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Après quelques concerts / projections improvisés en duo, au Caire et à Beyrouth, pour les rencontres d’Arles, le centre photographique de Lille ou la revue belge Halogénure, Dargent et Oberland s’associent aux francs-tireurs Elieh et Halal pour un manifeste…

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Le flux existentiel de Maxïmo Park…

Maxïmo Park publiera son nouvel elpee « Stream Of Life », ce 27 septembre 2024. L’information du huitième album studio du groupe arrive en même temps que la sortie du premier single, « Your Own Worst Enemy ». Pour préparer » Stream Of Life », la formation…

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The Young Gods

La musique n'appartient à personne...

Ne pas connaître les Young Gods constitue une fameuse lacune dans sa culture musicale. Originaire de Fribourg, en Suisse, ce trio a vu le jour en 1985. Seul membre permanent depuis sa naissance, Franz Treichler en est le chanteur, guitariste et compositeur. Fin des années '80, les ‘Gods’ ont élaboré une musique véritablement innovante, fruit d’un cocktail entre indus (pensez à Einstürzende Neubauten), EBM (imaginé par Front 242), krautrock (en l’occurrence celui d’un de ses pionniers, Can), psychédélisme, blues, rock et punk, au travers d’une approche purement postmoderniste. Dès le départ, la formation a choisi de tourner le plus possible hors de ses frontières, et notamment en Angleterre, où elle a rapidement acquis le statut de groupe culte. Mais c’est grâce à son long format « TV-Sky », paru en '92, que son succès a véritablement explosé, et tout particulièrement aux États-Unis. Elle y a partagé les planches avec rien moins que Nine Inch Nails. En passe de devenir des stars planétaires, les musiciens ont préféré adopter une approche plus ‘indie’, en privilégiant les labels alternatifs et en se réservant une totale liberté de création. Après avoir connu quelques changements de line-up, vécu diverses expériences solos et s’être accordé une période de pause, le band est de retour. En février dernier, il a ainsi publié un nouvel elpee, baptisé "Data Mirage Tangram". Une pure merveille !

Si vous n'êtes pas encore convaincus, sachez que de nombreux artistes et groupes célèbres ont admis avoir été influencés par les Gods, comme par exemple Nine Inch Nails, Ministry, The Edge (U2), Mike Patton (Faith no More) et surtout David Bowie. Le White Duke avait confessé que, pour écrire son album « Outside », publié en 1995, il avait beaucoup écouté les Young Gods.

Aujourd'hui, outre Franz Treichler, le line up du combo implique le claviériste Cesare Pizzi (membre fondateur, il avait quitté le navire en 1988, avant d’opérer son retour en 2012) et le drummer Bernard Trontin, présent depuis 1997.

C'est ce trio que Musiczine a rencontré le lendemain de son concert, accordé au Botanique de Bruxelles.

Un peu d’étymologie d’abord. Pourquoi avoir choisi comme patronyme, The Young Gods ?

Franz Treichler : Je travaillais dans un club à Fribourg et les Swans y avaient accordé un concert en '83 ou en '82. Le lendemain du show, j'ai récupéré la setlist sur le podium sur laquelle y était consignée une chanson intitulée « Young God »... Je l’ai conservée, et 3 ans plus tard, quand on a fondé le groupe, j'ai pensé qu’il correspondait parfaitement à ce que nous représentions à l'époque.

Il véhicule également une signification philosophique ?

FT : J'ai choisi le nom pour plusieurs raisons. Tout d'abord, on peut le considérer comme un synonyme à ‘être humain’. Nous sommes tous de jeunes dieux. Nous ne serons jamais des dieux mais nous exprimons ce désir, cette aspiration. On le voit, par exemple, dans la tendance actuelle du ‘transhumanisme’ aux États-Unis, où ses adeptes veulent devenir immortels grâce à la technologie. C'est une aspiration humaine qui existe depuis des milliers d'années.

Les dieux, ce ne sont donc pas les musiciens du groupe...

FT : Non ! (rires) Ce nom ne révèle pas la nature de notre musique. Et puis, c'est cool parce qu’il incite les gens à réagir en fonction de leur personnalité. S'ils ont le sens de l'humour, ils déduiront qu’il est marrant. Tandis que les intellectuels ou snobs s’insurgeront en se demandant pour qui on se prend. Il existe donc comme un effet miroir dans cette appellation...

Quel a été votre premier 'flash' musical, au cours de votre adolescence ?

Cesare Pizzi : Pour moi, c'est Kraftwerk. J'étais déjà musicien quand j'ai découvert cet univers, un son, une spatialisation, un groove déclenché par des machines : ça m'a vraiment frappé ! C'était aussi la première fois que j'entendais un vocodeur. Je ne comprenais pas comment il était possible de manipuler de telles textures sonores. Et ce jour-là, j'ai cessé de jouer de la basse (rires).
Bernard Trontin : Perso, quand j'étais jeune, à Genève, j'avais un ami anglais, dont le frère aîné rapportait des vinyles d'Angleterre, et j'ai eu un flash en entendant les groupes de glam-rock comme Slade, T-Rex, etc. Le premier disque que j'ai acheté était un album de T-Rex. Le son de la guitare était révolutionnaire.

Et Bowie également ?

BT : Bowie aussi bien sûr, mais surtout plus tard lors de sa période allemande. Drummer, j’ai vécu d'autres flashes, plus tard, qui m'ont incité à jouer de la batterie comme aujourd’hui, mais mon premier flash, c'était T-Rex.
FT : Mon frère, de 5 ans mon aîné, m’a initié à la musique, en particulier lorsqu’il a ramené le 33trs « Meddle » de Pink Floyd. Je me souviens qu’un jour, alors que j'étais seul à la maison, j'ai poussé le premier morceau de l'album, « One of These Days » à plein volume. Sur cette compo une voix hurle, à un certain moment, ‘One of these days I will cut you into pieces’. Et ma réaction a été : ‘Wow, c'est quoi ce truc ?’. Ce sera une 'épiphanie', comme disent les Anglais.

Une révélation ?

FT : Oui. Et donc, mon désir de communiquer des sentiments par le biais de la musique se réfère beaucoup aux vieux disques du Floyd. C'est ce genre onirique qui te transporte dans un autre monde.

Vos références constituaient une très bonne base pour commencer la musique : l'électronique, le glam et le prog/psyché !

FT : Oui, pour passer ensuite du psyché-glam-rock-électronique ! (rires)

En tout cas, toutes elles alimentent d'une certaine manière la musique des Young Gods. En ajoutant, évidemment, le côté ‘industrial’. Elle est le résultat d’un 'crossover' entre différents styles, abordé à la manière de Nine Inch Nails ou Radiohead. Un kaléidoscope d'influences intégrées et restituées par une signature unique.

FT : Merci !

Parlons du nouvel opus. Il est parfaitement en phase avec les anciennes productions, mais, en même temps, il ouvre la porte à quelque chose de nouveau...

FT : Je suis d'accord. Jusqu'à présent, depuis le retour de Cesare, on se focalisait surtout un répertoire soit, composé à l'origine par nous deux, soit, plus tard au gré des différents line up et en compagnie de Bernard, depuis 1997. Ici, par contre, il a été écrit à 100% par nous trois. Nous nous connaissons depuis les années '80 mais on n'avait jamais coopéré sous cette forme auparavant.

C'est aussi unique parce que vous avez réalisé l'album en improvisant...

BT : Tout a été composé au festival de jazz de Cully, en Suisse, où on nous a proposé une résidence permettant d'improviser en public dans un club. C'était un vrai défi pour nous car on n’avait aucune idée de ce qu'on allait faire et si le résultat serait publiable. C'était aussi une occasion de rebattre les cartes et de se lancer dans de nouvelles expérimentations. Et ça a fonctionné.

C'est sans doute pourquoi le disque est si cohérent. Comme dans les années ‘70, c'est une série homogène de chansons qui tracent un parcours à travers différents univers.

BT : Oui, c'est cohérent parce que tout a été composé par les mêmes personnes, au même moment et au même endroit.

La résidence 'jazz' s'entend aussi un peu dans la chanson « Moon Above », qui affiche un côté jazzy...

BT : Oui, c'est carrément du free jazz.
FT : Quand on enregistrait le morceau, on a perdu le métronome, ce qui nous a permis d'improviser une rythmique 'free'. (rires)
BT : C'était en quelque sorte un accident. Il y a souvent des accidents qui sont exploités dans l'art.

Parfois, le son devient plus 'ambient', un peu dans l’esprit d’ECM, le label de jazz expérimental...

BT : Oui, absolument !

Et je pense tout particulièrement à Terje Rypdal...

BT : Oh mon Dieu : tu connais Terje Rypdal ?

Oui ! Il existe un élément commun, un côté aérien, voire cosmique. Comme dans une de ses compositions, « Den Forste Sne »…

BT : Oui, je connais ce morceau.
FT : Cette comparaison est très juste...

Parlons maintenant de l'impact des Young Gods. De nombreux artistes ou groupes très célèbres ont confié qu’ils avaient été influencés par vous, dont David Bowie...

FT : C'est drôle parce que le premier single que j'ai payé de ma poche, c'était « Jean Genie » de Bowie.

A propos, sais-tu d'où vient ce titre ?

FT : Non.

C'est un jeu de mot sur le nom de Jean Genet.

FT : Et bien, tu m'apprends quelque chose...

En restant dans le thème de l'influence, Picasso avait prononcé cette célèbre phrase : ‘Les mauvais artistes copient, les vrais artistes, eux, volent’.

FT : C'est tellement vrai ! Pourquoi voudriez-vous copier quand vous pouvez voler.

La différence étant...

FT : ...que lorsque vous copiez, les gens se rendent comptent que vous copiez, alors que lorsque vous volez, l'objet est entre vos mains, il a changé, vous vous l'êtes approprié. De toute façon, la musique n'appartient à personne. Tout le monde est influencé par tout le monde. Les musiciens qui nous ont cités comme influence étaient précisément ceux qui nous ont influencés au début. Bowie était un personnage très curieux qui cherchait toujours de nouveaux débouchés et nous, on a toujours fait pareil. Depuis qu’on est ados, on achète des disques… qui finissent par nous influencer. Après tout, rien n'est jamais original à 100%. L'originalité se manifeste lorsque vous allez au-delà de vos influences. Donc, la phrase de Picasso est un peu ironique mais elle est vraie. C'est pourquoi les artistes, à mes yeux, ont trop souvent tendance à exagérer quand ils parlent de leurs 'créations'. C'est un bien grand mot. Personne ne sait exactement ce qui se trame pendant le processus de création. Et il est impossible de reproduire ou de dupliquer le processus par la suite. Vous devez à chaque fois repartir à zéro. C'est précisément ce qui rend l'art si précieux.

Vous avez toujours adopté une démarche très artistique...

FT : Oui et une approche carrément anarchiste. Pour nous, la propriété est un vol. Au début, on utilisait beaucoup les samples et les échantillonnages, qui, pour une grande part, provenaient de vinyles d'autres artistes. En créant de cette manière, on voulait montrer que l'on pouvait produire du neuf avec du vieux. Un historien de l'art dirait que c'était du post-modernisme, car nous nous sommes appropriés des éléments de différentes périodes pour bâtir quelque chose de nouveau. Dans un sens, c'était aussi du 'readymade' à la Duchamp, vu qu'on prélevait quelque chose pour le replacer dans un autre contexte. Comme, par exemple, combiner du Mozart et du heavy metal. Ce qui paraissait surréaliste ; mais finalement, notre approche était 100% instinctive. On voulait démontrer qu'il n’existe qu'une seule musique. Le rock, quand il devient trop conservateur, perd de sa valeur. On voulait prouver que jouer du rock sans guitare était réalisable, mais en produisant ces sonorités à l’aide d'un clavier. Montrer qu'il est possible d'introduire de la musique classique ou de la musique concrète dans le rock. Ce sera une surprise totale à l'époque. Le public a vraiment été secoué par nos 3 premiers albums. C'était imprévisible. Il ignorait ce qui allait arriver ensuite. Sur disque, parce que la dynamique pouvait changer radicalement en une seconde, mais aussi sur scène, parce que, par exemple, en ‘live’, il n’y avait pas de guitariste qui exécutait un mouvement pour dispenser un son très puissant. Un tel son pouvait surgir à tout moment sans avertissement, complètement brut. L’état de réceptivité du spectateur devait être différent. Ses oreilles et ses sens, plus ouverts. Au cours des nineties, on a essayé de surprendre à nouveau en modifiant la formule et en explorant d'autres horizons musicaux...

Vous avez un lien particulier avec la Belgique, je crois ? Ne fût-ce que par celui qui est votre booker depuis les débuts, Peter Verstraelen ?

FT : Oui ! En plus, notre deuxième album, « L'Eau Rouge » a été publié par PiaS et on a sorti plusieurs albums sur ce label. On a également enregistré « TV-Sky » au studio ICP, à Bruxelles.

Et vous entretenez des liens étroits, je crois, avec pas mal d'artistes belges, et notamment avec ceux de TC-Matic et Front 242…

FT : TC-Matic, c’était un modèle à nos débuts. Sur leur premier album, Arno chantait en français de façon naturelle, en vidant ses tripes ; et pour la première fois, sans que cette formule ne sonne 'chanson française'. Et avec une attitude punk. Grâce à lui, j'ai compris qu'il ne fallait pas avoir peur de chanter en français. Les 2 premiers albums des Young Gods sont exclusivement interprétés dans cette langue et, paradoxalement, ils ont eu plus de succès en Angleterre qu'en France. Ainsi, on se détachait à nouveau du 'dogme' rock et on adressait un pied-de-nez à la ‘police du rock’….

Et Front 242 ?

FT : On a assuré de nombreuses premières parties pour eux, au début. La formation était beaucoup plus connue que la nôtre. Elle avait déjà gravé « Headhunter ». On partageait le même label. Et on est toujours restés en contact.
CP : Le groupe a ressorti un de ses premiers elpees, je crois ?

Tu parles sans doute d'UnderViewer, le projet de deux d'entre eux, Jean-Luc De Meyer et Patrick Codenys, qui date d'avant Front. Il y a deux ans, ils ont réédité leurs titres originaux dans des versions modernisées et remasterisées : un album fantastique !

BT : A l'époque, j'écoutais aussi un groupe belge, Univers Zéro.

Ah oui, je connais.

BT : C'était un groupe expérimental prog, très sombre.

Il était un peu dans la mouvance de Magma, je crois.

BT : Oui. Les musiciens se servaient d’instruments électriques mais aussi d’un basson, d’une vielle et d’un harmonium : un mix intéressant ! J'étais très impressionné par leur batteur, Daniel Denis.
CP : Il y a aussi Sttellla ! (rires)
FT : On est très proches de La Muerte également. On rencontre aussi régulièrement dEUS. Et récemment, on a été invités par Triggerfinger pour un concert spécial à Louvain. On a beaucoup d'amis en Belgique...

Pour écouter l'interview complète en audio, c'est ici

Pour lire la chronique du concert des Young Gods au Botanique : en français, c'est et en néerlandais, ici.

Merci aux Young Gods, au Botanique et à David Salomonowicz

 

 

 

Jasper Steverlinck

Seul aux commandes…

Écrit par

Son nom est inévitablement associé à celui d’Arid, groupe de rock indépendant belge, originaire de Gand, dont l’aventure a pris fin en 2012.

Après avoir monté divers projets, dont un consacré à un album de reprises intitulé « Songs of Innocence » (NDR : un disque par ailleurs salué par la critique) et entrepris une carrière éphémère de coach dans ‘The voice’, version néerlandophone, Jasper Steverlinck décide alors de se remettre à l’écriture, dans sa forme la plus pure et la plus directe. Il embrasse depuis, une carrière solo.

Celui dont le timbre vocal est souvent comparé à Jeff Buckley ou encore Freddie Mercury est venu se produire dans l’enceinte du Centre Culturel René Magritte à Lessines autrefois réputée pour avoir vu naître le célèbre peintre surréaliste, à la fin du XIXème siècle.

Après une heure trente d’une prestation qui restera dans les annales, Jasper accepte de se mettre à nu pour les lecteurs de Musiczine afin de nous conter la genèse de son poulain, « Night Prayer ».

Jasper, ton album a été enregistré en live (sans public), c'est-à-dire en ‘one take’, sauf en ce qui concerne les cordes, pour une question de budget. Ces conditions de travail ont-elles influencé le courant émotionnel des compositions qui s’en dégage ?

Généralement, les groupes contemporains préfèrent enregistrer les pistes séparément, et réalisent un gros travail de post-production ensuite. Je me suis tout simplement inspiré de la méthode utilisée au cours des années 70 ; une époque où les ordinateurs ne permettaient pas cette exigence technique. J’ai ainsi pu faire ressortir au plus juste toute l’émotion tant dans les instruments que dans la voix.

Si je suis ton raisonnement, lorsque les chansons apparaissent davantage en fonction des arrangements, le travail de production tue l’émotion…

Tout dépend de la nature de la chanson, évidemment. Si tu cherches à être dans l’air du temps, tu auras nécessairement besoin de toute une panoplie d’arrangements. Et les machines se chargeront du reste. Mais si tu as recours à de vrais musiciens, au sens noble du terme, l’approche musicale sera meilleure. J’en suis convaincu…

Tu as mis du temps pour réaliser cet album. Tu as ouvert une parenthèse de six années durant lesquelles tu n’as plus accordé de concert. Sachant que l’industrie du disque change énormément et en peu de temps, sans oublier que les chanteurs formatés sont légion, quel était ton état d’esprit lorsque tu as recommencé à composer ? As-tu ressenti de la pression ? Avais-tu une idée précise de la direction à prendre pour enregistrer ce disque ?

Oui, bien sûr, la pression était importante. J’ai d’abord commencé à travailler en compagnie de Jake Gosling un producteur, auteur, compositeur, interprète, remixeur, directeur et éditeur anglais notoire, qui bosse notamment pour Ed Sheeran. Je pensais qu’il fallait que je sois en phase avec la musique actuelle, après cette longue période d’interruption. Notre collaboration a été enrichissante et positive à plus d’un titre. Mais en rentrant à la maison, j’ai changé d’avis et pris la ferme décision de ne pas sortir l’album sous cette forme, car il y avait ce modernisme au sein duquel je ne me retrouvais pas nécessairement ; les sonorités me paraissaient se fondre totalement dans la masse. Finalement, j’ai pris la décision de tout recommencer en compagnie de Jean Blaute, un producteur belge. Les sessions se sont déroulées au studio bruxellois ICP. Et c’est le fruit de ce travail que tu as pu entendre ce soir…

Comment les gens de ton entourage professionnel ont-ils réagi ?

C’était un moment assez difficile, je ne te le cache pas. J’avais déjà perdu beaucoup d’argent en enregistrant ce disque en Angleterre. Je n’étais pas vraiment satisfait du résultat. Il manquait ce brin de vérité. Garder la maîtrise des compositions était l’élément essentiel. Il fallait que mon public se retrouve dans « Night Prayer ». Cette pression était d’autant plus importante qu’il y avait aussi quelques années que je ne m’étais plus produit sur scène. Lorsque j’écoute des artistes tels que Led Zeppelin, Jacques Brel ou encore Bob Marley, je suis transcendé. Je me suis toujours demandé pourquoi ces gens pouvaient émouvoir à ce point. J’en parlais l’autre jour à Jean. Selon lui, ces artistes-là sont authentiques. Ils veulent avant tout bien faire et n’existent que pour te faire frissonner.

Je sais que tu aimes t’isoler dans ton studio pour écrire des chansons. Souvent, la solitude est perçue comme négative. Est-ce aussi un besoin qui sort du contexte musical ?

A titre personnel, je ne considère pas la solitude comme un comportement négatif dans l’absolu. Elle reste utile lorsque tu souhaites te retrouver pour atteindre une forme de vérité. Sinon, elle est contre-productive. Elle a souvent été expérimentée dans différentes formes d’art. Je pense aux grands peintres, par exemple. Ça leur a plutôt réussi ! Il m’est difficile de m’entourer de personnes qui possèdent des opinions différentes de la mienne lorsque j’écris des chansons, tout simplement…

« Night Prayer » risque-t-il de devenir intemporel selon toi ?

Effectivement, je le pense. Mon public est constitué de personnes issues de générations différentes qui continuent d’assister à mes concerts… Adèle est, à mon avis, une artiste dont les compositions resteront intemporelles…

Ton travail s’est exclusivement concentré sur l'écriture, dans sa forme la plus pure et la plus directe. C’est une démarche paradoxale sachant qu’aujourd’hui, la musique est souvent juste un produit de consommation marketing qui n’existe que pour satisfaire un besoin immédiat…

Lors du processus créatif, jamais je ne me projette commercialement. C’est peut-être là que réside la clé du succès. Je compose avant tout pour créer de l’émotion, jamais dans un but unilatéral de lucre. Je crois que dans ce métier, il faut bien faire le tri. On est dans une époque au cours de laquelle les ondes radiophoniques font la part belle aux produits parfaitement formatés. Pourquoi pas ? Certains sont même de bonne facture. Ce n’est pas un problème. Mais en ce qui me concerne, j’ai juste envie de proposer du contenu avec mon cœur pour toucher davantage la sensibilité de celles et ceux qui m’écoutent.

Ton nom est inévitablement associé à celui d’Arid, dont l’histoire a pris fin en 2012. S’agit-il d’une page définitivement tournée ou peut-on s’attendre à une reformation éventuelle ?

Non, je pense que je vais continuer ma carrière en solo. Chacun des membres d’Arid a pris une direction différente. Nous restons toutefois en bons termes. Pour la petite histoire, l’Ancienne Belgique a eu la brillante idée de faire rejouer les albums mythiques de certains groupes sous un concept qui porte le nom de ‘Rewind’. Nous avons accepté cette proposition pour deux ou trois jours seulement. Nous allons donc nous reformer momentanément pour interpréter « Little Things Of Venom ».

Être seul aux commandes te permet-il d’avoir plus de pouvoir et de disposer de davantage d’alternatives pour ton projet ? Arid était-il, finalement, un groupe véritablement participatif et démocratique où chacun avait la liberté de s’exprimer ?

Chez Arid, je travaillais essentiellement avec le guitariste David Du Pré. C’est ensemble qu’on a créé ce projet. Je ne pouvais pas faire ce que je voulais. Lui non plus ! La collaboration était inévitable. Mais plus globalement, chacun pouvait formuler son avis, des suggestions ou opinions. Oui, je dirais qu’il y existait une démocratie participative. Aujourd’hui, je mène seul ma barque.  Est-ce mieux pour autant ? Je n’en sais rien. Mais, c’est mon choix, je l’assume et j’en suis satisfait…

« Songs Of Innocence » est un elpee de reprises qui a récolté pas mal de succès, notamment grâce à la cover du « Life on Mars » de Bowie. Pourtant, j’ai l’impression que tu n’as pas vraiment surfé sur cette vague favorable...

C’est une étrange histoire en fait. Il s’agit d’un pur concours de circonstances. On m’a demandé un jour de composer une chanson pour la bande originale d’un film. Je venais de terminer la tournée d’Arid et je ressentais le besoin de tenter un autre challenge, le temps d’une parenthèse bien méritée. Je me suis testé au piano-voix. Il y a eu ensuite un passage radio qui a propulsé le titre. L’idée de travailler auprès de musiciens classiques m’exaltait, c’est vrai. C’était nouveau et l’expérience était intéressante. A ce moment-là, je n’envisageais pas une carrière en solitaire. Raison pour laquelle je suis retourné chez Arid.

Tu as pris part à la version néerlandophone de ‘The Voice’ durant deux saisons. J’ai l’impression que la quasi-totalité des voix qui figurent au casting se ressemblent… Quel est ton avis sur le sujet ?

Lorsque j’écoute la radio, c’est typiquement la réflexion que je me fais. Beaucoup chantent de la même manière. Je crois que les jeunes s’identifient à un seul style de musique, sans se soucier de savoir s’il en existe d’autres. Lorsque j’étais coach, j’ai immédiatement demandé à mes candidats de rester eux-mêmes, sans rechercher à ressembler à qui que ce soit. C’est une notion essentielle, tant dans la musique que dans la vie en général…

Tu as collaboré avec Within Temptation, groupe de métal néerlandais, pour le titre « Firelight ». Comment cette collaboration est-elle née ? Ne s’agit-il pas d’une idée qui navigue à contre-courant de tes principes ?

Sharon den Adel, la chanteuse, était fan d’Arid depuis nos débuts. Je l’ai rencontrée lors d’une émission de télé qui s’intitulait ‘Liefde voor muziek’. Immédiatement, le courant est passé. Un jour elle m’a appelé pour me demander de chanter sur leur nouvel album. J’ai accepté, mais à la condition que je puisse le faire dans mon studio. On pense réitérer l’exercice, mais cette fois, c’est elle qui devra s’adapter à mon univers. Ces collaborations sont importantes. C’est une nouvelle expérience acquise lorsque je joue ou chante en compagnie d’autre artistes.

Une certaine presse titrait à ton propos qu’un chanteur est comme un artichaut, c’est en l’effeuillant lentement qu’on arrive au cœur du légume. Et qu’on l’apprécie s’il est vraiment excellent. Qu’en penses-tu ?

C’est en effet un journaliste qui a écrit cette phrase… Je crois qu’il a voulu dire qu’il faut zapper tout ce qui n’est pas intéressant afin d’aller droit au but. C’est mon interprétation en tout cas. Mais j’ignore si tel était son propos !

RIVE

Si on parle de l'égalité femmes-hommes, il y a encore beaucoup à faire…

Écrit par

Un premier Ep, « Vermillon », encensé par la critique. Un album dans sa parfaite lignée. Des clips léchés, une esthétique soignée, un duo sexué et une électro pop envoûtante. De quoi résumer parfaitement le groupe RIVE.

Derrière cet idiome, se cachent Juliette Bossé en féministe convaincue et convaincante ainsi que Kévin Mahé, le rêveur mélomane.

Ils nous viennent de Bruxelles et assurent ce soir le supporting act de Clara Luciani, une artiste française très en vogue en ce moment, grâce à sa « Grenade », véritable misandrie.

Ils s’étaient produits il y a deux ans au festival ‘Août en Eclat’ au cours duquel, le jeu des questions-réponses de Musiczine, un des premiers médias à s’intéresser à leur projet, les avait séduits.

« Narcose », premier long playing aux sonorités à la fois contemplatives, précises et exquises, risque de faire un tabac…

En se produisant lors de dizaines de concerts et de festivals, le duo s’est forgé une expérience certaine. Il était intéressant de retracer le parcours des deux jeunes artistes au détour d’un concert, préambule à la release party qui se déroulera le 14 mars, dans l’enceinte de la Rotonde.

L’année 2018 a été prolifique pour Rive. Votre premier Ep, « Vermillon », vous a permis de décrocher des nominations aux Octaves de la Musique, aux Sabam Awards, et de tourner pas mal en Belgique et en France, mais surtout au Québec et en Chine. Si vous deviez jeter un regard critique sur votre parcours depuis 2015, quel serait votre point de vue ?

Juliette : Les trois dernières années ont été magnifiques. Prolifiques aussi puisqu’au-delà de tous ces concerts, nous avons été créatifs en concoctant de nouveaux morceaux. Vraiment une belle expérience !
Kévin : J’ajouterai que nous nous sommes nourris aussi de l’environnement immédiat dans lequel on vivait ; ce qui, d’une manière ou d’une autre, a causé un impact inévitable sur notre musique. Je pense notamment aux paysages.
Juliette : Oui, Kévin a raison. Durant tout ce temps, nous avons beaucoup tourné. Nous avons rencontré du monde. Nous avons joué avec d’autres groupes aussi. L’album est la résultante de tout ce vécu !

A propos de vos prestations en Chine, quelle expérience en retirez-vous et comment le public chinois vous a-t-il accueilli ?

Juliette : Nous avons tourné en compagnie de Français, de Suisses et de Québécois. Les salles dans lesquelles nous nous sommes produits, d’une capacité variant de 300 à 1500 personnes, étaient souvent pleines à craquer. Pour la Chine, les spectateurs ne nous connaissaient pas nécessairement, mais ils étaient intéressés par notre musique et la culture francophone. L’accueil a toujours été très bon. Dès qu’on arrivait sur scène, l’hystérie était palpable. Après les prestations, on signait énormément d’autographes et les demandes de photos étaient légion. Je crois que notre style a bien plu. Nous sommes revenus au bercail vraiment très satisfaits de ce séjour…

Il y a encore quelques années, avant de participer au concours ‘Du F. dans le texte’ vous déclariez n’avoir aucune dynamique de travail particulière et de prendre les choses comme elles venaient. J’imagine que le succès, la sortie d’un disque et les tournées qui ont suivies modifient la manière de concevoir les événements…

Juliette : La pression, c’est nous qui nous la mettions ! Lorsque nous avons sorti « Vermillon », il y a deux ans, nous savions que nous ne devions pas attendre trop longtemps pour graver ce nouvel album. En réalité, nous avons enregistré un nouveau morceau tous les deux à trois mois. Les dates de réservation du studio étaient programmées à l’avance. Une manière d’être contraints de bosser en amont pour arriver le jour ‘J’ avec de la matière sous le bras. C’est vraiment notre technique de travail.

L’expression graphique est très présente chez vous. L’artwork d’abord et ensuite les clips créés par l’équipe du Temple Caché pour lesquels vous avez remporté des prix internationaux. Je pense à « Vogue », « Justice » ou encore ici à « Fauve ». Si l’esthétique est importante à vos yeux, n’avez-vous pas peur qu’elle prenne le pas sur le son et que l’on parle de Rive essentiellement pour l’image ?

Kévin : La musique a toujours été ma passion. Que ce soit dans le domaine des films, de la littérature ou encore de la bande dessinée, un milieu où nous avons beaucoup d’amis, nous aimons travailler avec ceux qui possèdent un univers fort et créatif… Il est important pour nous de soigner cet aspect visuel et esthétique, tout comme le son, dans ses moindres détails. Ce mélange de genres nous passionne véritablement.
Juliette : Oui, l’identité visuelle fait partie intégrante du projet depuis le début parce que nous y sommes sensibles. Elle constitue même une part importante de la culture de RIVE. On le ne reniera jamais…

A propos des clips, étrangement, vous n’y apparaissez jamais …

Juliette : C’est un choix ! Le but était de laisser libre cours à l’imagination des réalisateurs. Pour l’instant, nous nous en contentons. C’est très bien ainsi ! Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’on n’y apparaîtra pas un jour, mais ce sera à travers une esthétique particulière, je pense.

Pour beaucoup, la musique est souvent juste un produit de consommation marketing qui n’existe que pour satisfaire un besoin immédiat. Pensez que Rive puisse traverser les âges et les générations ?

Juliette : Avons-nous un futur sur cette planète fatiguée et malade ? L’idée est de poursuivre notre chemin, c’est-à-dire créer une musique qui nous touche. J’estime que c’est ce qui est le plus important. On verra si dans le futur, le public continuera à être sensible à cet univers de la même manière. Nous restons très influencés par le passé, mais nous écoutons pas mal de musiques actuelles. Nous sommes attentifs à tout ce qui se passe aujourd’hui. Si besoin, nous nous adapterons musicalement car nous sommes très ouverts à ce sujet. Mais, dans milieu, tu sais comme moi, que l’on ne peut rien prédire…

Chez Rive, il y a peu d’instruments organiques. Juste un peu de gratte électrique, du synthé, du piano et la rythmique de Kévin. Vos chansons apparaissent donc en grande partie en fonction des arrangements. N’avez-vous pas peur que le travail de production tue l’émotion ?

Kévin : C’est une bonne question ! Nous nous la posons aussi lorsque nous élaborons les morceaux et que nous les enregistrons. Nous sommes attachés aux mélodies. On les retrouve souvent dans la pop. Lorsque Juliette compose un morceau au piano, la difficulté est d’atteindre le bon équilibre entre les arrangements et la voix. Nous aimons nous surprendre, mais au fond que faut-il ajouter pour avoir un son 100% RIVE ? L’objectif premier de la formation est de ne pas s’arrêter sur une esthétique simpliste, même si elle plutôt agréable à l’oreille. Et puis, ce travail de recherche nous amuse beaucoup. Après, libre à chacun de savoir s’il s’y retrouve ou pas.

Le féminisme et les thématiques liées à l'égalité femmes-hommes appartiennent, depuis longtemps, à votre identité. Le morceau « Nuit » abordait déjà le sujet (avec en voix off, les extraits d’une conférence de la féministe américaine Andrea Dworkin). "Filles" revient sur la troisième vague féministe et évoque le réveil du mouvement. Ce dernier a-t-il aujourd’hui toujours une raison d’exister, qui plus est en Europe occidentale ? Les femmes n’ont-elles pas la place qu’elles ont toujours voulu obtenir dans cette société moderne ?

Juliette : Quand on commerce à s’intéresser à cette question, on se rend compte qu’il y a encore énormément de travail. Ne serait-ce qu’en termes d’inégalité salariale ou de violences faites aux femmes par exemple. Ce combat est encore légitime aujourd’hui. A vrai dire, le féminisme a commencé à couler dans mes veines lorsque j’étais adolescente. Très longtemps, j’étais seule au front et on me considérait péjorativement comme la peste de service. J’ai pris ce rôle très à cœur et tenté d’élargir mon cercle de sympathisants. Aujourd’hui, il y a ce nouveau mouvement et je crois que c’est ultra positif. Il suffit d’examiner les affiches des festivals d’été. Elles recensent 80% de groupes de mecs pour seulement 20% de nanas. En Chine aussi, nous étions quatorze musiciens pour seulement deux filles. Les inégalités sont encore d’actualité à tous les échelons de la société. Crois-moi, il y a encore beaucoup à faire…

On sait aussi que ce sujet appartient également aux revendications de Clara Luciani. Hormis sa participation au groupe emblématique La Femme, elle est l’auteure de « La Grenade » qui scande ‘Prends garde, sous mon sein, la grenade’ ou encore « Drôle d’époque » qui détaille le poids de la condition féminine et son désir de liberté. Est-ce la raison pour laquelle vous avez été choisis pour assurer de la première partie ?

Juliette : Non ! Je pense que ce qui nous rapproche est la manière d’aborder les événements et de les transcrire. Nous avons joué à Marche-en-Famenne avant-hier soir et le public, à priori venu pour Clara, a été très réceptif à notre univers…

« Fauve » avance : ‘Le temps brûle nos sens ; tant d’autres que nous s’aiment et ne se trouvent plus’. Ce titre traite du désir et de l’alchimie des corps qui s’étiole, même si l’amour perdure. Etrange vision de l’amour alors que vous êtes si jeunes…

Juliette : Est-ce une étrange vision ? Je ne pense pas ! Je crois surtout que c’est un sujet dont on parle peu. La question de la sexualité dans le couple de longue durée est finalement peu abordée de nos jours. Enormément de films et de romans parlent de la relation amoureuse sans retirer la moindre information sur ces couples. Je dois t’avouer que ça me fait rire. Comment faire pour entretenir la flamme ? Même en termes de désir charnel. Ce sont des questions qui m’intéressent et je sais que je ne suis pas la seule à me les poser.

« Croisades » quant à lui évoque la nostalgie de l’adolescence. Qui étiez-vous à cette époque ?

Juliette : J’étais la même qu’aujourd’hui. J’adorais la musique, je jouais dans des groupes et j’étais ultra féministe. J’espère que j’ai évolué un peu quand même…
Kévin : Je crois que j’étais celui que je suis. J’étais rêveur et je continue de l’être. C’est sans doute pourquoi que je suis là ce soir.

Les textes sont ciselés. Ils ont du coffre et de la puissance. Souvent, on aime revivre les compositions à travers les textes. Est-ce votre cas ?

Juliette : Oui ! Faire figurer les textes sur le vinyle et le CD était une décision importante. Nous avons d’ailleurs poussé cette réflexion jusqu’au bout en les publiant sur le net et youtube. En ce qui me concerne, j’éprouve souvent le besoin de lire les paroles pour les comprendre ; car en règle générale, je me focalise un peu trop sur la musique.

A contrario un texte, quand il est écrit, est parfois plus difficile à accepter que chanté…

Juliette : Effectivement ! Perso, j’aime qu’ils soient assez courts. Je cherche à faire résonner certaines expressions ou les mots. « Justice » scande : ‘Toi contre moi et le temps contre nous’. Si les gens ne se souviennent que de ce slogan, c’est en soi déjà suffisant. Ils peuvent ensuite s’approprier le contexte et y mettre ce qu’ils désirent en fonction de leur envie ou de leur désir. Raison pour laquelle, nous n’avons d’ailleurs choisi qu’un seul mot pour illustrer nos compositions. En fin de compte, si le support est important, il est peut-être inexistant afin de permettre à l’auditeur de se laisser emmener par les mots. N’est-ce pas là l’essentiel, finalement ?

Jean-Michel Jarre

La musique électronique vient d'Europe et n'a rien à voir avec la musique américaine…

Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de rencontrer, en chair et en os, un des pionniers de la musique électronique. Jean-Michel Jarre a débarqué à Bruxelles pour présenter son nouvel album, « Equinoxe Infinity », et votre site musical préféré a été invité à la session d'écoute accordée au Cinéma Palace.

Inutile de présenter ce musicien français d'exception, qui depuis son premier succès, « Oxygène », en 1976, est devenu un des piliers de la musique moderne. Il a vendu plus de 80 millions de disques et a créé, en s'inspirant de Pink Floyd, le concept de méga concert. Il détient d'ailleurs toujours le record du plus grand nombre de spectateurs : 3,5 millions à Saint-Pétersbourg, en 2011.

Aujourd'hui, au Cinéma Palace, il rencontre la presse en affichant toute l'élégance qu'on lui connaît. Toujours fringant, il ne fait pas du tout les 70 printemps au compteur. D'un ton courtois et amical, il explique que, pour réaliser son nouvel opus, il a essayé de mélanger les technologies modernes et les sons analogique vintage. ‘L'album est en phase avec le son d'aujourd'hui’, précise-t-il. ‘J'ai pensé qu'il serait intéressant de me resservir des mêmes instruments utilisés il y a 40 ans. Mais j’ai également pensé que si j’avais encore 30 ans, comme en 1978, j'utiliserais certainement des instruments modernes. Donc, j'ai décidé de combiner ceux de l'époque à ceux qui n'existaient pas encore en '78. Je les ai dénichés sur Internet, comme par exemple le GR-1*, un synthé numérique de chez Tasty Chips Electronics ; un instrument incroyable !’.

Ou comment combiner l'ancien et le nouveau, en somme. Tout en conservant, comme fil rouge, toujours ce style inimitable, atmosphérique, solennel et hautement mélodique. ‘Il n’est pas possible d’échapper à son style’, poursuit le musicien français. ‘Je vous donne un exemple. Un jour, dans le studio de Moby, nous travaillions sur un morceau destiné à « Electronica ». Il s’installe aux claviers et joue un simple accord de ré mineur, un ré fa la que même un enfant de 10 ans pourrait reproduire et malgré tout, soudain, on perçoit le son inimitable de Moby’. C’est pareil pour Jean-Michel Jarre. Que ce soit au travers d'instruments datant des seventies ou d'une technologie ultramoderne, les compositions portent l'empreinte de l'artiste.

Notons, au passage, que les deux longs formats « Electronica 1 et 2 » figurent parmi les plus belles réussites du sorcier des claviers. Publiés en 2015 et 2016, ils recèlent des plages composées au travers de collaborations opérées en compagnie d’artistes comme Gary Numan, Moby, Pet Shop Boys, Rone, Gesaffelstein, Boys Noize, Peaches, Fuck Buttons, sans oublier notre ami 3D, de Massive Attack (NDR : il est plus connu sous le pseudonyme de Banksy).

Pionnier de la musique électronique, Jarre souligne la nature fondamentalement européenne de ce style. ‘Les gens ont tendance à oublier que la musique électronique est issue de l’Europe et n'a rien à voir avec le blues, le jazz ou la musique américaine. Elle vient de France, d'Allemagne, mais aussi d'Italie, grâce notamment à Luigi Russolo, qui a rédigé son manifeste The Art of Noises (NDR : 'L'arte dei Rumori') en 1913. Elle émane aussi de Russie : pensez, par exemple, à Leon Theremin, le père du 'theremin', l'ancêtre du synthétiseur. Et c'est ce patrimoine européen qui, hérité également de la musique classique, a conduit à ces longues parties instrumentales qui font l'originalité de nos compositions. C'est aussi pourquoi nos pays européens occupent une place si importante dans le monde de la musique électronique, de par le monde. Et chaque pays possède ses caractéristiques spécifiques. La France, par exemple, est plus impressionniste, c'est une tradition : écoutez Air, Rone, etc. L'Allemagne, par contre, prône une autre approche. Quand j'ai débuté, il y avait Tangerine Dream et Kraftwerk. Ils avaient une conception froide et robotique de la musique. Attention : ce n'est pas un jugement qualitatif. D'ailleurs, ils ont créé des chefs-d'oeuvre en travaillant de cette façon. C'est juste pour montrer que l'approche est différente. Les musiciens de Tangerine Dream, par exemple, avaient l'habitude de quitter la scène pendant que les séquenceurs jouaient encore. C'était comme une apologie de la machine. Perso, j'avais une autre philosophie. J'essayais toujours d'utiliser des sons différents et les séquences changeaient constamment. J'étais 'anti-pattern', pourrait-on dire. Et, d'ailleurs, sur mon nouvel album, c'est pareil, les sons évoluent tout le temps, ils ne sont jamais les mêmes...’

Passionné de new wave et plus particulièrement de la période de gestation de ce courant musical, entre 1976 et 1980, votre serviteur ne pouvait passer à côté de ce sujet, surtout face à un musicien qui a contribué à l'émergence de la musique 'wave' synthétique. Il lui a donc posé quelques questions.

Musiczine : 2018 célèbre les 40 ans d'« Equinoxe » mais également des débuts de la new wave synthétique. Elle a vécu ses premiers bourgeonnements en 1978, grâce à « Being Boiled » de Human League et « Warm Leatherette » de The Normal. Plus tard, en 1979, ce sera, on le sait, l'explosion, grâce, entre autres, à OMD et Gary Numan. Quelle influence avez-vous exercée sur les artistes fondateurs de ce style musical ?

Jean-Michel Jarre : C'est à eux qu'il faudrait le demander. Néanmoins, je peux quand même signaler avoir réalisé, comme vous le savez, un titre sur « Electronica », en compagnie de Gary Numan, un artiste que j'apprécie au plus haut point. Par ailleurs, il y a quatre ans, le magazine anglais Mojo m’a décerné un Award ; et c'est John Foxx qui me l’a remis. Lors de la cérémonie, il a eu une déclaration intéressante, outre ses propos positifs à mon égard. Il a avoué que la première fois qu'il a entendu « Oxygène » et « Equinoxe », il s'est rendu compte que les musiciens anglais étaient tous influencés par la musique américaine et que pour la première fois, il en entendait une profondément européenne. Ce qui lui a donné l’idée de s’exprimer différemment et de créer Ultravox, etc. J'ai été très touché par cet hommage indirect. Evidemment, il y a certainement eu une influence (NDR : de sa part), mais je n'ai pas pu la mesurer concrètement. En tout cas, il est clair que j'ai ressenti une filiation bien plus que 'synthétique' vis-à-vis d'artistes comme OMD ou de la new wave en général.

Musiczine : Vu que nous êtes à Bruxelles, avez-vous eu ou avez-vous pour l'instant, des contacts avec les musiciens belges ? A une certaine époque vous auriez pu collaborer avec Telex ou encore Front 242...

Jean-Michel Jarre : Bien sûr, ce sont des musiciens très importants ! Mais n'oubliez pas qu'avant Internet, les artistes avaient peu de contacts entre eux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai initié les albums « Electronica », afin de créer des ponts avec d'autres artistes. Mais en effet, j'aurais beaucoup aimé travailler en compagnie d’artistes belges. Comme Soulwax / 2ManyDJs, par exemple, que j’aime aussi. Une coopération est même envisageable à un moment ou un autre.

D'ailleurs, en ce qui concerne la Belgique, je souhaite ajouter qu’il s’agit un endroit où je me sens très bien. Pas pour des raisons fiscales, comme certains de mes compatriotes. Et j'aimerais réagir aux déclarations de Donald Trump à propos de Bruxelles. Il a prétendu que c'était un ‘trou à rats’. Et bien, vu que je suis du signe du rat en astrologie chinoise, j'estime que ce 'trou' est le centre du monde...

Merci à Jean-Michel Jarre, ainsi qu'à Sony Music, Valérie Dumont et Radio Vibration.

Pour écouter l'interview en audio, consultez la page mixcloud de l'émission de radio WAVES, c'est ici 

* A ne pas confondre avec le GR-1 de Roland, une guitare/synthé qui date de 1992...

 

Mélanie Isaac

La voix est le pilier central de mon travail...

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Originaire des Ardennes belges et aujourd'hui établie à Bruxelles, Mélanie Isaac vient de sortir un Ep intitulé « L'Inachevée », un disque qui constitue clairement une des révélations de la rentrée. Enregistré entre Bruxelles, Manchester et Gand, il recèle une pop mélancolique chantée en français au sein d’une atmosphère hypnotique, voluptueuse, carrément sensuelle qui flotte quelque part entre Barbara, Radiohead, Fishbach, Françoise Hardy, Mélanie de Biaso et Dominique A. Le son est ample et d'une impressionnante clarté et reflète un univers rétro futuriste, moderne et en même temps délicieusement 'vintage'.

Nous avons rencontré l'artiste dans le quartier de Saint-Gilles, où elle a élu domicile. Passionnée de photographie, Mélanie a immédiatement accepté quand nous lui avons proposé de choisir des photos ou des images pour illustrer les différents thèmes abordés lors de l'entretien…

 

© Raphaël Lugassy

Mélanie, à l’écoute de ton nouvel album, on est frappé par son côté très électronique, très pointu, par moments même expérimental, un peu à la façon de The Knife.

Je suis contente que tu dises ça, car j'aime beaucoup The Knife.

Certains sons sont alternatifs, à la limite… agressifs...

Incisifs ?

Oui, avec du mordant.

James Doviak

C'est James Doviak, un musicien/producteur issu de Manchester, qui s’est chargé des arrangements.

Comment es-tu entrée en contact avec lui ?

C'est Marc Watthieu qui a co-écrit « Jamais Sans Raison » et a eu la brillante idée de lui envoyer les démos. Quand j'ai reçu les premières chansons qu'il avait retravaillées, je me suis dit : 'wow !' Enfin quelqu'un qui a compris ce que je cherche ; à savoir des sonorités plus froides, plus nocturnes...

D'une manière générale, on est vraiment impressionné par ces arrangements mais aussi le son…

James est un véritable passionné. Par exemple, pour « Comme des Loups », il a accumulé une centaine de pistes. Il travaille le son par couches, par textures. Quand il parle d’un titre, il utilise le mot ‘drama’.

Et le résultat est étonnant. La voix, également, sonne très bien : elle est posée, très claire et voluptueuse...

Oui, la voix est le pilier central de mon travail. J’ai travaillé avec une 'coach vocale' issue de la culture classique, même si ce n’est pas dans cette direction que je chante mes chansons. Ce qui m’a permis d’asseoir mon geste vocal. Dans mon processus d’apprentissage, j’ai d'abord cherché à maîtriser des extrêmes, même si finalement, dans mon interprétation, je suis en fait proche d’une voix ‘parlée’, proche de l’oreille, de l’auditeur.

Il émane également beaucoup de douceur de ta voix...

Oui, disons que j’ai cherché dans la voix, quelque chose qui console.

Tu est issue des Ardennes et tu y es d'ailleurs retournée il y a peu pour accorder un concert. Un moment étrange, non ?

C’était bien sûr un peu émouvant. Croiser des gens que je n’avais pas vus depuis des années… Cette région demeure toujours quelque part en moi. Il y a cette image mentale, qui me définit, comme une forêt brumeuse…

Tu aimerais disposer d’une maison en pleine nature ?

Plutôt un chalet ou une cabane, ce serait génial. François Pirot, qui a réalisé le clip de « Comme des Loups », possède un vieux wagon qu'il a arrangé pour le transformer en chalet, au plein milieu d'une réserve naturelle : c'est magnifique. Ce qui me manque le plus depuis que je suis en ville, c'est de faire de la musique en étant sûre que personne ne puisse m'entendre. Et d'avoir un horizon devant moi, dans lequel je puisse me projeter pour créer.

Je crois que le côté visuel est très important dans ta démarche créative?

Oui, la photo est mon autre passion, à côté de la musique. Pour chaque chanson, je crée un 'mood board', un collage de photos destiné à visualiser l'ambiance, les couleurs, l’atmosphère. Au-dessus, on voit une partie du ‘mood board’ de « Qui Es-Tu ? ». Avec James, cela nous a permis aussi de communiquer. Lui m’a raconté qu’il y avait toujours des films qui tournaient silencieusement sur son écran quand il est dans son studio.

Je propose que tu choisisses une image par chanson et que tu y ajoutes un petit commentaire ?

 

Comme des Loups

Sans surprise, c'est une image des Ardennes, une dia réalisée par mon père que j’ai digitalisée il y a quelques années. La forêt, la terre, la brume, la pluie, toutes ces choses vivifiantes... Ces paysages sont ancrés dans mon esprit. Et dans la chanson, c'est une personne qui ne parle pas nécessairement à quelqu'un, elle peut être seule, dans un moment d'introspection, en pleine nature. Elle contemple avec tendresse le souvenir de quelque chose qui vient du passé.

 

Jamais Sans Raison

© Christophe Jacrot

C'est une photo de Christophe Jacrot, un photographe parisien, dont la spécialité est de photographier les intempéries. Cette photo a été prise lors d’une tempête de neige en plein coeur de New York. J’ai eu la chance d’être présente lors de la prise de vue. Une tempête vécue en hauteur. L’ensemble du ‘mood board’ illustre un côté urbain, des lumières froides et contrastées, des errances nocturnes, des rencontres fortuites...

 

L'Inachevée

© Austin Hargrave

C'est une photo de Cat Power réalisée par Austin Hargrave, qui date de 2012. C'est le thème de l'eau, de la vague, qui correspond bien à la chanson. Cat Power y apparaît désabusée. Elle fume sa clope. Et la chanson dit: 'Promets-moi de ne rien te promettre...'  Au départ, je voulais une photo dans ce genre-là, comme cover pour l’Ep. Lors de la session photo, on a produit une image comparable, où je suis dans l'eau, mais finalement, c'est la photo où on me voit de dos qui a été retenue.

C'est un bon choix. Plus mystérieux, anti-selfie, un peu comme la cover de « Born in the USA », de Bruce Springsteen ou l'image de Leonard Cohen, qui est de dos, en regardant la mer, au début de « First We Take Manhattan »...

 

Désabusée

Pour la chanson « Désabusée », on retrouve plus de couleurs rouges, avec un côté chevaleresque. Ca parle du don, mais surtout du contre-don. 'Prends ce que tu veux de moi, mais si et seulement si cela te satisfait....' C'est généreux et en même temps, égocentré.

 

Qui Es-Tu ?

© Ben Zank

C'est une photo de Ben Zank, un photographe américain basé à New York, qui travaille beaucoup avec des silhouettes au visage caché. Elle correspond bien à 'Qui es-tu ?', tout en sachant que l'interprète se parle peut-être à elle-même quand elle pose cette question. La composition de l'image est léchée, très géométrique, un peu comme la musique.

Tu as récemment présenté ton Ep au Botanique, sur la scène de la Rotonde. Quels sont les musiciens qui t'accompagnaient lors de ce concert ?

Il y avait tout d'abord Yannick Dupont à la basse et au Moog. Yannick est un musicien polyvalent et expérimenté qui a déjà travaillé avec Antoine Chance, Jawhar, et qui est dans le label Les Disques du Condor. Ensuite, il y avait Brice Ninck aux claviers et Arthur Lonneux à la batterie.

Sans oublier notre ami commun, Guy Tournay, au son !

Bien sûr ! Guy est quelqu’un de cher à mes yeux. On s'est rencontrés il y a longtemps, même avant 2012. On partageait un local de répétition du côté d'Yser. Il a toujours été une oreille précieuse au cours du processus de création, des premières démos au mixage, une personne ressource pour prendre le recul sur l’avancement de la production. Il connaît les titres comme personne, c’est tout naturellement que je suis heureuse et confiante de le savoir derrière la table de mixe pendant les concerts. Et je n'oublie pas non plus les lumières, confiées à Charlotte Plissart.

Pour regarder les vidéos:

« Comme Des Loups » ici
« Jamais Sans raison »  

L'album est disponible en format CD sur les différentes plates-formes :

Bandcamp : https://melanieisaacmusic.bandcamp.com/album/linachev-e-ep

Mélanie Isaac sur Facebook: https://www.facebook.com/melanieisaacmusic/

Portrait de Mélanie Isaac par Raphaël Lugassy : http://raphael-lugassy.com/

Whispering sons

Une blonde qui exorcise ses démons sur une musique post-punk…

L'automne 2018 est sans nul doute une période charnière pour Whispering Sons. Ce jeune groupe belge a sorti, en effet, son premier album 'long playing', intitulé « Image ». Originaire du Limbourg, Houthalen-Helchteren pour être précis, et maintenant établi dans la capitale de l’Europe, il comptait déjà à son actif un Ep, « Endless Party », publié il y a 3 ans par Wool-e-Tapes et Minimal Maximal, puis deux singles, « White Noise » et « Performance », gravés par Weyrd Son Records. La formation pratique un post-punk teinté d'influences shoegaze et indie-rock. « Image » est paru au Benelux sur le label PiaS. Un début de carrière fulgurant pour cette formation, décrite comme 'the next big thing' sur la scène indie orientée 'dark'. Nous avons rencontré Fenne Kuppens, la chanteuse/parolière et Kobe Lijnen, le guitariste/compositeur, à Bruxelles...

Vu sa distribution est internationale, ce premier opus est très important pour vous...

Fenne : Oui, l'album est signé par [pias] au sein du Benelux, SMILE pour le reste de l'Europe et Cleopatra Records aux Etats-Unis. C'est donc quasiment une distribution mondiale, ce dont nous sommes très fiers.

Quelle est l’évolution entre « Image » et vos productions précédentes ?

Fenne : La grande différence, c'est qu'on a enregistré « Image » au sein d’un studio professionnel, le GAM à Waismes, près de Malmedy, dans les Fagnes. C'était comme une retraite de 10 jours dans la nature en plein mois de janvier. Il neigeait beaucoup donc nous sommes restés confinés dans cet espace limité du matin au soir. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi l'album sonne aussi cohérent. Nous voulions proposer quelque chose de fort, avec une 'image' homogène.

On décèle en tout cas une progression dans le 'scope'. Le rayon d'action s'est étendu, la technique musicale a progressé surtout sur deux compositions, « Waste » et « No Image », qui proposent de nouvelles perspectives.

Kobe : C'est juste. Auparavant, on enregistrait des tracks qui avaient été élaborés en 'live' alors qu'ici, on a pris le temps de structurer les morceaux en studio. Par exemple, « No Image » était à l'origine une composition traditionnelle, avec une base rythmique et on s'est rendu compte qu'il y avait trop de matière ; donc on a déconstruit la chanson afin d’obtenir un résultat complètement différent du reste de l'album.
Fenne : Oui, on a eu le temps et la volonté de se consacrer au son, ce qui explique pourquoi on a travaillé en compagnie d’un producteur. On a veillé à structurer les couches de sons pour que l'ensemble sonne parfaitement.

Il y a deux ans, vous aviez défini votre groupe comme ‘une blonde qui exorcise ses démons sur de la musique post-punk’. Fenne, tu exorcises toujours tes démons aujourd'hui?

Fenne : Oui, et c'est même pire qu'il y a deux ans ! (rires)

« Waste » est devenu l’un de vos titres phares. Lors du concert 'release' à l'AB Club, il a provoqué une ovation incroyable du public.

Fenne : Oui, à la fin de la chanson, c'était fou. On a senti une énorme vague de cris et d'applaudissements, qui a duré plusieurs minutes. On s'est regardés, éberlués, en se disant ‘qu'est ce qui se passe?’ Le show dans son ensemble a été très intense. Tout s'est mis en place à la perfection du début à la fin : un moment parfait. 

Parlons maintenant de ta voix, Fenne. On mentionne souvent les références à Nico, Siouxsie, Larissa de Lebanon Hanover, mais en assistant au concert, à l'AB, quelqu'un d'autre m’a traversé l’esprit. Pour la voix mais aussi pour l'attitude. En alternant les moments calmes et les moments de folie totale, mais aussi à cause des paroles que tu écris, j'ai pensé à Patti Smith. Quand on la voit perdre son self control sur les planches en interprétant « Rock'n Roll Nigger » et s'étriper littéralement la voix, c'est le genre d’attitude que tu adoptes, toutes proportions gardées, bien sûr. 

Fenne : Oh merci ! J'adore tout ce que Patti Smith fait. C'est un très beau compliment. Ceci dit, je ne me suis jamais fixé comme objectif de chanter comme quelqu'un d'autre. C'est venu naturellement dans le processus d'écriture et au fil des concerts.

Parce qu'en fait, tu es quelqu'un de très timide...

Fenne : Oui, c'est sans doute pourquoi je dois monter sur scène pour sortir tout ce qu'il y a en moi.

Kobe, dans le titre « Skin », ta guitare évoque quelque peu les Chameleons. Comment décrirais-tu ton style ? 

Kobe : J'ai développé mon style en empruntant quelque peu à des guitaristes que j'aime, comme John Mc Geoch. J'apprécie son travail chez Siouxsie et Magazine, mais aussi au sein de The Armoury Show, particulièrement sur l'album « Waiting for the floods ».

Ton style est également très mélodique. Dans les compositions, en général, on retrouve deux mélodies, celle de la voix et de la guitare.

Kobe : Je veux compenser la faiblesse de ma voix, donc quand je compose, d'une certaine manière, je chante avec ma guitare.

Le job de Sander Hermans aux claviers est très discret mais ses soundscapes et ses séquences constituent un élément indispensable à votre son.

Fenne : Les claviers sont comme 'the glue', le ciment du son. Quand on réalise un soundcheck sans les claviers, c'est comme s'il manquait l'atmosphère, les fondements.

Aux drums, Sander Pelsmaeker impressionne. Notamment parce qu'il utilise la grosse caisse de sa main gauche sur un tom, debout ; une manoeuvre très difficile à exécuter…

Kobe : Au début, il se servait d’un drumpad, qui se joue debout. Puis il a troqué le pad contre une vraie batterie ; ce qui offre davantage d’alternatives en studio.
Fenne : Et en ‘live’, plus de variations de dynamique ; et puis, visuellement c’est mieux…

Quel thème développe « No Image » ?

Fenne : Celui de l'image que les gens ont de nous, et projettent sur nous et avec laquelle il faut vivre ; alors qu'en fait, elle ne correspond pas à notre véritable personnalité.

« No Time » est un bel exemple de composition plus complexe tant au niveau de la structure que de la rythmique.

Kobe : Oui. Les autres membres du groupe, surtout le batteur et le bassiste, étaient d'ailleurs un peu fâchés sur moi parce que les parties rythmiques sont assez difficiles à exécuter.

A cet égard, on peut également féliciter Tuur Vanderborne, le bassiste, dernier arrivé dans le line up.

Kobe : Tuur a très vite comblé le vide et pris sa place au sein du band. Dans « No Time », la section rythmique accomplit un mouvement différent par rapport aux autres musiciens et, en plus, c'est parfois dans le beat ou 'off beat'. C'était la chanson la plus 'challenging' sur l'album.
Fenne : Kobe a tendance à placer le groupe devant des défis mais bon, on y arrive (rires).

Je propose que vous choisissiez un ou deux titres qui ne figurent pas dans votre répertoire. Des coups de cœur, en quelque sorte. Il y a deux ans, vous aviez plébiscité « Second Skin » des Chameleons, « Whispering Sons » de Moral et « Insides » de The Soft Moon. Vous aviez d'ailleurs mentionné The Soft Moon comme un bon exemple à suivre vu qu'il (NDR : Luis Vasquez) fait son truc sans compromis et récolte un grand succès. Deux ans plus tard, croyez-vous avoir bien suivi cet exemple ?

Fenne : On n'a pas fait de compromis mais on doit encore beaucoup travailler avant d'atteindre le niveau d'un Soft Moon. Il faut promouvoir l'album, accumuler les concerts et peut-être après 2 ou 3 ans, on pourra dire : ça y est, on y est arrivé. Luis est un artiste qu'on adore. On a d'ailleurs assuré la première partie de The Soft Moon, il y a quelque temps.

Alors, vos sélections pour aujourd’hui ?

Kobe : Je choisirais « Superior State », du groupe français Rendez-Vous, extrait de son dernier album.
Fenne : Et moi, un titre de beak>, le projet de Geoff Barrow, de Portishead, c'est la plage « Brean Down ».

Pour écouter l'intégralité de l'interview en version audio, rendez-vous sur la page mixcloud de l'émission radio WAVES ici 

Whispering Sons se produira en concert dans le cadre du Sinner’s Day, à Genk, le 1er décembre, le 8 décembre à Turnhout et le 14 à Gand.

Un grand merci au groupe, à Eric Didden, leur manager, à Amandine (PiaS) et aux premiers labels qui ont supporté la formation : Dimitri (Wool-e-tapes), Dirk Ivens (Minimal Maximal) et Michael Thiel (Weyrd Son Records).

Photo par Karim Hamid : https://www.facebook.com/karimhamid2

 

 

Modern English

Au départ, on n’était pas prédestiné à devenir un groupe pop…

Écrit par

A l’instar de Sad Lovers & Giants, Modern English est une formation atypique responsable d’une musique atmosphérique dont la ligne de guitare claire a exercé une influence majeure sur de nombreux groupes pop/rock. Fondée en 1979, près de Colchester (NDR : c’est dans l’Essex), elle s’est séparée à trois reprises, et s’est reformée autant de fois, sous des configurations différentes, avant de retrouver, début 2010, les 4/5 de son line up. Soit sans le batteur Richard Brown. Le groupe enregistre même un nouvel elpee, cette année-là, ‘ Soundtrack’, puis en 2016, ‘Take me to the trees’….

Modern English se produisait à Amougies, dans le cadre de l’édition 2018 du W-Festival. Et à l’issue du set, Gary McDowell, le guitariste (NDR : c’est lui compose la musique, Robbie Grey, les paroles), a accepté d’accorder une interview à Musiczine. Un personnage haut en couleur, extrêmement sympathique, cheveux et barbe en broussailles dont le visage tatoué est pourtant particulièrement expressif...

Le combo s’était produit en 1982, dans une salle de gymnastique, à Zedelgem, lors d’un concert exceptionnel ; mais Gary ne s’en souvient pas. Ajoutant que depuis près de 4 décennies, il a tellement fréquenté de salles de concerts, qu’il lui est impossible de se remémorer ce show. Par contre, quand on lui parle du festival de Weeley, qui s’est déroulé en 1972, près de chez lui et qu’on lui rappelle les groupes qui y ont participé, ses yeux s’illuminent estimant votre serviteur de veinard, pour y avoir vu des légendes comme Faces, T Rex, Van der Graaf Generator, King Crimson ou encore Barclay James Harvest soutenu par un orchestre symphonique, s’y produire. Ajoutant même : « Et Mott The Hoople ! A l’époque je n’avais que 11/12 ans… » 

Le band s’est donc reformé en 2010, sous les 4/5 de son line up, mais sans le drummer, Richard Brown. Y avait-il une raison particulière. Il clarifie : « Tout simplement parce qu’il ne se sentait plus suffisamment en forme pour reprendre le collier. Vers 85/86, il avait déjà été remplacé… » Et c’est un cinquième larron, issu de Liverpool qui le supplée… « Oui, il vient du Nord du pays. Et dans cette région, ils ont le sens de l’humour. Ce sont des marrants ! » Mais n’est-ce pas difficile de repartir en tournée, après tout ce temps ? « Il y a 21 ans que j’habite en Thaïlande. Quatre ans avant de m’y installer, j’ai abandonné le groupe qui avait alors splitté. Et puis, en 2010, l’idée a germé dans les esprits pour recommencer l’aventure. J’ai alors reçu de nombreux appels téléphoniques pour rentrer au bercail. Et je suis revenu au pays. On a enregistré un disque, et puis on est reparti sur la route… » Il était donc intéressant de savoir ce qu’il avait fait, durant ces longues années d’interruption… « J’ai joué dans la rue. Notamment du didgeridoo. Et puis j’y ai fait du cirque. J’ai aussi fréquenté le Covent Garden, à Londres. J’ai aussi participé à différents festivals. Mais comme je me sentais bien en Thaïlande, j’ai abandonné la musique et je me suis retrouvé dans le milieu de la finance. En gros, c’est ce que j’ai fait pendant ce long break… »

Dans une interview, Robbie Grey avait déclaré que les mouvements new wave et post punk symbolisaient le véritable rock alternatif. Or, au cours des 70’s, Yes, Genesis, King Crimson et bien d’autres se revendiquaient également de la scène alternative. Il explique : « J’adore King Crimson. C’était effectivement une musique alternative pour cette époque. En fait, on a trouvé notre place au sein de ce panel de formations, dont beaucoup manquent à l’appel aujourd’hui. Car au départ, on n’était pas prédestiné à devenir un groupe pop. Mais on a été rattrapé par le marché. C’était les débuts de MTV. La chaîne musicale nous a demandé de sélectionner un titre qui allait être diffusé trois fois par jour. Notamment aux Etats-Unis. Ce sera ‘I melt with you’ ». Mais pourquoi cette chanson ? « En fait, elle ne devait pas être trop proprette ni trop joyeuse. C’est Hugh Jones (NDR : qui a notamment bossé pour Echo & The Bunnymen, The Sound, Damned, Simple Minds, The Charlatans, Stan Ridgway ou encore Teardrop Explodes), le producteur, qui l’a choisie. Il a déclaré, je la prends, mais laissez-moi le champ libre. Je vais la faire à ma sauce. Il y avait un refrain avant-gardiste. Il a bossé dessus et l’a transformé en quelque chose de pop. Alors qu’au départ, elle n’avait rien de ce style. Ce n’était pas prévu ! Il a donc fallu écrire d’autres lyrics pour ce refrain ; ce qui donné naissance à une autre version de la compo. Pas de regret, cependant, pour cette entourloupe, car c’est ce qu’il fallait faire… » Finalement elle a servi de B.O. pour le film ‘Valley girl’ de Rachel Goldenberg, projeté en salle l’année suivante. « Et pour d’autres également (NDR : des reprises de ce morceau). Cette B.O. a permis d’élargir notre audience. La plupart des gens ont découvert Modern English, en assistant à la projection de ces films. Tout a changé pour nous, à cette époque. Car notre quotidien se résumait à se produire dans des clubs. Et rien d’autre. C’est ce qui nous a permis d’assurer le supporting act de Roxy Music. Un souvenir très agréable… » Surtout que Roxy Music est une influence majeure pour le band. Mais également David Bowie. D’ailleurs, sur son dernier elpee, ‘Take me to the trees’, le morceau « Trees » emprunte le rythme du ‘Heroes’ de Bowie. Volontaire ou involontaire ? « Jouer le morceau de cette manière nous semblait naturel. C’est bien que tu le mentionnes. Le riff est répétitif. La voix arrive sur le tard, un peu de la même manière. C’est une compo que j’adore, mais la comparaison est fortuite… »

La liaison est donc naturelle pour aborder le sujet du dernier long playing. Et tout d’abord le choix qui s’est posé sur Martin Young, pour la mise en forme. Ex-Coulourbox, c’est lui qui avait composé le hit ‘Pump up the volume’. « Il y a longtemps qu’on se connaît. A l’époque où on n’avait pas beaucoup d’argent, on partageait le même appartement. On l’a choisi, parce que c’est un excellent producteur. Quand il rencontre un problème, il l’épluche scrupuleusement. Il va recommencer la même prise, 100 fois s’il le faut. C’est un type méticuleux et c’est ce dont on avait besoin lors des sessions. Non seulement c’est un bon producteur, mais aussi un bosseur. En outre, il est ouvert d’esprit. Il ne rejette aucune idée d’emblée… » Pour l’artwork de cet LP, le groupe a encore fait appel à Vaughan Oliver, comme par le passé. En fait Modern English est un peu à ce graphiste, ce que Yes était à Roger Dean. Gary en donne la raison : « Notre collaboration remonte à l’époque où on était chez 4AD. Il réalisait tout le travail artistique pour le label. Il est la retraite, mais on a insisté pour qu’il réalise la pochette. Il a encore un emploi du temps bien chargé, mais finalement, il a accepté, parce qu’il existe un lien spécial entre lui et nous. C’est lui qui avait d’ailleurs signé celle de notre tout premier album… »

Faute de Robbie Grey, difficile d’aborder la thématique des compos. Mais quand même, lorsqu’un groupe choisit comme titre d’album ‘Talk me to the trees’, difficile de ne pas aborder le sujet de l’écologie. D’autant plus que 35 ans plus tôt, ‘After the snow’ était déjà de la même veine et constituait un message précurseur dans le domaine. « En fait, mon rôle consiste à créer des atmosphères musicales alors que Rob doit rester vigilant et observateur de ce qui se passe dans le monde. Et donc je colle la musique dessus (NDR : les cloches de l’église se mettent à sonner…) On a toujours conscience de ce qui se passe autour de nous. Et on veut préserver cet état d’esprit. Cependant, il est exact que les deux albums adoptent une semblable démarche. Et on sait où on va… »

Modern English a également participé au projet This Mortal Coil. C’était une réunion entre amis ou un exercice de style organisé par 4AD ? « A l’époque, c’était une idée du patron du label indépendant Ivo Watts-Russell. On a d’abord enregistré un medley de ‘Sixteen Days’ et ‘Gathering Dust’ (NDR : Elizabeth Fraser et Robin Guthrie de Cocteau Twins ont enregistré la face B, une reprise de "Song to the Siren" de Tim Buckley que Watts-Russell a finalement choisie comme face A du 7 inches ; mais c’est finalement la flip side qui a atteint le numéro un dans les charts britanniques). Je jouais de la guitare et Mick Conroy de la basse. Puis plein d’autres artistes du label ont apporté des compos pour enregistrer l’album ‘It’ll End in Tears’ (NDR : This Mortal Coil va encore graver deux autre opus, ‘Filigree and Shadow’, en 1986 et ‘Blood’, auxquels participeront de nombreux artistes de l’écurie, et notamment des membres de Dead Can Dance, Breeders, Pixies, Wolfgang Press ou encore Colourbox). On a même joué en concert dans une salle d’art ; mais on n’avait droit qu’à 20 minutes de set. Et finalement on a interprété le même morceau à sept reprises… »

Un elpee serait en préparation. Info ou intox ? « Pas un album, mais un Ep ! On a mis en boîte deux ou trois chansons lors de notre tournée, à Los Angeles. On va encore en écrire deux ou trois. Et il y a de fortes chances qu’il sorte dans 6 à 7 mois. Donc effectivement, on est occupé d’enregistrer. Rob bosse également sur les paroles afin de leur donner davantage de caractère. Pour leur communiquer, suivant les morceaux, un feeling plus sombre ou plus allègre. Ce qui va modifier, sans doute, les démos réalisées pour l’instant. Et tout cela est en préparation… »

(Merci à Vincent Devos)

 

Mortalcombat

Le plus important c’est de s’épanouir dans ce que l’on fait…

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Sans aucun doute, le LaSemo est devenu un fer de lance, en matière de découverte musicale. Au lieudit ‘La Guinguette’, un binôme sexué dénommé ‘Mortalcombat’ vient d’y livrer une prestation, certes un peu ‘molle du genou’, mais qui promet tout de même que l’on suive de près, les péripéties de ces trentenaires.
Caché derrière un patronyme issu du célèbre jeu pratiqué dans les années 90, le combo a pris le parti de revisiter la pop française en y ajoutant de la modernité sur fond d’envolées synthétiques.
Entretien avec César (claviériste sortant de BRNS) et sa compagne à la ville comme à la scène, Sarah, entre souvenirs, nonchalance et vague à l’âme…

César, désolé d’y revenir, mais ton nom est irrémédiablement associé à un autre groupe belge, BRNS. Tu as participé à l'écriture, à l'enregistrement et au mixage de « Sugar High ». Tu les as accompagnés sur certaines dates de concerts également. Puis un jour tu décides de tout plaquer en cours de route. Peux-tu nous expliquer le cheminement intellectuel de cette démarche pour le moins étrange ?

César : Mon départ n’est pas récent. Il remonte en fait à deux ans et demi déjà. BRNS est un projet qui exige un investissement full time. Je m’y suis donné corps et âme durant cinq ans. Sincèrement, je ne me sentais plus prêt à m’engager de manière durable pour la sortie de ce nouvel opus. Je ressentais l’envie de passer à autre chose. Durant une pause concert de six mois environ, nous avons abordé le sujet ensemble. Les autres musiciens ont été très compréhensifs. Par chance, ils ont déniché mon successeur rapidement en la personne de Lucie Marsaud qui se réservait auparavant claviers et flûte traversière chez Arch Woodmann, un groupe mené par le Brestois Antoine Pasqualini.

Même si BRNS a pu assurer la pérennité du band sans problème, j’imagine que maintenir le paquebot malgré les défections de certains de ses matelots ne doit pas être facile…

C. : Lorsqu’une formation connaît une certaine pérennité dans le temps, elle est forcément confrontée à ce genre de situation. Ses membres viennent et vont au gré des opportunités, c’est tout à fait normal. Cette défection n’a pas altéré leur succès et je crois que c’est le plus important. Lucie étant une amie, la transition a été d’autant plus facile !

Vous avez milité tous les deux au sein d’Italian Boyfriend. Le projet est en standby, mais est-il toujours sur les rails ?

Sarah : Le projet est en effet en standby. C’est la seule certitude aujourd’hui. Il y a déjà un an et demi que nous avons arrêté de nous produire en concert. A vrai dire, à la fin de la tournée, les uns et les autres ressentaient le besoin de passer à autre chose, que ce soit dans le domaine musical ou non d’ailleurs. César avait envie de rebondir, ce qui a donné naissance à Mortalcombat. Je ne sais te dire combien de temps durera encore cette pause, ni même si Italian Boyfriend renaîtra de ses cendres encore chaudes. On verra ! On ne se pose pas la question parce qu’il n’y a aucune pression de notre part…

Ce besoin de changement dénote un sentiment plus profond, en somme ?

S. : Ce n’est pas un besoin, mais tout simplement une envie. Chacun peut à un moment donné ressentir l’envie de développer des projets un peu plus personnels. L’essentiel est de garder de bons souvenirs et aller de l’avant…

Justement, le fait de baigner dans la musique depuis un certain temps, vous permet-il d’être plus crédible aux yeux de vos pairs ou du public ?

C. : Non, je ne le pense pas ! Lorsque tu empruntes une carrière musicale, il faut pouvoir s’imposer en tout temps. C’est un combat perpétuel. En outre,  je ne crois pas que ce soit à nous de répondre à cette question. A vrai dire, on s’en fout un peu. Le plus important c’est de s’épanouir dans ce que l’on fait…
S. : Je rejoins tout à fait le raisonnement de César. Ce n’est pas parce que nous avons participé à différents projets que nous jouissons de plus de crédibilité aux yeux de nos pairs ou du public. Nous avons un projet particulier, oui, c’est vrai, mais d’autres aussi finalement…

Mortalcombat se réfère à un jeu vidéo populaire des années 90. L’orthographe est pourtant différente. Si le but était de garder cette culture bien ancrée, pourquoi ne pas l’avoir fait jusqu’au bout en optant pour une retranscription identique ?

C. : À vrai dire, on avait déjà l’image du mot en tête en choisissant le nom du groupe. C’était une manière de prendre le contre-pied de nos morceaux qui restent très doux par rapport à la bande annonce violente et agressive du jeu. A titre anecdotique, dans les moteurs de recherche, si tu tapes le patronyme du groupe, tu verras apparaître en premier lieu le célèbre jeu vidéo. Bien avant même de voir nos clips. Nous avons trente ans. Aucun d’entre nous n’y a jamais joué. Personnellement, je ne pourrais même pas t’en parler…
S. : Il fallait une accroche ! Choisir un tel nom nous permet un référencement intéressant puisque tout le monde va ‘tilter’ d’office.

Vous prenez le parti de chanter en français en y ajoutant de la modernité avec des envolées synthétiques. Si ce choix vous permet d’insuffler davantage de subtilités dans le texte et le chant, il reste plus difficilement exportable que l’anglais. Quels sont les objectifs que vous vous étiez fixés au départ ?

C. : Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Il vaut mieux bien chanter en français que mal en anglais, surtout lorsque l’accent est médiocre… Notre langue maternelle n’est pas une barrière en soi. Ce sont des préjugés ! Certaines formations s’exportent d’ailleurs très bien en Flandre. D’autres peuvent connaître plus de difficultés lorsqu’elles choisissent la langue de Shakespeare. A nos débuts, nous avions opté pour l’anglais, mais nous maîtrisions mal cette langue. Seuls les bilingues sont légitimes à mon sens. En adoptant la langue de Voltaire, nous y sommes parvenus. Un jour, un organisateur a refusé de nous programmer au Trix à Anvers tout simplement pour une question linguistique alors que des artistes comme Angèle, Témé Tan ou Nicolas Michaux ont brillamment réussi à s’imposer.

Lorsqu’on choisit de chanter en français, il faut bien admettre qu’il est souvent difficile de trouver un compromis dans la manière de poser les sons, la musicalité et les textes. Or, à l’écoute de votre concert, il y a quelques minutes, j’ai été stupéfait par cet équilibre. Quelle est la recette ?

C. : La manière dont nous travaillons est assez simple. Sarah et moi-même composons la musique et les textes. A l’aide de mon synthé, je peux déjà imaginer à quoi ressembleront les compos. Clément qui nous accompagne est le partenaire idéal parce qu’il se charge des arrangements. Il a des qualités que ni Sarah, ni moi-même ne possédons.

Le clip de « Beau et Décadent », a été tourné dans le quartier bruxellois de Saint-Gilles. Alors, dites-moi, pour la beauté ou la décadence ?

S. : C’est là où l’on vit ! A la base, il ne s’agit pas d’un choix artistique, mais tout bonnement pratique. Le choix s’est imposé de lui-même. Nous n’avions ni le temps, ni les moyens de réaliser autre chose. Au final, le résultat est assez réussi. Avoir tourné dans des endroits que nous connaissons nous touche encore un peu plus.
C. : Je crois que cette solution était la bonne. Nous connaissions cet environnement et pouvions plus facilement repérer des endroits identifiés où les autochtones pouvaient s’y reconnaître facilement. D’ailleurs, peu de temps après, spontanément, une page Facebook intitulée ‘I love Saint-Gilles’ s’est créée.

Sarah, cette vidéo met en scène la quête de l'homme idéal en quelque sorte. Tous ces prétendants aux goûts plus ou moins douteux que tu vas croiser jusqu’à ce que tu trouves ‘the one’ représente la réalité d’une frange de la population féminine. Quel est ton regard de femme sur le sujet ?

S. : Pour ma part, je dois dire que je n’ai pas multiplié ce genre de rendez-vous. En tout cas, ni plus, ni moins que la moyenne des filles de mon entourage. Je n’ai jamais eu l’impression que le personnage du clip recherche quoique ce soit en fait. C’est juste une nana qui a un rendez-vous avec un gars… et ça ne colle pas, voilà tout ! Peut-être attend-t-elle le prince charmant ? Mais, existe-t-il seulement ? Pour y parvenir, elle multiplie les expériences et les rencontres. Dans ma vie de femme, je n’ai jamais cherché cette quête ultime de l’amour. Lorsque j’ai rencontré César, je ne suis pas tombée des nues en me disant ‘Oh, enfin, il est arrivé !’ Mais, oui, c’est devenu mon prince charmant (rire).

César, à la surprise de tous, tu nous as démontré, en ‘live’, que tu possédais un bel organe vocal. Peut-on espérer un jour te voir tenir le micro, voire chanter en duo ? Ou doit-on considérer cette prestation comme un one shot ?

C. : En fait, le titre sur lequel j’ai chanté n’a pas trouvé sa place sur l’Ep. Je ne me considère pas comme un chanteur. Je ne me sens pas du tout à l’aise dans cet exercice. Ce n’est pas naturel. Il faut le voir davantage comme une blague que comme quelque chose de sérieux. J’ignore si je vais recommencer l’expérience, car je démarre de trop loin dans le chant ; c’est très compliqué de rivaliser. J’ai même l’impression d’être un imposteur. Des voix se sont élevées pour que Sarah et moi chantions en duo. C’est une alternative, pas forcément une probabilité.

Charlotte

Il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de se forger un nom qu’un prénom…

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Déjà 11 années que le superbe parc du château d’Enghien accueille le LaSemo, un festival on ne peut plus iconoclaste puisqu’il mêle musiques, arts et cultures.
A l’affiche, une toute jeune artiste au doux nom de Charlotte, fruit légitime de Muriel Dacq et d’Alec Mansion, y est programmée, cette année…
Nouvelle voix dans le paysage musical belge, elle évoque Lana Del Rey même si elle réfute cette filiation un peu impromptue selon elle.
Elle a débuté dans le monde de la danse aux côtés de sa sœur Betty. Cap ensuite vers Paris pour y suivre les cours ‘Florent’ et enfin terminer sa course artistique effrénée dans la chanson où elle s’y sent plus à l’aise.
La donzelle se produit sur la scène de la Guinguette, un espace farfelu dont le décor est constitué de vieilles caisses en bois, à l’image d’une bibliothèque géante un peu vieillotte.
Peu prolixe, atteinte d’une timidité maladive, mais touchante derrière ses grands yeux bleus azur, elle se dévoile sereinement et calmement aux lecteurs de Musiczine.

Charlotte, tu es la fille de Muriel Dacq et d’Alec Mansion. Tes parents ont vendu près de deux millions de disques à eux deux, au cours des années 80. Deux questions viennent immédiatement à l’esprit. Premièrement, avoir choisi un nom de scène aussi passe-partout n’est-il pas en soi une manière de manifester sa neutralité ? Secundo, comment perçois-tu le fait d’être ‘la fille de’ ?

Je vais répondre aux deux questions en même temps. J’ai volontairement omis mon patronyme parce que l’univers dans lequel je navigue m’est propre. Rien à voir avec celui de mes parents ! Je me suis créé une véritable identité musicale. Et puis, je voulais vraiment que l’on me considère comme ‘Charlotte’ et non pas comme ‘Mansion, la fille de l’autre’. Contrairement à ce que la masse populaire peut penser, il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de se forger un nom qu’un prénom. Depuis toute petite, je sais que si je veux me faire une place au soleil, cet objectif viendra davantage du fruit de mon travail que via un piston.

Est-il vrai que tes parents t’ont toujours déconseillée de te lancer dans un milieu où on ne se fait pas de cadeaux ?

C’est exact ! Je dois t’avouer qu’adolescente, le monde du show-business m’angoissait terriblement. Je n’avais pas du tout envie d’y mettre les pieds. Je n’y percevais que de l’hypocrisie. Aujourd’hui, je conçois les choses différemment. Cet univers me semble beaucoup plus supportable. 

Généralement, les parents poussent pourtant leur rejeton à poursuivre leurs rêves non ?

En ce qui me concerne, je ne me pose pas trop de questions. Les événements évoluent naturellement. C’est le destin ! J’ai passé du temps à faire mûrir mon projet. Je suis assez fière du résultat. Je pense que c’est mieux ainsi au final…

On te sent très proche de Lana Del Rey, tant à travers l'esthétique, les vidéos que dans les styles vestimentaires et musicaux. Que t’inspire cette artiste ?

C’est totalement involontaire de ma part ! Je dois t’avouer que je ne suis pas énormément son parcours. Je ne l’ai découverte que récemment en concert. La photo qui a été utilisée pour la promotion ressemble fort à sa pochette, c’est vrai. C’est tout à fait involontaire. Mais, être comparée à cette artiste me procure énormément de plaisir, évidemment (rires).

La chorégraphie « Pars » a été imaginée par ta soeur (Betty Mansion). Est-ce un atout de bosser en compagnie de ses proches ?

Travailler en compagnie de tes proches appartient à la philosophie d’une génération nouvelle. Je suis très heureuse d’avoir pu collaborer avec ma sœur parce que nous avons fait de la danse ensemble durant des années. Elle était tellement convaincante dans ce secteur que j’ai préféré m’éclipser afin de me concentrer sur d’autres créneaux. Elle a assuré la chorégraphie du clip.

La concentration et la substance semblent importantes pour toi. On te sent très perfectionniste dans l’âme. Dans ce métier, certaines personnes abordent leur rôle avec beaucoup de légèreté, sans que cette perspective ne puisse pourtant poser problème. N’as-tu pas l’impression de t’emprisonner dans un personnage qui n’est peut être pas le tien ?

Il est extrêmement difficile de se démarquer de nos jours. J’ai préféré choisir une ligne de conduite plutôt classique. Mais, je souhaite développer mon image à l’avenir. Je n’ai pas l’intention de rester toute ma vie vêtue d’une robe blanche !

Les textes sont écrits en français et traitent d'amour passionné et envoûtant. Tu es une toute jeune femme qui déborde d’idéaux. Les séparations et les divorces n’ont jamais eu aussi la cote aujourd’hui. N’y vois-tu pas là dedans un certain paradoxe ?

Ce dont je parle justement dans mes textes, ce sont les moment très difficiles que j’ai vus ou moi-même vécus. C’est en quelque sorte une thérapie. Analyser le passé pour mieux l’affronter. J’espère aussi que d’autres personnes trouveront à travers mes chansons une caisse de résonance afin qu’elles se sentent moins seules et puissent poser un regard extérieur sur ce qu’elles vivent pour mieux les vivre.

Tu as collaboré avec Alex Germys. Il a un talent indéniable, un physique attrayant et un cerveau bien rempli ; bref, il a tout pour plaire. Peux-tu m’en dire davantage sur cette rencontre ?

Alex Germys est mon manager ! Il joue aussi un peu le rôle de directeur artistique sur le projet. Je ne le connaissais pas, à la base. Je suis très heureuse de travailler avec lui. Il m’apporte énormément. J’espère que notre coopération va durer (rires).

Certains admettent que la mouvance electro/pop – dream/pop dresse un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité. Imagines-tu qu’elle puisse être perçue, comme le fossoyeur du rock’n’roll ?

Je ne sais pas quoi répondre… Je pense que nous sommes dans une période où il y a un vivier de nouveaux artistes et a fortiori un contenu intéressant. A l’époque, je voyais par exemple mon père fort tracassé lorsque les téléchargements illégaux ont commencé à pulluler sur le net. Aujourd’hui, c’est un peu plus contrôlé. Les plates-formes de streaming comme Spotify offrent un avantage double. L’utilisateur y trouve un catalogue presque infini et l’artiste est rétribué, ce qui le rend moins anxiogène.

Tu es d’origine namuroise. Les étrangers parviennent difficilement à comprendre ce qu’est la belgitude. Pourtant certains artistes s’y sont relativement décomplexés. Je pense notamment à The Experimental Tropic Blues Band, lorsqu’il a imaginé sont concept/concert ‘The Belgians’. Tes chansons respectent une forme plus traditionnelle. Elles sont donc plus exportables en quelque sorte…

Je fais ce que j’ai envie de faire ! Jamais, je n’ai réfléchi une seule seconde à l’aspect purement marketing. Le mois dernier, j’ai participé aux Francos de Montréal. Le public scandait mon nom durant la prestation alors qu’il ne me connaissait pas. La musique peut constituer un prisme génial, même à des kilomètres à la ronde. Je ne suis pas formatée. C’est en concert que je me rend compte si mes chansons impactent ou pas...

Interview réalisée le samedi 7 juillet 2018, dans le cadre du festival LaSemo.

 

Beechwood

La musique, c’est notre choix de vie…

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Beechwood et un trio new-yorkais réunissant le bassiste Sid Simons (21 ans), le guitariste Gordon Lawrence (23 ans) et le batteur Isa Tineo (25 ans) ; ces deux derniers assurant également les parties vocales. A l’issue de leur concert accordé à la Cave aux Poètes, de Roubaix, les musicos se sont volontiers pliés à l’exercice de l’interview, sous l’oreille attentive de leur manager, Cynthia Ross (NDR : bassiste de B-Girls, formation féminine de power pop/punk/rock qui a sévi de 1977 à 1981). A leur actif trois albums, dont les deux derniers, « Songs from the land of nod » (voir chronique ici) et « In the flesh hotel », sont sortis respectivement en septembre 2017 et ce 8 juin 2018. Deux opus qui réunit de très bonnes chansons aux mélodies particulièrement soignées et parfois même contagieuses…

Deux long playings en neuf mois, c’est plutôt rare chez un artiste ou un groupe aussi jeune. Mais cette tendance prolifique ne cache-t-elle pas l’envie d’écouler un stock de compos à écouler ?

Gordon réagit : « La majorité des titres du précédent album avaient déjà été enregistrées sous forme de démos. En fait, on est tout le temps occupés d’écrire. Et vu cette activité, on est constamment forcé d’accomplir des allers-retours entre la route et le studio. En général, on compose le week-end ; et on a d’ailleurs déjà les morceaux du prochain album. Qu’on enregistrera, fin de cette année… » Faut croire qu’ils ne dorment jamais. La réponse d’Isa fuse : « Jamais ! On dort quand on est fatigués… » Le père d’Isa bossait dans le business de la musique. Il disposait d’une fameuse collection de disques. Fatalement, il a dû puiser ses sources d’inspiration en les écoutant. Mais cette culture, l’a-t-il partagée avec ses amis, et tout particulièrement Sid et Gordon… Il acquiesce : « C’est exact. J’ai moi-même une belle collection de disques. Mais tout jeune, je n’avais qu’à piocher dans celle de mon paternel… » Pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Junkyard Ju-Ju –au départ batteur de formation– qui milite toujours au sein du duo de hip hop aux influences latines, Beatnuts, en compagnie de Psycho Les… Il poursuit : « Et puis j’ai pu assister aux sessions d’enregistrement. Ce qui m’a permis d’observer son fonctionnement et d’acquérir de l’expérience dans ce domaine. Et je suis reconnaissant à mon père de m’avoir fait découvrir cet univers de la musique. Et cette expérience, j’ai pu également en faire profiter mes potes, et bien sûr Gordon. Ce qui n’a pas été difficile, car il en avait déjà acquise une, de son côté… »

Le trio apprécie un large spectre de groupes ou d’artistes. Mais c’est la scène de Detroit qui semble inspirer d’abord ces musicos. Depuis Son House aux Stooges, en passant par les Stooges, MC5 et les White Stripes... Sid confirme « Oui, oui, les White Stripes ! » Gordon reprend le crachoir, parfois d’une voix qui devient de plus en plus caverneuse : « En fait, aujourd’hui, c’est à Detroit que tout se passe. A New York, la scène est plus underground. Mais on n’est cependant pas hermétiques. On aime également la musique qui vient d’Angleterre. On est ouvert à tout… » Le combo a ainsi adapté le ‘I’m not like everybody else’ (Trad : ‘Je ne suis pas comme tout le monde’) des Kinks, un titre qui figure sur « Songs from the land of nod ». Gordon explique pourquoi le combo a choisi cette cover : « C’est une chanson que je voulais reprendre quand j’étais ado. Mais aujourd’hui on peut plus facilement se connecter aux paroles. Au message. Ce n’était pas toujours le cas, à l’époque… » Et quand on les compare aux Troggs, mais un Troggs à la sauce contemporaine, les musicos estiment que c’est un compliment, et que votre serviteur a touché leur corde sensible… leur look y est également pour quelque chose, soit dit en passant…

Néanmoins, si la musique de Beechwood est essentiellement garage/rock, elle trempe également dans le psychédélisme, évoquant même parfois Syd Barrett, Brian Jones, le 13th Floor Elevators, ainsi que les Beatles circa ‘Magical Mystery Tour’. A cause des voix. Des voix qui peuvent aussi parfois rappeler Big Star. Isa se défend : « On est incapable de répondre à ce type de comparaisons. On aime tous ces groupes et ces artistes. Surtout leur musique… » Et tout au long de « Bigot in my bedroom », une plage issue de « In the flesh hotel », on ne peut s’empêcher de penser à T Rex. Gordon réplique : « Je n’ai jamais pensé faire sonner cette chanson comme T Rex, même si les mélomanes ont cette impression. C’est sans doute dû au groove de la chanson… »

Lors d’une interview publiée sur la toile, ils avaient déclaré que s’ils n’étaient pas devenus musiciens, ils seraient probablement morts aujourd’hui. Pourtant, ce sont tous des caïds du skate. Isa et Gordon se sont d’abord rencontrés à l’âge de 16 ans en se consacrant à ce sport. Et puis, le premier écrit des poèmes, alors que le second est branché sur la photo et la peinture. Ce dernier s’épanche : « La musique, c’est notre choix de vie. On laisse le champ libre à nos envies et nos passions. Tout le monde devrait faire ce qu’il a envie de faire. Il y a un moment de l’existence où on peut se permettre de réaliser ce qu’on aime. Les 18 premières années de ta vie, tu es contraint d’aller à l’école. C’est une obligation, on ne peut y déroger. Puis tu vas au collège. Et t’es parti pour 4 ans, avant de savoir ce que tu veux vraiment faire. Tu es dans le système. Mais dès que tu t’en libères, tu dois foncer tout de suite ».

Quand on parle à Gordon, de sa ferveur pour les Ramones, il remet la place de ce quatuor mythique dans son contexte. « En fait, ce qui m’intéresse chez les Ramones, c’est de figurer au sein d’un groupe, de ressentir quand on y est, d’y vivre... C’est ainsi que j’ai découvert que j’aurais pu participer à leur aventure…. » Une forme d’incarnation subjective ? Il précise : « C’est plutôt ce que la formation représente pour moi. Quand on écoute un groupe, on apprend de ce groupe. On ne va pas se limiter aux Ramones, pour les influences, car il en existe de nombreuses. Ma vie, c’est de jouer de la guitare et d’être connecté à un niveau plus profond. Quand j’aime une formation, ce n’est pas seulement la musique. Je ne limite pas ma vision du band au guitariste. Mais lorsque je l’écoute, je me sens dans le groupe… » Isa avait de son côté, déclaré que la batterie était une manière de libérer sa colère. Mais contre qui ou quoi est-il en colère ? Il répond : « Il n’y a pas d’analyse à réaliser. J’insuffle toute mon énergie et toutes mes émotions dans mon drumming. Mais il n’y a pas de colère vis-à-vis de mes partenaires. C’est bon pour ma santé d’afficher une attitude jeune et naturelle. J’ai joué dans une autre formation avant celle-ci. La manière dont je jouais des drums était plus agressive. Je suis capable de l’adapter à des tas de styles et de cogner très fort sur mes fûts… Cependant, je joue de manière ‘éthique’, c'est-à-dire que j’affiche un aspect de ma personnalité que je veux la plus humaine possible... »

Mais penchons-nous un peu sur le dernier opus de Beechwood, ‘In the flesh hotel’. Et tout d’abord sur le recours à ces instruments complémentaires comme l’orgue ou peut-être un farfisa. Gordon rectifie : « Il s’agit d’un harmonium. Et puis, il y a également un piano. Les sessions se sont déroulées dans une maison d’un de mes oncles. Vu l’éventail mis à notre disposition, la pièce ressemblait un peu à une salle de jeu. Lorsqu’on enregistre, on essaie de faire de notre mieux. Nous ne sommes pas des pianistes, mais avant de nous y coller, on entend d’abord ces interventions dans notre esprit. On peut comparer chaque chanson à un univers et on fait en sorte que tout tourne dans cet univers. Il n’existe qu’une seul règle : c’est bon ou pas bon ! Nous ne nous imposons aucune limite dans notre processus. Par exemple, si l’un se réserve la guitare, l’autre se consacre à la slide et le troisième à l’harmonium… »

Le long playing est également mieux produit. Isa en donne son explication : « C’est parce qu’on est meilleurs et qu’on sait mieux ce qu’on veut. On a plus de maîtrise. On expérimente ! Quand j’écoute ‘Flesh Hotel’, c’est nous ! » Et Isa de clarifier : « En fait Sid a joué un grand rôle dans le son ». Gordon confirme : « Son implication a été importante dans la mise en forme. Ce qui compte, c’est d’être vrai par rapport au son. De ne pas se trahir. On ressent le fait qu’on a franchi une étape. On a progressé. Cette production est donc supérieure…. »

Parmi les plages de cet LP, ‘Amy’ et ‘I found you’ pourraient facilement sortir en single. Gordon tempère : « Ce n’est pas prévu de sortir des singles et des 7 inches en vinyle. Pour la promo, les chansons vont cependant sortir successivement en clips vidéo… et quand l’album sortira, les chansons seront déjà périmées… » (rires)

(Merci à Vincent Devos)

 

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