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Parano des bois… Spécial

Écrit par - Didier Stiers -

Matt Elliot est un de ces adeptes des collages musicaux sans cesse aux aguets d'ingrédients à enfourner dans la moulinette de son sampler. Ce qui en ressort a habituellement un fort arrière-goût d'électronique, mais piétine joyeusement les plates-bandes du post rock comme celles de la drum'n'bass, du trip hop et de l'avant-garde. Pour un peu, on aurait l'impression qu'il ne se sent bien, comme son compatriote Jonny L., que devant ses machines...

Avec des titres comme « There'sA Fight At The End Of The Tunnel », « Fear Of A Wade Planet » ou « An Even Harder Shade Of Dark » ce serait presque un jeu de retrouver les originaux auxquels tu sembles faire référence...

Je suppose, oui. Malgré leur ironie, ils donnent déjà une petite indication du morceau. Pour moi, c’est comme un mécanisme de défense contre le ridicule dans lequel je tomberais si j'étais trop explicite. J’essaie qu’ils soient marrants ; mais en général, je choisis le titre quand le morceau est terminé. Je n'y pense pas en composant. Après coup, je me dis: ‘Il faut encore que je ponde quelque chose’. Je tourne un peu en rond, et n'importe quoi peut m'aiguiller. En fait, ces titres, c'est juste moi en train de me marrer. Je suppose que je suis quelqu'un d'assez ironique. Dans la vie, tu ris ou tu pleures. Et je préfère rire de la religion, de l'homme en général, de tout quoi. Il n'y a que par rapport à la musique que je ne suis pas ironique. C'est trop important pour moi!

Et ça fait mal ?

Tout ton travail est-il basé sur l'expérimentation?

En général je démarre par un drumbeat. C'est le plus simple, et ce processus est assez neutre, émotionnellement parlant. Après, je réfléchis à la tournure que je veux donner au morceau, ce que j'ai envie d'explorer comme sentiment. Il peut emprunter n'importe quelle voie. Et j'écoute aussi beaucoup de musique. Enfin, uniquement ce qui pourrait me servir, des trucs que je peux... voler ! Cette méthode peut prendre du temps. Alors je fume, je ne dors presque pas, je ne mange plus et je deviens fou. Parfois au bout de quelques jours, je n'ai qu'un ou deux morceaux valables. Parfois je reste en rade avec ce drumbeat...

Ta musique nait aussi de cette frustration?

C’est plutôt le travail en lui-même qui est parfois frustrant. Ou terriblement déprimant. Tu sais, quand rien ne marche... Alors j'éteins tout et je vais dormir. Ou me soûle la gueule. Mais j'aime ce que je fais. J’essaie d'ailleurs de me conduire de1a manière la plus dingue possible quand je travaille, je repousse sans cesse mes limites. C'est la musique qui veut ça... Aucune sensation n'équivaudra jamais celle que tu peux ressentir quand tu entends enfin ce morceau qui t'a fait suer sang et eau...

Comment travailles-tu les samples?

Chez moi, ils sont essentiels. Il n’y a que le séquencer que j'utilise autant qu'eux, mais de mon point de vue, la musique basée sur les samples est la seule qui puisse encore apporter quelque chose aujourd'hui. Je ne dis pas que tout doit être computarisé ; des types comme Elliot Smith ou les Palace Brothers ont leur place, bien sûr, mais j'aime assez l'idée selon laquelle le sample te permet d'utiliser n'importe quel son, puisé n'importe où dans... l’univers. Et de pouvoir faire ce que tu veux avec. Ces derniers temps, j'ai passé plus d'heures à jouer avec les samples qu’à réellement enregistrer de la musique. A vrai dire, je ne comprends pas très bien ces producteurs qui utilisent juste des sampleurs pour coller un ‘ooh yeah’ sur un beat. D’autant qu’aujourd'hui, ils sont à la portée de toutes les bourses et qu'ils t’ouvrent des horizons infinis...

Ne crois-tu pas que cette façon de ‘t'amuser’ devienne une recette en soi, au détriment de ta créativité par exemple?

Je ne sais pas. En tout cas, je n’ai pas le sentiment d’essayer des sons bizarres juste pour le plaisir d'avoir l'air bizarre. Si mes titres sont étranges, c'est parce que je suis moi-même un type étrange. Je le sais, on me la dit! Au départ, j'enregistrais des trucs vraiment durs, sales, agressifs. Aujourd'hui, j’ai plus envie de créer de belles choses. Enfin, quand je dis ‘belles’, ça ne veut pas dire ‘gentilles’. ‘Belles’ comme de la musique classique quoi, qui peut être sombre en même temps.

Tu réécoutes souvent tes disques?

Hum...! Il y a un truc que tu dois absolument faire avec ma musique, c'est te balader dans les bois ou dans un parc et l'écouter sur un minidisc. Là, le son est vraiment exceptionnel. Je l’ai expérimenté après avoir achevé l’enregistrement de « You Guys Kill Me ». Les bois, c'est un bon plan, parce qu’on y a plus vite peur. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de regarder par-dessus mon épaule... Mais bon, c'est peut-être parce que je suis parano.

Ce qui ne t'empêche tout de même pas de t’intéresser à la scène électronique anglaise? A ton avis, elle évolue?

Oui, elle bouge, mais on n’y rencontre plus grand-monde de créatif. Cinq ou six artistes, d'après moi. Et des centaines qui les copient! Mais ce n’est pas un phénomène typiquement britannique. En Angleterre, la scène musicale est saturée par la house, que je trouve très, très casse-pieds. La jungle y est aussi de plus en plus stylisée et ennuyeuse. En plus, il y est très facile de faire parler de toi, même quand tu n'as absolument rien à dire. Pour l'instant, je crois que c'est le hip hop qui bouge le plus, sous une certaine influence américaine. On y retrouve beaucoup de samples classiques, des éléments plus sombres... Quant à l'électronique, le meilleur vient pour l’instant du continent, et d'Allemagne surtout. Un groupe que j'aimais beaucoup était presque belge : Tuxedomoon. A mon, avis, ils ont composé une des plus belles musiques jamais réalisées ; et quasi personne n'est arrivé à les égaler, sauf peut-être The Aphex Twin. Lui, je l'admire parce qu'il se moque de l'avis des gens et ne s'excusera jamais pour aucun de ses disques.

(Article paru dans le n°69 du magazine Mofo de décembre 1998)

 

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