J'aime également la guitare électrique et les sonorités électroniques. Mais je trouve que la guitare sèche est plus humaine, plus chaude, plus naturelle. Si tu ne comprends pas le feeling de la guitare acoustique, tu ne comprendras jamais rien à la guitare. Si tu es incapable de tirer quelque chose d'intéressant d'une seule corde ou d'un seul accord, tu resteras toujours incapable de le faire avec cinq, dix ou quinze. C'est un feeling. Et le feeling naît avec la guitare acoustique...

Est-ce que joues encore de la basse?

Pas pour l'instant. Mais, c'est l'instrument que je préfère. Parce que je le considère comme le coeur de l'orchestre. Et que si tu veux jouer de la guitare, il est indispensable de connaître aussi la basse. Des tas de guitaristes pensent être capables de jouer de la basse, mais ils la traitent comme une guitare électrique. Or, il y a une différence fondamentale entre les deux instruments. J'aimerai bien encore en jouer. Mais je suis incapable de chanter en même temps. C'est à cause de ma manière de chanter. Parce que ma voix passe toujours à travers le rythme. Mais chanter sans relief ne m'intéresse pas. C'est pourquoi, j'ai besoin d'une base solide derrière moi. Jouer de la basse et chanter en même temps est une opération que je ne suis pas encore parvenue à réaliser.

Au début de ta carrière, tu étais fort impliqué dans la musique psychédélique. Quel regard portes-tu sur le retour de ce style dans les nineties. Sur ce que réalise Steve Hillage dans ce domaine avec The Orb? Et d'une manière générale sur l'évolution du rock?

Je n'ai pas eu l'occasion d'écouter The Orb. Je suis un jour tombé sur Steve occupé à triturer des samples de Jimi Hendrix. Cela lui a d'ailleurs causé des problèmes. Il m'a dit qu'il considérait ces manipulations comme de l'art. Qu'il travaillait comme un peintre qui choisissait ses couleurs avant de les appliquer sur une toile sonore. Une manière de voir les choses, mais que je ne partage pas. J'ajouterai même que je n'aime pas du tout ces tripotages. Je préfère choisir mes propres coloris... Le rock contemporain ne va pas très bien. Il existe bien sûr des exceptions, mais en général, il manque de passion, d'engagement. De plus aujourd'hui, comme il y a moins de choses à dire, le risque de se répéter est beaucoup plus grand. La musique la plus effective, la plus actuelle, est le rap. Elle est directe, véhicule des thèmes brûlants sur les problèmes rencontrés par la génération nouvelle. Mais c'est plus une musique à danser qu'à écouter. En plus, elle est plutôt morose. Attention, je n'ai pas dit qu'elle était mauvaise...

Kevin Coyne qualifiait le rap de blues du XXème siècle.

Une excellente image. Je partage entièrement son point de vue...

Et le psychédélisme?

De la musique porno. Elle s'est prostituée au graphisme. Je n'en ajouterai pas davantage. J'apprécie pourtant toujours l'énergie qu'elle manifeste. Elle est toujours vivante. Parce que la chose la plus importante dans la musique demeure l'énergie. Tu peux écouter une chanson avec des paroles banales, mais son énergie peut te transporter. Car le reste n'est plus que forme et style. Il n'y a plus rien de nouveau à se mettre sous la dent. Il faudra peut être attendre une invasion d'extraterrestres pour voir fleurir de nouvelles idées. Ce qui ne veut pas dire que je ne considère pas la musique comme positive.

Est-ce que tu croises encore Daevid Allen, Robert Wyatt et Mike Ratledge?

Daevid Allen, oui ! Nous avons effectué une tournée ensemble aux States. Nous nous sommes produits dans une vingtaine de petits clubs. Au départ, ce périple n'était pas très intéressant, mais la multiplication des sets nous a permis de nous y retrouver. Une expérience assez difficile à vivre, cependant. Parce que tu passes la plupart de ton temps dans un avion ou dans les aéroports. Robert Wyatt et Mike Ratledge? Aucune idée de ce qu'ils deviennent!

Tu as eu l'occasion de travailler avec Nico à plusieurs reprises, et notamment pour la confection de ton fameux elpee "The Confessions of Doctor Dream and other short stories". Quel sentiment as-tu éprouvé lors de sa disparition?

Cela devait arriver. Je n'ai rien à ajouter à ce propos. C'était dans la logique des choses...

Si tu en avais l'occasion, quelle période de ton existence changerait volontiers?

Mon éducation scolaire. J'ai suivi un enseignement militaire, strict. L'école était académiquement correcte, mais désastreuse au niveau du contact humain. Cette école était totalement homosexuelle. Sadique. Et pas seulement à cause des châtiments corporels infligés, mais à cause de l'attitude misogyne de son personnel. Les femmes étaient proscrites de l'établissement. Et lorsque je suis sorti de cette école, je ne savais pas ce qu'était une fille. Je ne parle pas au niveau de la sexualité, mais du contact humain. J'avais alors seize ans. Tu imagines le gâchis! Mon départ dans la vie, tu vois, n'était pas vraiment idéal...

Au bout de combien de temps, le soleil commence à te manquer, lorsque tu es en tournée?

Il existe différentes sortes de soleil. Le soleil de l'âme est certainement le plus important. Pas le soleil qui brille. Il ne doit pas toujours nécessairement briller dans le ciel, mais bien dans l'âme des gens...

Version originale de l'interview parue dans le n° 25 (juillet 1994) du magazine MOFO

 

 

 

 

 

 

Swans

Comment devenir voyeur, si on ne parvient pas à s observer soi-même?

Écrit par
Les interviews accordées par Michaël Gira sont plutôt rares. D'abord, il n'aime pas trop les journalistes, et puis essayer de lui tirer les vers du nez ressemble à un véritable parcours du combattant. Pas qu'il soit antipathique. Disons simplement que ses chansons constituent un patrimoine très personnel, plutôt secret, qu'il répugne à débattre. A charge de l'auditeur d'y trouver ses propres explications. Et lorsqu'il se sent quelque peu piégé, il manie alors l'humour comme Lagardère son fleuret. Mais avant de passer à cet entretien, plantons le décor: Gira, chapeau vissé sur la tête, lunettes solaires et boulon qu'il mâchonne machinalement ou rallume dès qu'il estime avoir marqué des points...

Pourquoi ce silence de trois longues années, et puis deux albums dans la foulée?

Nous avons pris tout notre temps. Nous avons quitté New York pour la Géorgie. Pour Atlanta très exactement. Onze albums en onze ans sans compter les tournées et les projets parallèles. J'en avais marre de ce rythme. Nous étions devenus incapables d'évaluer notre travail. Nous avions besoin de faire un break. Cependant, nous ne sommes pas restés totalement inactifs pendant trois ans, puisque nous nous sommes investis dans des projets alternatifs.

Que devient Skin?

Je recommencerai un jour cette expérience. Pas dans l'immédiat, puisque Skin est aujourd'hui sans maison de disques!

C'est la raison pour laquelle le projet n'a plus rien accouché de concret depuis si longtemps?

Plus rien depuis 1987. Non pardon, il a sorti un album en 1990. Et il en enregistrera un bientôt.

Que représente pour toi la "No wave" (NDR: mouvement musical, et même artistique, qui a secoué l'underground new-yorkais au début des eighties, et au sein duquel ont trempé, entre autres, Live Skull, UT, Sonic Youth et Swans) ?

Qu'est ce que c'est que ça? Du gel pour les cheveux? Je n'ai jamais entendu parler de ce mouvement!

Ni de Live Skull, je suppose?

On dirait le titre d'un film d'horreur!

Ou encore de Sonic Youth?

Qu'est ce que c'est que cette marque? Un test de grossesse? Non, je ne connais pas tous ces gens (NDR: Pouh, la mauvaise foi!)

Quelle différence y a-t-il entre Skin et Swans?

C'est juste un prétexte pour travailler. Je ne parviendrai jamais à comprendre tous ces groupes qui se contentent d'un album par an. Il y a tellement de créneaux à explorer! Que font-ils le reste du temps? Se droguer? Personnellement, je suis incapable de me croiser les bras. Je trouve toujours un prétexte pour ne pas rester inactif. C'est pourquoi j'ai gravé un album solo, entrepris le projet Skin, écrit un livre,... c'est ma manière de vivre. J'estime qu'il est essentiel de se remettre constamment en question...

A propos de ton livre, il est sorti en même temps que ton album solo? Est-ce une œuvre autobiographique?

"Drainland" est probablement l'album le plus personnel que j'ai commis à ce jour. J'ai repiqué des enregistrements de conversations établies entre Jarboe et moi-même. Je trouvais l'idée intéressante. Un peu dans l'esprit de "Qui a peur de Virgina Wolf ?". Il met en scène le portrait spontané et naturel de deux personnages qui vivent ensemble et surtout de la manière dont ils dialoguent... lorsqu'ils ont bu!

Pourquoi avoir choisi Rollins pour éditer ton livre?

Il ne l'a pas édité. Il l'a simplement publié. Je ne laisserai jamais quiconque éditer mon livre. Même pas le président Clinton! Mais le livre n'est pas encore sorti!

Que représentent Camus et Sartre dans l'écriture de Michaël Gira? Quels sont les auteurs qui t'inspirent?

Je n'ai pas lu ces auteurs depuis mon adolescence. Ils ne représentent pas grand-chose à mes yeux, à vrai dire. Je suis davantage influencé par la télévision et la publicité que par la littérature. Principalement la télévision...

On pourrait alors te considérer comme un chroniqueur cynique de la société contemporaine?

Un voyeur est quelqu'un qui s'installe à l'extérieur pour observer ce qui se passe à l'intérieur des gens. C'est ce que je suis, je suppose. Mais comment devenir voyeur, si on ne parvient pas à s'observer soi-même?

N'est-il pas dangereux de trouver la sérénité dans la tristesse? Ou est-ce simplement un moyen d'exorciser tes propres angoisses?

Tu me trouves triste?

Tes chansons le sont ?

Triste n'est pas l'adjectif adéquat. Je pense simplement que mes chansons reposent sur l'émotion. Quant à la sérénité, je doute la rencontrer un jour...

Dans "Mind/ Bloody/ Light/ Sound", tu dis: "l'éternité ne dure pas longtemps" As-tu peur de la mort? Crains-tu l'apocalypse?

Je suis incapable de répondre à une question pareille. Pose là plutôt au pape Jean-Paul II! (rires)... Salman Rushdie a peur de la mort. Pas moi! Je n'ai rien à ajouter sur un tel sujet. Chacun doit admettre son propre destin.

Pourquoi affirmer alors, dans "Telepathy", que "mon corps commence là où ma mémoire s'arrête..."?

Ce n'est pas moi qui affirme cela, c'est la chanson (NDR: ?!?!...). Je n'utilise pas la musique pour me confesser au monde! Crois-tu que Kurt Weill ou Braque parlent d'eux-mêmes dans leurs œuvres?

The Great Annihilator aurait tout aussi bien pu servir au titre d'un film qui met en scène Schwarzenegger. Est-ce une bonne métaphore?

Non, pas du tout! C'est un terme de physique. De cosmologie. Une théorie de Stephen Hawking selon laquelle l'univers s'est créé à partir de l'explosion d'un grand trou noir. Avec le temps, les molécules retournent dans l'espace; et lorsqu'elles atteignent l'état d'inertie, elles sont aspirées par ce vide, avec pour conséquence, une réversibilité du temps. Ce trou noir est appelé "The great annihilator". Je ne m'intéresse pas outre mesure à la science, mais je trouvais que l'image était belle (NDR: ?!?!)

Penses-tu que le temps soit liquide? Que tout est unité et vice-versa?

Tout est liquide. Le corps est liquide... Non honnêtement, je n'en sais rien. Je ne suis pas philosophe. Demande plutôt au Dalaï-Lama. Je ne suis qu'un solitaire qui tente de s'exprimer à travers des mots. Je chante un peu aussi. Est-il possible pour moi, comme pour toi de répondre à une question pareille sans risquer de pondre des âneries? Si j'y répondais, cela voudrait signifier que je sais tout. Or, je ne sais rien et c'est mieux ainsi. C'est pourquoi, je n'y répondrai pas. (NDR: n'était-ce pas une réponse de philosophe?)

Merci à Christophe Godfroid

(Version originale de l'interview parue dans le n° 39 - décembre 1995/janvier 1996 - de Mofo)

 

 

 

 

Lamb

De lumière et d'obscurité

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Andy Rhodes et Louise Barlow, passant allègrement d'une tournée promo aux Etats-Unis à quelques apparitions remarquées en festival, estiment Lamb meilleur sur scène que sur disque. Même si "Fear Of Fours", le second et récent en date, sent déjà plus le live. Une chose est sûre: le réjouissant concert, entre drum'n'bass, électronique et chansons pop, livré par le duo de Manchester à Werchter au début du mois est de ceux qui donnent envie de plonger au plus profond de sa musique. En compagnie de Lou, maman d'un petit Reuben d'un an...

Nous avons tourné aux Etats-Unis avec l'album précédent. Ils nous connaissent déjà un peu là-bas, et les réactions sur le second semblent positives. J'ai l'impression que les Américains commencent à s'y intéresser. Le problème, c'est que nous n'entrons pas vraiment dans une catégorie musicale particulière. Tout le monde sait qu'aux States, les radios, par exemple, sont très spécialisées. Mais les ‘college stations’ passent notre musique. C'est dans ce circuit-là qu'on s'intéresse surtout à ce que nous faisons. C'est un bon début

Pas parler, jouer!

Comment parlez-vous habituellement de votre musique aux gens que vous êtes amenés à rencontrer?

Je crois qu'une fois qu'on commence à décrire quelque chose, on s'en éloigne. C'est pourquoi je n'aime pas trop parler de notre musique. Evidemment, ça ne facilite pas le travail des journalistes. Disons simplement que cette musique requiert d'être écoutée, pas discutée, dans un sens. C'est comme pour un tableau; la meilleure chose qu'on puisse faire, c'est le regarder plutôt que d'en parler. Les gens écoutent trop souvent sans faire fonctionner leurs oreilles. Ils se basent sur ce que d'autres ont pu dire et dès lors, ils ont déjà classé la musique avant d'y prêter vraiment attention. C'est la tendance actuelle et ce n'est pas très positif.

Les gens se sont plantés, par rapport à votre premier album?

Quand il est sorti en 96, nous ne savions pas trop quelles réactions il allait susciter. En plus, nous étions très naïfs à l'époque. Forcément, nous sommes restés enfermés en studio, totalement plongés dans ce disque pendant des semaines et nous n'étions jamais montés sur scène. Globalement, il a été bien reçu. Bien sûr, nous avons eu droit au lot habituel de comparaisons stupides. Avec Portishead par exemple. C'est ce qui arrive quand on écoute un disque sans ouvrir les oreilles... C'est réducteur et générateur d'a priori.

Pourquoi être comparé à Portishead? Parce que vous êtes un duo? A cause de ta voix?

Dans un sens, c'est de la paresse... journalistique que de relier ainsi un album à d'autres déjà existants. La musique pourrait être comparée à un jour ensoleillé, une tornade, à un plat qu'on apprécie... Il y a tellement de moyens pour exprimer la musique. Mais non, il semble que coller des étiquettes soit la règle. On dirait que certains s'en sont même fait une spécialité! C'est le pire qu'on puisse faire avec la musique.

Tu penses aux journalistes en particulier?

Les dj's fonctionnent de la sorte également. Et en plus, on en a fait des stars (rires)! C'est du nivellement par le bas. Lamb? Ah oui, c'est une fille et un garçon. Elle chante, il bidouille? Bon, c'est comme Portishead!

Ecrire

Tu n'as pas envie de devenir journaliste?

Non! J'aimerais devenir écrivain.

Ecrire des chansons est proche du métier d'écrivain, selon toi?

Oui, en tout cas c'est plus facile parce qu'une chanson est plus courte qu'un roman (rires). Comme je ne reste enthousiaste que pendant de brefs laps de temps, le format ‘chanson’ me convient parfaitement. Je peux raconter une histoire ou faire passer une émotion en trois minutes et demie, c'est parfait!

Tu fais quoi des textes que tu n'arrives pas à terminer?

Il ne m'est jamais arrivé de haïr une chanson au point de ne plus jamais vouloir en entendre parler. Disons qu'il y en a que je préfère à d'autres et que ça change souvent. Je crois à la spontanéité: quand tu fais quelque chose de bon, c'est parce que tu le fais pour la première fois.

Quand on vous voit sur scène, on a effectivement l'impression que c'est pour vous un plaisir et une découverte à chaque fois renouvelés...

Nous pourrions tomber dans la routine en jouant chaque soir les mêmes choses. Ce n'est heureusement pas notre cas. Les endroits sont différents, nos humeurs sont différentes, en plus nous jouons au sein d’un groupe. A chaque fois, ça doit être neuf pour nous, c'est la seule manière d'évoluer. C'est ainsi que nous essayons de fonctionner. En injectant chaque soir une nouvelle fraîcheur dans notre musique.

Et pleurer

Tu trouves que votre musique se prête à être jouée dans de gros festivals?

Au départ, Lamb n'était qu'un projet studio. Après la sortie du premier album, l'idée de monter sur scène était pour nous une perspective assez effrayante. Nous n'avions vraiment aucune idée de la manière de faire, tout simplement! Au fil du temps, nous avons appris à développer notre show. La plupart des chroniques mentionnent que nous sommes meilleurs sur scène que sur disque. Nous en avons également l'impression! C'est pourquoi l'expérience des concerts a été largement prise en compte au moment d'écrire "Fear Of Fours".

Vos titres plus mélancoliques passent aussi bien sur scène que les plus rythmés? Il y a quand même quelques plages très calmes sur cet album...

Je crois que le public est gavé de pop music qui se veut joyeuse à tout prix. Quand une chanson ne rentre pas dans ce format, on se dit tout de suite qu'il s'agit de mélancolie. Si on écoute attentivement notre musique, je crois qu'elle est l'expression d'une joie profonde. Or, les joies les plus profondes sont très proches de la tristesse, et vice-versa. C'est la vie: elle est faite de lumière et d'obscurité. Il n'y a pas d'émotions pures mais des émotions connexes. Après tout, pourquoi les gens pleurent-ils quand ils sont heureux?

Interview parue dans le n°75 du magazine Mofo de juillet/août 1999

 

Killing Joke

Le poète de l irrationnel

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Fondé en 1979, ce pur produit de la scène post punk britannique a toujours projeté, sur la scène musicale, une image empreinte de danger et de mystère. Un concept alimenté par la personnalité radicale, mais fascinante de son leader, chanteur et lyriciste, Jaz Coleman. Auteur, début des eighties, d'énormes hits comme "Follow the leaders","The war dance" ou "Love like blood" et responsable de superbes albums, trop souvent passés inaperçus, Killing Joke aurait pu devenir un des groupes phare de la précédente décennie, s'il n'avait pas été gangrené par une multitude de conflits internes. Le plus grave remontant à 1982, lorsque Youth, bassiste et membre fondateur du groupe, mettait les voiles... Or, il vient de réintégrer la formation... Et, par la même occasion de produire le nouvel opus de Killing Joke : "Pandemonium". Un disque remarquable qui, à notre humble avis aurait largement mérité de figurer dans le poll 94 de la majorité des magazines spécialisés. Suffisait sans doute de l'écouter... Mais qui pouvait le mieux expliquer la renaissance de Killing Joke? Jaz Coleman évidemment. Il ne s'est pourtant pas contenté de répondre aux questions; mais s'est également chargé de nous développer sa théorie visionnaire sur le retour à la nature. Surprenant, mais pas inintéressant...

Comment expliquer le retour de Youth?

La reformation du groupe est tout d'abord passée par notre réconciliation. C'était le premier cap à franchir. Lorsque nous nous sommes brouillés, je traversais une période difficile. J'estimais que notre collaboration devenait improductive. Nous n'étions plus sur la même longueur d'ondes. Au cours des douze dernières années, j'ai surtout travaillé en compagnie d'un orchestre symphonique, alors que Youth s'est essentiellement consacré à la production. Et au fil du temps, nous nous sommes demandé pourquoi nous en étions arrivés à briser cette amitié. C'était complètement dingue de notre part. Mais les prémisses de cette réconciliation ne sont apparues que vers 1990. A cette époque, Youth se consacrait à la production d'un album de Crowded House. Et, je ne me souviens plus trop pourquoi, mais je devais me rendre dans le même studio d'enregistrement. Plus qu'une coïncidence, ce fut l'accomplissement d'une prophétie. Et un album est venu sceller cet événement : "Pandemonium". Notre première collaboration depuis plus de dix ans. Il est tout à fait explosif. Nous en sommes fiers, parce que nous l'aimons. Nous ne nourrissons pas d'ambition particulière à son sujet. La plupart de mes rêves se concrétisent un jour ou l'autre, de toutes manières. La plupart... Aujourd'hui, Killing Joke vit des jours étranges. Et j'apprécie cette tournure des événements. Des jours étranges que je n'avais encore jamais vécus, un épisode de ma vie qui me permet d'atteindre une haute expérience de l'existence.

Pourquoi cet exil en Nouvelle-Zélande?

Parce que cette terre est restée pure. Les rivières sont propres, regorgent de poissons. Le paysage est curatif. Il me rend optimiste, me ressource. Et j'imagine que cette île sera encore, pour au moins cent ans, préservée des abus de la civilisation moderne...

Nonobstant son agressivité métallique et ses pulsions tribales, j'ai toujours ressenti dans la musique de Killing Joke une puissance classique de type wagnérien. Est-ce intentionnel?

J'ai toujours été inspiré par la musique classique. Pas les autres membres du groupe. Des tas d'influences ont façonné le groupe. Le reggae, par exemple. Mais également la littérature; et puis l'art en général. Et certainement pas le blues ni le rythm'n blues. Notre musique est européenne, pas imprégnée de clichés américains. Nous chantons avec un accent anglais. Pas yankee. Killing Joke est un style de vie, le respect d'une tradition. Sa musique suscite le rêve, la fantaisie. Elle ne s'analyse pas. Elle se ressent. Je ne suis pas un intello. Killing Joke signifie la vie, le contact, l'amour, mais pas la réflexion. C'est comme un rayon de soleil nécessaire. Il s'oppose à l'intellectualisme dont les adeptes portent des lunettes aux verres fumés. Ils paraissent détachés et heureux, mais ils ne vivent pas. Ils n'aiment pas. Ils ne connaissent pas la passion. Ils ne touchent pas. Ils gardent tout dans la tête et réduisent leurs perspectives à l'analyse. Elle est néfaste à l'être humain. Je la hais, je la méprise!...

Dans "Mathematics of chaos", tu prétends qu'en essayant d'imposer l'ordre, nous créons le chaos. Mais sans ordre, il règne le chaos. As-tu une autre solution à proposer?

Tout à fait. Encore une fois, j'estime qu'il faut laisser les choses évoluer naturellement. Ne pas imposer de règles préétablies. Lorsque tu tombes amoureux d'une femme, tes sentiments ne sont pas rationnels. Tu ne te dis pas, je copule dans le but de produire des enfants. Tu lui dis que tu l'aimes. Et que le fruit de cet amour se traduira par un bébé. Notre système éducatif doit être complètement revu. Il déforme l'individu. Il ne projette que des vues à court terme. Je reconnais que je suis un idéaliste. Un poète de l'irrationnel. Mais je prône un retour aux vertus de l'éducation naturelle...

En déclarant sur "Black Moon" que le rêve est seulement une ombre ou quelque chose que tu trouves réel, n'as-tu pas une vision fataliste de la réalité?

Non, ce serait mal me comprendre. Il existe plusieurs niveaux d'existence. Comme il existe différents niveaux de la réalité. Et les frontières ne sont pas toujours bien définies. Si tu rêves, et que tes cinq sens fonctionnent en même temps, la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher, tu ne sais plus très bien sur quel palier tu te situes. Mais lorsque tu reviens dans ton corps, tu te rends compte avoir franchi un échelon de la réalité. Des événements différents peuvent ainsi se produire dans un rêve nocturne, dans la vie de tous les jours ou même dans d'autres vies. C'est une ombre ou quelque chose de réel. Peu de gens admettent ou comprennent ce mystère. Pourtant, il procure le sel de l'existence. Notre civilisation judéo-chrétienne est la principale responsable de cette amnésie...

Dernièrement, tu as déclaré avoir trouvé ton équilibre en découvrant Dieu. Peux-tu préciser ta pensée?

Euh!... N'importe qui peut prétendre philosopher. Mais si cette philosophie n'est pas remplie d'amour et de sagesse, si elle ne répond pas à une certaine conception de la vie, elle mène à la folie. J'ai eu recours à la magie. Au mysticisme. Au spiritisme. A la "gématrie" (NDR: système numérologique ancestral). La magie permet de créer, de modifier le cours des événements, en symbiose avec la volonté. Mais ce pouvoir exerce également une influence sur celui qui la pratique. Elle peut rendre égoïste. Or le centre de l'univers n'appartient pas à l'homme. Il appartient à celui qui a donné l'opportunité de vivre. La création est une forme intelligente de la nature. Que certains appellent Dieu. Ma pensée est capable de communier avec cette cause universelle. Lorsque des événements extraordinaires se produisent dans ton existence, tu dois montrer de la gratitude. Et j'ai dit merci. Dieu est univers, nature, étoiles, astres... La vie ne peut pas exclusivement se traduire en matière. Si c'était le cas, les corps défunts auraient la même valeur que les corps vivants. La spiritualité est une nourriture dont nos esprits ont tous besoin. L'existence de l'esprit physique, de l'âme, est aujourd'hui démontrée. Il est possible de lui attribuer une dimension religieuse. Mais la spiritualité s'exprime dans le grand silence. Elle m'a permis de rencontrer Dieu dans ma propre vie individuelle...

Sur la notice de la pochette de "Pandemonium", j'ai relevé qu' "Exorcism" avait été enregistré dans le caveau du roi de la grande pyramide de Giza. C'est une plaisanterie?

Pas du tout! Il y a quatre ans, je me suis rendu au Caire pour participer à l'enregistrement de l'album d'Anne Dudley (NDR: Art Of Noise). Lors de ce séjour, j'avais noué d'excellents contacts avec les responsables des sites archéologiques égyptiens. J'ai ainsi pu solliciter une audience auprès du ministre de la culture qui nous a accordé l'autorisation de disposer de la crypte pendant trois jours. Un moment inoubliable!... Killing Joke n'apporte pas seulement un plaisir. Il remplit une fonction sociale. Ecouter un disque en rentrant de son boulot permet à l'esprit de se relaxer, de se libérer. Mais Killing Joke apporte une dimension supplémentaire à ce geste. Par la diffusion d'une forme extrême, violente, intense de sa musique. Destinée à se débarrasser du stress accumulé au bout d'une journée de travail. Et susceptible d'exorciser la haine, la culpabilité et la douleur qu'il engendre...

Est-ce que tu te sens toujours confronté au reflet de ta propre image?

Absolument! Je suis très critique vis à vis de moi-même. C'est pourquoi, j'ai choisi de vivre à l'écart du monde et de la réalité. J'intériorise mes sentiments plutôt que de les exprimer. C'est pourquoi je ne suis pas un personnage toujours facile à vivre; mes amis pourraient certainement t'en parler davantage...

(Version originale de l'interview parue dans le n°30 - février 1995 - de Mofo)

Iron & Wine

J’évite les pièges du monde superficiel.

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Le rendez-vous était pris : mardi 7 août à 17h dans les locaux de la VRT. Un peu anxieux, je gare ma voiture où je trouve de la place, c'est-à-dire à perpète’ les oies, et profite du trajet à pied jusqu’au bâtiment pour me remémorer les questions que je poserai à Sam Beam. Le fondateur et acteur principal d’Iron & Wine jouit d’une réputation de personnage fort sympathique. L’entretien sera très chaleureux selon certaines de mes sources. La sortie en septembre de son nouvel album « The Shepherd’s Dog » est la raison de sa visite dans notre pays. Une multitude de couloirs et d’étages plus loin, nous nous retrouvons assis à une table. Dans le coin de la pièce, il y a une housse de guitare. ‘Ibaneze ‘est gravé sur l’étui. Elle est posée à même le sol. Elle attend son maître. A côté d’elle veille son gardien : une représentante du label Sub Pop. Sam Beam ne doit pas être loin. En fait, il termine un tête à tête pour un autre magazine. Il est 17 h. Je sais qu’un taxi lui est réservé pour 18h00. Il doit l’amener à la gare. Et une autre interview est prévue après la mienne. Je me sens un peu sous pression. En réalité je m’y mets tout seul. J’ai le sentiment que la température de la pièce a augmenté de 20 °. Mes mains s’humidifient, mon t-shirt aussi. Sam apparaît au fond de la pièce, la démarche calme et posée. Reconnaissable à 10 lieues, à cause de la barbe et sa coiffure ‘hippie’. La housse de guitare semble frétiller en voyant son maître revenir. J’enclenche le dictaphone. Je sens déjà le calme me revenir. Sam me réconforte d’un sourire et d’une poignée de mains chaleureuse. Agréable premier contact.

Bonjour Sam, comment vas-tu ?

Bonjour ! Bien, merci.

Tu viens nous présenter « The Shepherd’s Dog », ton dernier album qui sortira en septembre. Dans quel état d’esprit es-tu ?

En pleine forme ! Et je suis très content. Cet album est distinct des autres. Je pense ainsi avoir pu et pouvoir en parler différemment.

Pour concocter ce dernier opus, tu as reçu le concours d’une volée de collaborateurs. Ces contributions deviennent habituelles. Dans le passé tu avais déjà reçu le concours de ta sœur ou de Calexico (sur l’EP « In The Rain »). Qu’est-ce qui détermine ce choix ?

J’aime bien inviter ma sœur pour chanter. Elle a, de nouveau, participé à la confection de cet album (NDR : et participera également à la tournée). J’apprécie tout particulièrement m’entourer d’artistes venus de tous les horizons, de manière à susciter de chouettes associations d’idées. En plus, mon travail est valorisé. J’écris, je compose et je propose. Ensuite, chaque participant apporte sa propre vision. Nous mélangeons alors le tout pour obtenir la mouture finale. Un concept qui améliore mon travail.

En général, tu contactes les artistes ou ils te proposent leur concours ?

C’est toujours moi qui les sollicite. J’ai travaillé en compagnie de Brian Deck, Jim Becker ou Rob Burger, par exemple. J’ai partagé des shows avec Rob, mais c’est la première fois que nous enregistrons ensemble. C’était fantastique ! 

En écoutant « The Shepherd’s Dog » on sent à nouveau ton envie d’intimité et la volonté de communiquer des sensations toujours plus douces. D’où vient cette motivation ? N’as-tu pas envie, de temps en temps, d’opter pour un son plus ‘trash’ ?

Je travaille toujours sur des compositions calmes ; mais parfois il m’arrive de ressentir cette envie, effectivement. Tout dépend du morceau. Sur le dernier album, certaines plages recelaient des éléments troublants, susceptibles d’y parvenir. En fait, pour composer une chanson d’amour ou intimiste, tu dois d’office opter pour un son doux. J’essaye toujours d’écrire des chansons inspirées d’expériences humaines, dont la partie douce et fragile vient dominer l’ensemble. Je tente de refléter cette perspective dans ma musique. 

Pour beaucoup d’Européens, les USA véhiculent une image assez superficielle. Comment fais-tu, pour t’en détacher d’une manière aussi tranchée ?

Oh ! Merci c’est gentil. Tu sais, les USA appartiennent à la planète terre sur laquelle je vis. Si je ne devais plus partir en tournée, ce ne serait pas un problème. En plus, je préfère me concentrer sur la recherche et la création à la maison, que d’écouter le résultat et partir sur la route. Je n’accorde pas trop d’attention au travail des autres, mais je me tiens quand même au courant. Je pense malgré tout, que la plupart des albums qui sortent aujourd’hui n’ont pas vraiment d’âme et ne libèrent guère d’émotion. Contrairement à de nombreux contemporains, je n’écris pas de chansons pour devenir une star, mais parce que j’en éprouve de la satisfaction. Pas spécialement non plus pour être connu. J’évite les pièges du monde superficiel.

Franchement, n’es-tu pas trop agacé d’être si souvent comparé à Nick Drake ?

Non, absolument pas ! Nick Drake ? Je suis flatté. J’adore sa musique. Je pense qu’il est impossible de ne pas comparer le travail que l’on produit, avec celui des autres artistes. C’est impossible de nier les ressemblances ou les influences. La musique de Nick Drake est tellement cristalline qu’on la reconnaît immédiatement.

Ta première expérience studio date de “Our Endless Numbered Days ” ?

« Creek Drank The Craddle », l’album précédent avait été réalisé à la maison. Je l’avais plutôt considéré comme le fruit d’un hobby. « Our Endless Numbered Days » à été enregistré en studio, oui.

Tu sembles adorer enregistrer at home ? C’est à nouveau le cas pour « The Shepherd’s Dog ». Exact ?

J’aime bien aussi travailler en studio. Les machines (NDR : Sam dit littéralement ‘the big toys’) sont plus sympas. Tu as plus de choix, plus d’options disponibles. J’ai fait construire un studio chez moi où j’y ai enregistré « The Shepherd’s Dog ». J’adore y bosser car il n’y a aucune restriction de temps. Tu ne dois pas te dépêcher. Tu peux écouter ce que tu fais. Tu peux encore changer ou modifier des arrangements plusieurs mois après la première prise. J’aime cette autonomie, simplement pour pouvoir me mettre au boulot quand j’ai envie, comme j’ai envie. Le procédé est plus créatif, plus motivant. Je prends mon temps pour réfléchir à ce que je fais.

“Carried House” et “Kingdom of the animals” figurent sur l’EP “Boy With A coin”, mais n’apparaitront pas sur l’LP. Manque de place ?

J’enregistre toujours beaucoup plus de chansons qu’il ne faut. J’en ai systématiquement de trop. Je n’écris pas sous un format prédéfini. Je les stocke, les réécoute. Je ne réunis sur un même disque que des chansons qui ont un lien commun. L’histoire de « Carried House » est assez amusante ; au début de sa création elle reposait sur une structure rythmique et trahissait une influence africaine. Elle s’est modifiée au fil du temps pour devenir ce qu’elle est à présent. Le résultat est assez chouette, et totalement différent de sa conception initiale. Je prends toujours mon temps pour tisser mes morceaux et embellir les motifs qui en résultent. Sur ce single, je voulais que ma musique adopte un autre type de sonorité.  

Quels rapports entretiens-tu avec Sub Pop ? Tu t’y sens bien ?

(En se relevant vers l’attaché du label à coté de nous) Oh très très bien, génial !! (rires). Sérieusement, cette structure me plaît. Certains artistes choisissent de signer chez un major en disant ‘faites de moi une rock star !’ Ce n’est absolument pas ma façon de concevoir les choses. Chez Sub ils produisent et distribuent mes albums en me laissant une totale liberté. Vraiment, c’est tout ce que je demande. Rien de plus. Ce sont réellement des gens sympas.

Tu te produiras en concert le 9 août à Londres, puis tu retournes jouer aux States. Ensuite tu repars vers l’Ecosse et l’Irlande avant de revenir à nouveau vers l’Angleterre. Tu nous as oubliés dans ton trajet dis donc ?

(rires) Oh non…Toutes les dates ne sont pas encore confirmées. Je me pointerai pour un concert prévu au mois d’octobre, je pense ; et puis pour le printemps.

Fabriques-tu tes propres pochettes ? Je les trouve très réussies. As-tu suivi des cours d’arts graphiques ?

Oui, j’ai fréquenté l’Académie. En fait, à une certaine période de ma vie, j’ai même cru que j’aillais devenir peintre.

Et le choix entre la peinture et la musique n’a pas été trop difficile ?

Je continue toujours à toucher à tout : photographie, film, peinture. C’est mon passe-temps. Je n’ai jamais vraiment fait de choix définitif.

Merci Sam, c’était très sympa de discuter avec toi.

Merci à toi, et bonne continuation.

Il est 17.30. L’entretien s’est déroulé à toute vitesse. Sam ne s’est jamais départi de son sourire tout au long de notre rencontre. C’est en emportant cette image que je le quitte. En voyant de face mon t-shirt sur lequel est imprimé une vieille pochette de Shelter, il me dit encore : ‘Hey Shelter, j’aime ce groupe. J’aime bien Ray’ (NDR : Ray Cappo est le leader de cet ancien groupe de straight-edge hard-core). Après une longue poignée de mains, il me gratifie d’une claque sur l’épaule. J’ai l’impression de quitter un vieux pote. Au coin du couloir je sens une drôle de sensation m’envahir. En fait il me manque déjà…

Garbage

La voix de Garbage

Pas de tournée européenne pour Garbage. Il a préféré assurer la première partie de la tournée américaine de Smashing Pumpkins. Dommage, car la formation est occupée de devenir énorme. Et le mot est faible! Les musiciens n'ont pas pour autant attrapé la grosse tête. Evidemment, on les sent un peu dépassé par les événements. Ce qui explique sans doute pourquoi la réalisation de cette interview s'est assimilée à un véritable parcours du combattant. C'est Duke Erikson, le guitariste qui s'est pourtant prêté de bonne grâce au feu de nos questions...

Une histoire comme celle que vous êtes occupés de vivre au sein de Garbage est manifestement excitante, mais n'est-elle pas également quelque part angoissante?

Non. Nous ne sommes pas angoissés par le succès. Nous avons appris à relativiser les choses. Si nous avions peur du succès, nous n'accomplirions pas de tournées. Nous n'enregistrerions pas de disques. Nous serions, en outre, hantés par le spectre de l'échec. Ce qui, à ma connaissance, n'est pas encore à l'ordre du jour. En fait, notre expérience dans le domaine du business nous permet d'éviter ou de contourner les obstacles. Nous adaptons notre comportement aux circonstances. Nous nous comportons, en quelque sorte, comme le lézard. L'inquiétude est un phénomène qui touche surtout les jeunes groupes. Et elle est compréhensible... Actuellement, nous recueillons le fruit de notre travail. Je trouve très gratifiant d'être entouré de fans, d'être apprécié pour nos concerts et nos disques. Et j'avoue en ressentir une certaine fierté...

Ce qui peut sembler normal au vu de la dépense d'énergie exigée par l'aventure?

Oui, mais notre tâche n'est pas aussi épuisante que ce que l'on peut imaginer. Elle est exigeante, c'est vrai. Mais comparativement à celle de certains travailleurs, je ne dois pas me plaindre. Je suis pleinement satisfait de vivre cette existence. Partir en tournée, accorder des interviews toute la journée, ne me dérange pas. Il est enrichissant d'échanger des idées avec des gens qui pensent différemment. De s'extraire de son univers quotidien. De voyager. De rencontrer des gens comme vous... (NDR : merci !)

Si vous deviez recommencer votre premier album, qu'y changeriez-vous?

A l'issue des sessions d'enregistrement, nous avions décidé d'attendre trois ou quatre mois avant de le réécouter. Nous avons ainsi pu faire largement le tour du sujet. Prendre un certain recul par rapport au produit fini. Mais si nous devions à nouveau l'enregistrer, j'ignore totalement à quoi il ressemblerait. Par souci de la perfection, Steve, Butch et moi-même y apporterions des modifications sensibles. Que Shirley refuserait peut-être d'admettre. Notre vision des choses a subi une évolution naturelle...

Es-tu agacé lorsque les médias annoncent que Garbage s'inspire de Curve, Jesus & Mary Chain et de Psychedelic Furs?

Agacé? Pas réellement. Parfois très surpris. Par les comparaisons; surtout lorsqu'elles deviennent contradictoires. Certains disent blanc. D'autres noir. Curve, Psychedelic Furs et Jesus & Mary Chain s'ajoutent à une liste déjà bien fournie. J'ai même lu quelque part que nous avions certaines affinités avec des groupes nés il y a plus de vingt ans ainsi que des compositeurs classiques. En fait, tant d'influences sont cumulées chez Garbage, que nous sommes incapables de discerner quelles sont les plus importantes. Difficile de se prononcer. Même si parfois à tel ou tel moment de la chanson, on y retrouve fugitivement tout ce que tu as pu lire à notre sujet. Parfois, une idée me traverse l'esprit et si nous la trouvons bonne, je la replace instantanément dans le contexte de Garbage. C'est un peu comme en peinture. Cézanne et Picasso étaient illuminés par dix, cent, mille visions des choses. Pas toujours nécessairement personnelles. C'est une manière de voir et de penser qui caractérise la musique pop contemporaine...

Franchement, Garbage, ce n'est pas un caprice de stars ?

Steve, Butch et moi parlions de faire ce genre de truc depuis quelque temps. Ce qui nous a décidé ? Le travail de remixage que nous avions effectué pour des groupes comme U2, Nine Inch Nails et Depeche Mode. A chaque fois, nous effacions pratiquement tout. A part les textes, bien sûr. Pour reconstruire un nouveau morceau. Garbage est né de ce travail en commun.

Et puis est arrivée Shirley. Lorsque vous avez vu pour la première fois Shirley, qu'est-ce qui vous a poussé à l'engager? Sa beauté? Son attitude? Sa voix? Son sex-appeal?

(rires) (silence)... Et bien... Je pense que c'était un peu tout à la fois. Mais tout d'abord sa voix. Sa voix correspondait à ce que nous cherchions. Elle a une force de pénétration, une intensité, tout en demeurant douce, comme celle d'une petite fille. En plus, son registre est susceptible de communiquer un feeling différent à chaque chanson. C'est MTV qui nous a permis de la découvrir. Lorsqu'elle sévissait encore chez Angel Fish.

Pas chez Goodbye Mr Mc Kenzie?

Non, Angel Fish! Goodbye Mr Mc Kenzie, à ma connaissance, n'a jamais tourné de clip. En tout cas n'a jamais eu de clip diffusé sur MTV. Ils ont juste récolté un peu de succès en Europe, en Ecosse et en Grande Bretagne. C'est en regardant cette chaîne de TV que Steve l'a découverte. Il était deux heures du matin et il a enregistré le clip sur sa vidéo. Lorsqu'il l'a repassée nous avons craqué. Nous n'avons pas eu besoin de remettre la cassette. Un seul passage a suffi. Le hasard fait parfois bien les choses...

Une fille et trois mecs, c'est cool ?

Le seul inconvénient avec Shirley, c'est qu'elle est végétarienne et pas nous ; et qu'on a donc parfois du mal à trouver un resto qui convienne à tous.

Elle vit toujours en Ecosse?

Elle a gardé sa maison là-bas, mais doit aussi passer pas mal de temps à Madison où nous sommes basés. C'est devenu en quelque sorte, sa seconde résidence.

Qu'est-ce qui vous a poussés à vous enterrer dans le Wisconsin ?

Notre studio y est. C'est également ici que nos familles vivent. Madison est une belle ville. Il y a quelques groupes et un certain nombre de clubs. Le plus chouette d'entre eux vient malheureusement d'être détruit par un incendie. Mais je pense que ce genre d'isolement est positif. Nous ne sommes pas affectés par le bizness musical qui règne sur des 'Mecque' comme Los Angeles ou New York. Ce n'est pas que nous ne voulons rien savoir de ce qui se passe ; mais c'est le moyen de préserver notre autonomie.

Pourquoi avoir choisi un nom punk pas très bien connoté pour un groupe qui fait de la bonne musique ?

J'ai toujours pensé qu'il était plus fun de se tourner en dérision. Ce nom a diverses significations. Il n'a aucun rapport avec notre musique, même si certains risquent de l'utiliser pour la décrire. En fait on voulait un nom qui ait une consonance ménagère.

Le plus de votre musique, c'est son côté étrange, ses bizarreries ?

En apparence du moins. Nous ne sommes pas des gens bizarres. Mais comme tout être humain, nous avons des côtés différents qui s'expriment dans les textes ou dans la musique. De là à dire que notre album est étrange, il y a une marge. Mais nous aimons le fait qu'on puisse l'écouter à plusieurs reprises et chaque fois découvrir de nouvelles choses. C'est une partie de notre style. Notre musique est en quelque sorte faite de plusieurs couches. Et en découvrant chacune de ces couches ou de nouveaux détails, les titres peuvent prendre des significations différentes.

Est-ce que la musique de Garbage doit beaucoup aux machines ?

Tout le monde le fait. En ce qui nous concerne, le but n'est pas de faire pondre des morceaux à un ordinateur. Nous sommes plutôt du genre à récupérer les vieux instruments qui traînent à la cave et à les brancher pour voir le bruit qu'on peut en tirer.

Pourquoi cette multiplication de remixes consacrée à "Queer"? Est-ce une nouvelle mode?

Une mode? (rires). Non, je ne crois pas. Nous sommes de plus en plus intéressés par les remixes. Avant de nous lancer dans l'aventure Garbage, nous avions déjà traité les compositions de plusieurs artistes dans cet esprit. Mais aujourd'hui, nous avons inversé la situation. Nous refilons une bande son à quelqu'un de l'extérieur, en lui demandant simplement qu'il fasse preuve d'originalité. Pour le reste, qu'il se démerde. Et, c'est souvent ainsi que nous avons de bonnes surprises. A son stade ultime, le processus de déconstruction permet de créer une nouvelle chanson. C'est vraiment très intéressant...

La vidéo du nouveau single "Stupid girl" a déclenché chez la presse insulaire une effusion de qualificatifs multicolores. Une explication?

La vidéo a été confiée à Sam Bayer. Il avait déjà tourné notre premier clip. Mais pour celui-ci, il s'est vraiment creusé les méninges. Ajoutant des couleurs riches, très riches même. Il a 'scratché' le tout, manipulé le produit fini à la manière d'un photographe cubiste. Une performance, lorsqu'on sait que notre prestation n'a duré, pour ce film, qu'une seule journée.

Vous avez annoncé que le prochain album de Garbage serait constitué d'une collection de chansons obscènement heureuses. Une plaisanterie?

Effectivement! C'est une boutade que nous avons lancée à un journaliste britannique. A vrai dire, nous ignorons ce quoi sera fait notre prochain album. Nous avons bien quelques idées sur l'une ou l'autre chanson, mais certainement pas sur le traitement que nous lui réserverons. En fait ce type de déclaration nous permet de conserver une marge de manoeuvre beaucoup plus large. Parce que nos chansons sont en général assez sombres et tourmentées. Je ne parviens d'ailleurs toujours pas à écrire lorsque je suis heureux. Lorsqu'on est vraiment heureux de vivre, on n’écrit pas, on préfère simplement profiter du temps présent.

Les musiciens de Garbage sont de grands admirateurs de Roxy Music, et en particulier de Brian Eno. Et si Brian Eno venait proposer ses services?

Butch était le président du Madison Roxy Music Society. J'en étais membre également dans le Wisconsin. Nous n'avons jamais pensé à cette alternative. Mais nous savons que Brian est un fan de Garbage et qu'il aime notre album. Pour nous, il demeure toujours une idole. Et, si un jour il proposait sa collaboration, ce serait un compliment, un honneur pour nous...

Si tu devais choisir l'album de la décade, tu opterais pour l'album éponyme de Garbage, ou pour "Nevermind de Nirvana? Et pourquoi?

Je choisirai "Nevermind" de Nirvana. Parce qu'il a changé la face du rock'n roll. Parce que son impact sur la musique a été immense. Quant à savoir si c'est l'album que je préfère, c'est une autre histoire...

Intrigants les textes de Garbage ? Assurément ! Une opportunité pour en passer quelques uns en revue en compagnie de leurs auteurs :

*Supervixen : Je suis celle que tu as toujours rêvé d'avoir ou dont tu as toujours eu besoin. Alors apprends à mieux me connaître. (Shirley)
*Queer : Nous y parlons de tolérance, de la façon dont il faut laisser le gens être et ce qu'ils ont envie d'être. (Shirley)
*Only happy when it rains : Ce morceau traite de cet étrange besoin qu'on les gens de passer au travers de tragédies avant de se sentir bien dans leur peau (Duke)
*Only happy when it rains : Ce morceau traite de cet étrange besoin qu'on les gens de passer au travers de tragédies avant de se sentir bien dans leur peau (Duke)
*As heaven is wide : C'est notre chanson religieuse. Elle traite de la confiance aveugle qui mène dans un cul-de-sac (Butch)
*Stupid girl : On aurait également pu l'intituler Stupid boy. Il y est question d'une fille qui s'accommode de moins que ce qu'elle veut. (Shirley)

Version originale de l'interview parue dans le n° 43 (mai 96) du magazine MOFO

Stereolab

Vite fait, bien fait...

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Un peu moins de dix minutes! C'est le temps qui m'a été accordé pour recueillir les propos de Laetitia Sadier et de Duncan Brown, respectivement chanteur et bassiste de Stereolab. L'improvisation la plus totale! A ce régime, faudra peut-être me réserver les cinq prochaines interviews du groupe. Question d'épuiser le questionnaire. Et pourtant, l'article semble tenir la route correctement. Jugez vous-mêmes!

Sterolab correspond-t-il toujours à un duo, élargi pour les besoins de la scène ou est-il devenu un véritable groupe?

Laetitia : Maintenant, c'est un groupe. Katherine, dernier membre recruté, a complété le line-up voici neuf mois. Il est cependant exact qu'à l'époque de "Peng", Stereolab se résumait à Tim et à moi-même. Joe jouait bien de la batterie, mais il fonctionnait encore chez les Chills. Je puis toutefois te confirmer que Stereolab correspond bien aujourd'hui à un véritable groupe...

Vous avez un jour déclaré que vous ne vouliez pas devenir des stars. Or vous venez de signer chez un major, Warner en l'occurrence. N'est-ce pas contradictoire?

L. : Non! Devenir star et relever d'un label major ne sont pas incompatibles. L'un ne veut pas nécessairement dire l'autre. En fait, nous sommes passés chez Elektra pour des raisons financières. Nous avions besoin d'argent. En tournée, un concert ne nous rapporte que 1.000 à 2.000 francs (NDR: français!). Nous avions donc intérêt à nous procurer des sous pour mettre du carburant dans la machine. Nous n'avons pas signé chez Elektra pour devenir des stars, mais pour disposer de ressources nécessaires et suffisantes à la survie du groupe.

Pas de pressions?

L. : Non! Nous avons décroché un bon contrat. Nous n'aurions jamais accepté de le signer s'il avait impliqué des clauses contraignantes. Nous l'avons bien épluché avant de le souscrire. Nous sommes donc très satisfaits. Nous sommes rétribués tout en conservant le contrôle de notre création. Que demander de plus?

Et cette situation vous permettra sans doute de financer Duophonic, label sur lequel vous n'avez, à ce jour, que gravé trois singles?

L. : Non. Il existe deux "Duophonic". Le plus petit est demeuré indépendant. Mais nous n'y enregistrons que des quarante-cinq tours. Nous en assurons seuls la gestion. En Angleterre, Elektra n'y a aucune délégation, même au niveau de la distribution...

Est-ce que les expérimentations post-industrielles, comme celles que vous avez menées avec Nurse With Wound, vous tentent encore?

L. : En fait, pour Nurse With Wound, c'est toute une histoire. Gallon Drunk allait entrer en studio avec Steve Stapleton. Et comme nous connaissions bien les musiciens de cette formation, Tim leur a demandé ses coordonnées pour prendre contact avec lui. Steve est ainsi venu nous voir en concert. Bien qu'intéressé, il estimait que notre musique était trop rock pour lui. Mais au bout d'un laps de temps, il nous a recontactés, révisant sans doute son jugement, et puis pensant peut-être que le jeu en valait la chandelle.

Duncan : Nous avons d'abord enregistré les titres, puis nous lui avons fait parvenir les bandes. Il a réalisé le mixing sans nous. Le résultat, nous ne l'avons découvert que sur le disque. Nous n'avons pas eu l'occasion d'intervenir à quel que moment que ce soit.

L. : Et la surprise fut totale... Il n'est pas exclu que nous menions d'autres tentatives aussi expérimentales, mais nous les réserverons surtout à "Duophonic". Je pense que nous allons nous diversifier. Et chaque disque aura sa couleur, sa connotation particulière. Même des chansons plus pop et plus accessibles. Nous sommes décidés à prospecter un peu dans toutes les directions... Déjà un peu balisées, il est vrai. Et les approfondir, les développer. Et puis, pourquoi ne pas encore les diversifier ?

Comme par exemple en s’inspirant du rock allemand du début des seventies, en en particulier celui de Faust et de Neu?

L. : Tout à fait!

D. : C'est surtout la passion de Tim!... Mais qu'est-ce qui te pousse à émettre une semblable réflexion?

L'aspect hypnotique, répétitif des compositions. Voire conceptuel comme sur "Jenny Ondioline", titre issu de votre dernier album qui dépasse les dix-huit minutes!...

L. : C'est du vol! On l'a fait exprès!

D. : Pas dans le sens d'un concept album. Mais nous avouons certaines similitudes avec la musique de Neu sur cette chanson. Coupable!

Lors de votre dernière tournée européenne, une certaine presse d'expression française vous a complètement descendu en flammes. Sachant que Laetitia est née en France, et y a vécu une bonne partie de sa jeunesse, n'est-ce pas encore plus difficile à avaler?

L. : Cette histoire date déjà de deux ans. Nous avions accordé un excellent concert à l'Espace Européen de Paris. Au départ, le public était resté assis. Puis au fil du set, il s'est mis à bouger, à se lever, et puis à s'éclater. Nous aussi on s'était éclaté. Nous avions le sentiment d'avoir vécu un moment très intense. Et puis, nous avons lu un article décrétant que ce soir là, nous avions été nuls. Au début, on n'a pas très bien compris. Et personnellement, cette réaction m'avait littéralement cassée. Mais ce fut la première et dernière fois q'une telle mésaventure me déchirait. Parce que je me suis dit que la réaction des spectateurs était finalement beaucoup plus importante que celle d'un journaliste. Si les gens n'ont toujours pas réalisé que ce 'canard' ne raconte que des conneries, c'est vraiment grave. Je dois avouer que ce sont d'excellents écrivains. Enfin, qu'ils écrivent très bien. Mais ils délirent la plupart du temps. Je pense que les gens ne sont quand même pas assez idiots pour avaler tout ce qu'ils fantasment. Lorsqu'une personne achète un disque, l'écoute, l'apprécie, puis découvre son analyse dans ce magazine, elle se demande s'il s'agit du même album. C'est complètement débile, mais surtout très bas...

Cake

Cake entartre la radio...

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Bien que fondé en 1991, Cake n'a enregistré, à ce jour, que deux albums. Mais il faut reconnaître que son deuxième, " Fashion nuggets " a fait un véritable tabac. En touchant un peu à tous les styles. Metal, jazz, country, gospel, hip hop, pop, rock, etc. Un peu à la manière de Beck et de Fun Lovin' Criminals. Mais en moins funk. Un disque dont le standard intemporel, " Perhaps, perhaps, perhaps ", la reprise de Gloria Gaynor, " I will survive " et puis cet étonnant, mieux encore, brillant " Frank Sinatra ", doivent encore vous trotter dans la tête. C'est le guitariste Greg Brown, antithèse de la rock star, mais complément indispensable au chanteur/songwriter John Mc Crea, qui s'est plié, de bonne grâce, à cette interview…

Vous vivez tous les cinq à Sacramento, une ville que vous avez déclarée, rongée par la corruption. Pensez-vous que vous auriez conçu le même style de musique si vous étiez nés à Seattle ?

Non, sincèrement je ne crois pas. Sacramento est une ville californienne de taille moyenne. Ni trop grande, ni trop petite. Plutôt ordinaire et surtout conservatrice.

Oui, mais tu ne réponds pas à la question relative à la corruption. La chanson " Frank Sinatra " y fait quand même allusion ?

" Frank Sinatra " ? Cette chanson a été composée par John, et je suis incapable d'expliquer ce qu'il a voulu exprimer (NDR : ou il ne veut pas le dire). Mais tout ce que je peux préciser, c'est qu'elle ne concerne pas directement Sinatra, mais plutôt un état d'esprit que sa personnalité suggère. Pour le reste, j'ignore si John a voulu faire passer un message (NDR : il ne s'appelle pas Pierre, pourtant !).

John a pourtant déclaré que le rock était un cirque. Une révolution simulée par des jeunes blancs qui se battent entre eux pour être les premiers sur le marché. A notre humble avis, lorsqu'on parle de cirque dans le rock, on pense plutôt aux vautours du business qui gravitent autour du rock. C'est un problème de société, pas d'individus. Pas d'accord ?

Non, pas du tout ! La presse a tantôt simplifié, tantôt exagéré les déclarations de John. Quelque part, ce n'était qu'un jeu, une provocation… Etre premiers sur le marché ? Je ne sais pas. Je suis né et j'ai été éduqué en Amérique. Et les institutions m'ont inculqué et continuent d'inculquer aux jeunes la nécessité d'avoir un job et le devoir de payer leurs impôts, comme tout le monde. Je n'ai rien d'autre à ajouter sur ce sujet…

Vous êtes régulièrement comparés à Beck, Fun Lovin' Criminals et à Soul Coughing. Ennuyeux ?

Ces comparaisons sont fréquentes, c'est vrai, avec Beck et Soul Coughing. Je l'ignorais pour Fun Lovin' Criminals. Je peux comprendre cette situation, même si Soul Coughing ne nous aime pas beaucoup. Nous n'avons d'ailleurs aucun contact avec eux. Toutes ces formations se situent, en quelque sorte, à gauche du centre. Mais je pense que nous sommes les moins choyés par la critique aux States, parmi ces groupes. Si je devais établir une hiérarchie dans la popularité, je citerais dans l'ordre Beck, ensuite Soul Coughing, Fun Lovin Criminals, et enfin Cake, comme une sorte d''après pensée'… Mais c'est Beck qui a montré le chemin. Ses investigations ont marqué de nombreuses formations. Il est devenu un symbole pour tout ceux qui incorporent ou mélangent des tas de styles musicaux… D'un autre côté, les Violent Femmes ont également eu une influence sur certains musiciens de Cake, et moi en particulier…

Dans un article des 'Inrocks', j'ai appris que Captain Beefheart aimait beaucoup votre musique. Pas l'intention de collaborer avec lui ?

Vous avez lu cette déclaration dans la presse ? C'est un mensonge ! Nous ne l'avons jamais rencontré et j'ignore totalement s'il a un jour émis une telle réflexion…

Vous appréciez un tas de styles musicaux. Folk, blues, rhythm and blues, etc. Etes-vous intéressés par l'histoire du rock ? Préférez-vous la pop ou la soul ?

L'histoire du rock'n'roll est relativement récente, mais son développement nous a toujours passionné. Son passé est une source d'inspiration. Et nous nous y régénérons de temps en temps. Sa simplicité n'exclut pas une certaine forme de richesse, ce qui explique sans doute pourquoi, il peut se révéler brillant. Maintenant, est-ce que Cake est plus pop que rock ? J'aime la pop autant que le rock, et je ne suis pas sûr que Cake puisse opter définitivement pour l'un ou l'autre genre musical. Parce que nous nous référons à beaucoup de styles musicaux. Tu sais aux States, il existe une certaine forme de ségrégation dans la musique. Certaines stations de radio ne diffusent que du rock. D'autres de la soul. D'autres encore uniquement de la musique des sixties. Je ne connais pas vraiment de radio qui parvient à programmer un mélange de styles comme cela existe en Europe. Mais lorsqu'on affirme que nous sommes un groupe intégralement rock, nous n'avons même plus envie de réagir, à cause de ces ségrégations…

Apparemment, vous aimez beaucoup les reprises. " Most likely ", " Perhaps, perhaps, perhaps ", " I will survive ". On suppose qu'il en existe d'autres. A ce régime, vous allez bientôt pouvoir sortir un album de covers, non ?

Ce n'est pas du tout notre intention. Nous avons toujours eu recours aux reprises comme des outils destinés à apprendre, mais aussi pour nous aider à comprendre les gens que nous admirons. Et puis, tu sais, nous avons beaucoup tourné dans les bars. Après avoir joué pendant quatre heures au même endroit, le répertoire est fatalement épuisé. Donc, si tu ne veux pas te répéter, tu as intérêt à trouver une solution. Et comme nous aimons tous cet exercice de style, il n'y a pas de raison de s'en priver.

Cake parvient à faire le maximum avec le minimum. Etes-vous quelque part lo-fi ?

Lorsque nous avons gravé notre premier album, la lo-fi était un concept populaire, un mot qui revenait dans de nombreux magazines. Mais ce concept a vieilli très rapidement. En fait, les gens qui nous ont définis comme formation lo-fi ignoraient que nous n'avions pas d'argent. Ce n'était donc pas un choix ! Et pour la plupart des musiciens du groupe, ce concept n'existait pas au moment de l'enregistrement du disque…

Est-ce Cake joue du rock par défaut ?

Je ne crois pas que ce soit une bonne définition. Notre concept est très complexe et nous souhaitons, à l'avenir, le faire évoluer le plus loin possible. Enfin, seul l'avenir nous dira si nous n'avons pas fait fausse route. Mais je pense que tôt ou tard, nous atteindrons un juste équilibre entre les différentes composantes de notre musique. Cependant, quelqu'un comme moi qui écoute du rock depuis sa tendre enfance connaît d'énormes difficultés à faire abstraction de ses propres goûts, de ses propres influences, de son propre passé…

Vous n'utilisez pas de samplings, ni en studio, ni sur scène. Allergiques à la technologie moderne ?

Non, non. Nous n'avons jamais exclu la possibilité d'incorporer des samplings dans notre musique. Dans le futur nous y recourrons certainement. Mais pour l'instant, nous sommes probablement un peu trop stupides pour avoir recours à cette technologie de pointe. Il faudra peut-être prendre des cours pour nous familiariser avec elle

John a déclaré qu'il n'y avait rien de mauvais à explorer la complexité, pourvu que le musicien n'essaie pas de démontrer sa virtuosité. Vous n'êtes pas trop attirés par le jazz, alors ?

Je ne peux pas parler pour tout le monde. Mais ce n'est pas tout à fait exact. J'aime le jazz. J'aime beaucoup le jazz. Pas le jazz fusion. Je pense d'ailleurs qu'aucun d'entre nous ne s'en préoccupe. Mais aucun de nous n'est bon musicien, alors, il est évident que pour nous le concept de la virtuosité n'a strictement rien de primordial…

Savais-tu qu'il existait un autre groupe qui répondait au nom de Cake ?

Oui, un à Los Angeles, et puis celui du fils de Ringo Starr, Cake in San Francisco. Il en existe un autre ?

Apparemment, au sein duquel on retrouve un ancien membre de Terminator…

Un de plus…

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois.

Version originale de l'interview parue dans le n° 60 (février/mars 97) du magazine MOFO

  

 

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